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Le monde est à toi : l’amour au centre de tout

Cette lecture, Le monde est à toi, essai de Martine Delvaux, se veut une lettre d’amour de l’auteure à sa fille. J’ai lu ce texte avec émotion, m’étonnant à chaque page de la beauté des propos, de la puissante bienveillance qui ressort de cette relation mère-fille.

Elle interroge son rapport à sa fille, leur lien, leur amour, leur complicité. Elle ne cherche pas à en faire un manuel sur Comment élever sa fille pour qu’elle devienne féministe. C’est beaucoup plus que cela, c’est l’importance du féminisme dans leur amour, mais surtout cet amour inépuisable, innommable qu’elle porte envers elle.

La transmission, ce qu’elle lui lègue au quotidien, traverse le livre. J’avoue avoir été plus qu’émue pendant quelques passages. Delvaux écrit à sa fille, lui donne des conseils, questionne leur relation, la façon dont elle l’a accompagnée, elle lui parle de son histoire familiale, de ce qu’elle souhaite qu’elle devienne.

« Je ne sais pas quel genre de vie tu vas mener, mais j’espère que tu n’oublieras jamais que tu as le droit d’en changer le cours. Le droit de te dire, un jour, en regardant autour de toi : Ceci n’est pas ma vie. Et de tout faire pour te remettre à bouger et recommencer à respirer. » (p.42)

« […] quand j’ai envie d’abandonner, je pense à toi, et à ce que je t’ai souvent dit : il faut avoir une passion, il faut trouver cette chose qui te fait respirer et sur laquelle tu pourras toujours compter parce que tu pourras la sortir de ta poche comme un as qui donne un sens à ton existence. […] Le geste véritablement féministe, pour moi, a à voir avec l’engagement de l’artisane qui sans relâche revient, revoit, repense, recommence. » (p.81)

J’ai été attendrie par la façon de Delvaux de voir sa fille, de porter un regard toujours tant aimant envers la jeune adolescence qui vit, se découvre, se forme et expérimente. C’était rafraîchissant d’entendre une mère vouloir que sa fille s’indigne, se révolte, ne se glisse pas dans les attentes irréalistes d’une société. Elle lui laisse la liberté d’être elle envers et contre tous.

Delvaux est consciente aussi des privilèges de sa fille, de la couleur de sa peau à son lieu de naissance, et elle n’hésite pas à le lui rappeler, à lui faire réaliser dès l’adolescence, que ce n’est pas le cas de toutes.

Je ne sais pas si un jour je serai mère, mais je sais une chose : si oui, je me ferai un grand bonheur de replonger dans ces quelques pages avec un regard neuf. Or, ce n’est pas nécessaire d’être une mère pour être positivement ébranlée par cette lettre d’amour et pour être inspirée, à sa façon, à transmettre, à affirmer l’importance du féminisme autour de soi, à aimer.

Je n’ai pas l’impression en écrivant ces lignes de pouvoir démontrer à quel point il s’agit d’une œuvre qui m’a touchée et dans laquelle je retournerai me poser, tel un refuge. Il y a dans ce bouquin une vision du féminisme qui me rejoint sincèrement et qui m’a chavirée. C’était une des premières fois que je lisais un texte qui amalgamait avec tant d’intelligence l’amour et le féminisme. Ça a toujours été de pair dans ma tête, mais de les lire, comme ça, noir sur blanc, c’était revigorant autant que motivant.

J’ai eu la chance d’entendre Martine Delvaux lors de Salon du livre de Montréal cette année et j’ai été encore plus subjuguée par l’intelligence, mais aussi, la belle sensibilité qu’elle dégage… Je ne peux que vous ordonner d’aller vous procurer Le monde est à toi. C’est une lecture qui, à mon sens, a révolutionné et réaffirmé mon indignation, la place du féminisme dans ma vie, dans ma façon d’aimer. C’est une de ces lectures qui change tout sur son passage. Et comme ça, en une centaine de pages, un livre qui vient m’habiter pour longtemps.

Est-ce que je vous ai convaincu de courir vous procurer ce livre? ;)

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Les albums œuvre-d’art de Thierry Dedieu

Pendant les quatre années de mon baccalauréat en enseignement primaire, un seul cours de littérature jeunesse figurait à mon cursus scolaire, et c’est le cours qui m’a le plus profondément marquée. J’étais en deuxième année seulement et pourtant, je me rappelle être sortie du premier cours avec une certitude : un jour, j’enseignerais avec la littérature jeunesse. Pendant cette session, j’ai acheté les premiers albums qui allaient faire partie de ma future bibliothèque de classe. Ma prof d’alors, responsable de plusieurs coups de cœur littéraires qui allaient devenir des incontournables pour moi, m’a entre autres fait découvrir l’auteur-illustrateur Thierry Dedieu. C’est d’un de ses albums de Noël, À la recherche du Père Noël, dont j’avais envie de vous parler pour mon tout premier article sur le blogue !

Un album œuvre-d’art.

À la recherche du Père Noël est vraiment devenu un classique de la période des fêtes dans ma classe. Chaque année, lorsque je le sors de mon armoire, à peu près en même temps que la première neige, je retrouve le même plaisir. Il faut dire que le très grand format du livre, avec sa couverture rigide et texturée, donne vraiment l’impression d’avoir une œuvre d’art entre les mains. D’ailleurs, le simple fait de l’exposer sur le coin de mon bureau, en attendant le moment de l’histoire, constitue un événement : les enfants sont intrigués. Le plaisir est déjà commencé et l’album n’est même pas encore ouvert.

Simplicité et profondeur. 

Mes coups de cœur en littérature jeunesse sont souvent des œuvres où les auteurs arrivent à me toucher en peu de mots. Je trouve que c’est un équilibre qui demande du talent pour être atteint. À mon avis, Thierry Dedieu y arrive et créer en plus des histoires qui font réfléchir, un peu à la manière d’un conte, avec une morale à la fin…

À la recherche du Père Noël s’ouvre sur ces mots :

« La neige tombait. Le jour se levait. Le vent hésitait. Il faisait presque doux dans le jardin de la famille Sorensen où trônait un petit bonhomme de neige. » 

La sobriété des mots laisse la place aux illustrations magnifiques, s’étendant sur deux pages pleines. On sait déjà qu’on a affaire à un album de qualité.

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Un soupçon de tristesse. 

Un matin d’hiver, un petit bonhomme de neige part à la recherche du Père Noël afin de lui remettre un cadeau : des grelots dorés pour son traîneau. Pour ce long voyage, il part avec peu : son précieux paquet ainsi que quelques biscuits pour la route, qu’il place dans un petit baluchon. La route sera longue jusqu’au pays du Père Noël et le petit bonhomme de neige devra demander son chemin à plusieurs animaux de la forêt en cours de route. Malheureusement pour lui, ces derniers sont bien pingres et l’obligent chaque fois à leur donner quelque chose en échange. Bien qu’il possède peu, les bêtes le départissent d’abord de son précieux butin et de sa collation, puis s’en prennent ensuite à ses vêtements ! Puisqu’il croise tour à tour un corbeau, un cerf, un renard, un lapin, un loup et un ours, il se retrouve rapidement complètement dépossédé ! Il va même au grand désarroi des enfants, chaque fois que je raconte l’histoire jusqu’à devoir donner la carotte qui lui sert de nez ! D’ailleurs, Dedieu présente chaque fois, sur une page seule, l’animal-voleur en plein centre, comme pour mettre l’emphase sur sa cupidité. Avouez que le regard de ce lapin ne nous le rend pas particulièrement sympathique…

– C’est quoi cette carotte ? – C’est mon nez, nous sommes ainsi faits chez les bonshommes de neige.              –Un nez carotte ! Je m’en régalerai. C’est le prix à payer pour aller plus loin. 

Le lecteur ne peut s’empêcher de ressentir de la pitié, voire un soupçon de tristesse pour le pauvre bonhomme de neige ! Surtout que l’on comprend rapidement le petit manège des bêtes. La formule « C’est le prix à payer pour aller plus loin » revient d’ailleurs systématiquement dans la bouche des animaux, ce qui fait appréhender chaque nouvelle rencontre au lecteur !

Une fin heureuse, quand même, pour Noël ! 

Malgré les embûches, le petit bonhomme de neige fait son petit bonhomme de chemin (expression d’ailleurs utilisée dans le livre, à mon grand bonheur de prof…) et finit par arriver à destination bien pauvrement. À ce moment de l’histoire, le lecteur est un peu découragé et se demande bien pourquoi oh grand pourquoi le petit bonhomme n’est-il pas plutôt resté dans son jardin ?! Heureusement, le Père Noël, dans toute sa bienveillance de Père Noël, répond au petit bonhomme de neige :

« Sache, petit bonhomme de neige, que lorsque je donne un cadeau, je n’attends rien en retour. » 

Il lui remet en même temps un petit paquet, ultime récompense après toutes ces épreuves, ce à quoi le petit bonhomme répond, en toute simplicité, par son plus grand sourire (soupir de soulagement pour les lecteurs…).

À lire et à relire. 

Cet album est paru en 2015 seulement et depuis, je dois l’avoir lu à plus d’une centaine d’enfants (en suppléance, d’abord, et éventuellement aux élèves de mes propres classes). Peu importe l’âge, je crois que c’est un album qui offre une expérience littéraire complète : l’appréciation des mots, l’émotion, la contemplation d’illustrations de grande qualité et en plus, une réflexion sur le sens et la valeur de donner. C’est la particularité des albums jeunesse, je trouve, que de pouvoir offrir un moment de lecture aussi global. Sans compter qu’à partir du moment où on lit cette histoire à voix haute aux enfants, c’est presque garanti (et je parle d’expérience) qu’ils auront envie de s’y replonger, seuls, dans leurs têtes, afin d’y retrouver le même plaisir.

 

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Club de lecture : L’événement et La femme gelée

Dimanche, le 20 novembre.

Pour la seconde fois ce week-end, on se retrouve au Café Les oubliettes, après un arrêt au Salon du livre de Montréal. C’est la faim dans les talons qu’on arrive, en avance, au café, pour casser la croûte en attendant les participantes.

Pour cette troisième session, nous avions deux livres à l’étude, deux romans d’Annie Ernaux ; La femme gelée et L’événement.

C’était, pour certaines, un premier contact avec l’auteure.

Alors, avez-vous aimé? Qu’en avez-vous pensé? 

C’est assez unanime, Ernaux a plu à toutes. Nous avions suggéré de commencer les lectures avec l’ouvrage qui fut publié en premier, soit La femme gelée, et ensuite lire L’événement, pour ainsi comparer l’évolution dans l’écriture de l’auteure, mais…

Peut-on comparer les deux œuvres? 

Comparer deux œuvres d’une auteure, nous ne sommes pas les premières à le faire. Pourtant, ce n’est pas véritablement ce qui nous intéresse, finalement. Nous en venons à la conclusion que, outre les questions de forme, les deux livres ne se comparent pas.

« Non, il y a trop de différences dans les émotions ressenties »,  dit l’une des participantes.

Alors que L’événement est plus personnel et intime, La femme gelée semble être celui des deux ouvrages qui touche le plus les participantes. Les émotions y sont plus complexes, le ressentiment est palpable et nous porte plus au questionnement.

La femme gelée, encore d’actualité? 

Pour toutes, ce récit écrit en 1981 est encore d’actualité. Bien sûr, certaines choses ont changé, mais les questions de la charge mentale et émotionnelle, le sentiment de fond qu’apportent les obligations et le conditionnement social, sont encore des thématiques actuelles.

Plusieurs participantes ont d’ailleurs ressenti elles-mêmes le sentiment dont fait part Ernaux dans La femme gelée. S’en est suivie une longue discussion plus personnelle sur nos propres relations, sur nos conditionnements, nos vécus. Avec un roman tel que celui-ci, c’est évident que ce type de discussions, enrichissantes compte tenu des différents âges et vécus de chacune, allait prendre une grande place durant notre rencontre.

« Elle ne choisit pas sa vie, elle la subit », dit l’une des participantes. Nous sommes toutes étonnées de voir comment, malgré son enfance atypique, la femme se retrouve tout de même «gelée» dans sa condition de femme et de mère. Elle subit, croyant suivre le chemin de vie qu’il faut suivre et se rendant rapidement compte qu’elle n’y trouve que très peu de satisfaction.

Les écrits d’Ernaux, autofiction sociologique

Côté écriture, on note que L’événement est beaucoup plus concis; on part d’un point A à un point B de manière plutôt linéaire, sans pour autant perdre le ton et le style d’Ernaux. Dans La femme gelée, on sent qu’il y a moins d’aboutissement, davantage de détours; les phrases sont plus longues, le rythme est plus essoufflant. Peut-être que cet aspect contribue à cet effet de ressentiment qui émane de nos lectures.

Ernaux cherche toujours à être le plus juste possible et ça, on le ressent dans son écriture et dans ses propos. Elle parle d’elle pour parler du monde. Elle passe par l’intime pour aller au collectif. C’est, comme Martine l’indique, une écriture blanche. Ernaux elle-même utilise ce qualificatif dans son essai L’écriture comme un couteau.

Une écriture clinique, minérale, blanche, elle dit « plate ». Éviter, en écrivant, de se laisser aller à l’émotion. Mais elle avoue aussi le « désir d’écrire quelque chose de dangereux ».  

Justement, les notes sur l’écriture que l’auteure se fait à elle-même dans ses écrits est un élément qui a plu aux participantes. C’est un ajout intéressant, quelque chose qui joue dans cette idée de reconstruction du souvenir, qui est au cœur des écrits d’Ernaux.

Finalement, on peut dire que ce passage de l’intime au collectif a bien fonctionné avec nous. Grâce à ces deux romans, nous nous sommes questionnées sur nos propres vies, nos conditionnements, nos relations. C’est justement pour ce type de discussions enrichissantes et variées que nous avons voulu créer un club de lecture féministe, et je crois qu’on peut se le dire : mission accomplie.

 

 

Loin du corps : art, mannequinat et désir

Adrienne habite Paris, elle vit le deuil de son frère jumeau disparu, elle étudie en art, se remet un peu mal d’une rupture difficile, mange peu et s’automutile. Elle voit un psychologue, prend ses médicaments à sa guise et est obsédée par son ex-copain et sa nouvelle flamme. Bref, on pourrait dire que le personnage du premier roman de l’auteure française Léa Simone Allegria est un peu mal en point.

Loin du corps raconte donc l’histoire d’Adrienne, jeune adulte qui, lors d’un après-midi comme les autres, se fait remarquer par un recruteur travaillant pour une grande agence de mannequins. C’est un peu à reculons qu’elle finit par entrer dans cet univers qui tentera de la remodeler à son image. À travers ce nouveau quotidien, Adrienne essaiera de se concentrer sur l’art, sa véritable passion, tout en tentant de vivre une vie équilibrée, ce qui, vous vous en doutez peut-être, ne fonctionnera pas très bien.

La trame de fond 

J’ose dire que, malgré le fait qu’Adrienne soit au cœur du roman, elle est un peu accessoire aux thématiques et réflexions qui se déploient dans ce roman, soit la question de l’art, du mannequinat et du désir.

Quoique l’histoire ait du potentiel, ce n’est pas celle-ci qui m’a fait accrocher à ce récit. En fait, je n’ai pas vraiment réussi à m’identifier aux personnages pourtant si vrais et modernes. J’ai tout de même vraiment apprécié ma lecture, non pas pour sa trame de fond, mais pour les réflexions et questionnements qu’elle soulève.

La place de l’art

Plusieurs moments dans le récit semblent y être simplement implantés pour pouvoir parler d’art. En effet, l’art et spécialement les Vénus de la Renaissance sont au cœur du récit. En plus d’être le sujet d’étude d’Adrienne, cette place que prend l’art dans l’histoire ajoute non seulement à la profondeur du récit, mais agit aussi comme double tout au long du parcours d’Adrienne en tant que mannequin. D’observatrice d’art, elle devient elle-même la «pièce» observée, la muse, et chaque réflexion sur l’art semble refléter ce jeu entre spectatrice et «objet».

La désappropriation du corps et le désir

Loin du corps propose aussi une critique plutôt crue du monde de la haute couture et des exigences demandées aux mannequins. Adrienne, déjà distante face à son corps, le devient encore plus, tout en étant à la fois obsédée par l’image qu’elle dégage. Elle se détache d’elle-même, de ses passions autant que de son corps, pour plaire.

Elle cherche, avec son corps, avec son image, à se faire désirer. Là est son ultime but, séduire la caméra, le photographe, les designers, sans se poser de questions sur son propre désir. Elle veut être aimée, désirée, admirée, simplement pour l’image qu’elle représente. Elle se perd rapidement dans les apparences, les fêtes et le désir des autres.

Une lecture qui fait réfléchir 

Bien que certains aspects — la disparition du frère, par exemple — soient trop peu développés, Loin du corps est un premier roman avec bien du potentiel. Les comparaisons entre la vie d’Adrienne et l’art, les réflexions sur le corps, sur le désir, sur l’appartenance, sont toutes bien construites et apportent vraiment quelque chose de différent et d’intéressant à l’histoire. Alors si vous cherchez une histoire moderne, jeune et intelligente, quoiqu’avec quelques failles, Loin du corps est peut-être pour vous.

En trame de fond, vous y trouverez aussi un peu d’amour, des amitiés et tous ces petits drames et grands maux qu’apportent la vingtaine.

Avez-vous des suggestions de lectures qui, comme Loin du corps, parlent d’art et du rapport au corps?

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Le premier méchant de Miranda July, mon 3e!

Un premier méchant

Ce roman est le troisième roman de Miranda July, que je dévore mais, est en fait sont tout premier publié. Je suis tombée en amour avec cette femme, ses univers, ses voix intérieures et ses films. Et c’est un livre qui fait du bien, un univers qui transporte!

Son globus hystericus (boule d’angoisse à la gorge, pour laquelle elle se fait soigner par la chromothérapie) devient le prétexte central dans cette histoire pour nous transporter au cœur de cette spirale où l’on est enfermé. Cela peut s’apparenter à vivre dans l’œil d’une tornade, mais en y regardant avec un microscope; on y perd l’image globale, mais on en ressort soufflée.

J’ai adoré ce roman. Déstabilisant, présenté avec une lumière que certains pourraient qualifier de fade, July y dépeint toute la poésie d’un quotidien délavé. Les fantaisies que chacun s’invente, tous ces petits drames microscopiques que tous peuvent monter en épingle y sont décortiqués, pour notre plus grand plaisir, avec une précision psychotique!

Il n’a pas de nom – je l’appelle juste mon système. Disons qu’une personne a le cafard, ou peut-être qu’elle est juste fainéante, et qu’elle arrête de faire la vaisselle. Bientôt, la vaisselle s’empile jusqu’au plafond et ça paraît impossible de laver ne serait-ce qu’une fourchette.

Alors la personne commence à manger avec des fourchettes sales dans ses assiettes sales, et elle a l’impression d’être un SDF. Alors elle cesse de se laver. Si bien que ça devient difficile de sortir de la maison. La personne commence à jeter ses détritus n’importe où et fait pipi dans des gobelets parce qu’ils sont plus près du lit.

Nous avons tous été cette personne, donc il n’y a pas à juger, mais la solution est simple : moins de vaisselle. 

Voix intérieures

C’est à croire que Miranda July a plus de voix intérieures que la plupart d’entre nous, qu’elles sont réparties en genre de catégories d’emploi de voix intérieures, qu’elle les entend plus fort et plus vivement que moi… Et ça, ça m’a fait le plus grand bien. Vous savez, ce type de scénarios, de réponses improbables, de dialogues que nous entretenons avec nous-mêmes, ça fait un bien fou d’avoir l’occasion d’entendre celles d’une autre personne. Et croyez-moi, ces voix intérieures sont au premier plan et mènent le bal, dans ce roman. C’est ce qui en fait une perle. Les divagations et les potentialités exposées au fil des pages ne sont que très peu probables, mais c’est ce qui est délicieux… Elle les rend probables! Et s’ensuit un enchaînement de faits si incroyablement invraisemblables, que nous sommes happés et propulsés dans cette histoire. Histoire, d’ailleurs, que voici :

Cheryl, quadragénaire hypersensible, vit seule avec son globus hystericus : une boule d’angoisse dans la gorge. Elle travaille pour une association spécialisée dans l’autodéfense féminine. Et elle est persuadée qu’un de ses collègues est son âme sœur et qu’ils fileront le parfait amour. 

Quand ses patrons lui demandent si leur fille de vingt ans, Clee, peut s’installer chez elle pendant quelques temps, le monde maniaque de Cheryl la célibataire explose. Et pourtant c’est Clee, la bombe égoïste, blonde, cruelle, qui, à force de persécutions, va précipiter Cheryl dans le monde réel. 

 

Thèmes

Les thèmes sont multiples : ambitions de travail plutôt absentes, sexualité parfois particulière, entente de jeux entre adultes, homosexualité, sexualité utilitaire, mettre ses limites, notre coté maniaque commun, meubler son existence avec ces petits rien qui servent à nous maintenir à notre place, signes que la vie envoie que nous prenons nécessairement pour une confirmation, parentalité imposée, réflexions sur la réalité, vie rêvée, départs, ces gens qui nous manquent… Je ne saurais faire des phrases construites pour y inclure ces thématiques… La logique absurde de la vie, l’absurdité de nos tentatives de normalité… C’est un régal pour l’âme!

 

-Cheryl ? Je suis arrivé.

Sur le coup, j’ai cru qu’il voulait dire ici, devant chez moi. Mais il voulait dire au supermarché Ralphs où il devait se rendre. Était-ce une subtile invitation ? En partant du principe qu’il était dans les quartiers Est, il y avait deux Ralphs où il pouvait se rendre.

J’ai enfilé une chemise d’homme à rayures que j’avais mise de côté. En me voyant avec, il allait inconsciemment avoir l’impression que nous venions juste de nous réveiller ensemble et que j’avais pris sa chemise. Un sentiment apaisant, il me semblait.  

 

Univers

J’avais vraiment beaucoup aimé les autres romans de l’auteure, mais je trouve que celui-ci laisse encore plus de place à cette folie particulière qui est la sienne : elle semble nous offrir plus généreusement, avec moins de retenue, ses dialogues internes, ses moments off où elle se place en décalage face à la réalité et le sens commun. Je suis restée habitée par cet univers longtemps après la lecture. C’est définitivement la reine des moments off.

 

Films

Vous avez sans doute déjà connu cette auteure par l’intermédiaire d’un de ses films… Juste pour le délice et mon bonheur personnel, je vous glisse ici la bande-annonce d’un film que je dois avoir vu au moins cent fois : The Future. Que du bonheur! (Oh, la petite voix du chat, au début…) Suis-je la seule à m’identifier à ce point et à avoir été confortée par ce roman et cet univers si particuliers?

Bonne lecture!

 

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Être en désaccord avec la fiction

Il y a quelques semaines, je terminais avec délice le dernier épisode des six saisons de Sex and the City, genre huit ans dans les maritimes. Ouin, il était temps, certaines me diront. Constat :  je l’ai adorée. Préalablement, je m’étais pourtant demandée si je ne me lançais pas dans une de ces séries « de filles » dont le niveau de quétainerie atteignait des sommets astronomiques et qui, de surcroit, me taperait sur les nerfs. Et bien non. J’y ai trouvé peu de défauts ou de choses à redire, je l’ai trouvée amusante et convaincante et je me suis beaucoup attachée aux personnages.

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Sex and the City, HBO

Une finale réussie

À l’issue du dernier épisode, j’étais satisfaite. J’ai trouvé la finale tout à fait réussie. Genre « all was well » à la manière des derniers mots du septième livre de Harry Potter. Je trouvais que tout se terminait pour le mieux et dans la plus grande des logiques. Mr. Big était enfin capable de dire à Carrie qu’il l’aimait et décidait de se lancer avec elle dans une relation engagée et sérieuse. Charlotte avait enfin trouvé, après un premier échec, l’homme idéal pour elle en Harry, quelqu’un d’aimant, de chaleureux et d’authentique et, ne pouvant pas avoir d’enfant, s’apprêtait à adopter. Miranda, revenue avec Steve, le père de son enfant de qui elle était restée séparée plusieurs années, s’installait malgré ses réticences à Brooklyn et se plaisait dans sa nouvelle vie de famille. Et Samantha s’attachait enfin à celui qui partageait sa vie depuis quelques temps, Jerry dit « Smith », plus jeune qu’elle mais parfait pour ce qu’elle était, désirant désormais construire quelque chose dans le long terme avec quelqu’un. Bref, « all was well ». Je veux dire, tout était comme il se devait de l’être et tout avait du sens avec ce qui avait été développé tout au long des six saisons. Tout découlait d’une grande logique. Avec finale sur un pont de Paris et promesses échangées, j’étais, je le disais, satisfaite.

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Sex and the City, Saison 6, HBO

J’ai adoré cette série. Elle est profonde malgré son sujet d’apparence léger, elle est bien menée, drôle et sérieuse à la fois. Et si elle est pleine de clichés sur les hommes et les relations, ceux-ci ne sont jamais gratuits, sous-tenus d’une réflexion plus grande faite notamment par Carrie qui, à travers ses chroniques de journaux, réfléchit sur le célibat, l’amour et le désir de s’engager. Bref, j’ai aimé cette série délicieuse, drôle, mais surtout extrêmement vraie.

Sex and the City, le film

Désireuse de trouver d’autres trucs à me mettre sous la dent, j’ai à peine attendu une semaine avant de me lancer dans le premier film, Sex and the City -Le film, sorti en salles en 2008. On ne m’avait pas dit que des éloges à son propos, mais on m’avait tout de même assuré qu’il gardait bien l’essence de la série et que tout fan ne pouvait qu’y trouver son compte.

Mise en contexte de début du film: dix ans plus tard, les quatre filles mènent leur vie. Miranda avec Steve, Samantha avec Smith, Charlotte avec Harry et sa petite fille, et surtout, Mr. Big avec Carrie. Tout va bien pour les deux amoureux depuis environ dix ans. Ils vivent ensemble, partagent leur vie, sont heureux. Ils n’en sont plus à vivre des épisodes sans fin d’on and off ou à sans cesse revenir à des conflits basés sur l’engagement ou le non-engagement, comme il a si souvent été le cas dans la série. On est content que ça se soit passé comme ça, mais c’était aussi logique : si Mr Big a dit à Carrie que oui, il se lançait, sur le pont de Paris, ben ce n’était pas n’importe quoi. On le savait. Cette fois-là, c’était pour de bon. Et les dix années passées ensemble le prouvent. Ils étaient faits l’un pour l’autre, et ils ont enfin décidé de se lancer. Pour vrai.

Au début du film, Carrie et Big décident de se marier. Ils préparent la cérémonie, malgré la soudaine réticence que ressent Big au fil des préparatifs – pour lui, il s’agirait de son troisième mariage. Bref, je vous passe les détails, mais tout ça pour vous dire que le jour de la cérémonie, Mr. Big ne se pointe pas. Il choke, peut-on dire. Il lâche Carrie qui s’apprête à descendre la grande allée en disant qu’il ne « peut pas ». Bon, genre huit minutes après, il réalise qu’il est con d’avoir agi comme ça et tente de se rattraper en revenant sur ses pas, mais c’est trop tard. Les filles sont parties, Carrie en pleurs et soutenue par ses amies. Ils se croisent en voiture et elle le frappe violemment avec son bouquet malgré qu’il essaie de lui offrir ses excuses.

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Sex and the City, Le film, 2008

Bref. Je vais m’arrêter ici pour la narration de l’histoire puisque nous avons l’essentiel. De toute façon c’est aussi là que j’ai arrêté le film. Parce que j’ai décroché, parce que j’ai trouvé ça too much, parce que je n’étais pas d’accord. Pantoute.

Ils ont fait un film et cherchaient une intrigue dramatique? Bon, ok. Et côté drame, on est en plein dedans. Mais honnêtement, quand on pense à la série et à la logique des personnages, ça n’a pas de sens. Après 10 ans, Mr. Big qui choke? Non. Parce qu’il a choké un million de fois avant, mais que c’était avant qu’il s’engage avec Carrie, sur le fameux pont à Paris. THE big shot. Pis qu’un big shot comme ça, ben ça ne s’ébranle pas après dix ans pendant dix minutes alors que t’es supposé te marier.

Être en désaccord avec la fiction

Si je vous raconte tout ça, c’est parce que suite à cet épisode de déception, je me suis demandée de quel droit on avait – « on » en tant que lecteur.trice.s ou auditeur.trice.s – de ne pas être d’accord avec la fiction. Tsé, il arrive des choses dans la vie des personnages comme il en arrive dans la nôtre et c’est comme ça. Ce n’est pas nous qui décidons. Peut-on vraiment être en désaccord avec ce qu’une série, un livre ou un film nous présente, dans le cas où il s’agit d’une histoire en elle-même dont la cohérence interne est décidée et régie par un ou une auteur.e?

Changements de supports, perte de légitimité?

Il est parfois difficile de déterminer où se trouve la mince ligne entre être bouleversé par ce qui arrive au personnage, ou être en désaccord. Peut-être que cela vient de la confiance que l’on a envers l’auteur de faire avec son histoire quelque chose de cohérent, de la légitimité que l’on lui donne? Dans le cas contraire, peut-on dire qu’on n’est « pas d’accord »? Je veux dire, dans le cas de Sex and the City, on a à faire à un changement de support, passant de la télévision à un film sur grand écran, et donc à une reconfiguration des dynamiques d’action et de personnages. Dans la série, on a l’occasion de développer une intrigue complexe qui s’étale sur plusieurs épisodes. Le film, lui, doit être un tout en lui-même – ou presque, dans l’éventualité où il y a des suites. Et dans ce cas-ci, il s’agit d’un film qui se veut un « retour de nos personnages préférés », sorte de remake/come back qui n’a pas le choix d’être autant dans la continuité que dans la nouveauté, pour satisfaire les anciens fans et rallier les nouveaux. La volonté de recréer le succès de la série ne vient-il pas un peu en effacer l’essence, puisqu’on cherche alors à trouver de « nouveaux » rebondissements qui n’auraient peut-être pas lieu d’être autrement? Perd-on une partie de la confiance dans la fiction quand on sent qu’elle n’est plus contrôlée par une main que l’on considère légitime?

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Sex and the City – Le film, 2008

Et maintenant qu’elle existe, cette suite à la série sous forme de film, puis-je volontairement décider de l’ignorer? Puis-je décider que pour moi, l’histoire s’arrête sur le pont de Paris et ne pas prendre en compte ce qui se passe après?

Le tome 8 de Harry Potter : un livre « illégitime » ?

Laissez-moi vous donner un autre exemple. J’ai eu la même réaction au moment de ma lecture du « huitième tome » de Harry Potter, de laquelle je suis ressortie franchement déçue. Et pour moi, parce qu’il n’était pas uniquement écrit par JK Rowling, mais bien « tiré d’une idée de JK Rowling », publié en dehors du cycle original et sous forme de théâtre – en plus de contenir un tas de rebondissements et de détails qui, selon moi, ne cadraient pas avec le monde de Harry Potter tel que je le connaissais – je l’ai renié. Dans le sens où, pour moi, ce livre n’est pas dans le cycle. Je ne le considère pas comme faisant partie du monde de Harry Potter. Pour moi, ce livre n’est pas légitime. Je ne lui accorde pas de poids et depuis, en gros, je fais comme s’il n’avait pas existé.

Encore une fois, le fait de ne pas en prendre compte fait-il en sorte qu’il cesse d’exister? Ce livre a été écrit, on s’entend. Puis-je l’écarter de mon univers mental en limitant le destin des personnages à ce que j’ai décidé qu’il serait?

Notre amour trop fort pour certaines fictions

Je crois qu’une partie de la réponse se trouve dans la relation que l’on développe, sur une longue période de temps, pour un livre, une série ou une fiction que l’on adore. Et pourquoi accroche-t-on autant à une histoire? Parce qu’elle vient nous toucher, parce qu’elle est bien racontée, parce qu’elle a du « sens », parce que l’univers est bien construit et qu’on y accroche fort. Bref, parce qu’on y croit. Je suis d’avis que beaucoup de notre amour pour certains livres est dû à ce fameux « pacte » tacite que l’on accorde – ou pas – à un ou une auteur.e. Je me souviens avoir lu, dernièrement, une œuvre de genre fantastique qui avait beaucoup de potentiel, mais dans laquelle je n’arrivais pas à plonger totalement parce que de nombreux éléments me dérangeaient. En fait, je n’y croyais pas. Je n’accordais pas, alors, le bénéfice du doute à l’auteur qui avait sûrement de bonnes raisons de faire agir ses personnages ainsi, ou d’amener tel bouleversement. Je trouvais juste qu’il s’y prenait mal et ça brumait ma capacité à lui faire confiance.

Mais pour des œuvres comme Harry Potter, ou dans ce cas-ci, Sex and the City, j’ai passé un pacte avec l’auteur.e, dans le sens où je remets le destin des personnages entre ses mains, et peu importe ce qu’il leur arrive, je vais le ou la suivre. Je ne suis pas obligée d’être toujours contente du traitement qui est fait de certaines situations, mais je ne remets pas en doute que ça se soit passé comme ça pour tel ou telle personnage. Je m’en remets à elle, même si ça m’attriste (la mort de Dumbledore et celle de Sirius) ou me fâche (la façon dont Aidan est parti, la non-conséquence de Mr. Big et sa trop grande légèreté). L’histoire est comme ça, c’est tout.

Mais alors que se passe-t-il quand même l’auteur.e n’a plus de crédibilité?

Dans les deux cas qui me préoccupent, cela se passe principalement par un changement d’auteur.e et de support. La télé vers le cinéma, le roman vers la pièce de théâtre, ainsi que par une remise en forme, par l’avènement d’un nouveau produit « pas tout à fait » cohérent. Et comme on sent que ce n’est pas réussi, que ça s’éloigne trop de l’essence de ce que ça a été précédemment, bien on décroche et on arrête d’y croire. Et on se cache la tête dans le sable en disant que ces suites illégitimes n’ont jamais existées. Est-ce d’être trop puriste d’écarter les œuvres un peu déviantes?

Et vous, qu’en pensez-vous? Pouvons-nous être en désaccord avec la fiction?

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Janvier : Premier roman Février : Roman adapté au cinéma Mars : Roman écrit par une femme Avril : Essai Mai : Roman abordant la santé mentale Juin : Littérature autochtone Juillet : Lecture jeunesse Août : #12août Septembre : Nouveauté de la rentrée littéraire Octobre : Roman finaliste au prix des libraires Novembre : BD ou roman graphique Décembre : La suggestion d’une fileuse en 2018, DÉFI LITTÉRAIRE, un livre québécois par mois, littérature québécoise, littqc, unlivrequébécoisparmois, je lis un livre québécois par mois, défi littéraire, résolution 2018

En 2018, je lis un livre québécois par mois

Toujours à la recherche d’une résolution pour 2018 ? On vous propose celle-ci : lire un livre québécois par mois. Ou plus!

Depuis 2015, on organise ce défi littéraire sur un groupe Facebook. On vous invite donc à vous joindre à nous si vous avez envie d’y participer.

Le fonctionnement est simple: nous avons déterminé les thématiques pour chacun des mois et nous ferons des sondages sur le groupe Facebook pour déterminer la lecture commune. Si vous préférez choisir vous-même ce que vous lirez, aucun problème, l’important, après tout, c’est de lire (minimum) un livre québécois par mois! On vous le promet… vous ferez des découvertes merveilleuses et votre vie ne sera qu’améliorée par l’ajout de lecture d’œuvres québécoises !

Janvier :  Premier roman

Février : Roman adapté au cinéma

Mars : Roman écrit par une femme

Avril : Essai

Mai : Roman abordant la santé mentale

Juin : Littérature autochtone

Juillet : Lecture jeunesse

Août : #12août

Septembre : Nouveauté de la rentrée littéraire

Octobre : Roman finaliste au prix des libraires

Novembre : BD ou roman graphique

Décembre : La suggestion d’une fileuse en 2018

Envie de participer ? Joignez-vous à notre groupe et utilisez les mots-clés #lefilrougelit #unlivrequébécoisparmois pour partager vos lectures mensuelles!

Ce qui dérange et bouleverse

Le pouvoir des livres est unique. Ils nous permettent de s’évader, de découvrir de nouveaux univers et de nous émouvoir devant autant d’imagination. Mais lorsque les livres prennent une plus grande ampleur et réussissent à se tailler une place dans nos vies personnelles, on se remet soi-même en question. Car lire nous permet avant tout de nous repositionner, de s’arrêter et se demander si nos envies, nos perversions et nos forces sont réelles. Certains livres changent notre perception de ce qui nous entoure de manière concrète. Ils allument en nous ce sentiment de sincérité face à notre propre confiance, mais surtout ils nous permettent de mieux comprendre notre entité, ce combat qui nous habite en tant que femme et avant tout en tant qu’être humain.



C’est le cas du dernier objet littéraire de Maggie Nelson, Les argonautes (The Argonauts). Parue en 2015, cette œuvre à la fois mi-essai et mi-autofiction nous plonge dans diverses thématiques sans genre et sans nombre qui amènent une réflexion profonde sur l’art, la tendresse et la production sous toutes ses formes. Magnifiquement traduit par Jean-Michel Théroux, Les argonautes est une œuvre bouleversante qui ne laissera personne indifférent.


À bien des égards, Les argonautes est une œuvre complète qui soulève beaucoup de questionnements sur un tas (j’insiste, un tas) de thèmes. 
Valsant entre l’anecdote comique, le sarcasme et l’engagement, on nous offre un livre complexe et sincère, tantôt découpé par des histoires personnelles, tantôt par l’opinion de philosophes et activistes de tout genre.

Plus nombreux seront les questionnements

Si les thèmes sont variés, on y trouve tout de même une ligne conductrice claire et honnête. Chaque sujet et chaque thème a sa propre pertinence. À commencer par la question du genre féminin/masculin. L’auteur, partageant sa vie avec l’artiste Harry Dodge et se positionnant en faveur du mouvement LGBT, nous plonge dès les premières lignes dans un monde unique, insistant sur la découverte du corps sans genre. Ainsi, Maggie Nelson nous ouvre le monde sur l’univers queer. Dès les premières lignes, on est curieux, fascinés d’en savoir plus, de découvrir davantage sur cet univers extrêmement médiatisé depuis quelques années. On a beau évoluer avec l’homosexualité, la bisexualité, la transsexualité et être 100 % ouverte à ces expériences, Maggie Nelson nous bouleverse par ses propos francs. Comme si notre vision était altérée par tellement de choses, alors que le mouvement LGBT est la chose la plus honnête et la plus sincère de la dernière décennie. Si bien que même si l’œuvre s’articule intensément autour du mouvement queer, on aimerait en avoir davantage, comprendre cette démarche de l’intérieur pour en finir une fois pour toutes avec le genre, en tant que société .

Une vie pour soi & autres


De plus, avec sa plume atypique, Maggie Nelson nous parle de l’amour fou, du sexe et de la famille sous toutes ses facettes. Elle nous offre sa perception et ses expériences par le biais de sa relation avec l’artiste multidisciplinaire Harry Dodge et du gender fluid. Cette famille exceptionnelle traverse différentes épreuves au courant de l’œuvre, à commencer par le changement de sexe de Harry, et la naissance de leur premier enfant, Iggy. Ainsi, on assiste à des moments empreints de déchirements moraux, de remises en question, mais surtout, un plongeon dans le vide sans précédent. Fragile et à la fois complètement assumé, l’auteur réussit à ouvrir les portes de nos propres esprits. On est à la fois impliqué, tout en étant un peu pervers.

Un des points marquants de l’oeuvre est la force avec laquelle l’auteur réussit à tracer des parallèles percutants, particulièrement à la toute fin, lorsqu’elle nous plonge dans l’accouchement de son garçon, mais aussi dans l’univers parallèle de la mort imminente de sa belle-mère. Altéré sur plusieurs pages, ce passage nous rend si sensible à la vie humaine, à la délicatesse et la fragilité du temps qui nous est alloué et à celui des gens qu’on aime. Se questionnant sur l’héritage qu’un parent doit léguer à son enfant, qu’il soit émotif ou intellectuel, Maggie Nelson ouvre un dialogue intéressant sur la fécondité.

« Ne pas produire et ne pas se reproduire, disait mon ami. Mais en vérité, la reproduction n’existe pas, il n’y a que des actes de production. Pas de manque, que des machines désirantes. »


Ces thèmes sont abordés avec une sincérité percutante, parfois dérangeante. Même si on y aborde la souffrance et la peur, il faut tout de même avouer qu’une lumière émane de l’œuvre. On rit par sa brutalité, par ses manières et ses anecdotes de tous genres. Maggie Nelson s’ouvre complètement à nous, et même si nous ne la connaissons que très peu, on sait que tout ce qui est abordé dans l’œuvre est vrai et ressenti. Abordant même la peur de répercussions de ses écrits, on lui est reconnaissante de se laisser aller et d’abattre les barrières du «politically correct».

Sans genre et sans nom



Il faut l’avouer, dès le départ, on est un peu perdu par la forme du livre. Mais la toute fin nous prouve encore une fois à quel point ce livre est surprenant et curieux. Sans chapitres, sans découpage concret, on a l’impression de livre un drôle d’objet, se rapprochant ironiquement d’un mémoire, mais trop détaché pour l’exercice. De plus, Maggie Nelson nous propose que les auteurs de ses nombreuses citations soient indiqués en marge, mais sans appareil critique à la fin de l’ouvrage. Choix qui fait tout son sens quand on termine notre lecture. 

On est parfois perdu par tous ses mots, toutes ses pensées qui vont dans tous les sens, mais malgré ce torrent, on termine le livre serein. Comme si on ne savait pas où trop se placer tout au long de ces 200 pages, mais qu’au final, l’empreinte du livre déteint sur nous.

À la fois brillante, comique et surprenante, Les argonautes est une œuvre inclassable qui dérange par sa nécessité et son franc parler. Un livre que j’ai particulièrement aimé pour sa non-forme, sa marginalité et l’inconfort auquel il peut parfois nous soumettre. C’est une vraie remise en question de toutes ces choses qu’on ne nomme pas, qu’on ne réussit pas à admettre et à affronter. 


Plusieurs jours après ma lecture, je me suis demandée comment parler de cette œuvre. J’avais la certitude profonde que ce ne serait pas assez, que les écrits de Maggie Nelson étaient trop importants pour simplement écrire que j’avais aimé ma lecture. Car certes, je l’ai appréciée, mais plus important, elle m’a dérangée. Et c’est là que réside la force des livres. Car une lecture, même réconfortante, se doit de nous ébranler. Le pouvoir des livres est remarquable, et parfois incompréhensible. Il est simplement là, dans notre cœur, notre corps et notre esprit. Il agit sur nous, sans raison apparente, et pourtant, on sait qu’il sera le début de quelque chose de différent.



Et vous, quelles œuvres vous ont particulièrement marqués ?


Le Fil Rouge tient à remercier les éditions Nota Bene pour le service de presse.

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La memoria, cette boule dure dans la poitrine

Une rencontre inespérée

Je suis tombée sur toi dans un lieu pas sexy pantoute. En plein magasin Renaissance, je fouinais dans les Tupperwares à bas prix et les assiettes vintage. Fidèle à mes habitudes, j’ai bifurqué vers les livres, parce que même si j’en ai plein à lire, on ne sait jamais quel bijou on peut trouver. Tu es apparue, La memoria de Louise Dupré. Quelques lignes et j’étais conquise. On t’a octroyé le Prix de la Société des écrivains canadiens 1996, le prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec 1997 et le Prix Femme de mérite YWCA 1998. Mais moi je m’en balance, les mots de Danielle Laurin savent toujours me convaincre, alors je t’ai pris contre mon cœur et je t’ai trimballé partout.

Je dis que je t’ai trimballé parce que c’est vrai. Je suis plutôt du type à dévorer un livre, mais tu t’es laissé savourer. Parce qu’à chaque chapitre je crois, j’ai dû tout arrêter et relire à voix haute, une phrase juste pour moi. Tes mots, des mots emplis de sens, un sens qui me renvoie à mes écorchures.

« À l’intérieur de la poitrine, il y a ce muscle où s’accumulent nos désespoirs, la tape de papa à quatre ans parce qu’on avait brisé un bibelot de porcelaine, la punition qu’on avait reçue injustement à l’école, et puis les échecs, les amitiés déçues. Les chagrins d’amour. Tout cela fait une boule. Une boule dure qui avec le temps pèse de plus en plus lourd et nous empêche de respirer. On a beau dire, c’est le lot de l’humanité dans sa faiblesse, mais personne ne peut nous consoler. Chaque chagrin est le seul au monde. »

Je l’ai dit déjà dans le texte du coffret du mois d’octobre, mais je réitère : ce livre est ma bouée, là maintenant, dans la catharsis qu’il m’a fait vivre. Cette femme, Emma Villeray, ses douleurs, son univers intérieur, ses pensées qu’elle livre à celui qui l’a quittée. Sa prose, comme un collier dont chacune des perles a été choisie avec tant de soin. Un amour des mots, de l’autre. Un mal d’accumulation, de cette vie qui se bâtit sur les ruines de son départ et de la disparition de sa sœur.

Une narration endeuillée

Une grande partie de mon intérêt réside dans cette narration particulière, ce souffle qui navigue entre une histoire et son ressenti.

« Du haut de la montagne, j’ai contemplé la ville et je me suis mise à dériver sur le fleuve, jusqu’au golfe, jusqu’à la mer, jusqu’à cette force obscure qu’il faut pour recommencer. C’était le balancement vivant de la vie, hors des limites et des frontières, hors de la prison du passé. […] Je me suis vue détachée. Je me suis vue ainsi, avec des racines flottantes dans la clarté d’un jour qui avait avalé le temps. »

Le texte se découpe en quatre chants qui fluctuent vers une certaine résilience, un processus qui mène à un mouvement; de l’inertie à une reconstruction. Peut-être que les formulations aident à bien peser l’essence de ce changement, cette guérison qui arrive graduellement avec son lot de questionnements.

C’est un livre lumineux, je n’ai pas fini de le prêter ici et là.

Quel est le dernier livre lu et dont les mots résonnent toujours en vous?

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Les optimistes meurent en premier : Angoisse, premier amour et culpabilité

Après avoir lu le merveilleux roman jeunesse de ma collègue fileuse Amélie Panneton, Comme une odeur de feu de camp, j’avais le désir de me replonger dans un roman jeunesse, parce que cette lecture m’avait fait revivre cette belle (parfois amère) période qu’est l’adolescence. C’est comme si cette lecture m’avait fait réaliser toute la richesse qu’il y avait dans ces romans. La lecture du deuxième tome d’Amélie Dumoulin, Fé Verte aussi m’avait fait retomber sous le charme de ce genre… que – je l’avoue –  je snobais un peu.

C’est par le titre avant tout, que j’ai été conquise: Les optimistes meurent en premier. Ça capte l’attention tout de suite et ça m’a rendue curieuse de découvrir ce titre et cette auteure. Susin Nielsen est une vraie passionnée des univers d’adolescents. Elle a signé énormément de best-sellers et a d’ailleurs écrit pour Degrassi!

L’histoire suit Pétula, le personnage principal, jeune adolescente qui a vécu un gros drame dans sa famille. Depuis, elle vit avec beaucoup de culpabilité et s’est construit une genre d’armure contre le monde. Elle craint et angoisse sur beaucoup de potentiels dangers. Elle nous fait d’ailleurs des listes de situations banales qui ont entraîné la mort.  Elle souffre énormément de ses peurs et passe par divers moyens pour tenter de ne pas mourir, parce que les optimistes – hé bien- , meurent en premier! Elle aussi a perdu, dans ce gros drame familial, sa meilleure amie Rachel. Elle partageait avec cette amie un amour pour l’art artisan et cette rupture sera difficile pour Pétula qui se sentira coupable. C’est un personnage vraiment charmant, auquel on s’attache dès les premières pages. Elle est multidimensionnelle, réaliste et sa narration est crédible et teintée de beaucoup d’humour, malgré le fait qu’elle souffre vraiment d’angoisses et de névroses.

Culpabilité et premier amour

Elle fera donc partie dans son école d’un groupe d’art-thérapie. C’est à cet endroit qu’elle découvrira de nouveaux amis et qu’ils s’entraideront à ne plus avoir peur, à s’ouvrir les uns aux autres et à profiter de la vie avec vivacité. C’est dans ce groupe qu’elle rencontrera Jacob, l’homme bionique à qui il manque un bras. C’est avec lui qu’elle vivra sa première histoire d’amour. C’est vraiment touchant de la voir s’ouvrir à ce garçon et leur complicité est palpable. Jacob a vécu, tout comme Pétula, un grand drame secret, et malgré les difficultés qui les sépareront, c’est par leur expérience commune de la culpabilité qu’ils arriveront à mieux se rapprocher et se soutenir.

J’ai trouvé que la détresse des deux personnages était excessivement bien nuancée et expliquée. On sentait réellement la dureté des événements et des drames qui ont en tout point modifié la vie des personnages.

De la littérature jeunesse et des chats

La famille de Pétula a aussi une grande importance ; ayant perdu un enfant, les parents doivent apprendre à vivre cette nouvelle réalité et cette douleur innommable. La mère, passionnée de littérature jeunesse, trouvera réconfort en accueillant des chats à la maison, ce qui causera (avec beaucoup d’autres choses, on le comprend) des problèmes avec son mari. La façon de l’auteure d’aborder les liens familiaux m’a aussi beaucoup plu; j’ai apprécié voir l’imperfection de cette famille aimante, éprise d’une douleur inimaginable après avoir perdu une de leurs filles.

C’est grâce à l’humour que le roman réussit à aborder des sujets tragiques, mais à en faire un roman lumineux qui donne envie de s’ouvrir aux autres, d’être vulnérable, de s’unir et d’aimer, tout simplement. Je suis vraiment contente d’avoir découvert cette auteure qui a écrit plusieurs autres romans jeunesse, que je m’empresse d’ajouter à ma précieuse pile-à-lire :).

Une traduction d’ici!

Mention spéciale aussi à la traduction québécoise: je trouve important de mentionner que c’est une excellente décision des éditions La Courte Échelle d’avoir fait traduire le roman ici. Cela le rend plus accessible et près de nous, ce qui est important. Le roman a aussi été traduit en France et publié aux éditions Hélium.

Bref, je ne peux que vous conseiller ce roman, que vous soyez un.e ado ou un.e adulte. Ce roman fait du bien, fait rire et aborde des sujets touchants et souvent tragiques. Pétula est un personnage féminin fort, tout en nuances, qui inspire grâce à son courage et sa détermination à faire le bien autour d’elle.

Avez-vous d’autres bons romans pour adolescent.e.s à me conseiller ?


Le Fil Rouge tient à remercier les éditions de La Courte Échelle pour le service de presse.