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«Pauvres petits chagrins» : Jamais assez de douceur

«C’était la première fois que nous articulions notre principal point de désaccord. Elle voulait mourir et moi je voulais qu’elle vive et nous étions des ennemies qui s’aimaient. Nous nous sommes fait un câlin tendre et maladroit parce qu’elle était dans un lit, attachée à des trucs.»

L’une est une pianiste incomparable, une virtuose de la musique, et l’autre est une écrivaine de livres pour enfants sur le rodéo, mère de famille, amante maladroite. L’une d’elle veut mourir, tente sans cesse de mettre le point final à cette vie qu’elle ne sait mener. L’autre tente de la garder en vie, au détriment de tout, à bout de bras, à bout de souffle. Elfrieda et Yolandi. Deux soeurs.

Miriam Toews relate dans Pauvres petits chagrins l’histoire bouleversante de deux soeurs, de leur enfance jusque dans la quarantaine. Elfrieda la pianiste talentueuse tente de mettre fin à ses jours, encore une fois. Yolandi accourt à son chevet et tente par toutes les manières possibles de la ramener du côté de ceux qui veulent vivre. Elfrieda mène une vie de rêve, comparée à celle de sa soeur; elle a la gloire et l’argent, l’amour d’un homme fidèle et compatissant et malgré tout, n’y trouve pas l’espoir et la motivation pour rester en vie et en profiter. Mais ce regard là, celui-là même que nous tous posons sur la vie des autres, en est un extérieur et souvent biaisé par le jugement que nous faisons de la réalité des autres. Yoli tente tant bien que mal de comprendre sa soeur, mais son amour inconditionnel l’empêche d’envisager la situation pour ce qu’elle est vraiment: sa soeur ne veut plus vivre. Est-ce la maladie mentale? Est-ce passager? Est-ce un combat qui pourrait être gagné? Tant de questions qui restent souvent sans réponse… Et Miriam Toews le sait trop bien. Tout comme dans le roman, son père ainsi que sa soeur se sont suicidés.

IMG_2068Tout ça, je le savais avant de débuter ma lecture, c’est donc dire que ça a teinté ma manière d’appréhender le texte. Je savais avant même de commencer à lire que les questions soulevées par Toews allaient demeurer sans réponse. Mais là où tout chavire, c’est lorsque Elfrieda, après une deuxième tentative de suicide sur une très courte période de temps, implore sa soeur de l’amener en Suisse pour qu’elle puisse «subir» un suicide assisté. Elle n’en peut plus de souffrir, de se battre contre elle-même, de faire souffrir les gens autour d’elle. Qu’y a-t-il à répondre à cette supplication ? Yoli prendra une décision à l’encontre de son coeur de soeur et Elfrieda fera, comme toujours, à sa tête.

Je ne pourrais qualifier la prose de Toews que par ces trois mots : «hors du temps»… On déambule entre le présent et le passé, le futur parfois. On s’accroche aux rêves, on se les raconte. On prend une pause pour jouer au Scrabble, pour réciter un poème. On retourne à l’hôpital, contre notre gré. On voyage entre Winnipeg et Toronto, on écoute Elfrieda au piano. Tout ça est d’une douceur… Surprenant pour un sujet aussi dur et cruel que le suicide d’un être cher, mais pour peser le poids de l’amour, il n’y aura jamais assez de douceur.


Extrait:
«On se demande: mais comment c’est possible? Penser qu’avec toutes les mesures de sécurité que nous employons aujourd’hui pour nous protéger du dehors- clôtures et détecteurs de mouvement et caméras et écran solaire et vitamines et verrous et chaînes et casques de vélo et cours de cardiovélo et gardiens et portail-, nous puissions cacher des tueurs secrets à l’intérieur de nous… Que nous puissions nous retourner contre notre moi heureux comme des tumeurs envahissent des organes sains, comme des mères «normales» jettent soudain leur bébé du haut du balcon… Qui a envie de penser à des choses pareilles ?»

 Pauvres petits chagrins, Miriam Toews. Éditions Boréal, 2015. 384 pages.


*Le Fil Rouge désire remercier les Éditions Boréal pour ce service de presse, tout particulièrement Marion Van Staeyen chez Diffusion Dimédia.*

 

La dualité des amours passionnels

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L’amour est multiple. L’amour est contradiction. L’amour est dualité.

L’amour est passion. L’amour est haine. L’amour est vérité. L’amour est mystère. L’amour est espoir. L’amour est désespoir. L’amour est folie. L’amour est tranquillité.

Et tout ça, Ernesto Sábato l’a bien compris. Dans son ouvrage Le tunnel, l’auteur nous présente une histoire d’amour passionnel comme moteur du déclenchement de la folie chez le protagoniste. Qui n’a jamais vécu ce délire incontrôlable créé par une obsession soudaine pour l’être aimé ou admiré secrètement? La maladie d’amour est puissante, dévastatrice et bien peu souvent, mutuelle. Lorsque l’éclatement de l’âme se fait de façon solitaire, il arrive que le mal-aimé cède à son penchant impulsif.

L’artiste peintre Juan Pablo Castel est un assassin.

«Il y a eu quelqu’un qui pouvait me comprendre. Mais c’est précisément, la personne que j’ai tuée.» (p.15)

Consterné par la vie qui lui semble être vide et sans substance, Castel voit une lueur d’espoir dans cette jeune femme qui s’est arrêtée devant l’une de ses toiles lors de son exposition.

«Ce fut le jour du vernissage. Une jeune inconnue se tint longtemps devant mon tableau sans accorder beaucoup d’attention, apparemment, à la grande femme de premier plan, la femme qui regardait jouer l’enfant. En revanche, elle regarda fixement la scène de la fenêtre et pendant qu’elle le faisait, j’eus la certitude qu’elle était isolée du monde entier: elle ne voyait ni n’entendait les gens qui passaient ou s’arrêtaient devant ma toile.

Je l’observai pendant tout ce temps avec anxiété. Puis elle disparut dans la foule tandis que j’étais pris entre une peur insurmontable et un désir angoissant de lui parler.» (p.16)

Dès lors, une obsession grandissante naît chez l’homme qui ne voit à présent qu’une raison d’exister; entrer en contact avec cette mystérieuse inconnue. Castel va donc mettre en branle d’innombrables stratagèmes pour recroiser cet être duquel il est tombé fou amoureux dès le premier regard. Et il y parviendra.

S’enclenche alors les rouages d’une relation insensée construite sur les non-dits, les silences de Maria et les colères de Castel. Parce que l’homme est impulsif, obsédé et désespéré. Parce que la femme est calme, réservée et secrète. Pour que tout s’écroule, il suffira qu’un troisième cœur entre dans la valse. L’amour triangulaire ne permet pas de tourner les coins ronds.

«Qu’est-ce que cette abominable comédie?» (p.53)

Castel n’y comprend rien. Maria ne donne pas de réponse. L’obsession devient maladive.

«Ma tête était un véritable pandémonium: en foule, idées, sentiments d’amour et de haine, questions, ressentiments et souvenirs s’y bousculaient.» (p.53)

Le moindre détail occupe une importance cruciale dans l’esprit de plus en plus maniaque de l’homme. L’idée que Maria ne lui appartienne jamais hante de façon troublante Castel. Parce que l’homme est possessif et manipulateur. Parce que la femme est indépendante et simple.

«Maria. Simplement Maria. Cette simplicité me donnait une vague idée de possession, une vague idée que la jeune femme était entrée dans ma vie et que, d’une certaine façon, elle m’appartenait.» (p.55)

Pour certains, le véritable amour, c’est devenir l’objet de désir de l’heureux élu. Pour d’autres, c’est la confiance dans l’indépendance. Et cela prouve que c’est dans sa dualité que l’amour passionnel s’affirme pleinement. Castel aime autant qu’il déteste.

«Mes sentiments, pendant toute cette période, oscillèrent entre l’amour le plus pur et la haine la plus effrénée face aux contradictions et attitudes inexplicables de Maria; soudain il me venait à l’esprit que tout cela n’était peut-être que simulation.» (p.68)

En effet, parce que l’amour est aussi imaginaire et illusoire. Un amalgame du rêve et du fantasme vient se greffer à cette passion presque irréelle, puisque tellement puissante. Et bientôt, l’artiste ne sait plus faire la part des choses.

Son processus créatif est freiné. On assiste silencieusement à la déconstruction et à la destruction de son art. C’est l’isolement de l’artiste, qui pendant une fraction de seconde croyait véritablement avoir trouvé sa tendre moitié.

«Le bonheur est encerclé de douleur.» (p.103)

Il s’avère que l’artiste demeurera coincé dans ce tunnel sans issu. Il sera confiné éternellement dans cette prison où ses tableaux représentent les fenêtres projetant sa vision du monde; cruelle, mais ô combien universelle.

Le tunnel, Ernesto Sábato. Du Seuil, Mai 1995. 140 pages.

L’équilibre et le succès, au cœur de mes préoccupations humaines et artistiques

Suite à ma lecture du très intéressant article Équilibrer son agenda : Stop the glorification of busy de ma collègue blogueuse Martine Latendresse Charron, j’ai senti le besoin de partager moi aussi sur ces grandes quêtes: l’équilibre et le succès, tous deux au cœur de mes préoccupations humaines et artistiques.

La recherche d’équilibre est le fondement même de ma démarche artistique et du même coup, de ma vie. Je me suis laissée prendre par cette quête en 2011. Cette année-là, je sentais en moi un grand bouillonnement semblable à un feu d’artifice. Cette année-là débutait ma carrière en arts visuels. Lorsque je crée une œuvre plastique, je cherche toujours à accéder à l’équilibre entre les gestes posés et les émotions ressenties et transmises. S’est joint la nécessité d’atteindre l’équilibre entre ma figure d’artiste et ma place dans la société, ou comment rallié mon besoin inassouvi de créer et le quotidien saturé d’obligations. Puis je me suis mise à chercher l’équilibre entre ma vie en ville et ma vie en région, deux mondes, deux parallèles, deux existences. Et entre mon corps physique et ma spiritualité. Je remarque que la notion d’équilibre est présente dans toutes les facettes de ma vie. Que ce soit dans mon rapport à moi-même, dans celui aux autres, à l’espace, au temps ou à la création.

Depuis quelques mois déjà, j’ai entamé la reprise des commandes de ma vie et l’équilibre s’installe tranquillement, un pan à la fois. Cette reconquête a débuté il y a près d’un an, en discutant avec une amie artiste, Andréanne Rioux. Ensemble, nous avons décidé de préparer une grande exposition, que nous présentions par la suite dans notre région natale, la Gaspésie. Étant toutes deux préoccupées par cette notion de recherche d’équilibre, nous avons titré notre exposition assez simplement «L’art de l’équilibre». Parce que l’équilibre est un art qui n’a rien de facile à atteindre, mais aussi parce que c’est par l’art et par la création que nous réussissons à atteindre un état de stabilité entre nous et le monde.

Par la même occasion, je me cherchais une excuse pour venir créer dans mon coin de pays et pour présenter une première fois mon travail aux gens de chez nous. J’ai donc pris deux mois off pour créer, exposer, me baigner et débuter l’écriture d’un roman. Durant l’été, je vivais grand nombre de bons et beaux moments, mais l’impression que tout me glissait entre les doigts et entre les orteils comme l’eau de la mer ou le sable trop fin continuait de m’habiter. J’étais incapable de vivre le moment présent. De juste vivre. Même si je méditais les jambes croisées, les fesses dans le sable et le visage sous le soleil. J’avais peur de mourir, peur de tout perdre, comme si rien de tout ça n’était mérité.

Un soir, cette même amie, autour de plusieurs verres de vin, m’a dit que je n’avais qu’à vivre ces moments, tout simplement. Le lendemain, je suis retournée jouer à la sirène dans la mer et je l’ai senti, le présent me traverser. Le bonheur m’habiter. À partir de là, quelque chose s’est déclenché en moi, comme si d’un coup je retirais des œillères portées pendant une dizaine d’années. Comme si j’avais oublié qui j’étais tout ce temps-là et que soudainement je me retrouvais face à moi. Ou face à celle qui trouve des réponses encore tous les jours et qui se rapproche de ce qu’elle est de plus vraie.

Après les vacances, j’ai remis les pieds dans mon ancienne vie en ville, avec tout ce qu’elle comportait, et j’ai été confrontée à moi-même. Je n’ai pas eu le choix de prendre la décision que de partir ou de rester. Et je suis partie.

Mais contrairement à ce qu’on peut croire, je ne recommence pas à zéro, je prends plutôt le temps de remettre les pendules à l’heure.

Dans ma vie d’adulte, j’ai rarement eu l’occasion de m’offrir du temps pour me réaliser et pour planifier le futur. J’ai présentement cette chance. Pendant plusieurs années, il y a eu l’école et les emplois à répétitions, où je me sentais mourir par en dedans, trop pleine de projets et d’idées et si peu de moyens et de temps pour les réaliser. J’ai le loisir de l’introspection, de l’horaire variable, de l’écriture d’un roman, de la création de tableaux, de la contemplation de la nature, de la lecture et du partage avec les autres. Je trouve que je n’en profite pas suffisamment, mais quand je regarde tout le cheminement que j’effectue et tous mes projets en cours, je suis contente. Et je suis fière.

En prenant ce temps pour moi, je découvre qui je suis sans les autres et face aux autres. Je retrouve confiance en moi et en mes premiers amours, l’écriture, entre autres. Je renoue avec ma spiritualité et les fondements de mon être.

J’ai conscience que de ne pas avoir de job stable présentement aide. Je prends le temps de vivre mes matins, je travaille en journée, je me permets une pause en après-midi et je travaille parfois jusqu’à tard dans la nuit. Je ne vis pas richement, mais je ne manque de rien. Et je ressens le besoin de me départir de tout ce qui est superflu. Je change et je vois chaque jour ces changements s’effectuer. Comme dans ce besoin de créer de l’espace autour de moi. Je me remets en ordre.

La situation n’est pas définitive. J’en suis consciente. Je vais probablement repartir dans une nouvelle ville et y refaire ma vie. Je vais peut-être retourner à l’école. Fonder une famille. Et j’espère pouvoir voyager. À travers tout ça, j’espère que je n’oublierai plus qui je suis comme je l’ai fait et que je vais continuer de grandir avec confiance.

Pour moi, c’est dans la confiance que réside tout l’aspect de cette notion de succès. C’est ma version du succès, du moins. Plusieurs diront que je ne serai jamais riche parce que je suis une artiste, mais je suis riche de tout ce que je crée. D’autres diront que c’est une perte de temps ou un passe-temps, je leur réponds que je n’y peux rien, c’est une manière d’être. Et certains auront peur de l’opinion des autres, mais qu’en savent-ils de mon bonheur et de cette opportunité que j’ai de me réaliser dans cette vie.

Atteindre l’équilibre n’est pas un but en soi, mais plutôt une façon de percevoir la vie. Et le succès, c’est différent pour chacun, mais je crois que de réussir à être heureux et de se réaliser, c’est une superbe forme de succès.

Passions d’enfance

Quand j’étais petite, j’adorais inventer des histoires. Je passais le plus clair de mon temps à me promener dans la maison en narrant des récits à voix haute, quand je n’étais pas en train de demander à ma mère de coucher sur papier les petites aventures qui me traversaient l’esprit (je ne savais pas encore écrire à l’époque, me contentant de noircir des dizaines de petits calepins avec des dessins, produisant ainsi de petits embryons de BD sans texte.) Avec tout ça était venu un grand intérêt pour les jeux de rôle et le théâtre, où je pouvais, comme bien des enfants, m’amuser à incarner divers personnages et donner vie à mes propres récits.

Ensuite, quand j’ai su écrire, j’ai développé un véritable amour pour la rédaction. Au secondaire, mes journées scolaires préférées étaient celles où nous étions en « production écrite », ce qui me valait souvent des regards stupéfaits de la part de mes confrères et consœurs, de même que des commentaires pas toujours très édifiants. Ça m’était bien égal: personne ne pouvait m’enlever le plaisir que je ressentais à écrire, même dans un cadre scolaire.

Quand est venu le temps pour moi de choisir un domaine d’études, la question ne se posait même pas: je voulais écrire, être en contact avec les livres, raconter des histoires ou partager mon amour de l’écriture et de la littérature avec les autres. J’ai donc tout naturellement opté pour un baccalauréat en études littéraires, parce que ce domaine avait toujours été le mien et que je m’y sentais comme un poisson dans l’eau. Même si je n’ai pas étudié pour pratiquer un métier précis, je ne regrette rien: ma passion me semble, encore aujourd’hui, plus forte que le reste… et je pense humblement que je m’en sors plutôt bien, malgré tout!

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Il y a quelques années, lors d’une conversation avec mon père, je me souviens que nous avions discuté des passions d’enfance et de leur impact sur nos vies adultes. Je ne me souviens pas où mon père en avait entendu parler, mais il me racontait que souvent, les gens qui étaient heureux dans leur travail ou leur carrière avaient eu tendance à utiliser leurs passions d’enfance comme point de départ, parfois même inconsciemment.

Évidemment, cela ne voulait pas nécessairement dire de devenir artiste peintre si le dessin nous passionnait, rock star si la musique était notre échappatoire ou encore chercher à intégrer la royauté si notre rêve était de devenir une princesse ou un chevalier… (Eh ben non.) Ce que cela signifiait plutôt, c’était d’utiliser les valeurs, les compétences et les intérêts mis à profit dans l’exercice de nos passions d’enfance pour mieux choisir une future carrière.

Vous aimiez jouer avec des blocs Lego, parce que le fait de construire des structures, travailler manuellement et utiliser une certaine logique mathématique vous plaisait bien? Partez de ça pour explorer le marché du travail! Vous aimiez garder les plus jeunes, inventer des jeux pour eux, les aider à apprendre de nouvelles choses? Faites de ces valeurs votre point de départ. Vous aimiez réunir vos amis, organiser des activités et prendre en charge le déroulement de vos journées de jeux? Utilisez ces éléments pour repérer ce qui pourrait vous plaire dans un emploi. Ce ne sont que quelques exemples, mais je pense qu’ils traduisent bien la manière dont vos intérêts et passions de jeunesse peuvent vous aider à comprendre qui vous êtes, et ce que vous aimez.

Bien sûr, certains décident littéralement de s’investir à fond dans leurs passions et s’y consacrent à temps plein, afin de devenir peintres, photographes, réalisateurs, comédiens, écrivains, et même rock stars… peu importent les difficultés qui se dresseront sur leur route. J’ai énormément de respect pour ces gens, car ce genre de chemin n’est pas toujours le plus facile (je m’y balade à temps partiel pour l’instant et je dois dire qu’il comporte évidemment son lot d’insécurités); cependant, quand la passion est forte, omniprésente et qu’elle constitue l’une de nos raisons d’être… la laisser grandir et s’épanouir en vaut totalement la peine.

Et vous, quelles étaient vos passions d’enfance? Arrivez-vous à percevoir en quoi elles ont influencé qui vous êtes aujourd’hui? Et pensez-vous qu’elles trouvent un écho dans votre choix d’études ou de carrière?

Chroniques d’une anxieuse: la fois où j’ai arrêté d’écrire des To do lists

To do list

Première journée de printemps après un hiver beaucoup trop long (genre vraiment frette avec le teint vert pis un manque flagrant de vitamine D). Je regardais le ciel bleu par la fenêtre de mon appart, comme si je n’avais jamais rien vu d’aussi magnifique. Un avion laissait une traînée blanche derrière son envolée. Et je me disais, tranquillement, «moi aussi, un jour, je laisserai une traînée blanche derrière moi pour partir loin, loin, loin».

Loin de mes obsessions. Maudit que ça m’ferait du bien.

L’idée de moi au soleil me plaisait assez. Pour faire le plein de bonheur. Pour me perdre dans un autre univers, une nouvelle culture, une langue étrangère qui chatouillerait mes tympans. Mais à la place, j’attendais l’été, patiemment, dans mon appart encore congelé.

Et, partout autour de moi, il y avait des listes. Sur le mur, sur la table de chevet, sur le bureau. Des To do lists. PARTOUT. J’étais pas capable de vivre sans. Il me fallait ma liste des «choses à faire pour la journée», celle des «tâches à ne pas oublier» pour le lendemain pis toutes les autres, des journées précédentes, où j’avais à peine raturé la moitié des éléments (parce que j’m’en mettais toujours trop sur les épaules).

Il y avait aussi la liste des «pays que j’aimerais visiter un jour», des «livres à lire au cours de l’année», des «films à voir absolument», des «expositions à zyeuter cet été», des «endroits où je souhaiterais travailler au cours de ma vie», des «buts que j’aimerais accomplir avant l’âge de trente ans», etc. Ça en finissait plus.

J’aurais pu en faire une ben belle tapisserie. Tsé, un appart complet tapissé de To do lists, c’t’un genre.

Bref, je n’étais pas juste organisée, j’étais SURorganisée. Tellement que mes p’tites listes finissaient par me stresser. Par m’angoisser. Réellement.

Elles me criaient : «check tout ce que tu n’as pas encore réussi à faire! T’es pas efficace pantoute». Et je me fâchais contre moi-même.

Pis je me demandais si j’étais normale. Si les autres étaient capables d’en faire plus que moi en vingt-quatre heures. En vingt-quatre moins huit heures de sommeil, moins 2 heures pour manger, moins quatre heures pour réfléchir, penser, capoter, pleurer, stresser. Ouin.

Mais les autres avaient tellement toujours l’air d’en faire plus. Avec leurs marathons, leurs voyages à travers le monde, leurs partys dans les bars les plus in de Montréal, leurs achats de maison pis leurs pages Facebook bien garnies d’accomplissements merveilleux.

Les autres.

Ils avaient toujours l’air meilleurs. Je me comparais et je regardais mes listes, éparpillées un peu partout autour de moi, qui me lançaient en pleine figure toutes les choses que je n’avais pas encore accomplies.

J’obsédais. Comme un matin, juste avant un examen, où je fixais la liste des «éléments à étudier» que j’avais rédigée. Une liste de deux pages qui ne me laissait d’autre choix que d’apprendre l’entièreté de la matière sur le bout de mes doigts. Et, bien évidemment, je n’avais pas été capable. J’avais à peine dormi trois heures et, cinq minutes avant que le professeur nous passe l’examen, j’essayais encore de me bourrer le crâne.

Une fois la copie devant moi, je me sentais totalement vulnérable. Je n’avais pas réussi à tout apprendre par cœur. J’allais sûrement couler (ben oui, tsé). Pis, là, tout pour m’aider, un gars juste devant moi s’est mis à agiter son crayon en le cognant à répétition sur le bureau.

TOC, TOC, TOC, TOC, TOC, TOC, TOC, TOC.

Je n’arrivais pas à détourner mon attention du bruit fatigant. Gossant. J’ai essayé de me ressaisir (il allait bien finir par arrêter) en lisant la première question d’examen… TOC, TOC, TOC, TOC, TOC. Sans succès.

Le bruit devenait de plus en plus fort dans ma tête. Je n’entendais que ça. Je ne pouvais plus réfléchir. J’ai pris trois grandes respirations. J’ai regardé autour de moi, mais tout le monde était concentré.

TOC, TOC, TOC, TOC. Déjà dix minutes d’écoulées et ma copie d’examen était encore vide. J’angoissais. TOC, TOC, TOC, TOC, TOC, TOC, TOC.

«Heille! T’as-tu fini avec ton osti crayon? » a crié la fille dans une classe de deux cents personnes.

C’était déjà silence, mais il y a eu comme un immense malaise. Le gars a fait un dernier TOC avec son crayon avant de se rendre compte que je m’adressais à lui.

Quand j’ai eu fini mon examen, la première chose qui m’est venue à l’esprit c’était que je devais arrêter d’écrire des p’tites (grandes) listes. Parce que ça ne m’aidait pas, ça me frustrait, ça me rendait de mauvaise humeur et, en y réfléchissant bien, ça faisait assez longtemps que je n’avais pas été fière de moi. J’aurais pu débuter mon examen du bon pied en arrêtant de penser à ce que je n’étais pas parvenue à étudier et en focalisant, plutôt, sur tout ce que j’avais RÉUSSI à apprendre. J’aurais été mille fois plus confiante et mille fois moins grincheuse.

En arrivant chez nous, j’ai jeté toutes mes listes. Parce que peu importe le chemin qu’on prend, les choix qu’on fait, les obstacles qu’on a, les buts qu’on se donne, on finit toujours par accomplir quelque chose, par accomplir notre vie. Du point A au point B, on trace notre chemin à nous, à personne d’autre.

Et il faut en être fier, très fier.

Tout commence avec un poisson rouge (partie 1)

poisson-rouge-le-fil-rouge02Récemment, j’ai eu un coup d’cœur pour le dernier roman de Mélissa Verreault, « L’angoisse du poisson rouge », paru en 2014.

J’ai lu beaucoup d’articles et entendu plusieurs critiques positives au sujet de ce livre qui m’ont donné envie de le lire à mon tour ! J’suis une fille curieuse (et légèrement influençable).

Bref, j’ai pas été déçue.

Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, on apprend à connaître Manue, jeune femme moderne persuadée que sa vie n’est qu’une série de drames et de catastrophes.

La deuxième partie raconte l’histoire de Sergio, soldat de la Seconde Guerre mondiale.

La troisième (et dernière) est davantage axée sur Fabio, jeune homme italien venu habiter à Montréal.

Ce qui m’a le plus impressionnée est le lien qui existe entre ces trois personnages, pourtant chacun si différent l’un de l’autre.

Leurs chemins se croisent grâce à Hector, le poisson rouge de Manue. Plus précisément, après sa disparition mystérieuse. Il est le «personnage» le plus important du livre, celui qui les relie tous.

Parce que, sans lui, les 446 pages n’existeraient pas.

J’avoue que, au départ, j’avais un peu peur de ne pas tripper sur l’histoire parce que, généralement, j’aime pas beaucoup ç’qui parle de la guerre. J’aime lire pour m’évader dans un univers qui fait rêver.

La guerre, ça m’fait pas ben ben rêver.

Par contre, j’ai vraiment apprécié ma lecture du roman de Mélissa Verreault. Sa plume m’a captivée du début à la fin.

La Deuxième Guerre mondiale est relatée en détails par le biais de Sergio.

Des fois, j’ai souri.

Des fois, j’ai haussé les sourcils.

Des fois, j’ai grimacé.

Des fois, j’ai eu les yeux mouillés.

Souvent, j’ai été bouleversée.

Source: https://www.facebook.com/154905371257195/photos/pb.154905371257195.-2207520000.1428448712./801531759927883/?type=3&theater

Le VRAI Sergio! (Source: Page Facebook de La Peuplade)

Et je l’ai été encore plus quand j’ai su que Sergio avait réellement existé.

«L’angoisse du poisson rouge», c’est un voyage dans l’temps. La moitié du livre se déroule dans les années 1940 et l’autre moitié, dans les années 2000. Mais l’ensemble reste cohérent.

On y affronte les démons du passé. On a mal avec ceux qui, plongés dans l’enfer de la guerre, ont eu mal avant nous. Mais on y lit quand même un peu d’espoir. Et c’est ça qui fait du bien.

« Ce roman choral embrasse l’idée que les êtres humains sont liés par des destins communs, donne faim et soif, creuse le passé et désigne l’avenir qu’il est encore permis d’espérer.»

– Extrait du résumé de «L’angoisse du poisson rouge»

Je me suis également attachée aux personnages de Manue et Fabio, qui contrastent beaucoup avec celui de Sergio au même âge. Ils sont habités d’une espèce de naïveté parce que leur vie ne fait que commencer, alors que Sergio a été obligé de vieillir extrêmement rapidement à travers toutes les épreuves qu’il a dû traverser.

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Somme toute, le récit de Mélissa est magnifique.

Il est magnifique par son vocabulaire recherché, son histoire riche, ses personnages captivants et par son humanité.

Il est magnifique par l’omniprésence de la culture italienne qu’on y trouve et par son message d’espoir.

Je l’ai placé avec mes livres préférés dans ma bibliothèque.

Maintenant, veuillez m’excuser. J’m’en vais m’acheter un poisson rouge. Qui sait tout ç’que ça pourrait déclencher dans ma vie!

Mines de rien, le sexisme ordinaire

 Capture d’écran 2015-04-03 à 23.35.42Chroniques du sexisme ordinaire, c’était le titre des chroniques de Simone de Beauvoir dans Les temps modernes. Ça pourrait aussi être le titre de ce bouquin publié aux éditions Remue-Ménage, Mines de rien.

Écrit par trois enseignantes de littérature, Isabelle Boisclair, Lucie Joubert et Lori Saint-Martin, le livre se veut un ensemble de chroniques plus ou moins longues dénonçant ces petites choses qui font, « mines de rien », creuser ce sexisme ambiant et ces inégalités révoltantes. Féministes, elles osent ouvrir une parcelle de leurs intimités, de femmes, de féministes, d’enseignantes, pour nommer ces choses qu’on ne prend presque plus la peine de dire, tellement elles deviennent ordinaires, banales. Et c’est ce qui est le plus grave et le plus révoltant.

Sous forme de petits chapitres, les auteures nous racontent des situations de leurs vies ou des faits sociaux qui viennent nous rappeler le sexisme ambiant, les inégalités de genre et la force du mouvement féminisme. Sans utiliser le discours universitaire habituel, elles sortent des carcans et nous offrent des chroniques teintées d’humour, d’irrévérence, d’honnêteté et de nécessaire.

Pour en avoir discuté avec des amies féministes, on peut devenir « folle » à force d’endurer le sexisme ambiant, on peut se demander si on va trop loin dans nos réflexions. Est-ce qu’on est en train de TOUT concevoir comme du sexisme? La réponse est peut-être. Parfois oui, mais trop souvent non. Trop souvent, l’humour vient relativer les petites choses, les petits mots qui, de manière hypocrite, reviennent créer le sexisme. Or, les trois auteures font tout le contraire. Elles se libèrent en nous racontant des souvenirs qui prouvent que le sexisme est partout.

Que ce soit avec les stéréotypes de genre, de la couleur rose et la couleur bleue, des petits garçons et des petites filles, on y perçoit des comportements innés de sexisme. Une mère qui refuse que son petit garçon ait un couvre-lit rose. Une femme qui ne désire pas avoir d’enfant, une jolie écrivaine qui ne peut se faire prendre au sérieux par les hommes (Nelly Arcan, Tout le monde en parle)… Elles nomment avec parfois de l’humour et d’autres fois de la colère ces injustices sexistes qui meublent nos vies et nos discours.

En constatant à quel point les femmes sont encore si peu présentes autant dans les manuels d’histoire que dans les anthropologies et de l’exclusion dont elles sont victimes, on ne peut faire autrement que de, nous aussi, compter la différence. J’ai particulièrement aimé Chercher les femmes de Lori Saint-Martin, car elle arrive à nommer ce que j’essaie tant bien que mal de comprendre: pourquoi, encore, les femmes sont-elles moins visibles dans l’espace public? Littérature, art, musique, société et politique. À tous les niveaux.

Mines de rien n’est pas une oeuvre anodine, elle représente le tiraillement d’être féministe et de vivre dans une société encore tellement sexiste, mais souvent si peu consciente de l’être. Mines de rien, c’est un cri du coeur qui m’incite à ne plus jamais me taire quand j’entendrai ces petites choses qui forgent et alimentent le sexisme ordinaire.

« […] il est essentiel que les voix de femmes s’élèvent nombreuses et tenaces. C’est une invitation à imaginer, une invitation à changer le monde qui naîtra de ces mots réunis, de ces mines de rien. »

-Lori Saint-Martin,Mines de rien, Éditions Remue-Ménage,  p.150

La crise nocturne

Tous les deux à chacune des extrémités du lit. L’un face au mur, l’autre face au néant. La guerre des sexes avant le sommeil est chose commune chez l’espèce humaine. Comme si nous pensions que le rêve allait nous faire oublier ce moment désagréable que l’on appelle le réel.

La femme, elle, ne s’endort pas.

Les deux camps savent que c’est un peu leur faute. Les excuses restent coincées dans les bâillements timides qui se forment au fond des gorges sèches.

La colère goûte le désert.

Puis, il y a l’orgueil. Grande passagère de nos voyages nocturnes avec turbulence. L’apogée du silence arrive à son aboutissement. Un corps nu recroquevillé sur lui-même n’est pas beau dans sa solitude. Accompagné de cette fierté vagabonde, il est exécrable.

La femme, elle, réfléchit.

Son partenaire ne bronche pas. Elle, plus vulnérable, mais plus boudeuse, se retourne. Elle est maintenant devant l’immensité d’un dos qui s’impose comme l’obstacle.

La femme, elle, se souvient.

Elle se souvient ces dix jours où l’homme fut parti. Elle revit cette absence comme un manque profond. Elle ressent à nouveau la sensation de vide alors que, devant elle, se dresse le plus solide des bâtiments auquel s’accrocher pour faire le plein.

Le femme, elle, pardonne.

Tous les deux sur le bord du nid. L’homme et la femme ne font qu’un. Elle a blotti son menton dans la plus grande courbe de son dos. Elle a synchronisé sa propre respiration à celle de l’être aimé. Puis, elle a posé délicatement le bout de ses lèvres sur la peau fébrile de l’être pardonné.

Dorénavant, lors de la crise d’avant sommeil, la femme se souviendra.

« Le profil Amina »: un documentaire sur le pouvoir de l’amour et du web

89516b4f7c575a525230a40181e0f831Amour, révolution et identité virtuelle, ce sont là les trois thèmes principaux du documentaire de Sophie Deraspe. 

Amour parce qu’Amina Arraf charme Sandra Bagaria et que Sandra s’attache à Amina. Elles communiqueront pendant six mois par courriel, chat et photos. Elles se plaisent, se désirent et deviennent de plus en plus près l’une de l’autre. Assez pour se considérer comme un couple et assez pour s’ennuyer lorsque l’autre ne donne pas signe de vie pendant 24 heures. Parce qu’Amina habite en Syrie et Sandra, à Montréal.

Révolution parce qu’Amina est une jeune lesbienne de Damas qui se crée un blogue pour assumer son orientation sexuelle, mais aussi ses croyances politiques. En plein printemps arabe, Amina souhaite une révolution et ses écrits deviennent rapidement source d’intérêt occidental et oriental. Elle raconte avoir été arrêtée, avoir été secourue et être en danger continuel. C’est ainsi qu’elle capture l’attention de tous les médias de la planète. En 2011, la disparition d’Amina avait suscité un grand tollé médiatique; il fallait la retrouver, la sauver et ainsi, envoyer un message social.

Identité virtuelle parce qu’en se mettant à la recherche d’Amina, les médias du monde entier, et Sandra, réalisent qu’elle est introuvable… Suite à d’innombrables recherches, on réalise que les photographies d’Amina sont en fait celles d’une anglaise et qu’Amina elle, n’a jamais existé. Il s’agit de la création complète d’un américain, Thomas MacMaster.

Le documentaire, réalisé par la québécoise Sophie Deraspe, est tout en nuance et en délicatesse. L’amour ressenti par Sandra étant, lui, réel, on y présente une histoire d’amour de plus en plus classique à notre ère; celle de la relation longue distance. Sandra et Amina passent en moyenne plus de trois heures par jour à communiquer et ce, sans compter les entrées quotidiennes d’Amina sur son blogue personnel, «A Gay Girl in Damascus». Une réelle complicité et une attirance se créent chez les deux femmes, ce qui vient d’autant plus rendre incompréhensible le but de MacMaster. Ce dernier avoue à la toute fin du documentaire, dans une scène extrêmement intense où il rencontre pour la première fois Sandra, qu’il s’est laissé prendre au jeu par son attirance pour la création.

Ses motivations en créant Amina était de créer un personnage complexe et réaliste. C’était aussi une façon pour lui d’avoir une tribune sur des sujets sociaux et politiques. Néanmoins, on se questionne; est-ce simplement un fou? un pervers? un schizophrène ? Il avoue lui-même se l’être demandé. Ayant entretenu le mythe Amina pendant plus de cinq ans et en le cachant à sa propre femme depuis tout ce temps, on ne peut faire autrement que de ne pas comprendre et de trouver cela extrêmement louche. Or, il n’existe encore rien aujourd’hui d’illégal dans ces fantaisies.

Toutefois, là où l’histoire devient réellement horrible, c’est lorsque la nouvelle qu’Amina n’existait pas a fait le tour du monde. Car c’est cela qui a dévalorisé et enlevé de la crédibilité à de nombreux jeunes syrien-nes qui blogguaient et qui tentaient de révolutionner une société sous le régime de Bachar al-Assad. Ainsi, ce sont d’autres jeunes filles homosexuelles qui n’ont pas eu de visibilité internationale et médiatique et qui ont été privées d’aide, qu’au contraire Amina avait reçu. Les médias n’ont démontré plus aucune confiance et surtout aucun intérêt.

Le profil amina est un film qui m’as fascinée. La force des médias, comme leur côté sombre et hypocrite y est démontré. La force de la communauté en ligne, la portée des blogues, y est présente et nous montre qu’avec Internet, tout est possible… L’amour comme le vol d’identité. Je salue l’ouverture de Sandra et sa force face à cette histoire pour nous permettre à notre tour de prendre conscience de ces problématiques de l’ère moderne.

Je vous invite à regarder la bande-annonce pour mieux comprendre l’essence du documentaire.

Et voici une entrevue réalisée à Tout le monde en parle avec Sandra et Sophie.

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Le profil Amina, Sophie Deraspe

En salle depuis le 10 avril 2015

«Six degrés de liberté» : À la hauteur des attentes

Ce roman, je l’attendais. Depuis longtemps. Bien sûr, j’ai eu à la rentrée de septembre dernier l’intrigant Révolutions, mais ce n’était pas assez pour combler mon âme de fan de Dickner. Tout de suite après la lecture de Nikolski en 2005, je suis littéralement tombée sous le charme de l’écriture de cet intellectuel-nerd, comme la découverte d’une âme soeur, comme les retrouvailles d’un lointain frère. Depuis ce temps, je lis presque chaque année son premier roman, que je redécouvre à chaque fois, que j’aime de plus en plus. Dickner publie donc cette année Six degrés de liberté,  aussi aux Éditions Alto, un roman étonnant sur un sujet des plus… particuliers: les conteneurs. Ceux qui sillonnent la terre entière sur les cargos et qui transportent oursons en peluches, gougounes en plastique et autres cossins et gogosses en tout genre. Le génie de Dickner et son écriture toujours autant intelligente réussissent à rendre passionnant ce sujet, disons-le, plutôt quelconque.

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Deux histoires s’imbriquent tranquillement. Lisa et Éric, deux adolescents dégourdis, l’une aventureuse et travaillante, l’autre agoraphobique et ami des perruches, décident d’expérimenter avec un traceur GPS et un appareil photo accroché à un ballon. L’expérience ayant échoué et Éric devant déménager avec sa mère à Copenhague, Lisa décide de déménager elle aussi pour poursuivre ses études, laissant malheureusement derrière elle un père souffrant et une mère maniaque du IKEA. Parallèlement, on suit Jay, ex-hackeuse, qui doit travailler pour la GRC afin de payer sa dette à la société pour des crimes informatiques nébuleux. La femme de 40 ans tente tant bien que mal de rester à l’écart et de «trianguler», mais quand une enquête s’ébranle sur un mystérieux conteneur qui disparait et réapparait dans les bases de données des ports, elle se sent interpellée. Malgré les conséquences que cela pourrait engendrer sur sa sentence, elle décide quand même de mener son enquête personnelle, toujours deux pas devant la GRC. Vous en dire plus gâcherait un plaisir de lecture assuré…

L’auteur s’amuse d’une main de maître avec la temporalité, laissant des pistes ici et là afin d’aider le lecteur à s’orienter, mais en laissant toujours planer un doute. La force de Dickner réside toujours dans l’aisance qu’il a à vulgariser des notions abstraites, à rendre intelligible pour le commun lecteur, des notions qui autrement resteraient incompréhensibles. Ses romans sont toujours recherchés et d’une finesse sans comparable, et Six degrés de liberté n’en fait pas l’exception. On reconnaît facilement le passionné en Nicolas Dickner, et fort heureusement, il sait comment nous partager cette passion de l’écriture, pour notre plus grand plaisir de lecteur.

Extrait:

«Lisa vide son deuxième litre d’eau minérale, assise en tailleur sur le seuil du garage. Elle regarde les conteneurs stationnés de l’autre côté de la rue. Assis sur le bord d’un quai de chargement, un type grille une cigarette. Lisa se demande ce qu’ils mijotent au juste dans cet entrepôt beige et dépourvu de raison sociale. Les conteneurs sont anonymes. Ils pourraient aussi bien renfermer de l’électronique, des bottes d’hiver ou du hasch que des ressortissants roumains. Comment savoir? L’opacité est la clé de voûte du capitalisme moderne.»


Six degrés de liberté, Nicolas Dickner. Éditions Alto, 2015. 390 pages.