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La garçonnière : amour, ambiguïté et (ben) des shots de vodka glacée

Lors du lancement des coffrets littéraires du Fil rouge, il y avait une petite bibliothèque éphémère où les gens pouvaient y déposer un livre, pour ensuite en prendre un. Ce fantastique petit espace d’échange m’a permis de mettre la main sur le livre La garçonnière, de Mylène Bouchard. Je ne connaissais pas du tout l’auteure, mais la couverture m’avait tapée dans l’œil. Je l’ai pris. Et voici ce que j’en pense. Ce dense récit est celui de Mara et de Hubert; celui de la longue route entre Péribonka et Noranda; celui des correspondances sans réponses et d’un amour voué à l’échec, et ce, dès le début. Il faut être tenace pour continuer le livre après en avoir lu quelques pages : c’est long avant d’embarquer dans l’histoire, avant de s’y attacher. Les descriptions des lieux sont longues et redondantes, beaucoup de name-dropping d’endroits et de traditions qui me sont complètement étrangers, etc. Par contre, cette incertitude de tenir un bon livre entre les mains s’envole dès qu’entrent en scène les personnages de Mara et Hubert. Ils …

La rentrée littéraire québécoise en quelques titres

N’étant plus à l’université, la rentrée littéraire devient en quelque sorte notre rentrée officielle. Lorsqu’on commence, en juillet, à recevoir les communiqués de presse, c’est un peu comme la liste de livres qu’on avait bien hâte d’acheter au bac, mais en mieux.  Cette année, la rentrée s’annonce particulièrement intéressante avec les nouveaux romans de  certains de nos auteurs et auteurEs favoris en plus des nouvelles parutions prometteuses. voici quelques-uns des titres qui se retrouveront dans une librairie près de chez vous dans les prochains mois. Zoothérapie de  Catherine Lepage,  le 22 août 2016. Éditions Somme toute. « Parce qu’il faut s’apprivoiser pour devenir maître de soi. » Après Fines tranches d’angoisses et 12 mois sans intérêt, Catherine Lepage poursuit son étude imagée de la psyché humaine. Elle s’intéresse cette fois à la pression reliée à la performance, à notre monde qui va toujours plus vite et offre des pistes pour survivre dans cette jungle. Comme dans ses livres précédents, elle y mélange son expérience personnelle et s’amuse en jouant avec les codes des livres de psycho …

Chaque automne j’ai envie de mourir et autres secrets

En m’immisçant dans Chaque automne j’ai envie de mourir de Véronique Côté et Steve Gagnon, je ne m’attendais pas à être aussi chamboulée, touchée et marquée par les secrets, par cette universalité humaine qui en émane et par les mots des auteurs. En fait, ce roman est, à la base, un projet théâtral. Un « spectacle déambulatoire extérieur», « une promenade libre et ludique dans les rues de la ville (Québec), ponctuée par six tableaux théâtraux ». C’est suite à la collecte de « secrets » anonymes, dans le but d’avoir des textes pour cette prestation théâtrale, qu’est né Chaque automne j’ai envie de mourir. Après avoir recueilli une multitude de confessions, qu’elles soient vraies ou non, les deux auteurs ont procédé à un travail d’écriture et de réécriture pour chacun des textes. Non seulement l’idée et le travail de Côté et Gagnon sont géniaux et originaux, mais le produit final est touchant, universel et tellement singulier à la fois. J’ai trouvé des parcelles de moi dans presque chacun des textes. Un roman de constellations comme celui-ci démontre tellement bien …

Murmures dans un mégaphone

Rachel Elliott nous offre une lecture qui fait réfléchir sur la société. Sur le comment nous vivons les uns avec les autres, sur les technologies. Dans son roman nous retrouvons trois personnages principaux qui sont à la recherche de leur identité. Nous avons la trentenaire se croyant folle, l’homme qui n’a aucune personnalité et sa femme accro aux réseaux sociaux. Miriam a appris à vivre dans le silence des murmures. Ralph fuit les responsabilités que la société lui impose en quittant le jour de son anniversaire sa femme et ses enfants. Tandis que sa femme, Sadie qui se cache derrière un univers superficiel, est déboussolée par ce revirement de situation. Elle qui croit pouvoir tout contrôler n’a alors plus rien sous son contrôle. Alors que Miriam décide enfin de sortir de sa maison après y avoir vécu trois ans cloîtrée, elle fait la rencontre de Ralph dans les bois, alors que celui-ci se sauve de sa réalité. En fait, il tente de se mettre en danger. Et c’est ensemble qu’ils découvriront qui ils sont réellement. …

Mordre à nouveau dans la vie. La Chronique d’un cancer ordinaire de Dominique Demers

– Tu es vraiment si écoeurée? demande l’une à l’autre. – Écoeurite aiguë, totale et absolue. […] – O.K. T’as le droit de plier bagage. Mais avant, accorde-moi une faveur. Aide-moi à faire la liste des trucs chouettes qu’on aura jamais faits. J’étais sur le bord d’une piscine publique à Montréal, à la recherche d’un peu de fraîcheur, mais surtout, d’un endroit où me détendre et lire sans voir passer les heures. J’avais amené un petit livre avec moi et je l’ai entamé dès ma première « saucette » terminée. Le temps défile et je m’arrête enfin, presque à la fin, à ce passage. La « liste des expériences trippantes qu’elle aurait voulu faire avant de quitter cette planète », qui comprends entre-autres « foncer vers l’aéroport et prendre le premier vol qui décolle », « prendre le thé au Sahara » et « revoir Cyrano de Bergerac pour la millionième fois », est peut-être ce qui convainc une Dominique Demers très écoeurée de garder le cap et de poursuivre ses traitements contre son cancer du …

Une théorie en amour, celle du drap contour

« Comment guérit-on de ne pas être la femme de la vie de l’homme de sa vie? » La théorie du drap de contour de Valérie Chevalier relate l’histoire d’une jeune fille, Florence, et de ses passions amoureuses ou plutôt dirais-je de ses malchances amoureuses. C’est le reflet d’une véritable mosaïque amoureuse qui se forme tout au long du roman, parfois teintée de moments tristes et à d’autres moments d’une légère gaieté. D’une affliction amoureuse qui restera un amer souvenir tout au long de l’histoire de Florence, on revient rapidement à des moments plus doux, plus chaleureux pour l’esprit et qui nous permettent d’apprécier que cette jeune protagoniste reprenne espoir, reprenne son souffle à travers un flot de tristesse. « Tu sais que tu as vraiment trouvé l’amour quand même plier un drap contour devient une activité agréable. Les contrariétés sont divisées par deux, et le plaisir, lui, est multiplié. » De Thomas qui lui cicatrise le cœur pour longtemps à Émile et ses pains quotidiens, l’amour d’un été qui refroidi comme les saisons, Ernest …

Douze chansons pour Évelyne

Je hurle non seulement pour elle mais pour toutes les filles que j’ai connues et perdues, toutes les âmes instables que j’ai voulu mêler à la mienne. Je hurle, car je ne sais pas comment exister sans elles. Avant d’écrire pour le Fil rouge, je ne lisais pas beaucoup de livres d’auteurs québécois. Ayant complété mes études en Lettres en France, je n’ai pas eu la chance de découvrir la littérature d’ici pendant mes études et je ne savais pas par où commencer. Mais le Fil rouge m’a permis de découvrir de jeunes auteurs québécois qui dépeignent une réalité beaucoup plus proche de la mienne que celle des livres que j’avais l’habitude de choisir. Je suis une grande adepte du dépaysement à travers les livres, comme je l’ai souvent expliqué dans d’autres chroniques, mais je connais aussi un grand plaisir à lire un roman qui semble me parler directement et mettre en mots des instants, des contextes ou des lieux qui sont les miens. J’ai d’abord acheté Douze chansons pour Évelyne de Frederic Gary Comeau …

Petits instants de vie

Synapse, nom féminin ◆ Zone de contact entre deux neurones. (Source Antidote) 200 parcelles de vie. Voilà ce que nous offre Simon Brousseau dans ce premier livre publié chez Cheval d’août. 200 phrases qui se lisent doucement, en savourant, 200 phrases qui viennent avec quelques lignes et quelques mots; définir un instant, une pensée, un monde tout entier. Petit bémol, chaque fois que la phrase se terminait je voulais en savoir plus. J’aurais pris des romans entiers suite à quelques phrases. Un réel talent de l’auteur de ne pas rendre cette lecture lourde ou éparpillée. Malgré le fait qu’aucune phrase vient vraiment compléter la précédente, on ne se tanne pas de lire ce petit ouvrage. Ce sont des parcelles d’existence écrites de façon sensible, touchante, parfois ultra ordinaire, mais qui fascine et interpelle. Écrites au Tu, ces 200 phrases dévoilent des personnalités toutes plus humaines les unes que les autres et ça se lit avec douceur et fascination. Ce premier roman de Simon Brousseau est une réussite. J’espère qu’il continuera à écrire parce que j’ai trouvé …

Les Lettres à mademoiselle Brochu

C’est bien connu (par mon entourage, on s’entend), Maxime-Olivier Moutier, c’est « le mien ». Il est mon auteur favori au Québec. Ce n’est quand même pas peu dire, j’ai exploré en masse avant d’avancer cela, lisant en grande majorité du québécois. Son style littéraire accessible et recherché, ses sujets abordés de l’amour et la quête de soi et de l’autre, sa façon de faire réfléchir ses personnages, j’avoue que tout ça a permis un réel love at first read. D’ailleurs, sur mon petit blogue bien personnel, la seule « critique littéraire » qu’on y trouve est celle du roman de Moutier La gestion des produits — Tome 1 : La crise (un autre roman que vous devez lire, soit dit en passant!). Bref, j’ai décidé de me replonger dans l’univers de mon auteur favori avec son quatrième roman paru en 1999, Les Lettres à mademoiselle Brochu : éléments pour une nouvelle esthétique de la crise amoureuse. Il prenait la poussière, juché en haut de ma bibliothèque depuis quelque temps, alors que j’ai lu ce …

Là où la mer commence : l’histoire de Maybel et la Bête

J’étais adolescente, avide de récits marquants, d’héroïnes fortes et d’histoires romantiques. J’avais déjà lu la plus grande partie de l’oeuvre de Dominique Demers, savouré Ta voix dans la nuit, Marie-Tempête, Maïna. Puis, j’ai enfin lu Là où la mer commence, un récit entremêlant le conte et le roman pour adolescents, et c’est, depuis ce temps, resté mon roman préféré de cette auteure prolifique. « Et si la Belle et la Bête avaient vécu en terre québécoise au XIXe siècle?… » Cette phrase, que l’on retrouve sur la quatrième de couverture, nous met la puce à l’oreille. Le célèbre conte, désormais dans les mains magiques de l’auteure Dominique Demers, se transforme en une belle histoire aux saveurs de liberté, d’air marin et de folles tempêtes. Le roman met en scène la jeune Maybel, fougueuse, lumineuse et indomptable, qui va à la rencontre du mystérieux William, défiguré, solitaire. Les deux apprendront à se connaître et s’aimeront, malgré les obstacles et les désaccords qui fusent autour d’eux. Il lui fera découvrir les merveilles de la nature, puis celles de la lecture. …