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Les fileuses conseillent : Quoi faire aujourd’hui au Salon du livre de Montréal (vendredi 17 novembre 2017)

En ce vendredi, on vous invite à aller faire un tour au Salon du livre de Montréal, en plus le Salon ferme à 22 h aujourd’hui, alors vous avez amplement le temps d’aller découvrir vos auteur.e.s préféré.e.s ainsi que d’assister à des tables rondes plus intéressantes les unes que les autres.

Voici ce qu’on vous propose aujourd’hui :

Lettres québécoises et l’Association des libraires du Québec présentent : Le renouveau des librairies indépendantes au Québec
« Qu’est-ce qui se passe dans les librairies du Québec? Alors qu’on prévoyait leur déclin et la fin du livre papier il y a quelques années, le milieu de la librairie se porte au contraire à merveille au Québec. Avec Éric Blackburn (Port de tête) et Jonathan Vartabédian (Librairie du Square). Animation : Annabelle Moreau. »
Rendez-vous à 19 h au Carrefour


Le Salon présente : Paroles de femmes — Entre ici et l’ailleurs
« Table ronde où Yolande Villemaire, Le rose des temps (Druide), Louise Desjardins, L’idole (Boréal), Aimée Lévesque, Tu me places les yeux (La Peuplade) et Aude Seigne, Une toile large comme le monde (Zoé) discutent de leur rapport à l’Autre dans l’écriture, des nouveaux médias et de “l’ailleurs” comme source d’inspiration. Animation : Julien Lefort-Favreau. »
Rendez-vous à 19 h 45 à l’Agora


Alto et XYZ (Quai no 5) présentent : De la mort de la mère au temps de l’image
« Discussion entre Karoline Georges, De synthèse (Alto) et Katherine Raymond, Matricide (XYZ), animée par Elsa Pépin, autour de la figure de la mère, du deuil et de l’importance accordée à l’image. »
Rendez-vous à 19 h à la Place Confort TD


Le Salon présente : Confidence d’écrivain
« Gilles Archambault reçoit Sophie Bienvenu, Et au pire, on se mariera (La Mèche), Autour d’elle et Chercher Sam (Cheval d’août). »
Rendez-vous à 16 h 30 à la Place Confort TD


Gallimard Ltée présente : Les auteurs jeunesse sont-ils de vrais auteurs?
« Vincent Cuvellier, l’auteur de la série des Émile, publiée chez Gallimard jeunesse, affirme qu’il écrit et qu’il est donc un écrivain. Est-ce que le grand public, les médias et les professionnels du livre pensent la même chose ? On en discute avec lui et ainsi que Nadine Robert (éditrice), Yves Nadon (auteur et éditeur) et Patrick Isabelle (auteur). »
Rendez-vous à 11 h 30 à la Grande Place


L’Association des libraires du Québec et le Festival international de littérature présentent : Cher Réjean! Hommage à Ducharme
« Présenté pour la première fois à la Librairie de Verdun dans le cadre du FIL, ce moment littéraire et musical explorant les textes du grand Ducharme est repris au Salon. Émotions fortes garanties! Avec Sébastien B Gagnon, Jean-Paul Daoust, Pascale Montpetit, Élisabeth Nardout-Lafarge, Navet Confit et Geneviève Pettersen. Animation : Billy Robinson (Librairie de Verdun). »
Rendez-vous à 20 h à la Grande Place


Hachette Canada présente : Table ronde sur le véganisme — penser, manger et agir autrement
« Planète Végane, Défi Végane, Festival Végane… le véganisme a le vent en poupe, mais qu’en sait-on au juste? Nos auteurs parlent de ce mouvement social et politique. Alimentation, santé, environnement, éthique, vie pratique, ils font le tour du sujet et répondent à vos questions. Avec Ophélie Véron, chercheuse en sciences sociales, Élise Desaulniers, directrice générale de la SPCA Montréal, Martin Gibert, philosophe et Anne-Marie Roy, nutritionniste-diététiste. Animation : Joseph Elfassi, journaliste. »
Rendez-vous à 18 h à la Place Confort TD


La Fondation pour l’alphabétisation présente : Les bienfaits de l’alphabétisation familiale au quotidien
« Animée par Marie Grégoire, la conférence rassemble des experts (tels que Monique Brodeur, Dominique Demers et Catherine d’Anjou) qui discutent de l’importance de l’alphabétisation familiale sur la réussite scolaire des jeunes au quotidien et de ses effets sur leur persévérance à long terme. »
Rendez-vous à 13 h à la Place Confort TD


À l’étage (Groupe La courte échelle) présente : Les identités LGBTQ au quotidien — fictions et réalités
« Dans cette table ronde, les auteurs d’un roman sur le parcours d’une transgenre, sur le polyamour et sur l’homosexualité traiteront d’identités LGBTQ mises de l’avant dans la fiction. Ces récits peuvent-ils influencer le réel et permettre une plus grande inclusivité sociale? Avec Sophie Bouchard (Jeanne), MP Boisvert (Au 5e) et Nicholas Giguère (Queues). »
Rendez-vous à 13 h 45 à l’Agora


Hamac (Septentrion) présente : Le deuil de soi et des autres dans la littérature
« Les auteurs Véronique Daudelin (Je pars en Inde), Valérie Forgues (Janvier tous les jours) et Daniel Leblanc-Poirier (Nouveau système) aborderont la thématique du deuil de soi-même et des autres dans la littérature. Animation : Éric Simard, éditeur littéraire d’Hamac et auteur de Martel en tête. »
Rendez-vous à 18 h 15 à l’Agora


Espace Diversité présente : Écorchées. Vivantes
« Conversation avec les écrivaines Martine Fidèle et Olivia Tapiero autour de leurs livres. Deux regards intrépides et sans complaisance sur la société. Animation : Marie-Ève Blais. »
Rendez-vous à 12 h au Carrefour


Espace Diversité présente : Manikanetish. Petite Marguerite
« Lecture et présentation du roman Manikanetish. Avec l’auteure Naomi Fontaine. Animation : Marie-Andrée Lamontagne. »
Rendez-vous à 18 h au Carrefour

le fil rouge, le fil rouge lit, littérature, lecture, livres, le grand feu, Georgette LeBlanc, poésie, littérature acadienne, Baie Sainte-Marie, Éditions Perce-Neige, incendie

Beau brin de poésie épique : Le Grand feu

Nous sommes en 1820, à la Baie Sainte-Marie, ce coin d’Acadie qui gigote dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Cécile est orpheline, mais pas mal prise: elle a un oncle descendu du Vieux Continent, bien décidé à l’y ramener, et un amoureux, loggeux de son métier, qui voudrait qu’elle reste bien près de lui. Quand Le Grand feu commence (ou braque, comme dirait Georgette LeBlanc), Cécile a entendu dire qu’un bateau (un bote), la Mary Celeste, a été retrouvé vide dans le milieu de la mer. Ses occupants, une famille, l’auraient déserté en y laissant toutes leurs affaires. C’est une histoire, plusse qu’une rumeur/tcheque mode de vision, que Cécile ressasse. Elle n’arrive pas à s’en défaire :

le bote avait été laissé à flotte, vide
la coquille, un fantôme
rinque une histoire, peut-être
peut-être, mais Cécile était pris
l’histoire y collait partout dans le tchoeur
(p. 22-23)

J’ai grandi en Acadie, dans l’Acadie du Nord-Ouest qui se cale le cou contre la Baie des Chaleurs et la Gaspésie; celle qui est, géographiquement, à l’opposé de celle de LeBlanc. L’accent y est différent, les mots n’y claquent pas de la même façon. Mais dès les premières pages du Grand feu, ce long poème fou qui fait de vraies steppettes de roman, j’ai retrouvé mes bouts de langue préférés. Cette manière qu’ont certaines syllabes de se dérober en riant: guetter qui devient djetter, ioùsque qui remplace où est-ce que, quelque qui se change en tcheque. Les mots accompagnent le tracé du récit, suivent son rythme débridé et ses grands éclats de vie. Comme Cécile et le bateau fantôme, ça m’est collé partout dans le cœur.

Guetter sa fortune

Le recueil s’ouvre sur une promesse qui, comme toutes les promesses, est aussi un défi :

À Kespukwitk
la fortune se trouvait
si tu savais djetter
ils disiont
qu’elle était là, point cachée, une miette partout
(p. 15)

Dès le début, on est dans un Far West maritime, la tête dans la mer, où les bois sont profonds mais le large tout près. LeBlanc rend avec beaucoup d’adresse la communauté qui y foisonne: en quelques vers, elle raconte Cécile la poète, le cordonnier Célestin devenu à moitié ermite (si les ermites aimaient faire le party), les loggeux qui campent dans le bois, la Dame-Tycoon qui tient une maison de jeu et une salle de spectacle, sa whip Caroline qui garde les artistes dans le rang. Une trâlée de personnages comme des figures dans un jeu de cartes, que la poète brasse et rebrasse de façon à ce que leurs histoires s’entrechoquent et s’alimentent, se répondent.

Si le récit ballotte ses personnages, il les confronte aussi aux manières capricieuses du temps. Dans le recueil, les événements ont leur rythme propre: ils sont impressions du moment, mais aussi souvenirs, rêves, parfois visions. Ils dessinent les contours d’un monde changeant. Les personnages y cherchent leur place, guettent leur fortune, naviguant entre ce qui leur est déjà arrivé et ce qu’ils appréhendent. Comme LeBlanc l’écrit à la fin de ce passage, ça prend une autre horloge pour savoir se situer :

c’était important, la Time Clock
c’était l’ordre du monde, du Nouveau Monde
le monde qui venait rinque de braquer,
mais même si la Dame savait, comptait
suivait la piasse, le temps ligné
c’était rinque l’Extraterrestre qu’avait la clé
aux portes, aux autres temps qu’aviont point arrêté
qui comptait lui itou, qui ouvrait aux courants du monde, entier
la porte aux saisons, au travail des marées
c’était une autre horloge savoir ioùsque t’es
(p. 30)

Dans les vers entêtés du Grand feu, il y a aussi quelque chose qui résiste au folklore facile: une force de frappe, franche et précise, qui fait danser la langue sans jamais la figer. Et qui n’a pas de patience pour ce qu’on essaierait de lui faire dire:

rinque une histoire, un conte, une légende mal racontée
il avait déjà vu ça
les façons d’un peuple tout ému
à s’inventer une histoire, une mythologie perdue
devant une fresque, une miette
une ligne de charbon
la pointe d’un pin
ça finissait pus
(p. 44)

Je n’avais jamais lu Georgette LeBlanc (qui a assurément, il faut se le dire, le meilleur prénom au monde), mais je suis retournée à la bibliothèque emprunter tous ses livres dès que j’ai eu fini ce recueil. Beau brin de poésie épique de la Baie Sainte-Marie, Le Grand feu pétille sur le bout de la langue, frétille contre le palais et se niche dans le creux de la gorge, là où la vie fait le plus de mal et le plus de bien.

Connaissez-vous la littérature acadienne? Quels titres recommanderiez-vous?

Georgette LeBlanc. Le Grand feu. Perce-Neige (2016), 89 pages.

Bestiaire, Eric Dupont, Gaspésie, enfance

Bestiaire : le berceau salé d’Eric Dupont

Eric porte un regard sur son enfance. Les animaux qui amorcent son récit défilent et ramènent à la surface des anecdotes à saveur autobiographique. Sans être un véritable bestiaire (manuscrit regroupant des fables sur les bêtes), les chapitres débutent par le chat, le vacher à tête brune, le bigorneau, le chien, les poules, le grand-duc d’Amérique et le canari; ces animaux ouvrent la porte sur des anecdotes d’une puissance sans nom. Racontés adroitement avec un regard empreint de résilience, nous sommes invités à nous remémorer avec le narrateur, dans un défilé de métaphores, les nombreux personnages qui ont marqué sa jeunesse au cours de la Révolution tranquille.

Il en va ainsi pour Nadia Comaneci, jeune gymnaste roumaine à la note parfaite et au sourire inoubliable, qui fera naître ce bijou :

« Ma sœur et moi, les deux enfants condamnés à voltiger entre ces deux barres, avons offert au monde un admirable numéro de gymnastique familiale. »

Parlant de famille, la dichotomie vécue chez l’un des protagonistes par son père, policier de la Sûreté du Québec, et de sa mère, cuisinière de métier, est loin d’être amère. De mon expérience de lectrice, j’ai beaucoup aimé ressentir dans la légèreté du ton et dans la lumière des propos, tout le chemin effectué entre ce passé nomade né du divorce de ses parents, résultant d’un éclatement familial perpétuel. J’ai aussi apprécié le fait que cet adulte retourne dans sa boîte à souvenirs avec un œil neuf. Je n’hésiterais pas une seconde à conseiller ce livre à quelqu’un qui a envie de se replonger dans son passé en évitant une certaine lourdeur que pourrait imposer l’exercice. Ce bestiaire est construit sur la charpente de l’isolement et d’une révolte intérieure, une espèce de miroir grossissant des enjeux politiques et religieux de l’époque. Parfois en parallèle de l’histoire, comme un solo de musicien, l’auteur arrive à des prouesses littéraires… pour le moins incroyables. Pourrais-je vous exprimer à quel point Laïka, ou du moins Laïka telle que dépeinte par Dupont, est pour moi, à elle-seule, un élément phare dans cette œuvre?

« Elle a dû ressentir à cet instant quelque chose qui ressemble à la nostalgie du froid. Une bribe d’humanité. Elle a peut-être, comme la petite fille aux allumettes juste au moment de mourir dans le froid scandinave, vu la tête de sa mère dans le ciel russe, juste en haut des bulbes multicolores de la basilique Saint-Basil. »

Dans cette Gaspésie salée où le festival de la crevette n’est que mensonges, son père, surnommé « le roi » en référence à Henri VIII, est un véritable coureur de jupons. Il collectionne les reines, et les destitue quand bon lui semble. Vivant sous le nouveau règne, divers codes de conduite se chevauchent pour Eric et sa sœur.

Je n’ai réalisé qu’après ma lecture que j’avais déjà lu de cette plume singulière. C’est bel et bien Eric Dupont, l’auteur du délectable roman La fiancée américaine (dont je dois absolument vous parler éventuellement) qui signe ici un roman singulier, que je relirai avec plaisir.

Et vous, quel.le auteur.e vous fascine par sa qualité de conteur.se?

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Les fileuses conseillent : Quoi faire aujourd’hui au Salon du livre de Montréal (jeudi 16 novembre 2017)

Deuxième journée du Salon du livre de Montréal 2017, voici ce qu’on vous propose de voir, de découvrir et d’assister en ce beau Jeudi littéraire. Le Jeudi littéraire, c’est une grande journée du Salon, il y a des remises de prix, des rencontres, des tables rondes et encore plus. Tous les lecteurs et les lectrices y trouvent leur compte :

Voici ce qu’on vous propose :

La Mèche (Groupe La courte échelle) présente : Femmes, stéréotypes et littérature
« Une table ronde d’actualité sur la place qu’occupent (ou non) les femmes dans la littérature en particulier et dans la société en général, au Québec. Quels sont les stéréotypes qui existent encore au sein de ces dernières?

Avec Julie Boulanger et Amélie Paquet (Le bal des absentes) et Lili Boisvert (Le principe du cumshot). Animation : Judith Lussier. »

Ça se passe à 17 h 15 à l’Agora et on vous invite à assister à cette table ronde qui réfléchira sur des questions essentielles en littérature.


Livres passionnants et passion de lire avec Claudia Larochelle
« Claudia Larochelle, l’animatrice du webmagazine LIRE prendra la scène avec un de ses collaborateurs de toujours et deux auteurs invités qui partagent un point commun : la passion de lire. Ils présenteront un livre coup de cœur et expliqueront en quoi cette œuvre les a profondément marqués. En retour, Claudia offrira en cadeau, à chacun de ses acolytes, un livre qui risque de les enchanter. En plus de faire tirer un bouquet de livres de sa bibliothèque personnelle parmi les gens présents. »

Rendez-vous à 18 h au Studio Radio-Canada


Les libraires présentent : Créer sa chaîne Booktube (8 à 17 ans)
« Fasciné par les livres? Besoin d’un coup de pouce pour tes exposés oraux? Viens à la rencontre de MeJannard, booktubeuse professionnelle! Mélanie Jannard tient une chaîne YouTube à propos de la littérature québécoise depuis bientôt deux ans. Elle travaille à la pige principalement dans le milieu culturel. Elle est aussi auteure. »

À 14 h au Carrefour


Jeudi littéraire — Les Éditions Isatis et les Éditions remue-ménage présentent : Littérature et féminisme à l’adolescence
« Martine Delvaux, Filles en séries et Le monde est à toi, sa fille Éléonore Delvaux-Beaudoin, Marianne Girard (Magazine Cool), Sandrine Bourget Lapointe (L’Euguélionne Librairie féministe) et Lucile de Pesloüan, Pourquoi les filles ont mal au ventre?, proposeront de la littérature féministe destinée aux adolescentes après l’avoir définie.
Animation : Roxane Turcotte. »

Rendez-vous à 18 h 15 à l’Agora 


Espace Diversité présente : Qui a peur des femmes qui écrivent?
« Elles écrivent, elles s’expriment, par les mots, par l’image. Elles disent leur existence, revendiquent leur place. Avec l’auteure Martine Fidèle et D. Mathieu Cassendo.
Animation : Sabina Rony. »

Rendez-vous à 10 h au Carrefour


Jeudi littéraire — En collaboration avec le Théâtre du Nouveau Monde, le Salon présente : Une lecture inédite animée par Marie-Thérèse Fortin, autour de l’œuvre de Gabrielle Roy
« Lecture d’extraits de La détresse et l’enchantement, son prochain spectacle. Et de Bonheur d’occasion, question de souligner encore plus les 375 ans de Montréal! »

Rendez-vous à 18 h 30 à Place Confort TD


Jeudi littéraire — Le Comité Femmes du centre québécois du P.E.N. International présente : Pour mémoire – Lecture d’écrivaines du monde
« Des membres du Comité feront une lecture de textes écrits par une dizaine d’écrivaines censurées, emprisonnées, exilées ou assassinées à cause de leurs idées politiques ou de leurs croyances religieuses, comme Asli Erdowan (Turquie), An Antane Kapesh (Kuujjuaq), Ulrike Meinhof (Allemagne), Susana Romano Sued (Argentine), Simone Veil (France), Marie Vieux Chauvet (Haïti), Fadwa Suleimane (Syrie), Denise Boucher (Québec), etc. Les lectrices seront Germaine Beaulieu, Claudine Bertrand, Marie-Ève Blais, Denise Desautels, Louise Dupré, Catherine Mavrikakis, Laure Morali, Duygu Ozmekik, Diane Régimbald, Élise Turcotte, Ouanessa Younsi. »

Rendez-vous à 19 h 15 à l’Agora


Jeudi littéraire — Espace Diversité présente : Naufrages et traversées. De migration et d’exil
« Réfugiés, exilés, naufragés, migrants, rêveurs face aux frontières, face à des pays de plus en plus hostiles. Les auteurs Geneviève Damas, Felwine Sarr et Salah Beddiari discutent de ces traversées et drames qui ont laissé des sillons profonds dans leur écriture. Animation : Ryme Sadik. »

À 19 h au Carrefour

Une longue canicule : Entrevue avec Anne Villeneuve

Le fait que le froid ait remplacé les chaudes journées d’été n’empêche en rien le plaisir que vous prendrez en lisant Une Longue Canicule, premier roman graphique d’Anne Villeneuve et tout premier roman graphique dans un coffret Le Fil Rouge. Ce fût un réel plaisir de découvrir l’univers créé par Anne et d’en apprendre plus sur ses inspirations, son travail et les thématiques qui l’interpellent.

Voici l’entrevue que nous avons réalisée en août avec l’auteure.

À quoi ressemble votre processus créatif ? Est-ce que les mots viennent avant les images ?


C’est un joyeux mélange des deux.  Ce processus avait l’habitude de me stresser auparavant, mais j’ai trouvé une façon qui me convient bien.  Je laisse venir les idées, je ne censure rien.  Je dessine quand les images me viennent, j’écris quand ce sont les mots.  Je consigne tout sur mes calepins à dessin.  C’est un processus très long, mais nécessaire et, au final, agréable.  J’ai comme habitude de ne pas m’arrêter quand je rencontre un noeud dans mon histoire.  Je laisse de côté et je prends l’histoire par un autre bout!  Et quand rien ne vient du tout, je ne m’acharne pas, je laisse mariner et je reprends le lendemain.  Ce laps de temps est très bénéfique car, sans trop m’en rendre compte, les idées continuent à faire leur chemin sans trop y penser.

Quelles sont les grandes étapes lors de la création d’un roman graphique?


Tout d’abord l’histoire.  Elle part un peu dans tous les sens, mais avec le temps, tout se précise.  L’histoire devient scénario, avec son découpage page après page et ses dialogues.  Un joli nom d’ailleurs a été inventé pour cette étape: scénarimage.  Dans mon cas, c’est une période de création très longue, mais j’y trouve toutes mes idées et même les postures et expressions de mes personnages.  Puis enfin, les esquisses finales, l’encrage des planches et le lavis, c’est-à-dire les nuances de gris à l’aquarelle.

Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien, en tant qu’artiste ?


Les humains, surtout.  Leur façon de vivre leur vie, de s’exprimer.  Et puisqu’il y a une infinité de façons de réagir, cela crée un large éventail de possibilités.  J’observe beaucoup, je l’ai toujours fait depuis toute petite.  J’emmagasine des impressions, des histoires, des dialogues, des visages aussi.  Quand arrive la création, je laisse tout cela sortir, sans forcer rien.  


Les relations humaines sont au coeur de votre travail, il y a les amies, les collègues, la voisine, la famille, ils semblent prendre une certaine importance dans l’oeuvre. Qu’est-ce qui vous inspirait dans l’exploitation de ces différentes interactions ?


Oui, c’est vrai.  Je crois que mon livre parle beaucoup de ça.  J’ai toujours été fascinée par la solitude, mon livre en parle beaucoup aussi.  Mais je crois que les rapports que Marie-Hélène entretient avec les autres définissent beaucoup qui elle est.  Je tire beaucoup mon inspiration de ma vie, des gens qui m’entourent, des histoires que j’entends.  Et j’avais aussi envie de montrer Montréal avec les gens qui l’habitent, que je côtoie tous les jours, tout simplement en marchant et en observant.

La chaleur sert de trame narrative au récit, comment vous est venu cette idée des chapitres et moments allant au rythme de la température ?


À mon point de vue, ma ville est fascinante à deux moments très précis.  Lors des grandes canicules et pendant les fortes tempêtes de neige.  On dirait que tout s’arrête, je trouve ça beau de voir les rues désertes.  Ça m’inspire des histoires.  Et je trouve aussi que ça invite à l’introspection des personnages, à l’intimité.

Le personnage Marie-Hélène entretient une relation toute particulière avec les Îles-de-la-Madeleine, est-ce la même chose pour vous ?


Oui!  J’y suis allée 5 fois, dont deux fois en voilier.  J’y ai fait des rencontres marquantes.  Je m’identifie beaucoup aux insulaires par leur simplicité, leur authenticité.  Et d’une certaine façon, Montréal fait aussi de nous des insulaires.  


Dans Une longue canicule, nous passons quelques jours avec Marie-Hélène qui fait face à son passé, son déracinement et qui réalise l’importance de trouver sa place. De quelle façon ces thèmes intimistes vous ont-ils interpellée ?


Je pense qu’il y a beaucoup de résonances avec mon propre déracinement familial, même si je suis montréalaise de naissance.  J’ai ressenti beaucoup de solitude lorsque j’ai quitté ma famille pour me construire une vie propre à moi, dans un autre quartier très différent du mien.  Le passage à la vie d’adulte a été très chargé pour moi, comme plusieurs d’entre nous, j’imagine.  Cette création est en quelque sorte un retour déguisé dans mon passé, une façon de me raconter, avec pudeur, en prenant la vie d’une autre.


Vos illustrations dans ce roman graphique sont très minimalistes et vous semblez beaucoup vous amuser avec les tons de gris et les différentes perspectives, comment avez-vous fait ces choix esthétiques ? Est-ce des choix conscients ou s’imposent-ils lors de la création ?


Une longue canicule est une histoire simple qui raconte la vie de gens simples.  J’ai voulu garder beaucoup de légèreté dans le traitement de la ligne, des couleurs.  J’ai donc opté pour différentes teintes de gris.  Ça me paraissait tout naturel que le lecteur ne s’attarde pas à des illustrations chargées et colorées.  Je voulais qu’il se concentre sur le fil de l’histoire.

 

L’autisme expliqué aux non-autistes : un livre nécessaire

Je suis éducatrice spécialisée et cela fait plusieurs années que je travaille auprès de jeunes ayant le trouble du spectre de l’autisme (TSA). Ces enfants font partie des êtres humains que j’aime le plus. Je vous l’avoue, quand cela concerne des enfants, je tombe facilement en amour, mais j’ai un petit « crush » pour ceux et celles qui ont le TSA. Je crois que cela vient de leurs manières de voir les choses. Je me fais toujours un malin plaisir à essayer de les comprendre et à les interpréter.

Beaucoup de gens de mon entourage me trouvent courageuse de travailler avec ces enfants. Je dirais que c’est moi qui suis chanceuse de les côtoyer et de la preuve de confiance qu’ils me donnent. Je vous dirais qu’il faut beaucoup de patience, d’imagination, mais surtout beaucoup d’amour pour pouvoir travailler avec eux. Parce qu’en fait, dès que tu entres dans leurs univers, il est rare que tu aies envie d’en sortir!

Est-ce que ça fait de moi une experte des autistes? Non, parce qu’on ne parle pas de maladie, on parle d’êtres humains. J’aime que l’on contredise mes idées, mes perceptions. Chaque être humain est unique, et il en est de même avec les TSA. Mes interventions sont alors différentes pour chacun d’entre eux.

Je rêve depuis longtemps de suivre une formation avec Brigitte Harrisson. Pour ceux et celles qui ne le savent pas, Brigitte Harrisson est une travailleuse sociale, mais elle est également autiste. Lors de ses formations, elle parle de ses expériences en tant qu’autiste et c’est aussi ce qu’elle nous partage dans son livre L’autisme expliqué aux non-autistes. Lors de ses formations et dans ce livre, elle est accompagnée de sa fidèle partenaire : Lise St-Charles. L’auteure Kim Thuy, qui collabore avec elles, partage ses impressions, ses expériences et ses sentiments de mère d’un enfant autiste. Le livre ainsi accompagné de leurs expériences et de plusieurs témoignages rend la lecture encore plus pertinente et nécessaire.

L’autisme expliqué aux non-autistes répond à plusieurs mythes qui entourent les TSA. Du genre, est-ce que c’est vrai qu’ils/elles n’aiment pas les contacts physiques (ce sont eux qui me donnent les meilleurs câlins! L’important est qu’ils voient le contact.); est-ce qu’ils/elles ont tous un talent en particulier (non ce n’est pas tous des Rain Man, plusieurs d’entre eux sont accompagnés d’une déficience intellectuelle de différents niveaux.)? C’est justement ce qui rend le livre encore plus important : répondre à tous ces non-dits, pour nous permettre de mieux comprendre. Après son passage à Tout le monde en parle, Brigitte Harrison a déclaré qu’elle voulait, tout comme la communauté sourde, donner un langage aux TSA. Elle souhaite que les TSA soient reconnus pour ce qu’ils sont. Ensemble, les deux femmes tentent tout pour réussir le projet. Elles ont fondé SACCADE, qui aide justement la communauté TSA. Il faut seulement faire attention, la vision de Brigitte n’est pas la seule à tenir en compte. Il ne faut pas croire que parce qu’elle est autiste qu’elle a la vérité absolue. D’autres TSA vivront les choses différemment qu’elle. Sa méthode fonctionne, mais il y en a bien d’autres. Après tout, chaque humain est unique.

Je crois cependant que si vous êtes curieux/ses et que vous souhaitez mieux comprendre le monde des autistes, ce livre est un bon début.

Voici quelques romans (film ou série télé) où l’on retrouve un personnage autiste :

  • La série Millénium de Stieg Larsson et David Lagercrantz : le personnage de Lisbeth Salander est une Asperger. Nous découvrons à partir du quatrième tome un nouvel enfant autiste (qu’elle tentera de protéger), mais nous pouvons constater qu’il est à un autre niveau d’autisme. Tout comme Lisbeth, ce nouveau personnage a un talent particulier : le dessin.
  • Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon : il s’agit de l’histoire d’un jeune autiste qui tente de comprendre ce qui s’est passé avec le chien de sa voisine. Un petit roman charmant.
  • Sherlock Holmes de Sir Conan Doyle : eh oui, notre grand détective serait un TSA du type Asperger! Disons que ça expliquerait peut-être son manque d’empathie ou du moins sa compréhension du monde qui l’entoure.
  • Le Théorème du homard de Graeme Simsion : je ne l’ai pas encore lu, mais je sais que le premier livre de cet auteur a été très apprécié. On découvre un homme qui souhaite découvrir l’amour.
  • Atypical (série télé sur Netflix) : je crois que c’est un peu dans le même principe que le roman Le Théorème du homard, sauf que nous sommes avec un adolescent de 18 ans qui tente de se faire une petite amie. Ce que j’ai beaucoup aimé de cette série est le fait que nous sommes avec sa famille et que l’on découvre comment le personnage vit avec l’autisme.

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Les fileuses conseillent : Quoi faire aujourd’hui au Salon du livre de Montréal (mercredi 15 novembre 2017)

Mercredi, première journée d’ouverture du Salon du livre. Vous pourrez y retrouver une multitude d’activités, de lectures et de rencontres jeunesses ainsi que les très attendus dévoilements des listes préliminaires des prix des libraires du Québec.

Ce qu’on vous propose aujourd’hui: 

 

Le Salon présente : Pour donner le goût du voyage aux jeunes! Rencontre avec Rose-Line Brasset, auteure de Juliette à San Francisco. 
Rendez-vous à 10:00 à la Place TD
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Espace Diversité présente : Un choeur de langues. Le français et la diversité linguistique.
« Animation avec des étudiants du cégep Vanier autour de la langue française et vivre et écrire entre plusieurs langues. Avec H.Nigel Thomas, Marie-Paule Grimaldi et Flavia Garcia.»
Rendez -vous à 11:00 au Carrefour.
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L’Association des libraires du Québec présente : Dévoilement de la liste des finalistes du Prix Jeunesse des libraires du Québec 2018.
Rendez-vous à 12:00 au Carrefour.
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Espace Diversité présente : Géographies de l’imaginaire. Les littératures du monde arabe.
« Lectures et rencontres avec des auteurs québécois d’origine arabe. Découverte des littératures du monde arabe et ces écrivains d’ici qui ouvrent des fenêtres à cet imaginaire riche et complexe. Animé par l’auteur Salah El Khalfa Beddiari. Avec le collectif d’auteurs des Journées de la diaspora et le collectif de traducteurs TAAM-TAÏM. »
Rendez-vous à 14:00 au Carrefour.
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Assistez à l’émission Les éclaireurs d’ICI RADIO-CANADA PREMIÈRE, en direct du Salon.
« L’animateur Patrick Masbourian est entouré de cinq collaborateurs qui présentent chacun trois livres enrichissants en lien avec les thématiques qu’ils abordent à l’émission: Véronick Raymond (société), Gilles Payer (consommation), Stéphane Garneau (anti-consommation), Patrick Dion (technologie) et Denis Fortier (physiothérapie).»
Rendez-vousà 17:00  au studio Radio-Canada du salon du livre.
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Inauguration – L’Association des libraires du Québec présente : Dévoilement des listes préliminaires du Prix des libraires du Québec 2018.
« Annonce par les libraires des listes préliminaires des catégories Roman et Poésie, ainsi que les toutes nouvelles catégories Essai et Bande dessinée du Prix des libraires du Québec 2018.»
rendez-vous à 17:30 au Carrefour.
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Un voyage merveilleux dans le jardin invisible

Il y a de ces livres dans lesquels on a envie de se perdre. Le jardin invisible me fait cet effet-là.

J’ai eu envie de me perdre entre ces pages et de m’évader moi aussi dans le jardin… comme la petite Arianne que l’on suit dans cet album.

Dernière nouveauté des très appréciées Éditions Monsieur Ed, Le jardin invisible raconte le récit de la petite Arianne en visite chez sa grand-mère. Elle ira jouer dans le jardin et sera emportée dans un monde de rêverie et d’imagination. Elle fera la rencontre et la découverte de nombreux mondes lors de cette escapade dans le jardin. Tout en non-dits et en laissant beaucoup de place à l’interprétation et à l’imagination du lecteur.trice, cet album m’a beaucoup plu, non seulement visuellement, mais par la liberté qu’il donne aux enfants de s’approprier le texte.

Couleurs rêveuses 

Les illustrations sont de Marianne Ferrer qui avait aussi signé le très joli Racines, publié aussi chez Monsieur Ed. Elles sont dans les teintes de bleu, de vert, de turquoise et incitent à l’enfance, à la douceur des rêves et de l’aventure. Le texte est signé par Valérie Picard, cofondatrice de la maison d’édition, et il se fond et complète à merveille les illustrations. Ensemble, le texte et les images donnent envie de lire cet album avec lenteur et de laisser les petit.es lecteur.trices imaginer et comprendre ce qu’il.elles désirent.

Ode à la rêverie

C’est une histoire d’enfance qui apporte réconfort, où tout n’est pas dit et expliqué. L’essence est mise sur le plaisir de l’aventure et de la flânerie. J’ai beaucoup aimé cet album aux couleurs magnifiques qui m’a permis de retrouver la belle naïveté des enfants, avec le personnage d’Arianne. J’apprécie toujours quand un éditeur laisse de l’espace aux enfants pour s’approprier l’histoire. De plus, ce genre de lecture incite à la discussion où les enfants sont appelés à s’exprimer sur ce qu’ils.elles ont ressenti, compris, imaginé de ce récit.

Je recommande ce livre aux enfants et aux parents (ou tout simplement aux amoureux.reuses des albums jeunesse tels que moi!) un soir de fatigue… Il s’agit de la lecture parfaite pour tranquillement, au fil des pages, laisser gagner l’imagination, la rêverie et le sommeil…

Et vous, aimez-vous découvrir de nouveaux albums jeunesse? Quel est votre dernier coup de cœur?


Le Fil rouge tient à remercier les Éditions Monsieur Ed pour le service de presse.

Le jeu de la musique : Entrevue avec Stéfanie Clermont

En septembre, notre choix s’est arrêté sur un livre bien attendu de la rentrée littéraire : Le jeu de la musique. Premier roman de l’auteure Stéfanie Clermont, il fût rapidement encensé par la critique et par les lecteur.e.s, avec raison. C’est une magnifique fresque moderne, un juste portrait de notre génération, que nous offre l’auteure. Ce fût, pour nous deux, un coup de cœur que nous avions grandement envie de partager, malgré la rapide popularité de celui-ci – c’est toujours un risque à prendre lorsqu’on choisi des nouveautés pour les coffrets.

Voici l’entrevue que nous avons réalisée avec Stéfanie Clermont.

Composé d’une trentaine de nouvelles, Le jeu de la musique est qualifié de roman par nouvelles. Comment expliquez-vous cette appellation?

Il s’agit plutôt d’un livre de nouvelles interreliées, ou de ce qu’on appelle en anglais un short story cycle. J’ai écrit le livre comme ça d’abord parce que le genre littéraire de la nouvelle me parle beaucoup et que je compte plusieurs auteurs de nouvelles parmi mes auteurs préférés : Lorrie Moore, Alice Munro, Raymond Carver. C’est une forme qui permet de multiplier les vérités et de jouer avec la distance de la narration. Par exemple, une des histoires se déroule le matin du suicide de Vincent. Je ne sais pas comment il se sent le matin de son suicide, mais je peux imaginer ses gestes, puisque j’ai appris à connaître mon personnage au fil de l’écriture. J’ai donc écrit cette histoire-là à la troisième personne, et dans un style plus descriptif, tandis que d’autres histoires sont à la première personne. Le personnage de Vincent n’est pas un narrateur, c’est l’ami des narratrices, mais je voulais aussi passer du temps avec lui quand il est seul, au plus profond de sa détresse, et jusqu’au matin de sa mort.

Je saute aussi du présent au passé composé selon les histoires, et de la nouvelle classique au poème en prose. Certaines histoires font une page, d’autres presque cinquante. J’ai varié la longueur et le style des nouvelles pour donner son rythme et son relief au livre, pour laisser le lecteur respirer après une longue plongée. J’écris parfois sur un ton cérébral et sardonique, d’autres fois les textes viennent directement du cœur. Les personnages se connaissent tous, ou en tout cas il y a des liens entre tous les personnages du livre, mais tous ne savent pas les mêmes choses. En écrivant une nouvelle, j’entre dans une cuisine au milieu d’une conversation, je révèle ce que je veux révéler, et je construis une histoire qui n’a pas besoin des autres histoires du livre, mais qui vient l’enrichir et qui est enrichie par elles. Je crois aussi que je me suis développée en tant qu’auteure en travaillant la forme de chaque nouvelle, avant d’en venir à les agencer et à les travailler encore pour donner une forme à l’ensemble du livre.

 

La liberté, le désir de vivre et la difficulté de s’épanouir sont au cœur de vos nouvelles et de vos personnages. En quoi ces thèmes vous inspirent-ils?

La tension constante entre le désir de vivre et le désespoir est la définition même de ce qui me pousse à écrire. Ça ne m’intéresse pas d’être cynique, ça ne m’intéresse pas de me refermer sur moi-même. L’écriture est ma façon de dire la vérité sur mon expérience de la vie sans parler de moi comme d’un cas particulier. Plus je creuse dans les détails des expériences, plus je découvre du matériel de fiction, avec des personnages et des situations qui ne sont pas des calques de ma vie, mais que je ressens profondément. C’est ma façon de briser l’isolement, de ressentir et d’offrir de la passion.

Les quatre femmes qu’on suit au fil des nouvelles, Céline, Sabrina, Julie et Kat, ont des amitiés complexes et sont toutes féministes. En quoi l’amitié vient-elle les sauver ou mettre un baume sur leurs épreuves?

Elles ont une compréhension commune du monde, elles peuvent compter les unes sur les autres. Cependant Céline et Sabrina ont évolué dans un milieu politique où l’idéologie n’est pas toujours accompagnée de sensibilité, de nuances, et elles font des erreurs, comme tout le monde. Elles ont délaissé Julie parce que celle-ci ne s’intéressait pas comme elles à la révolution. Céline clame haut et fort ses idées féministes, mais elle n’arrive pas tout à fait à appuyer sa colocataire Kat dans sa guerre contre une propriétaire raciste et pleine de préjugés envers les mères monoparentales, une réalité que Céline ne peut pas comprendre.

Au fil du livre, et en réaction au suicide de Vincent, Sabrina, Julie, Céline et Kat comprendront que l’amitié est ce qu’elles ont de plus précieux, et qu’il y a quelque chose de très subversif dans le fait de prendre l’amitié au sérieux. Dans « L’employée », Sabrina déplore que ses amies disparaissent une à une sous des montagnes de relations de couple et d’études universitaires ; en même temps, elle-même se réfugie dans une histoire d’amour impossible et se déteste d’avoir abandonné ses études, de ne pas s’épanouir par le travail. Dans un monde où les relations de couple, la carrière et les études sont les marqueurs les plus puissants du statut social, celles qui ne s’y retrouvent pas ont besoin d’autre chose. Cette autre chose, pour mes personnages, c’est la nature, c’est l’art, c’est la révolte – mais c’est surtout l’amitié, ou l’amour qui déborde de la forme du couple.

Il y a dans vos nouvelles un regard sincère sur les épreuves traversées par vos personnages et leur difficulté à s’épanouir, à devenir adultes (ou à réaliser leurs buts de jeunesse). Pensez-vous que ces thèmes sont propres à notre génération ou qu’au contraire, toute génération est habitée d’un grand désir de liberté?

Je ne peux pas parler au nom de tous ceux qui ont mon âge, et je ne sais pas à quel point les réalités de mes personnages s’appliquent aux plus vieux ou aux plus jeunes. C’est sûr que pour les gens de ma génération, les idéaux de carrière et de stabilité économique que nous ont fait miroiter les générations précédentes ne se matérialisent que rarement, et je pense que c’est assez commun de se sentir inaccompli en se comparant à nos parents quand ils avaient notre âge – en même temps, je parle ici d’un idéal de la classe moyenne, qui ne s’applique tout simplement pas aux personnes issues de la classe ouvrière, dont les parents ont toujours travaillé fort et eu des emplois difficiles. Mon père était le premier de sa famille à fréquenter l’université. Il a entamé à vingt-deux ans une carrière qui durerait plus de trente ans et, à vingt-quatre ans, ma mère et lui étaient propriétaires d’une maison. Cette situation est impensable pour moi, à cause des raisons qu’on connaît, l’explosion de l’immobilier, l’érosion du filet social, etc. Mais je tiens aussi à dire que les personnages de mon livre appartiennent à un milieu politique particulier, où ils ont développé une définition de l’épanouissement qui leur est propre : ils aimeraient voir le capitalisme s’effondrer et le Canada se décoloniser, créer des communautés solides et autonomes, subvertir les rapports de genre, désapprendre le racisme, cultiver des légumes et se guérir par les plantes. À vingt ans, ils trouvaient ça réaliste et ils étaient enivrés par l’idée d’essayer. À l’aube de la trentaine, leurs convictions politiques se brouillent un peu, ils sont fatigués. Ils en sont à chercher à la fois l’approbation de la société et une façon, si elle existe, d’en sortir enfin.

Comment s’est déroulé votre processus créatif? Les nouvelles ne sont pas présentées en ordre chronologique, de quelle façon avez-vous écrit et choisi l’ordre de celles-ci?

Au début, il n’y avait pas d’idée d’ensemble. J’ai rassemblé les textes et les poèmes que j’avais griffonnés au cours des trois ou quatre dernières années et je les ai tapés à l’ordinateur. Puis, je me suis donné un régime d’écriture assez strict, où j’écrivais tous les jours en me forçant à avancer même si je n’aimais pas ce qui sortait. J’ai fait lire un recueil d’une cinquantaine de pages à quelques amis en leur demandant de me faire des commentaires. Ceux-ci m’ont aidée à voir les thèmes à creuser. À la deuxième écriture, j’ai séparé les textes de façon assez didactique, par thème. C’est cette version que j’ai envoyée au Quartanier. À la suggestion des éditeurs, j’ai ensuite approfondi et rallongé certaines histoires et j’ai ajouté d’autres poèmes en prose. À cette étape-là, mes personnages ont comme pris vie et j’ai écrit des choses que je ne me rappelle pas avoir écrites, comme guidée par eux. Avec l’aide de mon éditrice, Alexie Morin, j’ai réorganisé les textes selon un ordre plus organique, et je suis très heureuse du résultat. Il y a une résolution à la fin du livre, et je pense qu’il va en s’approfondissant, même si l’âge des personnages saute de l’adolescence à l’âge adulte à l’enfance jusqu’à la fin.

Le suicide de Vincent est l’un des événements les plus fondateurs du récit de ce groupe, il crée des liens entre les différentes nouvelles, pourquoi avoir choisi ce drame comme point d’ancrage pour raconter la vie du groupe?

Le suicide est l’envers du livre, et en même temps son thème principal. Les amies de Vincent ne se demandent pas : pourquoi ? en apprenant la nouvelle. Elles sont profondément blessées par sa mort, mais elles comprennent pourquoi, et le livre est une réflexion là-dessus : je comprends pourquoi, et pour moi la vie, ou le désir de vivre, n’est pas tant le contraire du suicide qu’une façon de voir le monde, de creuser dans les souvenirs et la violence jusqu’au point où on comprend très bien que la vie, ça donne envie de mourir. Pour moi, il n’y a pas d’autres façons d’avancer. Je ne peux pas vivre, je ne peux pas guérir en essayant de me convaincre que le viol, l’abus, la domination, ce n’est pas si pire que ça, ou qu’il suffit de ne pas y penser. Je ne peux vivre qu’en me disant : oui, c’est si pire que ça. Je vais aller au fond des choses, je vais rencontrer celles qui ont vu la mort et qui sont encore ici, et je vais leur confirmer que ce qu’elles ont vécu, ça donne en effet envie de mourir, mais que si elles veulent rester, je reste moi aussi.

 

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Manikanetish : le retour aux sources d’une enseignante dans une école d’Uashat

La rentrée littéraire est pour moi synonyme de multiples tergiversations en librairie afin de décider quels livres parmi les nouveautés je choisirai comme compagnons de lecture pour les prochaines semaines. Il y a par contre des livres comme Manikanetish qui s’imposent d’emblée dès que je les aperçois. Plusieurs raisons expliquent pourquoi le nouveau roman de Naomi Fontaine a attiré mon attention : 

  • Le premier roman de Naomi Fontaine, Kuessipan, m’avait beaucoup plu;
  • J’ai à cœur d’encourager Mémoire d’encrier, une maison d’édition qui ose publier des auteurs aux profils diverses;
  • Une libraire avec laquelle je partage plusieurs affinités côté lectures me l’a recommandé;
  • Le livre dépeint une réalité qui mérite grandement d’être connue selon moi;

Bref, si les raisons qui m’ont amenée à me procurer ce livre sont nombreuses, de nombreuses raisons m’incitent également à encourager les lecteurs du blogue à en faire la lecture.

Manikanetish, La Petite Marguerite

Manikanetish, c’est le nom d’une école située sur la réserve indienne d’Uashat sur la Côte-Nord. Le roman porte ce titre, car il raconte l’année scolaire de Yammie, une enseignante innue qui quitte la ville de Québec pour retourner vivre dans son village natal et enseigner dans cette école. Le livre est divisé en courts chapitres et chacun de ceux-ci aborde une anecdote ou un épisode de ce retour aux sources et de cette année scolaire auprès d’étudiants du secondaire.

À son arrivée,  Yammie se sent étrangère devant cette bande d’adolescents à qui elle doit enseigner, mais, petit à petit, elle prend sa place auprès de ses élèves alors qu’elle apprend à composer avec leurs différentes réalités qui sont parfois assez dures.

Par contre, ce roman n’est pas uniquement le portrait des élèves d’une classe de secondaire et, c’est en grande partie ce pourquoi j’ai apprécié ma lecture. Yammie, qui est aussi la narratrice, pose un regard sur ses élèves, mais elle nous partage également ses doutes et ses craintes. En fait, ce roman, c’est également l’histoire d’une jeune femme qui revient dans sa communauté et qui apprivoise de nouveau la vie au sein de celle-ci.

Depuis l’embauche nouvelle, j’avais sur-répété mon introduction. Leur parlant d’une voix claire de mes années d’études, de ce qui m’avait guidée dans le domaine de l’éducation. Et de mon retour ici à Uashat. Je ne leur dirais pas ce qu’il aura fallu céder. Ni la peur de ne pas être reconnue chez moi. Je leur cacherais mes craintes de début de carrière, mes incertitudes, mon manque de confiance. Et je ne leur parlerais pas en innu. À cause de ma mauvaise syntaxe, de mon accent de Blanche.

Ce roman est aussi pour moi un puits de lumière puisqu’il ne se contente pas de relater les épreuves que les jeunes de la communauté doivent traverser, il démontre également leur courage et leur détermination. Alors que ce sont souvent les aspects plus sombres de la vie au sein des communautés autochtones qui sont relatés, j’ai aimé que l’autrice révèle ces jeunes inspirants qui ont su la surprendre à plusieurs reprises par leur esprit de solidarité et leur désir de persévérer. Bien qu’il ne faille pas fermer les yeux sur les problèmes qui affligent les communautés autochtones, pour faire tomber les préjugés, il est bien de faire ressortir le côté humain et de démontrer que la voix des jeunes de ces communautés mérite d’être entendues.

Le seul reproche que j’ai à adresser à ce livre est que je l’ai trouvé beaucoup trop court. Au moment de le terminer, j’aurais aimé que la lecture se poursuive encore pendant plusieurs pages. Ceci dit, comme le propos est intéressant à lire et que le roman est court, la lecture de ce livre peut facilement s’insérer entre deux autres. Dans cette optique, il serait dommage de vous en priver.

 Et vous, quels courts livres se trouvent parmi vos préférés?