All posts tagged: poésie

Nous sommes tous l’histoire d’une autre personne

Cela est arrivé Par une nuit orageuse, dans le doute et les détours du souffle Cela est survenu Dans la crainte de la folie Avec la peur du vent et de l’imparfait   Le temps s’était mis en marche Avec sa fâcheuse habitude de tout mesurer Paul-Émile Saulnier, Petits paquets de nuit, Collection à la cantonade Ça vous est tous déjà arrivé d’apprendre à connaître une personne, jusque dans ses recoins les plus intimes, mais sans même l’avoir déjà croisée ou, si oui, très furtivement. Connaître quelqu’un dans l’image et les propos d’un autre. Connaître quelqu’un, mais en fragments, une personne racontée, comme une histoire par une autre personne, celle-là marquée, positivement ou négativement. Apprendre à connaître une personne dans son passé, dans celui qu’elle partageait avec celui ou celle qui raconte. On relit alors des points interceptés un peu au hasard et on crée une sorte de constellation sans reliures entre les points. Je vais vous raconter une petite histoire comme celle-là qui m’a suivie une longue partie de ma vie. J’y ai repensé …

La poésie de la ouananiche

  La ouananiche, en ilnue, ça veut dire « celui qui se trouve partout » ou « le petit égaré ». C’est un saumon d’eau douce. C’est aussi le poisson qui se faufile entre les pages du recueil Frayer de Marie-Andrée Gill : le fil qui les unit. Née en 1986 dans la communauté ilnue de Mashteuiatsh, Marie-André Gill a publié deux recueils de poésie. Son premier, Béante, paru en 2012 aux éditions La Peuplade, puis reparu en 2015 aux mêmes éditions, lui a valu en 2013 le Prix littéraire poésie du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Son deuxième recueil, Frayer, est paru en septembre dernier, toujours chez La Peuplade. Je suis tombée en amour avec la poésie de Marie-Andrée Gill quand j’ai lu et relu et encore relu Frayer. Je faisais mes achats de Noël au Port de tête en décembre dernier et j’ai décidé que moi-même j’avais besoin de quelque chose à me mettre sous la dent; fini les cadeaux pour les autres! Un peu beaucoup au hasard j’ai choisi ce petit recueil de 75 pages. (Bon, faudrait quand …

Nos suggestions de lecture Poésie pour le mois de juin du défi littéraire

En ce mois de juin, nous vous proposons de lire de la poésie! D’emblée, je l’avoue, c’est très rare que j’en lis et ce n’est pas parce que je n’aime pas, au contraire, je n’y pense que très rarement. Mais je suis vraiment heureuse que ce défi me pousse à en lire davantage. L’école nous a appris à penser la poésie, mais je pense qu’on doit laisser la poésie être sans chercher à la compter, la définir et voire la saisir entièrement. Mon choix s’arrête donc sur Déjà la horde de chair se tait d’Ariane Audet publié chez Hexagone. Ce recueil de poésie traite des violences féminines et est écrit (pour l’avoir déjà feuilleté un peu) de façon remarquablement touchante et ancrée dans une génération que je reconnais très bien. Très hâte de la lire à nouveau. La suggestion de Marjorie B J’ai choisi de lire le recueil de haïkus de Julie Tremblay «Le bruit du frigo». Je trouve intéressant de voir cette forme de poésie appliquée à notre culture et de lire des auteurs d’ici …

Avant que tout s’effondre

«Seule survivante d’un pacte de suicide, Ang fait partie de la scène musicale underground, obsédée par l’idée que la fin du monde est proche. Mais quand elle arrive finalement, Ang et ses amis ne trouvent pas la libération qu’ils espéraient. Au lieu de cela, ceux qui sont encore en vie sont affamés et luttent pour survivre dans un monde sans repères. Sombre et envoûtant, Avant que tout s’effondre mêle poésie, culture punk rock, drogues et surréalisme pour raconter l’histoire d’une jeune fille face à l’anéantissement de toute espérance.» Voici l’univers que Liz Worth nous fait découvrir. Un monde post-apocalyptique où l’eau, l’hygiène et la nourriture se font rares; où les chiens sont rois, où le seul moyen de supporter la vie est de consommer et de consommer et de consommer. Drogue, musique, parce qu’il ne sera jamais question de survie. Ang, personnage central de l’histoire, vit la Fin. C’est ainsi qu’ils appellent ce nouveau siècle: la Fin. Ils ont raison, parce que plus rien ne vit. Tout commence par le suicide raté d’Ang. Elle nous …

Geneviève Desrosiers – Nombreux seront nos ennemis –

Geneviève Desrosiers n’aura publié qu’un seul recueil et ce, à titre posthume. L’auteure montréalaise de 26 ans, décédée tragiquement, il y a 20 ans, tombant d’une fenêtre lors d’une fête donnée par un ami, aura su laisser sa marque par ses multiples œuvres et ses écrits. Artiste visuelle et jeune auteure, Geneviève Desrosiers était de ceux promus à un brillant avenir artistique. Quelques mois après son décès, c’est par hasard qu’un éditeur tombe sur un poème de Geneviève Desrosiers dans la revue Arcade, le seul texte qu’elle aura publié de son vivant. Apprenant la mort récente de la poète, et avec la permission de la famille, l’éditeur déterrera bon nombre de joyaux poétiques pour les compiler dans un recueil unique : « Nombreux seront nos ennemis ». Chaque fois, la réimpression du recueil rappelle la pertinence d’une telle auteure dans notre univers littéraire. Le petit livre est divisé en deux parties, la première comprend des dizaines de poèmes et d’écrits terminés, des mots choisis avec soin, un ton révélateur de la personnalité frondeuse de la jeune auteure. La …

Les murailles; chemin de croix en cap d’acier

Les murailles, premier roman de la poète Erika Soucy, est le résultat d’un voyage à la romaine, en 2011, dont le but était de comprendre les motifs qui ont poussé les hommes de sa famille, principalement son père, à s’éclipser pour le bois, pour le chantier, pour la vie dans le nord. Le résultat de ses écrits se retrouve dans ce roman aux cours chapitres où cohabitent tournures de phrases poétiques et langage de bois. Son oeuvre est à la fois d’une simplicité désarmante et d’une force tranquille qui s’impose, petit à petit, au fil des pages. Le sens de la famille, l’amour du père, le sentiment d’abandon s’entremêlent dans cette immersion dans un milieu d’hommes plutôt incompris et souvent caricaturé. Dans Les murailles, Érika Soucy ne se joue pas du milieu, elle reporte les faits, les dialogues parlent, les images expliquent et toutes les émotions nous atteignent. Je ne pensais pas être aussi touchée par ce roman, plus j’y repense, plus je le trouve beau. Plus j’y repense, plus je comprends sa nécessité. C’est aussi le roman …

Nos découvertes au Gala de l’Académie de la vie littéraire

Dimanche le 13 mars dernier, je me suis rendue, avec Marjorie et Alexandra, rejointes par Marie-Hélène et Kim, à la Sala Rossa. Un peu en retard après un souper Aux vivres, on s’est faufilées dans la salle, mais bien heureusement le gala n’était pas commencé! D’emblée, on se sent privilégiées d’être entourées de passionnés de poésie et de littérature qui comprennent sans concession cet amour des mots. Le gala de la vie littéraire terminait en grand le festival Dans ta tête qui offrait pendant dix jours des événements en lien avec la poésie. Mon horaire m’empêchait d’assister aux autres événements et j’avoue avoir été déçue à la suite du gala, parce que je suis certaine que les autres soirs étaient aussi étincelants. Pour ma part, mon coup de cœur de la soirée a été Filles missiles. Quelques semaines avant, je m’étais rendue au lancement du zine au Quai des brumes et j’ai été complètement charmée par l’œuvre. Cette façon d’aborder la vie quotidienne dans une poésie contemporaine qui touche droit au cœur me plait. J’admire leur …

« Lazare mon amour » : petite incursion dans l’œuvre de Sylvia Plath

Héliotrope a décidé cet hiver de publier une courte plaquette écrite par Gwenaëlle Aubry, Lazare mon amour avec Sylvia Plath. C’est dans ces 75 pages qu’on découvre ou redécouvre une figure marquante de la littérature américaine et féministe, une icône fragile : Sylvia Plath. Il s’agit réellement d’un hommage qu’offre Aubry à Plath dans ce texte. On sent la fascination et la passion qui gagne l’auteure lorsqu’elle parle de Plath, cette femme qu’elle tente de comprendre encore et encore : Un jour on me demande d’écrire sur une autre, poète ou romancière, qu’importe, vivante ou morte (plutôt). Et tout de suite ce nom s’impose : Sylvia Plath. Je relis ses textes hypertendus, électrifiés, je regarde ses photos-caméléons. Je fais défiler ses masques, je bats les cartes de son tarot : le rameau de peur et le Roi des abeilles, l’amante éblouie et la mère-épouse prisonnière de l’Amérique des années cinquante, les vierges folles, le vieux démon mélancolique, l’Oiseau de panique. À travers cette fragile image, cette icône suicidée, je cherche le point d’ajustement de l’écriture à la vie. Je cherche …

Percé, paysage de l’imaginaire

André Breton, écrivain, poète, théoricien, amoureux, féministe, … s’est arrêté à Percé en 1944 et a débuté l’écriture d’Arcane 17. Voilà plusieurs jours déjà que je survole les courants littéraires et artistiques du dadaïsme et du surréalisme, propulsée de liens en liens par la curiosité et l’envie de revenir sur des passages de l’histoire effleurés pendant les études. Le point initial de cet intérêt soudain, Arcane 17, écrit par André Breton. Pourquoi Arcane 17 ? Il y a plusieurs mois déjà, lorsque je suis arrivée à Percé, je marchais sur la 132, entre la pharmacie et chez moi, et j’ai aperçu un petit monument sur la pelouse d’une maison jaune, où il était inscrit : «André Breton (1896-1966) En exil à New York au cours de la deuxième guerre mondiale, le célèbre écrivain français voyage sur les côtes de la Gaspésie à l’été 1944 et séjourne dans cette maison en compagnie d’Élisa. Il trouve en elle et dans la splendeur de Percé, la source d’inspiration de l’une des œuvres majeures de la littérature surréaliste : …

Natasha Kanapé Fontaine : la poésie de la revendication

Natasha Kanapé Fontaine est une poète innue. Engagée et articulée, on la retrouve sur tous les fronts : du mouvement Idle no more aux arts de la scène (la pièce Muliats à venir en février), en passant par la Wapikoni mobile. Ses deux recueils de poésie, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures et Manifeste Assi, en ont fait un incontournable de la poésie émergente. Entre militantisme, environnement et identité, son œuvre se découpe tout en finesse, simplement belle. Reconnaître la culture pour ne pas l’écraser Le premier recueil de l’auteure, désormais disponible en version anglaise, est empreint d’une sensualité toute particulière, celle-ci est soudée au territoire dans lequel elle se déploie. Mais si cette poésie est charnelle, elle est aussi celle des non-dits. Les grands espaces blancs marquent les silences, les regards qui se ratent, mais les mains qui se touchent. Du thème amoureux, le recueil dérive doucement vers celui des ancêtres, de l’espace mémoriel et des legs culturels. Un peu comme un appel à laisser la culture pénétrer l’intimité, à composer avec …