All posts tagged: Voyage

Du léger pour emporter : 3 titres pour 1 lb de livres

On change nos habitudes comme on change de chemise au Québec, c’est-à-dire un peu au gré des saisons, non? Souvent, c’est reflété par notre menu qui s’allège plus les Celsius montent. L’été, on est nombreux à délaisser la bonne grosse lasagne riche pour une ô combien satisfaisante toastée aux tomates. J’ai remarqué le même phénomène du côté de mes préférences littéraires : elles s’allègent plus il fait chaud. Mes lectures d’été (ou de vacances ailleurs sur le globe lorsque faire se peut!) se passent majoritairement dans un parc, entre un arbre et une couverture. Et plus de titres sont lus que durant le reste de l’année parce que j’ai tendance à choisir ceux contenant moins de pages. Comme une envie de passer moins de temps avec le même livre. Je vais privilégier durant cette période les poids légers aux Dostoïevski plus hivernaux, à mon avis. J’ai envie de me laisser transporter par les mots et n’être que de court passage dans un même univers. Pouvant très bien se glisser dans votre valise ou vous accompagner au …

Tarmac ou l’adolescence en banlieue nord-américaine

Pour agrémenter votre lecture… Tarmac, le deuxième roman de Nicolas Dickner (publié en 2009, après un ouvrage collectif signé d’un pseudonyme), est un livre « hommage » aux années 1990. Alors qu’on voit depuis quelques années un retour en force des années de gloire des Spice Girls et du grunge (surtout en musique et en mode), Dickner sort des boules à mites une décennie sombre, marquée par les conséquences de la guerre froide, où règnent en maître le béton et les bungalows. Nous sommes en banlieue-dortoir, la canicule est pesante, les condos sans âme poussent comme des champignons : c’est l’envers du rêve américain. Dans Tarmac, on suit les aventures de deux adolescents Louperivois, Michel Bauermann et Hope Randall, à l’humour cynique et cassant, mais toujours juste. Entre les cours au cégep, les beuveries au bar local et les baignades à la piscine municipale, Michel et Hope s’intéressent aux bunkers, à l’énergie nucléaire, aux nouilles ramen, aux bombes atomiques, aux menstruations, aux actualités internationales meurtrières, à la date de la fin du monde. Des adolescents normaux, quoi. Sans l’ampleur …

Je voulais du doux

L’angoisse s’invite souvent chez moi. J’ai le doute amical. Envahie par le stress à longueur de journée, je cherche constamment la sérénité, le calme, le paisible. J’ai décidé très tôt que le voyage me servirait d’exutoire. Que loin de mes responsabilités, je trouverais enfin le calme que je guette tant. J’ai passé des jours à imaginer l’ailleurs comme un lieu des rêves achevés. Comme si je n’arriverais à me poser que dans l’action. J’espérais voir le monde, sauter d’un endroit à l’autre et respirer enfin. J’ai enchainé voyage sur voyage, année après année, en niant le fait que je faisais tomber toutes mes barrières en décidant de quitter la maison. En oubliant qu’ainsi je créais le plus grand déséquilibre chez moi. Que me mettre en danger faisait exploser mon niveau de stress, que celui-ci devenait grand, si grand, que j’en perdais mon besoin de voir le monde. Je passe constamment du désir de partir à l’envie de rester. C’est quand je suis sur le point de prendre mon envol, quand je me retrouve sur le …

À la fin ils ont dit à tout le monde d’aller se rhabiller : l’errance humaine mise à nu

Encore les mouches. Il est seize heures sept. Je me couche, je ferme les yeux, je tourne dans le lit, je pense à des légumes frais, j’emmêle mes pieds dans les draps puis je pense à quelque chose que j’oublie, je tourne de l’autre côté, je déprends mes pieds, je tourne encore, je remonte les couvertures, je m’assois. Il est encore seize heures sept. J’appelle mon superhéros, qui ne répond pas. Au fil de mes lectures, je me suis rapidement aperçu que deux éléments m’interpellaient beaucoup dans la stylistique d’une œuvre littéraire : les récits d’errance et ceux qui sont découpés en plusieurs fragments. J’aime qu’une histoire m’emporte, même si elle ne possède pas d’intrigue particulière. Je cherche surtout une expérience, et c’est ce que j’ai retrouvé dans le tout premier roman de Laurence Leduc-Primeau. Paru chez les éditions de Ta Mère, cette œuvre au très long titre est divisée en des dizaines et des dizaines de fragments : des longs, des courts, des brefs, des poignants, des tristes, des beaux. À la fin ils ont dit …

Guides de voyage : comment s’y retrouver

Lorsque je pars en voyage, je suis méthodique. « Le plan c’est qu’il n’y a pas de plan » n’est pas tout à fait ma philosophie. Pour me mettre l’eau à la bouche, j’épluche mille guides, je lis des fictions à propos du pays, je regarde des films et je google des villes juste pour voir si je me laisse tenter. J’aime m’imaginer dans chacune des destinations, et surtout, j’aime lire les guides de voyage. Je prends un malin plaisir à aller à la boutique Ulysse, avide d’ajouter un nouveau Lonely Planet ou un Routard à ma collection. Je m’enthousiasme à la vue des cartes, du top 10 des endroits à visiter et des caractéristiques de chaque région. Avec l’arrivée de l’été, je remarque autour de moi l’éclosion de projets de voyage : on est plusieurs à vouloir ajouter son épingle sur la carte du monde. Mais choisir son guide de voyage, c’est un peu comme choisir son compagnon de route. On peut avoir parfois envie de le critiquer, se dire parfois qu’on n’a pas besoin de lui, mais …

Inde : le grand déséquilibre

« Je partirais tellement aujourd’hui, je partirais au milieu de la nuit/Je dirais bonsoir à tous mes amis et je m’en irais à l’infini » (Jean Leloup) C’était juillet fort. C’était juillet humide pis lourd sur tes épaules de petite touriste solitaire. Tu avais quitté Montréal le 1er, en te disant que le Canada aurait beau fêter tous les anniversaires du monde, toi, tu t’en allais voir le reste de la Terre. Tu avais choisi l’Inde pour une raison obscure. Tu avais envie de tomber de haut. Tu avais envie de vertige, de tentatives, d’essais et d’erreurs. Tu avais envie de perdre pied dans un des pays les plus populeux de la terre. Alors tu étais partie avec une amie qui n’avait pas peur du vaste. Vous aviez attendu la fin de l’année scolaire, vous aviez pris vos corps épuisés et vous étiez parties pour un petit village perdu au milieu des rizières, pour une école où les enfants différents retrouvaient le sourire. Vous aviez lu sur l’Inde, bien sûr. Comme tant d’autres, vous aviez vu Slumdog …

In between de Marie Demers: dans l’entre-deux et le deuil

Je l’avoue, depuis que Marie Demers est venue dans mon séminaire de maîtrise pour nous parler des romans « jeunes-adultes », j’avais très hâte de lire son roman, un projet, nous a-t-elle dit, issu de son mémoire-création tout juste terminé. Quelques mois plus tard, j’ai In between entre les mains et je n’ai pas tardé à le dévorer. Au début de In between, Ariane, la narratrice, est en voyage en Asie et c’est là qu’elle apprend la mort de son père. De retour au Québec le temps des funérailles, elle repart aussitôt, dans un désir de s’éloigner, de reprendre son souffle, de prendre un « break » et de se retrouver. Elle se retrouve tour à tour en Argentine, en Irlande, en Belgique, en France, au Cap-Vert, en Inde, elle parcourt le monde dans une sorte d’éternelle fuite, mais surtout à la recherche d’elle-même. On la suit à travers ses histoires d’amours éphémères, Alfredo, Daniel, ses amitiés, Teresa, Maïté, ses questionnements, ses moments de désillusion, parfois de bonheur, sa recherche d’expériences fortes et d’une sorte de démesure, entre …

Poutine pour emporter : Un premier roman hautement réussi

Tout m’attirait de ce roman aperçu en librairie, mis à part son emplacement sur la dernière étagère à la hauteur de mes pieds, à peine visible, mais personnellement j’aime bien feuilleter un livre assise sur le plancher. Alors je m’installe et prends ce livre d’un vert fluo de Marie Eve Gosemick, avec une première de couverture invitante par son originalité. La quatrième l’est tout autant : «J’ai servi des poutines pendant quatre ans de ma vie, quatre années à sentir la cantine.», avec un résumé qui éveille les intérêts et sème la curiosité. Direction la caisse. On plonge donc dans l’histoire de Fred Proulx, Rimouskois habitant Montréal, né un 1er novembre, qui trouve sa vie monotone, où tout ce qui l’ambitionnait semble s’évanouir devant lui et qui vit le quaterlife crisis. Après un échec en amour, un échec au travail, un échec aux études, Fred a un goût de renouveau. Ses amis, qui peinent à l’aider, lui  proposent donc de partir pour un temps fixé d’une année en Colombie pour aller vivre, se découvrir. Ce roman …

Scarlett O’Hara et moi

Lorsque j’ai atterri à Atlanta, j’ai tout de suite senti que je mettais les pieds dans une partie des États-Unis à part. Évidemment, on parle souvent des américains comme s’il faisait partie d’un seul bloc uni, mais les États-Unis sont un pays gigantesque, composé d’autant d’états que de cultures différentes. Cependant, le sud a un héritage particulièrement distinct des autres régions, en partie à cause de son antécédent colonial (France, Espagne..), son économie anciennement et tragiquement basée sur l’esclavage et son séparatisme pendant la guerre de Sécession. Le Sud, mélange de différentes cultures, est imprégné d’une histoire très forte, encore présente partout, comme si les habitants préféraient rester dans une douce nostalgie du passé au lieu de se tourner vers la modernité excessive comme à New York ou Los Angeles. Mais surtout, le Sud se démarque par une place accrue donnée à la création artistique : musique, littérature, arts visuels… les arts sont partout, vivants et merveilleux. Des arts d’antan et traditionnels, mais qui continuent à être actualisés par les jeunes artistes. Dans un Saloon au bord …

Caféine pour les yeux

Tasses, cartes-cadeaux Starbucks, mousseur à lait, sacs de café… Décidément, à voir les cadeaux de Noël que j’ai reçus cette année, mon entourage est bien au courant de ma dépendance à la caféine. Pour ajouter à la liste, ma mère (merci maman) m’a offert un livre de voyage qui indique où trouver les meilleurs cafés autour du monde avec de magnifiques images à l’intérieur. Voyage + café + photographie, plusieurs de mes passions combinées ensemble = j’étais contente. Cafés, par Jean-Michel Dufaux, comédien et animateur québécois, fait rêver. J’aurais voulu avoir l’idée de ce projet avant lui, je suis même un peu jalouse. C’est mon genre d’aventure. Mais, même si je n’ai pas vécu son expérience, je peux au moins profiter du résultat! Et qui sait, peut-être que je visiterai à mon tour les endroits qu’il a parcourus à la recherche du meilleur latté… Bref, Cafés, c’est deux-cent-cinquante-six pages de plaisir pour les yeux. Chacune d’entre elles est tapissée de latté art; les photographies sont magnifiques (et donnent envie de mettre en marche sa cafetière). J’ai des croûtes à …