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Charles Bukowski : âmes sensibles s’abstenir

Depuis cet été, je n’habite plus à quelques rues de la magnifique Librairie de Verdun. J’ai déménagé complètement à l’opposé, dans l’est. Au début, j’ai un peu paniqué car je ne savais plus où aller acheter mes livres. J’ai erré, l’âme en peine, pendant quelques jours. Et puis finalement, m’est apparue sur Ontario, une petite librairie de livres usagés qui venait d’ouvrir et n’avait pas encore son enseigne d’installée. Quelques semaines plus tard, j’en ai découvert une autre, un peu plus à l’est. Et tout d’un coup, j’étais réconciliée avec Hochelaga. Clara a écrit il y a quelques temps un merveilleux texte sur le plaisir des librairies usagées et j’adhère tellement à ce qu’elle en dit. Quel plaisir de tomber sur une librairie pleine de vieux trésors, quand on voyage. Mais à Montréal,  j’apprécie tout autant m’y rendre car on a d’abord toujours un service hors pair; les employés semblent toujours si passionnés. On peut aussi y faire des trouvailles étonnantes. Des livres qui n’auraient jamais été mis de l’avant dans une librairie de livres …

Découverte : Yumi Sukugawa

C’est sur Pinterest que j’ai découvert Yumi Sakugawa, grâce à son petit dessin de poumons « sometimes it’s ok if the only thing you did today was breathe ». Je suis tout de suite tombée en amour avec le message qu’elle veut faire passer et le médium par lequel elle s’exprime. Je me suis donc procuré deux de ses trois livres (sans compter les zines) en espérant y retrouver tout le confort et l’originalité de ce qui m’avait charmée sur le web. Your illustrated guide to becoming one with the universe Ce livre, entièrement illustré en noir et blanc, nous guide de manière un peu métaphysique à travers la vie et les façons de connecter avec l’univers, ou de manière un peu moins spirituelle, avec soi. À travers douze « lessons », l’auteure propose des façons de mieux gérer son stress, ses maux quotidiens et les démons qui prennent trop de place dans nos têtes. Tout ça en parlant de l’univers, de connexion et d’unicité. Ça vous semble un peu trop spirituel? Ce serait une erreur de s’arrêter à cela …

Le protocole compassionnel et le vieillard de 35 ans

Hervé Guibert est né en 1955 et est mort du sida en 1991. Auteur français, il a pratiqué l’autofiction, entre autres dans son récit Le protocole compassionnel publié en 1991 chez Gallimard (NRF). Ce n’est pourtant pas un roman posthume, il a été publié quelque temps avant sa mort. Le protocole compassionnel est le journal intime d’Hervé Guibert, auteur à succès français atteint du VIH. Les lieux, les médecins, les amis sont évoqués par leur nom sans plus de cérémonie, comme si le texte n’était pas réellement dédié à des lecteurs inconnus : les Jules, Berthe, Gustave, Lionel, les docteurs Domer, Dumouchel, Nacier, Chandi vont et viennent dans les entrées du journal sans qu’on puisse vraiment déterminer qui est qui dans la vie du personnage Hervé. Si ça a un peu gêné ma lecture, j’ai rapidement compris que le personnage principal du récit de Guibert n’était pas Guibert lui-même. C’est le journal intime du corps, d’un corps malade. Le journal intime d’un corps qui s’autodétruit, d’un corps rongé, amaigri à l’extrême, hideux, magnifique. Si certaines descriptions font …

Lecture pour l’éternelle romantique en vous

Depuis mon adolescence, je lis des romans d’amour de façon régulière. En fait, j’en ai tellement lu que ça m’a très probablement tourné la tête, me donnant une vision de l’amour littéralement romancée. Mais c’est plus fort que moi, je suis incapable d’y résister. J’adore le sentiment presque euphorique que me procure la lecture d’une bonne histoire d’amour. Une inconditionnelle des romans d’amour comme moi connaissait l’oeuvre de Jane Austen depuis longtemps (Pride and Prejudice love!), mais ce n’est que récemment que j’ai découvert l’auteure Elizabeth Gaskell et son magnifique roman d’amour Nord et Sud. Alors que les romans de Jane Austen se déroulent dans la gentry campagnarde du sud de l’Angleterre, Nord et Sud présente l’autre côté de la réalité anglaise du début du XIXe siècle, celle du nord industriel. Nord et Sud met en scène le personnage de Margaret Hale qui, après avoir connu une existence paisible dans le sud de l’Angleterre, se voit obligée de déménager dans le Nord, qui est en pleine industrialisation. Là-bas, elle est confrontée au monde ouvrier, à la misère et …

L’Inde littéraire (3e partie) : La Cité de la joie

J’ai lu La Cité de la joie au creux de l’automne montréalais. J’avais les blues et c’était profond. S’ennuyer d’un lieu, c’est sournois. Il suffit d’entendre une bribe de conversation ou de sentir un arôme, et c’est tout de suite la boule dans la gorge. Mais avec le récit de Dominique Lapierre, j’étais en Inde au mois 15 minutes par jour. En lisant les premières pages du roman, je pensais d’emblée avoir tout compris : l’histoire se déploierait sous la forme d’une saga familiale, le paysan Hasari Pal au centre de cette épopée. J’ai vite changé d’avis en constatant que j’avais affaire à une forme romanesque de Humans of New York, version Calcutta. Tout comme ce projet, les photos en moins, il était ici question d’humaniser la ville, un récit de vie à la fois. D’un chapitre à l’autre, le kaléidoscope que représente Calcutta prend forme. Ce sont d’abord les déboires, les luttes, les échecs et les tentatives désespérées qui prédominent : la ville est sans pitié. Mais lorsqu’on finit par apercevoir la joie, celle qui donne son nom au lieu, c’est …

Lire Lolita à Téhéran : ode à la littérature sur fond de guerre

En traduisant la liste de Rory, ce titre m’a interpellée. J’ai tout de suite eu envie de le lire. Aimant les livres qui parlent de littérature et d’histoire — sans pour autant être un roman historique — j’ai rapidement su que ce livre allait me plaire. En plus, on y raconte l’histoire d’une femme forte, un récit autobiographique; manifestement, ça augurait bien pour moi. Je l’ai lu, par bribes, en y revenant toujours. C’est le type de roman qu’on peut déposer sur sa table de chevet, le temps d’en lire un autre, et y revenir sans y avoir perdu ni le fil, ni le goût. Après avoir dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans, sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d’autres venaient de milieux progressistes et laïcs; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis …

Le temps des fleurs et des femmes


La curiosité est un vilain défaut à bien des égards. 
Qui n’a pas déjà mis sa main sur le four alors que tout le monde vous l’avait strictement défendu ? Bien qu’on nous enseigne rapidement ce qu’il faut ou ne faut pas faire, l’interdit reste la plus terrible sensation. 

L’appel du mal nous fascine, parce qu’il est l’acte d’un être humain, notre égal. C’est un miroir qu’on ne veut pas observer, de peur de s’y attarder trop longtemps et de s’y perdre. L’horreur, c’est la théorie du 50/50. Car en chaque être humain, il y a une moitié de bon, et une moitié de mal. Si nous tendons généralement vers la lumière, certains n’y retrouvent aucun confort. 
Qu’est-ce qui déclenche cette animosité ? Cet appel du chaos ? Qui peut commettre de tels actes ? Quand le fissure apparaît, quelle marque peut-elle laisser sur nos proches et sur les générations à venir ? C’est ce qui fait du roman The Girls un récit aussi fascinant. 
Pourquoi sommes-nous appelés par le mal ? Quel est son pouvoir de persuasion sur nous ? Mais …

Harry Potter et l’enfant maudit : De petites attentes et de grandes déceptions

La sortie d’un livre de la série Harry Potter fait partie de mes plus beaux souvenirs d’enfance. Je passais absolument toutes mes vacances de Noël emmitouflée sous les couvertures en compagnie de mon trio d’humains fictifs favori. Je sais pertinemment que plusieurs personnes de ma génération ont été exactement dans la même position, c’est-à-dire dans l’attente interminable de la suite des aventures à Poudlard. Or, apparemment toute bonne chose à une fin et un jour le septième livre est apparu. Pour être franche, j’étais tout à fait satisfaite de la série de A à Z. Dans ce cas, pourquoi vouloir aller remettre du glaçage sur un gâteau où se trouve déjà la cerise? Les Potterheads comme moi auront déjà compris que je fais allusion à la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit qui a été publiée en français il y a quelques semaines. D’abord présentée sur scène à Londres, le texte de la pièce a été publié le 31 juillet 2016 (certains auront compris l’importance de cette date) dans sa version originale en …

Qui est le mort sur votre épaule?

Selon le dernier roman d’Éric-Emmanuel Schmitt, l’homme qui voyait à travers les visages nous aurions tous ou presque un mort sur notre épaule qui nous conseille et nous écoute en permanence… si l’on vous posait la question suivante : qui est le mort sur votre épaule? Que répondriez-vous? Si vous êtes le type de personne à croire à ce genre de choses, vous savez pertinemment de qui il s’agit. Ce livre commence très fort, avec un gamin djihadiste qui se fait exploser sur la place publique de Charleroi, alors qu’actuellement dans le monde il y a trop de ce type d’événement. Augustin, un jeune stagiaire journaliste est au bon moment au bon endroit, si l’on ne pense pas qu’il sera blessé lors de l’événement et si l’on pense uniquement à sa profession. Cependant, Augustin se retrouvera bien malgré lui au coeur de l’action, car il a vu ce que personne d’autre n’a vu. Dans ce roman, des morts il y en a plein, causés par le geste du kamikaze. Mais c’est surtout celui qui l’accompagne, celui qui se retrouve …

Marie Curie : une femme de science, mais aussi une femme de cœur

Les livres qui, à partir de notes, de correspondances, de photos ou encore de lieux, nous racontent la vie d’une personnalité d’une autre époque me fascinent. Je les apprécie encore plus lorsqu’ils portent sur des femmes qui ont eu à défoncer des portes qui leurs étaient fermées du fait qu’elles n’étaient pas des hommes. C’est pour cette raison que le livre d’Irene Frain, Marie Curie prend un amant, m’a interpellée. Non seulement pour son titre qui pique la curiosité, mais aussi parce que j’avais envie d’en savoir plus sur Marie Curie, une pionnière qui est devenue une figure importante de la science à une époque où il était très difficile pour une femme de faire sa place dans ce domaine. Au début du livre, Irène Frain explique avoir trouvé dans une librairie un ouvrage comportant des coupures d’un journal d’extrême-droite de 1911 qui dénonçaient la relation adultère de Marie Curie, veuve depuis 5 ans, avec Paul Langevin, un homme marié, lui aussi scientifique de renom. De cette trouvaille a émergé l’idée d’écrire un livre relatant cette période de la vie de la scientifique. …