All posts filed under: Poésie et théâtre

Geneviève Desrosiers – Nombreux seront nos ennemis –

Geneviève Desrosiers n’aura publié qu’un seul recueil et ce, à titre posthume. L’auteure montréalaise de 26 ans, décédée tragiquement, il y a 20 ans, tombant d’une fenêtre lors d’une fête donnée par un ami, aura su laisser sa marque par ses multiples œuvres et ses écrits. Artiste visuelle et jeune auteure, Geneviève Desrosiers était de ceux promus à un brillant avenir artistique. Quelques mois après son décès, c’est par hasard qu’un éditeur tombe sur un poème de Geneviève Desrosiers dans la revue Arcade, le seul texte qu’elle aura publié de son vivant. Apprenant la mort récente de la poète, et avec la permission de la famille, l’éditeur déterrera bon nombre de joyaux poétiques pour les compiler dans un recueil unique : « Nombreux seront nos ennemis ». Chaque fois, la réimpression du recueil rappelle la pertinence d’une telle auteure dans notre univers littéraire. Le petit livre est divisé en deux parties, la première comprend des dizaines de poèmes et d’écrits terminés, des mots choisis avec soin, un ton révélateur de la personnalité frondeuse de la jeune auteure. La …

Briser le quatrième mur, un texte à la fois

Aller au théâtre… Il n’y a rien de plus excitant et de moins sûr. L’effet est instantané : on aime ou on n’aime pas. Pourtant, on y repense encore pendant le trajet de 36 minutes nous séparant de la maison. On se remet en question, on propage la nouvelle et on évalue tous les facteurs qui ont forgé notre opinion. Il y a aussi l’urgence de s’y rendre, d’être séduit par une pièce. Si tu as de la chance, tu as un mois. Souvent, ce n’est qu’une question de jours. Ou parfois, d’années (si tu n’as pas encore vu Les Belles-sœurs, ne t’inquiète pas, ça devrait repasser près de chez toi). Pour moi, le théâtre c’est un build up de plusieurs choses. C’est un lieu, une atmosphère créée par des acteurs, des techniciens et des créateurs prêts à défendre leur propos. Mais la base même, la colonne d’un succès, c’est le texte. On est pas mal chanceux ici. Non seulement nos auteurs sont talentueux, mais ils sont aussi des gymnastes de mots qui savent s’adapter aux exigences …

Nos découvertes au Gala de l’Académie de la vie littéraire

Dimanche le 13 mars dernier, je me suis rendue, avec Marjorie et Alexandra, rejointes par Marie-Hélène et Kim, à la Sala Rossa. Un peu en retard après un souper Aux vivres, on s’est faufilées dans la salle, mais bien heureusement le gala n’était pas commencé! D’emblée, on se sent privilégiées d’être entourées de passionnés de poésie et de littérature qui comprennent sans concession cet amour des mots. Le gala de la vie littéraire terminait en grand le festival Dans ta tête qui offrait pendant dix jours des événements en lien avec la poésie. Mon horaire m’empêchait d’assister aux autres événements et j’avoue avoir été déçue à la suite du gala, parce que je suis certaine que les autres soirs étaient aussi étincelants. Pour ma part, mon coup de cœur de la soirée a été Filles missiles. Quelques semaines avant, je m’étais rendue au lancement du zine au Quai des brumes et j’ai été complètement charmée par l’œuvre. Cette façon d’aborder la vie quotidienne dans une poésie contemporaine qui touche droit au cœur me plait. J’admire leur …

La poésie désinvolte de Daphné B. et d’Alexandre Dostie

Les recueils de poésie ont longtemps été en voie d’extinction dans ma bibliothèque ; c’était le seul genre de littérature que je boudais. J’aurais pourtant voulu lire les grands noms avec frénésie, être émue par la verve de Baudelaire ou de Nelligan. J’ai essayé fort, sans jamais y prendre de réel plaisir. Triste hein. Jusqu’au jour où je suis tombée sur le recueil Shenley (2014, L’écrou) d’Alexandre Dostie, un jeune poète québécois qui avait décidé de poétiser le monde ouvrier en faisant parler un gars d’chop typique. Je me suis surprise à sourire devant des phrases comme : « toé bé, des blondes comme toé c’est rare » ou encore « les gars versent à grandes gorgées/du cresta blanca/sur les hoods de leurs minounes/en jupes courtes/comme leur chicklet-chicks/assises dans le char ». Son écriture, loin du style léché qui m’agaçait chez plusieurs poètes, était audacieuse, rythmée, poignante. En peu de mots, le poète arrivait à me faire redécouvrir tout un univers, à le faire ressentir. La poésie ne se résumait plus qu’à des petits bouts de phrases qui sonnent bien. Avec …

Queue cerise : entre absurde et inconscient

  Samedi soir, Martine et moi avons été invitées à assister à la pièce Queue cerise d’Amélie Dallaire, mise en scène par Olivier Morin. Après un souper pas trop fancy au Fameux coin Mont-Royal et Saint-Denis, on s’est dirigées vers le Théâtre d’Aujourd’hui, ne sachant pas trop à quoi s’attendre. Queue cerise est une pièce à la prémisse bien simple, bien ancrée dans la réalité. Michelle commence un nouveau boulot auquel elle ne comprend rien, voilà tout. C’est à partir de cette ligne directrice que tout part en vrille, la réalité devient accessoire et laisse place à l’absurde, à l’inconscient, à toutes ces parties de nous qui se terrent dans les recoins de nos esprits. Premièrement, s’il y a une chose à savoir en allant voir Queue cerise, c’est qu’il ne faut pas essayer de s’attarder à tout comprendre, ni à vouloir délimiter la réalité du rêve et de l’inconscient. C’est peine perdue et c’est mieux comme ça. Cette pièce a tout pour charmer son auditoire. C’est d’un humour absurde qui fait rire, beaucoup plus que ce …

Coeur de bête hôpital: une visite sans fioritures

J’ai aimé lire ce court recueil à saveur poétique écrit par Christine Germain et publié par la maison d’édition indépendante Rodrigol. Cœur de bête hôpital m’a d’abord séduite par sa jolie couverture, mais le charme a continué d’opérer au fil de ses pages. Au milieu d’une trame sonore de casseroles tabassées pendant un printemps de révolte se trouve un hôpital qui a du cœur, au cœur de Montréal. En ses murs et aux alentours, Christine Germain nous livre son observation à chaud d’une population qui y gravite. Des patients de tout acabit qui viennent d’aussi loin que l’Abitibi pour passer go au système de santé et y réclamer des soins. Des gens nouvellement vulnérables ou qui le sont davantage, vivant à froid, seuls ou non, chacun leur drame de corps ou d’esprit. Il y a aussi les travailleurs, qui soutiennent le fort hospitalier dans la ville qui grouille de vies. L’auteure prend soin de nous libérer de l’air recyclé de l’hôpital un court moment et nous fait prendre une bouffée d’air plus frais, juste à …

Faire l’amour : des vraies histoires de sexe raté (ou pas)

« Parfois c’est merveilleux, on en voudrait pour toute la nuit, parfois c’est dégueu, on anticipe seulement la fin avec impatience, parfois c’est la passion, le désir d’une nuit, l’amour d’une vie. Mais « peu importe que ce soit la faute à la reproduction de l’espèce, que ça dure 72 heures ou 15 ans, ça reste un foutu miracle électrisant, deux êtres qui se désirent ». Bam. »

Table rase, une pièce de théâtre féministe, crue et drôlement émouvante

Mercredi dernier, j’ai eu la chance d’assister à la première de Table rase, une création de Transthéâtre en co production avec Collectif Chiennes à l’Espace libre. Cette pièce de théâtre est féministe, drôle et profondément ancrée dans ma génération. On rit, on pleure, on réfléchit surtout, et on a envie d’être amie avec les filles de la pièce. Table rase, c’est une histoire d’amitié tumultueuse, franche, belle, et ô combien éternelle. Écrit par Catherine Chabot avec la collaboration de Brigitte Poupart et du collectif Chienne, le texte est cru, beau, poétique et va droit au coeur. Les six actrices, toutes meilleures les unes que les autres, Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Catherine Chabot, Rose-Anne Déry, Sarah Laurendeau et Marie-Noëlle Voisin, livrent des performances plus vraies que vraies. C’est à se demander parfois, improvisent-elles? Le naturel leur colle à la peau. J’étais subjuguée par l’authenticité qui sortait de leur bouche, elles déclaraient des mots qui résonnent en nous, en toutes ces filles d’aujourd’hui. Les six amies depuis toujours se retrouvent dans un chalet pour vivre un souper de filles. La mise en scène de …

Renard, traversée poétique de Simon Philippe Turcot

J’ouvre le recueil et tombe dans le paysage: Le visage peint je suis entré en forêt, fou dans le mur de pics, la peur dans les jambes d’être perdu, piégé. Poitrine battante j’ai marché, couru les yeux rougis de sueur et suis enfin sorti des neiges, des troncs cordés. Devant moi la route s’enfuyait. Comme nous. L’oreille tendue je l’ai prise, avec la ferme intention de vivre fort. Paru le 8 septembre aux éditions La Peuplade, Renard est le troisième livre de Simon Philippe Turcot, éditeur et auteur saguenéen. Précédemment, il a publié, chez La Peuplade, le roman Le désordre des beaux jours en 2007, ainsi que le recueil de poésie Le paysage est un atelier chez Les Heures bleues, en 2007. De plus en plus reconnue, la maison d’édition La Peuplade, que Turcot a cofondé avec Mylène Bouchard au Saguenay-Lac Saint Jean il y a plus de dix ans, s’est donnée pour mission de peupler le territoire. Son recueil Renard participe activement à cette mission. Quelque part entre récit et poésie, Turcot, à travers …

Reconstitution de mon âme rapaillée

À Marie-Andrée Beaudet À lire en écoutant le son de la musique à bouche La venue du printemps et de son compagnon le beau temps me ramène toujours à lui. «Tu as les yeux pers des champs de rosées tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière la douceur du fond des brises au mois de mai» (p.59) L’épanouissement de cette saison en fleur et l’éclosion de toutes ces passions ont fait renaître en moi ce besoin de m’évader à travers la poésie: eau-de-vie, source de bien-être, nectar de béatitude. «tu viendras toute ensoleillée d’existence la bouche envahie par la fraîcheur des herbes le corps mûri par les jardins oubliés où tes seins sont devenus des envoûtements tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras où tu changes comme les saisons je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine à bout de misères et à bout de démesures je veux te faire aimer la vie, notre vie t’aimer fou de racines à feuilles et grave de jour en jour à travers nuits et gués de moellons nos vertus …