All posts tagged: littérature québécoise

Madame Victoria : écrire l’effacement

Tout ce que je savais en ouvrant le roman Madame Victoria de Catherine Leroux, c’est qu’il était inspiré d’un fait divers : à l’été 2001, le cadavre d’une femme est retrouvé dans le stationnement de l’hôpital Royal-Victoria. Après de multiples enquêtes et recherches, son identité n’est toujours pas connue à ce jour, ni les circonstances de son décès. Que des hypothèses. On décide donc de la surnommer « Madame Victoria », en référence à l’hôpital d’où, selon certain.e.s expert.e.s, elle se serait enfuie. Le roman débute alors qu’un infirmier retrouve le corps. Or, la suite est d’un tout autre ordre : Leroux s’est affairée à imaginer qui a pu être cette Victoria. Il s’agit d’une série de douze portraits, d’une galerie de personnages qui cherchent à coller une identité à cette femme. On croise une itinérante, une esclave d’une époque révolue, une femme devenue invisible à la suite d’expériences scientifiques, une femme allergique à la chaleur humaine. Toutes héroïnes des petits récits de l’auteure, elles proposent de multiples points de vue, à travers des époques qui varient, des conditions sociales différentes. La lectrice a …

Beaucoup de thé et du rhum bon marché: Nikolski

Hiver 2012 J’en suis à ma dernière année du secondaire et mon professeur de français nous demande de lire un passage qu’il a photocopié d’un livre québécois. M’imaginant déjà finissante, je n’ai pas beaucoup envie de participer à l’exercice, pourtant, je suis la première à finir l’extrait, assise sur le bord de ma chaise, je veux que mon professeur me parle d’avantage de ce livre. En terminant le cours, je me promets de lire ce roman dans son entièreté bientôt. C’est seulement deux ans plus tard que j’en termine la lecture après l’avoir trouvé dans une bouquinerie sur Mont-Royal pour moins de trois dollars et deux autres années après que j’en fais la critique. Printemps 1989 «Un avant-goût de la fin du monde» (Page 252) L’histoire de Nikolski débute en septembre 1989, pour ensuite se promener sur une période de dix ans. Nikolski, c’est un compas et l’élément clé à cette aventure littéraire. C’est l’histoire de trois personnages début vingtaine, Noah, qui entame des études universitaires, Joyce, qui recherche un peu d’action à travers la vie …

Littérature & bouffe: accords parfaits #1

Dans la vie, j’ai deux activités préférées: lire et manger. C’est de là qu’est née l’idée de ces articles sur les accords en bouffe et littérature! Je vous propose, en deux parties, des suggestions de plats pour accompagner vos lectures de différentes parties du monde. J’avoue qu’il y a des clichés « gros comme ça » dans les choix de mets, mais il n’en reste pas moins que ce sont des repas que j’ai envie de (re)découvrir. Pour ce qui est de la sélection de livres, j’ai tenté d’offrir une certaine variété, autant dans les époques que dans les styles, et j’aurais pu en mettre beaucoup plus! Et vous, quels plats s’harmonisent le mieux avec vos bouquins favoris? Littératures scandinaves : Fiskekaker, rødkål et potetmos accompagnés d’un aquavit sour. Exit les boulettes du Ikea : la culture scandinave regorge d’excellents plats qui vous sortiront de votre zone de confort. C’est connu, les habitants de ces pays mangent beaucoup de poisson et de fruits de mer. Ma copine Soline, qui a passé 2 ans en Norvège, vous suggère des fiskekaker, …

Zviane en trois temps

Bien souvent, nous associons – à tort – la bande dessinée à un public adolescent. Que ce soit en raison des superhéros aux pouvoirs fantastiques, des personnages de jeunes voyous farceurs (Titeuf for the win) ou encore d’animaux anthropomorphisés (Krazy Kat, Garfield, Snoopy et cie), la bande dessinée semble d’emblée destinée à un public précis et, disons-le, assez restreint. Or, l’éclatement des genres, la multiplicité des styles et l’élaboration de récits bien plus matures qu’autrefois viennent contrecarrer cette tendance à catégoriser ce que certains et certaines nomment le 9e art : il n’est plus simplement question de divertissement juvénile. Le Québec grouille d’artistes hyper talentueux et l’univers de la bande dessinée n’est pas en reste de cet essor culturel. Pour vous donner un petit goût de ce qui se retrouve dans nos librairies préférées, je vais vous parler d’une bédéiste que j’adore x 1000000000 : Zviane. Née à Longueuil, elle a un baccalauréat en musique de l’Université de Montréal et se dirigeait sagement vers la maîtrise, mais elle a plutôt préféré se concentrer sur ce qui la …

Nos suggestions de roman d’Amour : défi littéraire Je lis un livre québécois par mois

Pour ce deuxième mois du défi, Le fil rouge a eu l’idée de proposer de lire un roman d’amour. Or, vous serez d’accord avec moi que les frontières du genre sont extrêmement floues (un peu comme avec Jeune adulte). Il n’y a pas de paramètre précis qui détermine si un roman en est un d’amour, contrairement aux romans de science-fiction ou policiers. L’amour est universel, large et probablement le thème le plus inspirant en littérature. Les collaboratrices et moi, on a donc tenté de vous suggérer des livres d’amour qui montrent toutes les sortes d’amour et tout ce qui y a trait : deuil, amitié, couple, sexualité et j’en passe. Personnellement, j’ai hésité entre deux lectures, Petite armoire à coutellerie de Sabica Senez et Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage de Martine Delvaux. Alors je pense que ce mois-ci, je lirai les deux. Tous deux traitent du thème du deuil amoureux. Voici la description de Leméac pour Senez : « Ce carnet révèle l’impossible deuil d’une histoire amoureuse. Par fragments qui évoquent autant les traces …

L’univers d’enfants à travers le regard d’adulte

Je n’ai pas de genre littéraire favoris, pour ainsi dire, mais j’affectionne particulièrement certains types d’écriture, certains types de narration. L’un des genres qui vient particulièrement me chercher est celui où l’auteur fait parler un enfant, où ce sont les réflexions, les états d’âmes et les actions d’un enfant qui sont mis en mots. Je trouve que ça prend un talent et une plume bien particulière pour être capable d’aussi bien rendre tout ce qui peut bien se tramer dans la tête d’un jeune. C’est avec Émil Ajar et Momo ( La vie devant soi, Romain Gary) qu’a commencé mon amour pour ce type de récit, oeuvre qui, dans son genre, est encore bien difficile à égaler à ce jour. Il va donc sans dire que, en recevant une copie épreuve de Le monde par-dessus la tête de Caroline Paquette, j’avais quelques attentes. Le quatrième de couverture se lit ainsi Organisées en triptyques, trois novellas se répondent pour illustrer et décrypter ce qui fait l’essence d’un univers d’enfants. Une chasse-galerie inversée, vue depuis un party de Noël, …

L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy : quand le folklore d’ici rencontre la fantasy

Ceux et celles qui me connaissent bien (ou qui ont appris à me connaître à travers mes articles!) savent que j’adore les littératures de l’imaginaire, plus particulièrement le fantastique et la fantasy. Concernant cette dernière, j’aime lorsqu’elle se déroule dans un univers inventé de toutes pièces, bien sûr, mais j’aime encore plus lorsque l’auteur sait rattacher sa magie et ses créatures à une véritable époque de notre histoire. Une fantasy se déroulant au Québec du XIXe siècle, vous y auriez pensé, vous? C’est pourtant ce qu’a construit l’auteur Sébastien Chartrand dans son roman L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy, premier tome prometteur d’une trilogie publiée chez Alire et intitulée Le crépuscule des arcanes. Cela faisait déjà un petit moment que ce roman m’intriguait et, depuis que j’avais mis la main dessus lors du (désormais) fameux événement littéraire du 12 août, je n’attendais que le bon moment pour pouvoir me plonger dans son univers. J’ai dévoré les 434 pages du bouquin en quelques jours seulement, à travers le fignolage de mon mémoire de maîtrise, mes nombreux blitz d’écriture et …

Coeur de bête hôpital: une visite sans fioritures

J’ai aimé lire ce court recueil à saveur poétique écrit par Christine Germain et publié par la maison d’édition indépendante Rodrigol. Cœur de bête hôpital m’a d’abord séduite par sa jolie couverture, mais le charme a continué d’opérer au fil de ses pages. Au milieu d’une trame sonore de casseroles tabassées pendant un printemps de révolte se trouve un hôpital qui a du cœur, au cœur de Montréal. En ses murs et aux alentours, Christine Germain nous livre son observation à chaud d’une population qui y gravite. Des patients de tout acabit qui viennent d’aussi loin que l’Abitibi pour passer go au système de santé et y réclamer des soins. Des gens nouvellement vulnérables ou qui le sont davantage, vivant à froid, seuls ou non, chacun leur drame de corps ou d’esprit. Il y a aussi les travailleurs, qui soutiennent le fort hospitalier dans la ville qui grouille de vies. L’auteure prend soin de nous libérer de l’air recyclé de l’hôpital un court moment et nous fait prendre une bouffée d’air plus frais, juste à …

Caféine pour les yeux

Tasses, cartes-cadeaux Starbucks, mousseur à lait, sacs de café… Décidément, à voir les cadeaux de Noël que j’ai reçus cette année, mon entourage est bien au courant de ma dépendance à la caféine. Pour ajouter à la liste, ma mère (merci maman) m’a offert un livre de voyage qui indique où trouver les meilleurs cafés autour du monde avec de magnifiques images à l’intérieur. Voyage + café + photographie, plusieurs de mes passions combinées ensemble = j’étais contente. Cafés, par Jean-Michel Dufaux, comédien et animateur québécois, fait rêver. J’aurais voulu avoir l’idée de ce projet avant lui, je suis même un peu jalouse. C’est mon genre d’aventure. Mais, même si je n’ai pas vécu son expérience, je peux au moins profiter du résultat! Et qui sait, peut-être que je visiterai à mon tour les endroits qu’il a parcourus à la recherche du meilleur latté… Bref, Cafés, c’est deux-cent-cinquante-six pages de plaisir pour les yeux. Chacune d’entre elles est tapissée de latté art; les photographies sont magnifiques (et donnent envie de mettre en marche sa cafetière). J’ai des croûtes à …

Le Christ obèse de Larry Tremblay

Afin de souligner leurs 10 ans d’existence, les Éditions Alto ont eu la généreuse idée d’offrir aux lecteurs une invitante sélection de 10 livres à 10$ chacun; Le Christ obèse, du célèbre dramaturge et écrivain québécois Larry Tremblay, en fait partie. La première couverture – représentant nul autre que le Christ crucifié sur des tranches de bacon – avait su attirer mon attention. Additionné à la réputation de l’auteur, il ne m’en fallait pas plus pour avoir envie de me plonger dans les pages de ce court roman. Le Christ obèse nous absorbe au coeur du monologue intérieur d’Edgar, un être solitaire, asocial et perturbé. Un soir, dans un cimetière, alors qu’il rend visite à sa défunte mère, Edgar est témoin d’une violente agression envers une femme par des hommes qu’il associe aux 4 chevaliers de l’Apocalypse. Il décide d’enfermer la victime inconsciente dans le coffre de sa voiture, de la ramener à la maison et de devenir son sauveur. La lecture de ce livre fait immanquablement penser à l’univers sombre d’Edgar – Ô coincidence ?- Allan Poe, …