Month: janvier 2016

Coeur de bête hôpital: une visite sans fioritures

J’ai aimé lire ce court recueil à saveur poétique écrit par Christine Germain et publié par la maison d’édition indépendante Rodrigol. Cœur de bête hôpital m’a d’abord séduite par sa jolie couverture, mais le charme a continué d’opérer au fil de ses pages. Au milieu d’une trame sonore de casseroles tabassées pendant un printemps de révolte se trouve un hôpital qui a du cœur, au cœur de Montréal. En ses murs et aux alentours, Christine Germain nous livre son observation à chaud d’une population qui y gravite. Des patients de tout acabit qui viennent d’aussi loin que l’Abitibi pour passer go au système de santé et y réclamer des soins. Des gens nouvellement vulnérables ou qui le sont davantage, vivant à froid, seuls ou non, chacun leur drame de corps ou d’esprit. Il y a aussi les travailleurs, qui soutiennent le fort hospitalier dans la ville qui grouille de vies. L’auteure prend soin de nous libérer de l’air recyclé de l’hôpital un court moment et nous fait prendre une bouffée d’air plus frais, juste à …

Ce qui n’a pas d’âge

« Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout. » Victor Hugo En février 2014, quand je suis partie pour l’Irlande dans le but d’y faire un stage dans une petite classe de maternelle, je trainais, dans mes bagages, des livres. Des albums jeunesse qui avaient su m’émerveiller. Des couleurs, des images, des mots que je voulais partager. Cette année-là, j’ai parcouru une dizaine de pays en conservant sur mon dos cet immense bagage qui était presque impossible à transporter. Au fil des jours, je me suis détachée des objets que je considérais superflus. Des vêtements trop chauds, des chandails usés, des cosmétiques que je n’utilisais jamais de toute façon… Mais je n’ai jamais pu me résoudre à me débarrasser de mes albums jeunesse. Mes albums sont usés et incroyablement vivants. Ils ont fait rire des enfants sur tous les continents. Mes albums ont transporté des enfants dans des univers nouveaux et remplis de fantaisie. Ces albums, je les découvre au fil des jours avec tous les élèves …

Chroniques d’une anxieuse : j’ai le awkward souvent

J’ai le awkward souvent. Quand c’est ma fête pis qu’on me souhaite bonne fête j’dis toi aussi. Je ris quand j’suis mal à l’aise à des moments inappropriés. C’est comme mon mécanisme de défense. J’ai déjà renversé une boisson en fontaine sur une fille sans faire exprès et j’ai tâché ses beaux souliers blancs. Un moment donné une femme m’a demandé de tenir un cupcake qu’elle venait juste de s’acheter, en spécifiant «échappe-le pas là!», pis je l’ai échappé. J’suis faite de même, qu’est-ce tu veux. J’ai essayé souvent de changer ce côté-là de moi, mais ça l’air que ça marche pas d’même la vie. Y’a des choses qui changeront jamais et qu’on doit seulement accepter. J’suis une perdue, voilà c’est dit. Quand je dois me rendre en quelque part, je prends à tout coup le mauvais chemin, même avec un GPS. Faque c’est ça, c’t’un peu niaiseux, la p’tite flèche bleue m’indique la bonne direction, mais je réussis quand même à aller dans le sens inverse. Mon cerveau n’a pas été programmé comme du …

Virginia Woolf et moi

Je ne me souviens pas la première fois où j’ai aperçu ce joli album, probablement lorsque je travaillais en librairie. Je me souviens de m’être installée longuement dans les allées à le toucher, l’admirer et me dire qu’un jour, j’aimerais bien l’avoir chez moi. Les années ont passé et je ne l’ai jamais acheté. Or, une fois, j’ai eu une carte cadeau et j’ai commandé des bouquins en ligne, dont celui-ci. J’ai reçu un courriel plus tard me disant qu’il était discontinué. Malheur. C’est donc avec bonheur et excitation que cette année au Salon du livre de Montréal, j’ai aperçu Virginia Wolf dans le kiosque des Éditions de La pastèque. Écrit par Kyo Maclear, illustré par Isabelle Arsenault et traduit par Fanny Britt (on se souviendra du marquant duo pour Jane, le renard et moi!), cet album de quelques pages est tellement beau que je ne pouvais faire autrement que de l’installer fièrement sur la cimaise de mon salon. Plongée dans le bouquin, je réalisais que c’était, en plus d’être beau (Isabelle Arsenault est tellement …

American (dream) Psycho

Je vais vous parler d’un roman que j’adore et qui mérite d’être lu, malgré le fait que son épaisseur (assez) imposante a tendance à en rebuter certains.es : American Psycho, de l’américain Bret Easton Ellis. La littérature des années quatre-vingt-dix a été fortement marquée par la curieuse fascination des Américains pour les meurtriers psychopathes tels qu’Ed Gein, Ted Bundy, ou encore le fameux Charles Manson. De célèbres auteurs – il suffit de penser à Joyce Carol Oates avec son Zombi et à Thomas Harris avec Hannibal (Lecter), pour n’en nommer que deux – se sont fortement inspirés de ces personnages afin de créer les leurs. D’ailleurs, Bret Easton Ellis lui-même s’est fait verser par son éditeur, Simon & Schuster, une avance de 200 000 dollars (rien de moins!) pour qu’il élabore son prochain récit autour d’un de ces monstres contemporains qui réjouissaient tant les lecteurs de cette époque. C’est comme cela que le personnage de Patrick Bateman, d’American Psycho, est né. Le nom du protagoniste seulement fait tout de suite penser à Norman Bates, du …

Caféine pour les yeux

Tasses, cartes-cadeaux Starbucks, mousseur à lait, sacs de café… Décidément, à voir les cadeaux de Noël que j’ai reçus cette année, mon entourage est bien au courant de ma dépendance à la caféine. Pour ajouter à la liste, ma mère (merci maman) m’a offert un livre de voyage qui indique où trouver les meilleurs cafés autour du monde avec de magnifiques images à l’intérieur. Voyage + café + photographie, plusieurs de mes passions combinées ensemble = j’étais contente. Cafés, par Jean-Michel Dufaux, comédien et animateur québécois, fait rêver. J’aurais voulu avoir l’idée de ce projet avant lui, je suis même un peu jalouse. C’est mon genre d’aventure. Mais, même si je n’ai pas vécu son expérience, je peux au moins profiter du résultat! Et qui sait, peut-être que je visiterai à mon tour les endroits qu’il a parcourus à la recherche du meilleur latté… Bref, Cafés, c’est deux-cent-cinquante-six pages de plaisir pour les yeux. Chacune d’entre elles est tapissée de latté art; les photographies sont magnifiques (et donnent envie de mettre en marche sa cafetière). J’ai des croûtes à …

Baise-moi

J’ai découvert Virginie Despentes dans un de mes cours à l’université. Je termine présentement un certificat en études féministes et j’ai eu la chance de le terminer avec un cours de littérature. J’ai rapidement constaté que Despentes est tout un personnage ! Dans King Kong theory, elle nous raconte son histoire. Nous faisons ainsi face à son statut de femme violée, de prostituée et de punk. Virginie Despentes semble avoir tout un caractère et elle ne s’en cache pas. Elle discute de sujets actuels, dont la condition des femmes dans la société et particulièrement sur les stéréotypes et les conditionnements genrés que peuvent vivre les femmes (bonjour Butler!). Despentes a également un point de vue très clair sur les féministes qui sont contre (abolition de) la prostitution. Elle est devenue prostituée aux suites de son viol et elle ne culpabilise pas face à celui-ci et elle ne semble pas en colère contre les hommes, mais plutôt contre la société. Cette société qui crée la culture du viol, qui apprend aux hommes à ne pouvoir contrer …

Quelques coups de coeur de littérature jeunesse à l’usage des adultes

Quand j’étais jeune, je dévorais les livres. Littéralement, je lisais un livre après l’autre avec une faim dévorante de toujours en avoir plus. Je terminais même mes devoirs le plus vite possible afin de pouvoir aller lire, c’est dire! Et cette envie de lire ne s’est jamais vraiment calmée, c’est elle qui a fait la lectrice passionnée que je suis. Cela dit, avec le recul, je peux dire que j’ai lu une masse assez impressionnante de livres entre mes 6 et 12 ans, livres qui m’ont accompagnée dans mon cheminement personnel, scolaire, et qui font partie intégrante de ce que je suis aujourd’hui. Les romans jeunesses que j’ai lus quand j’étais enfant sont pour moi des petits bijoux d’imagination, des livres touchants, et certains d’entre eux continuent de rester des coups de cœur littéraires malgré mon intérêt pour la littérature générale, québécoise et étrangère. En fouillant dans ma bibliothèque, j’ai sélectionné sept livres coups de cœur de ma propre jeunesse qui m’ont marquée et surtout qui se prêtent bien, en mon sens, à la relecture, même si nous …

L’histoire de ma vie: les chats

Du plus loin que je me souvienne, les chats et les livres ont toujours fait partie de ma vie. Peu importe où je me trouvais, je pouvais percevoir de petits yeux jaunes qui m’observaient dans un coin de la pièce. Je trouvais cela réconfortant. Je le pense encore. Les félins et la littérature me procurent le même sentiment de sécurité et de confort. J’adore lorsque le chat se blottit contre mon flanc pour y faire son nid. Dans le cas du livre, c’est plutôt lui qui me permet de me faire une petite place entre ses pages. J’oublie mon monde pour un instant et je me loge ailleurs. J’aime sentir mes doigts traverser les longs poils roux de mon majestueux Shelby. Tout comme j’aime caresser les pages d’un livre vieilli sous le poids des années comme si nous étions de bons amis depuis belle lurette. J’adore faire la lecture à voix haute le soir et les voir se poster juste à côté de moi en plongeant leur regard dans le mien, un peu comme s’ils …

Le phénomène des PAL et la culpabilité de l’achat

Tout le monde que je connais, et qui aime lire, possède une PAL. La fameuse Pile à Lire qui n’en fini plus de grandir. Peut-être est-ce lui donner trop d’importance que de dire que c’est à la fois une malédiction et une bénédiction d’utiliser ce fameux système de pile à lire. Je m’explique; Il y a un certain réconfort à savoir qu’il y a des livres qui nous attendent, un plaisir à savoir quel sera le prochain livre entre nos mains. En écrivant majoritairement des critiques sur le blogue, avoir une pile à lire est indispensable et devient un outil grandement utile pour planifier des articles et des lectures. En ce sens, une p.a.l n’est rien de plus qu’une simple pile de livres à lire; c’est savoir quel livre prendra prochainement place sur notre table de chevet sans se casser la tête, c’est ne pas se demander ce qu’on lira ensuite, c’est avoir hâte en sachant ce qui s’en vient. Par contre, j’ai l’impression qu’il existe un espèce de coté malsain à la PAL, soit l’accumulation. …