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Avant, après : La Scouine

Il y a quelques temps, une réécriture de La Scouine a été proposée par la maison d’éditions La Peuplade. Récit marquant, qui a dépassé les époques, je n’avais pourtant jamais mis la main sur une copie de cet ouvrage. Avant de me lancer dans ma lecture du roman de Gabriel Marcoux-Chabot, j’ai tenté l’exercice intrigant de faire une double lecture de La Scouine, celle d’avant et celle du moment. Je me suis donné deux jours (et il faut dire qu’ils étaient amplement suffisants pour traverser ces deux minces ouvrages) pour parcourir les récits. Le premier jour, je me suis attaquée au texte de Laberge. Puis, dès le lendemain, c’est sa réécriture qui m’a tenu compagnie. Un exercice fascinant pour comprendre le cheminement de l’auteur dans son écriture. Roman paru en 1918 mais longtemps oublié, La Scouine, d’Albert Laberge, fait état d’une période sombre, mais également lucide de l’histoire, d’un passage où la vie des habitants, des agriculteurs, était dure et impitoyable. Au lieu de glorifier, comme le faisait bien des ouvrages de l’époque, la vie …

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Profession du père : enfance auprès d’un fabulateur

C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai lu les dernières pages de Profession du père, le récit d’une enfance auprès d’un père mythomane et oppressif et d’une mère qui demeure passive face aux agissements du père. J’étais stupéfaite de savoir que la vie familiale dysfonctionnelle racontée dans ce roman se rapproche de celle vécue par son auteur, Sorj Chalandon. Une enfance dans le mensonge et dans la violence En 1961, Émile a 12 ans alors que la Guerre d’Algérie tire à sa fin. Son père peste contre De Gaulle et l’indépendance de l’Algérie et prétend qu’il est un complice de l’Organisation armée secrète (OAS). C’est alors que nous constatons les répercussions des fabulations d’un père sur son fils qui ira jusqu’à embrigader un ami dans cette mise en scène du père. Il faut savoir que ces délires n’ont pas pour seul but d’amuser Émile. André Choulans fait croire à son entourage qu’il a été pasteur, joueur de football, agent secret et champion de judo alors que la réalité est toute autre. Au fil des pages, nous découvrons …

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Hunger: laisser les corps se raconter

Roxane Gay est une auteure qui répond à la plupart de mes dialogues intérieurs. Lorsque mes questions prennent des proportions incontrôlées jusqu’à en devenir étouffantes, j’ouvre un de ses livres et plus rien ne tombe à plat. Ça avait été le cas avec Bad feminist, ce l’est une fois de plus avec son essai Hunger.  Dans ce dernier livre, elle nous raconte l’histoire d’un traumatisme qu’elle a vécu. Gay aborde comment cet événement a morcelé sa vie et a drastiquement changé son rapport à son corps. À partir de son expérience personnelle, elle pose la question du corps en général : comment celui-ci est disséqué sous l’œil de la caméra et enfermé dans des statistiques. Roxane Gay rappelle que malgré tout ce qu’occultent préjugés, tous les corps ont une histoire. Et en partie à cause de tout ce qu’elle remue, je considère la parole de son livre comme incontournable. À travers les courts chapitres qui constituent Hunger, c’est un peu plus d’humanité et d’empathie, envers soi et envers l’autre, qui peuvent naître. Ici, la forme du livre sert absolument bien …

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Terre-Neuve comme lieu d’épanouissement personnel

Opa, mon grand-père, était dans la marine militaire et a fait plusieurs fois le tour du monde sur son bateau. J’ai passé mon enfance à écouter ses histoires de voyage (la guerre en moins). Quand il nous parlait de cette période de sa vie, il nous décrivait Terre-Neuve comme le plus bel endroit qu’il ait jamais vu.  Il nous a quittés il y a deux ans maintenant. Bien que je n’aie jamais été aussi proche physiquement de cette île merveilleuse, je ne me sens pas encore prête à aller la voir de mes propres yeux. Au détour d’une discussion avec un de mes collègues qui va à Terre-Neuve chaque année, il m’a conseillé la lecture de ce livre d’Annie Proulx. Alors laissez-moi vous présenter Quoyle, le personnage principal : il est mou, peureux, a constamment honte de lui-même et de son menton proéminent, et sa plus grande préoccupation est de tenter de se faire oublier. Il a ainsi pris l’habitude de se contenter de ce qu’on lui donne (du mépris le plus souvent), considérant qu’il …

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L’heure mauve, quand la réalité rattrape la fiction

J’étudie en gérontologie sociale et je travaille dans une résidence pour personnes âgées en tant que responsable des loisirs. Lorsque Michèle Ouimet a sorti son deuxième roman L’heure mauve, publié chez Boréal en 2017, plusieurs personnes de mon entourage m’ont encouragée à le lire. Ce roman d’environ 365 pages se passe dans une riche résidence pour aînés d’Outremont, où Jacqueline Laflamme, ancienne journaliste atteinte d’un cancer de la langue, mène un combat effrené contre la direction qui souhaite séparer les « atteints » des « bien-portants ». Jacqueline monte aux barricades en clamant la ségrégation inhumaine et dégradante, malgré que plusieurs résidents encore en santé aimeraient être séparés des malades. La réalité versus la fiction Lorsque j’ai entrepris la lecture de ce roman, mon premier réflexe fut de tout comparer avec mon milieu. Comme un médecin qui regarde Grey’s Anatomy, j’ai dû effectuer un grand travail de lâcher-prise avant de pouvoir apprécier ce roman à sa juste valeur et me rappeler qu’il ne s’agit que d’un divertissement, une fiction. Le combat principal de Jacqueline était …

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La vie à contretemps de Glenn Gould, le roman graphique

Un homme au dos rond, le nez sur les touches d’un piano, chantonnant la mélodie comme si personne n’était là. L’image vous est peut-être familière si vous vous intéressez un tant soit peu à la musique classique. Glenn Gould est un des pianistes canadiens les plus reconnus internationalement et un interprète des plus exceptionnels. Moi-même étant pianiste, Gould est un exemple à suivre pour sa rigueur hors pair au travail et sa façon d’interpréter qui se distingue. Sandrine Revel, scénariste et illustratrice, s’est attardée à la vie de ce virtuose dans son roman graphique Glenn Gould, une vie à contretemps. Je l’ai lu d’une traite sans que je m’arrête. À part en écoutant ses enregistrements dans ma jeunesse et dans mon parcours pianistique, je ne connaissais rien de l’homme en arrière du génie. L’auteure s’est intéressée à l’enfance où Glenn Gould a commencé à jouer du piano, à sa façon particulière d’agir en spectacle et son parcours professionnel. Tout ça enveloppé de superbes illustrations, de beaux cieux gris que Glenn Gould appréciait tant, et de récits …

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La fin de mon parcours à la maîtrise

C’est la fin. Il y a maintenant deux ans, presque jour pour jour, je vous faisais part de ma décision de commencer mes études aux cycles supérieurs en études littéraires. Rappelez-vous, je venais de trouver mon directeur de maîtrise, je lisais toute l’oeuvre de Nothomb et je voguais tranquillement sur les eaux tumultueuses de l’esthétique de la laideur. Cela ne vous dit rien? Je vous réfère au texte Un long voyage de solitude : mon parcours à la maîtrise pour vous mettre à jour. En fait, ce que vous êtes en train de lire est la suite. Qu’est-ce qu’il y a en eu du chemin de fait depuis le 7 mars 2016! C’est la fin. Vraiment. Ma date de dépôt est le 4 mai. La vie est bien faite. Le 4 mai, c’est le May the 4th be with you, la journée mondiale de Star Wars. En ce jour de mai, je serai adoubée grande Jedi de la galaxie. Mon entraînement de Padawan sera enfin complété. Un crayon pour sabre laser et la force mentale …

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Hôtel Lonely Hearts : Les dessous de Montréal

Il y a de ces livres qu’on choisit pour leur couverture. Ce fut le cas pour Hôtel Lonely Hearts : je ne connaissais ni l’auteure, ni la trame narrative du roman. Le premier chapitre m’a tout de suite sortie de mes habitudes littéraires pour plusieurs raisons, et cet effet demeura tout au long du récit. D’abord, le roman est écrit par une femme québécoise anglophone, ce qui, d’emblée, est une première exploration pour moi. Ensuite, les personnalités très excentriques des personnages m’ont déstabilisée. Finalement, l’époque dans laquelle prend place l’histoire, le Montréal des Années Folles et de la Grande Dépression, m’était plutôt inconnue point de vue lecture.  Montréal crasse Bienvenue dans le monde naïf, désillusoire, choquant et plein d’humour de Heather O’Neill, que Dominique Fortier, elle-même romancière notable, nous traduit de l’anglais vers le français. On y découvre Montréal sous son jour le plus sombre, au détour de ses ruelles et à travers les yeux de ceux que la ville a rejetés. Il est étrange, donc, que malgré le plongeon tête première dans la prostitution, les …

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La philo au quotidien : jouer à réfléchir

Nous avons tous et toutes des préférences qui semblent plus ou moins excentriques aux yeux de nos proches. Personnellement, j’aime l’odeur de l’essence l’hiver (mais pas l’été), je mets de la laitue dans mes sandwichs au beurre de graines de tournesol et banane, et je réfléchis sérieusement à des questions frivoles du type « Si tu étais un arbre, lequel serais-tu ? ». Tout cela pour vous dire que je serais un orme. Et que si j’étais un signe de ponctuation, je serais un point d’interrogation, principalement en raison de sa fonction. Il suppose un échange avec soi ou avec l’autre, une quête d’information, une réflexion à venir, une réponse (im) parfaite. Il y a tellement à bâtir sur un point d’interrogation. (De plus, il a une petite bouille sympathique, tout comme moi.) Dans son livre 101 expériences de philosophie quotidienne, le philosophe Roger-Pol Droit nous encourage à faire bon usage de la question. Le quotidien, affirme l’auteur dans sa préface, est constitué d’expériences mineures et anodines qui portent en elles le germe de la réflexion philosophique. Philosophie …

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Tout s’effondre: livre classique et tragédique

C’est dans un cours de littérature étrangère à l’université que j’ai entendu parler pour la première fois de ce livre, Tout s’effondre de Chinua Achebe. À la question « quel est votre livre classique, le livre qui vous a le plus marqué dans votre vie? », une étudiante avait nommé celui-ci, alors je l’avais noté, curieuse de découvrir comment cet oeuvre aurait pu la toucher. Tout s’effondre (Things fall appart, dans sa version originale en anglais) met au coeur de son histoire Okonkwo, un homme rigide et autoritaire qui déteste l’échec. Au sein d’Umuofia, un village typique du Nigeria, il est reconnu et respecté par les membres de son clan. Pourtant, Okonkwo est accablé de chagrin lorsque que les choses se transforment et ne vont plus comme il le désirait. Que ce soit les sécheresses qui rendent les récoltes moins fructueuses ou encore l’insatisfaction qui règne au sein de ses relations familiales, la vie pose plusieurs défis sur son chemin. Un jour, le pire arrive quand les missionnaires britanniques, les Blancs, débarquent dans son village dans le …