Year: 2016

Devenir adulte à 12 ans

La ballade de Baby (version française de Lullabies for Little Criminals) de Heather O’Neill suit le quotidien de Baby, une jeune fille de 12 ans élevée par un père toxicomane dans les quartiers malfamés de Montréal. J’ai tout de suite été accrochée par ce livre en le voyant sur une des tables à l’avant de ma librairie préférée. Une couverture magenta montrant une petite fille en train de sauter à la corde à danser, difficile de résister! C’est en lisant la quatrième de couverture qui parlait de prostitution juvénile et de proxénétisme que j’ai conclu que ce livre n’était vraiment pas pour moi. J’ai beau étudier en psychoéducation et savoir très bien que tout n’est pas rose, je reste très sensible à la misère et à la souffrance. C’est après avoir vu à quel point une amie sur Goodreads avait aimé ce livre que j’en ai entamé sa lecture. Some guardian angels did a terrible job. They were given work in the poor neighborhoods where none of the others wanted to go. Every delinquent kid …

Ceux qui font les révolutions : la poète-volcan derrière l’actrice

Gabrielle B. Tremblay s’est révélée à l’œil public en jouant un des premiers rôles dans Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau (2016). Ma découverte d’elle s’est plutôt fait par la lecture de son recueil de poésie Le ventre des volcans

Entrevue avec Le bruit des plumes

Le bruit des plumes c’est une nouvelle entreprise de services linguistiques cofondée par Gabrielle Rousseau et Vickie Vincent. Toutes deux installées à Trois-Pistoles, c’est à partir de ce village mythique bas-laurentien que les deux jeunes femmes pilotent leur projet depuis 2015. Une « entreprise mi-sérieuse mi-givrée, qui partage son temps entre suivre avec bonheur le régime rigide de la langue et contourner les règles sans scrupule, mais avec tout autant de plaisir. » LE FIL ROUGE : Pourquoi Le bruit des plumes? GABRIELLE : Lorsqu’on le décortique, on peut déceler plusieurs sens. D’abord, les « plumes » font autant référence à Vickie et moi, à notre écriture, qu’à celle de nos clients, des textes sur lesquels on travaille. Le « bruit », quant à lui, peut renvoyer au message d’un texte qui se propage, au retentissement d’une courtepointe de mots qui fonctionne, qui entraîne l’effet escompté. Parce que c’est ce qu’on cherche à faire lorsque l’on rédige; on veut convaincre, accrocher, percuter. Le « bruit », au contraire, peut aussi être ce que l’on doit …

S’approprier ce qui nous appartient déjà

En tant que biologiste, je croyais que la seule façon de sensibiliser les gens à l’importance de protéger la nature, c’était d’énumérer les faits scientifiquement prouvés : « Un nombre X d’espèces est disparu dans le golfe du Saint-Laurent depuis cette année-là. » Ou encore « Après un déversement, un nombre Y de Québécois pourrait ne plus avoir accès à l’eau potable. » Le recueil J’écris fleuve m’a prouvé qu’on pouvait faire autrement : faire ressurgir nos sentiments pour la nature grâce à la beauté des mots et à la force de la littérature. Trente-cinq textes sur le même thème, mais sous des angles complètement différents. Certains abordent des souvenirs d’enfance sur les rives du fleuve, les châteaux de sable, les pique-niques et la première sortie de pêche père-fils. D’autres traitent de l’importance du Saint-Laurent dans leur processus d’écriture et leur vie d’auteur. Certains dénoncent ce qu’on lui fait subir avec ironie et insolence. On fait souvent référence à son histoire, à ses explorateurs et à ses appellations, mais on est loin du manuel scolaire. On a …

Frères : Un tout inclus dans l’aventure

Vous n’êtes pas du genre à lire des romans d’aventures, vous considérez la lecture de Moby Dick plutôt fastidieuse et celle de L’Odyssée d’Homère inaccessible? Ce qu’il vous faut, c’est Frères, le premier roman de David Clerson. Considéré comme un roman d’aventures, Frères parle avant tout de la relation entre deux frères, l’un manchot et l’autre avec des bras trop courts : Le premier, manchot, marchait devant, d’une démarche incertaine, comme si son membre manquant nuisait à son équilibre. Le second le suivait quelques mètres plus loin avec ses bras d’infirme, trop courts pour son corps. Tous deux avaient de l’eau jusqu’au ventre et la sueur coulait le long de leurs visages, si semblables avec leurs regards noirs et leur air de dieu étranger, primitif. (p. 9) Ils vivent à l’écart de la société dans une petite maison qui s’autosuffit avec leur mère, une femme qui devient de plus en plus sénile. L’écriture de Clerson est simple et sans superflu; chaque mot est pesé, chaque phrase est significative. Elle reflète cette simplicité de l’enfance qui parfois rappelle celle du Grand cahier d’Agota Kristof. Frères réussit …

Les bibliothèques des fileuses

Inspirée par l’article de Marjorie sur nos coins lectures, j’ai décidé de demander aux fileuses de m’envoyer une photo de leurs bibliothèques avec quelques lignes sur la façon de classer leurs livres ou bien de ce que représente cet endroit pour elles. Je trouvais cette petite incursion intéressante puisqu’on sait bien que les bibliothèques sont le miroir de l’âme, non? Peut-être pas, mais reste que la curiosité l’emporte et qu’on se plait tous à zyeuter un peu les bibliothèques d’autres passionnées de livres. La bibliothèque de Léonie Au fil de quelques voyages, j’ai conservé les plans des villes bariolés de gribouillis qui m’ont aidée à me rendre aux endroits conseillés. Je les ai disposés, collés et vernis au fond de ma bibliothèque, là où les livres prennent appui. Mon classement est par genre (policier, guides voyage, romans, dictionnaires, livres d’art). Aussi les livres en anglais sont classés à part, les romans sont divisés par maisons d’édition, et aussi entre ceux qui sont lus et ceux qui sont adorés. Les livres qui ne sont pas de référence, …

L’Inde littéraire (2e partie) : L’équilibre du monde

Après avoir fini Shantaram, j’étais désormais au Bihar, l’un des états les plus pauvres et les plus peuplés de l’Inde. Un peu plus de 100 millions d’habitants, juste pour vous dire. C’est dans cette région où Bouddha aurait eu son illumination que j’ai poursuivi mes lectures indiennes avec le roman L’équilibre du monde de Rohinton Mistry. Deux mois après l’avoir lu, je n’arrive toujours pas à m’expliquer ce qui m’a autant choquée et émue; c’est sans doute le livre qui m’a fait vivre le plus d’émotions jusqu’à ce jour. Peut-être est-ce la magnifique plume de Mistry qui rend ses personnages si humains, si attachants, qu’on ne peut supporter qu’une injustice de plus leur arrive. Peut-être était-ce aussi de constater que le récit que j’étais en train de lire pouvait être celui de l’homme assis près de moi dans le train, celui qui regardait curieusement le livre dans mes mains. C’est dans une Inde en plein changement, aux lueurs de son indépendance, que se campe L’équilibre du monde. Tout commence avec Dina, une femme qui ne peut se résoudre à abandonner …

D’amour et d’air frais : La mer, trois kilomètres à gauche

Ce n’est plus un secret, une partie de mon cœur est à l’archipel des Îles-de-la-Madeleine, pour ses plages, bien entendu, mais aussi pour sa culture et sa littérature. Parmi mes coups de cœur insulaires se trouve la maison d’édition la Morue verte, qui s’engage à promouvoir et à diffuser les auteur.es des Îles, toutes disciplines artistiques confondues. En ce début d’automne encore doux, j’y ai déniché ma perle rare pour Le fil rouge, c’est-à-dire le livre le plus réconfortant que j’ai eu la chance de lire cette année. Native de Havre-aux-Maisons, Suzanne Richard publie en 2013 un premier recueil de nouvelles qui a tout pour réjouir. La mer, trois kilomètres à gauche présente une galerie d’individus dans différents évènements qui jalonnent l’existence : le deuil, la maladie, la famille et ses rituels, l’amour naissant comme le couple qui se meurt. Les protagonistes sont d’âges et de caractères bien disparates, même si le ton narratif demeure toujours plus distancié. Usant des expressions locales, toutes les histoires se déroulent aux Îles et dépeignent différentes facettes d’un quotidien contemporain. …

Une bibliothérapie sans même ouvrir un livre…

… dans un salon du livre. C’était lors de la fin de semaine du 1er octobre 2016 que se tenait le 52e Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Venant de cette région, je ne pouvais manquer cet événement qui enflamme toujours mon cœur de lectrice. La seule différence d’avec les précédentes éditions, c’est que cette fois-ci j’y assistais avec mes yeux de fileuse, ouverte à l’absorption de tout ce qui s’y trouvait. Un salon du livre est le moment de l’année, dans votre région respective, pour rencontrer les auteurs qui vous tiennent éveillés tard le soir, qui vous font rêver, pleurer et réfléchir. Le moment pour aller dénicher des petites perles que vous n’auriez peut-être pas vues en librairie. Le moment pour aller vous emplir de cette ambiance festive où l’on célèbre les livres et où l’on en parle avec passion. Le moment pour aller faire dédicacer vos livres préférés et peut-être vivre des petits moments bouleversants. Mon moment bouleversant : Larry Tremblay  Lorsque j’ai vu passer Larry Tremblay derrière moi et que je l’ai vu se rendre …

Le grand marin : la quête de l’aventure au bout du monde

Le grand marin, premier roman de Catherine Poulain, c’est l’histoire de Lili, une Française qui abandonne tout pour aller pêcher à Kodiak, en Alaska. En moins de deux minutes, ma libraire m’avait convaincue que ce roman était ce qu’il me fallait, mais je n’arrivais pas à m’expliquer mon engouement pour celui-ci, n’ayant jamais eu d’intérêt particulier pour le monde de la pêche hauturière, un milieu d’hommes solitaires, âpre et dur. Malgré tout, j’étais pressée de me plonger dans ce livre, curieuse de comprendre ce qui peut bien motiver une Française à tout laisser derrière elle pour travailler illégalement sur des bateaux de pêche au bout du monde. Je crois que j’étais attirée par la singularité de l’histoire. Je voulais savoir comment Lili allait faire sa place parmi ces hommes. Je voulais savoir comment elle allait survivre à l’épreuve physique redoutable à laquelle les pêcheurs s’astreignent. En lisant Le grand marin, il ne faut pas s’attendre à une histoire remplie d’intrigues, puisque ce livre n’est que le récit du quotidien de Lili dans ce lieu isolé …