Derniers Articles

Hantises sur les rives

J’ai eu la chance de rencontrer la charmante Marie-Claude Lapalme lors du lancement collectif de nos (premiers!) livres, le 30 août dernier à Montréal, où nous avons célébré la belle cuvée d’automne des éditions Hamac. En plus d’une personne particulièrement sympathique, j’y ai découvert une femme de lettres talentueuse et une plume à découvrir en cette rentrée. Originaire et habitant toujours Sherbrooke, elle enseigne le français et le cinéma au collégial.

Le bleu des rives (Hamac, 2016), de son poétique titre, est une immersion dans le cadre naturel des rives, au sens premier et figuré. Le texte se présente comme un archipel de nouvelles cadrant différents personnages comme autant d’îlots s’articulant autour de l’eau et de ses imaginaires. Le lac trône au milieu des récits comme un œil inquiétant, d’une force insondable et menaçante. On plonge dans l’écriture coulante de Lapalme pour atteindre des profondeurs vertigineuses, pour toucher quelque chose d’enfoui en nous, en nos vertiges. Sublime est le mot qui m’est venu à l’esprit en lisant, comme l’impression de se tenir près d’un gouffre qui nous attire dans sa noirceur. Les récits se coiffent d’envolées oniriques qui mettent en tension les liens archaïques entre l’humain et son environnement. S’y entremêlent les rêves, les mythes, les angoisses sous-jacentes. L’auteure parvient à distiller une inquiétante étrangeté peuplée de créatures et de spectres qui ne rôdent jamais loin, de ces choses innommables qui remuent toujours un peu au fond du lac. Les thèmes de la mémoire, de la revenance, de l’apparition et de la disparition voilent le texte d’une brume dans laquelle se confondent les réalités et les temporalités, teintant les nouvelles d’une délicieuse incertitude.

C’est peut-être essentiellement personnel, mais pour moi une étrange nostalgie émane de ces tableaux, qui rappellent les chalets d’enfance surannés. Quelque chose de l’ordre de la désuétude et de l’obsolescence qui devient presque obsédant dans son parfum de langueur. Ce qui m’a conquise. Le ton est poétique, voire lyrique, mais d’un lyrisme élégant, comme venu du fond des âges – ou des lacs. Il faut souligner l’agilité de l’auteure pour composer des images d’une grande justesse, sans jamais trop en faire. L’ensemble demeure toujours équilibré, vibrant d’une langue ciselée à son meilleur. Et l’émotion est au rendez-vous. Sur ce plan, mention spéciale pour le texte L’étrangère, qui m’a fendu le cœur en raison de sa troublante sérénité:

Parfois, je crois voir ma chute dans l’eau. Je ressens le fracas de mon crâne sur le rebord de la barque. Je revis la descente sans fin autre que la lueur mourante au-dessus de moi. L’étreinte molle du fond qui me retient jusqu’à ce qu’on m’engloutisse. Qu’on fasse disparaître mon corps parmi les sédiments. (p. 93)

Une première parution remarquablement solide. À la fois réconfortant et angoissant, lumineux et éminemment obscur, Marie-Claude Lapalme nous introduit dans son royaume riverain tout en demi-teintes, où il fait bon frissonner. Je salue l’immensité du travail d’écriture de l’auteure et lui souhaite que sa plume poursuive ses merveilles, pour notre plus grand plaisir.

Marie-Claude Lapalme. Le bleu des rives.  Hamac, 30 août 2016, 156 pages.

Monogamies et déceptions

Jolène tente de faire son petit bonhomme de chemin à travers la mêlée d’autres mélomanes amoureux de liberté de sa génération. Sauf qu’elle est victime d’une malédiction depuis sa naissance : son prénom est également le titre de la célèbre chanson de la chanteuse Dolly Parton, Jolene. Comme mon prénom est Roxanne, sans dire que The Police ont fucké ma vie sexuelle, je pensais vraiment me retrouver dans le personnage de Jolène, d’autant plus que c’est aussi le prénom de l’auteure, elle doit bien s’y connaitre en la matière! J’avais donc plutôt hâte de mettre la main sur le roman.

Monogamies ou Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle est écrit un peu à la manière d’un journal intime, entrecoupé de funfacts sur Dolly Parton ou sur sa chanson Jolene, maintes fois reprise à toutes les sauces. On y suit les péripéties de Jolène qui cherche quelqu’un pour partager sa vie un peu trash, tout en voulant garder pour elle seule ses deux meilleurs amis Bear et Pouliche. On y lit aussi parfois des souvenirs de moments heureux, avec ces deux personnages. Elle couche aussi avec son voisin, qui a pourtant une relation stable, et elle se masturbe souvent.

Très honnêtement, je ne suis pas sûre d’être capable de vous faire un bon résumé. J’ai trouvé le récit tellement décousu qu’une fois ma lecture terminée, je n’avais pas trop compris où l’auteure voulait en venir. On parle souvent d’un projet que le personnage principal entretient, et je crois qu’il s’agit d’avoir une relation monogamique stable, mais je ne suis toujours pas certaine…

En fait, le récit n’avance pas du tout. L’écriture est intéressante, puisque j’apprécie en général la littérature qui mélange le joual et les sacres à une grammaire correcte, mais là j’avais l’impression que c’était parfois trop. J’aurais préféré entendre Jolène Ruest me raconter ses anecdotes en personne plutôt que de les lire dans un vocabulaire si peu travaillé. Il n’y a pas de chemin entre le point A et le point B, on reste au point A indéfiniment. Pas d’avancement dans la vie personnelle ou professionnelle des personnages, sauf dans les quatre dernières pages, où Jolène prend l’autobus pour fuir sa routine (oups, je vous ai spoilé la fin…). Routine qui se résume à se saouler pendant des concerts de rock et à déjeuner avec ses amis le lendemain, un peu puckée. Tout ça en se plaignant qu’elle ne réalise pas son projet (sérieusement, si vous l’avez lu et que vous avez compris, j’aurais besoin d’explications!)

Bref, Monogamies ou Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle, publié le printemps dernier aux Éditions XYZ était très décevant. Et pourtant, j’avais tellement d’espoirs pour cette lecture! Le titre, la quatrième de couverture, l’auteure, tout avait l’air amusant, drôle et déjanté! Dommage que le récit soit autant stagnant et sans but. Mais je serais quand même curieuse de lire les prochains projets de Jolène Ruest, c’était sa première publication après tout, avec un peu plus d’expérience je suis sûre qu’elle pourrait nous charmer!

—————————————————————————————

 Le fil rouge tient à remercier les Éditions XYZ pour ce service de presse!

Entrevue avec Mélissa Verreault

C’est bien fébrile que je me rendais dans un café de la Petite Italie, en milieu de semaine, pour y rencontrer l’auteure Mélissa Verreault. Lieu qui n’a pas été choisi par hasard, d’ailleurs : le dernier roman de Mélissa, Les voies de la disparition, se déroule en partie dans l’Italie des années 1980, alors que survient ce que l’on nommera l’attentat de Bologne. En partie, dis-je bien, car ce n’est qu’une des voies de la disparition que l’auteure a choisi d’exploiter. On a donc parlé de tout ça, et de bien d’autres choses, et ma nervosité s’est rapidement éclipsée tant j’étais fascinée par cette femme éloquente, drôle et intéressante. Téteuse, oui, oui, mais c’est ce que j’ai avoué d’emblée à Mélissa : son roman est une grande réussite. On y plonge sans s’arrêter, à l’image de cette entrevue que j’aurais voulu faire durer toute la journée.

En m’asseyant, je lui ai aussi avoué que je n’avais pas lu son roman précédent, L’Angoisse du poisson rouge. « Pas besoin! », me dit-elle. Mais pourquoi avoir repris les mêmes personnages, alors? lui demandai-je, intriguée…  « Je sentais que Manue et Fabio avaient déjà une profondeur, et les parallèles avec l’Italie étaient déjà là… Pourquoi est-ce que je n’irais pas plus loin? Et quand j’avais mis le point final au Poisson Rouge, je m’étais dit : ‘’je n’en ai pas fini’’…».

voies-c1-160627-226x339C’est donc sans aucune attente que j’ai commencé son roman, lui ai-je avoué, bien humblement. Et j’ai été (très) agréablement surprise : deux histoires parallèles. Un roman choral, comme le dit si bien l’auteure elle-même. Avait-elle donc deux idées – l’histoire d’un couple trentenaire qui n’arrive pas à avoir d’enfants, et l’histoire de l’attentat de Bologne, en Italie? Pourquoi le mélange de deux trames narratives? « Je suis d’avis que de mettre deux histoires comme ça en parallèle apporte un éclairage différent sur les événements, ça remet les choses en perspective et ça permet de réfléchir autrement à ce qui se passe, me confie Mélissa. Le passé vient éclairer le présent et vice-versa. Aussi, une histoire de trentenaire, c’est ben banal! J’ai beau pouvoir me débrouiller avec des p’tites formules de phrases cutes et des dialogues drôles, ça n’aurait pas été suffisant pour que ça sorte du lot ». Elle précise que c’est ce qu’elle aime, lorsqu’elle écrit : jumeler des histoires ensemble et créer des liens entre elles.

Dans Les voies de la disparition, le lien entre l’Italie et l’attentat terroriste qui s’y produit et l’histoire de Manue et Fabio, c’est la guerre. Pas besoin de vous dire ce que la guerre a à voir avec un attentat terroriste. Mais dans l’histoire du couple? C’est parce que Manue part en guerre, elle aussi, mais pas n’importe comment. « C’est une terroriste amoureuse! En naviguant d’hyperliens en hyperliens quand j’écrivais le roman, je suis tombée sur un truc qui s’appelait « l’art de la guerre », qui parlait de l’éthique de la guerre. C’est là que j’ai compris que Manue est une terroriste amoureuse, parce qu’elle ne respecte pas les règles de la guerre. »

Si au départ je me posais bien des questions, justement, quant à ces liens, au fil de ma lecture, tout s’est éclaircit. Mélissa Verreault a donc bel et bien réussi à le faire sentir,

sktnvglj

Mélissa Verreault. Crédit: Twitter

ce lien. Pourtant, elle aborde une histoire dont j’ai (et « on a», peut-être) peu entendu parler (je n’étais pas née, vous me direz, mais certes) : l’attentat qui s’est déroulé à Bologne, en Italie, en 1980 et qui a fait 60 morts et plus de 200 blessé.e.s. L’auteure s’attache à déplier tout ce qui se passe derrière cet événement, à travers notamment le personnage de Claudio, qui a perdu un couple d’amis dans l’attentat. On apprend aussi ce qui s’est passé après : qu’a-t-on fait pour trouver les coupables? Qui a été accusé? Et surtout, surtout, sont-ils les véritables coupables… « On ne connaît pas cet attentat ici, mais en Italie, c’est un événement qu’on commémore. J’ai voulu creuser, et plus je creusais, plus je trouvais des choses absurdes! » C’est qu’à ce jour, les véritables coupables n’ont pas été trouvés… Du moins, c’est une des théories, et avec elles celle, entre autres, de certaines personnes qui auraient été accusées injustement.

 

Or, ce qui m’a fascinée, ce sont surtout les personnages dont Mélissa parle et qui sont victimes (au sens de décédées, mais aussi au sens d’accusées injustement) de cet attentat. Il me semble que pour qu’une telle histoire nous touche, il faut passer par là, par les humains. « Oui!, s’écrie-t-elle. Humainement, ce que tu découvres à travers ça, c’est hallucinant. Ce qui me fascine, c’est toujours l’histoire des individus derrière l’Histoire avec un grand H. C’est à l’intérieur des yeux d’une personne qu’on peut mesurer l’impact des grands événements comme ceux-là ». D’autant plus que pendant que Mélissa écrivait, il y a eu Charlie Hebdo et les attentats de Paris… Et comme elle, on a appris à connaître l’histoire des victimes pour s’approprier un peu le drame. Pourtant, à mon sens, ce n’est pas mal. Ça peut parfois être tellement loin de nous. Un peu comme l’attentat qu’a choisi de mettre en scène Mélissa; au Québec, peu de gens sont au courant. Je lui ai fais part de ma fascination quant au fait qu’on peut être complètement dévasté.e par des événements qui se passent à Paris, mais qu’on ne soit pas au courant de ce qui se passe ailleurs… Alors que quand j’ai lu les portraits qu’elle a écrits sur les gens victimes des attentats de Bologne, même si je ne les connais pas, j’ai été affreusement bouleversée… « C’est parce qu’on n’a pas accès aux histoires intimes des gens de Syrie et en Afghanistan, par exemple, me dit-elle. Si on avait accès au parcours de ces gens, on serait beaucoup plus touché.e.s… Parce que là, tout ça nous semble fictif. » Mais lorsqu’on implique des personnes humaines, des sensations, on est interpellé.e.s et, dès lors, concerné.e.s. C’est pour cette raison que c’est l’humain qui intéresse Mélissa Verreault : « Ça me permet de comprendre des choses sur moi, de m’intéresser à l’Autre. À l’Italie, par exemple, car même si c’est un pays occidental, j’ai découvert des choses sur nos sociétés, sur là où on fait des bons coups et des moins bons coups… » Et ça permet aussi aux lectrices et lecteurs d’apprendre énormément de choses, comme ça a été le cas pour moi et l’attentat de Bologne, grâce à son livre. Pour elle, c’est ça le pouvoir du roman : « Transmettre une connaissance, mais d’une manière beaucoup plus subtile et plus vraie, parce qu’après, la personne possède vraiment ce savoir puisqu’elle l’a vécu. Dans un essai historique, tu ne t’attaches pas aux personnages! »

Et qu’en est-il de cette autre histoire, de Manue et Fabio? Il s’agit « simplement » d’un couple qui essaie d’avoir un enfant, ce qui n’est pas une situation qui m’interpelle nécessairement, a priori. Et pourtant, je ne me suis pas sentie loin de ça. Il y a quelque chose qui fait que même si l’infertilité n’est pas une question qui nous touche, on s’attache. « Je crois que ça tient beaucoup de l’anxiété de Manue, me répond-elle. C’est le mal du siècle! On peut toutes et tous se reconnaître, peu importe le problème qu’on vit. De ne pas savoir, de ne pas comprendre. J’ai choisi ce problème-là, mais ça aurait pu être autre chose. Ça demeure universel en ce sens-là, je pense, parce qu’on vit dans un monde qui va beaucoup trop vite et on n’a pas le temps de réfléchir, en fait. Pourtant, je pense que, qu’on ait 15 ans, 25 ans, cette pression-là existe, surtout pour les filles. Même si nos parents sont ben ouverts et non genrés, la société nous dit : ‘’si t’es une femme, tu es faite pour avoir des enfants.’’ Tu te poses la question dès un très jeune âge, même si tu n’es pas rendue là dans ta vie. Réfléchir à cette pression sur les couples et les femmes, surtout, c’est une question qui n’a pas d’âge. Même les personnes de 50 ans peuvent revisiter leur propre expérience à travers le roman. » Mélissa et moi on discute alors des sujets de romans, qui peuvent être universels. Elle repense à son premier roman, Voyager Léger, qu’un éditeur avait refusé de publier parce que « c’est une histoire de filles ». « Oui, j’t’une fille, pis oui je vois le monde avec mes yeux de filles, mais pourquoi mes yeux seraient moins universels que les yeux d’un gars? » Bien dit, Mélissa. Et l’infertilité, ça concerne les hommes aussi, de toute façon! Comme elle le dit si bien, tout est une question de comment on rentre dans le roman. « Parce qu’au fond, toute la littérature parle de la même chose… Où je vais, qui suis-je? C’est pour ça qu’on écrit des livres, au final. Après on se laisse porter par la voix de l’auteure, et puis ça nous plaît ou non.  »

Sur le coup, je n’ai pas été game de dire à Mélissa que je suis une fille très anxieuse et que c’est peut-être pour ça que j’ai pleuré une couple de fois pendant ma lecture. Et que sa voix, je l’ai adorée. Les Voies de la disparition, c’est donc malgré tout un livre qui fait du bien. Et il est là, le lien entre les deux histoires : si le terrorisme de l’attentat de Bologne et le terrorisme amoureux de Manue sont deux avenues pour disparaître, elles sont aussi deux histoires remplies d’humanité.

Les Voies de la disparition de Mélissa Verreault
Aux éditions La Peuplade

Station Eleven : entre nostalgie et fin du monde

Parce que survivre ne suffit pas. Le premier jour : Éclosion de la grippe géorgienne. On estime qu’elle pourrait contaminer 99 % de la population. Deux semaines plus tard : La civilisation s’est effondrée. Vingt ans après : Une troupe présente des concerts et des pièces de théâtre aux communautés regroupées dans des campements de fortune. La vie semble de nouveau possible. Mais l’obscurantisme guette, menaçant les rêves et les espérances des survivants. 

Presque toutes les rubriques et médias littéraires en parlent, tous l’encensent comme étant le roman de l’été, une lecture émouvante, touchante, qui captive. J’ai eu le gout de m’y plonger et de voir de quoi il était question dans ce fameux quatrième roman de l’auteure Emily St. John Mandel.

Ce roman choral joue dans le temps, dans les souvenirs et dans les moments tant avant, pendant, qu’après la grippe de Géorgie, pandémie qui tua 99 % de la population. Bien que le récit soit post-apocalyptique, qu’il s’instaure dans la lignée des dystopies, le point focal de celui-ci n’est pas la fin du monde. Celle-ci est plutôt l’arrière-plan, quoique bien présente, elle est le contexte auquel se prête une multitude de réflexions sur le monde.

En trois temps, on suit donc Kristen, membre de la symphonie ambulante qui se promène à travers le Nouveau Monde en jouant du théâtre classique, Arthur Leander, acteur célèbre qui meurt sur scène, lors de l’éclosion de la grippe de Géorgie, ainsi que Jeevan, ancien paparazzi devenu journaliste à potin.

C’est principalement à travers ces trois personnages que se construit le récit. Autant celui d’avant la fin du monde, que celui d’après. Bien qu’on y retrouve quelques éléments-clés de tout bon récit de survie, il n’est pas vraiment question de luttes de pouvoir et de violence, du moins pas à outrance. Il est surtout question de nostalgie pour l’Ancien Monde, de reconstruction de soi, de questionnements. Les réflexions sur l’art, sur la célébrité, sur les connexions, les relations humaines.

On y retrouve, bien entendu, quelques clichés. Celui du prophète, professant ses visions sectaires dans le Nouveau Monde. Le personnage d’Arthur, acteur de cinéma un peu déchu, qui change de femme à quelques reprises, qui ne veut plus être célèbre, qui vit une vie vide. Par contre, ces petits préconçus sont apportés avec une finesse qui ne les rend pas déplaisants, ils font partie de l’histoire et participe à la grande mosaïque du récit.

En cherchant comment faire pour « plus que survivre » dans un monde qui avance tant bien que mal, à tâtons, l’auteure révèle, petit à petit, les liens entre chacun des personnages, jusqu’à créer une grande toile, un portrait porteur d’espoir.

Bien que Station Eleven n’ait pas laissé sur moi une impression grandiose, il n’en reste pas moins que les éléments-clés pour en faire un bon roman sont tous présents. Peut-être qu’un jour, si une relecture me tente, je vivrai, à retardement, l’engouement. Je comprends pourquoi, mais je ne l’ai pas pour autant ressenti durant ma lecture.

Chroniques d’une anxieuse : avec toi j’révolutionnerais le monde

On m’avait surnommée le raton laveur au primaire parce que j’avais des cernes bleus qui m’pendaient jusqu’aux genoux. J’en ai pleuré une shot quand le gars sur qui j’avais un kick m’a appelée d’même devant toute la classe. J’ai longtemps pensé que j’tais pas belle, comme dans la toune de Jean Leloup, une p’tite maigrichonne qui se trouverait jamais de chum.

Juste sentir mon corps exister, respirer, c’tait tough.

Je faisais de l’insomnie, à 12 ans. Et j’avais des cernes de raton laveur, ben bleus, ben creux. J’savais pas pourquoi j’tais comme ça. J’me sentais différente pis pas normale. Trop souvent. Les p’tites voix dans mon cerveau me criaient des bêtises. C’tait gossant à la longue de se faire dire que je n’y arriverais pas, que j’devrais pas dire ceci ou cela, que j’tais pas bonne, pas fine, pas jolie pis un peu conne aussi. Ça te brime la confiance et l’estime en même temps.

Un jour, j’ai surpris mon père dans son lazyboy, du Charles Aznavour dans l’tapis, une larme à l’œil. Il regardait au loin, perdu dans ses souvenirs, ses regrets, ses peurs.

Et j’ai compris.

Je le scrutais en secret, cachée derrière la porte de ma chambre, et je savais qu’il m’avait transmis de quoi dans mes gênes. De quoi que j’devais accepter parce que j’pouvais pas y échapper. C’tait là pour rester. Fallait faire avec.

Copie conforme. Il était le seul qui pouvait réellement saisir par où j’passais. Ce que c’était que d’avoir l’impression que le monde entier conspire contre toi. Que d’avoir cette envie incompréhensible de brailler toute la journée. D’avoir le goût d’être effacée.

Le seul qui me comprenait avec ses frères et ses sœurs. Mes tantes, mes oncles, toute la gang, étaient des anxieux aguerris. C’tait un fléau dans notre famille. Notre drame à nous. On était les meilleurs dans le domaine du capotage pour rien. Je leur en ai voulu de m’avoir refilé ces bébittes-là qui m’pourrissaient la vie. Surtout les jours où j’arrivais pas à sortir des couvertures, en p’tite boule, recroquevillée sur moi-même, en train de sangloter toute l’eau de mon corps, parce que j’craignais tout et rien en même temps. Le pire, c’est ça, pleurer sans savoir pourquoi.

Mais quand j’les voyais dans les partys de famille, je pouvais pas m’empêcher d’éprouver d’la fierté, d’être comme eux. Ils aimaient avec toutes leurs tripes. Si tu entrais dans leur existence, c’tait pour toujours, ils se seraient jetés devant un train pour te sauver, toi. C’tait du vrai monde, du monde vrai. Quand ils parlaient, c’tait du beau. De la belle sensibilité avec des grandes vérités que je tentais de capter au vol, le plus souvent possible. De l’inspirant, toujours.

On partageait le même besoin de s’enivrer, aussi. Parce que quand tu ressens trop les choses, t’as besoin de disparaître un peu dans le néant. Faque les partys de famille finissaient souvent un peu trash, mais c’tait correct, on l’assumait. Des rires. Des sourires. Shooter, shooter, p’tite pof de joint, shooter, grosse pof, drink vraiment-bon-qui-rentre-tu-seul, pof, gorgée d’un verre qui traine su’a table.

Mon père me regardait avec un air complice. Il savait que j’tais capable d’en prendre. Il savait que c’tait nécessaire pour décrocher.

Pis que ça faisait du bien. Des fois.

Un moment donné, on est partis en Italie avec ma mère et ma sœur. On s’est payé la traite. L’gros luxe sale, comme on dit. Dès que nos pieds ont frôlé le sol italien, notre premier réflexe a été d’acheter une bouteille de Limoncello, mon père disait que ça goutait le ciel. Le ciel aux citrons ben alcoolisé.

Deux portes françaises qui donnaient sur un balcon face à la mer nous attendaient dans l’appartement qu’on avait loué. On a soupé. On a ri. On a senti l’air salin sur notre visage. Les étoiles européennes se sont montré la face. Ma sœur est allée se coucher. Ma mère aussi. Et c’est là qu’il a pris deux verres, la bouteille de Limoncello et m’a dit : « on révolutionne le monde à soir, ma fille. »

On s’est mis à repenser l’univers à notre façon. On a émis toutes sortes de théories sur plein d’affaires qui vont d’travers. Et on a pleuré, comme des braillards, parce qu’on vivait un moment parfait. Ça ressemblait à un ralenti au cinéma où chaque seconde a son importance, où chaque seconde est vécue comme des heures d’éternité. Le genre de moment où on a l’impression d’être seuls avec le son des vagues qui s’échouent doucement sur le sable. Moment de vertige, si près de la perfection, qu’il semblait presque irréel.

L’feeling que tout était possible.

C’tait beau de se sentir de même, ensemble.

Mon père se donnait toujours des allures de tough quand j’tais jeune. Celui qui protégeait sa famille contre vents et marées. Pis il voulait que j’sois une tough aussi. On s’est engueulés une coupe de fois parce qu’il trouvait que j’tais trop sensible, que j’prenais trop toute à cœur. Fallait que j’m’endurcisse. Il m’a appris à m’bâtir une belle grosse carapace à toute épreuve. Comme la sienne. Parce qu’il savait ce que c’était d’être moi.

Mais derrière son armure de mon-papa-est-plus-fort-que-le-tien se tenait encore et pour toujours un homme anxieux à la limite du vulnérable. Je l’ai aperçu, une fois, dans le salon, assis en indien, avec quatre ou cinq boîtes de carton l’entourant. Il reniflait. Et dans ses mains se trouvaient des clichés qu’il admirait tranquillement tout en aspirant sa morve avec véhémence. Il essuyait ses larmes de crocodile avant qu’elles ne tombent sur les photos de ma mère, ma sœur et moi, souriantes, emmitouflées dans nos manteaux d’hiver pas assez chauds à Charlevoix. Il s’exclamait que le temps passait trop vite en regardant les frimousses de deux fillettes, toupets carrés et imperméables rose flash, une qui pleurait parce que l’autre l’avait pincée. Je me suis accroupie à ses côtés. Et j’ai passé l’après-midi à voyager dans l’passé.

Dans notre passé, à nous.

Avec toi, papa, j’révolutionnerais n’importe quoi.

Le phénomène du #Bookcrossing et pourquoi vous devriez y participer cette semaine

Devenu événement mondial réunissant des lecteurs de partout autour du monde, J’oubli un livre quelque part se passe présentement, du 5 au 15 septembre. Le concept est simple, on oublie véritablement un livre dans un endroit public, dans le but de partager avec d’autres l’amour de la lecture. Vous pouvez aussi y joindre un petit mot dans le livre pour le prochain lecteur et partagez vos découvertes et vos oublis avec le #PartageLitt.

C’est le moment parfait pour faire du ménage dans votre bibliothèque et offrir ces livres que vous ne relierez plus. De mon côté, j’ai classé mes livres, il y a quelques jours et j’ai empilé 4 boites de livres à donner! Ça me ferait donc vraiment plaisir d’offrir à de futurs lecteurs le plaisir de découvrir de nouveaux livres et j’espère aussi en trouver!


Ce phénomène du Bookcrossing

Ça ne date pas d’hier ce concept de partager les livres, de les faire vivre. Certaines personnes croient fermement et avec raison, que les livres doivent vivre, être lus, partagés et ne pas vivre seulement sur des tablettes de bibliothèques. Malgré le fait que j’adore mes livres, les conserver, les revisiter, les prêter, les relire, il reste que je suis quand même d’accord qu’il est dommage de ne pas partager le plaisir de lire, par des livres qui restent au même endroit des années.

Le site web Bookcrossing fait le lien entre les livres oubliés et les lecteurs qui les trouvent. Ce site vous permet d’enregistrer tous les livres que vous voulez donner et ceux que vous trouvez. Ainsi, vous pouvez voir le chemin parcouru par votre livre. Je trouve ça vraiment excellent comme idée parce qu’il y a quand même quelque chose d’émouvant dans le fait de voir son livre être lu sur plusieurs continents par diverses personnes. Si vous avez envie de vous prêter à l’exercice, rien de plus simple, Bookcrossing crée des codes pour chaque livre et vous envoie un courriel dès que votre livre a été trouvé et enregistré sur la plateforme. En théorie, je trouve l’idée très belle, mais je serais curieuse de voir comment les choses se passent réellement. Si vous avez fait des trouvailles ou des expériences, écrivez-le dans les commentaires, je suis curieuse!

A book is not only a friend, it makes friends for you. When you have possessed a book with mind and spirit, you are enriched. But when you pass it on you are enriched threefold.
-Henry Miller

Les bibliothèques de rue et les Croque-livres 

Dans la même philosophie du partage de livre, il existe aussi les bibliothèques de rue, ces mignonnes constructions en bois en plein milieu urbain où vous pouvez y laisser un livre et en prendre un. Je trouve ces initiatives vraiment incroyables, ne serait-ce que pour rendre accessible la lecture à ceux qui n’y ont pas accès, qui n’y pensent pas nécessairement et qui ne sont tout simplement pas des lecteurs. Ce genre de démocratisation de l’accès aux livres permet, aux adultes, comme aux enfants, d’avoir accès aux livres (je n’oublie pas les bibliothèques, bien sûr!) facilement, et ce, parfois à deux coins de rue de leurs maisons.

J’ai trouvé deux bibliothèques de rue dans mon quartier et j’étais vraiment trop contente. Ça me fera plus que plaisir d’aller la garnir de temps en temps!

Et pour les plus jeunes, nous avons les Croque-livres qui sont plus destinés aux 0 à 12 ans, mais pour en avoir un près de chez moi, j’y ai déjà vu des romans plus pour adultes. Ces petites bibliothèques de rue offrent de façon accessible de la lecture aux jeunes tout en créant un sentiment de communauté autour de la lecture!

Entrevue avec Geneviève Drolet, auteure du Guide des saunas nordiques

Entrevue paru préalablement dans le cahier du coffret mai 2016
Geneviève Drolet, auteure du Guide des saunas nordiques, a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions, histoire d’en connaître un peu plus sur son roman, les thématiques abordées et son processus de création.

Pourquoi les saunas? Ils sont au coeur du roman, non seulement de manière physique, mais semblent aussi être la figure dans laquelle se transpose tout « l’espoir de mieux-être » d’Emelyne.
En tant qu’adepte des saunas, j’ai réalisé que peu de personnes connaissaient cet univers ici, au Québec. J’ai eu envie de partager cette passion. Ensuite, en faisant mes recherches, j’ai réalisé qu’il y avait cette allégorie intéressante avec la naissance, la renaissance et j’avais envie de creuser dans cette direction et d’explorer l’avenue de la maternité et de l’ambivalence qu’elle peut créer chez la femme.

Les liens avec la toile d’araignée traversent le roman, jusqu’aux dernières lignes de celui-ci. On trouve que cette métaphore est puissante et qu’elle permet, une fois le roman terminé, d’y jeter un nouveau regard. Pourquoi était-ce important pour vous de nous faire voir ce côté de la médaille, de faire comprendre au lecteur qu’Emelyne était peut-être, à certains niveaux, celle qui construisait aussi une toile?

J’ai l’impression que c’est représentatif de ce que l’on vit tous les jours. Chaque fois que quelque chose de négatif se passe dans nos vies, on a tendance à mettre la faute sur quelque chose d’externe à soi, on attend souvent des autres qu’ils nous rendent heureux, mais on est les seuls responsables de ça. C’est une question de perspective. Dans le roman, j’ai fait en sorte que le narrateur soit subjectif, qu’il nous montre seulement un côté de l’histoire. Bien sûr, on peut supposer que Benoît ne traite pas Emelyne comme il le devrait, mais une grosse partie de leur histoire est occultée, alors on ne peut pas réellement se faire une idée objective de la situation. Comme dans la vie, Emelyne a aussi le choix de quitter cette relation qui la rend malheureuse, mais elle ne le fait pas. Elle contribue à créer et à entretenir son propre malheur.

D’où vient le choix stylistique des « mots collés »?
J’aime explorer au niveau de la forme, faire des essais. Ce choix spécifique a un lien avec la langue allemande, et sa manière d’amalgamer des mots ensemble pour en former un autre. Ça représente le désir d’Emelyne de se fondre dans cette culture étrangère, de presque disparaître, d’une certaine manière, dans ce voyage.

Ce qui est vraiment intéressant avec Emelyne, c’est qu’elle est toujours dépeinte comme très humaine, autant dans ses imperfections que ses paradoxes. Ainsi, on saisit bien toute la complexité de son existence et de son passé. Est-ce qu’il était important pour vous de montrer la noirceur du personnage, et ce, toujours en la voyant faire preuve de courage en vivant de sa passion et de son désir de découvrir des saunas?

J’aime beaucoup explorer la noirceur de mes personnages. C’est une manière pour moi d’aller là où l’on ne va pas souvent, par peur de nos propres sentiments ou réactions. Je suis un peu fascinée par les extrêmes, peut-être parce que je me considère comme une personne assez équilibrée, ou peut-être suis-je équilibrée parce que je me permets d’ausculter des émotions très diverses, de me laisser aller dans ce voyage intérieur? Je ne sais pas. C’est un terrain de jeu très libre, et assez confrontant. J’ai l’impression que ça me fait grandir en tant que personne, et en tant qu’artiste.

Le rapport au corps et à la pudeur est très différent dans le nord de l’Europe qu’ici. Y a-t-il chez Emelyne une libération qui passe par cette impudeur du corps et de la méditation qu’elle ne retrouve pas chez elle?
Oui, peut-être. Le rapport au corps est une thématique assez forte dans le livre. Emelyne veut renaître, ou du moins, elle pense que c’est ce qu’elle doit faire, même si elle n’est peut-être pas prête à laisser derrière les choses qui lui font mal. Elle a l’impression que cette renaissance doit passer par un dépouillement physique, comme point de départ pour guérir ses maux. Mais elle se sauve aussi de sa vie à la maison, elle est un peu lâche. Elle pense que de partir ainsi va l’aider, mais elle ne remet pas en question sa relation avec Benoît, elle espère juste que le sauna sera comme une pilule magique qui lui rendra sa vie.

Le désir d’Emelyne de suivre ses passions et son envie d’écriture, même si cela ne plait pas toujours, par le voyage, est très libérateur et nécessaire pour comprendre sa démarche. Est-ce important pour vous de véhiculer des thèmes comme la liberté, l’introspection et le voyage?

Oui, tout à fait. Je retrouve beaucoup de liberté dans l’écriture, le voyage et ma vie d’artiste de cirque. L’introspection est aussi une composante vitale pour moi, sans toutefois tomber dans l’obsession. Voyager, oui, en soi ou dans le monde, une manière d’ouvrir ses œillères, de moins juger, de mieux comprendre les autres.

Comment s’est passé le processus d’écriture? Avez-vous réellement visité les saunas décrits dans le roman?
J’étais à Bad Oeynhausen en Allemagne lorsque j’ai commencé l’écriture de ce roman. Entre les spectacles, je me précipitais au sauna pour tenter de survivre à l’énorme charge de travail que j’avais là-bas. Dans les saunas, je réfléchissais beaucoup, je méditais. Et l’idée d’écrire sur ce sujet m’est venue. J’avais déjà visité quelques établissements, mais j’ai fait aussi quelques autres voyages d’exploration pour compléter le roman. J’en ai terminé l’écriture lorsque j’étais en voyage à Dubaï.

Le fil rouge recherche des collabos!

On est rendu à cette étape annuelle où on part à la recherche de nouveaux collaborateurs pour le blogue! C’est fou à quel point ces genres d’appel aux candidatures nous ont fait découvrir des gens incroyables! Nos fileuses, comme on les appelle.

Nous sommes à la recherche de personnes motivées qui ont la même vision que nous des livres, de la littérature et qui croient en la bibliothérapie. Nous exigeons un article par mois, mais ça peut être plus. Pour le sujet, on vous laisse beaucoup de latitude, même si les sujets doivent être approuvés par nous! On cherche des gens qui ont envie de s’impliquer dans l’équipe du fil rouge à long terme et qui ont du temps à y consacrer.

Ce n’est pas rémunéré, mais il y a possibilité de recevoir des services de presse (!), d’assister à des lancements, de faire des entrevues avec des auteurs et, qui sait, écrire un texte rémunéré pour un de nos coffrets littéraires!

Écrivez-nous un courriel à lefilrouge3@gmail.com avant le 20 septembre en joignant à vos courriels :

1- Une critique littéraire qui pourrait être publiée sur le blogue

2- Une courte description de toi (+ des liens vers vos réseaux sociaux (Instagram, FB, Pinterest, si vous en avez!)

3- 3 ou plus, idées de prochains articles

4- Tes 5 livres préférés et pourquoi

5- Et explique-nous pourquoi tu voudrais écrire pour Le fil rouge et ce qu’est pour toi la bibliothérapie

On a hâte de vous lire et de vous connaitre,

Martine et Marjorie

Dans la chaleur d’être réellement soi

Texte paru préalablement dans le cahier du coffret littéraire mai 2016

Si j’ai appris une chose en lisant ce livre, c’est bien qu’il ne faut jamais se fier à la couverture. Eh oui, je l’avoue, dès le début j’étais un peu sceptique, sans doute à cause du titre qui me laissait croire à un réel guide des saunas nordiques et à la couverture qui avait l’air de confirmer le tout. Mais je vous encourage à aller au-delà des apparences, c’est d’ailleurs là toute la force du roman; ne jamais porter de jugement sans connaître toutes les nuances d’une histoire : le noir, le blanc et très souvent le gris.

Dans ce roman, Geneviève Drolet raconte l’histoire d’Emelyne, une femme qui est en voyage dans le nord de l’Europe pour visiter des saunas, car elle en écrira un guide. Bien qu’elle partage ses réflexions sur les saunas qu’elle visite, Le guide des saunas nordiques est loin d’être un guide, mais plutôt un roman qui laisse place à l’introspection, tout en mettant de l’avant cette passion pour les saunas qu’a l’auteure. Emelyne est confrontée à ce besoin de changer de vie, mais elle n’est pas prête à effectuer les changements dans son quotidien. Elle quitte donc sa fille et le père de cette dernière pour aller visiter des saunas en Finlande, en Estonie et en Allemagne, qui, elle l’espère inconsciemment, viendront la libérer, la faire renaître de ses maux. Le sauna joue donc le rôle de dépouillement, de renouveau et de renaissance dans sa vie.

Le personnage d’Emelyne n’est pas parfait et j’irais presque jusqu’à dire que souvent elle nous rebute dans notre lecture, mais au fil des pages, on découvre la complexité, l’humanité qui fait d’elle un être tout parfaitement imparfait. Bien que d’autres personnages du roman tels que sa mère et Benoit ne sont pas exactement des êtres exemplaires, il est intéressant de voir que chez Emelyne, il y a aussi une lucidité cachée. Elle se cache beaucoup de vérité inconsciemment pour aller mieux et c’est par le biais de son parcours dans les saunas qu’elle tente magiquement de se guérir de ses tourments. J’ai particulièrement aimé le point de vue du narrateur qui nous laisse entrevoir qu’une parcelle du comportement d’Emelyne, comme de ses relations intimes. Ainsi, cela nous incite à avoir un regard jamais teinté et de faire preuve d’ouverture et de non-jugement envers Emelyne.

Ce roman nous aide ou du moins nous inspire à faire preuve d’indulgence envers les autres, même quand tous les signes extérieurs semblent laissés empreints d’une histoire injuste. Emelyne est dans un moment charnière de son existence; elle veut changer, améliorer sa vie et même si on peut croire qu’elle devrait le faire autrement qu’en méditant et en découvrant des saunas, on se doit de la laisser vaguer à ses expérimentations et surtout, de la concevoir comme une femme éprise de contradiction, mais profondément habitée d’une envie de bien-être, comme nous le sommes tous, au final.

La dureté de son enfance comme de sa relation amoureuse avec Benoit qui tombe en morceaux, ont su briser un peu l’idée qu’elle se faisait de la vie idéale de famille. Elle est toutefois franchement inspirante dans son désir de faire ce qui lui plaît. Elle quitte Montréal pour ce voyage avec elle-même, et ce, malgré les conventions qui l’obligeraient à rester chez elle. J’ai trouvé qu’Emelyne était admirable par son entêtement à suivre ses passions, soit l’écriture et le voyage.

Emelyne cherche par ce voyage d’introspection une solution ultime pour améliorer sa vie, elle ne réalise simplement pas que parfois il suffit de s’avouer les vraies choses qui font mal. La métaphore de la toile d’araignée qui parcourt le roman vient très doucement nous faire comprendre que souvent nous sommes les uniques maîtres de notre vie…

Nos suggestions de lecture de pièces de théâtre pour septembre #Jelisunlivrequébécoisparmois

Pour septembre, on se lance dans un genre souvent négligé, le théâtre. Et pourtant, c’est un genre si vaste, plein de poésie et de beauté.

Marjorie propose :  Je ne serai peut-être pas des plus originales, mais ce mois-ci, j’ai le goût de me replonger dans Incendies de Wajdi Mouawad. C’est une pièce que, comme plusieurs, j’ai lue au cégep et qui m’a profondément marquée. C’est captivant, étourdissant, triste et brut.

Martine propose :  Je l’avoue, ce sera une relecture, mais que voulez-vous, c’était trop bon. Ce mois-ci, je relirai J’t’aime encore de Roxanne Bouchard. Ce texte m’a secouée, m’a émue et m’a fait du bien. Elle a su trouver les mots justes pour parler des relations amoureuses de plusieurs années. Ça donne envie d’aimer tout simplement, et ça, c’est beau.

Marion propose : La pièce de théâtre Les grandes chaleurs de Michel Marc Bouchard : « Une folle comédie de l’amour et du mensonge », c’est comme ça qu’on présente cette pièce qui met en scène Gisèle, une quinquagénaire, veuve depuis peu, qui tombe amoureuse d’un jeune ex-délinquant. Voulant cacher cette liaison, elle aura plutôt la visite d’un peu tout le monde, dont ses enfants, un voisin, sa sœur…

Laurence propose : La face cachée de la lune de Robert Lepage, car elle traine dans ma bibliothèque depuis trop longtemps et après avoir assisté à sa pièce de théâtre il y a quelques mois, je désire connaître davantage son œuvre.

Karina propose : Baby Blues de Carole Fréchette : J’aime lire des pièces, surtout aller en voir. J’avais envie de découvrir quelque chose de nouveau et je crois que c’est chose faite avec ce choix de lecture. Je ne connais pas cette pièce ni l’auteure. Si je l’ai choisi, c’est parce que son histoire me semblait intéressante. J’aime le concept de retrouver toutes ces femmes qui parlent de leur rôle dans la maternité. Bref, ça sera une découverte!

Marika G propose : La charge de l’orignal épormyable est une pièce de théâtre écrite en 1956 par Claude Gauvreau. Comme à son habitude, Gauvreau ne fait jamais les choses comme les autres. Cette œuvre nous plonge dans un tourbillon décadent de cruauté et de délire. Le personnage du poète maudit, figure emblématique chez l’auteur, est malmené par quatre analystes qui l’observent, le torturent psychologiquement autant que physiquement et le manipulent. Je vous mets au défi de lire cette pièce et d’en ressortir indemne.

Crédit photo de couverture : Stéphanie Pronovost (@chatouilleska)