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Mes découvertes théâtrales à l’université (Partie 1)

J’étudie à l’université en écriture de scénario et création littéraire, ce programme bi-disciplinaire est constitué à 50% de cours orientés vers la littérature, puis l’autre moitié vers le cinéma. Lors de mes cours de littérature, je me suis principalement dirigée vers les cours de dramaturgie pour les cours à choix. À mon plus grand plaisir, je suis tombée en amour avec le genre, je trouve que l’évolution de cette forme d’écriture est passionnante. Dans cet article je vous présente mes coups de cœur à travers mes découvertes théâtrales au cours de mon bac.

La mouette de Tchekhov

De tout ce que j’ai lu de littérature russe, j’en ai toujours apprécié la lecture. Il n’est donc pas étonnant que La Mouette d’Anton Tchekhov soit l’œuvre dramaturgique que j’ai le plus appréciée au cours de mon parcours scolaire jusqu’à maintenant. C’est une histoire de famille, une histoire de triangle amoureux, une histoire de passion. L’art devient le nœud de l’histoire, chacun aspire à se découvrir et réussir de leur passion. Nina veut devenir actrice, Treplev cherche la reconnaissance de sa mère et Trigorine, auteur populaire, est le plus grand critique de ses œuvres. La mouette devient un symbole de l’histoire. J’ai tout simplement adoré ma lecture, elle est riche au niveau du contenu; l’auteur créé une critique sociale du statut de l’auteur et de l’art. Puis, la prose du texte se distingue par la richesse des métaphores.

« Une jeune fille passe toute sa vie sur le rivage d’un lac. Elle aime le lac, comme une mouette, et elle est heureuse et libre, comme une mouette. Mais un homme arrive par hasard et, quand il la voit, par désœuvrement la fait périr. Comme cette mouette »

Drames de princesses, La jeune Fille et la Mort de Jelinek

L’auteure de La Pianiste, transforme dans ce recueil, cinq pièces inspirées de personnage que l’on connaît, ayant existé ou non. Blanche-Neige, La Belle au bois dormant, Rosamunde, Jackie et Le Mur, sont des pièces originales et extravagantes. La Belle au bois dormant et Jackie, sont les deux pièces que j’ai le plus appréciées du recueil. La Belle au bois dormant se différencie énormément du conte original. Il faut la lire pour le comprendre. Des costumes de lapin sont intégrés et le caractère sexuel est constamment présent, car le prince veut sexuellement posséder celle qui vient de se réveiller. La pièce est choquante, mais intéressante. Jackie est une pièce complètement différente. C’est un long monologue de Jackie Kennedy, à l’approche de la mort. Elle explique l’importance de ses vêtements et comment ils contribuent à ce qu’elle est. Le tout est divinement bien écrit.

« Mes vêtements étaient plus individuels que mes paroles, vous comprenez, alors qu’ils n’étaient que lignes, la forme fondamentale, tout cet apparat n’était qu’artifice, sobre, essentiel. » (Jackie)

Don juan revient de la guerre de von Horváth

J’ai déjà consacré un article complet à cette pièce, mais je trouve important de l’intégrer dans cet article, car il fait définitivement partie de mon palmarès des meilleurs œuvres dramatiques que j’ai lues à ce jour au cours de mon bac. C’est une pièce qui raconte l’histoire de Don Juan qui revient de la guerre. Il fait face à une société complètement changée et se retrouve dans l’impossibilité de s’y adapter. Il se retrouve dans un néant de nouveauté et fait face à son passé, un amour perdu. Teintée d’expressionnisme, cette pièce fait remonter à la surface les défauts humains. C’est la création d’un mythe désenchanté.

« Il est toujours malade, sinon il serait déjà là. Il écrit qu’il a été gravement blessé et qu’alors seulement il a senti que l’on n’appartient qu’à une femme. C’est ça, monsieur avait peur de l’enfer et s’est promis de tout réparer. »

Voici donc trois de mes six coups de cœurs d’œuvres dramaturgiques que les professeurs de mes cours de théâtres m’ont ‘’obligée’’ à lire. Je tiens tout de même à prendre le temps de mentionner que l’œuvre de Jelinek est la seule œuvre d’une femme qui m’a été permis d’étudier jusqu’à maintenant dans mes cours de théâtre. J’aimerais voir plus de diversité dans le corpus d’œuvres à étudier, plus de femmes, car elles sont définitivement présentes dans la sphère théâtrale, et je crois qu’il est primordial qu’on leur accorde leur importance.

Avez-vous également des coups de cœurs littéraires que l’école vous a fait découvrir?

The mother of all questions : Le féminisme de Rebecca Solnit

Rebecca Solnit, c’est un peu ma découverte de 2017. Je la trouve intelligente, posée, nuancée et tranchante à la fois. Elle m’impressionne sans cesse par sa prose et par la manière excessivement intéressante qu’elle a de mélanger histoire, actualité, statistiques, faits, art, littérature, environnement, politique, sociologie et j’en passe. Bien que je sois loin d’avoir lu l’ensemble de son œuvre, elle a quand même 17 livres à son actif, je crois quand même pouvoir affirmer qu’elle est une essayiste et une auteure fascinante qui mérite d’être lue.

J’étais donc bien heureuse de retrouver sa plume dans son tout dernier essai : The mother of all questions, présenté comme une suite à son plus populaire — et controversé — livre qui popularisa le terme « mansplaining » : Men explain things to me.

Une suite logique

The mother of all questions est véritablement une suite au premier recueil d’essais féministe de Solnit. On y retrouve le même ton, le même humour, les mêmes thématiques. Très souvent, l’auteure s’attarde à la violence faite aux femmes. Au viol, à la violence conjugale et, plus particulièrement, aux attentats et fusillades volontairement dirigés contre les femmes. Disons que ce n’est pas très léger, quoique très nécessaire. Elle réussit à analyser le tout de manière pragmatique tout en infusant chacun des textes d’émotions.

Parmi les autres thématiques abordées par l’auteure, on retrouve un essai sur le silence, sur le choix d’être mère ou non — d’où le titre du livre — sur l’histoire derrière les « blagues » de viol et sur la masculinité fragile chez certains hommes. Chacun des textes porte à réflexion et, une fois de plus, le côté politique est omniprésent. Solnit s’en prend aux institutions qui perpétuent les fautes ou n’osent pas prendre les devants dans des cas de viols, elle s’en prend à nos perceptions, en tant que société, à l’effet de groupe qui empêche parfois de dénoncer.

Encore plus que dans son premier livre, j’ai été fascinée par chacun des textes. Parfois difficiles à lire, de par la dureté des sujets, ils sont tous intéressants, intelligents et même très drôles par moments.

La place des hommes

Au début, j’ai été un peu prise de court par les propos de Solnit. À certains moments, j’avais l’impression qu’elle regrettait presque certains de ses propos parfois durs envers les hommes et qu’elle cherchait à se rattraper en les incluant dans ses textes, de manière plutôt maladroite. Est-ce que je me trompe dans ma perception? Je ne saurais dire. J’ai simplement l’impression qu’elle a senti, au début, le besoin de justifier la présence des hommes comme allié féministe. Peut-être voulait-elle simplement mettre les cartes sur table en parlant des Aziz Ansari de ce monde qui prennent aussi parole contre la violence faite aux femmes et qui sont sensibles et conscients des différentes violences — sous maintes formes — auxquelles font face les femmes, au quotidien.

En même temps, fidèle à elle-même, elle reste intransigeante envers l’absurdité de phénomènes sociaux culturels tels que le mot-clic #notallmen, la controverse du gamegate, les blagues sur le viol, les boysclubs et autres effets de masse du genre.

Un rappel sur le mansplaining

Vers la fin de son livre, Solnit propose deux essais sur les hommes et la littérature. Je me suis régalée de ses propos sur les grands auteurs, la littérature « des femmes » et sa critique du roman Lolita, de Nabokov.

Le premier est un essai répondant à un texte, paru dans le magazine pour homme Esquire, qui propose la liste des 80 livres que tout homme devrait lire. Elle critique le fait que seulement 1 de ces 80 livres est écrit par une femme et que l’article pourrait tout aussi bien s’appeler « 80 livres que les femmes ne devraient pas lire ». C’est d’ailleurs ainsi qu’elle a nommé son propre texte.

Le second essai reprend le même sujet, à la suite des critiques négatives qu’elle a reçues après la publication de 80 books no woman should read. Elle affirme que, après la parution de son contre argument, plusieurs hommes ont essayé de lui expliquer en quoi Lolita n’était en fait qu’une métaphore et qu’elle ne comprenait clairement pas l’essence du livre, qu’elle n’avait pas véritablement droit à sa propre analyse. Du beau mansplaining quoi!

En réponse à tout le backlash qu’a créé son article, elle écrit :

When I wrote the essay that provoked such splenetic responses, I was trying to articulate that there is a canonical body of literature in which women’s stories are taken away from them, in which all we get are men’s stories. And that there are sometimes books that not only describe the world from a woman’s point of view but inculcate denigration and degradation of women as cool things to do.

Bref, sa vision est juste et ses opinions bien documentées, il n’y a pas de doute. Solnit sait de quoi elle parle et elle sait comment bien mettre ses propos en mots. J’ai vraiment aimé le fait que les deux essais se répondent de manière aussi claire. Lorsqu’on les met l’un à la suite de l’autre, 80 books no woman should read et Men explain Lolita to me servent d’exemples concrets qui prouvent tout ce que Solnit essaie de dénoncer, l’effet est frappant.

You read enough books in which people like you are disposable, or are dirt, or are silent, absent, or worthless, and it makes an impact on you. Because art makes the world, because it matters, because it makes us. Or breaks us.

 

Et l’intersectionnalité? 

S’il y a bien quelque chose qui diffère entre Men explain things to me et The mother of all questions, c’est la place que Rebecca Solnit semble faire à l’intersectionnalité des luttes. Ses textes sont un peu plus inclusifs et prennent plus en compte du vécu des femmes racisées, des luttes de classes et des différents emboîtements possibles entre sexisme, racisme, homophobie et autres. Ça n’en reste pas moins le point de vue d’une femme blanche éduquée et privilégiée, n’empêchant par contre pas la pertinence et l’importance de ces propos.

The mother of all questions est donc véritablement une suite logique à Men explain things to me et comme toute bonne suite réussie, son dernier recueil d’essais a évolué, est devenu encore plus tranchant et nuancé — je ne comprends pas comment elle peut être ces deux choses, aussi bien, à la fois — The mother of all questions est, à mon avis, encore meilleur et plus complet que le précédent — qui était déjà très intéressant. Ça donne le goût de s’y plonger, non?

Je vous conseille donc les deux essais féministes de cette auteure si vous cherchez des textes qui portent à réfléchir et à s’affirmer davantage dans une posture féministe.

Connaissez-vous Rebecca Solnit? Avez-vous envie de lire ses essais sur le féminisme?

Club de lecture : Les faux mouvements

Mardi soir, le 17 octobre.

17h30, au café La graine brûlée, il fait déjà presque noir à l’extérieur. Peut-être dit-on ça de chaque endroit – signe qu’on choisi bien nos cafés – mais La graine brûlée est vraiment l’un des cafés les plus plaisants pour y tenir un club de lecture. Entourées de livres usagés tous un peu plus drôle les uns que les autres – si vous voulez tous les livres de Twilight, c’est LA place – c’est dans cette ambiance un peu loufoque qu’on se retrouve donc pour parler de notre second livre de la session, Les faux mouvements de Emmanuel Bouchard.

Les qualificatifs qui ressortent pour parler du recueil de nouvelles de Bouchard sont : doux, sensible, atmosphère, émotions. Bref, on aurait pu aussi résumer en disant que c’est un roman qui se lit bien en automne. Du moins, c’est l’effet qu’il nous a fait. De la couverture aux diverses nouvelles, c’est vraiment cette attention aux détails et cette douce sensibilité dont fait preuve l’auteur qui a capté l’attention des participantes.

Alors, est-ce que tout le monde a aimé? Oui, non, entre les deux, un peu tout ça. Toutes s’entendent pour dire que c’est un recueil de nouvelles axé sur les émotions, que l’auteur réussit rapidement à capter et faire vivre au lecteur l’émotion et l’atmosphère recherchées. Par contre, on ne peut pas dire que l’ensemble des nouvelles a plu. Certaines ne se sont pas retrouvées du tout dans les différents textes. Alors que certaines nouvelles ont semblé faire l’unanimité, la plupart avaient des opinions divergentes sur leur appréciation des textes. C’est bien, c’est ce qui crée d’intéressantes conversations.

C’est surtout les perceptions et le propre bagage que chacune apportait à leur lecture qui a permis une appréciation différente de chacun des textes. En effet, nous en sommes venues à la conclusion que c’est le type de lecture qui laisse certains flous dans lesquels on peut facilement y mettre notre propre bagage, nos propres a priori et perspectives. En même temps, il y a, dans les émotions dépeintes, une certaine universalité à laquelle nous avons toutes pu nous rattacher.

Dans Les faux mouvements on retrouve, à chaque début de nouvelles, de petites citations qui ont beaucoup plu aux participantes. « Elles campent bien ce qui va se passer dans chacun des textes », dit l’une d’elle. Et en parlant de nouvelles, plusieurs ont trouvé que nous n’étions pas du tout dans la forme classique des nouvelles (du type chute), mais plutôt dans des moments desquels nous sommes témoins.

Finalement, nous en sommes venues à la conclusion que c’était une belle lecture, même si elle ne nous avait peut-être pas marqué longuement après avoir refermé le livre. Par contre, la plume de l’auteur et son talent à nous faire rapidement entrer dans chacun des textes valaient le détour.

Nous ne pouvons terminer sans parler du titre, de sa signification et du lien avec les divers textes. Ces « faux mouvements » sont ce qui enrichit la vie, ils sont comme le fil conducteur qui passe à travers chacun des textes, ce sont comme les écarts qui nous apprennent, qui font la vie. C’est un peu tout ça à la fois qui est ressorti de notre étude du titre qui, de l’avis de plusieurs, représente bien chacun des moments mis en mots par l’auteur.

« Ce n’est pas un livre qui se consomme, mais qui se savoure. »

Cette phrase de l’une des participantes permet, à notre avis, de conclure de bien belle façon notre rencontre avec Les faux mouvements de Emmanuel Bouchard.

Notre prochaine lecture : Animitas de Nicholas Dawson.

Nos suggestions d’essais québécois pour le mois de novembre du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un essai? «L’essai est un texte qui propose une réflexion, il expose, analyse. Il se distingue aussi du traité scientifique ou de vulgarisation : le savant y reste dans le cadre de ce qu’il a étudié. L’essayiste, lui, s’interroge même sur des sujets qui se situent hors de sa spécialité.» – Jaimelefrançais.org

Je vous l’avoue, je ne suis pas portée à me procurer ou à lire des essais. Cependant, avec le temps, j’essaie de varier mes lectures, c’est pourquoi j’essaie de lire de plus en plus d’essais féministes.

Les suggestions / lectures des fileuses : 

  • Je compte lire Tenir tête de Gabriel Nadeau-Dubois, tout simplement parce que ça fait des années qu’il est dans ma bibliothèque.
  • Andréanne Lauzon conseille Les libéraux n’aiment pas les femmes, Aurélie Lanctôt/ Maternité, la face cachée du sexisme, Marilyse Hamelin/ Dans l’oeil du pigeon, Luc-Alain Giraldeau
  • Stephanie Pronovost conseille le recueil d’essais Fuck le monde, de Simon-Pierre Beaudet
  • Louba-Christina Michel conseille la série des documents de Nouveau projet.
  • Roxanne Kègle Demers propose, pour une introduction aux notions de consommation responsable : Acheter c’est voter de Laure Waridel; pour approfondir sa réflexion féministe : Dictionnaire critique du sexisme linguistique, collectif sous la direction de Suzanne Zaccour et Michaël Lessard. De son côté, ce mois-ci elle lira Le principe du cumshot de Lili Boisvert.
  • Martine conseille : Le bal des absentes d’Amélie Paquet et Julie Boulanger, un essai sur la place des écrivaines en littérature. De son côté, elle lira ce mois-ci Je mange avec ma tête d’Élise Desaulniers, un essai sur l’éthique alimentaire et Faire partie du monde, réflexions écoféministes publié aux Éditions Remue-Ménage sur l’écoféminisme.
  • Marjorie conseille : Tout ce qui provient de chez Atelier 10 dans la collection document !! Elle a justement bien hâte de mettre la main sur l’essai de Jean-Martin Aussant; La fin des exils.  Sinon, parmi ses suggestions se trouvent Un présent infini de Raphaëlle Germain, Les luttes fécondes de Catherine Dorion, La vie habitable de Véronique Coté et Second début de Francine Pelletier.

Et vous, quel sera votre lecture ?

Ce qu’on a lu comme première parution pendant le mois d’octobre #Jelisunlivrequébécoisparmois

J’espère que vous avez profité de la rentrée littéraire et de notre défi de lire «une première parution» pour vous faire le cadeau d’un nouveau livre. Il y a tellement de nouveaux livres qui sont sortis cet automne que c’était difficile de ne pas tout acheter.

Je dois vous avouer qu’au moment où j’écris ces lignes j’en suis à la moitié de ma lecture du Coeur de Berlin de Élie Maure. Je suis assez satisfaite de ce choix. Je sens que j’en suis à un point où l’intrigue va devenir encore plus intéressante. On me l’a vendu comme un roman avec une histoire de secret de famille et ça me plaît ! C’est un de ces livres qui se lit rapidement et avec plaisir, malgré qu’on sait qu’il y a une couverture remplie de tristesse dans cette histoire. J’ai hâte d’en découvrir davantage !

La lecture de Martine

De mon côté, ce mois-ci, j’ai lu le premier roman de Joanne Gauthier, Le Cri des oies. Il s’agissait d’ailleurs de notre livre du mois pour le coffret littéraire mensuel d’octobre. C’est un livre que j’ai lu les yeux humides tellement il m’a émue. Joanne Gauthier raconte la perte de son mari et du père de son fils. Elle offre ce roman à son fils qui a perdu son père beaucoup trop jeune. C’est une oeuvre touchante, merveilleusement bien écrite, pleine de tendresse, de lumière et de résilience. Je vous le recommande fortement. N’oubliez pas vos mouchoirs, par contre 🙂

La lecture de Marjorie

Comme Martine, j’ai aussi lu Le cri des oies, dans lequel j’ai pleuré de la première à la dernière page et ceci n’est même pas une exagération. Mon but était de lire De bois debout, dont je n’ai entendu que de bonnes choses, mais je n’ai pas pris le temps de le faire ce mois-ci. Par contre, j’ai lu Brasser le Varech de Noémie Pomerleau-Cloutier et Calamine de Mélanie Jannard, deux premières parutions en poésie. J’y ai découvert deux plumes bien différentes, propres à chacune, qui, surtout, m’ont permise de me familiariser un peu mieux avec la poésie d’ici.

Quels ont été vos achats et vos lectures pour ce mois d’octobre ?

Le fil rouge; Le fil rouge lit; Bibliothérapie; Lecture; Livres; Les livres qui font du bien; Littérature; Ann Swidler; Talk of love; Chick lit; Répertoire

L’importance de diversifier ses références culturelles

Ai-je lu trop de romans d’amour?

Dès mon plus jeune âge, ma mère m’a traînée dans les bibliothèques et je suis rapidement devenue une avide lectrice. Je lisais de tout, j’étais curieuse de tout, avec une préférence pour les romans à saveur historique. Plus tard, lorsque j’étais adolescente, j’ai lu une grande quantité de romans d’amour. Mes préférés étaient ceux où le gars mourait à la fin, me laissant seule à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je ne me lassais pas de ces romans, j’étais absolument fascinée par l’idée que deux personnes puissent se rencontrer et qu’elles soient vraiment faites l’une pour l’autre. Statistiquement parlant, quelles sont les chances?!? Pourtant, immanquablement, l’héroïne rencontrait l’amour de sa vie. C’était comme si la maxime de ma grand-mère, chaque chaudron trouve son couvercle, se réalisait à chaque fois. Plus tard, je me suis souvent demandé si tous ces romans d’amour ne m’avaient pas tourné la tête, me donnant une idée irréaliste de l’amour et des relations de couple.

Comment les livres influencent-ils vraiment leurs lecteurs?

C’est ce questionnement qui m’a amenée à travailler en sociologie de la littérature. Je cherchais et cherche encore à mieux comprendre l’influence que les livres peuvent avoir sur un groupe. Je me suis particulièrement intéressée aux romans de chick lit (comme Le journal de Bridget Jones, par Helen Fielding, L’accro du shopping, par Sophie Kinsella ou Soutien-gorge rose et veston noir par Raphaële Germain). Ces romans sont écrits par des femmes et pour des femmes. Ils mettent en scène des personnages féminins dans la trentaine avec de belles carrières, qui cherchent l’amour. Ce sont des personnages imparfaits et souvent maladroits. Les critiques ont été très dures à l’égard de la chick lit, la décrivant comme une littérature peu sérieuse, avec des intrigues faibles. Plusieurs iront jusqu’à dire que la chick lit a une influence néfaste sur ses lectrices. Pourtant, les romans d’amour, et particulièrement la chick lit, sont parmi les plus populaires, les meilleurs vendeurs en librairie et plusieurs de ces romans ont été portés au grand écran. Il m’apparaît alors improbable que toutes les lectrices de chick lit réagissent de la même façon et soient influencées de la même façon.

Le concept de répertoire

C’est en cherchant à mieux comprendre la popularité de la chick lit et l’influence qu’elle peut avoir sur ses lectrices que j’ai découvert la notion de répertoire d’Ann Swidler dans son ouvrage Talk of Love. Le concept est simple, mais au combien illuminant! Voici, simplement : à travers l’ensemble de ses lectures, chaque individu se construit une banque de réactions possibles pour diverses situations. Un peu comme un musicien construit un répertoire de pièces de musique pour diverses occasions. Ainsi, lorsqu’un événement arrive et demande une réaction, l’individu peut choisir dans son répertoire la réaction qu’il trouve la plus appropriée, comme le musicien choisi la pièce la mieux adaptée à la circonstance. Cette façon d’aborder la littérature permet d’évacuer complètement la question de bonne ou de mauvaise influence, pour se concentrer sur l’autonomie du lecteur. Ainsi, l’enjeu ne réside pas dans l’interdiction de livres qui sont jugés comme ayant une mauvaise influence, mais plutôt de s’assurer que le lecteur aura accès à plusieurs modèles, afin qu’il puisse choisir ce qu’il veut comme modèle et bâtir un répertoire varié.

Dans cette perspective, il n’est pas nécessaire d’interdire les histoires de princesses aux petites filles; il suffit de leur montrer que c’est une possibilité parmi tant d’autres. Être exposé à une grande variété littéraire permet d’avoir une meilleure connaissance de tout ce qui s’offre, mais aussi d’être plus critique face à ce qu’on lit. On peut alors prendre certaines de nos lectures ou de nos personnages préférés comme modèles, les autres seront rejetés ou pris comme un simple divertissement.

Bref, tous les romans d’amour que j’ai lus ne m’ont pas tout à fait tourner la tête, parce que je lisais plein d’autres choses en même temps, je pouvais faire la part des choses, prendre ce qui me plaisait bien et rejeter ce que je trouvais absurde. Alors lisez autant de chick lit qu’il vous plait, mais allez aussi voir ce qui se fait ailleurs!

Club de lecture : L’autre moitié du soleil

Dimanche 22 octobre 2017

Pour une seconde fois en 24 heures, nous nous retrouvons au café Chez l’Éditeur. C’est toujours un plaisir de nous retrouver dans ce café lumineux, entouré de livres, sur cette grande table de bois autour de laquelle les discussions coulent de soi.

Cette fois-ci, pour notre seconde séance de notre club féministe, nous sommes en effectif réduit, à quatre autour de la table et nous nous demandons bien comment nous allons meubler notre temps. En plus, les deux participantes n’ont pas terminé le livre du mois. C’est des choses qui arrivent, surtout lorsqu’on donne à lire un livre de 660 pages tel que L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie.

On profite du petit groupe pour se payer la traite avec les plus gros breuvages chauds possible, parfait pour la clémente température d’automne. On se rappelle qu’en septembre, lors de notre première rencontre, on était en pleine canicule.

Considérant les lectures non terminées nous décidons de changer notre première question habituelle — qu’en avez vous pensez? – pour comprendre ce qui a poussé les participantes à mettre de côté le livre.

Pour l’une, le roman de Chimamanda est plutôt lourd pour ses envies littéraires du moment — à noter qu’on y parle de la guerre civile du Biafra. Alors que pour une autre, c’est plutôt les longueurs et une difficulté à rejoindre le style de l’auteure, malgré le fort intérêt pour le sujet.

Pour notre part, nous avons toutes deux fort apprécié notre lecture. Il est vrai que l’auteure s’étale énormément dans les détails, dans le quotidien et que, par moment, il ne se passe pas grand-chose. Par contre, elle a bien réussi à capter et à garder notre attention, de par l’attachement aux différents personnages, de par l’écriture qui nous immerge complètement dans chacun des moments du roman.

C’est plaisant parce que, malgré la lecture inachevée, toutes sont intéressées par le sujet, par les thématiques et par l’histoire. On se fait d’ailleurs un plaisir de leur raconter les éléments qu’elles n’ont pas lus.

On s’attarde donc à la guerre du Biafra, cette guerre de sécession qui causa d’immenses famines et d’encore plus incommensurables pertes. Chimamanda nous transporte dans le quotidien de ses personnages, avant la guerre et pendant la guerre, les faisant donc évoluer dans un contexte instable qui, petit à petit, les transforme.

Nous pouvons toutes nous entendre sur le fait que la multiplicité des voix rend le récit intéressant, complet et nous offre différents points de vue sur le Nigeria, la guerre et le quotidien de chacun, en fonction du sexe et des classes sociales à laquelle ils et elles appartiennent. S’il y a quelque chose que l’auteure fait très bien, c’est faire ressortir le politique à travers le privé.

On y découvre, à travers ses descriptions, l’importance accordée aux racines, à l’histoire, aux croyances, tout l’amour que porte Chimamanda pour le Nigeria et la culture Igbo. C’est pourquoi il est intéressant de voir que, à la fin du roman, ce n’est pas le personnage de Richard — homme anglais et blanc — qui se doit de raconter, à travers ses écrits, l’histoire de la guerre du Biafra, mais bien Ugwu, jeune boy (servant) igbo que l’on suit tout au long du roman. En donnant ce pouvoir au jeune homme, l’auteure fait visiblement un pied de nez à ceux qui ont cherché à raconter et à s’approprier un événement important qui n’est pas le leur, sans pouvoir se détacher de leur perspective occidentale.

Martine apporte aussi un point intéressant, concernant l’importance de la nourriture tout au long du roman. Tout tourne autour des repas, que ce soit au moment de l’abondance, lorsqu’il y a du poulet dans le réfrigérateur, jusqu’aux famines ou ils ne reçoivent que de la fécule de maïs et un peu de lait en poudre pour survivre. À la fin, il est intéressant de voir comment, une fois la guerre terminée, l’abondance revient rapidement dans les marchés, tout redevient accessible, du jour au lendemain; fait noté par tous, signe véritable que la guerre est finie, même s’ils ont perdu. C’est impressionnant de voir à quel point la nourriture est centrale tout au long de l’histoire, elle régit les actions des personnages et les mène parfois à leurs pertes.

Il est évident que nous avons aussi parlé de féminisme. La posture féministe de l’auteure est claire et nous voulions savoir si les participantes l’avaient aussi sentie, à travers les différents personnages du roman. Les deux sœurs au centre du récit — Olana et Kainene — sont deux femmes fortes, indépendantes, en avance sur leur temps (rappelons-nous que le roman se déroule dans les années 60). On ne peut faire autrement que les proclamer féministes, bien qu’elles ne le font pas elle-même dans le roman.

Finalement, nous avons bien meublé la conversation, non seulement de conversations sur le livre, mais aussi sur la vie, la guerre, nos autres lectures et les autres romans de Chimamanda Ngozi Adichie. Justement, si vous avez envie d’en découvrir un peu plus sur l’auteure, voici quelques suggestions.

À notre prochaine rencontre, on se retrouvera dans un tout autre univers en découvrant — ou en redécouvrant — Annie Ernaux à travers L’Événement et La femme gelée.

Montréal, 375è de montréal, Ahuntsic, Bibliothérapie, Le fil rouge, le fil rouge lit, lecture, les livres qui font du bien, littérature

375e de Montréal : Découvrir Ahuntsic

Il y a un peu plus de deux ans, j’ai quitté le nid familial, ou plutôt, mes nids familiaux. J’ai suivi mon copain qui déménageait en appartement. On a trouvé l’appartement parfait sur Kijiji, on l’a visité, on a supplié le proprio d’accepter notre chien, et l’affaire était réglée en moins de deux jours. Ma première chasse à l’appartement fut un vrai succès. Nous logeons donc depuis août 2015 dans un grand 3 ½ sur la rue Prieur à Montréal. La rentrée 2015 s’est donc caractérisée par une vague de changements (début de l’université et nouvelle demeure), qui bien que me réjouissant, m’a bouleversée. Même si j’étais heureuse de devenir plus indépendante, j’aurais pu habiter chez mes parents quelques années de plus sans problème. Il m’a fallu un bon 6 mois pour trouver une routine adéquate « école, épicerie, devoirs, ménage, vie sociale » avant de me sentir réellement chez moi.

Le quartier que nous avons choisi, Ahuntsic, a certainement participé à créer un environnement agréable afin de devenir un endroit où je me sens maintenant réellement chez moi. C’est un quartier typiquement montréalais, bien que très proche de nos voisins lavallois, et il regorge de petites merveilles qui font de lui un quartier unique. Laissez-moi donc vous faire découvrir mes endroits préférés de mon quartier.

La nature à deux pas de chez moi

Vivre dans un quartier sans nature aurait probablement été un véritable supplice pour moi; heureusement, le Parc-nature de l’Île-de-la-Visitation se trouve à moins de 10 minutes de marche de chez moi. C’est l’endroit parfait pour décompresser et oublier la ville, le temps de quelques heures. Été comme hiver, je prends plaisir à y prendre des marches, faire du vélo et pique-niquer.

Sinon, à une quinzaine minute de marche se trouve le parc Ahuntsic, près de la station Henri-Bourassa. J’y vais régulièrement avec mon chien afin qu’il profite du parc à chiens, superbement aménagé et toujours bondé vers 17h. C’est probablement plus agréable d’y aller pour moi que pour mon chien.

Les cafés, toujours les cafés, mais aussi les restos et les bars

Source: Le Brûloir

J’adore le café! Ce qui me rend particulièrement heureuse, c’est que mon quartier offre plusieurs petits cafés indépendants où je prends un grand plaisir à relaxer et à prendre un bon latte. Mes deux cafés préférés sont Le Brûloir et Mamie Clafoutis, les deux se situant sur la rue Fleury. Pour ce qui est des restos, j’adore me rendre chez L’Estaminet ou au Café Le Petit Flore pour de la cuisine française à bon prix. La Pizzéria NO.900 a également ouvert une succursale sur
Fleury : je la recommande chaudement, c’est sans doute l’une des meilleures pizzas que j’ai mangées. Et finalement, le pub Brouhaha est le bar où je me rends plusieurs fois par année avec des ami.e.s pour une excellente pinte de cidre, particulièrement l’été, avec la terrasse qui donne sur Papineau, éclairée de quelques lumières dignes de Pinterest.  

La promenade Fleury

La promenade Fleury, c’est l’artère d’Ahuntsic. Située sur Fleury entre Papineau et Saint-Hubert, c’est là que l’on retrouve les plus belles boutiques, les meilleurs restaurants, les bons cafés, et tout ce que l’on désire. Je vous propose mes coups de cœur de la promenade Fleury. Le saucissier William J. Walter offre depuis environ un an de très bonnes saucisses végétariennes, celle au sriracha étant ma préférée, ou, pour les amateurs de viande, la William Suisse, qui est devenue le repas favori de mon conjoint. La librairie Fleury et le Renaud-Bray me font souvent sortir mon portefeuille, et les employés sont très sympathiques. Des pianos sont disposés sur les trottoirs où tous peuvent jouer et, dès Novembre, les décorations de Noël embellissent la rue superbement éclairée.

Source : Emmanuel Huybrechts

Mon quartier, je l’adore. Je suis contente d’y habiter; il représente le parfait mélange entre ville et nature. On s’y sent typiquement Montréalais, sans jamais être trop loin de Laval, ce qui peut s’avérer pratique, surtout quand il est temps pour moi de retourner momentanément au nid familial pour visiter mes parents.

 

J’espère que vous avez appréciez découvrir quelques parcelles de mon quartier. Cet article est dans la lignée des autres articles portant sur les quartiers de Montréal dans le cadre du 375e de Montréal.

Quel est votre quartier préféré de Montréal?

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Les Certitudes : le désordre de Montréal

Lorsque j’ai reçu le tome 2 de la série L’année noire de Jean-Simon Desrochers, je me suis soudainement rendue compte que le temps passait à une vitesse folle, et qu’il fallait peut-être que je pense à ralentir un peu dans ma vie. Le tome 1 était sorti fin mars alors que de la neige parsemait encore le sol et que le printemps tardait à venir, j’avais dévoré l’énorme livre en une semaine et quand j’étais arrivée à la dernière page du livre, je m’étais dit que jamais je ne serais capable d’attendre aussi longtemps avant de lire le tome 2. Le tout s’était terminé par des coups de feu et je voulais savoir tout de suite qui était mort. Septembre me paraissait si lointain.

Et pourtant, l’automne est maintenant bien arrivé! Lorsque j’ai lu le premier tome, je venais de me lancer à mon compte. Et depuis, j’ai tant couru à droite et à gauche, multipliant les contrats, que j’ai à peine eu le temps de m’ennuyer des personnages de cette incroyable saga noire.

Cependant, je les ai retrouvés avec plaisir en ouvrant ce roman ambitieux. J’avais surtout hâte de me couper un peu de la réalité, de me plonger dans un autre univers et de retrouver le plaisir de lire avec gourmandise chaque soir de la semaine, oubliant mes autres engagements.

Les Inquiétudes suivait donc une vingtaine de personnages de novembre à avril. L’ambiance était noire, glaciale et déprimante. Le petit garçon disparu, Xavier, qui était au cœur du roman, n’a toujours pas été retrouvé et les affiches placardées un peu partout finissent par se délaver.

 

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Les Certitudes ont une trame de fond un peu moins angoissante. On suit les mêmes personnages de mai à octobre et le temps doux semble donner un air plus optimiste à leur vie, pourtant assez triste. L’histoire s’attarde beaucoup sur les personnages âgés. Dino apprend qu’il est atteint d’un cancer incurable et tente de se faire pardonner par les personnes qu’il a blessées dans sa vie, Félicien, centenaire en pleine forme dans une maison de retraite, doit dire adieu à Aimée, sa petite copine, qui est atteinte de démence et qui finit par ne plus se rappeler de lui. Aline, professeure, retrouve la foi en Dieu en partant à la retraite. Pauline ne sait plus quoi faire de ses journées après la mort de sa fille. Monique, une prostituée, abuse de la chirurgie pour continuer à exercer son métier, car elle ne sait rien faire d’autre.

Et puis, tout autour de gens, il y en a d’autres, plus jeunes, de divers horizons. Un poète débauché, un sans-abri qui devient célèbre après être passé à la télé, un pompier accro à l’adrénaline, une serveuse qui décide de reprendre des études en littérature, une présentatrice de nouvelles qui a tout quitté pour faire le tour du monde… Il y en a pour tous les goûts. Tout le désordre de Montréal est là; celui des gens simples, qui ne font pas d’étincelles, mais qui tentent de continuer à vivre jour après jour dans une danse désordonnée.

Accroché à cette collection de récits, on suit encore la recherche du petit Xavier. Son oncle n’a pas perdu espoir de le retrouver; même si ses parents se sont effondrés de désespoir. C’est le fil qui tient ensemble toutes ces histoires d’êtres à la dérive.

Jean-Simon Desrochers parvient à toujours nous surprendre; ses personnages finissent par emprunter des chemins un peu étranges ou à apprendre des informations inattendues sur eux-mêmes. On est dans une grosse saga à l’américaine, mais sans les clichés qui sont souvent associés à ces best-sellers.

Bref, c’est décidément un livre que je recommande pour le début de la saison fraîche, emmitouflé dans une petite couverture. De plus, si vous n’avez pas lu Les Inquiétudes, vous allez avoir la chance de ne pas attendre plusieurs mois avant la suite!

Et vous, aimez-vous lire des romans choraux qui suivent de multiples personnages?

 

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Le fil rouge tient à remercier les éditions Les Herbes rouges pour le service de presse.

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Les fileuses au Festival International de Littérature ; bilan de nos expériences

L’une et l’autre 

Martine :

J’ai passé une agréable soirée en compagnie de Gabrielle et de ces deux femmes exceptionnelles : Delphine de Vigan et La Grande Sophie. Étant une grande admiratrice de l’œuvre de De Vigan, j’allais à l’événement avec beaucoup d’attentes. J’ai aimé la façon dont les textes de De Vigan répondaient à la musique de La Grande Sophie et vice versa. Il y avait une belle énergie dans la salle, on sentait l’amour et l’attention que les gens portaient aux mots prononcés et aux mélodies. C’était un moment délicieux, touchant, dans lequel j’ai senti toute la profondeur et la qualité des œuvres respectives de ces deux grandes artistes. J’ai été fort heureuse d’assister à ce moment unique à Montréal.

Gabrielle :

Le spectacle L’une et l’autre m’a agréablement surprise. Si, au départ, il me semblait que ce serait difficile d’allier les univers respectifs des deux auteures, au contraire, elles s’arrimaient et se répondaient parfaitement, l’une et l’autre! C’était un spectacle touchant, autant grâce aux extraits poignants lus par De Vigan qu’aux paroles sublimes de La Grande Sophie. Un spectacle où était mis à l’honneur la complicité qui unit les deux femmes, mais surtout, surtout, leurs magnifiques mots.


Larguer les amours

Martine : C’est en entendant les excellentes comédiennes Marie-Thérèse Fortin, Gabrielle Lessard et Marika Lhoumeau réciter les textes du collectif Larguer les amours que j’ai le plus décelé l’humour qui vit dans les pages de ce magnifique recueil. J’avais beaucoup aimé ma lecture, mais je dois dire que de voir ces textes prendre vie devant moi m’a fait retomber sous le charme de certains. La salle riait à gorge déployée, on se reconnaissait parfois dans les situations des auteures et ça faisait du bien.

Je garde un souvenir fort positif de cette soirée-là. J’ai beaucoup ri et réfléchi à ces ruptures qui font si mal, mais qui pourtant deviennent des piliers de ce que nous sommes profondément. Larguer les amours est un recueil qui mérite d’être davantage lu, et ce, par l’universalité de son propos. Félicitations aussi à Salomé Leclerc, artiste merveilleuse, qui a si bien accompagné les actrices.

Marjorie : J’avais lu Larguer les amours, quelques temps après une rupture. Le parfait «timing» pour ce type de lecture, non ? J’en ferai d’ailleurs bientôt la critique. J’avais bien aimé tout l’espoir qui se dégageait des nouvelles. Pas l’espoir d’un nouveau quelqu’un, d’un nouvel amour mais simplement l’espoir avec un grand E, celui qui te fait croire que ça va bien aller et qui te fait voir le beau dans ce qui fait mal. C’est surtout ce qui, pour moi, était ressorti de ma lecture.

De transporter quelques-unes de ces nouvelles sur scène, lues par trois comédiennes hors pair – et la magnifique musique de Salomé Leclerc – fut une expérience qui éleva chacun des textes choisis à un tout autre niveau. J’y percevais mieux les subtilités qui m’avait échappées lors de ma lecture initiale. La voix de chacune des femmes, mélangée  au ton de chacun des textes donna des jeux  intéressants, touchants et, par moment, très, très drôles. Il fallait y être pour entendre les trois comédiennes lire la nouvelle Canuk Blanc, de Marie-Sissi Labrèche; c’était simplement succulent.

Je n’ai pas assisté souvent à des lectures de textes, mais j’ai vraiment aimé mon expérience. C’est une merveilleuse façon de redécouvrir – ou découvrir- une œuvre sous un angle nouveau.


Chronique d’un cœur vintage 

Marjorie & Alexandra : Chroniques d’un cœur vintage, ces sont les écrits d’Émilie Bibeau lus dans une petite salle intime de la Place des Arts, un lundi soir de septembre. Ce sont des mots qui percutent et qui viennent nous toucher droit au cœur, qu’il soit un gros coeur mou vintage comme celui de Bibeau et le nôtre, ou pas.

Émilie Bibeau – on ne la connait pas beaucoup, faute de ne pas avoir de télévision depuis 6 ans – est vraiment venue nous toucher, non seulement par ses textes, mais aussi par sa présence et ce qu’elle dégageait. Chacune de ses chroniques et les interventions qui les liaient étaient à la fois vulnérables, drôles et vraies. Elle parlait d’amour, certes, mais aussi beaucoup de littérature, de philosophie et de la vie, celle qui englobe tous les autres sujets.

L’entièreté du spectacle était construit sur le quotidien, sur les petits moments qui font les grands, sur l’émerveillement des petites choses et sur ces jours plus difficiles où sortir de chez soi semble un exploit qu’on ne saurait accomplir – alors que des fois, c’est ok .

Bref, à la fin du spectacle, nous nous sommes regardées, nous avons souri, les deux mains sur le cœur. Nous n’avions rien à dire sur le moment, nous voulions simplement nous imprégner de toute la beauté et la douce force qui émanait du spectacle.

Et puis là, on espère grandement que les Chroniques d’un coeur vintage deviendront un livre. On a espoir ! Nous serons premières en ligne pour l’acheter !

En attendant, Les libraires proposent la liste des 5 livres mentionnés par Émilie Bibeau dans son spectacle. Ça donne même le goût de lire Cioran, pour vrai !



Nirlitt

Andréanne :

J’ai lu ton livre au cœur de la canicule dévorante de septembre. Je voulais avoir découvert ton œuvre avant de me rendre à ta lecture, un mercredi soir où la ville croulait sous les températures étrangement hautes et l’humidité oppressante.

Tu m’as fait pleurer avec tes mots désertiques, tes mots-souffrances, tes mots-beauté, aussi. C’est rare que je prends le temps de savourer les phrases comme un met délicat qu’on laisserait fondre sur la langue pour en profiter plus longtemps. Les tiennes, j’ai choisi de les laisser fondre. Je les ai goûtées longuement. Je les ai aimées, surtout. Avec leur dureté et leur douceur, leurs bords qui piquent, qui tremblent, qui font couler les yeux. Ton livre, j’avais envie de le porter sur mon cœur et de le tendre à ceux qui le méritent. Comme un cadeau. Comme une offrande.

Comme une vérité qu’on ne cache plus.

Nirlitt.
Les oies.

Un soir de fin de canicule, vous étiez quatre pour nous raconter le Grand Nord. Pour nous raconter Saluuit. Et tes mots, si c’est possible, sont venus me percuter encore plus. Je me suis demandé comment c’était possible. La poésie s’était-elle infiltrée entre les lignes, la poésie devenait-elle exponentielle ? On aurait dit que la beauté des phrases prenait encore plus de place alors que tu les lançais, maintenant. Alors que tu les interprétais, que tu les vivais devant nous. Alors que tu racontais tes mots, entrecoupés de la musique et des chants de gorge.

Tu nous tendais tes mots, et parfois, tu t’arrêtais. Tu n’étais pas venue seule, tu avais des gens avec toi. Un homme à la musique et deux femmes du Nord t’accompagnaient pour lier leur voix à tes écrits.

Elles s’avancent sur la scène, se regardant les yeux fermés, l’une devant l’autre, en tenant leur micro d’une main et le coude de leur voisine d’en face. Leur chant rauque prend toute la place. Puis, elles rient, doucement. C’est la fin, elles te tendent à nouveau le relais.

Vous continuez ces échanges durant une heure, peut-être plus. J’ai la chair de poule. La musique qui t’accompagne et ta performance me bouleversent. Je ne suis pas la seule: un homme, devant moi, essuie ses larmes au moment où les lumières s’allument pour signifier la fin de votre lecture.

On applaudit, on se lève.

Vous quittez la scène sans bruit.

Il n’y a pas de rappel, pas de paroles échangées.

Je vous observe vous étreindre dans les coulisses.

On se relance dans cette chaleur étouffante en ayant l’impression d’avoir quitté la ville, pour un temps. D’avoir parcouru les kilomètres qui nous ont plongés au cœur de Saluuit, de ses territoires à couper le souffle et de sa violence qui brise la gorge.

Merci.


Le Fil Rouge tient à remercier le Festival International de Littérature pour les invitations. Grâce à vous, nous avons passé des moments formidables. Félicitations pour ce que vous faites, votre festival est nécessaire.