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Une fille pas si louche

Une fille louche, de Sylvianne Blanchette, est un recueil de textes tiré du blogue portant le même nom. Plusieurs billets y sont regroupés, sans ordre chronologique, dans le but de créer le magnifique et touchant roman qui s’est retrouvé entre mes mains, un après-midi, fin août.

L’auteure a débuté ce journal virtuel à la suite d’une rupture amoureuse particulièrement éprouvante. Dans ce carnet, on la suit tout au long de la vingtaine, alors qu’elle tente de survivre au passage à l’âge adulte, à la dépression chronique, aux peines d’amour, aux relations qui vont et viennent, aux idées noires et aux paradoxes de la vie et de sa propre tête. Elle partage également des moments d’extase, de questionnements existentiels et de tendres banalités. À travers une écriture authentique parfois poétique, elle se livre avec une pointe d’humour et beaucoup d’émotions.

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas autant retrouvée dans les mots de quelqu’un d’autre. Peut-être est-ce là tout le pouvoir des écrits si personnels, de l’autocritique et de la mise en mots de ses propres pensées et réflexions.

À travers 200 pages de courts textes, on s’immisce dans la tête de l’auteure, dans ses états d’âme, à travers ses dépressions, ses bons coups et ses questionnements. Je ne sais pas exactement ce qui, dans ces textes, est venu me chercher autant. Peut-être est-ce l’honnêteté de ceux-ci, la constante autocritique à laquelle il est si facile, mais parfois destructeur, de s’adonner. Ses réflexions ont résonné en moi. Je trouve toujours fascinant la manière dont des écrits peuvent être à la fois si universels et personnels, c’est ce que j’aime de plus en plus retrouver dans mes lectures. C’est rassurant de reconnaître ses maux chez d’autres. À travers l’observation et la dissection de ses propres maux, Sylvianne Blanchette met aussi le doigt sur ceux d’une multitude de gens, d’une génération qui navigue à travers la vingtaine.

Prenant la forme de billets, de listes, de poèmes, l’univers de Blanchette est touchant, vrai et même drôle par moment. Cet amalgame de petits moments, transposé en écrits, constitue le quotidien, dans sa banalité comme  dans sa grandeur. À travers chacun des textes, on y perçoit de la vulnérabilité, de la détresse, mais aussi beaucoup de force, de persévérance. Malgré les dépressions, les peines d’amour, les moments de profonde noirceur, l’auteure finit toujours par y trouver de l’espoir, de la lumière. C’est beau, c’est actuel, c’est un peu tout le monde et en plus de tout ça, c’est magnifiquement écrit. De manière simple, concise et forte à la fois.

Une fille louche est donc un assemblage de textes qui font mal, qui tournent le couteau dans la plaie, qui donnent espoir, qui font rire et qui, bien entendu, font du bien, tout en même temps.

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Découvrir Élise Gravel, un rire à la fois

Je me suis replongée dans les ouvrages d’Élise Gravel ce matin. J’ai commencé par les aventures du professeur Zouf, que l’auteure jeunesse a créé en collaboration avec l’illustratrice Iris. Je me suis rapidement étouffée de rire en parcourant les pages courtes et dynamiques de ces petits livres-conseils qui expliquent tout ce qu’il y a à savoir sur une multitude de sujets. Que ce soit pour savoir comment devenir un expert de la politesse, comment garder la forme ou comment trouver l’amour, le professeur Zouf est là! Rapidement, ma famille entière est venue observer ce qui me faisait rire autant. Nous étions là, quatre adultes, quatre grands enfants à nous tordre de rire devant les façons de faire peu orthodoxes du professeur Zouf.

Puis, je me suis lancée dans l’album du Docteur Proutnik, un praticien aux connaissances infinies. Il le faut bien lorsque l’on doit guérir les gens de toute la galaxie! Encore une fois, les éclats de rire se sont enchainés au rythme des pages qui se tournaient, au fur et à mesure que les mots défilaient.

Les livres d’Élise Gravel à mes côtés, le temps pouvait bien passer, moi j’étais occupée à dévorer les mondes qui se cachaient au coeur de ces histoires farfelues.

Car, il faut bien l’avouer, il existe peu d’ouvrages jeunesse qui possèdent cette force si particulière; celle de faire rire petits et grands. Je me rappelle aisément avoir eu devant moi des classes entières d’enfants qui se tenaient les cotes, le souffle haletant, alors que je leur faisais découvrir l’univers tout particulier d’Élise Gravel. Un univers coloré, inusité et accrocheur. Un univers complètement déjanté où les enfants peuvent adopter des monstres, où les médecins ne peuvent diagnostiquer un simple rhume et où les animaux que l’on qualifie trop souvent de petits dégoutants retrouvent leur lettre de noblesse.

Mais ce n’est pas tout. Élise Gravel ne se contente pas de faire rire. Elle s’adresse également à l’intelligence des enfants en les amenant, avec rires et images amusantes, à réfléchir et à se positionner sur leur lecture, mais aussi sur la société dans laquelle ils évoluent. De nombreuses discussions peuvent naitre des ouvrages de l’auteure et illustratrice; les possibilités sont infinies. Et, c’est ce qui est si beau au fond du travail de l’auteure, c’est de nous faire voir qu’on peut à la fois se questionner, se bidonner, évoluer au fil des pages que l’on parcourt. Elle vient démontrer très tôt aux enfants que les limites en littérature n’existent pas, qu’il faut surtout oser.

9782923841984Justement, l’auteure-illustratrice a fait paraître dernièrement deux albums jeunesse. Le premier, paru aux Éditions de La Pastèque, Ada, la grincheuse en tutu, met en scène une jeune ballerine qui n’aime pas du tout sa discipline. Le second est une véritable plongée dans l’esprit de l’auteure. Le livre, appelé C’est n’importe quoi!, est coloré et remplir d’images et de personnages les plus fantaisistes les uns aue les autres. Ces petits bijoux sont à découvrir absolument!

Autrement, il est toujours possible d’écumer les librairies ou les bibliothèques à la recherche de ses nombreux bouquins, ou de télécharger gratuitement son petit livre électronique Tu peux (téléchargeable gratuitement ici!), qui met de l’avant des enfants qui sont libres d’être à leur guise. Avec celui-ci, Élise Gravel fait voir aux enfants qu’il n’y a rien de mieux, au fond, que d’être soi-même.

Élise Gravel est une auteure jeunesse à suivre, une star du paysage québécois en littérature jeunesse comme il s’en fait peu. Une auteure bien de son temps qu’il faut faire découvrir aux petits comme aux grands.

Nos petits trucs pour expérimenter le #slowreading

Suite à cet article de Marjorie, nous avons reçu un courriel d’une lectrice qui se demandait comment. Comment se concentrer, décrocher et vivre complètement un moment de lecture? J’ai donc eu l’idée de demander aux collabos leurs trucs et leurs façons de vraiment lire en toute conscience. Donnez-nous les vôtres dans les commentaires!

Quand je veux vraiment expérimenter le pouvoir des livres et ce, sans même que la lecture soit importante, je me prépare un petit moment juste à moi. Souvent, c’est le soir. Je me verse une tasse de thé et je me met au lit. J’essaie de ne pas me préoccuper de mes responsabilités ou du cadran du lendemain matin et je me permet une évasion momentanée. Bien sûr, parfois cela est plus difficile à faire qu’à dire, mais je pense que de me déconnecter de mon cellulaire et de mon ordinateur m’aide aussi. Quand je n’arrive pas à me concentrer assez pour lire (ce qui arrive!), je ne culpabilise pas et je me dis que ça reviendra. Y aller doucement, parfois avec un marqueur ou des post-it en lisant peuvent aider à prendre le temps, à souligner des passages, à relire des mots qui touchent. Je pense que ce genre de lecture est essentielle et que la meilleure façon de l’atteindre est de se mettre aucune pression sur les épaules.

Marjorie B.
Je choisi les moments les plus propices pour la lecture – je ne me mets pas de pression (du genre, je dois absolument m’y mettre, terminer tel livre, en commencer un autre). Finaliser les trucs qui me préoccupent et cocher la to-do list avant de m’y mettre, sinon le cerveau est en ébullition et c’est plus ardu de passer à autre chose. Pour la lecture, c’est souvent en soirée que ça se passe et toujours avec un bruit de fond (j’ai beaucoup de difficulté avec le silence); musique, fenêtre ouverte, etc. C’est aussi ma façon de terminer la journée (parce qu’honnêtement, il n’y a plus grand chose de pressant après le souper). L’important, c’est d’y aller tranquillement: une page par-ci, une autre par-là, être à l’écoute de soi, moment présent, pas de pression, tranquille.

PS: Marjorie propose aussi ce vidéo

Marie-Laurence
Généralement, je ferme mon cellulaire, aussi niaiseux que ça. C’est ma première source de distraction!

Marika
Choisir un moment propice dans la journée où notre concentration est davantage accrue. Il s’agit d’au réveil pour moi. S’installer confortablement. Une lumière adéquate pour nos pauvres petits yeux. Souvent une tasse de thé à la main et un chat à flatter avec l’autre. J’aime bien le silence total, même s’il est bien difficile de l’obtenir. J’ai toujours un crayon à portée de main pour souligner des passages ou prendre des notes.

Florence
Mon état d’esprit est souvent étroitement lié avec le lieu où je suis. Quand j’ai envie de décrocher et de prendre soin de moi, je quitte l’appartement qui me rappelle la montagne de choses à faire, ou bien l’université qui me fait penser que je n’ai pas encore fait mes lectures de la semaine. Avec un livre, je pars vers un café qui m’apaise régulièrement, ou bien un tout nouvel endroit, histoire de me mettre dans la peau des personnages que je m’apprête à découvrir.

Fanie
Une seule situation contrevient réellement à ma lecture : la fatigue. Incapable de lire lorsque je cogne des clous.

Raphaëlle
De façon générale, quand je suis anxieuse, je prends quelques minutes pour respirer profondément, yeux fermés, avant de poursuivre mes activités. Je le fais aussi si je suis trop stressée et que je relis sans cesse les mêmes phrases d’un livre! Généralement, après, je peux poursuivre ma lecture sans problème. Sinon, aller prendre une marche pour s’aérer le cerveau avant de se mettre à lire peut aussi être une bonne idée!

Laurence
J’aime mettre une musique douce, exemple dans les transports en commun, juste pour me couper des bruits du métro ou des conversations autour de moi ou même de l’annonce des prochaines stations. Sinon tenir son téléphone au loin aussi est bien pour moi, car si non j’ai toujours une tendance de l’allumer juste pour voir si j’ai reçu une notification ou autre.

Gloria
Je m’installe dans mon sofa et je mets les pieds en haut. Je mets de la musique douce ou forte. Je me prépare un bol de crème glacée ou de fruits avec un verre d’eau…et je suis prête pour un moment de lecture apaisante. Rien ne peut me déconcentrer.

Marion
Pour moi, la vraie lecture profonde, celle qui m’absorbe totalement, au point où je rentre dans le texte, hyperconcentrée et que j’en oublie la notion du temps, se fait lorsque je lis très lentement. Parce que je peux lire très très vite quand je veux, mais c’est quand je prend le temps de lire un à un chacun des mots, lentement, calmement, quand je ne cherche pas à aller plus vite que ce qu’il y a devant moi que je savoure vraiment le texte et que je réussis à vraiment y être absorbée. Et surtout, je dois être dans le silence le plus absolu, et ne pas avoir des gens qui me tournent autour. Je prends une grande respiration, dans un endroit calme, et là, je prends le temps.

Louba

Il existe probablement autant de manières de lire qu’il y a de lecteurs, mais tout de même, voici à quoi ressemblent mes rituels personnels la plupart du temps.

Depuis très longtemps, j’ai pris l’habitude de lire de mon lit jusqu’à ce que mes yeux ferment seuls et que je m’endorme. C’est devenu complètement naturel pour moi. Ma manière de sentir la transition entre la fin du jour et le commencement de la nuit. Et donc, d’avoir ancré ce petit rituel dans mon quotidien fait en sorte qu’indéniablement je lis un peu chaque jour, même si c’est parfois très peu, quelques lignes à peine.

Aussi, je suis certaine qu’au cœur du chaos de nos vies il est nécessaire de délimiter des zones dans le temps pour nous consacrer à une activité qui nous fait du bien et qui nous en apprend un peu plus sur nous-même. Que ce soit chaque jour ou une fois par semaine, prendre une sorte de rendez-vous avec soi pour lire ne peut être que bénéfique. D’abord on a l’impression de faire quelque chose de bon pour soi, mais aussi d’avancer dans une lecture qui nous intéresse.

Une lecture qui nous intéresse, encore plus qui nous aspire, qui nous captive entièrement, vient avec la liberté de choisir ses lectures et de prendre un rendez-vous avec soi quand le temps nous manque, le besoin de lire un ouvrage qui nous plaît réellement. Il faut savoir s’écouter, entendre le feeling remonter au cœur. Quand on lit quelque chose qui nous fait tripper on le sent pour vrai, en revanche lorsque l’on aimerait que ça aille plus vite, qu’on a pas tellement le goût de rester longuement plongé au cœur de l’histoire, c’est peut-être parce que ce n’est pas le bon choix. Les livres, c’est comme les rencontres, parfois elles semblent arriver trop rapidement dans une vie et d’autres fois, elles se pointent exactement au bon moment. En d’autres mots, sens-toi libre de lire ce qui te plaît ou de ne pas te rendre au bout d’un livre si le cœur n’y est pas. Le plaisir de lire doit être total : avoir le goût de lire, trouver le temps loin de toutes attentes extérieures et dans un choix de lecture passionnante. Il faut être en mesure de sentir que le temps s’arrête, même si ce n’est que pour un petit quinze minutes ici et là.

Roxanne
Lorsque je suis en train de lire et que mes pensées vagabondent ailleurs, plutôt que de les remettre à l’ordre, je les laisse aller. Après quelques minutes, ça revient au livre sans y penser. Ça ne sert à rien de s’auto-gronder lorsque ça arrive : c’est juste normal. Parfois, une phrase ou une situation qu’on lit va nous ramener à un souvenir personnel (bon ou mauvais)… pourquoi l’empêcher de refaire surface? En ayant ça en tête, on se met moins de pression pour être concentré uniquement sur le livre.

Karina
L’endroit où je préfère lire est dans le métro. Je ne sais pas pourquoi, mais le bruit des gens autour, le mouvement du train font en sorte que je suis complètement plongée dans ma lecture.
Sinon, je m’installe convenablement sur mon sofa, entourée de mes coussins préférés, accompagnée parfois de musique.

Découvrir le FIL, du 23 septembre au 2 octobre

C’est en attendant le début d’un cours, au pavillon des sciences de l’uqam, que j’ai découvert le festival international de littérature, il y a deux ans de cela. Leur bibliothèque était à la place des arts et je me rappelle avoir trouvé l’idée bien intéressante. En plus, je trouve ça toujours aussi beau qu’en toute coïncidence, on partage un peu le nom de ce festival qui veut promouvoir la littérature, comme on tente aussi de le faire.

L’événement littéraire de la rentrée: 200 écrivains et artistes de toutes disciplines participent à plus de 50 manifestations au cours desquelles la littérature sera lue, discutée, mise en scène, en musique et en images.

Pour vous inciter à aller y  faire un tour, j’ai fait  une mini sélection à travers la panoplie d’événements qui s’y tiendront. Pour la programmation complète, c’est par ici.  

23 septembre à 20 h: Le chant de la cigale crépite comme un feu de bois : les 100 ans d’Anne Hébert. Cette année, le milieu littéraire s’est vraiment rassemblé, de mille et une façon, pour célébrer les 100 ans d’Anne Hébert, figure marquante. C’est par un spectacle littéraire, à la place des arts, que le FIL lui rendra hommage. Avec Évelyne de la Chenelière, en plus .

C’est de son attachement à la France et au Québec, tout autant que de la beauté et de la modernité de son écriture, qu’entend témoigner ce spectacle littéraire en hommage à cette femme éprise de liberté qu’était Anne Hébert. Pour servir ses mots, extraits de plusieurs de ses romans et de ses poèmes, une comédienne québécoise qui porte depuis longtemps son œuvre, Evelyne de la Chenelière, et une comédienne française qui la découvre, Azyadé Bascunana, se partageront la scène.

25 septembre à 15 h : La femme qui fuit. Pour célébrer ce magnifique livre, le texte de Anaïs Barbeau-Lavalette sera mis en scène sur les planches du théâtre d’Outremont. C’est à ne pas manquer pour revivre toute l’intensité et la beauté  de ce roman.

Pour ce passage du livre à la scène, c’est à son amie l’actrice Catherine de Léan qu’a demandé Anaïs Barbeau-Lavalette de lire des extraits de son récit, accompagnée du musicien Bernard Falaise. La femme qui fuit, un livre qui, doit-on le rappeler, a su séduire, depuis sa parution aux éditions Marchand de feuilles, tous ceux et celles qui l’ont lu et qui s’est mérité le Prix des libraires du Québec 2016

25 septembre à 20h : Levée d’écrou 2o16.  C’est au Lion D’or que s’uniront , pour une seconde année,  le FIL et les éditions de L’écrou pour proposer un spectacle aussi poétique que déjanté , j’en suis sûre.

Lorsque les poètes acceptent que leurs mots se retrouvent derrière les barreaux d’un bout de carton plié, c’est un peu comme signer le registre d’écrou pour un prisonnier, à son entrée au pénitencier. Ils se figent, encagés, à la merci du lecteur qui est geôlier.

Le FIL et les Éditions de l’Écrou ont choisi de crocheter la serrure et de laisser de nouveau la liberté aux mots et aux voix des auteurs qu’elles ont enfermés, sous la forme d’une Levée d’Écrou, un spectacle de paroles poétiques fortes, multiples et fulgurantes.

Pour la deuxième édition de ce spectacle-événement inimitable, saisissant et incontournable, ce sont dix-huit poètes, tous publiés aux Éditions de l’Écrou ces cinq dernières années, qui vont embraser la scène comme une mutinerie. Accompagnés d’un musicien versatile, ils vont offrir des performances à couper le souffler. Un véritable tsunami de poésie qui remue, ébranle et émeut.

 

27 septembre de 12 à 13h : Tandems littéraires :Dialogues entre écrivains de Genève et Montréal. C’est à la maison des écrivains, c’est gratuit, c’est animé par Claudia Larochelle et Fanny Britt représentera notre belle métropole. Ai-je besoin d’en dire plus ?

Et si Genève ce n’était pas que des banques, du chocolat et des pendules coucou ? Et que dire de la vie souterraine à Montréal, une ville où, c’est bien connu, tout le monde joue au hockey, mange de la poutine et adore l’hiver ? Au-delà des clichés et des stéréotypes, des écrivains genevois et montréalais échangeront sur la perception qu’ils ont de la ville de l’autre tout en nous faisant découvrir, sous un jour inattendu, leurs plus récentes œuvres littéraires. Tous ont en commun d’avoir fait de « leur » ville non pas un décor de roman mais bien un de ses principaux personnages. Des rencontres qui s’annoncent passionnantes.

27 septembre de 17 à 19 h : Dans la bibliothèque des écrivains. Activité gratuite, toujours à la maison des écrivains, parfaite pour les curieux. C’est toujours inspirant de découvrir les lectures d’écrivains qu’on apprécie et  les auteurs qui participent indirectement à processus créatif d’un autre auteur.

Cette rencontre permettra à Lídia Jorge (Portugal) et à Nicolas Chalifour (Québec) de partager avec le public les lectures qui les passionne et de parler des auteurs qui ont joué un rôle déterminant dans leur démarche d’écriture. Contrairement au cliché voulant que l’inspiration soit un phénomène coupé du monde, et contre la tendance médiatique voulant que l’anecdote biographique compte pour l’essentiel dans la démarche d’un écrivain, les écrivains interrogés rappelleront comment la lecture et la création s’alimentent l’une l’autre.

 

28 septembre à 19h : Capteurs d’imaginaires: mémoires autochtones. C’est à la BANQ que ce rendez-vous à plusieurs voix se déroulera. Cette rencontre, qui s’intéresse à l’intérêt récent aux cultures autochtones et son rapport à la culture « populaire » d’aujourd’hui, rassemblera Juliana Léveillé-Trudel (Le magnifique Nirliit), Marc Ségin (Nord Alice), Samian, l’anthropologue Nicole O’bomsawin ainsi que l’auteur Tristan Malavoy, qui sera aussi à l’animation. Un rendez-vous à ne pas manquer.

Les cultures autochtones sont l’objet d’un nouvel intérêt, que ce soit dans leurs manifestations musicales, cinématographiques et en particulier littéraires, alors qu’émergent plusieurs voix qui puisent avec fougue et invention dans l’histoire et les imaginaires des Premières Nations.

Comment ces cultures résonnent-elles au présent ? Comment s’inscrivent-elles dans l’ère des réseaux sociaux et du spectacle mondialisé ? Quel est le rapport des artistes non-autochtones avec le foisonnant bagage symbolique et mythologique que représentent les imaginaires algonquin, innu, atikamekw, abénaquis, micmac, huron-wendat et autres ?

Dans un échange à plusieurs voix, ponctué de lectures et de performances artistiques, ce rendez-vous creusera les thèmes de la transmission et de la mise en valeur au présent de traditions essentiellement orales.

29 septembre de 17 à 19h : Ne faites jamais confiance aux plus de trente ans ! Café philosophique. À l’espace GO, cette discussion sur les questions de l’héritage, de la péremption et du vieillissement en corrélation avec l’écriture et l’art me semble plus qu’intéressante en plus d’être gratuite.

C’est sur le campus de Berkeley, en 1964, que Jerry Rubin lança cette boutade qui allait devenir le mot d’ordre de toute une génération. Cette même génération qui se reconnut aussi dans le « Hope I die before I get old » chanté par les Who. Aujourd’hui, ces baby-bomers ont vieilli, certes, mais ils sont toujours présents sur notre scène littéraire et culturelle. Et voilà que certains de leurs enfants ne se gênent pas pour leur dire qu’ils sont devenus vieux. Existe-t-il une date de péremption pour les écrivains et les artistes ? N’est-il pas temps pour les aînés de céder leur place à une relève ? Peut-on se renouveler sans faire table rase du passé ? Sous la forme d’un café philosophique, les festivaliers littéraires seront aussi amenés à s’interroger sur les questions d’héritage et de transmission tout autant que sur le renouveau nécessaire des pratiques artistiques.

1 octobre à 20h et 2 octobre à 15h : L’avalée des avalés : les 50 ans du roman de Réjean Ducharme.  Dans la même genre que pour les 100 ans de Anne Hébert, les 50 ans du roman de Ducharme seront célébrés sur scène, à la place des arts. Cette fois ce seront Sophie Cadieux, Maxime Dénommée (je rêve des retrouvailles de Rumeurs ) ainsi que Louise Marleau.

Lors de ce spectacle signé Lorraine Pintal, on entendra « les mots de Ducharme qui traduisent une émotion si fulgurante que la grammaire telle que nous l’avons apprise à l’école échoue à en contenir l’expression ». On y verra prendre forme le monde de Bérénice Einberg, l’héroïne que tout avale, tel qu’imaginé par Charles Binamé pour ce passage du livre à la scène. On y découvrira des personnages d’écorchés vifs incarnés par Sophie Cadieux, Louise Marleau et Maxime Denommée.

Portée par la prose ducharmienne, riche et poétique, cette création se révèle un véritable hymne à la liberté où se côtoient la littérature, le théâtre, la chanson et les arts visuels. « Vacherie de vacherie ! » s’écrirait Bérénice. Ce sera, c’est certain, un voyage unique, inoubliable.

Tout au long du festival

La bibliothèque du FIL / ici artv : Cette fameuse bibliothèque qui avait capté mon attention il y a deux ans est toujours présente, aux jardins Gamelin cette fois .

Pendant 10 jours, les festivaliers littéraires pourront donc bouquiner, troquer des ouvrages et faire le plein de suggestions grâce cette fois aux conseils avisés, entre autres, de Claudia Larochelle, l’animatrice du nouveau webmagazine LIRE qui, rappelons-le, sera en ligne dès le 3 octobre au ICI.ARTV.CA/LIRE.

Par ailleurs, des médiateurs culturels, issus de l’organisme Exeko, seront sur place pendant les heures d’ouverture de la Bibliothèque du FIL / ICI ARTV. Ils seront à la fois des bibliothécaires, des guides mais aussi, et surtout, les membres d’étonnantes escouades littéraires proposant des activités s’adressant tout autant à des participants en situations d’itinérance qu’à tous les autres visiteurs du FIL, contribuant ainsi à la mixité sociale et au partage de talents autour du livre, de la lecture et de l’écriture.

Odette Drapeau, Artiste du livre:  Quand j’ai vu passer cette exposition, je savais que je ne pouvais pas la manquer, je prévois même en faire un article. Je trouve que la reliure est un art tellement intéressant et unique. Ça se passe à la Maison des écrivains, c’est gratuit, vous n’avez donc aucune excuse pour ne pas découvrir la reliure et l’art de Odette Drapeau.

Odette Drapeau est reconnue comme une figure marquante et dynamique dans le milieu de la reliure de création. Ayant acquis sa formation au Québec et en France, elle fonde l’atelier La Tranchefile en 1979. Depuis, ses créations sont exposées en Europe, au Canada et aux États-Unis, dont plusieurs appartiennent à des collections publiques et privées. Par son intérêt pour l’esthétique et sa volonté d’éclater les frontières établies par la tradition, Odette Drapeau s’est écartée du danger de demeurer prisonnière des exigences techniques de la reliure. Elle a constamment cherché à dépasser les limites, allant jusqu’à explorer d’autres disciplines et à utiliser des matériaux inusités. Convaincue que la reliure est un art visuel, elle veut créer un lien inséparable entre le texte, l’image, la reliure et ce qu’elle contient, tel qu’en témoigne cette exposition de ses œuvres.

 

 

Wild ou le pèlerinage introspectif

Je voulais une lecture sympathique pour l’été, rien de trop aride qui me ferait m’endormir dans le métro le matin en allant au travail. Ma sœur m’a prêté son exemplaire traduit en français de Wild par Cheryl Strayed, écrit en 2012. Comme j’avais déjà vu le film de Jean-Marc Vallée et que j’adore les adaptations cinématographiques (je n’ai aucun problème à lire le livre après avoir vu le film), je me suis lancée dans la lecture de cette brique de presque 500 pages en format de poche.

Wild est exactement ça : une lecture estivale qu’il est agréable de lire dans le métro. C’est une histoire inspirée de la vraie vie de l’auteure; le personnage principal, Cheryl, est une jeune femme divorcée qui entreprend une longue randonnée sur la côte Ouest des États-Unis, de la Californie à l’état de Washington. Le style du roman est simple, la trame narrative est quelque peu redondante. Il n’y a pas de grandes envolées, pas de grands suspenses. C’est un livre sur un pèlerinage introspectif et d’acceptation de soi.

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Wild par Jean-Marc Vallée. IMDb

La trame du roman est féministe. Cheryl est une femme qui refuse d’avoir peur : elle marche à travers les États-Unis complètement seule malgré tous les conseils bien pensants qu’elle peut recevoir. Cheryl cherche, durant son aventure, à faire le deuil de sa mère et de son mariage. Elle veut entreprendre quelque chose par et pour elle-même uniquement. Elle fait table rase en repoussant ses propres limites physiques, en allant jusqu’au bout d’elle-même, en exténuant son corps afin de transcender sa douleur émotive. En soi, c’est une extraordinaire leçon féministe.

Malgré tout, si le roman avait été plus court de 100 ou 150 pages, je crois que l’essentiel du livre aurait été là. Les péripéties de Cheryl sur le Pacific Crest Trail deviennent rapidement répétitives : la protagoniste fait de la randonnée pédestre et rencontre des randonneurs venus de tous les horizons. Heureusement, certains moments touchants, provenant de la mémoire de la protagoniste, viennent briller au travers des épisodes un peu plus anecdotiques. En réalité, c’est un peu comme l’introspection : beaucoup de pensées insignifiantes pour finalement arriver à une idée claire et nette, touchante et inspirante.

Vous pouvez aussi lire la critique de Marjorie.

Chère Zofia

Tu connais ce sentiment de n’être que le personnage secondaire d’un récit plus grand que soi? C’est exactement cela, mon histoire.

Aujourd’hui, je vous invite à découvrir un merveilleux coin de la Gaspésie à travers une histoire d’amour à la fois extraordinaire et ordinaire, Prawda. C’est le premier roman de Roxanne Langlois, publié aux Éditions 3 sista (maison d’édition littéraire indépendante gaspésienne).

image5Roxanne Langlois est née en 1987 à Shawinigan Sud. Son enfance et son adolescence sont tour à tour bercées par la Mauricie, le Saguenay et la Capitale-Nationale. Diplômée du Cégep de Jonquière en arts et technologie des médias (journalisme) et en communication, politique et société (Université du Québec à Montréal), elle rejoint Carleton-sur-Mer, son « âme sœur de village », à l’automne 2011. Objectif : vivre à temps plein son coup de foudre pour la Gaspésie. Prawda est son premier roman.

Prawda (vérité en polonais), c’est l’histoire de Marie, une jeune fleuriste trentenaire et célibataire, vivant à Carleton-sur-Mer depuis toujours. Un soir de novembre un peu froid, alors qu’elle prend une bière avec des amies à la brasserie du coin, un séduisant polonais de passage au village vient changer le cours des prochains jours et peut-être même de sa vie.

J’ai eu des années pour me pencher sur leur départ abrupt. J’en ai conclu que c’est ce qui les rendait si jolies. Pas leur couleur, pas leur parfum; le fait qu’elles soient si éphémères. Qu’un jour, bien plus tôt que trop tard, elles se prépareraient à faner. Rabougries. Sèches. Ça nous pousse à les admirer plus attentivement, à poser sur elles un regard différent.

Dès les premières lignes, je suis plongée dans les mots de Roxanne et dans l’histoire de Marie. Elle adresse ces lignes à Zofia, la femme de Marek.

Peut-être te demandes-tu par où commencer ou t’interroges-tu à savoir si tu devrais entamer la lecture de cette correspondance. Libre à toi, Zofia. Après tout, peu importe le pays qui m’a vue naître, demain n’est pas la veille où pourrai prendre tes yeux en otage et les forcer à enregistrer contre leur gré des centaines de pages, des milliers de mots.

Comme je traîne toujours un livre dans mon sac, je me suis retrouvée à aller passer un week-end à Carleton-sur-Mer et le livre que j’avais pris avec moi c’était Prawda. Pour vrai, ce n’était même pas arrangé! J’ai adoré l’expérience. J’aurais très bien pu voir le paysage dans ma tête, l’inventer de toutes pièces ou presque, mais je l’avais tout autour de moi en même temps que dans les mots de Roxanne Langlois.

image2Je me suis retrouvée dans le personnage de Marie, dans les mots de Roxanne, dans la narration simple et tellement sincère. Aucun besoin de fioriture quand on parle d’amour comme ça. C’est déjà suffisamment intense et Roxanne l’exprime avec force, avec beauté, avec originalité aussi. Je ne sais pas pour vous, mais c’est la première fois que je lis une histoire sous forme de lettre destinée, non pas à l’amoureux ou à l’être désiré, mais à la femme de celui-ci. Il me semble que c’est encore plus touchant.

image3Je vous invite à découvrir cette jeune auteure de talent et à vous laisser happer par le paysage gaspésien, parce que même au mois de novembre ça peut être bien lumineux!

Bonne lecture!

— Nathalie Boissonnault, artiste peintre gaspésienne, signe l’illustration de la couverture : http://www.boissonnault.com/

— Pour découvrir les Éditions 3 sista et pour commander le roman (image à la une) : leseditions3sista.wix.com

— Capsule : http://www.lafabriqueculturelle.tv/capsules/7051/prawda-roxanne-langlois-histoire-d-amour-sans-pudeur

— À lire aussi : https://chezlefilrouge.co/2015/04/03/deux-auteures-deux-visages-de-la-gaspesie-partie-i/

 

Manger, prier, comprendre, sauver

-Mmmm… c’est… correct… a dit mon ex-chum-un-peu-trop-cinéphile à propos du film.

-Ben non, arrête! C’est suuuper bon! ai-je répondu, tenant à défendre le film que j’avais regardé au moins dix fois. Ou du moins, le livre, lui, est super bon! Je te jure. Il faudrait que tu le lises, tu verrais.

Ce qu’il n’a pas fait, mais ça c’est une autre histoire.

C’est vrai que l’adaptation au cinéma du livre Mange, Prie, Aime de l’auteure américaine Elisabeth Gilbert n’a pas eu que des éloges. Film de filles un peu « cul-cul », manque de profondeur, etc. Mais si le film est passé à côté de certaines choses, le livre reste, selon moi, complet et puissant. Je ne vous parlerai donc pas plus longtemps du film, mais bien de la façon dont le livre qui l’a inspiré m’a plu, c’est-à-dire énormément.

Au début du livre, on pourrait croire que Liz a tout ce qui pourrait la rendre heureuse dans la vie. Elle a un mari, une maison, une carrière prometteuse, mais malgré tout, elle est rongée par l’angoisse et le doute. À l’aube de la trentaine, triste et désespérée, elle se rend compte qu’elle ne désire pas cette maison remplie de meubles achetés à crédit, qu’elle ne veut pas d’enfants et surtout, qu’elle ne veut plus de son mariage. Après un divorce difficile et de grosses remises en question, elle décide de tout quitter pour partir un an en voyage autour du monde. Son but? Partir à la quête d’elle-même et retrouver le bonheur.

La seule idée plus inconcevable encore que celle de le quitter, c’était rester; la seule chose plus impossible pour moi que rester, c’était partir. Je ne voulais rien détruire, ni personne. Je voulais juste m’éclipser discrètement, par la porte de derrière, sans causer d’histoires, sans engendrer de conséquences, et de là courir sans m’arrêter jusqu’au Groenland.

Son périple regroupe trois destinations, dont chacune, dit-elle, viendra lui faire expérimenter une facette de sa personnalité: l’art du plaisir et de la dolce vita en Italie, l’art de la discipline et de la rigueur en Inde et l’art de l’équilibre afin de savoir combiner les deux en Indonésie. Elle raconte, à travers ce livre qui relate son expérience, les réflexions qui l’ont accompagnée et les découvertes qu’elle a faites tout au long de son voyage, sa recherche de la sagesse, du plaisir, et de Dieu, dans le but de retrouver la paix intérieure.

J’avais d’abord lu une première fois ce livre au moment de la sortie au cinéma de l’adaptation qui en a été tirée. Je l’avais apprécié, mais c’est davantage lors de l’expérience que j’ai vécue au Sénégal, alors que je l’avais amené dans mes bagages pendant un séjour de deux mois, que ce petit livre m’a le plus apporté. Pendant ce voyage, j’ai calmé mes propres angoisses à travers celles de Liz, et je suis revenue à ce bouquin encore et encore, le lisant plus d’une fois et y trouvant à chaque relecture des échos de ma propre expérience.

Pour trouver l’équilibre que tu cherches, […] voilà ce que tu dois devenir. Tu dois garder tes pieds fermement ancrés au sol, comme si tu avais quatre jambes, au lieu de deux. Ainsi, tu pourras demeurer en ce monde. Mais ce n’est plus avec ta tête que tu dois le contempler: tu dois le contempler avec le coeur. De cette façon, tu connaîtras Dieu. 

Craquelé de partout, sale et usé d’avoir été trop lu, tellement que j’en connais de grands bouts par coeur, ce bouquin a une place de choix dans ma bibliothèque et dans mes bagages. C’est que ce livre contient un petit je-ne-sais-quoi de rassurant et de motivant. Il nous donne envie de se dégager des mauvaises habitudes qui nous nuisent, de faire le bilan de notre vie, de savourer le monde à coup de bonne nourriture et de changer, partir ou tomber amoureux. D’un autre côté, il nous fait aussi vivre le désespoir, les temps durs d’une dépression, les remises en question et la douleur de la perte. On devient rapidement une copine de l’auteure, qui nous raconte ce par quoi elle est passée, ses aventures, ses nouvelles amitiés, ses expériences gourmandes ou spirituelles. Et par une narration parfois anecdotique, parfois plus intimiste, on la suit à travers son voyage extérieur et intérieur, au fil de ses réflexions touchantes sur l’amour, l’engagement, et l’importance de s’écouter pour trouver le bonheur. Elle se questionne aussi par rapport aux choix de vie que l’on doit faire et parle des étapes qui ont ponctué sa recherche d’équilibre par le voyage et la spiritualité. Et sa quête devient un peu la nôtre, puisque nous nous retrouvons très facilement dans un millier de petits détails qu’elle aborde.

Bien sûr, Dieu est bien présent dans la recherche d’équilibre de Liz. Il occupe une bonne partie du livre, particulièrement lorsqu’elle se trouve en Inde, dans un ashram à prier. Seulement, sa façon bien à elle de l’aborder, parfois avec profondeur et parfois avec humour, en le reliant toujours à son expérience personnelle, n’en fait rien de contraignant, au contraire. Il nous est possible de comprendre, que nous soyons croyant ou pas, et d’entrer avec Liz dans ce qui fait de la spiritualité une source de compréhension de soi et des autres.

Bref, ce livre, séparé en 108 petites parties (à la manière des billes du japa mala, collier utilisé lors de la méditation, composé de 108 perles) est parfait pour un voyage : non seulement il se traîne n’importe où, mais il se lit facilement par petits bouts, que l’on découvre en ordre ou en désordre au gré de nos envies. Et en plus de nous faire réfléchir et de nous confronter, il nous donne surtout une irrésistible envie, nous aussi, de partir, de changer et de nous confronter.

Du livre au film; De Paris est une fête à Midnight in Paris

Contrairement à mon dernier (et premier) article de cette chronique jumelant la littérature et l’art cinématographique, où j’avais fait une comparaison d’une adaptation d’un livre au film, je vais plutôt vous présenter un fabuleux livre qui a grandement inspiré un formidable film, sans toutefois prendre la même histoire et ses événements.

Paris est une fête d’Ernest Hemingway est un livre mémoire de l’auteur où la découverte de celui-ci en pleine expansion s’offre au lecteur. De journaliste américain, il décide de se consacrer au métier d’auteur qui est un parcours long et difficile. On se rend compte dans ce livre que les grands noms de la littérature semblent avoir développé une certaine notoriété seulement après leur mort. Nous plongeons donc dans une histoire fantastique d’un homme qui vit de beaux mots et de bons vins dans la plus belle ville de France avec son épouse et nous partageons avec lui ses nombreuses découvertes.

Paris est une fête par le nombre incalculable de choses merveilleuses qui peuvent se passer dans cette ville, d’une rencontre avec la célèbre collectionneuse Gertrude Stein, écrivaine, féministe et diffuseuse du mouvement cubisme, qui lança les carrières entre autres de Picasso et Matisse. D’une rencontre et formation d’une amitié avec le grand Francis Scott Fitzgerald et les apparitions de son épouse Zelda. De la présence de James Joyce à travers le livre, où Hemingway s’amuse à aller dans les mêmes cafés que celui-ci. Ce livre nous fait découvrir la vie littéraire des années 1920 à Paris avec une pure authenticité, on lit les pages et on a l’impression de se promener sur le bord de La Seine avec l’écrivain. On parcourt la ville entière, on va chercher des livres à la Shakespeare Company, on boit du whisky et on participe au processus d’écriture de livres avec Hemingway. Cette lecture est un pur bonheur et, pour moi, a été une très bonne introduction à l’œuvre d’Hemingway, sous laquelle je suis complètement tombée sous le charme.

« Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Écris la phrase la plus vraie que tu connaisses. » – Ernest Hemingway

Midnight in Paris est un film réalisé en 2011 par Woody Allen. Le livre Paris est une fête a été une grande inspiration pour le réalisateur lors de l’écriture du scénario. Le résultat final par contre, est complètement différent du livre. Ce n’est pas le livre directement adapté au septième art, mais au visionnement on y décèle habilement une grande source d’inspiration.

En effet, c’est l’histoire de Gil qui voyage à Paris avec sa fiancée, en explorant la ville il tombe peu-à-peu sous le charme de celle-ci au point de vouloir y habiter, ce qui créera un froid avec sa future femme. Aux coups de minuit, une voiture l’amène vers Paris des années 1920 où il rencontrera les nombreux personnages se retrouvant dans le livre d’Hemingway. Il aura justement une bonne conversation avec celui-ci, en plus de faire lire son manuscrit à Stein, de se lier d’amitié avec F. Scott Fitzgerald, de prendre un café avec Dali, d’inspirer Buñuel, et plus encore. Woody Allen réussi à créer un excellent film qui représente bien la vie de ces années avec des personnages aussi authentiques que dans le livre.

« The artist’s job is not to succumb to despair but to find an antidote for the emptiness of existence. » – Stein

Le mélange des deux œuvres me fait tomber en amour avec Paris des années 1920. J’aimerais bien moi aussi qu’une voiture m’amène dans le passé, que je puisse y rencontrer la crème de la crème littéraire.

Zoothérapie de Catherine Lepage : un livre qui fait plus que du bien

Je pense que j’ai trouvé LE livre qui représente le plus notre slogan, les livres qui font du bien, avec Zoothérapie de Catherine Lepage, publié chez Somme toute. Je pense aussi qu’il peut vraiment devenir le livre suprême des cadeaux, parce qu’honnêtement je ne connais personne qui n’a pas envie de recevoir un livre qui fait sourire, du bien et qui est plus que magnifique sur une table de salon.

  1. Des animaux;
  2. Des petites pensées qui font du bien;
  3. Résultat : un ouvrage des plus magnifiques et des plus touchants. 

J’ai connu Catherine Lepage grâce à Fines tranches d’angoisse, un roman graphique où elle y traite d’anxiété et d’angoisse. Elle réussissait avec délicatesse à faire sentir à son lecteur qu’il est vraiment moins seul qu’il ne le pense. Alexandra, des Chroniques d’une anxieuse, en avait déjà parlé dans cette vidéo. Lepage a aussi travaillé avec Pierre Lapointe dans Le tragique destin de Pépito dont on a parlé ici. Je pense bien humblement que dans l’œuvre de Catherine Lepage, il y a beaucoup ce sentiment de « se sentir bien ». Je me réserve d’ailleurs 12 mois sans intérêt : Journal d’une dépression, un autre de ses livres, et je suis presque certaine que je vais aimer. L’univers de Lepage est engagé, ludique, tout en délicatesse, mais ancré dans des problématiques de notre société. Désir d’être réellement soi, anxiété, dépression, intimidation, ce sont des thèmes nécessaires en littérature et je suis heureuse de voir dans l’univers de Lepage ce désir de nommer, de représenter, de soulager, sans jamais tomber dans le condescendant ou pire, le moralisateur.

Zoothérapie, c’est inspiré par le rythme effréné de notre société : performance au-delà d’authenticité et de prendre le temps, au-delà d’être vraiment soi. Tout ce mouvement de #slowliving, ou plus près de chez nous, du #slowtoute se sentira interpelé et charmé par la philosophie et le message qui transpercent l’œuvre. Dès les premières pages, on y dénonce cette société rapide ancrée dans le superficiel et le superflu. On y suit donc des petits animaux (plus mignons les uns que les autres, vraiment!) et Catherine Lepage nous offre des petits conseils pour se sentir mieux, pour passer au changement, pour oser être soi, envers et contre tous. Le taureau qui boit du thé assis bien poliment sur une chaise vous convaincra d’oser tout simplement faire ce qui vous plait, même si… ben vous êtes un taureau!

Il y a même un miniquestionnaire pour savoir si on est vraiment prêt à changer, à améliorer son existence. Ensuite, des pages entières nous invitent à réfléchir à nos faiblesses, à nos désirs, à cette notion d’équilibre qui est si difficile à atteindre. Tout est représenté de façon ludique et jamais moralisatrice. Il suffit que de penser au paresseux qui fait du yoga, à la chèvre punk, etc.
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Le petit bouquin nous apprend aussi à sortir du troupeau, à oser être réellement soi, à ne pas nous plier aux attentes de la société et à oser sortir des sentiers battus. Être vraiment soi, sans avoir peur de ce que les autres vont en penser.

Dans le chapitre 5, Lepage nous donne aussi des Trucs pour alléger le quotidien tels que : Échapper à la routine de temps à autre et faire des choses qui vous font sentir utile. Elle invite aussi ses lecteurs à se débarrasser de leurs objets inutiles et à ne jamais devenir prisonnier et esclave de ses possessions. On y perçoit une petite philosophie de vie minimaliste dans ce bouquin.

Finalement, vous comprendrez que Zoothérapie m’a plus que plu. Vraiment, tout y est. Le propos engagé, la beauté de l’objet, les illustrations de Lepage. Je suis charmée. Et vous risquez de me voir revenir souvent à cette œuvre, parce que je pense, sincèrement, y avoir trouvé l’œuvre sublime du livre qui fait du bien. Pas de psypop, juste de l’authenticité, de la poésie, de l’humour et cette envie plus grande de simplement inspirer les gens à être vraiment soi.


Le fil rouge tient à remercier les Éditions Somme toute pour le service de presse.

La fille laide

Des fois, les gens disent des choses qui me font les aimer dans le négatif. Pas grand-chose, un petit rien, un simple soubresaut qui entortille un peu l’artère du coeur.

C’est arrivé l’autre soir, alors que j’étais avec des amis et qu’on discutait de jeunes qui sont devenus la risée des Internets à cause d’un vidéo, d’un moment d’égarement ou d’un désir de l’autre de ridiculiser. On a parlé d’un jeune en particulier et A. a conclu la conversation en disant que, de toute façon, ce garçon n’avait enduré les moqueries que durant une année. Alors ce n’était pas si grave.

J’ai eu un peu de peine, de ça. De l’entendre dire que les gens qui se font insulter chaque jour ne pâtissent que lorsque ça arrive. Comme si les souvenirs de douleur n’existaient pas pour ces gens-là, comme s’ils oubliaient les injures, comme si.

Comme si moi j’étais en retard sur l’horaire, parce que j’avais pas passé à autre chose aussi facilement. Que j’aurais dû, peut-être, tourner la page après un an, après la fin de l’horreur. Mais je n’y étais pas arrivée.

J’ai relevé la tête pour dire non. Pour dire que c’était pas simple comme ça, oublier. J’ai dit que passer des années à se faire crier des mots tueurs, ça ne s’effaçait pas. Même que c’était souvent tout ce qui restait, les insultes.

Parce que moi, je suis laide. Je le sais, on me l’a dit très tôt. Y’en a qui s’obstinent avec leur miroir pour essayer de le découvrir, mais moi, on me l’a dit. Ça a réglé la question; j’étais laide, mon visage ne serait jamais beau.

Chaque jour de ma treizième année, en allant prendre l’autobus, on me le rappelait. Chaque jour, on prenait un miroir, on le mettait devant mon visage et on m’expliquait pourquoi j’étais laide. Le menton trop long. Les cheveux luisants. Les boutons au visage. Je disais rien, docile, en baissant la tête légèrement. Et parce que j’avais fait ça, parce que j’avais baissé la tête, parce que je leur avais montré dans un soubresaut, dans un signe de faiblesse, qu’ils m’atteignaient, ils s’amusaient à remplir mon sac à dos de toutes les bassesses qu’ils pouvaient trouver. Et j’avais pas d’autres choix que de les prendre, leurs insultes, parce qu’ils me les écrasaient au visage. J’avais pas le choix de les entendre avec leurs grosses voix et leurs mots tordus, avec leurs mots déchets qui me couvraient bientôt tout le corps. Je les prenais avec les yeux dans l’eau, en clignant les paupières et en me mordant les joues pour pas que les larmes coulent. Pour pas qu’ils aient ça, aussi, en plus de ma destruction, mes larmes.

Mes larmes, je les gardais pour moi, pour l’après-catastrophe. Je les gardais pour mes parents qui serraient les poings sans savoir quoi faire. Je les gardais pour avoir les insultes à pleurer, des années plus tard.

Mon corps assaut, mon corps berceau dénaturé. Mon corps, le seul que j’avais, ne se reconstruisait plus, ne se reconstruirait plus, je croyais.

Même si je faisais tout pour en revenir, des mots poubelles des sombres instants, même si je voulais grandir, passer à autre chose, même si j’essayais de l’avaler, cette douleur qui me gonflait l’oesophage, rien n’y faisait. Même si je voulais fort que l’année d’il y a longtemps se termine une fois pour toutes, pour moi aussi, même si je voulais avancer sur l’horaire, sur l’horreur, même si je ne voulais pas rester scotchée à ça, rien.

Sauf cette certitude; je voulais vivre grand malgré qu’on m’ait fortement encouragée à me pendre, avec ma face de fille laide.

Des fois je me demandais c’était comment de se bâtir l’égo à l’adolescence sans qu’on le parsème de douleur. Je savais que la construction était difficile pour tout le monde, souvent, pis qu’on se cherchait, tout le temps, mais je me disais qu’à force de se faire confronter par des démolisseurs, mon chantier à moi n’avait jamais réussi à avancer très vite.

Des fois je me demandais aussi comment les autres, ceux qui avaient poussé dans les mots laids, comme moi, faisaient avec leur peine. Je me disais que peut-être qu’ils se relevaient, après. Peut-être qu’ils se mettaient à faire ce qu’on leur avait fait, pour faire payer les autres. Pour pas leur montrer comme ils étaient petits, en dedans, au fond. Peut-être qu’ils passaient à autre chose, aussi. Doucement. En souriant le jour, pis en pleurant certains soirs, quand les souvenirs se ramenaient et qu’ils savaient plus comment donner le change.

Je me demandais tout ça.

En pleurant des fois, en riant des fois, en criant des fois.

Pis un jour, j’ai arrêté de me demander.

Ce jour-là, à la place, j’ai relevé la tête.


En cette rentrée scolaire, je vous propose deux titres jeunesse qui traitent d’intimidation avec justesse :


Les Unknownpetites reines, de Clémentine Beauvais 
: Trois filles ont été élues les boudins de l’école, les plus moches, les filles laides. Afin de clouer le bec à ceux qui les insultent jour après jour, elles décident de traverser la France à vélo et de montrer à tout le monde leur valeur. Vif, étonnement drôle et addictif, ce livre donne une bonne leçon de courage à tous!

Unknown-1Ta voix dans la nuit, de Dominique Demers : Fanny, une jeune fille qui ne se fond pas dans la masse, devient bientôt la risée des filles les plus populaires de son école. Passionnée de théâtre, orgueilleuse et un brin sauvage, Fanny choisit de cacher sa douleur et de se lancer corps et âme dans le texte de Rostand, Cyrano de Bergerac. Devant ses allures de glace, Fanny n’arrivera pourtant pas à tenir bien longtemps sous les assauts.