All posts filed under: Littérature québécoise

Le prix de la chose ou comment les femmes ont repris le contrôle sur leur corps

Le prix de la chose, le premier roman de Joseph Elfassi, nous propose une fable féministe qui aborde entre autres les thèmes du sexe et de l’argent, de l’iniquité homme-femme, de la culture du viol et de la notion de consentement sexuel. Louis, obsédé par le sexe, se retrouve frustré et désemparé face aux actions d’un nouveau mouvement révolutionnaire nommé F. qui engage les femmes – copines, maîtresses, épouses ou amantes d’un soir – à demander une rémunération pour chaque relation sexuelle avec un homme afin de reprendre le contrôle sur leur vie et sur leur corps. Nous ne baisons pas pour de l’argent. Nous éliminons la prostitution en rendant le principe universel. C’est dans un contexte de science-fiction que l’auteur dresse le portrait d’une société où les femmes font massivement preuve de solidarité entre elles. Elles se fâchent enfin. Plusieurs femmes se rassemblent pour une cause noble : la leur. Les chercheuses se concentrent maintenant sur les femmes qui étaient jusqu’à ce moment moins prises en considération que les hommes. Le viol est contré par des avancées scientifiques …

La singularité de l’oppression

  On a tous vécu une première fois. Si on y pense bien, notre quotidien est rempli de première. Le premier café, le premier deuil, la première faille. Cette faille nous appartient, et bien qu’elle nous angoisse, nous soit secrète ou nous rende honteux, elle est en nous. On ne peut la dénier. Il y a aussi le premier roman. Celui qui lève le rideau sur les écrivains d’aujourd’hui et de demain. Je n’écris pas de roman, mais je les lis. Surtout les points de départ. Ceux qui façonnent notre relève, qui frappent par leur sincérité et leur témérité. L’honnêteté du premier roman n’a pas d’égal. L’œuvre parle d’elle même et ne tente pas de prouver, ou d’égaler quoi que ce soit. On ne peut que s’émerveiller devant cette nouvelle découverte. Si la rentrée littéraire de l’automne 2016 nous a autant émerveillés, c’est en grande partie par la présence de nouveaux auteurs qui élèvent leurs jeunes voix et se démarquent par la clarté de leurs propos. Parmi ces auteurs, un en particulier se démarque par …

Raconter le Vietnam

Dans l’univers des mots, rien n’est plus difficile que de raconter un voyage. Essayer de faire comprendre aux autres ce que nous avons vécu à plusieurs milliers de kilomètres de là, dans des situations qui dépassent parfois l’imagination, semble être un combat perdu d’avance. Lorsque je suis revenue du Vietnam, je suis restée coïte les premières fois qu’on m’a demandé « Alors, c’était comment ton voyage? Raconte! » Transcrire autant d’émotions en quelques secondes parait si vain et inutile, que je ne pouvais que répondre un simple et vide « C’était super! », accompagné d’un sourire de malaise. Quand on revient d’un voyage aussi enrichissant, on a l’impression d’avoir fait un gigantesque bond dans l’évolution; on a tant appris, tant découvert; forcément, le temps a dû avancer vite pour tout le monde! C’est vite décevant de voir que ceux qui sont restés au Québec ont continué la même petite routine et on se sent vite gêné d’avoir tant à raconter. Il y a tant à dire sur le Vietnam et même si ça fait maintenant presque 4 ans …

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L’amour, cette imparfaite amitié

D’emblée il faut que j’avoue; je n’ai pas su faire comme Amanda, personnage principal du tout dernier roman de Mylène Bouchard. Je n’ai pas su résister, je n’ai pas eu le temps de désirer, je l’ai consommé, je l’ai consumé même, rapidement. Je n’ai su le déposer que lorsque mes yeux ne voulaient plus que dormir, pour mieux le reprendre le matin suivant. L’imparfaite amitié, c’est une incursion dans la vie d’Amanda, mère, femme volage, femme de culture, amoureuse; à travers une série de lettres, de documents, de bouts de papier mis dans une boite destinée à sa fille. On y découvre sa vie et surtout, ses réflexions et ses questionnements sur le désir et sur l’amour, dans toutes ses pluralités et, par dessus tout, sur la consommation de celui-ci. Amanda s’attache, elle aime souvent, plein de gens. C’est après que sa fille l’ait découverte, au milieu de la nuit, revenant d’une balade avec un amant, qu’elle prendra une décision, celle de résister. Pour s’y tenir, elle fait un pacte: celui de quitter son mari. …

Rénovations

Lorsque Martine m’a mis dans les mains le premier roman de Renaud Jean, je n’avais pas de réelle attente. Souvent, lorsque je choisis un roman, c’est par sa page couverture, son titre, son auteur, ou parce que j’en ai entendu beaucoup de bien. Il est rare que je lise la quatrième de couverture, comme si je voulais me garder la surprise. Aller chez Martine se résume souvent à ressortir avec un nouveau livre en main. Cette fois-là, ce fut Rénovation de Renaud Jean, roman des Éditions du Boréal. Bien que je juge souvent le roman par sa couverture, j’ai décidé de ne pas le faire cette fois-ci, parce que je dois vous l’avouer, elle ne m’inspirait pas. Je n’avais jamais entendu parler de l’auteur, ni de son roman. C’est donc sans arrière-pensée que j’ai entamé ma lecture. Rénovation est très court. On y fait la rencontre d’un personnage plutôt casanier qui aime sa routine, son appartement, que j’imagine totalement blanc. Le personnage semble sans couleur, sans personnalité, en fait il semble surtout pris dans une peur, …

Géolocaliser l’amour : chroniques de l’étendue des possibles amoureux

Au début de l’automne, Simon Boulerice, véritable Xavier Dolan du monde littéraire, lançait Géolocaliser l’amour aux Éditions de ta Mère, un «roman en poèmes» ayant pour thème la quête de l’amour, version moderne.  Car si trouver l’âme soeur a toujours été un casse-tête, ce n’est pas plus facile à l’ère des réseaux sociaux et des applications de rencontres, peu importe ce que nos parents en pensent. 

Dans l’oeil du soleil: au coeur des motivations de chacun.

Dans l’oeil du soleil nous transporte au coeur de Kaboul, sous la plume d’une journaliste tentant de comprendre les motifs derrière un attentat qui tua trois de ses connaissances. S’ensuit un récit de filiation dans lequel, en jouant avec des retours en arrière et une multiplicité des voix, Deni Ellis Béchard dresse le portrait de Clay, Justin et Alexandra venus à Kaboul pour différentes raisons et qui n’en repartiront jamais : tous les trois morts dans une explosion de voiture. Qu’est-ce que ces trois personnes, dont les liens semblent être de surface, faisaient dans cette voiture? Où est passé le conducteur, la quatrième personne? Qui sont Clay, Justin et Alexandra? Qu’est-ce qui les a poussés à venir en Afghanistan? Voilà quelques-unes des questions qui poussent le personnage principal, jeune journaliste dont le nom est si peu mentionné, à enquêter. Alors que son but premier est de faire un article, c’est plutôt l’envie de faire un roman qui la pousse à continuer, en se rapprochant petit à petit de ces gens qu’elle a à peine connus. « Mon roman serait différent : …

Tout ce qui meurt derrière les apparences

Il y a peu de temps, je me suis plongée au cœur de Chrysalide, un roman d’Aude, choisi au hasard dans ma bibliothèque (j’ai emprunté ce livre à une amie il y a quelque temps). Chrysalide, qui m’a d’abord attirée par son titre, puis par le résumé en quatrième de couverture, raconte l’histoire de Catherine. Enfant unique de deux parents aimants et ne voulant que son bien-être et son bonheur, à l’aube de ses 14 ans, Catherine sent croître en elle une forme d’inconfort qu’elle n’arrive pas à nommer. Le jour même de son anniversaire, où elle est joyeusement entourée de ses amis, de sa famille et de cadeaux, elle fuit et tente de mettre fin à ses jours, comme ça, sans qu’elle-même s’y attende. Elle ne supporte plus l’univers superficiel dans lequel elle vit depuis toujours, douillet, mais douloureusement vide. Elle devient une jeune femme, après avoir brisé quelque chose entre elle et les gens qui l’avaient entourée jusque-là. Catherine les dérange. Jusqu’à l’adolescence, je m’étais si bien conformée à ce que les autres …