All posts filed under: Littérature québécoise

Coup de coeur : «La nageuse au milieu du lac» de Patrick Nicol

Depuis quelques semaines, j’ai en tête une nageuse, essoufflée au milieu d’un lac, une dame perdue qui cherche un rivage qui n’est au loin plus qu’un simple souvenir. C’est l’image que donne Patrick Nicol de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer dans son dernier roman La nageuse au milieu du lac, publié début mars chez Le Quartanier. On explore le quotidien d’un homme, un professeur de cégep, qui pose un regard lucide, mais d’une extrême poésie sur sa vie de tous les jours. Une vie ponctuée d’allers-retours entre les hôpitaux et la maison de sa mère, une vie ponctuée de questionnements face à la mort, à la dégradation du corps, à une vision de la vieillesse réaliste. Une vie teintée, surtout ces mois-là, par la maladie souvent insaisissable de sa mère. Nicol apporte par contre un point de vue particulier sur l’expérience de son narrateur, on ne le sent pas amer, triste c’est sûr, mais c’est un regard empreint de tendresse et de bonté que l’on ressent chez lui. À mi-chemin entre le roman …

Deux auteures, deux visages de la Gaspésie – Partie I

La fille de Coin-du-banc À travers deux entrevues réalisées via la magie de l’Internet, je vous propose deux portraits d’écrivaines d’origine gaspésienne, Marie-Ève Trudel Vibert, auteure du roman La fille de Coin-du-banc et Joanie Lemieux, qui se cache derrière le recueil de nouvelles Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers? (retrouvez la critique du livre dans un article paru précédemment). J’ai donc posé une série de dix questions aux deux jeunes femmes dans le but de mieux les connaître, mais aussi d’en apprendre d’avantage sur le métier d’écrivain et sur leur vision du métier. «Voici mes réponses, peut-être nébuleuses, à tes questions qui m’ont profondément fait réfléchir sur le coup. J’ai choisi, comme d’habitude, de traiter cela par de l’écriture automatique. Alors c’est ce que ça donne! » 1- D’abord, qui êtes-vous? Et quel est votre cheminement en quelques mots? Je m’appelle Marie-Ève Trudel Vibert et je suis née à Gaspé le 10 septembre 1983. Petite auteure, j’ai grandi à Coin-du-Banc, Corner of the Beach, un village aux portes de Percé bordé par une …

Pour un imaginaire du road trip québécois

L’Ouest a été mon tout premier amour. Après il y a eu l’Amérique du Sud et prochainement il y aura l’Asie, mais il a fallu commencer quelque part. Quatre jours de Greyhound bus, de Montréal à Vancouver, pour aller vivre le voyage que plus d’un Québécois décide de faire. L’image de la vallée d’Okanagan restera toujours un peu dorée pour moi, un souvenir agréable qui glisse sur la peau. Au retour de l’Ouest, j’ai longtemps espéré tomber sur un livre qui aurait relaté mon expérience. Je n’avais qu’à l’écrire, me direz-vous. Oui, tout à fait. Mais pour l’instant, par pudeur ou par simple lâcheté, mes écrits incomplets qui tiennent davantage du cadavre exquis que du roman resteront cachés. Les Kerouac, Djian et Bouvier de ce monde l’ont fait. Ils ont écrit la route, l’ont couchée sur papier. Du côté du Québec, les ouvrages Chercher le vent de Guillaume Vigneault et Volkswagen Blues de Jacques Poulin ont été mes premiers contacts avec ce genre de récit. Aujourd’hui, je peux affirmer que ces auteurs ont contribué à …

Un duplex, Paris et de vieilles amies

Ce premier roman de la cinéastre Éléonore Létourneau raconte l’histoire de deux amies: Marie et Véronique. Ayant été à une époque extrêmement proches, elles ont décidé d’acheter un duplex ensemble. Toutes les deux célibataires, rêveuses, ambitieuses et cinéastes, elles rêvaient de faire des films pour changer le monde. Véronique et Marie, ce sont les amies qui rêvassaient et qui rêvaient… S’ensuit des chums, des contrats, des projets qui ne déboulent pas et un silence tranquille qui s’installe entre les deux amies, dans le duplex. Le roman met l’accent sur Véronique principalement. Écrit au Je, on entre entièrement dans les pensées et les tourments de Véronique. Cette dernière se trouve à devenir de plus en plus déprimée et maussade à tous les niveaux de sa vie. La réalité la mène à comprendre que ses vieux rêves ne se réaliseront pas. Son scénario tant de fois travaillé et retravaillé ne sera jamais un film. Elle avance dans une vie qui n’est pas la sienne, dans une ville qui la déçoit, dans un Montréal après le printemps érable. J’ai adoré …

La danse des obèses

  Je me suis procurée ce roman suite aux conseils de ma libraire de La librairie de Verdun. Je suis une verdunoise (même si je n’y habite plus depuis quelques mois) et mon cœur le restera toujours. Bref, ma libraire m’a convaincue dès qu’elle m’a dit que l’auteur de ce roman était l’un des libraires de la librairie. Et puis, lorsque nous regardons la première de couverture, nous pouvons nous dire que la maison d’édition Leméac a réussi son travail. L’image est communicatrice et magnifique. Le titre est aussi très accrocheur à mon avis. C’est l’une des raisons de ce choix de lecture. L’histoire se passe dans un Montréal actuel. Nous rencontrons un personnage dans la trentaine qui se cherche. Cet homme se trouve laid, parce qu’il est obèse. Il ne se retrouve pas dans son propre corps qui dit ne pas lui appartenir. Émile embarquera dans une aventure folle, dans «La danse des obèses» de Monsieur Jean-Marc Hudson. Ce dernier est un artiste très populaire dans l’univers de l’art visuel (photographe, peinture,) C’est lors de …

Un jukebox dans la tête

Jacques Poulin est sans contredit un écrivain incontournable de la littérature québécoise. À l’instar des grands tels que Hébert, Tremblay et Ducharme, il arrive à nommer avec simplicité l’intériorité humaine. Rien de moins! La plupart des lecteurs ont connu Jacques Poulin pour l’énigmatique Volkswagen Blues, le livre de la route québécois. Personnellement, c’est avec Les grandes marées et Volkswagen Blues que j’ai été transportée dans l’écriture de Poulin. Lorsque j’ai su que l’auteur publiait un nouveau roman en 2015, j’ai tout de suite voulu le lire. Il faut dire qu’il sait se faire désirer Poulin… car comme le dit son personnage de Jack Waterman dans Un jukebox dans la tête, les vrais écrivains ne publient pas à chaque année ! En effet, dans Un jukebox dans la tête, on y raconte l’histoire de Jack Waterman, un écrivain à succès (non populaire, mais plus critique et littéraire!) qui vit dans le Vieux-Québec. Ce dernier vit une existence disciplinée jusqu’au moment où il croisera les yeux de la belle rousse de l’ascenseur. Elle lui dira les mots …

Ma vie, ta violence, notre Kubrick

C’est étrange comment certaines œuvres littéraires, cinématographiques, picturales, etc., peuvent laisser une trace indélébile, quasi inaltérable, en nous et comment d’autres nous effleurent sans jamais faire mouche. Je me souviens encore de la fois où un de mes professeurs avait exigé le visionnement du Shining de Stanley Kubrick. Et moi, en parfaite inculte, je n’avais, à vrai dire, jamais entendu parler ni du film ni du réalisateur. Je suis donc allée au club vidéo (ben oui, ça existait encore dans l’temps!) chercher le DVD sans trop savoir à quoi m’attendre. Et, quand les premières images du film sont parvenues jusqu’à mes yeux éblouis, un monde venait de s’ouvrir. C’était plus qu’un film d’horreur, plus qu’une adaptation du roman du même titre de Stephen King (et, en passant, reniée par celui-ci), c’était plutôt le film qui allait me faire découvrir le cinéma sous un nouveau jour, qui allait me pousser à poursuivre des études universitaires dans le domaine du septième art. Simon Roy, professeur au Collège Lionel-Groulx, raconte en fait dans son tout premier roman, Ma …

Entre un corps cactus et la peur de vieillir

Demoiselles-Cactus, c’est avant tout l’histoire de Mélisse, une femme (fille?) qui est continuellement en refus de grandir, de vieillir, d’accepter le temps qui passe. Atteinte de troubles alimentaires tels que l’anorexie et la boulimie, on l’a suit dans ses pensées chaotiques, son mal être et sa grande solitude. Melisse est complexe, froide, instable, oserais-je dire, folle. Elle traverse la vie en ayant en tête des pensées confuses, enfantines et blessantes, surtout envers elle-même. Ses troubles alimentaires l’amènent à avoir un regard ultra noir sur le monde médical et un ton vraiment méprisant. C’est un peu la complexité du personnage qui vient retarder le déroulement de l’histoire… J’avoue que je n’ai pas été entièrement charmée par ce premier roman de l’auteure Clara B.Turcotte. J’ai trouvé qu’il y avait trop de thèmes dans le roman et qu’ils étaient souvent trop en surface. Je m’explique: Mélisse vit avec l’autre, son « chum », même s’ils ne partagent aucune intimité ensemble. Elle se doute clairement qu’il consomme de la pornographie juvénile, mais prend lentement conscience du besoin d’éclaircir cela. Déjà là, on …

Le vendeur de goyaves ou la neuvième incarnation de Vishnu

On connait tous l’Inde en tant que pays, bien entendu, mais les particularités de sa culture et de ses religions restent un peu moins connues. Au moment même où j’ai eu ce livre entre les mains, j’avais un cours à l’université où on parlait de l’hindouisme. Belle coïncidence qui m’a permise de ne pas trop être perdue dans ma lecture. Ce n’est pas que c’est mêlant, c’est plutôt que j’aime comprendre ce que je lis au-delà du mot lui-même.

Naomi Fontaine et Virginia Pésémapéo Bordeleau : la pluralité des voix autochtones en littérature

« J’ignore si demain me gardera intacte Je dis que l’espoir de se laisser être Éloigne le désespoir » (Joséphine Bacon, Un thé dans la toundra, Montréal,Mémoire d’encrier, 2013.) La vie sur la réserve. La vie dans la nature. L’espoir des enfants. Le désespoir des parents. Les blessures, la déception du réel, mais aussi le rire, l’humilité, le besoin de continuer. L’érotisme qui, au fond, n’est qu’une partie intégrante d’un temps cyclique. À ma première lecture de Kuessipan de Naomi Fontaine et de L’amant du lac de Virginia Pésémapéo Bordeleau, ce sont notamment ces mots qui me sont venus en tête. Toutes deux publiées chez Mémoire d’encrier, maison d’édition qui se définit par le seul critère de l’authenticité des voix, ces deux auteures ayant des origines autochtones ont su aiguiser ma curiosité et me faire plonger davantage dans l’univers des littératures des Premières nations. L’emploi du pluriel n’est pas une erreur, il représente la polyphonie des mondes littéraires autochtones. Quand sexualité et nature s’entremêlent L’amant du lac, premier roman érotique écrit par une Autochtone du Québec, met …