All posts tagged: littérature québécoise

Nirliit : Grand Nord, humanité et résilience

Ce premier roman de Juliana Léveillé-Trudel, Nirliit, qui signifie oies, en inuktitut, se passe dans le Grand Nord,  à Salluit, un village du Nunavik. C’est par un drôle de hasard que je viens tout juste de lire Soeurs volées d’Emmanuelle Walter dont Gabrielle a parlé dernièrement lorsque je me suis décidé à lire Nirliit. Je dois dire qu’on ne peut simplement pas terminer cet essai en l’oubliant sur sa table de chevet, ça nous hante. Et nous hantera probablement toujours. En me plongeant dans Nirliit, j’avais la version fictive de l’enquête menée dans Soeurs volées, mais voilà que je savais très bien qu’il n’y avait rien de fictif dans les mots de Juliana Léveillé-Trudel. La narratrice, une blanche, vient passer ses étés à Salluit, non dans le but du travail ou de l’argent comme le font tant de blancs, mais parce qu’elle s’y sent bien et qu’elle aime la langue. Ainsi, elle y rencontre des êtres merveilleux, résilients et brisés. Le récit tourne surtout autour de la mort d’Eva. La narratrice tente de s’adresser à cette femme qui a …

Retour sur une année complètement québécoise

En janvier 2015, Le Fil rouge s’était lancé un défi : encourager les québécois-e-s à lire des livres venant de la belle province ! Pour cela, nous avons créé l’événement «En 2015, je lis un livre québécois». À chaque mois on présentait un sondage sur le groupe et on vous demandait de voter pour la lecture du mois. Certaines lectures furent de vraies découvertes et d’autres, des déceptions. Voici un compte rendu de ce que Martine a pensé de ses lectures : Je suis extrêmement heureuse d’avoir créé, à l’aide de Karina et de Marjorie, ce défi littéraire parce que je pense humblement que nous avons motivé quelques personnes à lire plus de livres québécois. À ce jour, plus de 480 personnes se sont jointes au groupe Facebook Un livre québécois par mois, quoique bien discrètes, j’espère que chacune a su découvrir et apprécier les lectures proposées. De mon côté, je dois avouer qu’avant ce défi, j’étais étudiante en littérature et que très rarement je me laissais tenter par une œuvre contemporaine, j’avais lu quelques titres bien …

Des nouvelles de ta mère ou l’art de bien jouer la carte de l’éclectisme

Équivalent livresque d’une soirée à micro ouvert, Des nouvelles de Ta Mère est un ouvrage collectif invitant les auteurs et amis de la maison à explorer les formes et les sujets qui les intéressent, sans aucune contrainte. Ce sac à surprise littéraire, dans lequel se côtoient pêle-mêle des relations conjugales avec un crustacé, le Festival de Cannes, la haine objective des selfie sticks, de jeunes combattants de l’État islamique, le féminisme de Taylor Swift et le travail de forain d’Éric Lapointe, pour ne nommer que ceux-là, est un espace de liberté réjouissant et étrange et un concentré touffu de découvertes. Quand on donne carte blanche à des auteurs et qu’on décide d’en recoller les pièces pour en faire une courte pointe, on obtient soit quelque chose qui ne fait pas beaucoup de sens, soit quelque chose qui fait encore moins de sens mais dont on ne peut dénier la qualité et l’audace. C’est justement le pari qu’ont réussi les éditions de Ta mère en publiant le collectif Des nouvelles de ta mère. Rien ne permet de racoler chacune des nouvelles, …

« Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo » de Dany Laferrière, dernière lecture du défi littéraire

Pour terminer l’année en beauté, vous avez voté pour un incontournable de la littérature québécoise, le dernier Dany Laferrière. Dans ce dernier titre, il offre un véritable hommage au Québec et à sa diversité. Personnellement, chaque roman de Laferrière m’a enchantée (il m’en reste tant à découvrir!) alors je suis très contente de ce choix, même si j’avais voté pour La remontée de Maude Nepveu-Villeneuve (dont je vous parlerai très bientôt, fort probablement!). D’ici la fin de l’année, nous allons aussi écrire un article récapitulatif sur les lectures que nous avons faites au cours des derniers mois. Ce défi En 2015, je lis un livre québécois m’a encore plus fait prendre conscience du talent d’ici et ce, en littérature contemporaine. J’avoue qu’avant, j’étais portée à lire des classiques et que très rarement des nouvelles parutions, mais ce défi m’a amenée à davantage suivre la scène littéraire québécoise et j’en suis fortement heureuse. Bon, je m’arrête ici pour ne pas tout vous dire ce que j’ai à dire dans l’article récapitulatif (!) Bonne dernière lecture de …

Les Questions orphelines de Morgan Le Thiec: chercher l’absente

Le silence. C’est ce qui caractérise le mieux la thématique des Questions orphelines, mais surtout la vie de Billy, le personnage principal de ce premier roman de Morgan Le Thiec. C’est celui que l’on suit dans cette histoire qui se construit autour de la vie d’une famille brisée, éclatée par le mystère qui entoure le disparition de la mère, Blanche, qui a mis les voiles un beau matin de mai 1984. Billy revient à Montréal parce que son père Samuel, atteint de la maladie d’Alzheimer, est mourant. Il quitte Londres, où il est parti vivre (pour fuir?), et doit prendre en charge la vente de la maison familiale, où le drame a eu lieu des décennies avant. Billy, contre lui, se replonge dans ses souvenirs et en vient à broyer du noir. Beaucoup de noir. « Des souvenirs, on en a tous, perdus dans un coin de la tête, des cadavres exquis, pâles, presque translucides, presque rêvés. Mais j’ai pu me rappeler, physiquement, ma première enfance, en posant les pieds dans la maison de Cartierville, en reniflant ses odeurs, en touchant …

Faire l’amour : des vraies histoires de sexe raté (ou pas)

« Parfois c’est merveilleux, on en voudrait pour toute la nuit, parfois c’est dégueu, on anticipe seulement la fin avec impatience, parfois c’est la passion, le désir d’une nuit, l’amour d’une vie. Mais « peu importe que ce soit la faute à la reproduction de l’espèce, que ça dure 72 heures ou 15 ans, ça reste un foutu miracle électrisant, deux êtres qui se désirent ». Bam. »

Des papillons pis de la gravité, tout en humour et en légèreté

Je vais commencer par une confession; je n’ai jamais lu la série Au-delà de l’univers de Alexandra Larochelle. En fait, la confession est plus que je n’ai jamais voulu la lire parce que j’étais une enfant jalouse. Jalouse de quelqu’un que je ne connais ni d’Adam, ni d’Ève, simplement parce que tout le monde parlait de sa série de livres qu’elle avait écrite à un si jeune âge et que j’aurais dont voulu être à sa place. Une fois la crise de jalousie juvénile terminé, j’ai sporadiquement continué à me  demander si elle avait écrit autre chose et c’est comme ça que je suis tombée sur son blogue, par presque hasard, il y a un an ou deux. J’y ai découvert une jeune femme avec une plume humoristique, accrocheuse et de son temps. C’est donc un peu pour toutes ces raisons que j’avais plutôt hâte d’avoir Des papillons pis de la gravité  entre les mains. Premièrement, il faut savoir que c’est un roman clairement axé vers un public adolescent, ce que j’essaie de plus en …

Peut-être jamais

Lorsque j’ai appris que grâce au Fil rouge j’aurais la chance de lire le roman Peut-être jamais de Maxime Collins, je n’ai pas hésité une seconde ! J’aime découvrir de nouveaux auteur-e-s. De plus, j’avais déjà vu quelques publicités du roman qui m’avaient intriguée. Avant de commencer ma lecture, j’ai fait quelques recherches sur l’auteur. Maxime Collins a fait des études littéraires, a publié quelques nouvelles et romans (dont Peut-être jamais est son sixième). Il est surtout le blogueur du «Pile ou Face». Peut-être jamais se trouve à être un roman moderne. Nous faisons la rencontre de Gab, un bisexuel qui se découvre homosexuel. Il aime se retrouver dans les bras de Sarah, avec qui il sera en couple pendant quelques années. Ainsi qu’être dans les bras du beau Sébastien. Ce qui m’a un peu dérangée dans ce début de roman, c’est que l’auteur semble minimiser la bisexualité. C’est comme s’il ne croit pas en cette identité sexuelle. Je dois vous avouer qu’au départ j’étais peut-être emballée par l’idée de trouver enfin une histoire concernant …

La trahison des corps de Stéphanie Deslauriers, une ode à la vie

La trahison des corps, c’est le récit écrit au JE de Camille, qui prend la décision, suite à des virulents traitements de chimiothérapie, de se laisser mourir, de ne pas se battre contre sa maladie, ou du moins de ne pas se battre pour si peu de promesses, soit quelques mois de plus. Son destin est scellé, son corps l’a trahie, le verdict est fatal, il ne lui reste que quelques mois à vivre. Camille reprendra le contrôle sur son existence et par le biais de l’écriture, nous racontera les grandes lignes de sa vie qui l’ont menée à dire adieu à la vie de manière si calme, si déterminée et surtout si sereine. Paradoxalement, c’est aussi le récit d’une femme dans la quarantaine qui s’émancipe enfin et qui meurt en entière connivence avec elle-même. Le roman débute lorsque Camille explique sa vie quotidienne, son travail comme enseignante en art plastique, sa vie monotone avec sa fille adorée et son chum un peu plate. D’emblée, elle semble bien, en apparence surtout, mais plus l’histoire avance, plus …

Redonner ses lettres de noblesse au français québécois

Avec un titre comme La Langue rapaillée – Combattre l’insécurité linguistique des Québécois, Anne-Marie Beaudoin-Bégin avait toutes les chances d’attirer mon attention (en cette journée où je m’étais promise d’entrer dans la librairie, acheter le dernier de Moutier et repartir aussitôt)! Et le contenu n’avait rien pour me décevoir. La préface de Samuel Archibald donne l’eau à la bouche et dès que j’ai commencé la lecture de cet essai, je me suis sentie interpellée. Tout au long de ma lecture, je comprenais et analysais des situations qui ont lieu dans ma vie quotidienne et j’ai même quelques fois été émue. C’est que, voyez-vous, je suis une grande amoureuse de la langue française. Et j’adore l’accent québécois que je voudrais bien qu’on accorde toujours au pluriel : les accents québécois, tous riches et différents, tous fiers représentants de leur région. Je ne vous ferai pas de résumé exhaustif car le livre est assez court, 114 pages. Beaudoin-Bégin se permet de détruire les fausses croyances qu’ont les québécois quant à leur langue, leur français «moins bon» que …