Year: 2018

Didier Eribon, REtour à REims, Annie Ernaux, Elena Ferrante, Classes sociales, sociologie, littérature, bibliothérapie

Suggestions de lecture afin de réfléchir sur les classes sociales

C’est en terminant ma lecture de Retour à Reims de Didier Eribon que j’ai réalisé qu’il y avait un point commun entre mes dernières lectures : la narratrice ou bien l’auteur ou l’autrice étaient tous des personnes issues d’un milieu défavorisé ayant réussi à se sortir de ce milieu grâce à l’éducation. Bien qu’ils s’agissaient de livres de genres différents, je réalisais que la vie avait bien fait les choses, car la lecture de ces livres au cours d’une même période m’a permis d’approfondir mes réflexions quant aux inégalités et aux conditions sociales qui rendent très difficile d’aspirer à plus lorsque l’on naît dans un milieu modeste. Comme quoi la séquence dans laquelle on lit des livres peut avoir une influence sur ce que l’on retient d’une lecture. Voici donc trois lectures qui, à leur manière, abordent les sociétés de classes : Retour à Reims de Didier Eribon  Retour à Reims est un essai biographique dans lequel l’auteur, un intellectuel né au sein d’une famille de la classe ouvrière, revient sur son milieu d’origine. Plusieurs années après avoir coupé les …

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Sentiers littéraires pour enfants

Je cherchais un titre à donner à mon article. Habituellement, je le trouve toujours à la fin, lorsque tout est écrit. J’essaie qu’il donne le ton à mes propos, qu’il soit accrocheur. Cette fois-ci, pourtant − peut-être parce que je n’avais pas écrit d’article de l’été − j’avais envie de le trouver avant d’écrire, comme pour me donner un élan d’inspiration.  Puis, ça m’a frappé : le nom du site dont je voulais parler, Sentiers littéraires pour enfants, était suffisamment évocateur comme ça.  Sentiers. Il me semble que le mot lui-même invite à la découverte. Une découverte non pas en terrain inconnu, mais plutôt le long d’un chemin que d’autres ont déjà foulé, pour en faciliter le passage…  Deux mille oeuvres de fiction et documentaires pour enfants de 0 à 12 ans. Le site existe depuis 2008. Il s’agit d’une importante sélection de littérature jeunesse francophone récente, provenant de plusieurs maisons d’édition québécoises et étrangères et destinée à tous les éducateurs, parents et adultes reconnaissant le pouvoir de la littérature dans le développement des enfants.  Plus qu’un simple …

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Les peurs : 4 albums jeunesse pour les aborder en toute simplicité

Cet été, un de mes plus grands rêves s’est enfin réalisé : travailler dans une bibliothèque (la plus belle à part de t’ça!). J’étais aux anges, je touchais le ciel de mes longs bras et des palpitations de bonheur m’ont parcourue toute entière lorsque mes collègues m’ont demandé d’élaborer une heure du conte. Imaginez la joie : quand j’étais petite, j’adorais aller aux heures du conte et, maintenant, c’est moi qui allais les faire! Wô. J’étais libre de choisir les livres, la thématique et la formule. Toutefois, malgré cette latitude, je ne vous cacherai pas que l’angoisse me tenaillait juste à imaginer un groupe d’enfants, leurs yeux rivés sur moi, mes mains tremblantes tenant un livre et ma voix chevrotante incapable de lire comme du monde. J’étais terrorisée à échouer ce rêve tant désiré. Un éclair de génie m’a alors traversé : pourquoi ne pas faire une heure du conte sur les peurs? Lire des albums jeunesse qui abordent toutes sortes d’angoisses pendant que je tente de vaincre l’anxiété de prendre parole devant un groupe …

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Crazy Rich Asians, le livre que j’attendais

D’abord, laissez-moi vous raconter un peu mon histoire. Je suis née en Chine, puis j’ai été adoptée par un couple de Québécois alors que je n’avais que six mois. J’ai grandi à la campagne, puis en banlieue de Montréal, avant d’aménager dans la métropole il y a de cela déjà quelques années. J’ai donc grandi dans un milieu plutôt occidental, sans toutefois renier ou nier mes origines que représentent mon physique. D’ailleurs, je me faisais rappeler assez fréquemment mes origines, que ce soit lorsqu’un inconnu me félicitait pour mon aisance en français ou encore lorsque quelqu’un me lance un Ni Hao!  ou encore Konichiwa! dans la rue, qu’il soit bien intentionné ou non. J’avoue que c’était parfois difficile de grandir ainsi, entre deux cultures. Pas 100% occidentale, pas 100% orientale. Lorsque j’ai vu le titre Crazy Rich Asians dans la liste des films attendus en 2018, je me suis sentie interpellée. Après une recherche rapide, j’ai découvert qu’il s’agit du premier roman de la trilogie, écrit par Kevin Kwan et publié pour la première fois en 2013. Je l’ai donc …

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Lire et acheter avec discernement

Il y a déjà un bon moment qu’une problématique bien précise déclenche en moi des questions morales auxquelles je tente de répondre de façon avisée. Or, malgré mes nombreuses discussions sur le sujet et les multiples divergences d’opinions sur celui-ci, je ne connais toujours pas mon propre point de vue sur la chose. Mon questionnement repose sur la distanciation entre l’auteur et son oeuvre. En d’autres termes, pouvons-nous détacher l’auteur ou l’artiste de sa création? Devons-nous continuer de consommer une oeuvre même si nous ne respectons pas l’artisan derrière le projet en raison de ses comportements ou de ses valeurs? En somme, devrions-nous continuer d’acheter le travail d’un créateur pour notre plaisir personnel en mettant de côté les débats éthiques ou faudrait-il plutôt cesser d’encourager l’oeuvre en la boycottant? Le mouvement #metoo, qui a d’abord vu le jour dans le monde cinématographique, aura grandement contribué à nourrir ma réflexion sur le propos. Cela dit, une situation spécifique au sein de l’univers littéraire est véritablement parvenue à ébranler mes convictions sur le sujet. Voici la courte …

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Le jour où j’ai lu un livre sur ma tablette

Je n’aime que le papier. J’aime son odeur, le bruit qu’il fait lorsqu’on le tourne, qu’on le plie et le déplie. J’aime ses coins qui se cornent et ses lignes qui se raturent. J’aime que l’on puisse raconter l’histoire du lecteur à travers le défilement des pages. Partie au Japon pour trente jours, le tiers de mon sac était représenté par les livres. Que voulez-vous, je prévois lire tant et tant une fois sur un autre continent que je m’assure de ne pas manquer de romans à dévorer. Habituellement, j’arrive bien à trouver de nouveaux livres si mes réserves viennent à manquer dans l’endroit que je visite. Cette fois, je me doutais bien que mon pays d’accueil ne déborderait pas de littérature en français. Réserve fut donc prévue. Les jours défilaient, ma collection de bouquins aussi. Après avoir terminé 1Q84 (oui, on m’a fait la remarque qu’il était cliché de lire du Murakami au Japon), je me suis lancée dans une nouvelle série dont on m’avait fait l’éloge: La Passe-Miroir. Écrite par Christelle Dabos dans …

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Habiter la nuit

Jusqu’à 24h/24 La nuit se lève, je n’avais jamais lu de documentaire de ma vie. Cependant, j’affectionne la photo surtout lorsqu’on la retrouve contextualisée dans les pages d’un livre, et la thématique de la nuit m’a charmée avant même d’ouvrir l’ouvrage. Aussi, depuis ma lecture du roman de Martine Delvaux sur l’œuvre de Nan Golding la photographe, j’ai développé un intérêt pour les mélanges photos-textes et surtout pour les idées inédites qui en ressortent. Dénicher 24h/24 La nuit se lève, et en être ravie Donc, c’est en fouillant sur le site web d’Héliotrope, la maison d’édition, que je suis tombée sur cette pièce extraordinaire – dans le sens littéral du terme qui sort de l’ordinaire -, dans la section Beaux livres. Et en effet, lorsque je l’ai sorti de son rayon à la bibliothèque, le livre m’a rappelé qu’il n’est pas comme les autres : il est énorme… et c’est bien ainsi. Cela rend hommage au travail photographique de Marie-Reine Mattera et d’Emmanuel Joly. Ces deux photographes qui ont appris en France, mais qui sont bien connus …

Monsieur Vroum : Ode à la lenteur

Monsieur Vroum n’a qu’une idée en tête : «Aujourd’hui, il faut encore être le premier. De toute façon, si je suis le plus rapide, personne ne pourra m’égaler.» Alors que l’anxiété de performance se fait de plus en plus sentir chez nos petits (autant que chez les grands), ce petit album jeunesse nous ramène à l’importance de la lenteur. La Pastèque nous offre les aventures d’un grand coureur automobile, Monsieur Vroum. Ce personnage a beaucoup de talents et réussit toujours ses performances, car il arrive le premier et il est idolâtré par ses spectateurs ! Lors de ses courses, il va tellement vite qu’il n’a même pas le temps de profiter du paysage. C’est lors d’une de ses dernières courses, alors que les autres participants sont déjà bien loin derrière lui, qu’il réalise qu’il est seul. Surpris de constater que personne n’est là pour l’accueillir, il s’arrête et constate toute la beauté de la nature qui l’entoure. Il descend de sa voiture et décide de marcher. Il constate la tranquillité, découvre les animaux, etc. Monsieur …

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Les réseaux sociaux et l’anxiété de performance en littérature

Il n’y a plus rien d’étonnant lorsque vient le temps d’aborder la question de l’anxiété de performance liée à l’avènement des réseaux sociaux . Depuis Facebook, Instagram et tutti quanti, l’expression «l’herbe est toujours plus verte chez le voisin» prend des proportions ridicules directement liées au nombre de gens auxquels nous sommes en mesure de nous comparer. Malheureusement, ces gens, pour la plupart des inconnus, sont maintenant des millions, et ce, à quelques clics seulement. L’uniformité stylistique qui s’étend à nos gardes-robes, à nos maisons ou à notre manière de cuisiner s’étend également à nos lectures. Combien de photos soigneusement mises en scène de livres peut-on trouver sur Instagram? Il n’y a pas de limites. C’est parfois inspirant, ça nous permet peut-être de trouver des idées pour nos prochaines lectures ou d’avoir plus facilement accès à des auteurs auto-publiés. Par contre, bien souvent, les mêmes titres à la mode reviennent sans cesse dans nos newsfeeds, créant une impression de répétition lassante. Depuis quelques années, j’ai l’impression que les gens s’efforcent d’avoir tous les mêmes goûts …

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Le bricolage poétique de Roxane Desjardins

Mon coloc a récemment décidé de se débarrasser de presque tous ses livres. C’est dans un bonheur incrédule que je me suis emparée de tout ce qui me passait sous la main. Parmi mes nouvelles acquisitions : Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire de Roxane Desjardins. Ce recueil est arrivé dans ma vie comme un baume sur une plaie ouverte dont je ne soupçonnais pas l’existence. « Comment c’était avant, est-ce que ça m’est vraiment déjà arrivé, d’être confortablement emmitouflée dans les chaudes couvertes de l’enfance. » Enchantement désordonné Visuellement parlant, j’étais déjà conquise. Le recueil est beau, mettant en vedette une illustration à la fois enfantine et étoffée. À l’intérieur, du pêlemêle et du beau. J’avais l’impression, le temps de 93 pages, d’entrer dans l’esprit de Roxane Desjardins et de partager toutes ses blessures, ses joies et ses peines. Le plus bel aspect de ce livre, c’est son ordre incertain, ces choix que nous avons à faire tout au long de notre lecture. C’est que chaque poème a sa construction particulière, qui …