All posts filed under: Littérature québécoise

Reste encore un peu : se reconstruire malgré la douleur

Quand j’ai reçu le roman, j’étais curieuse de découvrir l’écriture de Perrine Madern. Après la lecture de la quatrième de couverture, j’ai commencé à douter à savoir si cette lecture était vraiment faite pour moi, à cet instant de ma vie. J’ai lu beaucoup de romans d’amour mélancolique dans ma vie. Je m’y reconnaissais et leur contenu était quasiment thérapeutique. En vieillissant, je me suis graduellement éloignée de cela. Malgré mes appréhensions, l’histoire a réussi à me captiver. Je n’ai pas moins aimé le roman parce que je ne m’y reconnaissais pas en ce moment. Je crois que j’ai plutôt lu le tout d’un autre œil, avec de l’empathie et une sagesse nouvelle, et je me suis sentie fière de mon cheminement et reconnaissante de ma vie d’aujourd’hui. L’histoire de Loue À la suite d’une rupture douloureuse, Loue s’éteint peu à peu, jusqu’au jour où elle se réveille dans une ambulance. À l’hôpital, le médecin constate que son IMC est très inquiétant et craint pour la vie de la jeune femme. Loue est transférée en psychiatrie …

La quête de soi

De synthèse de Karoline Georges, c’est le type de roman qui prend du temps à s’installer. Une fois bien en place, il est cependant presque impossible pour son lecteur de ne pas vouloir en connaître la fin. Mes attentes et ma barre étaient très hautes, je dois l’admettre: j’avais vu qu’il avait été nommé par de nombreux médias comme étant l’un des meilleurs romans de 2017. Je n’ai pas été déçue. J’ai pourtant eu pas mal de difficulté à vous écrire ce que j’ai réellement pensé de ce roman bien particulier. Karoline Georges signe ici son quatrième roman et, pour être bien honnête, je ne connaissais pas du tout cette auteure avant de me plonger dans ce livre. À la suite de la lecture de celui-ci, je peux cependant dire que Karoline fait désormais partie de ma liste d’auteurs « à surveiller / à découvrir davantage ». Résumé Dans De synthèse, on suit une femme née dans les années 70, fascinée par sa propre image. Alors qu’à l’adolescence elle se voit offrir l’opportunité d’être mannequin – ce …

Les récits de correspondances : entre indiscrétion et fascination

Quand j’étais adolescente, ma meilleure amie avait un chalet à la campagne, où nous passions nos étés. La maison avait appartenu à son arrière-grand-père. Je me souviens clairement d’une photo de son aïeul, accrochée au mur du salon : il posait devant le chalet, assis sur sa vieille chaise berçante, avec sa moustache et son chapeau, le regard au loin. Son regard était énigmatique : on n’aurait su dire s’il était triste, confiant ou serein, mais sa photo avait toujours fait partie du décor alors on ne se posait pas trop de questions… Jusqu’au jour où, par une journée pluvieuse, la mère de mon amie sortit une vieille valise du grenier. En l’ouvrant, nous découvrîmes un trésor : de vieilles lettres, des journaux intimes, des morceaux de correspondance… Le tout soigneusement conservé, nous révéla-t-on, par la deuxième femme de son grand-père. Nous venions de percer une partie du mystère qui se cachait derrière le regard de l’homme sur la photo. Une phrase parmi toutes celles que nous avons lues ce jour-là me revient en mémoire  : Je suis …

Le fil rouge, Le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, La fois où... j'ai suivi les flèches jaunes, Amélie Dubois, Les éditeurs Réunis, Chemin de Compostelle, Voyage, Camino, Camino Francès, littérature québécoise, Marcher, partir, Why are you walking? Expérience,

Fictions et récits de Compostelle (partie 1) : La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes d’Amélie Dubois

Marcher le chemin de Compostelle a été pour moi une expérience marquante. Revenue dans la vie quotidienne, j’ai eu de la difficulté à retrouver dans ce qui m’entourait la sensation qui m’a habitée tout au long de mon pèlerinage. Le fait d’aller à la rencontre d’œuvres littéraires dans lesquelles des auteur.e.s racontent leur expérience du chemin a été un moyen de ressentir à nouveau le bonheur de marcher, dans ma tête, la littérature me permettant de combler le vide laissé par mon retour et de revivre l’expérience à travers elle. Dans cette série d’articles, je présenterai quelques-unes des œuvres qui se passent sur le Chemin de Compostelle. Peut-être vous donneront-elles envie de partir, vous aussi, au sens propre comme au niveau littéraire?   Amélie Dubois. La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes Pendant l’été 2017, je marche le « Camino del Norte », un des nombreux chemins de Compostelle situés en Espagne. En 2015, Amélie Dubois publie La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes, un roman dans lequel elle raconte l’histoire d’une protagoniste …

le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, Aria de laine, Meb, Moult Éditions, littérature québécoise, black-out poetry, Maria Chapdelaine

Aria de laine – À la recherche de mots aux grandes images

Aria. Ce mot sonne bien aux oreilles. En musique, un aria est un air exprimant l’émotion d’un personnage et démontrant la virtuosité d’un chanteur dans un opéra. C’est l’autrice et professeure Meb qui me l’a appris dans mon deuxième cours de littérature musicale au cégep. L’ayant eu comme professeure pendant un an, quand j’ai su qu’elle sortait son premier livre, j’ai voulu tout de suite en savoir plus. Début décembre 2017, elle nous a annoncé en classe qu’elle lançait un livre de black-out poetry, dont le principe est de raturer des textes — dans son cas  Maria Chapdelaine de Louis Hémon — pour en ressortir des mots qui forment un tout autre sens. Le format me plaisait, j’avais déjà lu du black-out poetry mais jamais un livre complet. Et puis le titre, Aria de laine, m’a aussitôt interpellée. J’ai voulu me procurer ce livre le plus vite possible. J’étais plus que curieuse de savoir à quoi ressemblait l’univers de ma prof, dont j’avais vu des parcelles sur sa page Facebook. Je confirme: un aria tout …

Chercher Sam (l’autre)

J’ai découvert le nom de François Blais au détour d’un article qui faisait connaître au grand public certaines des lectures que les enseignants proposaient à leurs étudiants lors de leur cours de littérature. On y parlait avec détails et exclamations de Document 1, roman dont je n’avais jamais entendu parler. Sans savoir ce qui m’attendait dans ma lecture, je suis tombée sous le charme de cette plume vive et hilarante. Peu d’ouvrages m’amènent à rire à haute voix, ou à narrer mes lectures à qui veut bien les entendre. Ceux de François Blais le font. Ainsi, après avoir dévoré et adoré Document 1 je me suis lancée dans une seconde lecture de Blais : Sam. Et quelle lecture ce fut. Découvrir Sam Bercée par la langueur qui accompagne habituellement les vacances de Noël, je me suis plongée dans cet objet intrigant. Un titre simple, une couverture présentant le portrait d’une femme qui nous rappelle Twiggy, sur un fond gris, voici Sam. Mais qui est celle femme mystérieuse? Et surtout, d’où vient-elle? Alors qu’il fouille dans les …

Le fil rouge le fil rouge lit bibliothérapie littérature lecture livres les livres qui font du bien Vertige Étienne Cardin-Trudeau Les éditions Sémaphore vieillir

Vieillir donne le vertige

Les regrets. Plus on vieillit, plus on se demande si on a fait les bons choix. On regarde comment on a agi dans les dernières années. On scrute les diverses avenues qu’on aurait pu prendre. On juge le chemin qu’on a fini par emprunter. Il est toujours facile de se laisser emporter par les regrets et de se lamenter sans cesse en soupirant après le passé. Quand j’ai atteint la trentaine, il y a deux ans, je me suis posé beaucoup de questions. J’ai regretté certains choix. J’ai essayé en vain de m’imaginer une autre vie. Que se serait-il passé si j’avais continué ma maîtrise en littérature pour devenir prof? Et si je m’étais accrochée à mon premier petit copain et travaillé pour faire durer notre relation? Et si après mes études en communication, j’avais persévéré et décroché un job en événementiel mal payé au lieu de prendre un job de bureau plus routinier? Est-ce que je serais plus heureuse? Après des mois à me poser ces questions, je me suis enfoncée dans la tristesse …

Katherine Raymond; Matricide; Éditions XYZ; Relation maternelle; les livres qui font du bien; littérature; littérature québécoise; Le fil rouge; le fil rouge lit; deuil; femmes; Bibliothérapie; lecture; premier roman; santé mentale; livres; maternité

Matricide de Katherine Raymond : la relation mère-fille au-delà du deuil

Les relations mère-fille représentent un sujet foisonnant dans la littérature, qu’on pense à Borderline de Marie-Sissi Labrèche, à Une femme d’Annie Ernaux, ou à des pièces de théâtre comme Tout comme elle de Louise Dupré.  Avec Matricide, Katherine Raymond s’inscrit dans la lignée de ces autrices qui ont abordé ce sujet avec brio.

Matthieu SImard, Ici, ailleurs, alto, mort, deuil, amour, couple, meurtre, suicide, ville, campagne, village, littérature québécoise, le fil rouge lit, le fil rouge, blog. blogue, blogue littéraire, coffrets littéraires, les livres qui font du bien

Ici, ailleurs : Fuir pour oublier

J’ai découvert Matthieu Simard un peu par hasard, sur les tablettes de ma librairie de quartier de l’époque. J’ai commencé avec La tendresse attendra et je n’ai pu m’empêcher de lire sans attendre tous les autres livres de sa bibliographie, les uns après les autres, en un court laps de temps, dans mon petit appartement de Verdun. J’attendais Ici, ailleurs comme j’ai pu attendre mes Moon Shoes, bien entourés au stylo dans le catalogue Sears, en ’94. Résumé Marie et Simon ont fui la ville en espérant renaître à la campagne. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont destinés à une fin tragique; ils seront le couple du « meurtre suivi d’un suicide ». Fisher dira qu’il ne l’avait pas vu venir, les Lavoie diront que nous étions pourtant « du ben bon monde », Alice ne dira rien et nos sangs se mélangeront dans les craques du plancher de la maison centenaire que nous venons d’acheter. Nous sommes invités à les suivre dans leur quête d’oublier le drame qui les a poussés …

Le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, Julie Boulanger, Amélie Paquet, Albertine ou la férocité des orchidées, littérature québécoise, littérature érotique, désir féminin, Québec Amérique

Pétillante en toutes circonstances : Albertine ou la férocité des orchidées

Le fuchsia saisissant de l’endos du livre, les lèvres roses qui titillent les fraises de la couverture : qu’Albertine ou la férocité des orchidées soit un roman d’une exubérance toute féminine, aussi malcommode qu’impudique, ne surprend pas. C’est plutôt le caractère explicite du livre qui étonne, explosant sur la page avant même qu’on ait le temps de comprendre dans quoi on s’est embarquée. Une fois remise de l’émoi causé par les premiers passages croustillants, on se rend vite compte qu’Albertine revisite habilement les codes de la chicklit, arrivant tout autant à en rire qu’à leur rendre hommage. Au début du livre, notre héroïne titulaire est une trentenaire à la carrière incertaine, écrivaine mais aussi assistante d’une polémiste réputée ; elle habite Hochelaga-Maisonneuve avec ses trois chats et ses bibliothèques pleines de livres. Un peu misanthrope, elle n’est pas moins curieuse de tout : de la littérature, de la culture populaire, des personnes qu’elle fréquente et de celles qu’elle reluque. Délurée et libertine, Albertine veut tout vivre et tout toucher ; sa sexualité, et le plaisir …