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Des nouvelles de ta mère ou l’art de bien jouer la carte de l’éclectisme

Sans titre

Équivalent livresque d’une soirée à micro ouvert, Des nouvelles de Ta Mère est un ouvrage collectif invitant les auteurs et amis de la maison à explorer les formes et les sujets qui les intéressent, sans aucune contrainte.

Ce sac à surprise littéraire, dans lequel se côtoient pêle-mêle des relations conjugales avec un crustacé, le Festival de Cannes, la haine objective des selfie sticks, de jeunes combattants de l’État islamique, le féminisme de Taylor Swift et le travail de forain d’Éric Lapointe, pour ne nommer que ceux-là, est un espace de liberté réjouissant et étrange et un concentré touffu de découvertes.

Quand on donne carte blanche à des auteurs et qu’on décide d’en recoller les pièces pour en faire une courte pointe, on obtient soit quelque chose qui ne fait pas beaucoup de sens, soit quelque chose qui fait encore moins de sens mais dont on ne peut dénier la qualité et l’audace.

C’est justement le pari qu’ont réussi les éditions de Ta mère en publiant le collectif Des nouvelles de ta mère. Rien ne permet de racoler chacune des nouvelles, si ce n’est que le recueil lui-même.

On se retrouve plongé dans un mélange qui amalgame essais, bds, conversations et récits, tous d’une dizaines de pages maximum, parfait pour votre trajet commun matinal.  J’ai particulièrement apprécié le texte sur le selfie stick, celui sur Cannes ainsi que celui sur Taylor Swift, il ne faut pas pousser très loin pour se rendre compte que plusieurs des textes se rapprochent de phénomènes actuels et de « pop culture ». C’est ce que j’ai bien apprécié de l’oeuvre; d’y retrouver autant d’encrages dans certaines sphères actuelles, avec un regard à la fois intelligent, sarcastique par moment, dans lesquels on sent bien l’absence de restrictions, sans toutefois se retrouver dans un épuisant bordel d’idées.

C’est le type de lecture qui se lit d’une traite, qu’on referme en se demandant un peu, le sourire aux lèvres, ce qu’on vient de lire, ou bien qu’on lit petit à petit, nouvelle par nouvelle, dans le métro, le temps d’un trajet qu’on ne voit pas passer.

 

DÉFI BOUQUINERIE JOUR 15 : Sélectionne un bouquin dans ta bibliothèque pour offrir à un proche

when you feel like quitting,think aboutwhy youstarted.-3-2Dans moins de 10 jours, ce sera déjà Noël! Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression que les choses vont beaucoup trop vite en 2015. Je suis comme pas prête encore, on dirait. Je suis certaine qu’il doit rester sur vos listes de cadeaux de Noël des gens à gâter. D’emblée, je vous encourage à relaxer et à ne pas concevoir ces listes comme des obstacles. L’essence même d’offrir (ce qui n’est pas une obligation par le fait même) est de prendre le temps pour espérer faire plaisir. Voilà pourquoi je vous lance un petit défi bien simple qui vous permettra sans doute de diminuer votre liste de cadeaux de Noël à trouver.

A mon avis, il n’y a pas de plus beaux cadeaux qu’offrir un livre à quelqu’un qu’on aime. Je me souviens d’une enseignante au cégep qui avait offert (pas dans le cadre de Noël, mais bon!) un livre à chaque étudiant de la classe. Elle avait minutieusement choisi un roman qui collait à nos personnalités, nos goûts littéraires et qui, sans aucun doute, lui faisait le moindrement penser à nous. Je ne parle que pour moi, mais ce geste m’avait beaucoup touchée et avait démontré un réel souci de la part de mon enseignante de nous faire plaisir. En prenant la peine de choisir un bouquin dans sa bibliothèque pour nous et d’y noter une ou deux phrases pour accompagner nos lectures, elle faisait preuve de beaucoup de sensibilité et de tendresse, tout en nous partageant son amour des mots. Plusieurs années plus tard, je suis encore touchée du geste et depuis je considère qu’offrir un de ses livres est un grand geste d’amour empreint de beaucoup d’authenticité.

Et si vous ne trouvez rien d’inspirant dans votre bibliothèque personnelle, rendez-vous dans une librairie indépendante et bouquinez! Je suis persuadée que vous trouverez quelque chose. Osez surprendre la personne et lui offrir quelque chose qui la sortira de sa zone de confort. Et, pourquoi pas, choisir un livre québécois, le 12 août peut bien se transformer en 11 décembre ?

Voila pourquoi je vous encourage à ne pas offrir à un proche que vous aimez un cadeau commercial et sans aucun charme. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis retrouvée le 23 au soir dans une pharmacie à regarder les coffrets de crèmes et à me laisser tenter par la rapidité du geste. Prenez le temps de regarder vos livres et de vous remettre dans l’atmosphère de l’histoire, je suis persuadée qu’un élément reviendra à votre mémoire et vous donnera envie de l’offrir à la personne choisie.

N’oubliez pas de partager en utilisant le mot-clé #DefiBouquinerie le livre que vous aurez décidé d’offrir 🙂

DÉFI BOUQUINERIE JOUR 14 : Prendre le temps d’apprécier ce que tu as

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Dans un monde où tout va si vite, où tout est instantané, il est difficile de faire preuve de contentement et d’apprécier ce qu’on a déjà, d’apprécier le moment présent. Parce que la bibliothérapie et le bien-être par les livres englobent aussi le bien-être en général, je crois qu’il est important, dans le cadre de ce défi, de s’attarder un peu à soi et à ce qu’on a déjà. Que ce soit les gens qui sont présents dans notre vie ou de simples petits plaisirs qu’on a tendance à prendre pour acquis, apprécier ce qu’on a est l’une des façons les plus efficaces pour se sentir un peu mieux, se sentir plus heureux et se rendre compte que notre vie telle qu’elle est présentement est souvent beaucoup mieux qu’on le croit.

Aujourd’hui, on essaie donc d’apprécier le moment présent un petit peu plus, un petit peu mieux. Apprécier ce qu’on a, tout le beau et le bien qui se trouvent déjà dans notre vie. Pourquoi pas prendre le temps de l’écrire dans notre cahier #défibouqinerie, question d’y revenir quand les jours sont plus gris?

« Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo » de Dany Laferrière, dernière lecture du défi littéraire

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Pour terminer l’année en beauté, vous avez voté pour un incontournable de la littérature québécoise, le dernier Dany Laferrière. Dans ce dernier titre, il offre un véritable hommage au Québec et à sa diversité. Personnellement, chaque roman de Laferrière m’a enchantée (il m’en reste tant à découvrir!) alors je suis très contente de ce choix, même si j’avais voté pour La remontée de Maude Nepveu-Villeneuve (dont je vous parlerai très bientôt, fort probablement!).

D’ici la fin de l’année, nous allons aussi écrire un article récapitulatif sur les lectures que nous avons faites au cours des derniers mois. Ce défi En 2015, je lis un livre québécois m’a encore plus fait prendre conscience du talent d’ici et ce, en littérature contemporaine. J’avoue qu’avant, j’étais portée à lire des classiques et que très rarement des nouvelles parutions, mais ce défi m’a amenée à davantage suivre la scène littéraire québécoise et j’en suis fortement heureuse. Bon, je m’arrête ici pour ne pas tout vous dire ce que j’ai à dire dans l’article récapitulatif (!)

Bonne dernière lecture de l’année, on se retrouve à la fin du mois pour en discuter ensemble. D’ici là, voici la description de Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo.

Un après-midi d’été, l’écrivain croise sur la rue Saint-Denis un jeune homme, Mongo, qui vient de débarquer à Montréal. Il lui rappelle cet autre jeune homme arrivé dans la même ville en 1976. Le même désarroi et la même détermination. Mongo demande : comment faire pour s’insérer dans cette nouvelle société ? Ils entrent dans un café et la conversation débute comme dans un roman de Diderot. C’est ce ton léger et grave que le lecteur reconnaît dès le début d’un livre de Laferrière:« Tout nouveau-né est un immigré qui doit apprendre pour survivre les codes sociaux. Une société ne livre ses mystères qu’à ceux qui cherchent à la comprendre, et personne n’échappe à cette règle implacable, qu’on soit du pays ou non.» Laferrière raconte ici quarante années de vie au Québec.

DÉFI BOUQUINERIE JOUR 13 : Prendre 30 minutes pour lire sans électroniques #digitaldetox

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Les chances sont que, si vous faites ce défi, vous aimez bien lire. Peut-être même que vous réussissez déjà à lire durant un long moment loin de tout, dans votre bulle. Par contre, pour plusieurs, moi y compris, prendre le temps de lire sans se laisser distraire par notre téléphone cellulaire, par instagram ou bien par la télévision n’est pas toujours si simple que ça en à l’air.

C’est pourquoi le défi d’aujourd’hui est de faire une mini #digitaldetox. Que ce soit pour la journée entière, ou l’espace d’un 30 minutes de lecture, essayez de vous concentrer sur un seul truc à la fois en laissant vos téléphones et ordinateurs de coté. Ça semble peut-être simple dit comme ça, mais on se rend vite compte que l’envie de prendre son téléphone pour regarder Facebook revient vite. Comme si nous n’étions plus capable de faire qu’une seule chose à la fois.

Aujourd’hui, prenez donc un peu de temps loin de votre téléphone, pas de photo instagram d’une citation de votre livre, pas de petit détour par Facebook, même pas de #lefilrougelit. Juste vous, un livre et une petite demi-heure.

Portrait d’un être fictif: Le cas de Fanfan

Ma progéniture féminine portera ce nom. L’inspiration ne vient pas de ce fameux personnage de Fanfan La Tulipe. Il s’agit plutôt de la Fanfan d’Alexandre Jardin.

J’ai fait sa connaissance dans ma classe de quatrième secondaire. Il y avait cette petite bibliothèque dans laquelle nous devions choisir quatre livres à lire pour l’année en cours. Lire ne m’a jamais posé problème. Je pense que vous commencez à le comprendre. Or, les choix qui nous étaient proposés ne me rejoignaient pas et les romans dits à l’eau de rose pullulaient les quelques étagères qui nous étaient dédiés. J’ai tout de même laissé mes préjugés de côté et j’ai choisi le livre à la couverture la plus kitsch de la bibliothèque.IMG_2934

Les choix qui nous paraissent les plus insensés se révèlent être parfois les plus importants.

Le personnage principal de ce roman n’est pas Fanfan. Il s’agit plutôt d’Alexandre Crusoé, l’homme qui en tombe amoureux. D’ailleurs, ai-je le droit de parler d’amour? N’est-il pas plus question de passion dans ces 250 pages?

Du moins, à mon égard, c’est l’admiration qui s’opère lorsque je pense à cette majestueuse Fanfan. Il ne peut en être autrement. Nous la rencontrons alors qu’elle n’est qu’une silhouette dans le noir. Et ma pensée rejoint celle de Crusoé:

«Dans ces circonstances inattendues, au milieu de la nuit, notre rencontre tenait du merveilleux.» (p. 28)

Femme fatale. Femme énigmatique. Femme mystérieuse. Il me plaît, le mystère chez l’homme comme chez la femme. Déjà, j’étais séduite. Si ce n’était que cela.

Les mots enrobaient parfaitement Fanfan. Jardin savait les choisir pour les faire fondre sur elle: «grâce solide», «éclatante de vigueur», «la rondeur de ses formes», «l’humour et l’originalité de pensée», «ce vivant chef-d’œuvre». Il est bien difficile de passer outre son physique touchant presque la perfection absolue, mais il est nécessaire de le faire, car Fanfan est tellement plus qu’un corps.

J’admire ce personnage, car elle est pleine de vie. Elle est folle et frivole. Fanfan, c’est la passion. Fanfan, c’est la jeunesse. Fanfan, c’est l’éternel. Et ce qui est bien avec Jardin, c’est qu’il justifie cette personnalité rayonnante par la lignée. Comme si l’âme pur était génétique. Je fais référence ici au personnage de Maude, la grand-mère de Fanfan. C’est un héritage familial légué par Maude qui constitue Fanfan. Maude est tout simplement angélique:

«Maude jaugeait les êtres non à leurs actes mais au poids de leur âme. De grands vices, une transparence exceptionnelle ou des vertus sublimes la touchaient plus que des prodiges. Elle ne demandait jamais aux gens leur profession, comme si elle craignait que leur métier ne les cachât. Elle préférait pénétrer leurs rêves, leurs goûts et leurs sensations.» (p.65)

Or, c’est de sa petite-fille dont il est question et comme métier elle ne fait pas n’importe lequel. Elle est cinéaste. Rien de moins. À peine âgée de vingt ans, elle a déjà réalisé cinq longs métrages tous tournés en Super 8. Elle n’a pas un sou, mais elle a tout.

C’est dans son excès que Fanfan est délicieuse et ce n’est pas pour rien que Crusoé en tombe follement amoureux. Elle provoque l’obsession. Elle nous projette vers une quête de l’impossible, celle de ne pas succomber.

Il est tout de même important de relever l’aspect romantique de l’œuvre d’Alexandre Jardin. Le contexte du roman orchestre tous les détails et les personnages afin que nous tombions sous le charme tout court. Après tout, Fanfan est l’histoire d’un jeune homme qui voulait prolonger la passion à jamais. Que voulez-vous de plus épique dans l’absurde?

Fanfan participe à ce délire collectif des éléments. Or, elle n’est pas une parmi tant d’autres. Elle est la magie. Elle est le point de ralliement de tout. Sans elle, tout s’écroule.

Peut-être que je m’identifie à elle. Je me reconnais dans sa fougue, son assurance et sa curiosité. Je l’envie à la fois:

«Libre par nature, elle osait être elle-même avec désinvolture.» (p.36)

Parce que la liberté c’est difficile à définir et encore plus à obtenir. Parce que la désinvolture est innée et impressionnante.

Fanfan c’est un modèle de féminin. Elle est débordante de vitalité. C’est celle pour qui Alexandre est venu au monde. Ce n’est pas rien, exister pour faire apparaître quelqu’un d’autre véritablement. Pas juste exister, mais le faire vivre, le faire rayonner, lui donner la raison pour laquelle la vie vaut la peine. Et Fanfan mérite beaucoup plus qu’une partie de jambes en l’air ou qu’une relation de cinq ans qui se termine dans l’ennui d’un divorce accepté mutuellement. Elle mérite rien de moins qu’une passion sans fin.

Mais Fanfan n’est pas parfaite. Elle est menteuse. Elle est têtue et parfois trop convaincue. Elle est voleuse. Elle est excessive. Après tout, elle reste humaine. C’est d’ailleurs sa crédibilité qui la rend si désirable.

Ce n’est pas anodin du tout si Fanfan se retrouve dans cette histoire de passion et d’amour éternel. C’est qu’elle en est la raison. Le point d’ancrage est dans la prunelle de ses grands yeux curieux. Le nœud du récit se trouve au creux de son nombril au milieu d’un ventre parfait. La suite logique des mots de Jardin est issue de sa bouche intelligente et peu modérée.

C’est la raison pour laquelle Fanfan sera le nom d’une de mes petites filles. Peut-être pas la première, car mon copain n’aime pas trop ce nom (j’ai encore le temps de le convaincre). Il n’a pas lu le roman spécifions-le. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il comprenne que Fanfan c’est synonyme de liberté:

«C’était tout Fanfan. Ses chemins étaient inattendus. Sa fantaisie la gouvernait. Elle était libre comme une enfant qui ignore les usages des grandes personnes.» (p.151)

Crédit photo: Michaël Corbeil

Fanfan, Alexandre Jardin. Gallimard, 1990. 248 pages.

DÉFI BOUQUINERIE JOUR 12: Écrire trois pages dans ton journal en te levant le matin

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L’idée des pages du matin vient des écrits de Julia Cameron dans son livre Libérez votre créativité. Je vous invite à lire l’article de Louba à ce sujet .

Jusqu’au moment où, en fouinant dans la section librairie de la coop étudiante où je travaillais, je suis tombée sur Libérez votre créativité de Julia Cameron. J’ai pris le petit livre rouge entre mes mains, il m’était familier. J’ai donc choisi de l’adopter. Tranquillement, j’ai fait miens les principes de base et les outils de celle qui devenait un vrai mentor pour moi. Je me suis alors transformée en gourou. Je voulais à tout prix que tout le monde autour de moi accède à l’expérience de la reconquête de la création et qu’on fasse tous religieusement l’écriture sacrée de ces trois pages chaque matin.

Pourquoi trois pages manuscrites? D’après Mme Cameron (que vous pouvez d’ailleurs suivre sur Facebook) et d’après ma courte expérience, il se trace automatiquement un chemin inconscient au fil des pages. Je m’explique: la première page traite davantage de ce qui nous traverse l’esprit, au premier degré, un rêve par exemple, ce qui vous entoure ou ce qui vous chicote. Elle se remplit aisément. La deuxième page est, quant à elle, plus difficile à écrire. On sent une baisse d’inspiration et on n’est pas sorti du bois. On se rend finalement à la troisième page, triomphant. Et vers la fin de la page, parfois, si on est chanceux, il se passe quelque chose de magique. Une connexion avec soi, une réponse à une question, une idée ou une petite prose. On pourrait alors continuer des pages durant, mais STOP. On s’arrête là. C’est ça l’exercice et demain on recommencera. Il est primordial d’écrire à la main, le geste mes amis! Le crayon sert de canal à vos idées et l’encre les tasse sur la feuille.

Pourquoi le matin? Parce qu’après une longue nuit de ménage de l’esprit, on a besoin de se recentrer et de se reconnecter à soi en s’accordant ce petit moment et en jetant sur papier tout ce qui nous tracasse. On se libère et on classe ses idées pour être vif et éveillé pour le reste de la journée. Notre esprit est alors libre d’être créateur.

Alors, n’est-ce pas tentant d’au moins essayer cette pratique, le temps d’un matin? Que ce soit pour le plaisir de développer une habitude créative, pour prendre le temps d’écrire ou bien pour partir à la découverte de soi-même, les pages du matin sont une pratique à essayer, ne serait-ce qu’une fois.

 

Critique commune de « Soleil » de David Bouchet

Capture d’écran 2015-11-23 à 13.05.59Pour tout vous dire, je n’avais pas très envie de lire Soleil en ce mois de novembre. Bonheur, que la vie nous réserve parfois des surprises, parce que ce fût un pur moment de délice de me plonger, main dans la main, dans l’existence du petit Soleil.

Si vous avez lu Toutes celles que j’étais d’Abla Farhoud, lecture passée du défi littéraire, vous remarquerez plusieurs ressemblances dont le fait qu’il s’agit d’un récit de d’exil, de l’immigration, vécu et narré par un enfant.

Dans Soleil, on fait la rencontre d’un charmant petit garçon amoureux de sa voisine Charlotte et profondément soucieux de rendre heureuse sa famille. Sa famille vient tout juste d’arriver à Montréal et on suit le parcours souvent difficile de s’approprier une ville, un pays et une culture. Le père de Soleil fait tout son possible pour s’adapter à sa nouvelle existence, il veux s’adapter à la culture québécoise et en faire partie. À ce sens, j’ai été profondément émue de la résilience et la tendresse que vivait la famille de Soleil pour se rendre à Montréal. Je convainc quiconque de lire ce bouquin et de sous-estimer toute l’expérience de l’immigration. Rien n’est plus courageux que de laisser ses repères pour s’en construire d’autres, plus solides, plus prometteurs. Or, le père n’y arrive pas, la mère quant à elle se doit de prendre la famille sur ses épaules et de tout gérer. Quel beau personnage féminin que cette mère, honnêtement, j’ai été charmée par toutes ses petites apparitions dans la vie de Soleil ; une femme forte, inspirante et vaillante.

La narration au JE de Soleil est judicieuse, réaliste et touchante. Les romans qui mettent en scènes des enfants comme narrateurs sont souvent au bord du précipice de me tomber sur les nerfs, oui oui. Quelques-uns en sont sorties gagnants, je pense à La vie devant soi et Extrêmement fort et incroyablement près. Or, Soleil en fait partie. Quel talent de David Bouchet d’avoir su mettre en mots les émotions ressentis par le garçon sans tomber dans le caricatural ou l’enfantin.

Tout au long du bouquin, le jeune Soleil tente de trouver sa place, au sein de sa famille un peu brisée, au sein de sa nouvelle vie montréalaise et surtout, il tente de comprendre les émotions de son père. Souvent touchée par la douceur et la naïveté de ses réflexions, il s’avère que j’ai trouvé Soleil lucide et sensible. Son amitié avec Charlotte, sa voisine qui n’a pas été épargnée par la vie, nous démontre toute la douceur et l’amour de Soleil envers elle.

Soleil est un livre à lire et relire en ces temps où la xénophobie fait rage. Apprendre à comprendre l’autre, à l’accepter, surtout, apprendre de l’autre, dans toute l’amour qu’on peut s’apporter.

Ce que Karina en a pensé :

Malgré ce titre accrocheur et qui nous faire croire que l’histoire que nous allons lire sera joyeuse, on découvre que c’est tout le contraire. David Bouchet, nouvel auteur dans l’univers de la littérature québécoise, nous raconte l’histoire de Souleye, un jeune migrant d’origine sénégalaise. Souleye raconte son histoire, il nous parle de son amitié avec la douce Charlotte, qui le rebaptise Soleil. Dans ce roman, on prend conscience de toutes les épreuves et sacrifices que ces familles immigrantes font et vivent une fois au Canada (Montréal). Ils doivent s’adapter à une nouvelle vie, une nouvelle culture, une nouvelle température. Ils doivent également vivre plusieurs déceptions. C’est ce qu’il arrive à Soleil. Il constate, par exemple, chez son amie Charlotte, une grande détresse. N’est-elle pas censée représenter «l’american dream» ? Le bonheur, la richesse ? Au lieu de cela, il découvre chez elle un passé trouble où sa mère est alcoolique, sur le «BS» et suicidaire. Malgré tout cela, Soleil a un grand cœur et accepte Charlotte comme elle est. C’est que lui aussi cache un lourd secret. Un secret honteux qu’il ne voudrait montrer à personne. Son père change. Il a plus de difficulté à s’adapter et à accepter les épreuves qu’il doit faire dans son nouveau pays d’accueil. Un jour, il décide de se réfugier dans son sous-sol et de creuser un trou. Vient alors que pour sauver son père, la famille de Soleil n’a d’autres choix que de l’envoyer dans un hôpital psychiatrique. Soleil deviendra le docteur numéro un de son père selon son infirmier. Il se donnera comme mission de sauver son père, de sauver sa famille. Soleil a un cœur tendre. C’est un garçon charmant dont on rêverait tous d’avoir comme ami. David Bouchet a réussi à nous charmer avec son personnage. Ayant lui-même vécu le parcours migratoire, il réussit très bien à transmettre toute cette joie, ces peurs et cette simplicité. C’est ce qui fait de Soleil un être adorable, c’est qu’il est simple. Je ne peux que vous conseiller cette lecture. L’écriture est douce, je me suis laissée emporter par cette histoire et nous restons intrigué-e-s par la présence de ce trou.

 

Ce que Gabrielle en a pensé :

Avec un titre pareil, on peut bien s’attendre à un récit plutôt lumineux, ou du moins teinté de positivité. Pourtant, le récit en est un de déracinement, de migration, pour être plus exacte, des histoires qui sont souvent empreintes de tristesse. D’emblée, une contradiction dans cet objet qu’est le livre de Bouchet.

Puis, en allant plus loin que ces simples quatrième et page de couverture, la lectrice entre dans l’univers de Souleymane, rebaptisé Soleil par son amie Charlotte, un petit garçon « allumé », qui nous fait voir la communauté montréalaise du haut de ses 12 ans.  De la bouche de Soleil, nous apprenons les difficultés d’arriver ailleurs, un ailleurs qui ne se fait pas toujours accueillant… Nous vivons aussi, avec lui, la maladie mentale de son père, effet de la migration trop pénible pour cet homme qui a dû tout laisser derrière.

C’est la posture d’écriture de l’auteur qui rend ce roman si attachant : le regard naïf de Soleil sur la découverte d’un nouvel univers permet à la lectrice d’avoir une autre vision de la société québécoise. Le roman m’a beaucoup fait penser à La vie devant soi de Romain Gary, dans ce choix de raconter des sujets lourds, pénibles avec la distance d’un enfant qui s’exprime sur le monde sans « filtre adulte », sans chercher à analyser tout de manière rationnelle. Au contraire, Soleil explique la vie de manière franche, sincère, innocente, mais donc authentique.

Au final, c’est bien quelque chose de positif que nous avons entre les mains. Cette contradiction ressentie au départ, à travers l’extérieur du livre, devrait se concevoir comme une provocation, un appel aux lectrices à revoir leur façon d’appréhender le monde, la migration, l’immigration, le racisme… Car Bouchet parle certes d’un exil difficile, mais qui n’est pas impossible. Comme il le souligne lui-même:

« Quand on vit l’exil, on est dans un processus de construction de mémoire. Qui dit déracinement ici, dit enracinement ailleurs. »

Il y a donc aussi cet enracinement du petit Soleil qui traverse le roman. La lectrice accompagne cet enfant ouvert sur le monde qui, s’il a tout à apprendre, peut nous apprendre ce qu’est l’ouverture aux autres. Puis après tout, la vérité sort de la bouche des enfants!

DÉFI BOUQUINERIE JOUR 11 : Encourage une librairie indépendante


when you feel like quitting,think aboutwhy youstarted.-2-2En ce 11 décembre, on vous invite à encourager une librairie indépendante. 

Les librairies indépendantes offrent des services personnalisés et chacune d’elle a sa propre personnalité. Bien loin des chaines de livres impersonnelles qui n’offrent principalement que les bouquins populaires, la librairie indépendante offre un service unique, chaleureux et attentionné. Elle porte aussi attention à tenir en inventaire des titres variés et ce, toujours en misant sur l’essence artistique et littéraire des ouvrages, au deçà de la popularité. Et c’est sans parler des libraires qui sont des véritables passeurs de mots, ces gens sont des sources inépuisables de conseils et d’écoute. Ils sont précieux.

On le sait, les temps économiques sont difficiles et cela touche les librairies indépendantes (comme le milieu du livre en général…), il est donc de notre devoir en tant qu’amoureux des livres d’encourager ces passionnés qui gèrent et offrent des lieux diversifiés et littéralement riches. Les librairies indépendantes doivent rester longtemps dans le paysage culturel, car ce sont des lieux essentiels à la culture et l’identité.

Et si vous n’avez pas le temps d’aller visiter une librairie indépendante, visitez le site web Les libraires pour commander en ligne des ouvrages qui vous font envie.

Voici mon top 3 des mes librairies préférés (Je sais, elles sont toutes à Montréal!) :

1- La librairie de Verdun

2- Port de tête

3-Le marché du livre

Et vous, quels sont vos librairies indépendantes préférés?

Irez-vous leur rendre visite ?

Autour des livres : rencontre avec Sara Lazzaroni, écrivaine

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires.

Pour cette édition, nous vous présentons les réponses de l’auteure Sara Lazzaroni. Cette jeune femme a su charmer le coeur de l’équipe du Fil rouge avec son dernier roman Veiller la braise. Son écriture délicate, poétique et si mature nous a enchantées et depuis, on ne peut qu’attendre sa prochaine publication.

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Crédit : Valérie Arsenault

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

J’avais environ 7 ans. Le dimanche, je prenais la pile de mes Monsieur Madame, je grimpais dans le lit de mes parents, je calais les coussins contre le coin du mur, et je lisais en boucles ces mêmes petites histoires que je connaissais par coeur, à force. Il y avait quelque chose de profondément réconfortant dans ce rituel.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
J’ai répondu par hasard à la question 2 sans même la lire.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire ?
Je commence à écrire dès que je me lève. Je m’assois quelques instants sous le halo de la lampe, le temps d’acclimater mes yeux. Il fait froid dans le salon. J’aime le froid sur ma peau endormie, le contact rugueux de la laine. Je mets la cafetière italienne sur le feu. Je pose l’ordinateur sur mes genoux. Souvent, une première phrase m’apparaît spontanément avant même que l’écran s’anime. J’observe la lumière envahir le salon. J’écris ce qui me passe par la tête, n’importe quoi. Ceux qui m’ont lue savent que je n’ai pas d’ordre dans les idées. Je jette tout, comme un bloc de granit, que je sculpte au fil du temps. J’ai toujours plusieurs projets en cours, entre lesquels je vais et viens, de jour en jour, selon l’inspiration. De cet amalgame confus finit par émerger quelque chose. J’écris jusqu’à midi. Je prends une pause l’après-midi, et je m’attelle à nouveau quand la lumière décline. Certains jours, j’écris pendant dix heures, d’autres jours c’est bouché. Je ne force pas. J’écoute ce qui vient. J’attends mon tour pour  parler.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?
Disons que mon premier coup de foudre fut pour Fantômette (une série du temps de nos parents). J’ai dévoré toutes ses aventures jusqu’à ce que la bibliothèque n’ait plus rien à m’offrir. Première peine d’amour littéraire. Je n’arrivais pas à croire que c’en était terminé avec Fantômette. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire. De petits livres illustrés que j’offrais à toute la famille à Noël.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?
Ainsi parlait Zarathoustra. Parce que. Lisez-le si vous voulez savoir pourquoi.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?
Les mondes d’Éric Dupont ou de Daniel Pennac. Tout y est tellement croustillant, inédit. Chaque détail se transforme en épopée fantastique, délirante, éclatée.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?
Les pensées de Blaise Pascal. Sans rire, j’en relis des petits bouts presque chaque jour. Mais vous allez trouver que je pète plus haut que mon trou, alors disons Nikolski, de Nicolas Dickner (ce qui est vrai aussi).

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?
écriture (qui les englobe tous)

9.Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?
Celui que j’écrirai un jour.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?
Je n’écrirai jamais de biographie, rassurez-vous.