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« Le nénuphar et l’araignée » : biographie de la peur de Claire Legendre

« Ces peurs sont maintenant à l’extérieur de moi. Ce n’est plus moi. » affirme Claire Legendre lors du lancement de son dernier ouvrage Le nénuphar et l’araignée à la libraire Gallimard, le 4 février dernier. En soi, y a quelque chose d’angoissant dans le fait d’exposer ses phobies aux yeux et aux jugements des autres, comme un bris de l’intimité, mais surtout parce que lorsque ces peurs ne sont plus palissades, elles deviennent armes qui peuvent potentiellement se diriger contre nous, ainsi que l’exprime Claire à la toute fin de son texte : « J’ai peur de t’avoir donné des armes contre moi. » Se dénuder et rendre les armes sont tous deux des gestes téméraires.

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Je dois d’abord avouer avoir tout lu de cette auteure, et que tout m’a plu. Son univers et sa voix me rejoignent, me fascinent, me marquent. Et que lorsqu’elle a annoncé la publication du Nénuphar et l’araignée, je suis tombée par terre. Cette parution était pour moi un événement attendu, un livre que je devinais être un trésor d’écriture. Je ne me suis pas trompée.
C’est suite à l’initiative de Jean-Marie Lot qui désirait amorcer une collection construite autour de la (vaste) thématique de la peur, que la romancière et professeure de l’Université de Montréal se prête au jeu de l’inventaire introspectif de ses peurs à travers l’écriture d’un inventaire autobiographique de celles-ci. Expérience que l’on devine, et que je sais, indiciblement éprouvante. Parce que ressasser son angoisse, c’est aussi la revivre, la réactualiser. Physiquement et mentalement. Parce que l’hypocondrie, c’est d’abord une expérience, un malaise corporel. Un pincement à la poitrine un peu trop fréquent et prolongé. Des palpitations comme des battements d’ailes de papillons.
Dans le Nénuphar, l’hypocondrie, c’est la peur tentaculaire, paralysante, celle qui trône et jette son ombre au-dessus de toutes les autres. L’hypocondrie se situe au plexus solaire, là où elle rayonne, où elle s’y loge pour y implanter, sournoisement, sa chrysalide grossissante. Pour Claire Legendre, l’hypocondrie ce n’est pas la peur de mourir, mais celle de vivre, ou plutôt de se faire surprendre par la vie. Une peur de la vie qui fait aussi en sorte que l’on se barricade en soi, que l’on se détourne, que l’on interrompt ou gâche délibérément nos projets, afin de «fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve», ainsi qu’elle le réitère. Articulées autour de fragments de vie, les réflexions de Claire tissent une toile entre les différentes craintes, comme si elles n’étaient que manifestations protéiformes d’une seule et triomphante angoisse.
À la lecture de son inventaire de craintes démultipliées, on pourrait comprendre également «qu’une peur de perdue, dix de retrouvées». Et c’est ce qui fait partie du tragi-comique de l’écriture de Claire, cette impression de tomber de charybde en scylla, qui, doublée de son humour caractéristique, participe au plaisir de sa lecture. En effet, si le sujet est plutôt sombre, l’autodérision brillante et toujours savoureuse de Claire vient illuminer ce portrait de névroses accumulées, à la fois personnelles et universelles. L’araignée devient étrangement sympathique, du moins, aux yeux du lecteur.
Le nénuphar est un livre-corps, un livre vif au cœur palpitant. Empli de sueurs froides et d’adrénaline. Un livre vrai. Si c’est une peur de vivre indomptable qui imprègne les fragments, c’est sur l’urgence de vivre que s’ouvre la réflexion. Un livre qui parle à l’hypocondriaque que je suis, à la grande angoissée que j’étais (et qui l’est toujours un peu, quelque part), à la fille qui appelait l’ambulance parce qu’elle faisait des crises de panique répétées et qu’elle était persuadée de mourir. Ces mots tracent les contours de l’humanité de la peur, qui, autrement, demeure impalpable et angoissante parce qu’informe fantôme troublant.
Et à Claire, je dis merci. Merci de livrer cette partie de toi qui n’est plus vraiment toi, maintenant, à travers ces pages. Qui est nous tous, en fait. Merci pour ton courage qui appelle le nôtre.
De la part de ton ancienne étudiante et lectrice touchée, Fanie.

Bilan semaine 2 : défi 28 jours de minimalisme

Dimanche 8 février -Créer une routine du soir relaxante

  • Quoi de mieux qu’un dimanche soir pour créer une routine pré-coucher qui relaxe assez pour passer au travers du lundi matin. La dernière chose que je fais avant de me coucher, c’est regarder mon téléphone. Et oui, je fais partie de cette gang-là.Puisquejem’endors vraiment vite, je n’ai jamais vraiment vu d’effets néfastes de cette mauvaise  habitude. Par contre, je n’aime pas trop l’idée d’être connectée jusqu’à la dernière minute avant le sommeil. Pour contrer cela, j’ai pris la décision de m’acheter un cadran et de laisser mon téléphone dans une autre pièce de l’appartement avant d’aller dormir. De plus, j’ai essayé, la nuit passée, de prendre une demi-heure ou même une heure pour relaxer, lire et écrire avant de m’endormir.

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    Ma tablette, un roman et mon journal (encore)

Lundi 9 février-  Faire le ménage dans ses amis Facebook

  • Il y a déjà un petit moment que je suis plus sélective avec les gens qui restent sur mon Facebook. Je n’ai jamais été de celles qui ont 1000 amis et qui acceptent et envoient des demandes à des quasi-inconnus. Il ne m’a donc pas été compliqué de dépouiller mon Facebook de quelques connaissances sans attachements.

Mardi-10 février – Apprendre quelque chose de nouveau

  • Pour cette partie du défi, je me suis inscrite à un site Web qui s’appelle Coursera. C’est une multitude de cours gratuits en ligne dont plusieurs proviennent d’universités à travers le monde. C’est vraiment une façon pratique d’apprendre sur des sujets qui nous intéressent sans avoir à payer le prix d’un bacc (sans le diplôme par contre). Cette semaine, je me suis inscrite sur un cours de cinq semaines sur Warhol et sur le cinéma scandinave, j’ai bien hâte d’en apprendre plus. Reste à savoir si je prendrai vraiment le temps de le faire… je vous en redonnerai peut-être des nouvelles.

Mercredi-11 février – définir mes buts pour l’année en cours

  • Définir mes buts, je l’ai déjà fait à maintes reprises. J’ai les buts qui changent vite il faut croire. Ce qui, à bien y penser, va un peu à l’encontre de toute cette idée de minimalisme. J’ai donc pris le temps de réfléchir à tout ces buts et je les ai classés en 3 grandes catégories. C’est large, ça peut inclure plusieurs trucs, mais en même temps, c’est plus concis et centré sur certains aspects de ma vie.

1- Avoir un mode de vie plus sain, plus simple et plus durable

2- Apprendre, découvrir et grandir

3- Créer ma propre carrière

Jeudi-12 février-  J’ai complètement oublié le défi en ce jeudi, je devrais me mettre une alarme.

Vendredi-13 février- Ne rien acheter pour 24h

  • J’avais de bonnes intentions en débutant vendredi, par contre une amie m’a testée, une chose a mené à une autre et j’ai fini par dépenser. J’avais l’intention de rester chez moi, ce qui m’aurait bien entendu évité de dépenser (quoi qu’il y a toujours le magasinage sur les interwebs) bref, je n’ai pas réussi.

Samedi-14 février- Évaluer mes 5 derniers achats

  • Tant qu’a avoir failli à ma tâche du vendredi, pourquoi pas tourner le couteau dans la plaie et évaluer mes cinq derniers achats. Un chandail rayé noir et blanc bien beau qui provient du Simons. Je me suis dit qu’il serait parfait pour mettre sous mon veston et avec des jeans noirs. Je me suis aussi dit que je pourrais le porter lors de mon voyage à San-Francisco en mai,  je suis bonne pour me trouver des excuses et des justifications. En avais-je besoin? Non. Ensuite, un porte feuille et deux paquets de 3 cahiers (en solde) au Winners. Le porte feuille était sur ma liste de trucs à acheter, le mien étant à l’article de la mort et m’ayant fait perdre à maintes reprises mes cartes. Avec les prix assez compétitifs du Winners, je crois avoir fait une une bonne affaire. En avais-je besoin? Oui! Les deux paquets de cahiers par contre, c’est une toute autre affaire. Disons que j’ai déjà beaucoup de cahiers, beaucoup trop. Ils sont bien placés sur ma table de chevet à attendre leur moment de gloire. En ajouter 6 d’un coup, ça tient de l’obsession (mais on va dire que je fais une collection!) alors, en avais-je vraiment besoin? Évidemment que non.  Le cinquième achat étant de la nourriture de centre commercial, on va passer par-dessus l’évaluation des besoins, il faut bien que je mange. Évaluer ses achats, c’est vraiment comme tourner le couteau dans la plaie et se rendre contre, trop tard, que j’achète bien des trucs pour rien, ce qui va vraiment à l’encontre de l’esprit de ce défi et de ma carte de crédit. Peut-être serait-il plus utile d’évaluer mes besoins juste avant de passer à la caisse non?10967849_10204730695961252_1425379981_n

Cette bande dessinée a un je-ne-sais-quoi

Si un jour je suis portée disparue, je vous conseille de commencer à chercher à la bibliothèque du Cégep du Vieux-Montréal. Je serai probablement près d’une fenêtre, en train de lire une bande dessinée. J’ai un petit rituel. J’arrive à la bibliothèque, je regarde le présentoir des bandes dessinées et j’en choisi une. C’est simple. Même en fin de session, je ne peux résister. Je fais ma sélection principalement en me fiant aux dessins. À force d’en lire, j’ai développé mes préférences. L’appel a encore frappé. Cette fois, je lis Sleepwalk and Other Stories d’Adrian Tomine. Le livre comprend 16 petites histoires, originalement publiées dans les tomes 1 à 4 de la série Optic Nerve. Faite de situations insignifiantes aux premiers abords, on y croise des personnages tourmentés et attachants qui rendent toute l’essence à cette bande dessinée.

Au premier coup d’œil, rien de plus classique que cette bande dessinée. Typique graphisme américain avec des traits droits et réalistes. Chaque plan est dans sa case. En noir et blanc. Pas de fantaisie. On pourrait dire la même chose des nouvelles qu’on y raconte. Une femme téléphone à son ex, un adolescent travaille dans une imprimerie durant l’été, des jumelles vont en vacances avec leur père. Banales aventures du quotidien. En plein mon genre. Plus une histoire est simple, plus je l’aime. Habituellement, ça réserve des surprises. Le travail se trouve ailleurs. En effet, avec ses simples dessins et scénarios, Tomine en profite pour jouer dans la complexité des personnages. Chaque nouvelle est ambigüe. Les secrets sont bien gardés. Un détail nous échappe. Difficile de mettre le doigt sur ce qui me faisait presque pleurer à la fin de chaque histoire. Un type un peu déprimé repeint la maison de son grand-père avant de la vendre puisque ce dernier vit maintenant dans un foyer de personnes âgées. Un souvenir en particulier lui revient à l’esprit et le fait rire. Rien de dramatique. C’est peut-être la finesse des mots, l’expression d’un visage ou la simplicité de la situation. Mais en trois pages, quelque chose certainement nous serre le cœur. Même chose avec l’homme qui rate son avion et qui revient sur ses pas. Son voyage commence dans sa propre ville. Sa solitude est désarmante. La chute est bien pensée.

Je vous le dis, Sleepwalk and Other Stories figure maintenant parmi mes bandes dessinées préférées. Dès la première nouvelle, mes attentes furent charmées. Je me suis d’abord arrêtée de lire pour fixer les dessins et flatter les pages. C’est bon signe. Peut-être que j’avais l’air épaisse. Mais c’était savoureux. Si bien que quand j’ai tourné la dernière page, j’ai tout relus.Tomine Sleepwalk 5

L’univers littéraire de la série Gilmore Girls ou comment ajouter 339 livres à sa liste de lecture

Cet automne, je suis tombée dans la série Gilmore Girls. Et quand je dis tombée, je ne parle pas seulement d’une écoute assidue, je parle du fait que j’abrégeais mes activités sociales afin de pouvoir retrouver mes amies virtuelles Lorelai et Rory. J’ai trouvé la série si bien écrite et les personnages si attachants que j’ai tout fait pour retarder l’heure fatidique du dernier épisode… mais c’est tout de même arrivé. Et depuis ce temps-là, il y a comme un p’tit vide en dedans de moi quand je m’aventure sur Netflix.

Maintenant que je vous ai décrit mon amour pour cette série, j’en viens à mon propos principal: les Gilmore Girls donnent envie de lire encore et encore. En visionnant les sept saisons à 22 ans, j’ai réalisé que j’étais passée à côté de bien des choses lorsque je l’écoutais à 10 ans, à Vrak.tv. Il se trouve que les références littéraires, cinématographiques et musicales abondent. La première réplique de l’épisode qui ouvre la saison 1 donne d’ailleurs le ton, Lorelai fait une blague à propos de Jack Kerouac. J’étais déjà charmée. S’ajoute à cela le fait qu’au moment où je devais lire The bell jar, de Sylvia Plath, dans le cadre d’un cours, Rory était elle aussi plongée dans l’univers de l’auteure. Je m’identifiais déjà à ce personnage, au point de considérer l’option de déménager dans un village du Connecticut et de m’inscrire à Yale, mais là c’est vraiment venu me chercher.

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Entendre parler de Plath dans la série, ça a nourri ma passion pour elle. Si je vous parle de Bell jar aujourd’hui, c’est surtout parce qu’en découvrant l’œuvre de cette écrivaine, je me suis dit que j’aurais aimé la connaître bien avant. Ses mots sont parfois drôles et ironiques, mais surtout lapidaires et irrévérencieux en ce qui a trait au rôle qu’on réservait aux femmes de l’époque. Dans son unique roman, il est question d’Esther Greenwood, une jeune femme de lettres qui a décroché une bourse afin d’aller faire un stage à New York pour un magazine de mode. Au fil du roman, une proximité est créée entre le lecteur et la narratrice, ses autres relations amicales et amoureuses se trouvant constamment carentielles et troublées. Pour cette jeune adulte qui tente de mettre en place son futur, les modèles féminins qu’on lui offre sont eux aussi placés sous le signe du manque. Cette thématique revient de façon cyclique dans le texte, d’autant plus qu’Esther est constamment à l’embranchement de plusieurs choix. À ce propos, un des passages que je préfère explique bien l’état mental dans lequel elle se trouve au cours du roman:

«Je voyais ma vie se ramifier sous mes yeux comme le figuier de l’histoire. Au bout de chaque branche, comme une grosse figue violacée, fleurissait un avenir merveilleux. Une figue représentait un mari, un foyer heureux avec des enfants, une autre figue était une poétesse célèbre, une autre un brillant professeur et encore une autre Ee Gee la rédactrice en chef célèbre, toujours une autre, l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Sud, une autre figue représentait Constantin, Socrate, Attila, un tas d’autres amants aux noms étranges et aux professions extraordinaires […]. Je me voyais assise sur la fourche d’un figuier, mourant de faim, simplement parce que je ne parvenais pas à choisir quelle figue j’allais manger. Je les voulais toutes, seulement en choisir une signifiait perdre toutes les autres, et assise là, incapable de me décider, les figues commençaient à pourrir, à noircir et une à une elles éclataient entre mes pieds sur le sol ». (Sylvia Plath, La cloche de détresse, Paris, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1987, p. 90.)

Au fil des pages, la narratrice nous apparaît contrainte par son époque. Les premières pages décrivent d’emblée le climat social qui est celui des années 50 aux États-Unis, grandement influencé par le maccarthysme et le retour accru du conformisme. Esther Greenwood navigue donc constamment entre des pôles, ne pouvant concilier son amour pour les mots et la vie conjugale et familiale à laquelle on la destine. Ses troubles mentaux apparaîtront lorsqu’elle se verra obligée d’aller vivre en banlieue suite à l’échec de sa demande d’admission à un cours estival de littérature. Entre l’impossibilité de se réaliser comme écrivaine et la pression sociale de se conformer au modèle américain, les désordres psychiques de la narratrice semblent l’expression d’un refus d’adhérer à une norme.

Entre le roman de Sylvia Plath et le personnage de Gilmore Girls, un monde de différences s’érige. Pourtant, tout comme Esther Greenwood, Rory désire faire de l’écriture son métier. Bien qu’elle emprunte la voie journalistique, la jeune femme de la série s’entoure des grands auteurs en étant une lectrice assidue. On la suit d’ailleurs à un moment charnière de sa vie, comme on suit la protagoniste de Bell jar, là où les choix se multiplient. Plath s’inscrit également dans une lignée d’évocations de figures féminines faite au cours de la série. Les thèmes comme l’amitié au féminin, la relation mère-fille, les jeunes mères et les carrières chez les femmes structurent l’émission et laissent place à des références et à plusieurs écrivaines, artistes et politiciennes.

Ce que j’ai surtout retenu à propos de l’émission Gilmore Girls, c’est qu’elle entretient quelque chose de primordial qui se retrouve à la fois dans la littérature et dans le cinéma : la capacité à faire des liens. Quand Lorelai et Rory parlent de Plath, de Tolstoï, de Melville ou de Dickens, ça nourrit l’imaginaire littéraire et donne envie de prolonger ce que les personnages ont amorcé. Les nombreuses évocations placées par l’auteure dans le dialogue sont là pour être saisies par celui qui regarde la série. C’est d’ailleurs pourquoi, après avoir remarqué que plusieurs titres d’épisodes correspondaient à des chansons d’Ella Fitzgerald, je me suis lancée dans une période intensive d’écoute de l’iconique chanteuse jazz. Dans le même ordre d’idée, un mordu de la série du nom de Patrick Lenton s’est lancé le défi de lire les 339 livres évoqués dans Gilmore Girls (pour les curieux qui aimeraient voir la liste du Rory Gilmore Reading Challenge, c’est par ici). J’ai peut-être terminé l’entièreté des saisons de cette émission, mais ma liste de films, de livres et d’artistes à découvrir, elle, s’est élargie.

Retour aux sources avec le Geai Moqueur

La liberté menant le peuple, Eugène Delacroix

La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix

Aujourd’hui, la télé-réalité est très populaire: Occupation Double, Loft story, La Voix

Que se passerait-il si, pour contrôler le peuple, le Gouvernement utilisait ce phénomène? Les Hunger Games: 24 jeunes âgés de 12 à 17 ans, enfermés dans une arène, pour s’entretuer… 1 seul survivra. Une belle manière de maintenir la peur et l’animosité entre les districts.

Mais ce plan qui semble sans failles est planifié sans la présence de Katniss Everdeen aux Hunger Games. Déjà, le fait qu’elle se porte volontaire pour sauver la vie de sa petite soeur, Primm, est hors norme, au district 12. La compassion n’existe plus, les Hunger Games venus, seuls restent la soumission et la peur. Dans ce même état d’esprit, Katniss entre dans l’arène, octroie des funérailles à la petite Rue, 12 ans, qu’elle enterre sous des fleurs, sauve Peeta malgré sa révulsion pour les infections, tente de survivre non pas par action, mais par compassion.

L’étincelle d’espoir qui met le feu aux braises: Katniss et Peeta sortent tous les deux vivants de l’arène, en acculant les hautes instances du gouvernement au mur: Soit ils auront deux champions, soit ils n’en auront pas du tout.

Certains lambeaux de l’histoire de Katniss ne sont pas sans rappeller la Révolution Française… Par exemple, lors de la tournée de la Victoire, à leur arrivée au Capitole, Katniss et Peeta, qui ont mangé plein leur ventre, se voient proposer un digestif pour vomir (et pour pouvoir goûter à tout) alors que, dans les districts, les gens meurent de faim. Ce saiguement de texte n’est pas sans rappeler le fameux scandale de la brioche, causé par Marie-Antoinette, à la veille de la Révolution Française. Une servante confie à la Reine (qui, rappelons-le, a fini par être guillotinée) que le peuple de France n’a même plus de pain à manger, et la souveraine de répondre « Hé bien! Ils mangeront de la brioche! »

Cette anecdote illustre bien à quel point, lorsqu’ils sont séparés du peuple plus pauvre, les riches ignorent à quel point ils sont favorisés. Encore ici, cela reflète bien la société contemporaine dans laquelle le peuple plus riche préfère s’exhiber à la télévision plutôt que de créer un mouvement d’entraide dans le monde.

Ainsi, la littérature offerte à nos jeunes, populaire à grande échelle, ne reflétait-elle pas simplement l’espoir d’un monde où la tolérance, la compassion et l’entraide sont plus fortes que les rouages des grandes industries dans lesquelles nous sommes coincés malgré nous ?

Après la religion, l’argent contrôle le monde… Que reste-t-il de l’humanité, engloutie par toutes ses inventions créées (rappelons-le également) par l’Homme ? À réfléchir, au coeur même de notre littérature…

 La semaine prochaine : Nous effecturons un retour aux sources avec, cette fois, le Survivant! Je vous laisse deviner de qui il s’agit !

Comment un livre peut changer une vie?

 

cheminJe fais partie de celles qui croient que rien n’arrive pour rien dans la vie. Que nous marchons évidemment sur un chemin et qu’à chaque fourche ou croisement, nous prenons la décision d’aller dans une ou l’autre des directions. Comme n’importe quel marcheur dans la forêt, nous croisons nombre d’animaux, de végétaux, de souffles du vent, d’autres individus qui vont nous en apprendre sur nous-même et sur ce que nous voulons vraiment. N’avez-vous jamais pensé que tel événement ou telle personne dans votre vie vous a mené dans un chemin complètement différent que ce que vous vous attendiez au départ?

C’est ainsi qu’un jour je suis tombée face à face avec le livre Le Why Café de John Strelecky. C’était une journée normale où je passais du temps dans une librairie à me demander lequel de ces livres j’allais me choisir. Et sur le bout d’une rangée, ce livre jaune m’a complètement éblouie. Ce n’était pas la première fois que je le voyais, mais cette fois-ci, il rayonnait. Je n’ai pas pu m’empêcher de le prendre même si j’avais déjà pas mal choisi les livres que j’allais acheter. Il m’appelait, il me demandait de le prendre. Il faut dire également que j’étais dans une phase de questionnement face à la vie et où j’en étais rendue.

Arrivée à la maison, je me suis lancée dans la lecture du livre. Je l’ai dévoré, je dois dire. Facile à lire, facile à comprendre, il a suscité de nombreuses réflexions chez moi. Pour ceux et celles qui n’aiment pas les livres de croissance personnelle, je vous le conseille tout de même. Le Why Café est l’histoire de John qui, perdu dans sa vie et sur la route, découvre un petit café sur le bord du chemin en plein milieu de la nuit. Mais ce qu’il ne sait pas, c’est que ce café va complètement changer sa vie avec ces questions :

Pourquoi êtes-vous ici?
Craignez-vous la mort?
Êtes-vous pleinement épanoui?

À travers les discussions des personnages, nous, lecteurs, pouvons également répondre aux questions et avoir droit aux enseignements. Dans ma vie, c’est un livre bonbon que j’ai conseillé à la plupart des gens autour de moi. Il fait du bien au cœur, à l’âme… Et le personnage se retrouve dans plusieurs autres livres du même auteur, alors on peut le suivre dans plusieurs de ses aventures et ses découvertes sur lui-même.

Comment un livre peut changer une vie? Lorsqu’il apparaît sur notre chemin pour nous aider à tourner à gauche ou à droite ou simplement pour nous apaiser le temps d’un moment ou nous mettre un sourire sur les lèvres. La vie nous envoie ce genre de bonheurs pour nous guider à travers les obstacles et les beaux moments. Mon petit conseil : laissez-vous emporter par le bonheur des mots, mais également par ce qui est écrit entre les lignes.

Albert et le nez en théière

Albert Théière vit avec Boulette son gros chat affectueusement gourmand. Ensemble, ils vivent une vie des plus ordinaires jusqu’au jour où Albert apprend qu’il aura besoin de lunettes. C’est avec étonnement qu’il apprend par le fait même qu’il a aussi le nez à l’envers, comme une théière, et qu’il ne pourra pas se procurer de lunettes. C’est ainsi qu’il découvre la source ultime de sa différence. Il se souvient d’événements de son enfance et de sa vie adulte où il a dû faire face au regard des autres. Il comprend aussi que c’est pour cela que lorsqu’il avait le rhume ses cheveux se peignaient si bien (Ça, ça me fait rire…) C’est cette différence faciale qui devient le point d’ancrage de tous ses ennuis, autant avec les filles que dans la vie quotidienne. La préface nous dit :

« À toutes les personnes qui ne savent pas trop comment, mais qui voudraient bien…» 

Ça me parle.

C’est donc l’histoire d’Albert qui décide de préparer un plan: prendre plusieurs jours de congé, faire des provisions alimentaires pour Boulette et lui, écouter des épisodes d’Hercule Poirot, acheter un kit de moustache et lire l’histoire de la moustache de -143 à 2001. Là voilà la solution; se faire pousser une moustache comme Poirot et cacher ce nez-théière. Ce plan bien mis en place, il le portera à exécution jusqu’au moment où il devra vraiment jeter le nez dehors.

Maintenant conscient de sa différence, Albert portera des lunettes de ski pour camoufler son nez. Or, ce déguisement ne lui conviendra pas et lui enlèvera toute sa confiance, et ce, spécialement en croisant la belle fleuriste pour qui il a un faible depuis plusieurs mois. C’est ainsi que s’ensuit une prise de conscience où notre cher Albert comprend qu’il doit accepter cette différence.

Albert Théière est un roman graphique très pur et minimaliste. Les dessins de Matthieu Goyer sont simples et à la limite du dessin animé. Un peu normal de la part de l’auteur, diplômé en cinéma d’animation de l’Université Concordia. Ce premier roman est néanmoins une grande réussite, la douceur et la grisaille dans la vie d’Albert se ressentent dès les premières pages. L’auteur a réellement réussit à faire transparaitre l’ennui d’être différent chez Albert, mais surtout à faire de cette différence une réelle force. Le récit se lit très rapidement, limité par les mots et les dialogues, mais il faut prendre le temps d’admirer chaque page et chaque petit détail. Point boni pour la grosseur du livre qui nous donne l’impression et la nostalgie d’ouvrir un conte ou un album pour enfants!

Un récit sur l’acceptation de soi, mi-comique, mi-grissaille, où jaillit au sommet d’un nez en théière l’envie d’être simplement soi… j’ai adoré.

 À conseiller aux adultes comme aux enfants.

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Site des Éditions de ta mère

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Albert Théière, Matthieu Goyer
Les éditions de ta mère, 2014
ISBN : 978-2-923553-51-1
85 pages, 20$

On a jeté nos crayons

Aujourd’hui, j’ai écrit à la main sur une vieille feuille blanche qui traînait quelque part sur mon bureau, entre mon ordinateur et mon téléphone, pis j’me suis rendue compte que ça faisait vraiment longtemps qu’j’avais pas fait ça.

Trop longtemps.

Parce que, avouons-le, c’est rendu rare qu’on sort un stylo d’la poussière et qu’on laisse son encre couler sur un papier.

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C’est rendu rare, parce qu’on vit dans l’ère d’la fausse-vraie-vie virtuelle.

On s’est créé un monde teinté d’émoticônes et de hashtags. Un monde dans lequel on rit avec trois lettres au lieu d’prendre le temps de trouver ça drôle pour vrai.

« lol », ça va plus vite.

La calligraphie de tout l’monde est rendue pareille parce que, au fond, on n’en a plus vraiment. On l’a tous perdue le jour où on a troqué nos crayons contre le claquement d’nos doigts sur un clavier.

En 2015, on écrit tout l’temps.

Partout.

N’importe quand.

N’importe où.

Ç’qui pourrait quand même être quelque chose de pas mauvais, si ça nous déconnectait pas du vrai monde.

Un cellulaire dans sa poche, un ordinateur à la maison, une tablette sur sa table de nuit : on écrit sur des machines qui s’collent à notre peau comme des aimants. Nos doigts sont devenus une espèce d’extension aux robots qui minent notre vie et qui pensent plus vite que nous.

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Toujours le nez qui pointe vers le plancher, on écrit avec nos pouces pendant qu’on prend une marche dehors, les yeux rivés sur ç’qu’on tient entre nos deux mains. On ignore le temps qui file à côté d’nous, trop occupés à compter le nombre de pouces qu’a obtenu notre dernier statut.

On lance à nos proches un « je t’aime » plus souvent quand on est connectés sur les réseaux sociaux que lorsque l’on est l’un devant l’autre. Même que souvent, « jtm », c’est suffisant. Avec un p’tit cœur. Des fois.

On a davantage de conversations avec nos écrans qu’avec les gens réels. Les lettres manuscrites pis les mémos sur un post-it, ça fait longtemps qu’on a arrêté d’faire ça.

Peut-être parce que, de toute façon, on n’a plus vraiment le temps. Le monde tourne trop vite.

M’semble qu’on devrait ralentir un peu.

Prendre une pause.

Pour se connecter à la réalité.

Pour réapprendre à être gauchers ou droitiers.

Pour que les seules choses qu’on attache ensemble, ce soit nos lettres cursives, pas nos mains et nos gadgets électroniques.

Et tout simplement pour éviter que, un jour, la seule place où on pourra retrouver un crayon, ce sera dans un dépotoir.

Les communautés littéraires en ligne

À l’ère du numérique, j’ai l’impression que l’époque des clubs de lecture traditionnels où quelques madames se rassemblent pour prendre le thé le samedi après-midi en dégustant le cake au citron est maintenant révolue. (Dommage!) J’ai par contre retrouvé quelque chose qui s’y apparentait l’été dernier en m’intéressant à la communauté littéraire sur Instagram (le cake au citron en moins).

À l’aide de mots-clics divers, il est devenu très facile de savoir qui lit le même bouquin que toi, de Beijing au Maryland. On peut alors échanger nos impressions et se suggérer d’autres lectures! C’est sûr que l’aspect humain de la chose y est un peu moins présent, on reste quand même seul avec notre téléphone, mais bon, parler de livres sur Instagram, c’est mieux que de ne pas parler de livres du tout, non? À explorer sur Instagram: #currentlyreading #lecturedumoment .

Si vous aimeriez pousser l’expérience un peu plus loin, il existe quelques bookclubs en ligne qui envoient directement le même livre à tout le monde à chaque mois. J’en fais maintenant l’expérience depuis six mois avec mybookhunter. Cette communauté littéraire, née aussi d’Instagram, est dirigée par Mélanie Frances, une Française qui habite maintenant aux États-Unis et qui choisit méticuleusement chaque mois un livre (en anglais), pour ensuite le faire parvenir un peu partout sur la terre (et ce n’est même pas une blague). Jusqu’à maintenant, les livres reçus ont toujours été un grand plaisir de lecture ainsi que les échanges qui s’en suivent. À explorer sur Instagram : #mybookhunter .

Le choix de Novembre 2014 de Mybookhunter (@lizalo Instagram)

Plus près de chez nous, vous pouvez participer au super Défi littéraire du Fil Rouge. Un livre québécois par mois, ça se lit tellement bien! Le groupe Facebook déborde de suggestions de lecture de toutes sortes, mais vous pouvez aussi vous lancer et lire avec nous la suggestion du mois.

Et si jamais, pour accompagner tout ça, vous voulez quand même du cake au citron, il y a une recette à la page 213 du livre de recettes Trois fois par jour.

Si l’occasion se présentait de vous inscrire à un club de lecture « tout inclus » en ligne, seriez-vous intéressé(s)?

Sortir de sa zone de confort (littéraire!)

En tant que libraire, je me trouve régulièrement confrontée à toutes sortes de situations concernant les livres et la littérature, situations qui s’avèrent parfois amusantes, parfois un peu exaspérantes. Mais chaque fois que je me retrouve face à la situation suivante, une partie de moi meurt un peu… (Sur cette introduction plus qu’exagérée, voici une mise en scène du drame en question.)

MOI, souriante et dévouée :
Bonjour! Est-ce que tout allait bien pour vous?

CLIENT, l’air vaguement hésitant :
Oui, ben, peut-être que vous pourriez m’aider…

MOI, prête à tout :
Vous cherchez quelque chose en particulier?

CLIENT, décidé à poser sa question :
Oui, en fait, j’aimerais un livre pour mes vacances…

MOI, en fine détective :
Ok! Qu’est-ce que vous lisez, normalement?

CLIENT, songeur, puis motivé :
Hum… Je lis souvent du Musso, du Levy**… mais j’aimerais faire changement, un peu! Vous savez, aller vers autre chose, essayer du nouveau, là, un autre genre, d’autres auteurs!

MOI, heureuse de pouvoir jouer les conseillères :
Parfait! Voyez-vous, par exemple, il y aurait…

De multiples suggestions très, très variées s’en suivent. Après une dizaine de minutes…

CLIENT, indécis :
Bon, hum, ça a l’air très bien, ben intéressant… mais je pense que je vais y aller avec le dernier Musso.

MOI, découragée dans ma tête, mais souriante à l’extérieur :
Pas de problème, il est juste ici! Passez une excellente journée!

FIN

Bon, je sais ce que certains d’entre vous pourraient dire :

« Tes suggestions ne lui convenaient pas! »
« Il n’avait pas envie de perdre son temps à faire un choix parce qu’il était pressé. »
« Il ne doit pas lire souvent, alors il préférait investir dans une valeur sûre! »
« Ce dont il avait réellement envie, c’était de lire du Musso, bon! »

…Et vous auriez peut-être raison. Toutefois, ce que je tiens à souligner, c’est que trop de gens nous abordent en disant qu’ils sont ouverts à essayer des auteurs ou des genres différents… pour finalement choisir des livres qui se situent directement dans leur zone de confort littéraire.

Il est vrai qu’on apprend à sortir de cette zone à force de lire, et de lire encore. Personnellement, c’est au cours de mes études et au fil de mes lectures obligatoires que j’ai réalisé que je pouvais aimer des classiques, du théâtre, des nouvelles, des textes fragmentés, des chroniques et des essais, en plus des littératures de l’imaginaire, des faits vécus, des romans jeunesse et des mangas que j’affectionnais déjà. C’est à force de découvrir de nouveaux auteurs et de nouveaux genres que j’ai compris que chaque livre a quelque chose à apporter à quelqu’un: je sais que si un livre ne me plaît pas, il risque de plaire à quelqu’un d’autre. Tous les goûts sont dans la nature, paraît-il; c’est aussi vrai pour les livres. Cependant, pour faire des découvertes, il n’y a pas des milliers d’options. La plus simple et la plus efficace consiste à essayer autre chose, puis à voir où cela va nous mener.

Peut-être auriez-vous envie de sortir de votre zone de confort littéraire, mais vous ne savez pas comment vous y prendre? Voici quelques pistes qui pourraient vous aider. Tout d’abord, rendez-vous en librairie ou en bibliothèque (il faut idéalement commencer par là, autrement, mes autres conseils ne serviront à rien.) Si vous en avez envie et que vous vous sentez d’humeur aventureuse, adressez-vous aux employés sur place, demandez-leur de vous proposer leurs coups de cœur et faites preuve d’ouverture d’esprit! Si cette dernière option semble trop extrême à votre goût, promenez-vous tranquillement dans les rayons et observez les couvertures des livres. Admirez les illustrations, lisez les résumés et, encore une fois, faites preuve d’ouverture d’esprit; parfois, un mot, une image, une idée peuvent vous accrocher, vous plaire et vous interpeller, ce qui pourra guider votre choix.

L’important, c’est que vous puissiez repartir avec un livre, finalement. Même s’il se rapproche beaucoup de ceux que vous avez l’habitude de lire, ne vous culpabilisez pas: au moins, vous aurez essayé. Dites-vous que vous ferez mieux la fois suivante, si vous décidez de vous laisser une petite chance. Quoi qu’il en soit, lorsque vous entrez dans une librairie ou une bibliothèque, fiez-vous à votre intuition et écoutez vos envies du moment. Vous pourriez avoir de belles surprises…

**Hé, ho, je vous entends vous plaindre d’ici, les fans de Musso et Levy… mais je vous jure que je n’ai absolument rien contre vos auteurs fétiches. Seulement, vous seriez renversés de savoir à quel point beaucoup de clients donnent ces deux noms comme référence!