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Style like u et le projet « what’s underneath »

stylelikeu.com

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La plateforme web Style like u est vraiment captivante. C’est le produit du duo mère-fille d’Elisa Goodkind et Lily Mandelbaum, deux américaines avec une vision du style qui dépasse définitivement le simple vêtement. Elles s’intéressent particulièrement aux gens qui explorent, défient et dépassent les marges de la « mode » et expérimentent avec le style en tant que véritable forme d’art. Elles cherchent à démontrer comment notre manière de s’habiller peut-être un moyen d’expression puissant et libérateur.

Pour ce faire, elles explorent les gardes-robes d’artistes et de créateurs pour en savoir un peu plus sur leur relation particulière avec le style. Depuis quelques années, elles ont aussi débuté le projet « What’s underneath« , un segment vidéo de leur site web qui a fait beaucoup de bruit. Une fois de plus, elles invitent des personnalités de différents milieux créatifs à venir parler de leur relation avec le style, mais aussi avec leur propre corps, tout en les invitant à enlever un morceau de vêtement après chacune des questions.

On se retrouve donc devant des témoignages particulièrement touchants et, plus souvent qu’autrement, face à des gens ayant des relations bien contradictoires et compliquées avec leur propre corps. Je trouve que l’idée et le résultat sont tous deux vraiment géniaux, l’approche documentaliste permet d’aborder plusieurs sujets profonds et les participant(E)s sont toujours très ouverts et honnêtes. Les gens qui sont à l’affiche dans chacun des vidéos ont, pour la plupart, un style vestimentaire plutôt excentrique ou sont des beautés qu’on pourrait qualifier «d’atypiques», on se rend compte que le style est loin de se limiter à un simple morceau de vêtement et que c’est plutôt une essence, quelque chose qu’on a dans la peau et non sur le corps.

Pour moi, ces vidéos ont vraiment changé et aiguisé ma perception de la mode, du style et de toute cette grande industrie. Je suis loin d’être une carte de mode (et je ne tiens pas à l’être) et encore plus loin d’être excentrique (sauf quand j’essaie de me teindre les cheveux blonds ou mauves, par moi-même) mais reste que l’aspect sociologique derrière cette forme d’expression m’intéresse grandement et je crois que de dire que s’habiller est un mode d’expression superficiel est ne pas donner beaucoup de crédit à quelque chose qui existe depuis la nuit des temps (oui, j’ai utilisé le pire généralisme au monde). Je ne parle pas tant ici de l’industrie de la mode, mais du style et de tout le processus artistique, conscient et authentique qu’on retrouve dessous.

Sur ce, je vous laisse avec quelques-uns de mes vidéos favoris du projet.

Le manifeste de  StyleLikeU ( version anglaise)

-Be aware of how marketing affects you.
-Don’t wish to be someone else.
-You are your best editor.
-Beauty is confidence.
-Your imperfections make you you.
-Vulnerability is strength.
-Trendiness is not style.
-Dress for yourself.
-Question your assumptions
-Don’t limit yourself to boxes and labels.
-Life is not a dress rehearsal
-Style cannot be bought
-Indifference is not cool
-Style is political.

« Refus de témoigner : une jeunesse» – Ruth Klüger : récit de la Shoah au féminin

Le corpus des récits concentrationnaires est certes vaste, mais très peu de ces œuvres testimoniales ont été rédigées par des femmes. Ruth Klüger fait partie de ces rescapées. Bien plus qu’un témoignage de l’expérience des camps, dans son «Refus de témoigner : une jeunesse» publié en 1991, l’américaine d’origine autrichienne livre une réflexion sur ce que représentent l’acte commémoratif et le lieu de mémoire de la violence, mais aussi sur la place des femmes, dans l’Histoire comme dans la vie. C’est à travers une contre-posture extrêmement lucide et éminemment féministe que Klüger prend la parole et nous fait basculer à l’intérieur du train, dans un mémoire sans fard qui tend à «percer le rideau de barbelés que le monde de l’après-guerre a baissé sur les camps» (p. 97)

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C’est la première fois que je lis Ruth Klüger– et certainement pas la dernière. Malheureusement, cette auteure germanophone n’a qu’une seule autre œuvre (également autobiographique) traduite en français: «Perdu en chemin». À quand les traductions du reste de ses textes? Du coup, cette dame m’est devenue, l’espace d’un livre, un véritable modèle de caractère, d’intelligence et d’affirmation de soi. Née en 1931 à Vienne, Klüger est déportée avec sa mère à l’âge de onze ans au camp Theresienstadt, puis à Auschwitz-Birkenau et finalement à Gross-Rosen, duquel elle s’évade quelques temps avant la fin de la Guerre pour émigrer, deux ans plus tard, aux États-Unis. Le récit reconstitue, tant bien que mal, cette jeunesse momifiée.

C’est un refus de témoigner, entre autres parce que Klüger refuse de livrer ce que l’on croit connaître, voir ou comprendre d’un récit d’une déportée. Cela ne s’est pas passé comme ça. Elle prend le contre-pied des happy end et autres fabulations réconfortantes qu’elle considère de mauvaise foi. Remontant le courant, elle va jusqu’à dicter sa manière d’être lue à sa lectrice- «qui songerait à des lecteurs masculins? Ne lisent-ils pas ce qui est écrit par d’autres hommes?» (p.97). Au risque de choquer, Klüger se fait cinglante de sincérité, tant dans ses propos que dans sa peinture du monde de la Guerre et de l’Après-Guerre. Son objectif n’est pas de redire ce qui a déjà été dit, mais justement d’ébranler, de repenser l’exercice même de témoigner la Shoah; car plus qu’un récit d’une rescapée juive, c’est aussi- et peut-être avant tout- la voix d’une jeune fille écrasée sous le patriarcat judaïque, puis sous celui du nazisme et finalement, une fois libérée, sous celui d’une Amérique conservatrice des années 50. Après une asphyxie prolongée, c’est dans ce grand cri sulfurique que la fugueuse des camps et de l’Europe impose sa parole, envers et contre tous, et surtout contre l’enfermement, à tous niveaux.

C’est un refus de témoigner parce que «c’est ce que je tente ici, et cela échoue, parce que la mémoire aussi est une prison: on cherche en vain à ébranler les images gravées de l’enfance.»(p.39) Dans un ressassement ouvertement défaillant, Klüger questionne son parcours plus qu’elle ne le retrace, questionne ces images archivées dans sa tête et qui refont surface: pourquoi celles-ci, plutôt que d’autres, persistent-elles?

C’est un refus de témoigner, parce que si Klüger condamne le sentimentalisme qu’elle considère comme un trait caractéristique kitsch des textes de la Shoah, elle n’y échappe pas et l’avoue d’elle-même avec une franchise tout à fait rafraîchissante: «cela ne donne pas une tragédie, mais seulement des rapprochements désemparés qui tapent dans le vide ou s’épuisent dans la sentimentalité.» (p. 39) Toutefois, son récit, qui évite le lyrisme, ne brille pas tant par son jeu sur les affects (le pathos y est certes sollicité) que par l’intelligence et la nouveauté du regard métadiscursif qu’il porte sur le devoir de mémoire. Pourquoi conservons-nous les lieux du drame, les ruines, à quoi sert cette «culture du musée»? Pourquoi faut-il raconter, encore? Et surtout, comment entendons-nous, recevons-nous ces fragments du passé, qui trop souvent «nous [entraînent] à contempler nos sentiments dans un miroir?»

C’est un refus de témoigner parce que Ruth Klüger objecte toute argumentation avec la lectrice, qu’elle tient coite: «Écoutez et ne le contestez pas mesquinement, mais prenez-le comme c’est écrit ici, et retenez-le bien.» (p.154) et avec laquelle elle avorte toute tentative d’identification: «vous n’avez pas besoin de vous identifier avec moi, je préfèrerais même que vous vous en absteniez (…)» (p. 161) Klüger ne recherche pas la sympathie (et c’est justement pourquoi elle me plaît); elle provoque la réaction, l’affrontement, pour pouvoir enfin (se) dévoiler: «montrez-vous combatif». Et elle le répète: «parce que je ne trouve pas de moyen plus percutant de le faire comprendre que par la répétition» (p. 154).

C’est un refus de témoigner, car Klüger, femme et auteure, se montre ingouvernable, hors de contrôle, voire insolente. Systématiquement et avec une bonne dose d’(auto)dérision, elle défait une à une les idées reçues, déconstruit l’imaginaire mythique de l’Holocauste traversé par le patriarcat, soupèse les hiérarchies entre dominants et dominés, bourreaux et victimes.

C’est un refus de témoigner, d’abord et peut-être avant tout, parce que Klüger s’objecte à l’étiquette de déportée, à être classifiée, répertoriée, cantonnée, entravée par la prison des catégories littéraires et des stéréotypes liés aux camps. Un refus, aussi, que la Shoah soit considérée comme un événement de l’ordre de l’indicible; c’est pourquoi Klüger s’évertue à dire, à parler haut et fort. Pourquoi? Pour continuer à vivre, pour ne pas limiter son existence à cette tragédie tout en portant celle-ci en soi, sur soi, à l’image du numéro tatoué sur son avant-bras. D’ailleurs, le titre original de son autobiographie est Weiter leben (Continuer à vivre), traduit en français en 1997 sous le titre «Refus de témoigner». Sa posture de résistante serait donc liée à un désir vital de dépassement, de survivance.

Ainsi que le remarque Jorge Semprun, auteur survivant des camps: «chaque page de ce livre admirable contient des phrases que l’on a envie de citer, de commenter, de prolonger en soi-même par une réflexion plus approfondie». Vous en avez l’exemple même dans mon billet. À votre tour mesdames- et messieurs!- de vivre cette confrontation littéraire avec Ruth Klüger…

Kafka sur le rivage

C’était il y a deux ans. Je venais de terminer la lecture de La Ballade de l’impossible (dont Martine a parlé ici!) et j’avais été conquise par la plume de Haruki Murakami, la profondeur de ses personnages, la simplicité de ses descriptions, la mélancolie qui traversait son récit. Un de mes collègues libraires, à qui j’avais fait part de mon appréciation du roman, s’était empressé de me mettre entre les mains Kafka sur le rivage, véritable petite brique littéraire. Enthousiaste, il m’avait dit: « Lis ça, tu vas capoter! » (En réalité, il m’avait plutôt servi une des savoureuses expressions absurdes dont lui seul a le secret, mais je sais que c’était précisément ce que ça voulait dire. J’allais capoter.) Il n’avait pas tort. J’ai adoré le roman, j’ai dévoré les 638 pages en quelques heures à peine. Parce que Kafka sur le rivage est, en bon québécois, « quelque chose ».

Là, c’est le moment où je me sens un peu bête. Parce qu’il y a longtemps que je veux écrire une critique sur Kafka, que je veux partager avec les autres lecteurs mon affection pour ce roman atypique… mais je réalise que je fais face à un léger problème.

Je ne me souviens pas du tout de l’histoire.

Bon, ce n’est pas totalement vrai. Grosso modo, le roman retrace le parcours de Kafka Tamura, un adolescent de 15 ans qui décide de faire une fugue pour échapper à une étrange prédiction œdipienne que lui a un jour fait son père, avec lequel il vit seul à Tokyo depuis que sa mère est partie avec sa sœur aînée. Aidé par la voix de sa conscience, une sorte d’ami imaginaire appelé « le garçon nommé Corbeau », Kafka trouve refuge dans une petite bibliothèque, tenue par un androgyne et une belle femme mûre. En parallèle, on découvre la vie de Nakata, un vieil homme devenu « idiot » (et amnésique) suite à un mystérieux accident de jeunesse, qui a la faculté de parler avec les chats et qui décide, lui aussi, de quitter Tokyo pour la première fois de sa vie, après avoir commis un curieux crime. Deux trames, deux récits, l’un plus réaliste, l’autre plus fantastique… qui vont finir par se parasiter l’un l’autre et ne former qu’un.

Image de couverture en provenance du site de 10/18

Ce sont là les grandes lignes du roman. Pour le reste… je ne me souviens que de bribes. Des poissons qui tombent du ciel comme une pluie de printemps. Un road trip en camion à travers le Japon. Des personnages iconiques qui semblent prendre vie. Des crimes dont les coupables demeurent inconnus. Une forêt troublante, comme un labyrinthe où l’on part à la recherche de soi. Des fantasmes plus réels que la réalité. De la musique mélancolique. Et de la littérature, beaucoup de références à la littérature…

Kafka sur le rivage est une œuvre magnifique. Elle m’a émue, m’a dégoûtée, m’a fait frissonner, m’a fait réfléchir. L’histoire, infiniment complexe, se déroule comme dans un rêve, le lecteur ne sait plus trop où se situe la limite entre l’onirique et le réel; il doit en deviner les contours, tirer ses propres conclusions. Parce que la fin du roman, n’en déplaise à certains, n’est pas claire. Elle ne donne pas l’impression de clore l’histoire: on dirait qu’elle l’ouvre encore davantage.

Étrange petite bête que ce roman indéfinissable… Ce qui est certain, c’est que je prendrai grand plaisir à le relire éventuellement, pour le comprendre davantage. Et, si vous avez envie de découvrir un monde complètement surréaliste et une plume tout en finesse, je vous le recommande chaudement. Ce n’est pas un livre « facile »… mais je pense qu’avec un peu d’ouverture d’esprit, on gagne à essayer de l’apprivoiser.

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Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Traduit par Corinne Atlan

Éditions 10/18

ISBN: 9782264056160

Entrevue avec l’artiste de Womanstruation

 

Le fruitL'intérieur à l'ExtérieurWOMANSTRUATION

Ahhh les menstruations… ce moment que la plupart des femmes (et hommes) redoute. Nous avons chacun notre histoire face à ce phénomène biologique. J’ai appris à les accepter et à les «aimer» en quelque sorte et c’est un peu grâce à la coupe menstruelle (je vous en parle dans cet article). C’est aussi grâce à un travail de session à l’université. C’est dans ce même travail que j’ai découvert le blogue de cette artiste française, John Anna. Les messages qu’elle utilise dans l’ensemble de ses œuvres sont venus me chercher. Souhaitant en apprendre plus sur son travail et sur l’artiste, je lui ai posé quelques questions.

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1) Pouvez-vous me faire une brève description de qui vous êtes ? (Vos origines, votre travail, vos études)

J’ai 23 ans. Je suis française. Je vis à Bordeaux depuis 7 ans pour mes études en design graphique. Je prépare actuellement une licence en design arts appliqués à l’université.

2) D’où est venue l’idée de créer ce blog et cette forme d’art ?

Je n’ai pas créée cette forme d’art. L’utilisation du sang menstruel dans l’art est bien plus ancienne, mais tout le monde ne le sait pas. C’est pourquoi j’ai créé ce blog. Quand j’ai commencé à peindre avec mon sang, j’ai pris conscience que cette pratique méritait d’être hissée au rang de projet à part entière. Le sang menstruel n’est pas une simple encre ou peinture. Il vient du corps. Il a des connotations, des symboles qui lui sont propres. Voilà pourquoi je lui ai consacré un blog. La création d’un blog n’est pas anodine non plus, il est en ligne. La mise en ligne signifie que tout le monde peut y accéder. En bref, j’ai voulu mettre en lumière et diffuser cette pratique méconnue.

3) Comment décrivez-vous votre art ?

Je dirais que mon art est controversé et puissant. Il ne laisse pas indifférent. Il a de l’impact. De tous les avis que j’ai reçus, aucun n’était neutre. Pour moi, une œuvre est efficace si elle provoque des sentiments, des réactions, des débats… Je prête autant d’attention aux réactions positives que négatives. Les réactions font partie intégrante de mon projet. Ce sont ces réactions très vives et opposées qui me font dire que mon art est controversé.

4) Avant d’utiliser le sang menstruel comme outil de travail, est-ce que vous dessiniez ou peinturiez ?

Oui. Je dessine depuis que je suis enfant. Je me suis vraiment épanouie dans le dessin à la pré-adolescence, quand j’ai commencé à lire des mangas. J’étais alors plus axée vers des techniques de dessin graphique (crayons, feutres, stylos…). Je recherchais la justesse et l’expressivité de la ligne avant tout. Arrivée au lycée j’ai appris à varier les techniques. Aujourd’hui, j’aime travailler avec un maximum de techniques. J’essaie aussi de me démarquer du style purement manga que j’avais auparavant. Je me suis longuement intéressée aux personnages. Je tente désormais d’ouvrir maintenant mon champs en expérimentant le paysage. Mes outils préférés sont l’aquarelle et le stylo bille.

5) D’où vous vient cette idée ?

L’idée m’est apparue quand j’étais en BTS, lors de la réalisation d’un mémoire d’histoire de l’art sur le thème du sang. Je savais que certains artistes utilisaient du sang d’animal ou leur propre sang pour peindre, ou au cours de performances. Je n’avais par contre jamais entendu parler de l’utilisation du sang menstruel. Ainsi j’ai découvert des artistes comme Vanessa Tiegs ou Zanele Muholi. Cela m’a donné envie d’expérimenter.

L'Arbre de vie

L’Arbre de Vie John Anna Womanstruation

coeur fendu

Coeur Fendu John Anna¸ Womanstruation

6) Quel rapport avez-vous avec vos menstruations depuis Womanstruation ? 

Je me sens beaucoup plus à l’aise avec mes menstruations. Je les ai totalement acceptées. Je suis même contente quand elles se déclenchent. Leur vue ne me dérange plus du tout, ni même leur odeur.


7) Je sais qu’aujourd’hui vous portez la coupe menstruelle. En quoi elle vous aide (dans votre travail et dans la vie de tous les jours) ?

Oui, je l’utilise depuis bientôt 1 an. Elle m’est très utile pour récolter mon sang. Au delà ce ça, elle est très pratique ! Elle facilite beaucoup de choses. Elle est simple d’utilisation. Elle est aussi beaucoup moins contraignante que les serviettes ou tampons. Que ce soit en terme de stockage, de budget, de santé, de confort… Son impact sur l’environnement et aussi nettement moindre! Je la recommande vivement. J’ai l’esprit beaucoup plus léger depuis que je l’utilise. Je peux aller à la piscine et à la musculation sans soucis!

8) D’où vous viennent vos inspirations ?

Si on parle d’inspirations en tant que références artistiques, je citerai alors les peintres Vermeer et Delaroche, ainsi que le sculpteur Rodin. Ce sont des artistes que j’apprécie beaucoup, de par leur technique, et l’expression de leurs personnages. Je suis très touchée par les postures et visages mélancoliques. Je suis aussi influencée par des ressentis, des sentiments que j’éprouve lorsque j’écoute de la musique ou que j’observe la nature. J’aime beaucoup les ambiances mystiques et l’univers médiéval occidental et japonais. Ma propre vie, mes expériences personnelles prennent aussi part dans mes réalisations.

9) Sur votre blog, nous voyons votre copain faire de la peinture avec votre sang menstruel, comment s’est déroulée son expérience ?

Il était assez à l’aise avec mon sang. Il m’a souvent vue faire et il a bien voulu essayer. Il a été un peu dérangé par l’odeur, mais il s’est amusé. En lui proposant de peindre, j’ai voulu dépasser la barrière de la supposée exclusivité féminine que l’on octroie à ce sang. Je voulais montrer que les menstruations concernaient autant les hommes que les femmes.

Lire, voir et vivre l’America del Sur

Réserve nationale de faune andine Eduardo Avaroa, Bolivie

Réserve nationale de faune andine Eduardo Avaroa, Bolivie

C’est avec les yeux pleins d’eau qu’on a dit au revoir à la Bolivie. Elle nous avait tant donné, tant appris, qu’en quittant la ville je me suis sentie comme une voleuse, je dérobais quelque chose de précieux. J’ai pleuré sans relâche de l’auberge jeunesse jusqu’à l’aéroport.

Une vraie Madeleine dans le taxi sous le regard perplexe du chauffeur.

Partir m’avait semblé, à ce moment-là, tellement incongru. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard, ni seulement la faute de l’alcool, si je me suis trompée et que j’ai fait la file pour aller à Bogotá, et non à Montréal. Le douanier a senti nos haleines alcoolisées bien avant de nous voir. Il rit, fouille sommairement mon sac et joue un air sur la flûte de pan que j’ai ramenée.

Voilà un adieu à l’image de mon voyage.

Sur les routes de l’Amérique du Sud, j’ai cru mourir. Les trajets en lacets, au ras des falaises, et les glissements de terrain m’ont valu plusieurs serrages de mâchoires. Mais ces souvenirs ne sont pas les plus vifs, ce sont plutôt les conversations à bâtons rompus dans les marchés qui tapissent ma mémoire.

Les premiers jours de mon voyage ont été influencés par le fait que je ne savais pas comment réagir à ce que je voyais. Ce que j’ai d’abord pris pour une immense désorganisation s’est avéré être la plus grande qualité de l’Amérique du Sud. De ce joyeux bouillonnement, des moments ont pu être créés; ils n’auraient pas survécu à un horaire trop strict, trop ordonné. Je n’aurais probablement pas eu la chance de découvrir la Chicha (boisson de maïs) par l’entremise d’un chauffeur de moto-taxi si l’autobus qui devait me prendre avait fini par passer. Je n’aurais surement pas goûté à toutes les bières péruviennes (merci Pedro!) dans une petite taverne d’un village frontalier si se rendre à Lima avait pris aussi peu de temps que je le croyais.

Ce sont de ces instants où l’on est profondément dérouté que naissent les images qu’on collera à un pays. Aujourd’hui, lorsque je me bute à mon quotidien, je m’absente momentanément et retourne boire mon maté de coca dans les montages.

L’Amérique du Sud, ça a d’abord été un voyage littéraire pour moi. À travers les auteurs latino-américains, c’est tout un univers que j’ai découvert. Une façon autre de dire les choses, qui ne se limite pas au réalisme magique (même si j’aime d’amour Gabriel García Márquez).

Mario Vargas Llosa et Carlos Liscano font partie de ceux qui ont créé en moi une Amérique latine. D’abord rêvée, imaginée à partir de leurs mots, et ensuite vécue, lorsque j’y suis allée. Vous en parler était, pour moi, incontournable.

Huaraz, Pérou

Huaraz, Pérou

Les odeurs, la mémoire, les cris

Les univers politiques qu’on retrouve chez certains auteurs sud-américains m’ont toujours fascinée. Ils expriment la mémoire d’un pays, parfois avec ironie et humour, d’autres fois avec dureté et réalisme. C’est une facette importante, qui pourrait parfois nous échapper lorsqu’on fait du tourisme dans un pays. Ma visite au musée de la Nation de Lima, dédié aux événements entourant le Sentier lumineux (1), fut l’un des moments forts du voyage. C’est un autre Pérou que j’y ai découvert, en pleine cicatrisation.

Le fourgon des fous de l’auteur uruguayen Carlos Liscano s’inscrit dans la lignée des livres qui reflètent un contexte politique. C’est une œuvre qui fait mal et qui fait du bien à la fois. À travers les mots de ce prisonnier politique, on ressent sa douleur d’avoir été enlevé à sa vie, et ce, durant douze ans. Si la lecture devient parfois difficile à poursuivre, on s’y accroche tout de même. Une pensée était d’ailleurs récurrente lorsque je lisais ces lignes: je ne pensais pas qu’il était possible de raconter l’expérience de la torture avec autant de dignité et d’humanité.

Dans ce carnet du torturé, l’horloge est la seule vraie maîtresse. Sous son joug, les événements s’enchaînent de façon logique (illogique). Le temps revient toujours frapper, comme pour prouver qu’il est le seul véritable architecte.

L’œuvre de Liscano donne à la mémoire un rôle ambivalent, elle est alliée et traîtresse à la fois. Alliée quand elle prend de court le narrateur, lui insufflant de doux souvenirs dans les moments où l’on tente de le briser. Traîtresse quand elle refuse de se taire, alors qu’il voudrait ne plus se souvenir pour ne pas livrer d’informations au tortionnaire.

Dans un quotidien mené par l’atroce et l’abject, on remarque d’autant plus les rares moments de beauté, de grandeur. Ils brillent par contraste. Comme cet homme, nouvellement père, qui fabrique une poupée pour sa fille à partir de sa chemise de prisonnier. Comme les leçons d’espagnol que le protagoniste donne à un compagnon de cellule, qui lui, en échange, lui apprend ses nombreux savoir-faire accumulés au cours de sa vie.

L’une des plus grandes victoires du narrateur face au pénitencier demeure sans doute le fait qu’il puisse écrire son expérience des années plus tard et reprendre ainsi sa liberté en se consacrant aux mots. La mémoire cessera alors de n’être que douleur, elle lui permettra un regard d’ensemble, une distance libératrice avec ses années d’enfermement:

« Ici, je deviendrai adulte, j’aurai mes premiers cheveux blancs, je me ferai mes meilleurs amis, je lirai des centaines de livres bons, passables, mauvais, nuls. Ici j’apprendrai de beaucoup d’autres prisonniers, et je m’efforcerai d’apprendre quelque chose de moi-même. Je souffrirai du froid, je connaîtrai les punitions, les maladies, l’inconfort, l’angoisse, la dépression […] Je serai témoin d’actes de solidarité, de tendresse et d’affection inouïs de la part d’hommes qui sont, comme moi, privés de tout. Je sentirai que je commence à vieillir. Je commencerai à écrire. Je déciderai d’être écrivain. » (2)

 Une adolescence péruvienne

Durant mon séjour au Pérou, l’évocation de Mario Vargas Llosa ne laissait aucun de mes interlocuteurs indifférent. Piètre politicien selon certains, admirable écrivain selon d’autres, ce Péruvien ayant raflé le prix Nobel a certes laissé sa marque. On lui doit notamment les œuvres La fête au bouc, La Ville et les Chiens ainsi que La Tante Julia et le Scribouillard.

Sa nouvelle Les chiots ne dure qu’un instant, court comme la vie du protagoniste surnommé «Zizi Cuéllar». Victime d’un accident aux parties génitales lorsqu’il est adolescent, cet épisode le suivra tout au long de son passage vers l’âge adulte. Entre le chien Judas qui l’a mordu et ses collègues de classe, il est difficile de distinguer celui qui ne cesse d’aboyer, «ouah, ouah, ouah». Dans cet univers de jeunes garçons, le terrain de foot devient le terrain de la virilité, on mord celui qu’on considère comme le plus faible. Cuéllar ne réussira à se faire respecter qu’en revêtant l’autodérision, en se servant de ses propres failles.

La véritable entrée dans l’âge adulte viendra toutefois compliquer les choses pour lui. Lorsque les filles, la danse, la cigarette et la fameuse bière péruvienne «Cristal» deviendront le quotidien de son entourage, il sera ardu pour lui de faire sa place. Malgré ses tentatives d’«aboyer» plus fort, de faire tout plus vite et plus intensément, il ne pourra s’imposer comme adulte au même titre que ses amis: il n’a pas de fiancée.

La vie de Cuéllar demeurera hantée par son accident, un nouveau départ sera impossible pour lui. En ce sens, la nouvelle Les chiots s’avère l’histoire de celui qui, faute de pouvoir sortir de l’entre-deux, sera absent lorsque les tempes de ses amis commenceront à grisonner.

Arpenter le quartier Miraflores à Lima fut pour moi une façon d’ajouter une annexe à cette nouvelle de Vargas Llosa. D’un côté de la rue, je pouvais imaginer Cuéllar et ses amis jouer au soccer. De l’autre côté, je les imaginais plus vieux, comme ce groupe d’hommes discutant près de leurs voitures. En sortant de cette partie de la ville, le décor changeait complètement. Les rues étaient désormais couvertes de déchets et les bâtiments étaient bien plus que défraîchis. D’autres enfants jouaient sur un terrain. J’aimerais entendre leurs histoires.

Ces livres dont vous êtes le héros

Certains univers littéraires nous habitent, un peu comme si on les portait déjà en soi. J’ai voulu aller lire Cent ans de solitude sur la plage équatorienne, mais c’est parce que j’avais passé de si beaux moments avec García Márquez dans mon 5 1/2 au cœur d’Hochelaga. Ce sont ses mots, et ceux de bien d’autres, qui ont créé un fort mouvement en moi, autant physique que mental. Avec leurs récits, c’est d’abord un intérêt, puis une passion et finalement une idée de voyage que ces auteurs latino-américains ont fait grandir en moi. Et ça, c’est un don.

 

Valle de la luna, La Paz, Bolivie

Valle de la luna, La Paz, Bolivie


Notes

(1) Le Sentier lumineux est une organisation politique ayant affronté l’armée péruvienne dans un conflit qui s’étendit de 1980 jusqu’à 2000. À ce jour, on estime à 70 000 le nombre de victimes de cet affrontement.

(2) Carlos Liscano, Le fourgon des fous, Paris, 10/18, « Domaine étranger », 2009, p. 157.

Mario Vargas Llosa, Les chiots, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2002.

La très (trop) courte œuvre de Vickie Gendreau

Ça fera déjà 2 ans le mois prochain que l’auteure Vickie Gendreau a quitté ce monde. Beaucoup trop rapidement suite à une bataille contre une tumeur au cerveau (en forme de nuage, c’est elle qui le disait!) inopérable, car trop proche de son tronc cérébral, à l’âge de 24 ans. Vickie Gendreau aura été perçue comme une étoile filante pour certains, un volcan en éruption pour d’autres, dans le milieu artistique et littéraire québécois. Selon moi, il s’agit certes d’une étoile, mais d’une étoile sombre et magnifique.

En 2012, lorsque le premier roman Testament a été publié,  on parlait énormément dans les médias de cette jeune femme à l’écriture crue et directe. On la comparait (beaucoup) aux auteures Marie-Sissi Labrèche et Nelly Arcan(pour leur style littéraire d’autofiction, le choix de sujets lourds et/ou leur passé commun) ou à la chanteuse Lisa Leblanc (pour son franc-parler, car elle n’a absolument aucun filtre elle aussi). Il y a eu énormément de critiques et de chroniques publiées sur elle et son fameux testament. On peut d’ailleurs encore voir son passage à tout le monde en parle en 2012 ici, et ça vous aidera certainement à comprendre la demoiselle en question avant de poursuivre votre lecture.

Vickie, on ne se le cachera pas, c’est une auteure difficile à aimer, mais moi je l’ai aimée vraiment tout de suite. Je pense qu’avec Vickie, c’est tout ou rien. Son style d’écriture est tellement intense, décousu et par moments totalement incompréhensible que vous aurez fort probablement du mal à vous y retrouver dans tout ça. Ce qu’on ressent dans ses 2 romans, c’est qu’elle en avait des choses à nous raconter et que son temps était si précieux qu’on dirait qu’elle nous lance le tout en plein visage et qu’ensuite il faut juste le digérer. En fait, ce que je veux surtout dire, c’est qu’on sent l’urgence. Oui, l’urgence d’avoir à livrer ce qu’elle devait ressentir à l’intérieur, ne sachant pas quand tout ça se terminerait. En même temps, quand on lit sur elle on apprend que malgré la grande tristesse qui l’a habitée dans les derniers moments, c’était une fille très fleur bleue, une grande romantique et une fille drôle à l’humour noir et grinçant. D’ailleurs, c’est ce qui ressort dans ses romans et qui vient vous chercher là où ça fait mal en nous parlant de la mort, de suicide, de viol (un bout assez violent), de son emploi de danseuse nue (qu’elle a particulièrement apprécié de 2009 à 2012) avec une approche que jamais vous n’aurez lue auparavant. Tous des sujets assez lourds vous remarquerez, alors je vous invite à faire la lecture des romans de Gendreau dans un moment positif de votre vie, car tout ça pourrait vous sembler assez déprimant par instant.

Je me souviens quand j’ai lu Testament à sa sortie, je le lisais le matin, dans le métro en me rendant au travail et c’était si difficile et poignant que j’arrivais au travail la mine basse. J’avais même dû cesser ma lecture matinale pour une lecture plus nocturne tellement c’était lourd. Comme le métro est mon lieu de prédilection pour lire, ça vous donne une idée de l’ampleur de la chose. Testament, ça le dit, c’est un livre qui raconte le testament que Vickie souhaite léguer à son entourage, elle s’adresse à sa famille et ses amis et imagine les réactions de ceux-ci en découvrant le texte qu’elle leur aura légué sur une clé USB. Sa mère apprendra véritablement bon nombre de choses sur sa vie en lisant son livre dans lequel, elle le dit, elle se met complètement à nu. D’ailleurs, elle dira même en entrevue que publier un livre où l’on se met totalement nu est bien plus angoissant que de danser nu, faisant référence à son passé de danseuse. Dans son testament elle parle directement à chacun d’entre eux, à l’amour de sa vie qui ne l’aimait pas en retour, à son frère, son père et à sa mère en particulier. Elle leur lègue entre autres des fennecs (des petits renards des sables très mignons) par centaine pour décrire l’amour qu’elle porte à chacun d’entre eux et d’autres objets assez inusités. Vous remarquerez rapidement qu’elle avait vraiment une fixation sur les fennecs en lisant le livre. Certes, il s’agit d’un roman cru, un roman qui heurte, un roman qui marquera votre esprit si ce n’est que par son style complètement hors du commun, mais en même temps qui vaut la peine qu’on s’y attarde. À lire pour comprendre une parcelle de la vie, soit la fin de celle-ci, et comment on doit apprivoiser la mort quand on sent qu’elle approche. Une pièce a également été montée en 2014 au théâtre Quat’sous sur ce roman inoubliable que je n’ai hélas pas pu voir. On peut en lire les premières pages ici, si vous souhaitez avoir un avant-goût.

Drama Queens, était sur ma liste de lecture depuis un an quand j’ai décidé d’en faire l’achat dernièrement. Son deuxième roman m’avait semblé plus léger, notamment par sa couverture d’un beau rose bonbon et son quatrième de couverture où l’auteure nous parle du livre comme d’une œuvre cinématographique. D’ailleurs, je me suis souvent dit, lorsque j’en faisais la lecture dans le métro, que les gens devaient tous penser: «Oh ce roman doit être un roman si joyeux ou ça doit être un beau petit livre de filles avec sa jolie couleur!».  Alors là, détrompez-vous mes amis! La couverture de ce roman est (très) paradoxale en fait. Paru en 2014, il s’agit non pas d’une suite de testament, mais plus comme d’un prolongement de celui-ci, écrit avec l’aide et l’amour de son ami l’auteur Mathieu Arsenault. Cette fois-ci, Vickie n’a eu d’autre choix que d’aller chercher de l’aide en écrivant l’ensemble de ce dernier livre de son lit d’hôpital. Elle aura d’ailleurs eu la chance d’aller au lancement de son roman, mais elle mourra 8 jours plus tard. Pour ma part, le livre m’a paru moins sombre que son prédécesseur, mais tout aussi déroutant et déstabilisant. Bien honnêtement, je n’ai pas toujours compris où l’auteure s’en allait avec celui-là. C’est peut-être ça justement qui le rend exceptionnel, le fait que ça ne ressemble à rien encore une fois. Vickie Gendreau aura réussi à laisser sa marque comme elle souhaitait le faire, comme une Marie-Soleil Tougas, par qui elle est complètement fascinée et de qui elle ne cesse de parler dans ce deuxième opus. Son livre est rempli d’histoires inventées dont une assez marquante entre Nelly Arcand et Luko Rocco Magnotta, de beaucoup de scénarios de films improbables, d’anecdotes que seules les personnes qui les ont vécues doivent comprendre et on sent vraiment que l’auteure veut nous livrer son ultime œuvre avant de partir en nous lançant encore une fois le tout par la tête. D’ailleurs, elle écrit bon nombre de fois dans ce roman qu’elle souhaiterait écrire 10 livres en 10 ans, ce qui malheureusement n’arrivera point. Elle utilise des faux noms pour parler d’elle-même et de ses amis, elle parle d’elle-même à la troisième personne, ce qui fait que par moments, on ne sait plus trop de qui elle parle exactement et elle s’adresse à nous, lecteur, directement, ce qui donne un drôle de sentiment de malaise quand ça arrive, en nous demandant entre autres de fermer le livre immédiatement.

Bref, pour moi Vickie Gendreau s’inscrit sans aucun doute dans ma liste de classiques québécois. À ajouter à votre bibliothèque ne serait-ce que par le style complètement différent et hors normes de madame Gendreau, mais à lire la tête reposée et l’esprit complètement ouvert, car ce ne sera pas toujours facile. C’est d’une grande tristesse de savoir que nous serons privés à jamais de l’incroyable intelligence de cette jeune femme et de son talent indéniable.

Vickie, nous espérons que quelque part en haut, Nelly Arcan et toi vous prenez un verre à notre santé en vous rappelant les bons souvenirs d’en-bas et nous espérons sincèrement que des milliers de fennecs vous entourent, puisque tu les aimais tellement.

Quand le chaos aveugle

11072838_10152666743162413_2132832819_nDans les lectures les plus étonnantes de ma vie, il y a L’aveuglement de José Saramago, gagnant d’un prix Nobel. Mon professeur, en première année, nous avait expliqué brièvement l’histoire; un homme devient aveugle subitement au coin d’une rue et s’en suit une cécité globale dans la société…

Je vous avoue que je percevais déjà de loin un récit près de la science-fiction et que je n’étais pas très motivée à entamer ma lecture. Or, lecture obligatoire oblige, je me suis mise à la lecture et d’emblée j’ai été séduite. L’ambiance du récit est attirante et c’est un des romans qui définissent le plus justement la grisaille entre le bien et le mal.

Tout d’abord, l’oeuvre de Saramago est un paradoxe en elle-même, car s’entremêlent douceur, chaos, dureté et compassion. C’est le genre d’oeuvres où même le plus grand des chaos réussit à trouver lumière. L’histoire débute dans une ville inconnue, cela pourrait être Montréal comme Londres ou même Tokyo. C’est une ville moderne avec des immeubles à bureaux, des feux de circulation, etc. Ainsi, on se sent déjà entier dans l’histoire, car rapidement, on réalise que cela pourrait nous arriver.

Dès les premières pages, un personnage est atteint soudainement de cécité. Il se trouve à un coin de rue et perd complètement la vue. Il s’agit du point principal du roman, cette perte de vision s’avère contagieuse et contamine des milliers de personnes. Ce qui est le plus intéressant dans cette perte est que tous les gens se retrouvent égaux aux autres, que ce soit le médecin, le policier ou le voleur de voiture. Tous sont égaux, ils sont aveugles et c’est cela qui les unit dans le chaos. L’auteur a fait le choix d’une écriture régressive de l’identité et c’est ainsi qu’il réussit à rendre plus humain ses personnages. Leurs identités ne sont plus valides et ils doivent se recréer un sens des valeurs selon de nouvelles bases. Les gens ne sont plus considérés selon leur métier, leur apparence, etc. Ils deviennent seulement eux, à la base de l’humanité. Ils sont des gens prêts à survivre, à combattre, à aimer et même à s’unir, et cela sans considérer l’identité antérieure des autres. Cette tentative de nier l’identité personnelle est intéressante, compte tenu de l’essence du chaos de l’événement, mais elle ne fait que rendre les personnages plus vrais et plus humains.

Le roman a aussi été adapté à l’écran et je dois dire que l’adaptation m’a plu! Avec l’excellente et adorable Julianne Moore et Mark Ruffalo, le film nous entraîne avec délicatesse et dureté dans la cruauté du récit. C’est relativement rare que le film rend justice à un roman, mais dans ce cas-ci je trouve réellement que le roman se portait au cinéma. Paradoxale un peu pour une oeuvre où la source même est de ne pas voir… ! Bref, pour ceux qui n’ont pas lu le roman, n’allez surtout pas voir le film avant, vous devez lire L’aveuglement, je vous promet que ce sera une lecture inoubliable.

Moitié vrai, moitié père

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Mimi, une jeune avocate agitée, anxieuse, exaspérée, hypersensible, maladroite et rêveuse, a le cœur qui déborde et une vie trop étroite pour elle. Heureusement, elle peut accuser son père pour tous ses maux! Son père autoritaire, abrupt, sarcastique, impossible… et au bout du rouleau. Mais le peut-elle vraiment? Son père est-il véritablement son père? Se lançant dans une folle recherche de ses origines familiales, Mimi remonte le cours du temps comme un saumon sa rivière, en gigotant pour éviter les hauts fonds. Du Québec à la France, on suit donc la quête d’un lâcher-prise aussi amusante que touchante et servie par une écriture simple sans être simpliste, juste et évocatrice.

Mimi et son père sont aux antipodes l’un de l’autre, à en croire qu’ils ne sont pas vraiment de la même famille. Du moins, c’est de ce dont Mimi essaie de se convaincre, au point de partir en France à la recherche de celui qui pourrait enfin lui donner raison. Ce n’est pas sans surprise que rien ne se déroule comme prévu, que les réponses que cherche Mimi ne se trouveront pas aussi facilement qu’elle l’aurait espéré et surtout, que la vérité n’est pas toujours celle qu’on veut entendre.

C’est donc sur cette trame identitaire que se construit le récit tragi-comique qu’est Moitié vrai. On y retrouve tous les éléments clés pour en faire un récit intéressant et  un peu rocambolesque.  Ma lecture fut rapide, à partir du moment où j’ai réussi à embarquer dans l’histoire. Au début, j’ai eu quelques difficultés à cerner Mimi, à comprendre ce refus et cette assurance aveugle que son père n’était pas son père. Comme un enfant qui refuse de croire que le Père Noël n’existe pas. Un changement de continent plus tard et me voila à pieds joints dans l’histoire, à suivre attentivement les démarches identitaires de Mimi.

Moitié vrai  ferait sans contredits un bon scénario pour un film «populaire». Les personnages, les lieux et l’histoire se dévoilent petit à petit de manière à la fois prévisible mais intrigante, le type de recette qui fonctionne bien. En tant que roman, on s’y amuse tout autant. L’histoire est légère sans pour autant manquer de profondeur. Si vous aimez les happy endings, sans pour autant vouloir vous lancer dans les trucs à l’eau de rose ou bien dans la chick litt, vous y trouverez votre compte.

Green, glam et gourmande et le health mouvement

Mon amie Marjorie (oui oui, la Marjorie de votre super blog pref!), a pensé à moi quand elle s’est procurée le livre Green, Glam et Gourmande et elle me l’a prêté. Comme je suis super gentille, j’ai décidé de vous en parler, ben oui! 🙂 Voici donc mon analyse et critique de Green, Glam et Gourmande!

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La mode GREEN ou le vert dans tout les sens du terme. On pense donc légumes, légumineuses, mais aussi tout ce qui vient de la terre comme les céréales, les fruits, les épices et j’en passe. Le mouvement GREEN nous invite donc à mettre de la couleur, de la saveur, mais surtout de la varitété dans notre assiette, le tout en prenant aussi soin de notre corps, de notre âme en pratiquant le yoga et la méditation.

Ce livre est comme une petite bible, il contient pleins d’infos pratiques sur les aliments, leurs bienfaits et des façons de les incorporer à notre alimentation.

Il est certain que si vous commencez dans l’alimentation  »GREEN » vaut mieux y aller doucement. Certaines choses sont un peu trop GREEN admettons, personne ne vous demande de laisser tomber le lait, le gluten et les protéines animales. On ne sera pas plus GREEN que le pape!!

Mais somme toute, pour celles qui s’intéressent à l’alimentation saine, ce livre est plein de bonnes recettes santé, beauté et de mini-séances de yoga. Ce mélange entre alimentation, bien-être et beauté est parfait en somme. Je vous le recommande et je vous recommande d’adapter le tout à votre style de vie et votre personnalité.

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Sur ce, bon GREEN!!

Chronique « Écrire l’indicible » – Une semaine de vacances de Christine Angot : écrire (et lire) l’inceste

Cette chronique vous présente des récits qui traitent de sujets difficiles, mais qui se doivent d’être partagés, que ça nous touche de près ou de loin. Parce que l’écriture permet de tout dire.

Une semaine de vacancesChristine Angot est un monstre littéraire. Par monstre, j’entends le statut qu’elle a dans le milieu littéraire français, mais j’entends aussi le sentiment de peur, voire de dégoût qu’elle crée chez ses lectrices, parce qu’elle les amène toujours là où elles aimeraient mieux ne pas aller. Elle écrit d’abord L’Inceste, qu’elle publie en 1999 et qui obtient un succès immense. Il apparaît tout de même inimaginable qu’un livre qui raconte l’histoire incestueuse entre un père et sa fille (que l’on devine être Angot elle-même) gagne une place aussi importante dans le lectorat français… Une semaine de vacances paraît en 2012 et reprend la même thématique, mais d’une toute autre manière. Dans ce roman, l’écrivaine use d’une écriture clinique; le récit est d’une froideur limpide, comme si elle se mettait à distance, alors qu’elle sait que les lectrices en seront incapables. C’est qu’Angot élimine toute psychologie de son récit, ce qui nous place dans une position difficile: celle de la voyeuse, de la perverse.

Dès les premières pages, je me dis : «Mais attend, je suis en train de lire ça? L’histoire d’une fille qui fait une fellation à son père? L’histoire d’une fille qui se fait sodomiser par son père?» Impossible pour moi d’avancer de plus de trois ou quatre pages à la fois, parce qu’il est impossible de se distancer de la fille du récit. On ne peut rester insensible, c’est trop pénible. Une culpabilité terrible m’envahit chaque fois que j’ouvre le livre; dans le métro, j’ai l’impression que tout le monde le sait, que tout le monde me regarde et se dit: «Mais qu’elle est horrible de lire ça!» C’est qu’Angot s’extrait complètement, elle nous met devant les circonstances de cet événement en nous disant : «Alors? C’est terrible, hein?» Puis, à un moment de ma lecture, j’y arrive. Je me dis que ce n’est qu’un livre, que ce n’est que fiction, comme n’importe quel roman. Or, rapidement, je me rappelle qu’Angot écrit de l’autofiction. Je me rappelle que la littérature se veut un miroir de la réalité. Et je retombe dans le malaise, dans le trouble. J’avance très lentement dans ma lecture. Pourtant, je termine le récit.

Et après, je me questionne. Je referme le livre, presque fière de m’être rendue jusqu’au bout, et je me demande: «Pourquoi elle écrit ça? Qu’est-ce qui lui donne la permission de nous mettre devant une telle histoire?» C’est quand même nous qui choisissons de le lire, me direz-vous. converse-all-star-fashion-girl-1581-525x350Et c’est ce qui est troublant. Ce n’est pas Angot la coupable. Ce n’est pas non plus la lectrice, qui cherche à se questionner sur le dispositif d’écriture, sur la posture d’écrivaine qu’adopte Angot. Le véritable responsable de ce malaise, c’est le livre, l’objet lui-même, et les mots qui sont sous nos yeux. C’est là où ce récit est à la fois troublant et intéressant: il nous amène à une réflexion sur le sens de la littérature, sur ce qui s’écrit, ce qui devrait s’écrire, ce qui ne devrait pas s’écrire, ce qui ne s’est jamais écrit. C’est la raison pour laquelle il faudrait le lire. Certains lui reprocheront le manque de « qualité littéraire », mais ce n’est pas à cette question qu’il faut s’arrêter (puis, de toute façon, je ne suis pas d’accord!). Il faut se demander pourquoi Angot a choisi de réécrire ce texte, pourquoi elle doit répéter cette histoire. Une lecture difficile, certes, mais à mon avis nécessaire.

Les mots me manquent pour parler d’Angot. Au même titre que de lire ses récits m’est laborieux, je sens qu’il est inconcevable d’articuler ma pensée autour de la question qu’aborde Une semaine de vacances. Néanmoins, pour toute personne qui s’intéresse à la littérature, et plus particulièrement à la littérature des femmes, il est obligatoire de se plonger dans cette œuvre de Christine Angot, ne serait-ce que parce qu’en retirant le filtre psychologique, elle suscite d’importantes réflexions sur le tabou qu’est l’inceste. Elle rappelle que la littérature permet de réfléchir à ces enjeux, de nous mettre face à ces questions, pour ne pas oublier qu’il faut l’écrire, à défaut de pouvoir en parler. Et que la littérature devient le meilleur dispositif pour le faire.