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Ce qu’on a pensé de nos lectures d’août #jelisunlivrequébécoisparmois

Le mois dernier, pour le mois de la fête du livre québécois, j’ai lu Le Vertige des insectes de Maude Veilleux. Un livre d’atmosphère touchant qui nous emmène dans la tête d’une jeune fille qui se sent éprise d’une solitude et d’une tristesse trop grande pour elle. Mathilde vient de perdre sa grand-mère Rose, cette femme qu’elle a tant aimée et elle en est complètement renversée. Au même moment, sa copine Jeanne doit partir travailler au Yukon pour l’été, Mathilde fera donc face seule à ses démons et à sa douleur. J’ai beaucoup aimé l’écriture de Maude Veilleux, par sa façon de créer une ambiance et une atmosphère aux scènes les plus banales. Elle a su faire du personnage de Mathilde un être complexe, qu’on n’arrive pas toujours à comprendre ni à suivre dans ses idées, mais la forme narrative nous aide tout de même à saisir toute la puissance de son mal d’être. La distance qui se crée entre nous et le personnage accentue toute la profondeur de ses failles. Cette lecture m’a sans aucun doute donné envie de lire son deuxième roman, Prague.
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Marion a lu Les sangs d’Audrée Wilhelmy

C’est au fil des carnets des sept femmes qui croiseront la route de Féléor que nous avançons dans le roman Les sangs. Chacune de ces femmes mourra pour laisser place à la prochaine. Je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce livre qui reprenait de manière crue et déjantée le conte de Barbe-Bleue. Finalement, j’ai adoré cette écriture précise et particulière, cet imaginaire un peu étrange, et je me suis laissée entraîner dans cette prose captivante. Un grand roman, à lire absolument!

 Karina a lu À la recherche de New Babylone de Dominique Scali

Je n’avais encore jamais lu de roman western. J’aime cependant les romans d’aventures, par contre, je ne considère pas ce roman comme tel, à cause de sa formulation. Dominique Scali nous transporte dans un univers où les voyous sont rois. Elle nous présente des héros du crime sous leurs beaux et mauvais jours et tout ça en suivant la route d’un « pasteur ». L’histoire d’À la recherche de New Babylone est très bien construite, je jugerais que ces personnages ont réellement existé. Ce que j’ai surtout apprécié, c’est que je n’ai aucunement eu le sentiment d’avoir lu une histoire à la Lucky Luke (oui oui, c’est ma référence à l’univers Far West). La conquête de l’Ouest du personnage féminin, j’ai adoré, parce que je crois que c’est un sentiment que nous pouvons ressentir encore de nos jours. Il est certain que je lirai un autre roman de cette auteure.

À l’abri des hommes et des choses; une histoire de loups, de rivière, de poèmes.

Quand j’ai su que Stéphanie Boulay allait sortir un roman, j’étais plus qu’heureuse à l’idée de retrouver un peu des textes des Soeurs Boulay dans un livre. C’est sûrement la réaction que plusieurs ont eue. C’est peut-être aussi pourquoi je m’attendais à un savant mélange entre Veillez la braise et Coeur de slush (va savoir sur quoi je me base, je n’ai même pas lu Coeur de Slush)

J’étais bien loin de la vérité, mais celle-ci est encore mieux, complexe, surprenante et touchante à la fois.

On se retrouve donc dans l’univers bien unique du personnage principal, écrit au je. Elle vit dans les bois avec Titi, sa soeur ou sa mère, elle ne le sait pas trop. On la suit au gré des gelées, des saisons, des états de Titi. C’est une perspective bien différente que nous offre Stéphanie Boulay. On comprend que la jeune fille qui se raconte n’a pas toute sa tête, comme elle le dit. N’empêche qu’elle vit son premier amour, sa première véritable amitié, ses crises d’adolescence et la naissance de son corps de femme, comme n’importe quelle fille de son âge, quoi qu’on ne sache pas exactement quel âge elle a.

L’univers que nous offre Stéphanie Boulay est flou et indéchiffrable. C’est la foret, la rivière, la nature en grand, sans réel point d’ancrage. C’est les loups et les sorcières, la dépression, les violences et le froid, c’est dense, comme les bois. Le tout étant allégé par le choix des mots, par le style à la fois éclaté et doux de l’écriture.

Ce qui m’a épatée et plu dans ce roman, c’est l’universalité qui en émane, c’est à quel point l’auteure réussit à créer et mettre en scène un personnage différent qui, en même temps, est un peu nous tous. Une jeune femme qui comprend qu’un jour on n’a plus voulu d’elle, qui a peur qu’on l’abandonne,  une jeune femme qui a ses propres désirs, ses propres envies, qui a peine à faire confiance et qui a envie d’amour.

C’est la façon dont elle raconte le beau et le laid, dans un langage poétique et imagé. On comprend, à demi-mots, les crises et les peines, les moments lourds comme les plus légers.  On comprend tout, comme Elle, malgré tout. Un chose est sûre, l’écriture de Stéphanie Boulay se prête magnifiquement bien au récit, ou peut-être est-ce le récit qui se prête aussi bien à son style.

Quoi qu’il en soit, À l’abri des hommes et des choses est un récit touchant, universel et émouvant, à la symbolique forte et aux interprétations multiples.

 

Bondrée : poésie et polar réunis

Bondrée, Andrée A. Michaud 

En 1967, à Bondary Pond (rebaptisé Bondrée), des vacanciers passent la période estivale dans leurs chalets au bord d’un lac entouré de la densité de la forêt. L’endroit se situant quelque part entre les frontières du Maine et du Québec, la différence linguistique pousse les habitants francophones et anglophones à vivre en parallèle. Ce sont des événements horribles, les meurtres de deux adolescentes, qui rallieront les deux clans.

Bondrée, qui se veut un thriller, est beaucoup plus qu’une intrigue. Le roman est un magnifique portrait des années 60, ayant réussi à me rendre nostalgique d’une époque durant laquelle je n’étais pas née.

Rien ne semblait pouvoir assombrir l’indolence bronzée de Bondary, car c’était l’été ’67, l’été de Lucy in the Sky with Diamonds et l’Exposition universelle de Montréal, car c’était le Summer of love, clamait Zaza Mulligan pendant que Sissi Morgan entonnait Lucy in the Sky et que Franky-Frenchie Lamar, munie d’un cerceau orangé, dansait le hula hoop sur le quai des Morgan.

C’est un roman d’ambiance, beau et lugubre à la fois. Le style d’écriture de l’auteure est envoûtant et poétique. En lisant Bondrée, le lecteur risque d’être enivré par les mots, autant, sinon davantage, que par l’histoire. Pour ma part, les mots alternant du français à l’anglais m’ont charmée dès les premières pages.

Who are you, for Christ’s sake? Et l’ombre demeurait muette. Immobile et muette. Seul le bruit de son souffle parvenait à Zaza, qu’elle s’efforçait d’associer à celui du renard qui avait surgi devant elle, tantôt, wind on my knees, fox in the trees.

La beauté poétique du texte est sa première qualité. L’alternance des voix, celle d’un narrateur extérieur et celle d’une jeune fille de 12 ans (que l’on voit tranquillement devenir une adolescente au fil de son récit), rend la lecture efficace. La psychologie des personnages est d’une finesse remarquable. Quant à l’intrigue, quoique bien ficelée, j’avoue avoir réellement embarqué dans celle-ci assez loin dans l’histoire, soit après le meurtre de la deuxième fille. Si j’ai ralenti le rythme de ma lecture vers le milieu du livre, les dernières pages se lisent rapidement. J’ai terminé la dernière page à contrecœur. Pas parce que j’aurais voulu que l’intrigue se poursuive, mais parce que l’ambiance dans laquelle le roman m’a plongée allait me manquer.

J’aime les librairies usagées!

Très tôt, mon père m’a introduite au plaisir de parcourir les rangées des librairies usagées. En chemin pour la visite familiale dans le Bas-du-Fleuve, on arrêtait diner et bouquiner sur la rue St-Jean à Québec. Au début, on cherchait à compléter notre collection de Tintin en mettant de grands X de la victoire sur la photocopie des titres que mon père trainait dans son portefeuille. Puis, ce fut pour tomber dans les nombreux romans jeunesse que j’avais besoin d’engloutir par dizaine hebdomadairement à douze ans. Aujourd’hui, je cherche, et je trouve de tout!

Du haut de mes 23 ans, j’ai eu la chance de beaucoup voyager. Peu importe si je me retrouve le long de la Thames, de la Seine ou de l’océan Pacifique à Lima, entrer dans une librairie usagée ou flâner devant un kiosque de livres me transporte ailleurs encore. Je me sens bien tout à coup. Je prends mon temps. Je respire. Je lis quelques pages ou bien je ne fais que contempler les échines des livres. Chaque librairie usagée est différente et surprenante. Et en même temps, elles se ressemblent toutes et nous rappellent que peu importe où l’on est, c’est possible de trouver des mots qui font du bien. En plus, à prix modique!

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Kiosque de livres usagés à Lima, au Pérou.

Cet hiver, je me suis promenée sur le continent sud-américain. Je suis allée à Buenos Aires, la capitale de l’Argentine et la ville avec le plus de librairies au monde! Neuves et usagées confondues, bien entendu. Avec une population de 2,8 millions, Buenos Aires a à peu près une librairie par 4 000 habitants, soit 734 au total! C’était la folie totale. Il y a des librairies avec des cafés où l’on pouvait s’asseoir et lire des livres complets sans payer autre chose que le café cortado, et d’autres qui avaient la grandeur de l’ancien opéra dans lequel elles se trouvaient. C’était incroyable comme sélection de livres usagés dans chaque nouveau quartier que je découvrais. (Si jamais vous êtes de passage dans cette capitale du livre, voici des suggestions de librairies [neuves et usagées] à visiter.)

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Vue sur une des nombreuses librairies usagées de Buenos Aires.

Ma visite à Buenos Aires a ravivé la flamme que j’entretenais pour les librairies usagées. Depuis mon retour, je prends chaque occasion pour y aller. J’aime les librairies usagées! Je peux passer des journées entières à y bouquiner. Il faut dire que parfois elles sont un peu moins traditionnellement organisées, donc ça prend aussi plus de temps chercher dans la broussaille de leurs petites salles entassées que dans les librairies de livres neufs!

Évidemment, une grande partie du plaisir des librairies usagées est les prix réduits. Difficile de toujours s’offrir des livres neufs, et difficile pour moi de toujours prendre mes livres à la bibliothèque; j’aime trop les collectionner sur mes étagères! Mais les librairies usagées offrent aussi d’autres avantages : des libraires généralement un peu plus cocasses avec des barbes parfois impressionnantes, le plaisir de trouver une copie originale signée par l’auteur (dédiée à un inconnu, mais bon), l’odeur des livres usagés différente des nouveaux et le plaisir de parfois pouvoir prendre un café en bouquinant (chapeau à la librairie Saint-Jean-Baptiste à Québec! et merci au sympathique libraire). Bref, les librairies usagées recèlent de plein de petits plaisirs pour accompagner leurs petits prix.

Bien entendu, il ne faut pas s’attendre à trouver de nouvelles parutions. On y trouve les auteurs classiques et les textes parus depuis parfois des siècles, pas le roman tant attendu d’une jeune maison d’édition québécoise. Mais il faut lire de tout, donc parfois les librairies usagées ont exactement ce dont on a besoin.

Allez faire un tour dans votre librairie usagée du coin. C’est une belle façon de s’offrir ce classique qu’on redoute depuis si longtemps ou de faire une nouvelle vieille découverte!

[Voici une liste des librairies usagées de Montréal.]

Le lâcher-prise littéraire ou #slowreading

Culte de la performance et pression sociale, notre monde va de plus en plus vite et nous sommes saturés d’informations et de nouvelles provenant de partout, à tout moment. Pas étonnant que des mouvements comme le slow food, le slow travel et plus près de chez nous, le slow toute (#slowtoute sur Instagram), nous ramènent à l’ordre et nous rappellent qu’il est possible, et surtout important, de ralentir la cadence pour mieux apprécier et vivre le quotidien. La littérature ne fait pas exception à cette tendance du «vivre doucement» et du lâcher-prise, le slow reading est un mouvement qui pousse ses adeptes à contempler et à apprécier davantage l’expérience de la lecture.

Pour certains, le slow reading ce n’est pas seulement prendre le temps de lire, mais bien un exercice de concentration et une façon de s’immerger dans une lecture pour mieux en être critique. Pour d’autres, il s’agit d’une forme de méditation et de contemplation. Dans les deux cas, c’est prendre le temps de savourer la lecture, mot par mot, phrase par phrase. Comprendre ce qui est lu, les personnages et les situations, relire, réfléchir, voilà à quoi le slow reading fait référence.

Selon le Guardian, le mouvement ne date pas d’hier: la première compilation des œuvres de Shakespeare (Premier Folio, en 1623) encourageait les lecteurs à lire le document encore et encore. Et en 1887, Friedrich Nietzsche se décrivait comme le professeur du slow reading.

Alors, on ferme tout, on appuie sur pause, on attrape un bouquin et on lit sans se presser. On profite de ce moment pour oublier l’extérieur, respirer et activer l’imaginaire. Lire est bénéfique pour la tête et le cœur, paraît même que c’est un remède au stress qui fait ses preuves!

Et attention, on priorise le papier! On lâche Internet et les écrans, on met de côté toute technologie! Dans une ère où tout va vite, où la lecture en diagonale est privilégiée et où l’information afflue de partout, le lâcher-prise littéraire permet de décrocher et de ne penser à rien d’autre. Pas étonnant qu’il prenne de l’ampleur!

Des suggestions de lecture pour contempler et vivre le slow reading:

– Éloge de la lenteur, Carl Honoré

– Printemps, Sigrid Undset

– Un thé dans la toundra, Joséphine Bacon

– Chronique de la dérive douce, Dany Laferrière

L’importance d’un journal intime constant

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Le journal intime est un passage obligé, un rituel auquel se prêtent les jeunes filles angoissées par ce qui les entoure, mais aussi par l’idée de devenir des femmes et de devoir affronter ce qui les attend.

Le journal intime est aussi, dix ans plus tard, la source d’une analyse sans merci de notre jeune moi. Et c’est alors que l’angoisse de ne pas avoir changé, la honte d’avoir écrit des choses niaiseuses et les fous rires de nos premiers kicks viennent prendre le dessus. On oublie souvent qu’écrire, peu importe la façon, est un procédé créatif. Le je me moi, même avec sa banalité, peut nous permettre dans nos moments les plus inventifs de redécouvrir une partie de soi et de l’exploiter pour en faire quelque chose de beau et de sincère (voir la chronique de Marjorie ici). 

C’est d’ailleurs le procédé utilisé par Lena Dunham pour son tout dernier livre, Is it evil not to be sure? Petit livret bonbon de 50 pages publié ce printemps, Lena nous revient avec des extraits de son journal intime, tenu entre 2005 et 2006, alors qu’elle avait à peine 19 ans.

QUOI?… LENA DUNHAM A PUBLIÉ UN LIVRE???

Oui oui. Si vous n’en avez pas entendu parler, c’est que malheureusement, seulement 2 000 copies ont été imprimées. Annoncée au mois de mai sur son compte instagram, la jeune auteure plus connue comme étant la Lena de GIRLS a vendu toutes ses copies autographiées en moins de 24 heures. 2 000 copies, c’est bien peu. Mais c’est beaucoup quand on pense à la raison de son existence.
En effet, Is it evil not to be sure? est un livre entièrement conçu pour amasser des dons pour la fondation américaine GIRLS WRITE NOW. Fondé en 1998, l’organisme offre aux jeunes femmes provenant d’écoles publiques et de milieux dévalorisés la chance de travailler leur plume à l’aide d’un mentorat constant avec des auteurs privilégiés. Le but est d’aider ces jeunes femmes à s’émanciper, à développer leur créativité et à les aider dans leurs démarches d’auteurs en devenir. La totalité de l’argent amassé par la vente du livre est vouée à cet organisme.

Ainsi, Lena nous offre de petits fragments de sa vie. Le livre, séparé par jour, nous offre les réflexions de Dunham sur ce qui l’entoure. Bref, cocasse et souvent sans fil conducteur, ce nouveau livre est à prendre à la légère. On le savoure à petite dose, toujours transporté par le plume de cette merveilleuse auteure.
Mais évidemment, lorsqu’on est fan de Dunham, qu’on ne vit que pour Girls et que Not that kind of girl est notre livre spirituel, on a des attentes assez élevées.

Malheureusement, le résultat n’est pas aussi grandiose qu’espéré. Malgré ses citations hilarantes, ses conversations assez étranges avec sa grand-mère et la découverte de sa sexualité en trame de fond, on n’arrive pas à plonger complètement dans Is it evil not to be sure?
On sent que c’est une prémisse de quelque chose de gros, mais ces petites pensées éparpillées ne font pas le poids quant au talent indéniable de Lena Dunham. On se souvient de Tiny Furniture, premier film de l’auteur. On se rappelle cette naïveté, cette angoisse de devenir un a-d-u-l-t-e. Les affirmations et les questionnements posés par Lena dans Is it evil not to be sure? nous rappellent cette sensibilité.

Il n’en demeure pas moins difficile de juger un carnet du genre. Car en somme, il n’a pas été écrit dans le but d’être publié. C’est une partie de soi que nous offre Lena. Et lorsqu’on prend conscience de l’organisme qu’elle appuie, on ne peut faire autrement que lui lever notre chapeau pour son audace et son leadership. Car ce petit journal intime nous présente une Lena fragile, en pleine période de changement, et nous prouve ainsi sa capacité d’être un modèle pour de jeunes femmes. Elle leur permet d’ouvrir leurs yeux sur les procédés d’écriture, sur les bons et les mauvais coups, et sur la nécessité d’écrire, encore d’écrire et toujours d’écrire.

Is it evil not to be sure? est rassurant. C’est un bonbon pour l’âme qui nous prouve qu’il n’y a aucune honte à ressentir face à notre passé, aux idées qui ont traversé notre esprit, leur nécessité est indéniable. Ces mots peuvent paraître égoïstes, mais ils sont le résultat des jeunes femmes que nous sommes devenues et celles que nous deviendrons encore au courant des prochaines années.

D’une part, ce livre m’a permis de faire la paix avec les journaux intimes. Ceux que j’ai tenus et ceux que je n’ai jamais tenus de peur qu’on les découvre. L’intimité est un immense privilège, et en relisant certains de mes écrits, j’ai découvert une part de sagesse. C’est une preuve tangible que j’ai aimé, que j’ai eu mal, que j’ai encore aujourd’hui peur, que j’ai ri sans cesse et que j’ai grandi. Je pense que chaque journal intime est un baume pour le cœur, ils nous rappellent que nos choix sont justes et que le chemin que nous nous sommes tracé est le bon…
Même si on regrette encore de ne pas avoir embrassé Patrick, notre premier kick.

Pour appuyer l’organisme : http://www.girlswritenow.org  

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Ma brosse avec… d’un Gabriel Rousseau à découvrir

La chaleur est disons-le, souvent accablante ces temps-ci, même Météomédia le dit. On se rafraîchit quand c’est possible en volant un petit bout de vent sur les terrasses et en s’hydratant comme on le peut. Dans ce contexte somme toute agréable, puisque surtout éphémère, le titre m’est apparu accrocheur : Ma brosse avec… Qui dit alcool, et surtout brosse, dit désinhibition. Ça donnait à mes yeux curieux pleins de promesses de pouvoir lire des confidences qui se disent souvent mieux « chaud », sous un état ébrieux, quoi. Avec ma bière froide, j’avais donc trouvé un peu de croustillant à me mettre sous la dent.

Lancé en mai dernier dans nul autre endroit plus approprié qu’un bar de la rue St-Denis, le condensé d’histoires de brosse à Gabriel Rousseau a d’abord été publicisé via son blogue, avant d’apparaître sous forme de livre par la marginale maison à structure horizontale Moult Éditions. Je le dis d’emblée, son livre et l’unique, je l’ai lu en 2 petits jours. J’ai dû me forcer parce qu’autrement, je l’aurais fini en une soirée, mais je voulais prolonger mon réel plaisir.

Il s’agit grossièrement de l’histoire d’un homme un brin sur la défensive qui, bien qu’il enchaîne les gueules de bois matinales, continue d’aimer boire un peu trop et fait de la taverne du coin sa résidence secondaire et la bouteille, son échappatoire.

« J’en connais plusieurs qui achètent compulsivement des sacoches ou qui pratiquent des sports extrêmes. Est-ce qu’on les culpabilise d’avoir flambé leur argent en Gucci? Est-ce qu’on leur demande de slaquer le parachute? Alors, laissez-moi me saouler en paix. »

Pour lui, se saouler est une activité comme une autre, lui permettant de tromper l’ennui et de lâcher prise sur sa vie monotone.

Cassure dans sa vie plate, c’est qu’à tout hasard il finit par se retrouver à trinquer avec différentes vedettes québécoises qui passent à la taverne. Le choix des partenaires de brosse de l’auteur est en soi assez cocasse. Dans le lot, sans tout vous dévoiler, il y a Éric Lapointe, Marcel Leboeuf, Richard Martineau, Jean Lemire, Jojo Savard et plus encore. Pour chacun d’eux, l’auteur les dépeint d’abord avec justesse, tel qu’on a appris à les connaître par les médias. Puis, un coup la table mise et leur taux d’alcool en progression, on se retrouve déstabilisé par les revirements de situation. L’auteur manie l’approche humoristique habilement et pousse l’audace à exagérer leurs traits de caractère jusqu’à les caricaturer, leur faisant dire ou faire des choses qu’on n’aurait pas imaginées, allant même à l’antipode de l’image d’eux qu’on avait initialement. C’est tordant, rares sont les fois où j’ai tant ri en lisant.

On apprend entre autres que Lapointe le rockeur est un imposteur, qu’il n’est pas réellement alcoolique, que tout est stagé et qu’avant d’être populaire, il faisant partie d’un trio de jazz.

« Je bois de la bière sans alcool, je sniffe du sucre en poudre. Je fais semblant d’aller en désintox quand j’ai besoin de vacances. On s’ajuste avec les réponses des focus groups. Tu sais que j’ai pas vraiment de frère? (…) C’est un comédien lui aussi. Ils se sont rendus compte que j’étais trop heavy pour une partie du marché. Hugo est allé chercher les matantes qui leur échappaient. »

Fabuleux. C’est plein de ce genre de bijoux dans Ma brosse avec… Une autre perle est, à mon avis, quand le narrateur fait la rencontre du biologiste notoire Jean Lemire. On apprend en réalité qu’il est imbu de lui-même, insensible au sort de la nature et qu’il est en fait un vrai bourreau.

« Jean se met à secouer la cage. Un blanchon sort la tête derrière une branche d’arbre. Il ouvre la cage et agrippe l’animal qui pousse un faible cri. Pico, c’est mon animal cute de service. Quand j’ai besoin d’une photo, au lieu de me geler le cul des heures à attendre sur une banquise, je descends le chercher. »

Les 11 partenaires de beuveries que l’auteur Gabriel Rousseau a choisis pour accompagner le narrateur sont carrément disjonctés. Les dialogues sont souvent hilarants. Du moins, ça décroche à tout coup un sourire assez large. Sans rire, allez tous vous chercher ce bijou! On passe un réel bon temps à en faire sa lecture. Je l’ai classé pas moins que dans le top 3 de mes coups de cœur 2016 jusqu’à ce jour. Un parfait livre pour s’évader sans se taper le mal de tête du lendemain.

Le garçon sans visage; une perle jeunesse à découvrir

J’ai découvert Le garçon sans visage de l’auteure française Kochka alors que j’entamais mon dernier stage en enseignement. Mon enseignante associée se faisait un devoir de faire découvrir à ses élèves des ouvrages qui s’éloignaient de leurs lectures habituelles, d’ouvrir leur horizon sur quelque chose de différent, de jamais lu, de jamais vu. Puisque j’étais alors en charge de la classe, c’était à moi de faire connaître les ouvrages aux enfants dans le cadre d’un cercle de lecture.

Avant de le présenter aux élèves, je m’étais empressée de lire cette plaquette à la couverture colorée et invitante. Puisqu’elle m’avait parlé du Garçon sans visage avec les yeux lumineux et le sourire aux lèvres, je me doutais que mon mentor devait avoir mis la main sur une perle rare en littérature jeunesse. Et je ne m’étais pas trompée.

C’est dans un parfum de rose que s’ouvre ce court roman jeunesse écrit par Kochka. Ce livre aux mots aussi doux qu’un bouquet de fleurs, aussi bons pour l’âme que peut l’être un amour de jeunesse, place son intrigue au coeur des rues de Paris. Un beau matin d’automne, l’enseignant de français de Marie, une jeune adolescente de 14 ans, présente à sa classe un projet qu’ils devront mettre en oeuvre au cours des prochains mois. L’idée est simple; chaque élève de la classe devra écrire une histoire d’amour dont il sera le héros. Mais attention! Pas une histoire d’amour banale, non! Une histoire à faire rêver même ceux qui n’y croient plus, une histoire à faire soupirer d’aise, une histoire à couper le souffle. Une histoire à la mesure de l’amour, le vrai. L’enseignant, passionné de poésie, souhaite que ses élèves réussissent à mettre des mots à la fois tendres et brûlants sur les sentiments qui émanent d’un grand amour.

Marie, grandement intéressée par l’idée, décide de s’élancer dans les rues de Paris afin de trouver le héros de son histoire, le garçon qui saura lui inspirer la plus belle des aventures. Marchant au hasard des rues, elle s’amuse à imaginer des romances avec les garçons qu’elle rencontre. Pourtant, rien ne semble suffisamment fort pour l’amener à écrire son texte. Un matin, pourtant, alors qu’elle poursuit son expédition aux quatre coins de la ville, la jeune fille se laisse prendre au piège d’une impasse qui lui semble jolie. Or, voilà qu’elle arrive dans un endroit où elle ne devait pas se trouver, au beau milieu de dizaines de seaux remplis de roses. Et elle semble avoir dérangé le propriétaire de celles-ci, qui s’enfuit aussitôt que Marie fait son apparition dans l’endroit interdit. Ébahie, Marie n’arrive pas à détacher son regard de l’endroit d’où le garçon s’est enfui. On dirait bien qu’elle tient quelque chose pour son histoire d’amour…

Au fil des pages qui se tournent, on se surprend à guetter avec impatience la suite du récit. Qui est ce garçon qui s’échappe, laissant Marie seule au milieu des roses? Mais surtout, que peut-il bien vouloir cacher, en se soustrayant aux regards des autres? Les questions bouillonnent et l’auteure arrive à nous tenir en haleine avec talent.

Mais c’est surtout avec ses mots que l’auteure nous charme. Avec son écriture unique, empreinte de douceur et de poésie. La plume de Kochka dessine un univers simple et coloré, empli de fleurs et de secrets. Son écriture est particulièrement touchante, avec ses phrases courtes et simples qui nous rappellent les pensées d’un adolescent qui découvre la poésie, qui parle en images et en rêveries. Ses descriptions sont précises et donnent envie de nous enfoncer, nous aussi, dans les rues calmes de Paris afin d’y découvrir des histoires à raconter.

On quitte ce roman avec le coeur un peu plus léger et une grande impression d’avoir touché du doigt ce qui est rare. Livre à la main, il ne reste qu’une envie, celle de partir à la recherche, comme Marie, des grandes histoires d’amour.

L’ambiguïté de Nelly

Lire Nelly Arcan, ça fait mal. Je ne peux fermer l’une de ses œuvres sans ressentir une crampe douloureuse au niveau de l’endroit qui produit pourtant si souvent des papillons frémissants. C’est que l’auteure pointe tout le monde du doigt. Elle frappe dans la mêlée, et ce sans épargner qui que ce soit. Elle atteint le père. Elle blesse profondément la mère. Elle traîne le masculin dans la boue. Or, c’est le féminin qu’elle tue.

La question de la femme traverse l’œuvre d’Arcan. La lecture de son travail d’écriture implique une exploration de fond en comble du sexe mystérieux. C’est un voyage initiatique sur les terres inconnues du doute, de l’ambiguïté et de la dualité. Dans sa quête de réponse, la recherche d’un idéal physique est centrale et c’est la raison pour laquelle le regard occupe une place si importante dans la création de l’écrivaine. D’ailleurs, les ouvrages de l’auteure se prêtent tout naturellement à l’étude de la psychanalyse. Or, je souhaite me tenir le plus loin possible de mon domaine de prédilection dans le texte présent. Tout simplement, car c’est de Nelly Arcan dont je veux traiter.

Ma réflexion découle de la sortie prochaine du film d’Anne Émond portant sur l’existence de l’auteure québécoise. Je n’ai rien à redire sur la beauté de la chose. La bande-annonce est magnifique. La musique de Charlotte Cardin qui l’accompagne est splendide. Cependant, je ne peux m’empêcher de ressentir un malaise. C’est alors que je me demande ce qu’en aurait pensé Arcan. Le film aurait-il seulement vu le jour si l’auteure avait encore été là pour le visionner?

Vous me direz que ce n’est pas la première et ça ne sera pas la dernière. Et je ne peux m’empêcher de penser qu’avec l’écrivaine, tout est trop fragile, trop complexe, trop intime. La réappropriation me fait donc peur. Pire, elle m’effraie. Avec une biographie fictionnelle comme celle qu’on présentera bientôt sur nos écrans, on va bien au-delà des mots. On interprète. On invente. On réécrit. Et bien souvent, on se trompe. En quoi n’est-il pas suffisant de lire ce qu’elle nous a légué?

« et si le besoin de plaire l’emporte toujours lorsque j’écris, c’est qu’il faut bien revêtir de mots ce qui se tient là-derrière et que quelques mots suffisent pour être lus par les autres, pour n’être pas les bons mots. Ce dont je devais venir à bout n’a fait que prendre plus de force à mesure que j’écrivais, ce qui devait se dénouer s’est resserré toujours plus jusqu’à ce que le nœud prenne toute la place, nœud duquel a émergé la matière première de mon écriture, inépuisable et aliénée, ma lutte pour survivre entre une mère qui dort et un père qui attend la fin du monde.

Voilà pourquoi ce livre est tout entier construit par associations, d’où le ressassement et l’absence de progression, d’où sa dimension scandaleusement intime. » (Putain, p. 17)

De surcroît, ce qui m’angoisse particulièrement, c’est la distinction qu’il y a à faire entre la femme et le personnage. L’écriture au « je », le fait qu’elle ait elle-même été escorte par le passé et 14018014_10153914480263391_23750491_nqu’elle nous raconte ses récits tellement personnels porte à confusion. Le public ne sait pas faire la différence. Est-ce de cette façon qu’ils la projetteront pour les yeux de tous, ces curieux avides de savoir?

Selon les dires, nous aurons droit aux quatre facettes de la femme : l’amoureuse, la putain, l’écrivaine et la star. Il ne fait aucun doute que le personnage d’Arcan est fragmenté et multiple. Dans ce cas, j’apprécie l’angle exploité par la réalisatrice et scénariste du long-métrage. Ceci dit, j’ai bien peur que nous n’ayons accès qu’à une parcelle de ce qui se cachait derrière toutes ces facettes. Et il n’y a rien de plus normal. Alors, pourquoi vouloir en faire un film?

« Et je ne saurais pas dire ce qu’ils voient lorsqu’ils me voient, ces hommes, je le cherche dans le miroir tous les jours sans le trouver, et ce qu’ils voient n’est pas moi, ce ne peut pas être moi, ce ne peut être qu’une autre, une vague forme changeante qui prend la couleur des murs, et je ne sais pas davantage si je suis belle ni à quel degré, si je suis encore jeune ou déjà trop vieille, on me voit sans doute comme on voit une femme, au sens fort, avec des seins proéminents, des courbes et un talent pour baisser les yeux, mais une femme n’est jamais une femme que comparée à une autre, une femme parmi d’autres, c’est une armée de femmes qu’ils baisent lorsqu’ils me baisent, c’est dans cet étalage de femmes que je me perds, que je trouve ma place de femme perdue. » (Putain, p. 21)

C’est que le personnage lui-même est en constante recherche de son identité. Quête qui se perpétue à travers toutes les femmes auxquelles elle est confrontée. Celles qui détiennent tout ce qu’elle n’a pas. Mais également à travers tous ces hommes qui partagent son lit dans cette chambre d’hôtel. Une fois de plus, c’est dans le regard de l’autre que son existence prend véritablement son sens. N’est-ce pas dangereux d’offrir aux spectateurs cette opportunité posthume?

Lire Nelly Arcan, ça fait mal. Et aujourd’hui, j’ai un peu mal pour elle. Peut-être suis-je la seule, mais j’en doute. Pourquoi après la mort ne peut-il pas y avoir seulement le repos et l’image laissée par les mots?

« et je ne pourrais pas ne pas chercher autour de moi un regard qui me rende telle, qui me fasse prendre toute la place, qui me hisse jusqu’à cet endroit où tous pourront me voir, et me voir pourquoi pensez-vous, pour bander de moi en maillot de bain, les seins qui pointent sous le tissu trempé, me voir pour que disparaissent les autres, pour faire de moi la seule qui soit, et de là, je pourrai enfin montrer ma laideur même si vous ne voulez pas en entendre parler, je dévoilerai mes coutures de poupée qu’on a jetée en bas du lit même si ce n’est pas le moment, je me tuerai devant vous au bout d’une corde, je ferai de ma mort une affiche qui se multipliera sur les murs, je mourrai comme on meurt au théâtre, dans le fracas des tollés. » (Putain, p. 87)

Putain, Nelly Arcan, Du Seuil, 2001, 187 pages.

Crédit photo : Michaël Corbeil

« Assommez-moi quelqu’un » ou la chronique d’une fille (un peu trop) occupée

« Assommez-moi quelqu’un », c’est ce que je me disais hier soir, alors que je me suis retrouvée couchée à 8 h 30 dans mon lit à cause d’un mal de tête d’enfer, et qu’à ce moment-là, mon cerveau n’arrivait même pas à se relaxer trois secondes parce que je pensais à trop d’affaires. Pendant trois heures, je me suis tournée et retournée dans mon lit sans pouvoir avoir la paix. Et s’il n’y avait eu que ça! Le problème, c’est que ce n’était pas la première fois que ça m’arrivait dans un temps rapproché, et surtout, le problème, c’est qu’il y avait un méchant problème quelque part, dans ma vie, et que c’est hier, la tête dans mon oreiller à me lamenter de douleur pendant des heures, que je me suis avouée vaincue.

Après une gigantesque semaine à travailler tous les jours et à faire des millions d’affaires tous les soirs, je venais de passer une journée de samedi de congé à faire la dernière correction pour un texte dont je m’occupais de la révision pour une revue universitaire, puis à écrire des tas de courriels concernant engagements et possibles bourses. Puis, j’ai planché sur une proposition pour un appel de texte et sur l’élaboration d’un plan pour un article. Ensuite, sentant le mal de tête arriver tranquillement, j’ai lâché mon ordi, suis allée planifier ma semaine avec mon agenda en essayant de me convaincre que j’allais arriver à tout faire, fais du ménage et fais cuire une trentaine de pommes pour en faire de la compote. Je me suis faite à souper, puis j’ai essayé de me relaxer en allant lire le dernier Harry Potter… BZRKKTWZZRX… problème de connexion de mon cerveau. Erreur. J’atterris dans mon lit le ventre en premier, la tête qui cogne comme un marteau et j’essaie de dormir. Mais je n’y arrive pas.

S’il y a bien une chose que j’ai apprise de mon été, c’est que je ne peux pas tout faire. Et surtout, non, je ne peux pas travailler quarante heures par semaine dans une job qui m’épuise, tout en étant capable de faire un rendement scolaire équivalent à du temps plein pour ma maîtrise, tout en préparant deux articles à la publication, faire partie de deux comités de rédaction, écrire des articles pour un blogue, voir mes amis et entretenir mes relations, lire pour le plaisir, faire de la cuisine en prévision de l’automne, m’entraîner pour un demi-marathon ET garder une vie saine sans exploser. Le pire? C’est que je n’ai même pas eu de vacances depuis la fin de ma session passée, et donc, que je suis non seulement fatiguée en permanence depuis le mois de mai, mais que je suis parfois sur le bord de péter une coche tellement je n’en peux plus de ce rythme un peu fou.

Cela dit, j’ai eu de mauvaises passes et de meilleures. Durant le mois de juillet, j’ai réussi à avoir un « beat » qui marchait assez bien : des semaines pas trop chargées, des week-ends reposants et pas trop occupés. Ces dernières semaines, j’étais aussi pas mal en forme.

Mais j’ai aussi eu des semaines où je me réveillais avec des maux de tête même le MATIN. Et où je m’effondrais, épuisée, à la fin de la semaine, en pleurant. Ou même des semaines où je me levais très tôt et où j’allais m’installer à l’UQAM vers 7 h le matin, avant ma job, pour pouvoir avancer mes échéances un peu. Et bien sûr, j’étais nécessairement crevée le soir à mon retour chez moi.

Bref, il y a forcément un problème, on s’entend. Et je viens d’abdiquer : ce n’est pas moi qui n’arrive pas à tout faire, c’est juste que je fais pas mal beaucoup d’affaires en même temps. Et qu’il est hors de question que ça continue indéfiniment de cette façon.

Hier, lors de la journée fatidique, j’ai reçu de bonnes nouvelles. Probablement un contrat d’auxiliaire de recherche (mon rêve depuis un an!) et la possibilité de postuler pour une bourse intéressante. Puis, un tas de choses tout autant potentiellement intéressantes pour l’an prochain qui vont nécessiter plusieurs (vraiment PLUSIEURS) heures de recherche et de formulaires sur internet. Je suis follement heureuse, mais en même temps, je crois que mon corps, hier, a fait CRAC. Il a paniqué. Il a dit : « Mmm… non, je ne crois pas que ce soit possible. » C’était la goutte qui a fait renverser le vase. Juste l’idée de devoir rajouter encore une couche de choses à faire, quelles qu’elles soient, lui était angoissant. Et pendant que moi, hier, j’ai dit : « YÉÉ! Wow, pleins de possibilités! Que de belles alternatives pour mes études! », mon corps, à ce même moment, a dit : « CRSEWX…WWTTB…BTRW… » Erreur de connexion. Too much. CRASH DOWN.

Bien sûr, beaucoup de gens de mon entourage me regardaient aller avec suspicion. On m’a dit de faire attention, de travailler moins, de prendre au moins une semaine de vacances. En même temps, je ne me suis pas bonnement pitchée là-dedans de manière inconsciente en attendant le crash! Oui oui, j’étais consciente de ce que je faisais, et je le faisais pareil. Pourquoi, me demanderez-vous alors?

Et bien, cet été, j’ai surtout eu une gigantesque révélation. Ça fait des années que je travaille à temps partiel en même temps que d’être aux études, que je travaille tout l’été, que je mène plusieurs projets de front. Mais, jusqu’à présent, la job est restée un « à côté » qui me permettait de sortir, payer mon loyer, manger. Même l’été, j’arrivais à « dealer » avec mes autres activités. Mais cet été, j’ai eu l’impression que ma job était devenue ma vie. En travaillant à temps-plein-plein, alors que j’avais plusieurs projets en parallèle, j’ai eu l’impression de vendre mon âme au diable. C’est que cette job me siphonne à la fois mon temps et mon énergie, et que tout le reste de ma vie a pris le bord. Littéralement. Et pendant que j’étiquetais des crayons et des surligneurs, et que je passais les uns après les autres les clients à la caisse, tous les jours de toutes les semaines de tout mon été, et que je revenais à 19 h le soir chez moi pour n’avoir d’énergie que pour me faire à souper et presque rien d’autre, je me demandais ce que je faisais avec ma vie. Alors que je consacrais autant de temps à des trucs qui m’importaient peu, je n’avais plus d’énergie pour faire le reste, c’est-à-dire ce qui m’importait tellement. Et je me suis dit que ça n’avait juste pas de bon sens, surtout pas avec mes valeurs et avec ce qui était vraiment important pour moi d’accomplir.

Alors, je me suis battue! Pour me garder en vie intellectuellement et pour me garder passionnée, j’ai refusé de mettre mes études de côté, de ne pas m’impliquer partout quand c’était cool. Je ne voulais surtout pas que ce qui était censé être important dans ma vie perde de la valeur, et que ce que je devais faire devienne, par défaut, l’important, juste parce que c’était ça qui occupait littéralement toutes mes journées.

On s’entend quand même, je ne suis certainement pas la seule sur terre qui trouve que sa job l’ennuie et qu’elle lui prend tout son temps. Mais en même temps, quand on y pense, je crois qu’on a le pouvoir de changer ça, ou du moins, on a la possibilité de faire un choix. Cet été, cette révélation a fait en sorte que je me suis dit que je ferais tout, mais vraiment tout, pour pouvoir vivre de ce que j’aime, avoir une job dans mon domaine qui me fait triper vraiment. Car passer autant d’heures à travailler pour pouvoir gagner de quoi payer son loyer, mais sans en retirer du plaisir, c’est vivre constamment en stand-by de sa propre vie, c’est être en attente tous les jours du mois et de l’année, sans jamais vraiment avancer.

Je me suis donc réveillée ce matin, ai pris une grande respiration, et déjà le CRASH semblait moins pire. Mon corps a fini par dormir et moi, à reprendre des forces. Je me suis levée, et ai pris une décision. J’allais changer quelques affaires dans ma vie.

Dans l’impossibilité de quitter mon emploi maintenant (je me suis engagée pour un certain temps), et avec mon envie de plonger tête première dans mon nouveau contrat, j’ai décidé de continuer à jongler (encore) quelque temps avec un horaire surchargé. On ne peut pas tout quitter du jour au lendemain, quand même. J’allais faire de mon mieux tout en faisant attention à moi. J’étais donc prête à recommencer ma semaine (et j’ai même de la bouffe en avance!). Avec un peu d’organisation, je devrais tenir le coup, encore une fois. Le pire, c’est que je tiens toujours le coup. J’ai mis de côté certaines choses qui peuvent attendre, et ai trouvé quelques solutions temporaires pour d’autres.

Quand on est une fille comme moi, on passe par des hauts et des bas, on en fait plus qu’on en demande, toujours, mais on sait pourquoi. On fait les choses parce que ça nous tient à cœur, même si c’est parfois un peu intense dans notre horaire.

Mais j’avoue que j’ai quand même hâte à la fin septembre, histoire d’arrêter de travailler à temps-plein-plein, prendre des vacances, et enfin avoir un peu de temps pour respirer et… recommencer à plancher avec passion sur mes projets!