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Les années du crépuscule : les liens accidentels du coeur

Écrit au début des années 1970 par Sawako Ariyoshi, une écrivaine japonaise décédée trop tôt à l’âge de 53 ans, Les années du crépuscule est un portrait sans fards de l’angoisse de vieillir et, par conséquent, de la nécessité d’affronter sa propre mortalité pour mieux vivre. Certaines lectures donnent le vertige. Parfois, c’est l’universalité de l’histoire qui nous fait entrevoir quelque chose de plus grand que soi ; parfois, l’authenticité des personnages nous fait oublier qu’ils sont des êtres de papier. Ici, c’est la franchise de l’auteure qui donne le vertige. Lire ces mots, ces personnages, ce drame (qui se fait occasionnellement comédie cruelle) nous force à déposer le roman à quelques reprises pour se cacher les yeux ou pour rire nerveusement. L’apparente épaisseur du trait qui sert à souligner les relations familiales, les paradoxes culturels et les travers des personnages donne à ce roman lucide une profondeur qui bouscule son lecteur jusqu’à la toute dernière ligne. Le drame ordinaire Akiko, une femme dans la quarantaine, mène une vie réglée comme une horloge. Entre le travail, la maison …

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La peste ou lorsque la mort nous réconcilie avec l’humanité

Lorsque les journées raccourcissent et que le temps froid s’installe, il arrive souvent que mes lectures en subissent le contrecoup. Les récits merveilleux de l’été font place à des histoires plus obscures. Je n’y peux rien, c’est mon humeur qui choisit le livre que j’ouvre.

Ce qui dérange et bouleverse

Le pouvoir des livres est unique. Ils nous permettent de s’évader, de découvrir de nouveaux univers et de nous émouvoir devant autant d’imagination. Mais lorsque les livres prennent une plus grande ampleur et réussissent à se tailler une place dans nos vies personnelles, on se remet soi-même en question. Car lire nous permet avant tout de nous repositionner, de s’arrêter et se demander si nos envies, nos perversions et nos forces sont réelles. Certains livres changent notre perception de ce qui nous entoure de manière concrète. Ils allument en nous ce sentiment de sincérité face à notre propre confiance, mais surtout ils nous permettent de mieux comprendre notre entité, ce combat qui nous habite en tant que femme et avant tout en tant qu’être humain. 

C’est le cas du dernier objet littéraire de Maggie Nelson, Les argonautes (The Argonauts). Parue en 2015, cette œuvre à la fois mi-essai et mi-autofiction nous plonge dans diverses thématiques sans genre et sans nombre qui amènent une réflexion profonde sur l’art, la tendresse et la production sous toutes ses …

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Les âmes sœurs de Valérie Zenatti, au cœur des vagues violentes qui déferlent en nous

Parfois, c’est par hasard que l’on découvre un auteur qui va nous rejoindre profondément par son écriture, pour qui on va avoir un coup de cœur. C’est ainsi par grand hasard que j’ai découvert Valérie Zenatti. Ça remonte aux moments du début de ma vie d’adulte où je me rendais presque hebdomadairement à ma bibliothèque de quartier, endroit que je parcourais inlassablement, rangée par rangée, dans l’espoir qu’une tranche de livre particulièrement attrayante attire mon regard. Je n’avais pas d’auteurs écrits sur un bout de papier, je ne cherchais rien, mais j’espérais vraiment trouver quelque chose. Et par son nom de famille qui commence par « z », Valérie Zenatti se trouvait à la toute fin de la dernière étagère, où je me retrouvais nécessairement à chaque fois, après avoir arpenté chacune des rangées, une à une. J’ai d’abord dévoré En retard pour la guerre, puis Quand j’étais soldate, puis Une bouteille dans la mer de Gaza, dont il a été récemment tiré une adaptation cinématographique. Puis, même si tous ses romans sont à découvrir, …

L’Adversaire, le récit d’un homme insaisissable

L’œuvre postmoderne se caractérise par des personnages marginaux, un mélange de plusieurs genres accompagné d’une fragmentation du style d’écriture. Retrouver tout ça dans un même ouvrage, ça reste assez rare et en faire une très bonne histoire, encore plus. Or L’Adversaire d’Emmanuel Carrère y parvient. Le coeur du récit L’Adversaire, c’est l’histoire d’un homme : Jean-Claude Romand. Mélangeant fait divers, roman policier, autobiographie et biographie, Carrère y relate le meurtre sanglant de la femme et des deux enfants de Romand. Toutefois, ce crime terrible en cache d’autres. En effet, Jean-Claude Romand, réputé médecin de l’OMS à Genève en Suisse s’avère n’avoir jamais mis les pieds dans cette organisation. Plus le procès approche, plus des éléments déroutants sur sa vie sont découverts. Celui-ci n’a jamais terminé ses études en médecine, mais assistait tout de même aux cours faisant croire à ses camarades qu’il faisait partie des leurs. Jean-Claude Romand est même allé jusqu’à s’inventer un cancer.  Les mensonges s’empilent et se multiplient, mais en réalité, qui est donc cet homme ? Comment se fait-il que personne n’ait …

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Tu aimeras ce que tu as tué ; prophétie de la destruction

Lorsque j’ai découvert ce nouveau roman, je pensais savoir à peu près à quoi m’en tenir. Comme j’étudie dans le même département de littérature que son auteur, Kevin Lambert, à l’Université de Montréal, et que je connais le style de sa directrice de maîtrise, l’auteure Catherine Mavrikakis, j’avais une petite idée de ce qui m’attendait sous la couverture. Cependant, ma lecture s’est avérée pleine de surprises, de plus en plus grandes à mesure que j’avançais dans le récit. Tu aimeras ce que tu as tué, paru en mars dernier chez Héliotrope, est le premier livre de Kevin Lambert. À vingt-quatre ans seulement, l’auteur, né à Chicoutimi, nous livre ici un texte puissant et ingénieux qui annonce la destruction de sa ville natale. Le jeune narrateur, Faldistoire, mène au pas de charge sa vengeance contre Chicoutimi, entouré de ses amis. Ces derniers ont tous connu une fin atroce alors qu’ils n’étaient que des enfants: l’une déchiquetée par une souffleuse, l’autre dévoré par des guépards au Zoo de St-Félicien, et un autre encore assassiné avec sa sœur …

Les mots seront toujours amplement suffisants

Je suis de celles qui préfèrent les mots. Malgré l’émergence des médiums promouvant l’image, je suis de celles qui croient en l’invisibilité, en la puissance de ce qui est seulement écrit, dit et parfois, tu. À mes yeux, les mots seront toujours amplement suffisants et le visuel, jamais à la hauteur. Le livre ne mourra pas tant que moi je vivrai. Vous ne pouvez pas rivaliser avec le pouvoir de mon imagination et la justesse d’une plume. C’est la première raison pour laquelle j’ai eu peur lorsqu’il a été annoncé qu’un film serait fait sur l’écrivaine Nelly Arcan. Rappelez-vous, je vous avais fait part de mes impressions sur le Fil Rouge il y a quelques mois juste ici. En cet après-midi, plongée dans l’obscurité presque totale d’une salle de cinéma, mes doutes et mes inquiétudes se sont confirmés. Le long métrage Nelly n’avait pas raison d’être. Les meilleures séquences de l’oeuvre cinématographique demeurent les moments où Mylène Mackay lit des passages des écrits de la défunte auteure. Car les mots seront toujours amplement suffisants. Je …

L’un comme l’autre, vous n’êtes probablement personne de Marie-Jeanne Bérard

C’est sur la route entre Montréal et Québec à 7 h le matin un samedi que j’ai ouvert Vous n’êtes probablement personne, premier roman de Marie-Jeanne Bérard (Leméac, 2016). L’esprit fatigué, j’allais assister à un enterrement. La neige s’est mise à tomber à la hauteur de Drummond. À Québec, c’était l’hiver. Au retour, j’ai terminé ma lecture. L’espace d’une journée, le texte de Bérard m’a accompagnée dans cet étrange rituel que l’on tend comme un pont entre la vie et la mort. Vous n’êtes probablement personne cadre les liens énigmatiques, à la fois distants et étrangement intimes, entre une jeune Montréalaise du nom d’Espérance et son maître de peinture japonaise, Toshio Ohta, de quarante ans son aîné. C’est avec une élégance singulière et un phrasé délicieusement fluide que se déplie le court roman de l’auteure québécoise. Par touches impressionnistes, celle-ci dépeindra l’univers épuré et infiniment silencieux du duo de personnages qui composent les tableaux en forme de vanité, semés de fleurs et d’instants diaphanes à peine chuchotés. Les chapitres se consomment à petites doses afin de se …

Qui est le mort sur votre épaule?

Selon le dernier roman d’Éric-Emmanuel Schmitt, l’homme qui voyait à travers les visages nous aurions tous ou presque un mort sur notre épaule qui nous conseille et nous écoute en permanence… si l’on vous posait la question suivante : qui est le mort sur votre épaule? Que répondriez-vous? Si vous êtes le type de personne à croire à ce genre de choses, vous savez pertinemment de qui il s’agit. Ce livre commence très fort, avec un gamin djihadiste qui se fait exploser sur la place publique de Charleroi, alors qu’actuellement dans le monde il y a trop de ce type d’événement. Augustin, un jeune stagiaire journaliste est au bon moment au bon endroit, si l’on ne pense pas qu’il sera blessé lors de l’événement et si l’on pense uniquement à sa profession. Cependant, Augustin se retrouvera bien malgré lui au coeur de l’action, car il a vu ce que personne d’autre n’a vu. Dans ce roman, des morts il y en a plein, causés par le geste du kamikaze. Mais c’est surtout celui qui l’accompagne, celui qui se retrouve …

Un paradis strictement réservé

Je me suis toujours curieusement intéressée à la vie après la mort. À mon avis, il n’y a rien de plus mystérieux. Personne ne sait. Personne ne saura jamais. Du moins, pas de son vivant. Pour cette raison, la littérature qui offre une vision possible de ce que pourrait être l’au-delà m’est toujours apparue comme étant intrigante. Les histoires mettant en scène ce questionnement, omniprésent dans la vie des humains, fructifient l’imagination et apportent toujours avec elles son lot de frivolité, mais également de complexité. Le cycle des Dieux de Bernard Werber en est un excellent exemple. Ce genre de livres a souvent tendance à mélanger mythologie, théologie, science et théorie personnelle. Et selon moi, c’est dans l’infini des possibilités qu’il devient intéressant de s’immiscer en tant que lecteur avide de savoir. Lorsque Neil Smith a été invité à l’émission Plus on est de fous, plus on lit de Radio-Canada pour parler de son tout premier roman Boo, ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Mon copain est revenu à la maison ce soir-là, l’esprit …