All posts filed under: Littérature québécoise

Un peu de plomberie, de salon du livre et beaucoup d’amour..

La tendresse attendra de Matthieu Simard, c’est le genre de roman qu’on oublie difficilement. Le genre de roman touchant, mais en même temps juste assez brutal, qui donne des frissons. C’est aussi le genre de roman qui nous garde un petit sourire au visage tout le long de notre lecture et qui nous surprend en nous faisant verser quelques larmes au passage. J’ai d’ailleurs écrit récemment sur celui-ci, au moment de ma lecture, que du Matthieu Simard c’était doux, triste mais  »mauditement » beau et c’est exactement ce que je pense de ce roman. J’ai toujours adoré ce livre qui, à la minute où je l’ai fini la première fois il y a près de 5 ans, a fait automatiquement partie de mon top 10 de livres à lire dans une vie. D’ailleurs, je l’avais même écrit au moment de poser ma candidature pour devenir une collaboratrice du Fil Rouge pour les convaincre de me choisir. La tendresse attendra fait définitivement partie des romans que j’ai le plus conseillés autour de moi dans les dernières années …

Une curieuse histoire d’amitié : L’homme blanc de Perrine Leblanc

Kolia n’est pas un enfant de cœur. Il vole, se bat et boit. Mais il est très attachant. Ayant grandi dans les goulags de Staline, c’est par chance qu’il apprend à lire. Iossif, un prisonnier d’origine suisse, lui apprend à lire le russe et le français. Il lui apprend surtout le goût des mots. Un jour, Iossif disparaît. On ne lui dit pas pourquoi, ni où il est allé. Lorsqu’il est finalement relâché du goulag, Kolia est presque un adulte. Il se rend à Moscou où la soeur d’Iossif l’aide à s’établir. Il devient clown. Il devient l’homme blanc, le mime silencieux, le clown muet. « Dans la Zona il dirait aux autres prisonniers : J’ai volé pour la première fois à l’âge où les enfants apprennent à lire. C’était sa façon de résumer les premiers temps de son art. Il s’appelait Nicolas mais tout le monde le surnommait Kolia. En prison, après l’implosion de l’Union, il découvrirait la pérennité de certaines conditions d’existence dans les enclos, où les hommes devenaient des bêtes marquées. Il …

Passer par le cœur pour soigner l’âme

Je dois le dire d’entrée de jeu, ce livre est mon gros coup de cœur littéraire de l’année 2016. On y voit des termes avec lesquels je jongle à longueur de semaine : Seroquel, lorazepam, dopamine, rispéridone, psychose, délire et j’en passe. Ce sont des éléments qui viennent avec le fait d’évoluer en psychiatrie, la médecine de l’esprit. Cette spécialité qui porte ses stigmates comme l’abîmé et qui se penche sur les blessures invisibles à l’œil nu. Elles ravagent l’intérieur, mais avec la science et le cœur on arrive à bien panser les maux de l’âme. Ouanessa Younsi, poète et médecin psychiatre née en 1984, vient donc de publier, sous les éditions Mémoire d’encrier, son tout dernier livre Soigner, aimer que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt, jusqu’à la toute dernière page. Elle traite de cas vécus lors de sa pratique, principalement à Sept-Îles, mais aussi à Kuujjuak et au Guatemala. Elle s’interroge sur des questions éthiques, soigne avec empathie et toujours persiste en filigrane un bout d’elle en introspection. Dans ce domaine, on avance avec …

L’un comme l’autre, vous n’êtes probablement personne de Marie-Jeanne Bérard

C’est sur la route entre Montréal et Québec à 7 h le matin un samedi que j’ai ouvert Vous n’êtes probablement personne, premier roman de Marie-Jeanne Bérard (Leméac, 2016). L’esprit fatigué, j’allais assister à un enterrement. La neige s’est mise à tomber à la hauteur de Drummond. À Québec, c’était l’hiver. Au retour, j’ai terminé ma lecture. L’espace d’une journée, le texte de Bérard m’a accompagnée dans cet étrange rituel que l’on tend comme un pont entre la vie et la mort. Vous n’êtes probablement personne cadre les liens énigmatiques, à la fois distants et étrangement intimes, entre une jeune Montréalaise du nom d’Espérance et son maître de peinture japonaise, Toshio Ohta, de quarante ans son aîné. C’est avec une élégance singulière et un phrasé délicieusement fluide que se déplie le court roman de l’auteure québécoise. Par touches impressionnistes, celle-ci dépeindra l’univers épuré et infiniment silencieux du duo de personnages qui composent les tableaux en forme de vanité, semés de fleurs et d’instants diaphanes à peine chuchotés. Les chapitres se consomment à petites doses afin de se …

L’envers de la médaille de Nadia; La petite communiste qui ne souriait jamais

Le mystère L’idée de base de ce roman avait tout pour piquer ma curiosité. Ici, Lola Lafon nous propose de lever le voile sur la vie de Nadia Comaneci, l’enfant prodige des Jeux Olympiques de Montréal. L’histoire de Nadia éveillait une double curiosité en moi. D’abord, j’étais curieuse d’en apprendre davantage sur la vie dans les pays de l’Est, sur la Roumanie communiste. Il me semble que l’URSS est entourée d’une aura de mystère et j’ai toujours envie de faire partie de ces initiés qui savent comment c’était de l’autre côté du mur. Ensuite, il y a la curiosité de connaître le parcours et les aléas d’une personne connue, qui a eu un destin qui nous semble extraordinaire. La narration Bien que ce soit une histoire romancée, où l’autrice interprète et parfois imagine ce qu’a pu être la vie de la gymnaste, parce que nous savons somme toute très peu de chose sur sa vie, j’ai été complètement charmée par ce récit/fiction. La force de ce roman réside dans sa double narration. La première est …

Royal : obsessions d’un petit roi

Le milieu du droit en est bien un que je ne comprendrai jamais, même après avoir vu mon ancienne colocataire passer à travers trois ans de bac. C’est de cette incompréhension pour le milieu que m’est venue l’envie de lire Royal. Je voulais comprendre, un peu, ce que c’était. J’avais entendu des histoires d’alcool, des trucs pas très catholiques, sans plus. En me plongeant dans le second roman de Jean-Philippe Baril Guérard, j’ai tout de suite été absorbée par l’histoire, son ampleur et son absurdité. La faculté de droit de l’Université de Montréal est le dépotoir de l’humanité. Tu le sais : t’en es le déchet cardinal. Tu viens de commencer ta première session, mais y a pas une minute à perdre : si tu veux un beau poste en finissant faudra un beau stage au Barreau et si tu veux un beau stage au Barreau faudra une belle moyenne au bacc et si tu veux une belle moyenne au bacc faudra casser des gueules parce qu’ici c’est free-for-all et on s’élève pas au-dessus de la …

Comment rire avec un enfant un peu trop curieux

Après Un ange cornu avec des ailes de tôle et Bonbons assortis, Michel Tremblay revient avec des moments tirés de son enfance grâce à son petit dernier, Conversations avec un enfant curieux.  Déjà, en regardant la couverture, on retrouve l’époque des photos en noir et blanc, des uniformes d’écoliers et des bas blancs. Cette photo du petit Michel de 3 ans nous fait replonger aisément dans le passé de notre auteur prolifique et on sent que la lecture va être délectable… et elle l’est. Conversations avec un enfant curieux est un petit bijou de souvenirs. Chacun des nombreux chapitres porte sur un instant dialogué entre Michel et des personnes qui ont animé son enfance: sa mère, sa tante, les petites voisines, son institutrice, etc. Le petit Michel est décidément un enfant bien éveillé, posant ces millions de questions qui font le charme et la candeur des plus jeunes, cherchant à comprendre toutes les facettes de sa vie. Et ce, même si les adultes n’ont pas nécessairement la réponse qui va le satisfaire. «Je voulais écrire sur l’irréductible pensée qui nous habite …

Voyage sur le rythme des reels du rire

Mon copain en avait entendu parler à la première chaîne. Évidemment, tout commence souvent avec Plus on est de fous, plus on lit. La troupe du Théâtre du futur allait présenter au Théâtre d’Aujourd’hui le troisième volet de la Trilogie du Québec intitulé Épopée Nord. Olivier Morin, metteur en scène et comédien, ainsi que Guillaume Tremblay, auteur et comédien,  étaient invités à l’émission en janvier 2015 pour lire des extraits de la pièce. Vous pouvez d’ailleurs entendre le tout ici. Dès la première seconde, il est tombé sous le charme et m’a transmis la bonne nouvelle. Le Québec de 2036, le clonage de Fred Pellerin, le soulèvement des Premières Nations, des chansons à répondre et de la satire à souhait, il n’en fallait pas plus pour nous emballer. Nous nous sommes donc acheté des billets pour assister à l’une des représentations. Et je vous jure que nous n’avons pas été déçus. Nous sommes sortis avec un mal de ventre d’avoir trop ri et un sourire placardé au visage. Tout y était. Les performances, le texte, …

Amun, le rassemblement

J’aurais aimé avoir Amun avec moi pour mieux vous en parler, mais je l’ai prêté à mon père. Parce que c’est un peu grâce à lui et à sa sensibilité pour l’autre que j’ai voulu lire ce livre et que j’ai une ouverture envers les peuples autochtones. Une ouverture? Mais pourquoi n’en aurais-je pas? Parce que j’ai été élevée près d’une réserve atikamekw où, dès mon arrivée, on m’a appris à appeler les habitants les Kawish, à les stigmatiser, à les stéréotyper sans prendre le temps d’y comprendre grand-chose. C’est drôle que le fait de vivre près d’une communauté puisse créer non pas un effet de rapprochement, mais plutôt l’effet contraire. Si ce n’était pas de mon père, de son intérêt, de son emploi et du fait qu’il m’ait emmenée au Pow Wow de Wémontachi, l’année de notre déménagement, je n’aurais peut-être pas aujourd’hui cette approche, ce respect et cette certaine compréhension envers les communautés autochtones. Sans, bien sûr, prétendre comprendre leurs réalités, quotidiens ou histoires propres, je remercie mon père pour son ouverture, celle qui m’a portée vers …

La fuite qui mène à soi

  Je ne peux faire autrement que de penser au personnage de Hanna dans Girls pour introduire Sara Lazzaroni, elle est vraiment une voix des plus puissantes de sa génération. J’ai rarement lu une auteure de mon âge, qui nommait avec autant de beauté, de talent et d’imaginaire ce que je ressentais, ce que je voyais et ce que je vivais. Les romans de Sara Lazzaroni, Patchouli, Veiller la braise, et maintenant Okanagan, viennent me toucher par leur façon de représenter l’entièreté d’une génération aux prises avec une recherche identitaire, un désir de vivre et paradoxalement, une mélancolie qui ne quitte pas. Dans ce dernier roman, Lazzaroni y raconte l’histoire de Léa qui part avec ses amis dans l’Ouest canadien, à Okanagan plus précisément, cueillir des cerises. Cette Léa, habitée d’une profonde tristesse, mais d’un sentiment très puissant d’urgence de vivre, partira à l’aventure, dans une voiture fiable à moitié, le coeur persuadé d’aller chercher une liberté nécessaire à sa guérison. C’est par la poésie, l’écriture, le voyage qu’elle se sent le plus vivre, qu’elle …