Year: 2016

Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir : lecture obligatoire (malgré tout)

Dans le cadre des études universitaires, il faut faire beaucoup de recherche. Encore plus aux deuxième et troisième cycles. On a tendance à privilégier des textes écrits récemment : les données sont plus neuves, les constats plus contemporains, les avancées plus technologiques. Pourtant, je me suis donné le défi (le devoir?) de lire le fameux Deuxième Sexe de la non moins fameuse Simone de Beauvoir, écrit en 1949 à la jonction des première et deuxième vagues de féminisme. Verdict? Ce devrait être une lecture obligatoire pour tous les étudiants en sciences humaines et en arts, hommes comme femmes. Rien de moins. Oui, parfois c’est aride, parfois c’est daté. Par exemple, je suppose qu’au Québec, la majorité des jeunes filles ont les conseils de leur mère lorsque viennent les premières menstruations. Je suppose aussi que les jeunes femmes sont encouragées à poursuivre leurs études au-delà de la puberté ou de l’âge adulte. Ce ne sont là que quelques exemples, car autrement, l’essai de Simone de Beauvoir est patent d’actualité. Tout ce qui a trait aux relations filiales et …

Chroniques d’une anxieuse : Bonyeu donne-moé une job

J’me suis réveillée, un matin gris-frette d’hiver, avec la toune Bonyeu des Colocs dans tête. Ça allait pas pantoute. J’avais l’impression de perdre le contrôle et, pourtant, c’tait pas si pire que ça dans l’fond, c’tait juste que j’avais peur. Beaucoup. J’arrivais pas à entrevoir ce que l’avenir me réservait. C’tait comme un gros trou noir, le néant, et je perdais pied. Le grand vertige. Le sol se dérobait sous moi. Faut dire qu’une semaine de gris-frette d’hiver, c’tait pas facile, pour personne. Ça rendait fou un peu pis très maussade aussi. J’avais besoin de soleil, de chaleur, de vagues bleues et de palmiers (et une coupe de tequila bang bang tant qu’à y être). À place j’avais de la slush brune collée après les bottes. Je la regardais et je me sentais comme elle. Dégueulasse, inutile et gossante. La toune des Colocs résonnait dans mes tympans. J’ai commencé à la chanter de toutes mes forces. À tue-tête. Un peu trop fort, comme si c’était mon dernier espoir, mon dernier souffle. Je voulais crier en même …

Imre Kertész, l’être sans destin

C’était il y a quelques années déjà. C’était à l’époque où j’étudiais la littérature à l’Université de Sherbrooke. C’était dans un cours qu’offrait Patrick Nicol. C’était un cours sur la littérature du monde. C’était la première fois que j’entendais parler d’Imre Kertész. Imre Kertész est né le 9 novembre 1929 à Budapest, dans une famille juive. 1944 il fut déporté au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Il fut libéré à Buchenwald en 1945. […] Après deux ans passés sous les drapeaux, il mène depuis une vie d’écrivain indépendant et de traducteur d’auteurs de langue allemande tel que Nietzsche, Hofmannsthal, Schnitzler, Freud, Roth, Wittgenstein et Canetti qui tous ont eu une influence sur sa création littéraire. Encore trop habituée à la littérature dite classique, je dois avouer que j’ai ressenti un certain malaise au début du cours, tous les romans au programme étaient plutôt de la vague actuelle. Mon malaise s’est rapidement transformé en curiosité et finalement en fascination pour ce type de littérature. Au programme, il y avait Foe de J.M. Coetzee, La lenteur de Milan …

Madame Victoria : écrire l’effacement

Tout ce que je savais en ouvrant le roman Madame Victoria de Catherine Leroux, c’est qu’il était inspiré d’un fait divers : à l’été 2001, le cadavre d’une femme est retrouvé dans le stationnement de l’hôpital Royal-Victoria. Après de multiples enquêtes et recherches, son identité n’est toujours pas connue à ce jour, ni les circonstances de son décès. Que des hypothèses. On décide donc de la surnommer « Madame Victoria », en référence à l’hôpital d’où, selon certain.e.s expert.e.s, elle se serait enfuie. Le roman débute alors qu’un infirmier retrouve le corps. Or, la suite est d’un tout autre ordre : Leroux s’est affairée à imaginer qui a pu être cette Victoria. Il s’agit d’une série de douze portraits, d’une galerie de personnages qui cherchent à coller une identité à cette femme. On croise une itinérante, une esclave d’une époque révolue, une femme devenue invisible à la suite d’expériences scientifiques, une femme allergique à la chaleur humaine. Toutes héroïnes des petits récits de l’auteure, elles proposent de multiples points de vue, à travers des époques qui varient, des conditions sociales différentes. La lectrice a …

Autour des livres : Rencontre avec Mikella Nicol

En 2014, Le fil rouge a été sous le choc avec la publication du premier roman de Mikella Nicol, Les filles bleues de l’été. Dans une langue simple, poétique et un imaginaire fortement inspiré de notre génération, Les filles bleues de l’été est devenu un coup de coeur indéniable pour l’équipe. L’auteure a donc eu la gentillesse d’accepter de participer à notre questionnaire Autour des livres pour en apprendre davantage sur sa façon de créer et sur son rapport aux livres. Rencontre avec une jeune auteure inspirante. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture ? Je me souviens surtout qu’à l’école primaire, je lisais sur mes genoux, le livre caché sous mon pupitre. J’ai commencé à vraiment « aimer l’école » très, très tardivement dans ma vie (je fais présentement une maîtrise en études littéraires), et donc je m’ennuyais. J’en avais parlé à ma mère, qui m’avait dit que dans ce cas, je devais faire mon propre enseignement. En lisant en cachette, par exemple. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant …

Ru ou le Récit d’une mémoire fragmentée

L’expérience de l’exil est, dans la littérature migrante québécoise, liée fortement au thème de la mémoire (1), mais celle-ci est présentée comme brisée, clivée et fragmentée. Le roman Ru de Kim Thúy est porteur de cette mémoire problématique tout en ayant la volonté de la partager et de la faire vivre. C’est ainsi que la narratrice nous transporte au fil des récits dans son enfance au Vietnam, son expérience traumatisante à bord des « boat people », son séjour de quatre mois dans des camps de réfugiés et enfin son arrivée au Québec, où elle s’installera définitivement. Les récits touchants, difficiles, parfois nostalgiques ou anecdotiques qui composent Ru se lisent pourtant comme l’eau douce d’une rivière qui s’écoule lentement, d’ailleurs le mot ru en français signifie, l’auteure le dit, « petit ruisseau » et « écoulement » au sens figuré. Les récits nous touchent et s’insèrent en nous sans nous faire mal, et pourtant les souvenirs racontés sont loin d’être doux. C’est que Ru est ficelé avec tant de finesse qu’une lecture seule ne nous est pas suffisante pour être réellement apte à mettre le doigt …

Bouquins terreneuviens

Pour le nouvel an, mon copain et moi sommes allés à St-Jean de Terre-Neuve. Bon, c’est pas New York, me direz vous. Ce n’est pas une destination des plus prisées, mais ce fût un voyage très enrichissant. Nous y allions surtout pour visiter sa soeur qui habite St-John’s depuis quatre ans et s’ennuie beaucoup de sa famille! Amatrice de littérature québécoise, je me suis dit qu’il serait intéressant d’en apprendre un peu plus sur cette province de l’Est à travers ses auteurs! Et comme je savais qu’il y a une communauté francophone active dans la ville, j’avais envie de découvrir des auteurs franco-canadiens à l’extérieur du Québec. Malheureusement, je n’ai pas trouvé cette communauté francophone. Ce n’est pas faute d’avoir essayé! La première librairie que nous avons visitée, une boutique de seconde-main bien charmante, n’avait à m’offrir que des livres de grammaire française et quelques éditions du Nouveau Testament. La deuxième librairie, plus commerciale, n’avait absolument aucun livre en français, mais leur tablette de top picks proposait la version traduite de Trois fois par jour. …

Beaucoup de thé et du rhum bon marché: Nikolski

Hiver 2012 J’en suis à ma dernière année du secondaire et mon professeur de français nous demande de lire un passage qu’il a photocopié d’un livre québécois. M’imaginant déjà finissante, je n’ai pas beaucoup envie de participer à l’exercice, pourtant, je suis la première à finir l’extrait, assise sur le bord de ma chaise, je veux que mon professeur me parle d’avantage de ce livre. En terminant le cours, je me promets de lire ce roman dans son entièreté bientôt. C’est seulement deux ans plus tard que j’en termine la lecture après l’avoir trouvé dans une bouquinerie sur Mont-Royal pour moins de trois dollars et deux autres années après que j’en fais la critique. Printemps 1989 «Un avant-goût de la fin du monde» (Page 252) L’histoire de Nikolski débute en septembre 1989, pour ensuite se promener sur une période de dix ans. Nikolski, c’est un compas et l’élément clé à cette aventure littéraire. C’est l’histoire de trois personnages début vingtaine, Noah, qui entame des études universitaires, Joyce, qui recherche un peu d’action à travers la vie …

« J’ai trop peur de glisser sur mes larmes, de m’étaler dans la tristesse et de ne plus pouvoir me relever »

Lorsque j’ai partagé sur Instagram une photo de ma lecture, La gaieté de Justine Lévy, plusieurs m’ont dit n’avoir pas aimé. Comme je suis courageuse, j’ai quand même décidé de me lancer dans ma lecture, malgré tout. Et heureusement, parce que j’ai été obnubilée par l’écriture de Justine Lévy. Ce dernier livre écrit par la Française Justine Lévy, qui, je ne le savais pas, est quand même une figure connue en France, s’attarde à sa vision de la maternité et à ce qu’elle veut léguer à ses enfants. Son titre Rien de grave s’intéressait à une rupture avec son amant et surtout à Carla Bruni, celle avec qui son ex l’a trompée. Profondément ancrée dans le réel, l’œuvre de Lévy puise dans ses expériences intimes. La base du bouquin résulte d’une promesse qu’elle se fait : arrêter d’être triste le jour où elle aura des enfants : « C’est quand je suis tombée enceinte que j’ai décidé d’arrêter d’être triste, définitivement, et par tous les moyens. »  Dans ses tourments d’enfance qui reviennent tranquillement faire surface, …