Month: novembre 2016

Le Clochard invisible

Se lever dans un lit propre sous un toit isolant; manger un petit déjeuner; s’habiller et se brosser les dents; amasser ses effets scolaires et franchir la porte d’entrée; prendre le métro; passer prendre un café au Tim Hortons avant le cours de 9:30; s’installer à un pupitre qui appartient à une institution scolaire et apprendre… Toutes ces choses que nous tenons – trop – pour acquises et qui forment notre douillet quotidien sont le plus grand des luxes pour certaines personnes que nous considérons invisibles : ceux qui vivent dans la rue. Dans son livre Clochard, Jocelyn Lanouette positionne le lecteur dans la vie de Serge Comtois « Résidant du Plateau, écrivain de quartier, itinérant ». « … Je te jure je suis invisible – Je te vois – Toi, oui. Toi tu me connais depuis des années. Mais regarde. Je me place au centre du trottoir et je descends mon pantalon jusqu’aux genoux. Ce n’est pas très élégant, j’en suis conscient, mais comme prévu on passe à mes côtés comme si je n’existais pas. …

Mourir à petit feu et renaître de ses cendres

Elle laisse rarement de glace. On aime ou on déteste la poésie. Ou on l’évite. Et je comprends qu’elle puisse rebuter certains, surtout si le premier contact avec ce genre littéraire ressemblait à un poème poussiéreux écrit en vieux français que vous deviez décortiquer à l’école. Fait vécu! La poésie, je l’ai donc boudée jusqu’à il y a 4 ou 5 ans. Comme je compte dans mes amis quelques poètes de talent qui m’envoient parfois leurs textes, je me suis ouverte à la chose tranquillement. J’ai pu constater en les lisant qu’inaccessible n’est pas forcément ce qui caractérise le style, comme je le pensais avant. Il y a les poèmes qui riment, avec structure et tout et il y a ceux sans règle stricte de musicalité, écrits en vers libres, venant souvent avec une figure de style poétique. Comme dans Shrapnels, d’Alice Rivard. L’auteure, née en 1985, sort l’artillerie lourde, sans vers ni rimes. La lecture de son Shrapnels évoque la noirceur d’une existence en mode survie depuis la plus tendre (pas si tendre) enfance. …

Les filles de Caleb: un incontournable

Quand on parle de classique québécois, je pense tout de suite aux nombreuses sagas familiales que l’on retrouve en librairie. Ce sont généralement des trilogies, un livre pour chaque génération, où l’on suit l’histoire d’une famille québécoise à travers le XXe siècle. Drame, amour et Révolution Tranquille sont au rendez-vous et le destin du Québec se retrouve mêlé de façon indissociable à celui des héroïnes de la saga. Ma saga familiale préférée est sans doute Les filles de Caleb, d’Arlette Cousture. À travers ces trois livres, on suit le destin de trois femmes, Émilie, Blanche et Élise, qui tentent de faire leur place dans un Québec en pleine transformation et qui cherchent l’amour envers et contre tous. Je me souviens très bien de ce moment, en secondaire 3, où j’étais débarquée dans la bibliothèque de mon école et que j’avais demandé to the go à la bibliothécaire un bon livre à lire, parce que j’étais sur le point de mourir d’ennui. Elle m’avait répondu en prenant à peine une seconde pour y réfléchir: «Tu devrais lire Les filles …

Nos suggestions d’essais pour le mois de novembre du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

En cet avant-dernier mois de l’année, nous lirons des essais! Voici ce qu’on vous propose de découvrir : Vanessa « Je conseille de lire comme essais : Le sel de la terre de Samuel Archibald et Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles de Steve Gagnon. Deux livres qui présentent un portrait pertinent de notre société et qui permettent de se questionner sur la classe moyenne et la place de l’homme au 21e siècle. » Karine « Pour le mois de novembre, je voudrais lire le livre d’Alain Deneault, Une escroquerie légalisée. Cet ouvrage traite de la question des paradis fiscaux. Cela peut paraître technique et non attrayant de prime abord, mais je crois que nous devons nous faire un devoir de nous y intéresser. Depuis les révélations des Panama Papers, je suis plus sensible à cette question et j’ai bien le goût d’en apprendre davantage en lisant le livre d’Alain Deneault. » Clara « Le défi de ce mois-ci m’a rappelé que ça fait un moment que je n’ai pas lu d’essai. C’est une occasion de me …

Ce qu’on a pensé de nos lectures classiques québécois #jelisunlivrequébécoisparmois

En octobre, nous lisions des classiques québécois. Voici ce qu’on a pensé de nos lectures! Vanessa « J’ai relu Le libraire de Gérard Bessette. Publié en 1960, Le libraire raconte l’histoire d’Hervé Jodoin qui exerce le métier de commis-libraire à la librairie Léon à St-Joachim, petite ville ennuyante de province. Le roman fait le portrait de la société québécoise d’avant la Révolution tranquille : « C’est pas bon pour la santé icitte de contrer les curés. Les ficelles, c’est eux autres qui les ont. » Une société soumise et dépossédée de toute forme de liberté, censurée, tournée vers le passé, dominée par le clergé qui considère les livres mis à l’Index dangereux. Une lecture rafraîchissante grâce au cynisme du personnage (qui n’est pas sans rappeler Meursault de Camus), qui nous fait se questionner sur l’évolution de la place des livres dans notre société. » Karine « Pour le défi du mois d’octobre, j’ai lu Une Saison dans la vie d’Emmanuel de Marie-Claire Blais. Au départ, j’ai trouvé cette lecture assez sombre, mais dans la mesure où l’auteure dépeint la pauvreté et …

Marie Curie : une femme de science, mais aussi une femme de cœur

Les livres qui, à partir de notes, de correspondances, de photos ou encore de lieux, nous racontent la vie d’une personnalité d’une autre époque me fascinent. Je les apprécie encore plus lorsqu’ils portent sur des femmes qui ont eu à défoncer des portes qui leurs étaient fermées du fait qu’elles n’étaient pas des hommes. C’est pour cette raison que le livre d’Irene Frain, Marie Curie prend un amant, m’a interpellée. Non seulement pour son titre qui pique la curiosité, mais aussi parce que j’avais envie d’en savoir plus sur Marie Curie, une pionnière qui est devenue une figure importante de la science à une époque où il était très difficile pour une femme de faire sa place dans ce domaine. Au début du livre, Irène Frain explique avoir trouvé dans une librairie un ouvrage comportant des coupures d’un journal d’extrême-droite de 1911 qui dénonçaient la relation adultère de Marie Curie, veuve depuis 5 ans, avec Paul Langevin, un homme marié, lui aussi scientifique de renom. De cette trouvaille a émergé l’idée d’écrire un livre relatant cette période de la vie de la scientifique. …

Le livre où tous se noient

J’ai déniché ce petit roman entre deux plus gros dans une grande bibliothèque de bois franc dans une librairie usagée. Le titre, Concerto pour petite noyée, m’a rapidement interpellée et la couverture représentant un beau poisson blanc crée un paradoxe entre le titre et la pureté que dégage cet animal de la mer. Et que dire de la poésie qui naît du titre, elle donne juste envie de lire tout le reste et de s’envelopper de ses mots. Concerto pour petite noyée est le cinquième roman d’Annie Loiselle, il est sorti en 2015 aux éditions Stanké. Le roman est une mosaïque de personnages, on y rencontre différents personnages colorés, mais qui partagent tous quelque chose de commun, le désespoir. Ce sont différents récits qui s’emboîtent merveilleusement, partageant les différents tracas des personnages, tout en laissant reposer l’histoire, passant d’un récit à l’autre. Malgré le désespoir des histoires, on s’attache aux personnages qui sont tous reliés, rendant la création d’une mosaïque encore plus puissante et on espère le mieux pour ceux-ci. Les personnages Agnès est une …

L’album jeunesse Mazort Fugus. Pour l’amour de la musique

L’amour et la pratique de la musique étant au coeur de ma famille depuis mon enfance, j’ai offert à ma mère pianiste et professeure le magnifique album pour la jeunesse Mazort Fugus, écrit par Perrine Joe et illustré par Élice. Il s’agissait d’un cadeau pour son anniversaire, mais il s’est avéré être un cadeau pour tous les petits pianistes qui l’ont lu par la suite, découvrant le superbe univers musical proposé par Mazort et sa musique enchantée. L’histoire commence alors que le grand Mazort Fugus doit donner un concert. Il est en retard, toujours en train de perfectionner sa dernière composition quelques minutes avant sa prestation, mais doit se préparer hâtivement. Les notes voltigent devant lui. Il observe leur chorégraphie. C’est que les concerts du célèbre Mazort Fugus sont loin d’être ordinaires. Sa musique, fantastique, transporte les spectateurs ailleurs… mais vraiment «ailleurs». Elle fait voyager… mais vraiment «voyager». C’est ainsi que lors de son dernier concert, une partie du public avait disparu, entraîné dans un autre univers, accessible par la musique elle-même. Mais où étaient-ils? Ce soir, le …

Autour des livres: Rencontre avec Antoine Charbonneau-Demers, récipiendaire du prix Robert-Cliche 2016 pour son roman Coco

Jeune prodige de la plume ayant vu le jour à Rouyn-Noranda en 1994, Antoine Charbonneau-Demers voit son premier roman, Coco, se faire publier sous les éditions VLB en septembre 2016. L’auteur se voit aussi décerner par la même occasion le prix Robert-Cliche du premier roman paru. Lorsqu’on sait que Robert Lalonde et Chrystine Brouillet ont eu ces mêmes honneurs en début de carrière, on a de quoi vouloir porter une curiosité à ce nouvel auteur. 1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture ? Je pense que c’est un livre qui s’appelait Pourquoi les gens sont-ils tous différents ? C’était un livre vraiment pas très excitant et surtout long, mais je voulais seulement repousser l’heure du coucher, alors quand mes parents me demandaient ce que je voulais qu’ils me lisent, je choisissais toujours celui-là. C’est devenu un running gag parce qu’on se faisait chier, mais on le lisait tout le temps quand même. C’était une lecture ironique, j’ai d’ailleurs appris l’ironie très tôt grâce à mes parents. 2. Avais-tu un rituel de lecture enfant …

Le féminisme canadien, de A à Z

Abécédaire du féminisme était, à la base, une chronique radiophonique à Plus on est de fous, plus on lit! sur la première chaîne. Ce n’est que trois ans après le début des chroniques qu’a été mis sur pied ce livre, publié aux éditions Somme toute. Au tout début, j’ai trouvé curieux le choix de ne pas mettre de « L » apostrophe. Ça me semblait plus beau, ne serait-ce que pour une question de liaison. Par contre, j’ai vite compris pourquoi. Il n’y a clairement pas que 26 mots et noms qui s’attardent au féminisme, il n’y a pas que 26 choix. Cet abécédaire n’est donc pas L’abécédaire, seul de sa gang, mais bien un parmi d’autres, et c’est bien mieux ainsi. On y parcourt donc l’alphabet, à travers 221 pages. On y retrouve des textes écrits par la recherchiste de Plus on est de fous, plus on lit!, Noémie Désilets-Courteau, ainsi que l’intervention, sous forme de citations, de plusieurs figures publiques telles que Aurélie Lanctôt, Mélissa Verreault, Judith Lussier, Martine Delvaux, Louise Dupré et plusieurs autres. …