Year: 2016

Chère Zofia

Tu connais ce sentiment de n’être que le personnage secondaire d’un récit plus grand que soi? C’est exactement cela, mon histoire. Aujourd’hui, je vous invite à découvrir un merveilleux coin de la Gaspésie à travers une histoire d’amour à la fois extraordinaire et ordinaire, Prawda. C’est le premier roman de Roxanne Langlois, publié aux Éditions 3 sista (maison d’édition littéraire indépendante gaspésienne). Roxanne Langlois est née en 1987 à Shawinigan Sud. Son enfance et son adolescence sont tour à tour bercées par la Mauricie, le Saguenay et la Capitale-Nationale. Diplômée du Cégep de Jonquière en arts et technologie des médias (journalisme) et en communication, politique et société (Université du Québec à Montréal), elle rejoint Carleton-sur-Mer, son « âme sœur de village », à l’automne 2011. Objectif : vivre à temps plein son coup de foudre pour la Gaspésie. Prawda est son premier roman. Prawda (vérité en polonais), c’est l’histoire de Marie, une jeune fleuriste trentenaire et célibataire, vivant à Carleton-sur-Mer depuis toujours. Un soir de novembre un peu froid, alors qu’elle prend une bière avec des amies à la brasserie du …

Manger, prier, comprendre, sauver

-Mmmm… c’est… correct… a dit mon ex-chum-un-peu-trop-cinéphile à propos du film. -Ben non, arrête! C’est suuuper bon! ai-je répondu, tenant à défendre le film que j’avais regardé au moins dix fois. Ou du moins, le livre, lui, est super bon! Je te jure. Il faudrait que tu le lises, tu verrais. Ce qu’il n’a pas fait, mais ça c’est une autre histoire. C’est vrai que l’adaptation au cinéma du livre Mange, Prie, Aime de l’auteure américaine Elisabeth Gilbert n’a pas eu que des éloges. Film de filles un peu « cul-cul », manque de profondeur, etc. Mais si le film est passé à côté de certaines choses, le livre reste, selon moi, complet et puissant. Je ne vous parlerai donc pas plus longtemps du film, mais bien de la façon dont le livre qui l’a inspiré m’a plu, c’est-à-dire énormément. Au début du livre, on pourrait croire que Liz a tout ce qui pourrait la rendre heureuse dans la vie. Elle a un mari, une maison, une carrière prometteuse, mais malgré tout, elle est rongée par l’angoisse et le doute. À …

Du livre au film; De Paris est une fête à Midnight in Paris

Contrairement à mon dernier (et premier) article de cette chronique jumelant la littérature et l’art cinématographique, où j’avais fait une comparaison d’une adaptation d’un livre au film, je vais plutôt vous présenter un fabuleux livre qui a grandement inspiré un formidable film, sans toutefois prendre la même histoire et ses événements. Paris est une fête d’Ernest Hemingway est un livre mémoire de l’auteur où la découverte de celui-ci en pleine expansion s’offre au lecteur. De journaliste américain, il décide de se consacrer au métier d’auteur qui est un parcours long et difficile. On se rend compte dans ce livre que les grands noms de la littérature semblent avoir développé une certaine notoriété seulement après leur mort. Nous plongeons donc dans une histoire fantastique d’un homme qui vit de beaux mots et de bons vins dans la plus belle ville de France avec son épouse et nous partageons avec lui ses nombreuses découvertes. Paris est une fête par le nombre incalculable de choses merveilleuses qui peuvent se passer dans cette ville, d’une rencontre avec la célèbre collectionneuse …

Zoothérapie de Catherine Lepage : un livre qui fait plus que du bien

Je pense que j’ai trouvé LE livre qui représente le plus notre slogan, les livres qui font du bien, avec Zoothérapie de Catherine Lepage, publié chez Somme toute. Je pense aussi qu’il peut vraiment devenir le livre suprême des cadeaux, parce qu’honnêtement je ne connais personne qui n’a pas envie de recevoir un livre qui fait sourire, du bien et qui est plus que magnifique sur une table de salon. Des animaux; Des petites pensées qui font du bien; Résultat : un ouvrage des plus magnifiques et des plus touchants.  J’ai connu Catherine Lepage grâce à Fines tranches d’angoisse, un roman graphique où elle y traite d’anxiété et d’angoisse. Elle réussissait avec délicatesse à faire sentir à son lecteur qu’il est vraiment moins seul qu’il ne le pense. Alexandra, des Chroniques d’une anxieuse, en avait déjà parlé dans cette vidéo. Lepage a aussi travaillé avec Pierre Lapointe dans Le tragique destin de Pépito dont on a parlé ici. Je pense bien humblement que dans l’œuvre de Catherine Lepage, il y a beaucoup ce sentiment de « se …

La fille laide

Des fois, les gens disent des choses qui me font les aimer dans le négatif. Pas grand-chose, un petit rien, un simple soubresaut qui entortille un peu l’artère du coeur. C’est arrivé l’autre soir, alors que j’étais avec des amis et qu’on discutait de jeunes qui sont devenus la risée des Internets à cause d’un vidéo, d’un moment d’égarement ou d’un désir de l’autre de ridiculiser. On a parlé d’un jeune en particulier et A. a conclu la conversation en disant que, de toute façon, ce garçon n’avait enduré les moqueries que durant une année. Alors ce n’était pas si grave. J’ai eu un peu de peine, de ça. De l’entendre dire que les gens qui se font insulter chaque jour ne pâtissent que lorsque ça arrive. Comme si les souvenirs de douleur n’existaient pas pour ces gens-là, comme s’ils oubliaient les injures, comme si. Comme si moi j’étais en retard sur l’horaire, parce que j’avais pas passé à autre chose aussi facilement. Que j’aurais dû, peut-être, tourner la page après un an, après la …

Hantises sur les rives

J’ai eu la chance de rencontrer la charmante Marie-Claude Lapalme lors du lancement collectif de nos (premiers!) livres, le 30 août dernier à Montréal, où nous avons célébré la belle cuvée d’automne des éditions Hamac. En plus d’une personne particulièrement sympathique, j’y ai découvert une femme de lettres talentueuse et une plume à découvrir en cette rentrée. Originaire et habitant toujours Sherbrooke, elle enseigne le français et le cinéma au collégial. Le bleu des rives (Hamac, 2016), de son poétique titre, est une immersion dans le cadre naturel des rives, au sens premier et figuré. Le texte se présente comme un archipel de nouvelles cadrant différents personnages comme autant d’îlots s’articulant autour de l’eau et de ses imaginaires. Le lac trône au milieu des récits comme un œil inquiétant, d’une force insondable et menaçante. On plonge dans l’écriture coulante de Lapalme pour atteindre des profondeurs vertigineuses, pour toucher quelque chose d’enfoui en nous, en nos vertiges. Sublime est le mot qui m’est venu à l’esprit en lisant, comme l’impression de se tenir près d’un gouffre …

Monogamies et déceptions

Jolène tente de faire son petit bonhomme de chemin à travers la mêlée d’autres mélomanes amoureux de liberté de sa génération. Sauf qu’elle est victime d’une malédiction depuis sa naissance : son prénom est également le titre de la célèbre chanson de la chanteuse Dolly Parton, Jolene. Comme mon prénom est Roxanne, sans dire que The Police ont fucké ma vie sexuelle, je pensais vraiment me retrouver dans le personnage de Jolène, d’autant plus que c’est aussi le prénom de l’auteure, elle doit bien s’y connaitre en la matière! J’avais donc plutôt hâte de mettre la main sur le roman. Monogamies ou Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle est écrit un peu à la manière d’un journal intime, entrecoupé de funfacts sur Dolly Parton ou sur sa chanson Jolene, maintes fois reprise à toutes les sauces. On y suit les péripéties de Jolène qui cherche quelqu’un pour partager sa vie un peu trash, tout en voulant garder pour elle seule ses deux meilleurs amis Bear et Pouliche. On y lit aussi parfois …

Entrevue avec Mélissa Verreault

C’est bien fébrile que je me rendais dans un café de la Petite Italie, en milieu de semaine, pour y rencontrer l’auteure Mélissa Verreault. Lieu qui n’a pas été choisi par hasard, d’ailleurs : le dernier roman de Mélissa, Les voies de la disparition, se déroule en partie dans l’Italie des années 1980, alors que survient ce que l’on nommera l’attentat de Bologne. En partie, dis-je bien, car ce n’est qu’une des voies de la disparition que l’auteure a choisi d’exploiter. On a donc parlé de tout ça, et de bien d’autres choses, et ma nervosité s’est rapidement éclipsée tant j’étais fascinée par cette femme éloquente, drôle et intéressante. Téteuse, oui, oui, mais c’est ce que j’ai avoué d’emblée à Mélissa : son roman est une grande réussite. On y plonge sans s’arrêter, à l’image de cette entrevue que j’aurais voulu faire durer toute la journée. En m’asseyant, je lui ai aussi avoué que je n’avais pas lu son roman précédent, L’Angoisse du poisson rouge. « Pas besoin! », me dit-elle. Mais pourquoi avoir repris les mêmes personnages, alors? …

Station Eleven : entre nostalgie et fin du monde

Parce que survivre ne suffit pas. Le premier jour : Éclosion de la grippe géorgienne. On estime qu’elle pourrait contaminer 99 % de la population. Deux semaines plus tard : La civilisation s’est effondrée. Vingt ans après : Une troupe présente des concerts et des pièces de théâtre aux communautés regroupées dans des campements de fortune. La vie semble de nouveau possible. Mais l’obscurantisme guette, menaçant les rêves et les espérances des survivants.  Presque toutes les rubriques et médias littéraires en parlent, tous l’encensent comme étant le roman de l’été, une lecture émouvante, touchante, qui captive. J’ai eu le gout de m’y plonger et de voir de quoi il était question dans ce fameux quatrième roman de l’auteure Emily St. John Mandel. Ce roman choral joue dans le temps, dans les souvenirs et dans les moments tant avant, pendant, qu’après la grippe de Géorgie, pandémie qui tua 99 % de la population. Bien que le récit soit post-apocalyptique, qu’il s’instaure dans la lignée des dystopies, le point focal de celui-ci n’est pas la fin du …

Chroniques d’une anxieuse : avec toi j’révolutionnerais le monde

On m’avait surnommée le raton laveur au primaire parce que j’avais des cernes bleus qui m’pendaient jusqu’aux genoux. J’en ai pleuré une shot quand le gars sur qui j’avais un kick m’a appelée d’même devant toute la classe. J’ai longtemps pensé que j’tais pas belle, comme dans la toune de Jean Leloup, une p’tite maigrichonne qui se trouverait jamais de chum. Juste sentir mon corps exister, respirer, c’tait tough. Je faisais de l’insomnie, à 12 ans. Et j’avais des cernes de raton laveur, ben bleus, ben creux. J’savais pas pourquoi j’tais comme ça. J’me sentais différente pis pas normale. Trop souvent. Les p’tites voix dans mon cerveau me criaient des bêtises. C’tait gossant à la longue de se faire dire que je n’y arriverais pas, que j’devrais pas dire ceci ou cela, que j’tais pas bonne, pas fine, pas jolie pis un peu conne aussi. Ça te brime la confiance et l’estime en même temps. Un jour, j’ai surpris mon père dans son lazyboy, du Charles Aznavour dans l’tapis, une larme à l’œil. Il regardait …