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Pleurer à la fin d’un Hemingway

Quand j’étais plus jeune, je pensais que la qualité d’un livre se mesurait par le nombre de larmes que je versais. Plus je pleurais, meilleur le livre était. J’avais un faible particulier pour les histoires d’amour où le gars meurt à la fin, ce qui inquiétait beaucoup ma mère. Avec le temps, mes critères ont changé et je n’ai plus eu besoin de pleurer toutes les larmes de mon corps pour donner le titre de chef-d’oeuvre à un roman, mais il reste toujours une partie de moi qui est profondément satisfaite lorsqu’un livre me fait monter les larmes aux yeux. Voilà ce à quoi je pensais lorsque j’ai tourné la dernière page de Pour qui sonne le glas, des larmes brûlantes roulant sur mes joues. Ernest Hemingway est l’auteur qui m’a fait comprendre que le simple peut être beau, profondément touchant et même grandiose. « Dans une tempête de neige, le vent peut souffler en rafales; mais il souffle une pureté blanche et l’air est plein de courants de blancheurs : tout est transfiguré et, quand …

L’Inde littéraire (2e partie) : L’équilibre du monde

Après avoir fini Shantaram, j’étais désormais au Bihar, l’un des états les plus pauvres et les plus peuplés de l’Inde. Un peu plus de 100 millions d’habitants, juste pour vous dire. C’est dans cette région où Bouddha aurait eu son illumination que j’ai poursuivi mes lectures indiennes avec le roman L’équilibre du monde de Rohinton Mistry. Deux mois après l’avoir lu, je n’arrive toujours pas à m’expliquer ce qui m’a autant choquée et émue; c’est sans doute le livre qui m’a fait vivre le plus d’émotions jusqu’à ce jour. Peut-être est-ce la magnifique plume de Mistry qui rend ses personnages si humains, si attachants, qu’on ne peut supporter qu’une injustice de plus leur arrive. Peut-être était-ce aussi de constater que le récit que j’étais en train de lire pouvait être celui de l’homme assis près de moi dans le train, celui qui regardait curieusement le livre dans mes mains. C’est dans une Inde en plein changement, aux lueurs de son indépendance, que se campe L’équilibre du monde. Tout commence avec Dina, une femme qui ne peut se résoudre à abandonner …

Le grand marin : la quête de l’aventure au bout du monde

Le grand marin, premier roman de Catherine Poulain, c’est l’histoire de Lili, une Française qui abandonne tout pour aller pêcher à Kodiak, en Alaska. En moins de deux minutes, ma libraire m’avait convaincue que ce roman était ce qu’il me fallait, mais je n’arrivais pas à m’expliquer mon engouement pour celui-ci, n’ayant jamais eu d’intérêt particulier pour le monde de la pêche hauturière, un milieu d’hommes solitaires, âpre et dur. Malgré tout, j’étais pressée de me plonger dans ce livre, curieuse de comprendre ce qui peut bien motiver une Française à tout laisser derrière elle pour travailler illégalement sur des bateaux de pêche au bout du monde. Je crois que j’étais attirée par la singularité de l’histoire. Je voulais savoir comment Lili allait faire sa place parmi ces hommes. Je voulais savoir comment elle allait survivre à l’épreuve physique redoutable à laquelle les pêcheurs s’astreignent. En lisant Le grand marin, il ne faut pas s’attendre à une histoire remplie d’intrigues, puisque ce livre n’est que le récit du quotidien de Lili dans ce lieu isolé …

Lectures d’horreur pour se préparer à l’Halloween

Le mois d’octobre est un peu comme le mois de décembre pour moi. Malgré l’impopularité de la fête de nos jours, j’adore l’Halloween. J’aime décorer mon appartement dès l’arrivée de l’automne, acheter des citrouilles, écouter les classiques de films d’horreur et aussi évidemment, lire des livres à thématique d’horreur. Il n’y a rien comme une lecture un peu creepy pour se mettre dans l’ambiance de la fête et de l’automne en général. Je vous propose donc quelques histoires dont j’ai apprécié la lecture. Le chat noir d’Edgar Allan Poe Le chat noir est une petite nouvelle parue en 1843. C’est l’histoire d’un homme qui adore les animaux, mais avec le temps son tempérament change et sa dépendance à l’alcool augmente, il développe un caractère agressif et commence à détester ses animaux et à les maltraiter. Un jour, il tue son chat d’une façon plutôt atroce. Peu de temps après ce meurtre, d’étranges évènements se produisent. C’est une nouvelle mélangeant la réincarnation, la vengeance, et bien sûr, pour une bonne histoire d’horreur, un fantôme. « Une …

Ces filles qui en savent trop

La vie n’est pas un paragraphe et la mort n’est pas une parenthèse.   Je ne lis pas de romans policiers. La réponse logique pourrait facilement se traduire par le fait que je suis peureuse, que la simple idée qu’un livre trônant sur ma table de chevet contienne un tueur en série prêt à découper son voisin en julienne puisse être l’objet de mes cauchemars anticipés. Mais la vraie réponse est que je n’y connais rien. L’horreur s’offre à nous dans les journaux, à la télévision et au cinéma. Certains diront que c’est assez, que les bains de sang et les tueurs de masses ont été abordés assez souvent dans notre culture, qu’il faut arrêter de leur donner toutes ces attentions. Je n’ai jamais pu me faire une opinion éclairée sur la situation, puisque pour moi, la théorie abordée dans le roman policier du meurtrier en fuite reste un mythe. Même si le sujet paraît évident pour certains, il n’en demeure pas moins que quelque chose m’a toujours attirée, comme un fruit défendu. Si je m’exalte et …

Avant toi, ou comment j’ai fait la paix avec les livres romantiques

Lorsque je suis sortie de la salle de cinéma, les yeux pleins de larmes, mon amie m’a dit : « Si tu veux te torturer encore plus, lis le livre! » Je me suis donc jeté cœur et âme dans cette aventure une seconde fois, au beau milieu de la campagne anglaise froide et magnifique, pour revivre cette histoire qui m’a réconciliée avec le romantisme. Publié d’abord en anglais en 2012, ce roman de 480 pages arrive sur le marché francophone en 2014. Écrite par Jojo Moyes, une ancienne journaliste britannique, cette histoire soulèvera une polémique importante, durant laquelle les protestataires iront même jusqu’à demander le boycottage de l’œuvre, affirmant qu’elle traite d’un sujet sensible (le handicap physique) avec légèreté, voire avec pessimisme et sans réelle connaissance du sujet. Toutefois, cela n’empêche pas Thea Sharrock d’adapter l’histoire au grand écran dans un film mettant en vedette Emilia Clarke et Sam Claflin, sorti à l’été 2016. J’ai un peu honte de dire que j’ai toujours été snob quant aux romans d’amour. Je trouvais que ce genre d’histoire …

Miss P. et ses enfants particuliers

Je constate que la littérature fantastique est souvent boudée, ou n’est tout simplement pas considérée comme de la «vraie» littérature. J’aime en lire, mais je reste tout de même sélective dans mon choix de lecture. Souvent mes choix sont portés par la couverture, ou encore, la maturité de l’écriture de l’auteur-e. J’aime lire ce genre parce que je le considère exutoire. Il me permet de rêver et me donne un sentiment de liberté. Il me permet surtout de conserver mon cœur d’enfant. J’ai fait la rencontre de Miss Peregrine grâce à Tim Burton. Ceux et celles qui me connaissent savent que je suis en amour avec cet homme. Je me tiens donc au courant de ses nouveautés, et c’est alors que j’ai appris qu’il allait faire l’adaptation du premier roman, et le premier de la série Miss Peregrine, de Ransom Riggs. Je me devais de le lire. La sortie du film était prévue pour le 30 septembre. Malgré une certaine déception à des changements apportés dans l’histoire (ils ont interchangé des personnages et leurs particularités…), …

Sous la cloche

Au cours du lancement des coffrets littéraires du Fil rouge, il y a avait un panel sur la littérature avec des auteures québécoises; lors de cette soirée, j’ai appris l’existence d’une auteure américaine, Sylvia Plath. Unanimement, cette auteure, plus précisément son roman The bell jar, La cloche de détresse en français, était un incontournable, en plus d’être un livre bouleversant, mais éblouissant. C’est l’histoire d’Esther Greenwood, elle a dix-neuf ans et passe un séjour à New York, car elle a gagné un concours de poésie organisé parc un magazine populaire. Elle se retrouve donc dans cette grande ville toujours en action avec douze autres filles et participe à des soirées, des événements de mode, etc. Sous une toile de fond des années cinquante, Esther perd intérêt pour les activités préalablement organisées, pour s’inventer ses propres aventures à travers la ville agitée, des bonnes comme des moins bonnes. À son retour de New York, elle retrouve la petite ville de banlieue monotone où elle a grandi, il faut dire qu’Esther a toujours eu une vie mouvementée, …

À ressasser les choses, des heures d’affilée

Quand je roule aujourd’hui dans la campagne, je découvre encore des détails qui me rappellent Hailsham. J’ai découvert le film Never let me go un peu par hasard. Je cherchais un film au contenu romantique pour satisfaire ce côté fleur bleue de ma personne. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre et j’ai été agréablement surprise. Je me suis même offert le DVD pour être certaine de pouvoir le visionner aussi souvent que l’envie me prendrait. À l’époque de ma découverte du film, peu de temps après sa sortie, dont je n’avais pas du tout entendu parler, j’ai tout de suite entamé ma recherche du roman dont avait été inspirée la version cinématographique, réalisée par Mark Romanek, avec Carey Mulligan (une révélation pour moi comme actrice), Keira Knightley et Andrew Garfield dans les rôles principaux. La version française, Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro. Dans chacune des librairies où je passais, indépendantes ou usagées, je demandais s’ils avaient en magasin le titre. Je voulais qu’il vienne à moi un peu comme le …

L’Inde littéraire (1re partie) : Shantaram

En faisant mon sac à dos pour partir en Inde, il était évident que le roman Shantaram de Gregory David Roberts devait me suivre jusqu’au sous-continent indien. Percevant ce livre comme un laissez-passer, j’avais l’impression qu’il m’aiderait à me forger au contact des multiples réalités de ce vaste pays. L’envie de lire ce roman était née grâce aux mots des autres, au fil des conversations où l’on s’évade et se promet d’aller un jour en Inde (ces moments ont lieu généralement très tard quand les bouteilles s’empilent…) C’est donc là-bas que j’ai entamé ma lecture, faisant résonner les mots de l’auteur avec ce que je voyais. Récit d’aventure, un genre qui convient parfaitement à l’effervescence et au mouvement constant du pays, Shantaram oscille entre la fiction et les mémoires du romancier. Dans cette brique de quelque 900 pages, c’est d’abord l’histoire de l’exil dont il est question, celle où le protagoniste, Lin, apprend à ses dépens que la fuite n’est qu’une autre prison au périmètre élargi. À la suite de son évasion d’une prison australienne, c’est l’Inde qu’il décide d’élire comme nouveau domicile …