All posts tagged: Montréal

Ouvrir un nouvel onglet dans sa vie

Thomas est perdu. Il ne voit plus l’utilité de son travail comme concepteur de jeux vidéo. Il ne sait plus à quoi il sert. Il fait un retour aux études à temps partiel en littérature et vit en colocation avec des jeunes très fêtards et fuyant la vie rangée. Il ne comprend pas vraiment où il s’en va. Il est en transition, mais ne sait pas comment embrayer vers la prochaine étape. Alors, il ne fait que sortir constamment et boire trop de bières avec ses nouveaux colocs. J’ai pensé « Ma gueule de bois est la seule chose qui me tient en vie. » J’ai tout de suite connecté avec son spleen, vivant moi-même une période de transition. Mais je ne pense pas être la seule. J’ai l’impression qu’on est tous un peu comme ça autour de moi. En tout cas, beaucoup d’entre nous. Nous nous cherchons. Nous avons, pour la plupart, étudié dans le domaine de notre choix (contrairement à des générations antérieures qui se voyaient imposer des choix d’études par leurs parents). …

L’écho de leurs voix : combattre le silence

J’étais très contente quand Remue-Ménage nous offrait de lire L’écho de leurs voix, car j’avais été très heureuse de me plonger dans un roman qui traitait de l’histoire d’Haïti et de la dictature et de la chute de Duvalier. L’hiver dernier, j’avais lu Femmes au temps des carnassiers de Marie-Célie Agnant qui m’a beaucoup informée et conscientisée. J’adore le fait que la fiction nous permette de mieux comprendre un peuple, un pays et son histoire. Encore un merveilleux pouvoir des livres! Dans ce dernier roman de Jan J. Dominique, on y suit des membres d’une famille haïtienne qui vit à Montréal. La jeune Claire, étudiante du cégep qui se cherche beaucoup, est un peu le personnage central qui relie tous les autres personnages qui parcourent l’oeuvre. Cette jeune fille reçoit un carnet en cadeau et c’est ainsi qu’elle se met à écrire et à se confier par le biais de l’écriture. Elle tombe aussi très amoureuse, de Hans, un homme très près de sa grand-mère qui lui fera vivre ses premiers grands émois amoureux. Elle …

Montréal en livres et à vélo

Depuis que j’habite à Montréal, je voyage plus que jamais à vélo. De chez moi à l’école, à mon lieu de travail, à chez mes amis ou à chez mes parents, je suis toujours à vélo. Le sentiment que ces balades me procurent est un mélange de fatigue-heureuse, alors que j’ai chaud et que je pédale à toute vitesse, de profonde motivation pour la vie, et surtout, de totale liberté. Le vent sur mon visage le soir, l’air frais et doux de mon trajet matinal, je respire et vois Montréal par ses rues remplies d’arbres comme la rue Boyer, ses parcs comme le grand et magnifique parc La Fontaine, et ses petits quartiers beaux et accueillants que je croise sur ma route. Bref, tout pour dire qu’un jour, il y a quelqu’un qui a eu une ben ben bonne idée. Utilisant son vélo surtout pour de courtes distances à l’intérieur même de la ville, pour se promener, mais surtout pour se déplacer, et ayant toujours du stock à déplacer d’un endroit à l’autre, il a décidé …

Découvrir le FIL, du 23 septembre au 2 octobre

C’est en attendant le début d’un cours, au pavillon des sciences de l’uqam, que j’ai découvert le festival international de littérature, il y a deux ans de cela. Leur bibliothèque était à la place des arts et je me rappelle avoir trouvé l’idée bien intéressante. En plus, je trouve ça toujours aussi beau qu’en toute coïncidence, on partage un peu le nom de ce festival qui veut promouvoir la littérature, comme on tente aussi de le faire. L’événement littéraire de la rentrée: 200 écrivains et artistes de toutes disciplines participent à plus de 50 manifestations au cours desquelles la littérature sera lue, discutée, mise en scène, en musique et en images. Pour vous inciter à aller y  faire un tour, j’ai fait  une mini sélection à travers la panoplie d’événements qui s’y tiendront. Pour la programmation complète, c’est par ici.   23 septembre à 20 h: Le chant de la cigale crépite comme un feu de bois : les 100 ans d’Anne Hébert. Cette année, le milieu littéraire s’est vraiment rassemblé, de mille et une façon, …

Les Aurores montréales : nouvelles, amours et langue

J’avais mis sur ma liste de lecture Les Aurores montréales à mon entrée au cégep, en 2009. On m’en avait parlé avec beaucoup d’enthousiasme à l’époque, mais au fil du temps, je l’ai oublié au bas de ma PAL. Mais ce n’est que dernièrement que j’ai trouvé un exemplaire usagé du recueil de nouvelles, à moitié prix, à la friperie à côté de chez moi. Il aura donc fallu sept ans avant que je m’attaque au livre de Monique Proulx. Je n’ai pas peur de le dire : ce livre est un chef d’œuvre. À travers les 27 nouvelles (certaines très courtes, à peine trois pages, d’autres plus longues), on traverse Montréal d’un bout à l’autre : les itinérants, les immigrants, les riches d’Outremont, les prostituées rue Sainte-Catherine, les jeunes, les vieux, les amoureux, les célibataires, les hommes, les femmes, les Blancs, les Autochtones, l’anglais, le français. Il y a plusieurs pastiches dans le recueil : Proulx adresse des nouvelles à Dany Laferrière, à Mario Micone, à Patrick Cady, à Pierre Foglia, reprenant leur style, leur histoire, leurs …

Montréal a chaud

Je suis tombée sur La canicule des pauvres de Jean-Simon DesRochers par hasard dans les rayons de la bibliothèque. J’ai été agréablement surprise par cette découverte. Je ne m’attendais à rien et finalement, j’ai trouvé un livre innovateur, moderne et riche. C’est un roman profondément montréalais; l’auteur y mélange l’anglais, le français, le franglais ainsi que des gens qui viennent d’un peu partout avec des passés complexes et des bagages particuliers. Lors d’une période de canicule atroce de dix jours, on suit les péripéties de la vingtaine de locataires du même immeuble décrépi et miteux, dans le Quartier Latin à Montréal, Le Galant, anciennement un repaire abritant des prostituées. On s’y perd un peu parfois tellement il y a de personnages, mais on finit par s’attacher à eux (700 pages laissent le temps de les apprivoiser) et ressentir la chaleur moite puante avec eux. Jean-Simon joue avec les codes narratifs pour nous aider à mieux appréhender son monde romanesque. Soudainement, on rentre dans la tête de chaque personnage et on entend la musique de leurs …

La chambre verte: destructrice avarice

La Chambre verte est un roman bien difficile à décrire: est-ce une saga familiale ou un roman gothique? L’auteure veut-elle nous faire rire ou nous apprendre une leçon? Eh bien au final, c’est peut-être un peu de tout ça qui se retrouve dans le roman de Martine Desjardins, déjà bien connue du paysage littéraire québécois. L’auteure nous fait plonger dans un univers bien particulier: l’histoire de la famille Delorme, obsédée par l’argent et par les économies, est campée dans le vieux manoir familial, où se trouve la fameuse chambre verte, coffre-fort qui abrite la fortune des Delorme. Or, ce manoir tient un véritable rôle dans l’histoire: la maison est un personnage, est parfois la narratrice de cette histoire, et pose des actions qui ont un véritable impact dans le récit! C’est donc parfois elle qui nous guide à travers la vie de ces personnages excentriques, aux obsessions délirantes. On entre aussi dans le Montréal des années 1900, alors qu’on présente l’histoire des ancêtres de la famille Delorme. Les lectrices découvrent comment s’est déroulée la construction du chemin …

Big Bang, de Neil Smith : une entrée fracassante dans mon univers

Traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Big Bang est le tout dernier roman de l’auteur montréalais anglophone Neil Smith. Quand ce livre m’est tombé entre les mains, j’ai tout de suite su que cette lecture allait me plaire. Mon instinct ne m’a pas trahi, puisqu’en une seule journée, je tournais la dernière page de ce délicieux roman. Neil Smith décortique l’esprit humain à travers son œuvre, et s’intéresse aux absurdités qui orchestrent nos esprits. Big Bang est composé de plusieurs récits qui se penchent sur diverses existences, qui parfois se frôlent entre elles ou se fondent simplement dans la masse. L’indifférence, l’empathie, le deuil, le rire et la tendresse sont des émotions qui gravitent autour des récits de Smith, ce qui nous évoque constamment notre propre condition d’éphémère. Ma lecture était rafraîchissante, et je ne peux passer outre l’originalité de la plume de l’auteur : la lucidité livresque et l’humour se rejoignent pour former un style d’une formidable acuité intellectuelle. Big Bang est à la fois une œuvre divertissante et profonde. An est une …

À la fin ils ont dit à tout le monde d’aller se rhabiller : l’errance humaine mise à nu

Encore les mouches. Il est seize heures sept. Je me couche, je ferme les yeux, je tourne dans le lit, je pense à des légumes frais, j’emmêle mes pieds dans les draps puis je pense à quelque chose que j’oublie, je tourne de l’autre côté, je déprends mes pieds, je tourne encore, je remonte les couvertures, je m’assois. Il est encore seize heures sept. J’appelle mon superhéros, qui ne répond pas. Au fil de mes lectures, je me suis rapidement aperçu que deux éléments m’interpellaient beaucoup dans la stylistique d’une œuvre littéraire : les récits d’errance et ceux qui sont découpés en plusieurs fragments. J’aime qu’une histoire m’emporte, même si elle ne possède pas d’intrigue particulière. Je cherche surtout une expérience, et c’est ce que j’ai retrouvé dans le tout premier roman de Laurence Leduc-Primeau. Paru chez les éditions de Ta Mère, cette œuvre au très long titre est divisée en des dizaines et des dizaines de fragments : des longs, des courts, des brefs, des poignants, des tristes, des beaux. À la fin ils ont dit …

Causerie entre Dany Laferrière et Alain Mabanckou

Dany Laferrière et moi, c’est une grande histoire d’amour, bien qu’elle ait commencé assez récemment. Non seulement je raffole de ses livres colorés, magiques et profonds, mais aussi, lors de chacune de ses apparitions télévisuelles, je le trouve si charmant. Et je suis béate d’admiration devant l’aisance de son discours et sa facilité à jongler avec les mots. J’apprécie beaucoup aussi Alain Mabanckou. J’ai étudié Verre Cassé à l’Université, dans le cadre d’un cours sur la Francophonie, et l’exemplaire que j’ai encore en ma possession témoigne de mes nombreuses lectures avec ses milliers de post-its et ses mots soulignés pratiquement à chaque phrase. À l’époque, j’avais été impressionnée en découvrant une écriture si vivante et réelle, moi qui avais été nourrie aux Grands Classiques plus formels dans leur usage de la langue. J’avais déjà eu le plaisir de rencontrer les deux écrivains, mais séparés; Alain Mabanckou dans une librairie en France, Dany Laferrière dans le cadre du Salon du Livre de Montréal. J’avais un peu discuté avec eux quelques instants et reçu mes dédicaces. Mais …