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Avant, après : La Scouine

Il y a quelques temps, une réécriture de La Scouine a été proposée par la maison d’éditions La Peuplade. Récit marquant, qui a dépassé les époques, je n’avais pourtant jamais mis la main sur une copie de cet ouvrage. Avant de me lancer dans ma lecture du roman de Gabriel Marcoux-Chabot, j’ai tenté l’exercice intrigant de faire une double lecture de La Scouine, celle d’avant et celle du moment. Je me suis donné deux jours (et il faut dire qu’ils étaient amplement suffisants pour traverser ces deux minces ouvrages) pour parcourir les récits. Le premier jour, je me suis attaquée au texte de Laberge. Puis, dès le lendemain, c’est sa réécriture qui m’a tenu compagnie. Un exercice fascinant pour comprendre le cheminement de l’auteur dans son écriture. Roman paru en 1918 mais longtemps oublié, La Scouine, d’Albert Laberge, fait état d’une période sombre, mais également lucide de l’histoire, d’un passage où la vie des habitants, des agriculteurs, était dure et impitoyable. Au lieu de glorifier, comme le faisait bien des ouvrages de l’époque, la vie …

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L’heure mauve, quand la réalité rattrape la fiction

J’étudie en gérontologie sociale et je travaille dans une résidence pour personnes âgées en tant que responsable des loisirs. Lorsque Michèle Ouimet a sorti son deuxième roman L’heure mauve, publié chez Boréal en 2017, plusieurs personnes de mon entourage m’ont encouragée à le lire. Ce roman d’environ 365 pages se passe dans une riche résidence pour aînés d’Outremont, où Jacqueline Laflamme, ancienne journaliste atteinte d’un cancer de la langue, mène un combat effrené contre la direction qui souhaite séparer les « atteints » des « bien-portants ». Jacqueline monte aux barricades en clamant la ségrégation inhumaine et dégradante, malgré que plusieurs résidents encore en santé aimeraient être séparés des malades. La réalité versus la fiction Lorsque j’ai entrepris la lecture de ce roman, mon premier réflexe fut de tout comparer avec mon milieu. Comme un médecin qui regarde Grey’s Anatomy, j’ai dû effectuer un grand travail de lâcher-prise avant de pouvoir apprécier ce roman à sa juste valeur et me rappeler qu’il ne s’agit que d’un divertissement, une fiction. Le combat principal de Jacqueline était …

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Mathieu Villeneuve et sa folie du Nord

Dans Borealium tremens, histoires de fond de rang, alcoolisme et prophétie se mélangent pour créer une épopée plus grande que nature… Le premier roman de Matthieu Villeneuve nous transporte dans un Saguenay-Lac-Saint-Jean démesuré, un royaume à cheval entre le réel et l’imaginaire. J’ai plongé la tête première dans cet univers, emportée par la beauté des mots. Il en ressort une sorte de poésie douce-amère. L’histoire est celle de David qui, après une errance de plusieurs années dans l’Ouest, décide de s’installer dans un rang perdu du Lac-Saint-Jean pour retourner aux sources et écrire un roman. Ayant reçu une maison abandonnée en héritage, il se met en tête de la rénover et cultiver ses terres. Or peu à peu, l’alcoolisme et les fantômes ont raison de lui et on assiste à sa lente descente vers la folie. Les lieux « Dans le lac ancien, souvenance du glacier qui recouvrait tout le continent, même le vent restait inaudible. La tourbière est une bête préhistorique endormie qui agonise depuis des millénaires. » — Borealium tremens, p.138 Les lieux parfois fabuleux jouent un …

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Hôtel Lonely Hearts : Les dessous de Montréal

Il y a de ces livres qu’on choisit pour leur couverture. Ce fut le cas pour Hôtel Lonely Hearts : je ne connaissais ni l’auteure, ni la trame narrative du roman. Le premier chapitre m’a tout de suite sortie de mes habitudes littéraires pour plusieurs raisons, et cet effet demeura tout au long du récit. D’abord, le roman est écrit par une femme québécoise anglophone, ce qui, d’emblée, est une première exploration pour moi. Ensuite, les personnalités très excentriques des personnages m’ont déstabilisée. Finalement, l’époque dans laquelle prend place l’histoire, le Montréal des Années Folles et de la Grande Dépression, m’était plutôt inconnue point de vue lecture.  Montréal crasse Bienvenue dans le monde naïf, désillusoire, choquant et plein d’humour de Heather O’Neill, que Dominique Fortier, elle-même romancière notable, nous traduit de l’anglais vers le français. On y découvre Montréal sous son jour le plus sombre, au détour de ses ruelles et à travers les yeux de ceux que la ville a rejetés. Il est étrange, donc, que malgré le plongeon tête première dans la prostitution, les …

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«Vous ne m’êtes pas d’un amour tranquille»

«Il faut absolument que tu lises ça». J’étais au salon du livre avec ma cousine, il y a deux ou trois ans, et c’est ce qu’elle m’a dit en me tendant un exemplaire de La renarde et le mal peigné. Habituellement, quand quelqu’un m’aborde avec cette phrase pour me suggérer une lecture, ça pique ma curiosité. J’ai envie de découvrir ce qui justifie l’emploi de l’impératif dans la phrase : s’il faut que je lise ce livre, c’est parce que mon interlocuteur y a découvert quelque chose d’extraordinaire… Et même si ce n’est pas une garantie que j’aimerai la recommandation, ça me touche que quelqu’un que j’aime me partage une lecture avec autant de ferveur ! Toujours est-il que lors de cette fameuse visite au salon du livre, j’achetai le livre que me tendit ma cousine. Quelques années plus tard, je la remercie encore de me l’avoir fait découvrir. Ce récit de correspondances est encore à ce jour une des lectures qui m’ont le plus bouleversées et auxquelles je reviens souvent. La renarde et le mal …

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Le lactume, cadeau d’adieu involontaire de Réjean Ducharme

L’été dernier, les Éditions du passage ont fait au Québec un grand cadeau avec la sortie du Lactume de Réjean Ducharme. Cette publication fut posthume, puisque l’auteur nous a quitté quelques jours à peine avant sa parution. Album graphique, littéraire et mystérieux, Le lactume se superpose avec justesse dans la brillante toile que forme l’œuvre de notre regretté géant littéraire. L’ouvrage nous est présenté par Rolf Puls,  qui nous raconte en introduction l’histoire rocambolesque de ce recueil. En effet, c’est en 1966 que Réjean Ducharme envoie le manuscrit du Lactume aux éditions Gallimard, auquel il joint une petite note qui dévoile bien son éternel sens de l’humour : «Monsieur l’éditeur, Veuillez ne pas trouver insolent que je vous soumette ces dessins. Je ne sais pas plus dessiner qu’écrire. Seulement, est-ce qu’il ne suffit pas d’être de la race humaine pour prétendre parler aux êtres humains? J’ai mis toute ma liberté et tout mon amour dans ces dessins. Si vous les jugez sans intérêt, ne me les retournez pas. Offrez-les à une jolie femme de ma part. Vous …

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Petit roman poétique sur le deuil

Il y a des moments pendant lesquels je dévore des livres sans compter. Je les enfile les uns à la suite des autres; je lis en déjeunant, en attendant que le souper cuise et en me couchant. Je plonge toute entière dans la fiction et je ne fais que compter les heures avant de pouvoir replonger dans ma lecture. Quand je suis obnubilée à ce point, c’est souvent car je suis tombée sur des coups de cœur; des bouquins qui me tiennent en haleine et qui me donnent envie de me couper du réel pour entrer complètement dans leur univers romancé. C’est alors terrible d’arriver à la dernière page. J’en voudrais plus. Je ne supporte pas que ça soit fini. La douleur d’arriver à la dernière page d’un roman Des fois, je lis un livre si incroyable et si vrai. La frustration ressentie à l’idée que le livre se finisse est alors trop intense. Je ne me résous pas à faire confiance à un autre romancier, tellement j’ai peur de me faire abandonner encore en …

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Les Pawulscy de Cracovie

Les romans historiques sont toujours mes préférés. Ils occupent une place privilégiée dans mon cœur de lectrice, et il n’est pas rare que je sorte de la bibliothèque avec une pile d’ouvrages majoritairement composée de romans de ce type. L’un des premiers que j’ai lus, si ma mémoire ne me fait pas défaut, est Les filles de Caleb, d’Arlette Couture (un article sur cette série juste ici). Ensuite, j’ai lu la deuxième série publiée par l’auteure, Ces enfants d’ailleurs. Cette série est divisée en deux tomes, soit Même les oiseaux se sont tus et L’envol des tourterelles. Rares sont les livres qui m’émeuvent autant que ceux-ci l’ont fait, mais ils ont toujours le même effet sur moi, chaque fois que je les relis. Les larmes coulent inévitablement, même après trois lectures. Une famille plongée dans la tourmente  Le roman raconte l’histoire de la famille Pawulscy, composée de Tomasz, professeur d’histoire à l’université de Cracovie, et de Zofia, professeure de musique réputée. Jerzy est le fils aîné, suivi d’Élisabeth, de Jan, puis d’Adam, qui naîtra durant la période trouble qu’est …

Journal d’une insomniaque

Que la personne qui n’a jamais fait d’insomnie lève la main! Pour ma part, comme j’ai déjà dit souvent ici, je suis une grande insomniaque, depuis le plus loin que je me souvienne. Évidemment qu’un livre nommé Journal d’une insomniaque allait me taper dans l’œil. Catherine Fouron signe ici son premier roman, compilation de son blogue Journal d’une insomniaque – conversation avec mon hamster qu’elle a alimenté pendant 8 ans. 8 ans à raconter ses nuits blanches passées avec Guy, son drôle de hamster, qui lui parle sans arrêt pendant la nuit. Ce fameux hamster Guy joue dans ce roman le rôle de psychologue, de parent, de fidèle ami et peut parfois être franchement bien emmerdant avec elle. Le roman de Catherine Fouron fait sourire souvent et vous amènera surtout à vous questionner à outrance sur divers sujets de votre vie. Les discussions avec Guy sont souvent loin d’être banales, et il en va de questions existentielles fort importantes qu’on se pose tous un jour ou l’autre dans nos vies. Les sujets de Guy sont variés mais il pose des questions et parle surtout avec notre insomniaque de relations homme-femme, de rencontres, …

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Bon chien : Quand performer devient étourdissant

Bon chien, comme dans « faire ce qu’on nous demande », se soumettre en cherchant l’approbation de l’autre. Un titre judicieux qui rend à merveille la réalité derrière ce tout premier roman publié fin janvier, chez Hamac, par l’autrice Sarah Desrosiers. Je reconnais avoir été touchée, entraînée dans ce roman comme dans un ballet. Je me sentais embarquée dans le récit de la narratrice et je ne pouvais m’arrêter de lire. Sarah Desrosiers, qui a étudié en danse ainsi qu’en littérature, est une magnifique découverte. Une narration captivante Dès les premières pages, j’ai été saisie par la narration au « tu ». La narratrice s’adresse à celle qu’elle a été, le bon chien, cette jeune fille qui cherche plus que tout à satisfaire les autres, qui entre en mode survie pour réussir du mieux qu’elle peut. La jeune fille passe des auditions pour être acceptée dans une grande école de ballet, et dès le début elle est consciente qu’elle n’a pas le talent des autres danseuses. Elle est toutefois habitée d’une grande discipline et d’un …