Year: 2016

La poésie désinvolte de Daphné B. et d’Alexandre Dostie

Les recueils de poésie ont longtemps été en voie d’extinction dans ma bibliothèque ; c’était le seul genre de littérature que je boudais. J’aurais pourtant voulu lire les grands noms avec frénésie, être émue par la verve de Baudelaire ou de Nelligan. J’ai essayé fort, sans jamais y prendre de réel plaisir. Triste hein. Jusqu’au jour où je suis tombée sur le recueil Shenley (2014, L’écrou) d’Alexandre Dostie, un jeune poète québécois qui avait décidé de poétiser le monde ouvrier en faisant parler un gars d’chop typique. Je me suis surprise à sourire devant des phrases comme : « toé bé, des blondes comme toé c’est rare » ou encore « les gars versent à grandes gorgées/du cresta blanca/sur les hoods de leurs minounes/en jupes courtes/comme leur chicklet-chicks/assises dans le char ». Son écriture, loin du style léché qui m’agaçait chez plusieurs poètes, était audacieuse, rythmée, poignante. En peu de mots, le poète arrivait à me faire redécouvrir tout un univers, à le faire ressentir. La poésie ne se résumait plus qu’à des petits bouts de phrases qui sonnent bien. Avec …

Littérature & bouffe: accords parfaits #1

Dans la vie, j’ai deux activités préférées: lire et manger. C’est de là qu’est née l’idée de ces articles sur les accords en bouffe et littérature! Je vous propose, en deux parties, des suggestions de plats pour accompagner vos lectures de différentes parties du monde. J’avoue qu’il y a des clichés « gros comme ça » dans les choix de mets, mais il n’en reste pas moins que ce sont des repas que j’ai envie de (re)découvrir. Pour ce qui est de la sélection de livres, j’ai tenté d’offrir une certaine variété, autant dans les époques que dans les styles, et j’aurais pu en mettre beaucoup plus! Et vous, quels plats s’harmonisent le mieux avec vos bouquins favoris? Littératures scandinaves : Fiskekaker, rødkål et potetmos accompagnés d’un aquavit sour. Exit les boulettes du Ikea : la culture scandinave regorge d’excellents plats qui vous sortiront de votre zone de confort. C’est connu, les habitants de ces pays mangent beaucoup de poisson et de fruits de mer. Ma copine Soline, qui a passé 2 ans en Norvège, vous suggère des fiskekaker, …

Autour des livres : Rencontre avec Roxanne, correctrice et collaboratrice chez Le fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires. Pour cette édition, on vous présente Roxanne, collaboratrice et correctrice chez Le fil rouge! 1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture? On m’a très souvent raconté qu’à l’âge de 3 ans, ma mère m’avait lu l’histoire de Cendrillon tellement souvent que je la connaissais par coeur, je pouvais même …

Jeunes et ingouvernables: quand l’héroïne guerrière prend d’assaut la littérature jeunesse

L’an dernier, dans un billet intitulé Les Enflammées, je vous ai parlé de la récente récurrence de l’archétype littéraire et filmique de la jeune rebelle, intrépide, rousse et très souvent archère : prenant racine chez Fifi Brindacier, ce type, de plus en plus en vogue aujourd’hui, s’incarnerait ainsi chez Tauriel (The Hobbit), Merida (Brave), Ygritte (Game of Thrones), etc. Comme si sa rousseur symbolisait son « feu intérieur », cet archétype issu de l’imaginaire fantastique proposerait une sorte d’allégorie de la résistance féminine juvénile, ce qui ferait d’elle, en ce sens, un modèle féministe. Dans un autre sens, j’ai émis l’idée selon laquelle la persistance du trope de la relation amoureuse avec un homme consoliderait la compréhension de la figure féminine comme essentiellement sujette et dépendante au rapport hétérosexuel, ce qui problématiserait sa dimension féministe tout en réaffirmant une certaine normativité sexuelle. Prolongeant cette réflexion, il m’apparaît de plus en plus, et c’est peut-être aussi votre cas, qu’au sein de la culture YA (diminution de young-adult fiction, ou littérature pour jeune adulte en français) la …

Zviane en trois temps

Bien souvent, nous associons – à tort – la bande dessinée à un public adolescent. Que ce soit en raison des superhéros aux pouvoirs fantastiques, des personnages de jeunes voyous farceurs (Titeuf for the win) ou encore d’animaux anthropomorphisés (Krazy Kat, Garfield, Snoopy et cie), la bande dessinée semble d’emblée destinée à un public précis et, disons-le, assez restreint. Or, l’éclatement des genres, la multiplicité des styles et l’élaboration de récits bien plus matures qu’autrefois viennent contrecarrer cette tendance à catégoriser ce que certains et certaines nomment le 9e art : il n’est plus simplement question de divertissement juvénile. Le Québec grouille d’artistes hyper talentueux et l’univers de la bande dessinée n’est pas en reste de cet essor culturel. Pour vous donner un petit goût de ce qui se retrouve dans nos librairies préférées, je vais vous parler d’une bédéiste que j’adore x 1000000000 : Zviane. Née à Longueuil, elle a un baccalauréat en musique de l’Université de Montréal et se dirigeait sagement vers la maîtrise, mais elle a plutôt préféré se concentrer sur ce qui la …

La remontée de Clarisse

La remontée, de Maude Nepveu-Villeneuve, c’est l’histoire de Clarisse, une fille imparfaite, un peu détruite par la vie, mais qui malgré tout cherche le bien. C’est l’histoire d’une amoureuse qui tombe pour le beau David avec qui elle passe un été à aimer. C’est aussi l’histoire d’un couple qui se sépare pour des raisons pratiques, mais qui continue mutuellement de penser l’un à l’autre. Clarisse continue de penser à lui parce qu’elle élève seule leur fille, Lavinia, secret qu’elle n’a pas confié à David. Les années passent et c’est par un soir d’exposition à la galerie où elle travaille que Clarisse reçoit l’appel d’une dame qui cherche David. Un peu sur un coup de tête, elle décide d’aller à Sainte-Catherine-sur-mer, un village du Bas-du-Fleuve, pour participer à sa recherche. La dame l’accueille chez elle où elle héberge déjà quelques chambreurs, dont David, et c’est ainsi qu’elle se trouve projetée dans un univers où le silence et la nature la ramènent à cet été passé avec lui. Rapidement, on déclare que David est disparu et ce n’est que quelques …

Portrait d’un être fictif : Le cas de Lyra (Partie 2)

Maintenant que j’ai vingt-quatre ans et toutes mes dents, le personnage de Lyra me paraît à présent si peu sans la présence de Will. Will apparaît dans le deuxième tome de la trilogie. Il fait la rencontre de Lyra dans un autre monde que celui de la jeune fille. Bref, le monde de Will est le nôtre à première vue. Il se développe une complicité extraordinaire entre les deux protagonistes et pourtant, Will n’est pas d’emblée un jeune garçon sympathique et charmant. Il se veut plutôt discret et une de ses spécialités est sa capacité à disparaître parmi la foule. Je me reconnaissais également en lui. En présence de Will, Lyra prenait de la maturité. Elle demeurait la même fille audacieuse et ambitieuse, mais elle devenait plus réfléchie et moins impulsive. D’ailleurs, Will adorait la détermination de Lyra : « Il perçut dans sa voix et il vit sur son visage une détermination qu’il connaissait bien et qu’il aimait plus que tout. » (Le Miroir d’Ambre, p. 344) Tous les deux se complétaient parfaitement. Chez notre …

Portrait d’un être fictif : Le cas de Lyra (Partie 1)

‘I prefer a girl hero.’ ‘I always wished I was an orphan. Most of my favorite characters are. I think their lives are more special.’ -Suzy de Moonrise Kingdom. J’étais un peu comme Suzy Bishop lorsque j’avais son âge. Une enfant perturbée ne sachant pas trop qui elle est et où elle va. En quête constante d’une place où se poser. Or, comme elle, je me connaissais un intérêt particulier pour les livres et les histoires enchantées. Je cherchais des modèles à travers la littérature et c’est bien souvent eux qui me faisaient prendre conscience de ma non-solitude. Entourée de ces personnages fictifs, je me sentais soudainement au bon endroit. Comme elle, je préférais les héroïnes, mais j’avais de la difficulté à les trouver parmi le lot de personnages masculins. Comme elle, plusieurs de mes personnages favoris étaient orphelins et il m’est arrivé à quelques reprises de les envier honteusement. En somme, j’étais une enfant assez discrète et il pouvait s’avérer très ardu de tenter de comprendre ce qui se passait derrière ces grands yeux …

Les heures souterraines

« Elle fait chaque jour ce trajet depuis huit ans, chaque jour les mêmes marches, les mêmes tourniquets, les mêmes souterrains, les mêmes regards jetés aux horloges, chaque jour sa main se tend au même endroit pour tenir ou pousser les mêmes portes, se pose sur les mêmes rampes. » Il existe des livres qui vous accrochent de leurs griffes et qui prennent le contrôle de vous. Vous n’avez plus le choix de continuer à lire et vous n’êtes plus capables de refermer le livre avant d’avoir atteint la dernière ligne. Les heures souterraines de Delphine de Vigan m’a prise dans son emprise et ne m’a plus lâchée jusqu’à ce que je le referme. Cela tombait bien : j’avais plusieurs heures d’avion devant moi. Mais, une fois achevé, le roman a continué à m’habiter, me donnant l’impression que je pouvais en discuter le sens pendant des heures. Un livre profond et marquant. Il raconte en premier lieu une histoire de harcèlement psychologique au travail. Mathilde travaille dans le département marketing, pour la même entreprise depuis …

Autour des livres : Rencontre avec Caroline Dubois, amoureuse des mots

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisation et au niveau de ses préférences littéraires. Pour cette édition d’Autour des livres, on vous présente une passionnée des livres qu’on a découverte sur Instagram. Elle partage ses lectures et celles-ci collaient souvent avec celles dont on vous parlait sur le blogue, on s’est donc mises à se suivre mutuellement et ainsi, à s’inspirer! Caroline est animatrice au 96,9 CKOI. …