Year: 2016

L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy : quand le folklore d’ici rencontre la fantasy

Ceux et celles qui me connaissent bien (ou qui ont appris à me connaître à travers mes articles!) savent que j’adore les littératures de l’imaginaire, plus particulièrement le fantastique et la fantasy. Concernant cette dernière, j’aime lorsqu’elle se déroule dans un univers inventé de toutes pièces, bien sûr, mais j’aime encore plus lorsque l’auteur sait rattacher sa magie et ses créatures à une véritable époque de notre histoire. Une fantasy se déroulant au Québec du XIXe siècle, vous y auriez pensé, vous? C’est pourtant ce qu’a construit l’auteur Sébastien Chartrand dans son roman L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy, premier tome prometteur d’une trilogie publiée chez Alire et intitulée Le crépuscule des arcanes. Cela faisait déjà un petit moment que ce roman m’intriguait et, depuis que j’avais mis la main dessus lors du (désormais) fameux événement littéraire du 12 août, je n’attendais que le bon moment pour pouvoir me plonger dans son univers. J’ai dévoré les 434 pages du bouquin en quelques jours seulement, à travers le fignolage de mon mémoire de maîtrise, mes nombreux blitz d’écriture et …

Autour des livres : Rencontre avec Marika G, collaboratrice chez Le fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires. Cette semaine, on vous présente Marika, notre collaboratrice!  1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture? Ma mère. Sous mon œil, la littérature vu le jour sous la forme de ma mère. Le livre, c’était elle. La bibliothèque, c’était un constituant de sa personne. J’étais fascinée par ce rite qu’elle …

Scarlett O’Hara et moi

Lorsque j’ai atterri à Atlanta, j’ai tout de suite senti que je mettais les pieds dans une partie des États-Unis à part. Évidemment, on parle souvent des américains comme s’il faisait partie d’un seul bloc uni, mais les États-Unis sont un pays gigantesque, composé d’autant d’états que de cultures différentes. Cependant, le sud a un héritage particulièrement distinct des autres régions, en partie à cause de son antécédent colonial (France, Espagne..), son économie anciennement et tragiquement basée sur l’esclavage et son séparatisme pendant la guerre de Sécession. Le Sud, mélange de différentes cultures, est imprégné d’une histoire très forte, encore présente partout, comme si les habitants préféraient rester dans une douce nostalgie du passé au lieu de se tourner vers la modernité excessive comme à New York ou Los Angeles. Mais surtout, le Sud se démarque par une place accrue donnée à la création artistique : musique, littérature, arts visuels… les arts sont partout, vivants et merveilleux. Des arts d’antan et traditionnels, mais qui continuent à être actualisés par les jeunes artistes. Dans un Saloon au bord …

Le pouvoir des mots

On a tous une arme indestructible en nous. Une arme si puissante qu’elle peut blesser même le plus puissant du haut de ses six pieds. Ce pouvoir est la parole, mais plus précisément les mots. On entend souvent que les mots blessent et cela ne pourrait pas être plus vrai. Par contre, ils ne font pas que détruire les gens, les mots servent aussi à les inspirer. Si on utilise les bons mots alors on peut faire beaucoup de bien. C’est la raison pour laquelle on aime tant lire certains livres, car ils nous transportent dans des univers inconnus et nous font rêver. On lit divers mots par jour qui ont diverses fonctions ou classes de mots. Chaque domaine a son propre lexique. On ne les comprend pas toujours, mais c’est pour cela qu’on apprend à tous les jours. On élargit notre banque de lexique au fils des années. Ma maman m’a toujours dit que l’on a un vocabulaire plus riche si on prend le temps de lire. Par contre, cela ne veut pas dire que lire …

L’orangeraie, une histoire d’actualité

Une amie m’a conseillé de lire L’orangeraie de Larry Tremblay il y a quelques mois. Depuis cette discussion, je l’ai contemplé en librairie à maintes reprises, puis finalement acheté. J’ai apprécié cette lecture de la première page à la cent-soixantième par son écriture charmante et directe. Cet ouvrage m’a fait ressentir un amas d’émotions différentes allant de la joie à la nostalgie, à la tristesse, émotions parfois difficiles à camoufler, surtout lors de mes séances de lectures quotidiennes dans le métro. L’orangeraie, c’est l’histoire de deux jeunes jumeaux, Aziz et Amed, vivant quelque part au Moyen-Orient sur l’Orangeraie familiale avec leurs parents. La vie semble paisible dans leur petit coin de paradis, jusqu’au moment où tout bascule, où la guerre supprime toutes traces de sérénité et tache le destin de rouge de cette famille. C’est la démonstration d’une union entre deux frères dont leur enfance s’efface pour laisser la place à un destin beaucoup plus noir que prévu, c’est l’histoire d’une enfance volée par les injustices de ce monde. « Il régnait dans la maison une …

Coeur de bête hôpital: une visite sans fioritures

J’ai aimé lire ce court recueil à saveur poétique écrit par Christine Germain et publié par la maison d’édition indépendante Rodrigol. Cœur de bête hôpital m’a d’abord séduite par sa jolie couverture, mais le charme a continué d’opérer au fil de ses pages. Au milieu d’une trame sonore de casseroles tabassées pendant un printemps de révolte se trouve un hôpital qui a du cœur, au cœur de Montréal. En ses murs et aux alentours, Christine Germain nous livre son observation à chaud d’une population qui y gravite. Des patients de tout acabit qui viennent d’aussi loin que l’Abitibi pour passer go au système de santé et y réclamer des soins. Des gens nouvellement vulnérables ou qui le sont davantage, vivant à froid, seuls ou non, chacun leur drame de corps ou d’esprit. Il y a aussi les travailleurs, qui soutiennent le fort hospitalier dans la ville qui grouille de vies. L’auteure prend soin de nous libérer de l’air recyclé de l’hôpital un court moment et nous fait prendre une bouffée d’air plus frais, juste à …

Ce qui n’a pas d’âge

« Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout. » Victor Hugo En février 2014, quand je suis partie pour l’Irlande dans le but d’y faire un stage dans une petite classe de maternelle, je trainais, dans mes bagages, des livres. Des albums jeunesse qui avaient su m’émerveiller. Des couleurs, des images, des mots que je voulais partager. Cette année-là, j’ai parcouru une dizaine de pays en conservant sur mon dos cet immense bagage qui était presque impossible à transporter. Au fil des jours, je me suis détachée des objets que je considérais superflus. Des vêtements trop chauds, des chandails usés, des cosmétiques que je n’utilisais jamais de toute façon… Mais je n’ai jamais pu me résoudre à me débarrasser de mes albums jeunesse. Mes albums sont usés et incroyablement vivants. Ils ont fait rire des enfants sur tous les continents. Mes albums ont transporté des enfants dans des univers nouveaux et remplis de fantaisie. Ces albums, je les découvre au fil des jours avec tous les élèves …

Chroniques d’une anxieuse : j’ai le awkward souvent

J’ai le awkward souvent. Quand c’est ma fête pis qu’on me souhaite bonne fête j’dis toi aussi. Je ris quand j’suis mal à l’aise à des moments inappropriés. C’est comme mon mécanisme de défense. J’ai déjà renversé une boisson en fontaine sur une fille sans faire exprès et j’ai tâché ses beaux souliers blancs. Un moment donné une femme m’a demandé de tenir un cupcake qu’elle venait juste de s’acheter, en spécifiant «échappe-le pas là!», pis je l’ai échappé. J’suis faite de même, qu’est-ce tu veux. J’ai essayé souvent de changer ce côté-là de moi, mais ça l’air que ça marche pas d’même la vie. Y’a des choses qui changeront jamais et qu’on doit seulement accepter. J’suis une perdue, voilà c’est dit. Quand je dois me rendre en quelque part, je prends à tout coup le mauvais chemin, même avec un GPS. Faque c’est ça, c’t’un peu niaiseux, la p’tite flèche bleue m’indique la bonne direction, mais je réussis quand même à aller dans le sens inverse. Mon cerveau n’a pas été programmé comme du …

Virginia Woolf et moi

Je ne me souviens pas la première fois où j’ai aperçu ce joli album, probablement lorsque je travaillais en librairie. Je me souviens de m’être installée longuement dans les allées à le toucher, l’admirer et me dire qu’un jour, j’aimerais bien l’avoir chez moi. Les années ont passé et je ne l’ai jamais acheté. Or, une fois, j’ai eu une carte cadeau et j’ai commandé des bouquins en ligne, dont celui-ci. J’ai reçu un courriel plus tard me disant qu’il était discontinué. Malheur. C’est donc avec bonheur et excitation que cette année au Salon du livre de Montréal, j’ai aperçu Virginia Wolf dans le kiosque des Éditions de La pastèque. Écrit par Kyo Maclear, illustré par Isabelle Arsenault et traduit par Fanny Britt (on se souviendra du marquant duo pour Jane, le renard et moi!), cet album de quelques pages est tellement beau que je ne pouvais faire autrement que de l’installer fièrement sur la cimaise de mon salon. Plongée dans le bouquin, je réalisais que c’était, en plus d’être beau (Isabelle Arsenault est tellement …

American (dream) Psycho

Je vais vous parler d’un roman que j’adore et qui mérite d’être lu, malgré le fait que son épaisseur (assez) imposante a tendance à en rebuter certains.es : American Psycho, de l’américain Bret Easton Ellis. La littérature des années quatre-vingt-dix a été fortement marquée par la curieuse fascination des Américains pour les meurtriers psychopathes tels qu’Ed Gein, Ted Bundy, ou encore le fameux Charles Manson. De célèbres auteurs – il suffit de penser à Joyce Carol Oates avec son Zombi et à Thomas Harris avec Hannibal (Lecter), pour n’en nommer que deux – se sont fortement inspirés de ces personnages afin de créer les leurs. D’ailleurs, Bret Easton Ellis lui-même s’est fait verser par son éditeur, Simon & Schuster, une avance de 200 000 dollars (rien de moins!) pour qu’il élabore son prochain récit autour d’un de ces monstres contemporains qui réjouissaient tant les lecteurs de cette époque. C’est comme cela que le personnage de Patrick Bateman, d’American Psycho, est né. Le nom du protagoniste seulement fait tout de suite penser à Norman Bates, du …