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Ce qu’on a pensé de nos lectures Album jeunesse #jelisunlivrequébécoisparmois

Pour le mois de juillet, on lisait des albums jeunesse. Comme j’expliquais le mois dernier, ce n’est pas dans mes habitudes de lire de la littérature jeunesse, mais ce n’est pas parce que je n’aime pas ça, au contraire. Ça me fait toujours bien plaisir de découvrir des albums! Ce mois-ci j’ai donc lu Le gros monstre qui aimait trop lire de Lili Chartrand et Rogé, publié chez Dominique et compagnie.

Capture d’écran 2016-07-29 à 14.00.52J’ai trouvé cette lecture vraiment mignonne et si importante, le récit raconte l’histoire d’un gros monstre qui doit faire peur aux humains qui viennent visiter la forêt. Jusqu’au jour où une petite fille ne l’entend pas crier parce qu’elle était trop concentrée dans sa lecture, le gros monstre devient fasciné par son livre et ses images. Ainsi, il décide d’apprendre à lire et c’est depuis ce moment qu’il tombe complètement amoureux des livres. Il se met à lire des histoires à ses amis monstres. Bref, c’est un album jeunesse vraiment intéressant, les dessins sont beaux, le texte est simple, mais pas trop enfantin. J’ai beaucoup aimé ma lecture et je trouve superbe de voir une histoire où l’amour et le pouvoir des livres sont représentés.

Les lectures de Marion
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Pétunia princesse des pets (Dominique Demers, illustré par Catherine Lepage)

Fini le temps des princesses parfaites! Car si Pétunia a tout d’une sublime jeune fille, elle a un défaut, qui est celui de péter. Quelle chose effroyable, disent ses parents. « Des petits pets secs et de longs pets mouillés, d’interminables pétarades dignes d’un bataillon armé, de brusques vents effroyablement puants et d’autres honteusement bruyants ». Comment, alors, espérer marier leur jeune fille?

Ce que j’ai aimé de cet album, c’est qu’il présente une princesse qui a des défauts, et cela avec humour et tendresse. Et surtout, à la fin, bien qu’elle se marie à un paysan, la jeune princesse choisira la liberté, les rires et les jeux à la place d’une vie un peu trop rangée. De cette façon, Dominique Demers participe à casser les moules, mais surtout, joue avec l’univers des contes avec grand humour!

Gratien Gratton prince de la grattouille (Dominique Demers, illustré par Fil et Julie)

Cet album, qui se place dans la continuité de Pétunia, nous présente Gratien, un prince généreux distingué et amusant, mais pas parfait puisqu’il aime un peu trop rêvasser et qu’il manque un peu d’esprit guerrier (selon son père). Puis, un soir, il fut frappé d’un mal inusité, celui de se gratter sans pouvoir s’arrêter! Et à quoi est dû ce grattage infernal? Remettant en question la vie de prince et les magouilles de la couronne, ce petit album nous fait voir l’importance d’être soi-même en plus de celle de certaines valeurs comme le partage.

Poésies pour la vie (Gilles Tibo, illustré par Manon Gauthier)
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« Écrire un poème/c’est cueillir le silence/et le coucher doucement/dans les marges d’un cahier/de lumière »
Cet album est un bijou. D’une voix poétique, il exprime en mots et en images la poésie du monde, de la nature, des jours, des nuits, des animaux, des amis… Et cette poésie vient colorer les phrases d’une grande beauté tout en restant, malgré tout, dans la simplicité. Les illustrations participent aussi à cette esthétique minimaliste, puisqu’elles donnent l’impression d’être des petits morceaux qui ont été collés les unes à côté des autres. Bref, dans toute sa beauté, il s’agit d’une lecture douce pour les jours moroses, à découvrir.

Les lectures de Karina
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Florence & Léon; texte de Simon Boulerice; illustration de Delphine Côté-Lacroix

La première fois que j’ai vu ce livre jeunesse en librairie, j’ai immédiatement su qu’un jour j’allais me le procurer. J’aimais déjà les dessins délicats de Delphine Côté-Lacroix et je savais que j’allais aimer les mots de Simon Boulerice.

J’ai eu la chance de lire qu’un seul roman « adulte » de Boulerice, Javotte, lequel j’avais lu pour le même défi l’année dernière et ce fut un coup de foudre. Je sais que Boulerice écrit beaucoup pour la jeunesse et fait également plusieurs conférences dans les écoles (je ne peux qu’aimer cet homme).

Florence est professeure de natation et Léon est agent d’assurance. Ils ne se connaissent pas, mais il y a une chose qui les réunit : une paille. En fait, chacun de leur côté, ils vivent avec un « handicap ». Florence a de la difficulté à respirer, en fait c’est comme si elle respire constamment par une paille et Léon a une petite vision, c’est comme s’il voyait à travers une paille. Ils ne se connaissent pas, mais le destin fera en sorte qu’ils se rencontreront et apprécieront la présence de l’autre. Ce sont deux personnages attachants et, grâce aux mots de Boulerice, nous réussissons à comprendre et à imager les difficultés qu’ils doivent vivre tous les jours. En fait, l’histoire nous rend plus sensibles à leurs conditions.

Disons qu’à la fin de l’histoire j’ai fini avec une petite larme de joie.

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Le tragique destin de Pépito; Catherine Lepage (illustration) et d’après un conte de Pierre Lapointe

Je connaissais déjà Catherine Lepage pour son travail avec un roman qui fait du bien : Fine tranche d’angoisse. Et qui ne connait pas Monsieur Lapointe? Célèbre chanteur, excellent auteur-compositeur-interprète. Cet homme connait le pouvoir des mots. Il était donc évident qu’en réunissant ses deux personnes talentueuses, ils n’allaient que faire un excellent roman jeunesse.

Pépito est un jeune garçon qui est malheureusement victime d’intimidation. Pépito est gros, il ne joue à aucun sport et est très solitaire. De plus il est nouveau à l’école, car à son ancienne école, il était également intimidé (du moins c’est ce que nous pouvons comprendre). Il est également un garçon attachant. Avec sa seule amie, Margot, il partage ses bonbons magiques. Mais Pépito reste un garçon mystérieux. D’où viennent ses bonbons? Que s’est-il passé dans son ancienne école? Qu’est-ce qu’il fuit?

J’ai également pleuré à la fin de ce livre… mais ce ne fut pas des larmes de joie.

« Tous à bâbord, moussaillons! » 8 histoires de pirates pour jeunes et moins jeunes

Vous en avez assez des histoires de princes et de princesses? Vous avez davantage envie de vous lancer dans une folle aventure en mer, de crier à l’abordage et de suivre la piste d’un trésor? Et bien ces histoires de pirates sont pour vous. Idéales pour l’été, charmantes à partager avec vos enfants, petits cousins, neveux-nièces, en plus d’être humoristiques, loufoques et imaginaires à souhaits, ces albums et mini-romans vous enchanteront et vous donneront envie de casser la baraque!

Marie-Baba et les 40 rameurs (Carole Tremblay, illustré par Dominique Jolin)

Fille du célèbre Beurre-Noir, le plus terrible pirate des mers du Sud, Marie-Baba n’est pas n’importe qui. Et voilà qu’elle se voit lancée sur la piste d’un trésor avec, au commandement de son bateau, quarante vigoureux rameurs. Une belle histoire drôle et touchante sur une jeune fille pirate dégourdie qui n’a pas froid aux yeux!

Histoires de pirates (Gudule, illustré par Frédéric Pillot et Marc Lizano)

Coup de coeur de ma part dans les histoires de pirates, les 5 récits humoristiques qui composent les Histoires de pirates de Gudule sont savoureux, originaux et drôles à se rouler par terre! Que ce soit le trésor convoité par les habitants de Fort Plouf-Plouf, la barbe en bonbon quelque peu inusitée de Barbe-Rose, l’équipage des pirates polis, le pirate « d’acier » ou Raoul-la-moule, chacune des histoires est divertissante et originale.

Une nuit chez les pirates (Malika Doray)

Pour les plus jeunes, voici un petit album cartonné qui présente une famille pirate, depuis les enfants jusqu’aux grands-parents. Dans un principe d’ajout d’un personnage à chaque page au début, cette courte histoire est rigolotte et amusante, en plus d’être facile d’approche pour les petits!

À table, les pirates! (Claire Bertholet, illustré par Éric Gasté)

Le voyage en mer d’un équipage de pirates se voit chamboulé lorsque la troupe s’échoue sur une île mystérieuse, où les habitants sont bien décidés à les dévorer! Sauront-ils se défaire de cette situation pour le moins délicate? Sauve qui peut!

Fille de pirate (Christophe Miraucourt, illustré par Delphine Vaufrey)

« Je suis Mélina la Terrible! Fille de Barberousse, petite-fille de Barbenoire et arrière-petite-fille de Barberouge! Vous ne me faites pas peur! ». Dans ce petit roman, Mélina, décidée à devenir une grande pirate, prouve à tous que les filles peuvent autant défendre le titre que les garçons. Une belle histoire qui mène à un trésor mémorable.

Pirate contre pirate (Mary Quattlebaum, illustré par Alexandra Boiger)

Quand le plus grand et le plus robuste de tous les pirates de l’Atlantique rencontre la plus folle et la plus formidable de toutes les pirates du Pacifique, c’est une compétition sans merci qu’ils livreront l’un contre l’autre. Mais en apprenant à se connaître, peut-être auront-ils plutôt le goût de lier leurs destins?

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Pirates à l’école (Corinne Demas, illustré par John Manders)

Qu’est-ce que ça fait, d’avoir des pirates dans sa classe à l’école? Ils apprennent l’alphabet, façonnent des canons en pâte à modeler, ronflent durant la sieste et adorent l’heure du conte! À moins qu’ils ne désirent déclencher une mutinerie? Ce petit livre très amusant saura vous faire rire et vous divertir!

Nos voisins les pirates (Jonny Duddle)

Mathilde vit une vie monotone à Ennui-sur-Mer jusqu’à ce que la famille Bâbord-Tribord arrive en ville et devienne ses voisins. Malgré que toute la population souhaite le départ de ces venus peu conventionnels, Mathilde devient amie avec Jim le jeune pirate et rêve d’aventures! Une belle histoire, drôle et bien illustrée, qui met en évidence l’éloge de la différence! (Aussi à découvrir du même auteur: Le Croque-pirate).

Idéaux pour l’été, ces albums de pirates vous amèneront, vous et vos amis, à visiter des îles au trésor et naviguer sur les sept mers! N’oubliez pas votre crème solaire et surtout… vos livres d’histoires! Bonne lecture!

Une nouvelle maison pour tous les sorciers

Je ne suis pas une grande admiratrice des fanfictions et des écrits sur les extensions d’univers littéraires. Je m’explique. Lorsque je lis une série de livres (mettons Harry Potter, évidemment), je ne m’acharne pas nécessairement sur toutes les nouvelles qui sont publiées sur Pottermore ou sur les forums de conversation de La Gazette du sorcier. Nous pourrions dire que je suis une puriste et que le classique me satisfait.

Or, je dois vous avouer que les mots de J.K Rowling me manquent terriblement ces derniers temps. J’ai tenté de remédier à la chose en me replongeant dans la série. Depuis bientôt un an, j’ai entamé la lecture à voix haute des sept tomes à mon amoureux qui ne les avait jamais lus auparavant, question de combler mon besoin de sorcellerie. Bien que l’activité soit géniale, il semble me falloir plus.

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Crédit: Le Figaro

Apparemment, J.K Rowling est magique et a entendu mes souhaits, puisque depuis quelques mois les projets en lien avec l’univers de notre sorcier préféré n’ont cessé de croître. Je pense, entre autres choses, au film Les animaux fantastiques, tiré d’un des livres de la saga prenant la forme d’un glossaire, qui prendra l’affiche en novembre prochain. Il y a aussi la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit, qui se déploie présentement à Londres et qui sortira en format papier en français en octobre (spoiler alert: j’en ferai la critique à l’automne). Or, ce qui a particulièrement attiré mon attention récemment, ce sont les écrits publiés par J.K Rowling sur l’histoire de la magie en Amérique du Nord et plus précisément, sur les événements ayant conduit à la création de l’école Ilvermorny.

Tout a commencé le 28 juin alors que des chapitres portant sur l’histoire de la magie en Amérique du Nord faisaient leur apparition sur Pottermore. L’auteure prolifique avait déjà affirmé que plusieurs autres écoles que celles que l’on connait (Poudlard, Beauxbâtons et Durmstrang) existaient. Vous pouvez facilement imaginer mon excitation à l’idée d’en découvrir davantage sur le monde de la magie. En plus, les nouveaux événements se passeraient sur mon territoire. Les chapitres racontent donc l’arrivée des premiers sorciers et la création de leur communauté sur le contient Nord-Américain, du XIVe au XXe siècle. Rowling s’inspire des faits historiques que nous connaissons pour faire des liens avec le monde magique qu’elle crée. Cette façon de faire participe à la crédibilité de ses écrits et permet de bien relier le tout. Vous pouvez d’ailleurs lire les quatre chapitres traduits en français ici. Or, tout cela n’était que prémisse pour quelque chose de beaucoup plus grand: l’avènement de Ilvermorny, une  nouvelle école de sorciers. Il s’agit en fait du récit d’Isolt Sayre, nouveau personnage de la saga duquel je suis immédiatement tombée sous le charme.

L’histoire d’Ilvermony

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Crédit: Pottermore

Isolt Sayre est née de deux parents sorciers en Irlande. Sa tendre enfance se passe dans la joie et l’amour familial jusqu’à ce que ses géniteurs meurent dans un tragique incendie alors qu’elle n’est âgée que de cinq ans. Sa tante, Gormlaith Gaunt, femme dérangée et cruelle, la prend sous son aile et décide de l’élever dans l’idéologie des sang-pur. Elles vivent donc recluses puisque la vieille tante refuse d’envoyer Isolt à Poudlard, endroit qu’elle qualifie d’ignoble, car acceptant les sang de bourbe. La femme lui fait donc l’école à la maison et lui en apprend tout de même beaucoup sur l’établissement en question. Elle accompagne son enseignement d’expériences malsaines sur des moldus égarés ou sur des animaux sans défense.

Un jour, Isolt prend son courage à deux mains et vole la baguette de sa tante avant de s’enfuir de sa prison. Elle quitte d’abord vers l’Angleterre, mais elle sait que la vieille femme la cherche furieusement. Elle décide donc de couper ses cheveux, de se donner un nouveau nom Elias Story (celui d’un garçon) et  de quitter pour le Nouveau Monde.

La jeune sorcière se cache sur son continent d’accueil et rencontre deux créatures magiques: le puckwoodgenie et le hidebehind. Elle se lie d’amitié avec le puckwoodgenie, qu’elle nomme William, en mémoire de son père. Bientôt, elle découvre une nouvelle bête, le serpent cornu, animal avec lequel elle arrive à communiquer. Plus tard, elle finit par rencontrer des gens de son espèce, deux jeunes garçons blessés qu’elle décide d’amener à l’abri afin de sauver leur vie. Elle découvre rapidement que les enfants sont des sorciers.

À peine quelques jours plus tard, Isolt rencontre un homme No-maj (non-sorcier) du nom de James, de qui elle tombe follement amoureuse. C’est donc de leur amour et de l’intérêt des deux garçons adoptifs, Chadwick et Webster, pour l’école Poudlard qu’est née une nouvelle école de magie, Ilvermorny. Inspirés par les détails que leur raconte Isolt sur l’école de Poudlard, les garçons décident de créer quatre maisons pour leur propre établissement: le Serpent cornu, la panthère Womatou, l’Oiseau-tonnerre et le Puckwoodgenie.

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Crédit: Mugglenet

La maison du Serpent cornu représenterait l’esprit et formerait les érudits.

La maison de la panthère Womatou serait plutôt basée sur le corps et accueillerait les guerriers.

La maison de l’Oiseau-tonnerre se constituerait de l’âme des aventuriers.

Finalement, la maison du Puckwoodgenie représenterait le coeur et les guérisseurs.

Très rapidement, la naissance d’une école de sorcellerie sur le continent Nord-Américain se met à attirer les sorciers avides d’apprendre et l’établissement prend de l’expansion. Malheureusement, la rumeur traverse les eaux et se rend jusqu’en Irlande où la tante Gaunt apprend la nouvelle…


Je m’arrête ici afin de vous inciter à lire la suite maintenant disponible en français juste ici. Je vous encourage vraiment à lire l’histoire en entier puisque j’en fais seulement un très bref résumé dans l’article présent. D’ailleurs, je suis certaine que vous êtes déjà emballés par l’histoire de cette nouvelle sorcière et par la suite de son ascension. Pour ma part, je dois maintenant redonner leurs lettres de noblesse aux écrits publiés sur le tard ayant comme mission d’élargir un univers littéraire déjà connu.

Après toutes ces années, J.K Rowling ne perd pas la main et réussit encore à nous surprendre. Elle m’ensorcelle toujours autant presque 15 ans après notre première rencontre à travers les lignes. Comme une enfant, j’ai encore cherché à savoir dans quelle maison j’étais. En fait, elle a pensé à tout puisque vous pouvez répondre au test en ligne (malheureusement, seulement en anglais pour le moment) en vous rendant sur le site Pottermore et en vous créant un profil. C’est gratuit et tellement intéressant.

Alors, de quelle maison êtes-vous?

 

La poésie de la ouananiche

 

La ouananiche, en ilnue, ça veut dire « celui qui se trouve partout » ou « le petit égaré ». C’est un saumon d’eau douce. C’est aussi le poisson qui se faufile entre les pages du recueil Frayer de Marie-Andrée Gill : le fil qui les unit.

Née en 1986 dans la communauté ilnue de Mashteuiatsh, Marie-André Gill a publié deux recueils de poésie. Son premier, Béante, paru en 2012 aux éditions La Peuplade, puis reparu en 2015 aux mêmes éditions, lui a valu en 2013 le Prix littéraire poésie du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Son deuxième recueil, Frayer, est paru en septembre dernier, toujours chez La Peuplade. Je suis tombée en amour avec la poésie de Marie-Andrée Gill quand j’ai lu et relu et encore relu Frayer. Je faisais mes achats de Noël au Port de tête en décembre dernier et j’ai décidé que moi-même j’avais besoin de quelque chose à me mettre sous la dent; fini les cadeaux pour les autres! Un peu beaucoup au hasard j’ai choisi ce petit recueil de 75 pages. (Bon, faudrait quand même dire que les couvertures attirantes de La Peuplade ont eu raison de plusieurs de mes achats de Noël l’an dernier…)

Petit livre lyrique empli de douleur, mais aussi d’espoir, Gill nous raconte son adolescence à la réserve de Mashteuiatsh, au rythme de la vie de la ouananiche sur un ton qui reste souvent un peu nonchalant. De sa voix incisive et autodérisoire, qu’elle dirige sur le monde et sur elle-même (« lécher la surface de l’eau avec la langue que je / ne parle pas »), Marie-Andrée Gill parle de l’adolescence qu’on connaît toutes, celle des premiers frenchs, des escapades la nuit pour vivre nos premières brosses et des cours passés à graver le nom de nos amoureux sur nos pupitres. L’auteure ilnue raconte aussi ce que c’est de grandir sur une réserve de 15 kilomètres carrés, dans ce « village qui n’a pas eu le choix ». Elle raconte son adolescence que moi, fille de Gatineau, je ne pourrai jamais vraiment connaître. Sa poésie est ancrée dans sa communauté et fait vivre un lieu bien précis. C’est ce que j’admire le plus chez Gill : la capacité qu’elle a d’exprimer un lieu, de le rendre vivant en quelques images et à travers les sentiments de ses habitants, est vraiment renversante.

Frayer est absolument à découvrir. Le petit recueil donne parfois plus de vie que je peux en prendre dans ses 75 pages, mais c’est pour ça qu’il impressionne. Dans les crevasses entre les mots de l’auteure jaillit une nouvelle compréhension, celle des lectrices attentives aux images qui cherchent à comprendre et à connaître un monde si près du nôtre et si loin à la fois. Intime, mais aussi souvent écrit au « nous » puisqu’il raconte une communauté, Frayer est un recueil simple qui chamboule avec ses petits poèmes qui s’enchaînent tellement rapidement que c’est rare que je ne relise pas le recueil au complet quand je m’assois pour en relire juste un ou deux.

Je n’ai pas encore lu Béante. Perdue dans un village du Bas-Saint-Laurent pour mon travail cet été, j’ai dû le commander en ligne. J’attends avec impatience que la secrétaire de l’école où je travaille me dise que j’ai reçu un petit colis! J’ai hâte de chavirer à nouveau dans un monde que je ne connais pas, mais qui m’intéresse tellement dans son mélange de traditions ilnues, québécoises et kitsch nord-américaines. Essayez donc, vous, de « faire danser les aurores boréales au Nintendo »!

P.-S. Pour les curieuses, allez lire son texte de prose « La Ronde » disponible ici.

Plaisirs littéraires de vacances

Comme Gabrielle le détaillait si bien dans son article, l’été s’avère une saison à l’ambiance légère où la lecture trouve tout à fait sa place… et encore plus lorsque des vacances se profilent à l’horizon! J’aimerais donc joindre ma voix à la sienne en dressant une liste des plaisirs de lecture de vacances!

1.Prendre le temps de lire, tout court

Bon, techniquement, si vous êtes fanatique de lecture, vous devriez déjà lire aussi souvent que vous le pouvez; que vous y arriviez ou non, les vacances sont le moment idéal pour vous adonner à votre activité préférée!

2.Se lancer dans cette grosse brique à laquelle on n’osait pas s’attaquer

Parce que parfois, à travers nos vies bien (trop) remplies, on peut avoir tendance à préférer des lectures courtes et rapides plutôt que d’immenses sagas! Avec les vacances, le moment est tout indiqué pour se lancer dans une grande aventure qui vous fera voyager… même si vous n’avez pas le budget pour prendre le prochain vol vers une destination paradisiaque!

3.Relire (encore une fois) cette série ou ce roman qu’on a tant aimé

On n’a pas besoin d’arguments pour le faire en temps normal, mais en vacances, on a plus de temps qu’il nous en faut : aucune raison de s’en priver!

4.S’autoriser à sortir de sa zone de confort littéraire (ça ne fait pas mal, vous verrez)

J’en ai déjà parlé ici, mais quitter notre zone de confort littéraire peut être une expérience à la fois instructive et captivante! Vous êtes en vacances, vous avez un temps fou devant vous : essayer un livre que vous n’auriez pas choisi en temps normal ne va pas vous donner l’impression de « perdre votre temps ». Au pire, s’il vous déplaît, vous n’aurez qu’à passer au prochain sur votre liste (vous avez encore du temps pour le reste de la liste, vous êtes en vacances!); au mieux, votre découverte deviendra peut-être votre nouveau livre favori!

5.Se payer un petit luxe en allant se procurer le livre qu’on convoite depuis un moment

Ça fait déjà un moment qu’il vous fait de l’œil depuis le présentoir de votre librairie préférée, sans compter toutes les critiques favorables que vous avez lues et entendues à son sujet… N’hésitez plus et faites-vous plaisir! (En termes de petits bonheurs estivaux, ça compte autant qu’aller prendre une crème glacée ou faire trempette dans la piscine. Moins rafraîchissant, je l’admets, mais tout aussi réjouissant!)

6.Choisir un livre que l’on n’a pas encore lu dans notre bibliothèque… et le lire, quoi!

Tout vrai fan de lecture a (grosso modo) trois catégories de livres à la maison : ceux qui ont été lus, ceux qui sont en cours de lecture… et ceux accumulés ici et là, mis en réserve comme les provisions d’un écureuil! Pour alléger un peu cette dernière catégorie (et cesser d’exaspérer vos colocataires ou votre tendre moitié, qui ne comprennent pas pourquoi cette pile de « non lus » se trouve en permanence sur la table du salon), pourquoi ne pas en choisir un et en entreprendre la lecture? En théorie, si vous en avez plusieurs, vous aurez l’embarras du choix… à go, on fouille dans notre biblio!

7.Bouquiner à la bibliothèque, à la librairie… ou dans les collections de nos ami.e.s!

Les deux premières vont de soi pour tout amoureux des livres qui se respecte, mais la troisième s’avère tout aussi intéressante, sinon plus! Non seulement vous pouvez découvrir ce que vos ami.e.s ont lu et bénéficier de leurs suggestions, mais vous pourrez vous aussi jouer les libraires pour eux lorsqu’ils seront en manque de livres à se mettre sous la dent! Une activité qui ne coûte pas un sou, qui favorise les retrouvailles amicales… et les découvertes littéraires!

8.Partager nos dernières découvertes avec d’autres passionné.e.s

Bah! Voilà, en lien direct avec le point précédent, il est toujours plaisant d’échanger avec d’autres sur ce qu’on a lu et aimé (… et même détesté, avouons-le!) Que ce soit en famille ou entre amis, avec des étrangers dans les rayons de la librairie, sur Internet ou dans le cadre d’un club de lecture, partager ses coups de cœur et ses déceptions fait toujours notre bonheur, et les vacances, c’est fait pour être heureux!

9.Lire partout, tout le temps, beau temps, mauvais temps

À la plage, au café, au parc, sur le balcon ou la terrasse, au lit, dans le salon, sur le bord de la piscine, au coin du feu de camp, dans la tente de camping… Ai-je besoin d’en dire plus?

10.Ne pas suivre à la lettre les listes trouvées sur internet… mais plutôt s’en inspirer pour créer nos propres listes!

L’important, pour bien profiter de vos vacances, c’est d’écouter vos envies. Alors, allez-y, suivez votre instinct, amusez-vous… et bonne lecture!

Petits instants de vie

Synapse, nom féminin
◆ Zone de contact entre deux neurones. (Source Antidote)

200 parcelles de vie.

Voilà ce que nous offre Simon Brousseau dans ce premier livre publié chez Cheval d’août.

200 phrases qui se lisent doucement, en savourant, 200 phrases qui viennent avec quelques lignes et quelques mots; définir un instant, une pensée, un monde tout entier. Petit bémol, chaque fois que la phrase se terminait je voulais en savoir plus. J’aurais pris des romans entiers suite à quelques phrases.

Un réel talent de l’auteur de ne pas rendre cette lecture lourde ou éparpillée. Malgré le fait qu’aucune phrase vient vraiment compléter la précédente, on ne se tanne pas de lire ce petit ouvrage. Ce sont des parcelles d’existence écrites de façon sensible, touchante, parfois ultra ordinaire, mais qui fascine et interpelle. Écrites au Tu, ces 200 phrases dévoilent des personnalités toutes plus humaines les unes que les autres et ça se lit avec douceur et fascination.

Ce premier roman de Simon Brousseau est une réussite. J’espère qu’il continuera à écrire parce que j’ai trouvé cela complètement chamboulant et magnifique de voir qu’il arrivait en si peu de mots à créer une ambiance et une personnalité si singulière pour chacun des personnages qu’on y croise. De plus, les phrases sont parfois incroyablement longues, mais les mots glissent d’eux-mêmes et la lecture se fait dans la plus grande évidence. Une écriture remarquablement lisse qui découle avec justesse et douceur.

Le genre de bouquin idéal à trainer sur sa table de chevet pour ouvrir une page au hasard et se laisser le temps de s’imprégner en quelques lignes seulement d’une ambiance et d’une réflexion.

Les Lettres à mademoiselle Brochu

C’est bien connu (par mon entourage, on s’entend), Maxime-Olivier Moutier, c’est « le mien ». Il est mon auteur favori au Québec. Ce n’est quand même pas peu dire, j’ai exploré en masse avant d’avancer cela, lisant en grande majorité du québécois. Son style littéraire accessible et recherché, ses sujets abordés de l’amour et la quête de soi et de l’autre, sa façon de faire réfléchir ses personnages, j’avoue que tout ça a permis un réel love at first read. D’ailleurs, sur mon petit blogue bien personnel, la seule « critique littéraire » qu’on y trouve est celle du roman de Moutier La gestion des produits — Tome 1 : La crise (un autre roman que vous devez lire, soit dit en passant!).

Bref, j’ai décidé de me replonger dans l’univers de mon auteur favori avec son quatrième roman paru en 1999, Les Lettres à mademoiselle Brochu : éléments pour une nouvelle esthétique de la crise amoureuse. Il prenait la poussière, juché en haut de ma bibliothèque depuis quelque temps, alors que j’ai lu ce livre pour la première fois il y a une dizaine d’années. Contre une pile à lire somme toute invitante, il a gagné à nouveau mon attention.

Ce roman épistolaire gros comme ma main contient un avant-propos qui donne le ton aux (presque 200) pages suivantes. On y comprend que ce livre fait partie des fruits libérés des suites d’une psychanalyse entreprise par l’auteur, à une époque vécue plutôt difficilement. Habitant alors seul quelque part sur Saint-Joseph, on y lit qu’il se qualifiait de fou au moment de larguer ses incessantes missives à une Valentine Brochu dont on connaît peu de choses (à moins que vous n’alliez lire le glossaire à la fin, vous dévoilant la façon dont ils se sont vus la première fois).

Bien qu’on puisse se réjouir d’un cheminement heureux depuis, puisque Maxime-Olivier est devenu lui-même psychanalyste, c’était à coup de prose dans l’univers postal qu’il s’était donné le défi de conquérir cette mademoiselle Brochu « presque choisie au hasard », dans le but qu’elle n’ait d’autre choix que de l’aimer. Pas simple.

En ouvrant ce livre, on plonge dans la lecture de près d’une cinquantaine de lettres de Maxime-Olivier, garagiste sur Amherst par dépit, écrites entre un 7 décembre et un 5 mars. Dépeint comme n’ayant jamais été très bon à l’école, il n’a pas d’étude, mais lit beaucoup. Comme sa belle à conquérir est universitaire, il sent qu’il a du chemin à faire. Mais l’espoir le garde en vie et il croit en ses atouts. Il maintient qu’il la fera fléchir, à force de lui envoyer les enveloppes timbrées contenant le fond de ses réflexions.

Je n’ai pas d’auto, mais j’ai tout le reste. Je suis sérieux. (…) Au moins je lis des livres. Je suis un bon employé. Je vis tout seul, entouré de maniaques sexuels. Et je suis presque en train de commencer à t’aimer. Je tenais évidemment à ce que tu le saches.

Il tombe tranquillement en amour avec l’amour, nommé Valentine dans son cas, allant jusqu’à fantasmer avec sa prose.

Tu seras entièrement nue, influençable. Oui. Un jour, je ferai en sorte de te faire crier, pour scandaliser quelques petites vieilles et, pourquoi pas, les faire mourir d’une bonne crise cardiaque. Justice sera rendue. Quand tu m’aimeras, si jamais tu m’aimes un jour.

Il reste lucide face aux résultats escomptés, voyant que ses missives persévèrent à rester lettre morte. Maxime-Olivier en vient à imaginer toutes sortes de scénarios catastrophes pour justifier le silence de madame, alors qu’il lui raconte les banalités de sa vie sur papier, vendant sa salade et espérant l’existence d’un retour via Postes Canada ou par téléphone. Et plus le temps passe, plus l’autocritique est cynique.

Tu m’aimeras. Seule avec ton mari bronzé, dans cette énorme maison docilement remboursée par son salaire (…). Sauf que moi, je ne voudrai plus que te sauter. Bien égoïstement. Pour me venger. Je ne voudrais plus qu’une chose : abuser à fond de mes pouvoirs.

Plus les pages se tournent, plus on ressent son amertume. Et on a envie de voir si ses lettres finiront par être répondues. Entre ses préférences de films pour adultes, ses explications sur les bearings de roues et ses idées délirantes d’une relation plutôt désirée qu’existante, on sent dans Les Lettres à mademoiselle Brochu un homme persévérant dans l’écriture, mais souffrant de solitude. Une excellente façon de rencontrer Moutier, qui livre comme toujours une plume acerbe et authentique.

Là où la mer commence : l’histoire de Maybel et la Bête

J’étais adolescente, avide de récits marquants, d’héroïnes fortes et d’histoires romantiques. J’avais déjà lu la plus grande partie de l’oeuvre de Dominique Demers, savouré Ta voix dans la nuit, Marie-Tempête, Maïna. Puis, j’ai enfin lu Là où la mer commence, un récit entremêlant le conte et le roman pour adolescents, et c’est, depuis ce temps, resté mon roman préféré de cette auteure prolifique.

« Et si la Belle et la Bête avaient vécu en terre québécoise au XIXe siècle?… » Cette phrase, que l’on retrouve sur la quatrième de couverture, nous met la puce à l’oreille. Le célèbre conte, désormais dans les mains magiques de l’auteure Dominique Demers, se transforme en une belle histoire aux saveurs de liberté, d’air marin et de folles tempêtes.

Le roman met en scène la jeune Maybel, fougueuse, lumineuse et indomptable, qui va à la rencontre du mystérieux William, défiguré, solitaire. Les deux apprendront à se connaître et s’aimeront, malgré les obstacles et les désaccords qui fusent autour d’eux. Il lui fera découvrir les merveilles de la nature, puis celles de la lecture. De son côté, elle partagera sa soif de vivre et lui apprendra à faire confiance.

— Il a cru que j’étais dégoutée… […]. Que son visage m’épouvantait. Mais ce n’est pas vrai, Florence. Je te jure! J’étais… comme hallucinée. […] J’étais saisie quand il a arraché le masque. J’ai vu les trous, les déchirures. C’était terrible! Mais en même temps, c’était supportable. Parce que ce qui ressortait le plus, c’étaient les yeux. Imagine un ciel affreux et puis soudain, un soleil au milieu. On ne voit plus que le soleil. 

Ce merveilleux roman a tout pour séduire. D’abord, il y a son écriture qui mêle la poésie et les mots de la nature, et ceux-ci sont emplis d’un souffle indomptable semblable à celui des vagues sur les rochers qui longent le Saint-Laurent. Ensuite, les personnages sont attachants, voire perturbants et extrêmement humains. Leur soif de liberté et leur passion viennent nous toucher et nous inspirent. Finalement, l’histoire est si bien articulée qu’on ne peut lâcher le livre qu’une fois notre lecture terminée, et nous en sommes presque essoufflés.

Merveilleuse adaptation de La Belle et la Bête, encore plus beau, fort et romantique que l’original, on croit presque, une fois le roman refermé, que le conte est bien né dans notre belle province.

Bonne lecture!

 

La vie est brève et le désir sans fin

« Il a besoin d’avoir une histoire. Tous les hommes, à un moment donné, ont sans doute besoin d’avoir une histoire à eux, pour se convaincre qu’il leur arrivé quelque chose de beau et d’inoubliable une fois dans leur vie. »

Chaque page du roman de Patrick Lapeyre La vie est brève et le désir sans fin m’a laissée songeuse. J’aimerais écrire un livre si simple, mais vrai.

Louis Blériot, un traducteur à son compte, perdu, un peu insignifiant et écrasé par sa femme à la carrière fortunée, a eu une aventure avec une jeune anglaise, Nora. Puis, elle a disparu du jour au lendemain, à Londres vivre avec un autre homme, plus riche et plus rationnel, Murphy. Deux ans plus tard, alors que Louis se réhabilitait à sa vie conjugale monotone, elle réapparait. Le roman raconte alors la nouvelle descente de Louis et Nora dans le gouffre vertigineux, dangereux et captivant du désir adultère, tout en nous montrant la situation désespérée de Murphy qui n’accepte pas l’abandon de Nora. Les deux hommes se retrouvent alors dans la même situation de victimes pathétiques face à une Nora ensorcelante et troublante.

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On parle ici du désir. Celui qui prend parfois contrôle de notre vie et qui nous fait agir d’une manière complètement illogique. Ce désir puissant qui nous obsède et auquel on ne peut pas échapper mais qui ne nous rend pas forcément heureux. Au contraire. Le désir décrit par Patrick Lapeyre détruit souvent un bonheur plus classique et paisible qui a été long à construire mais qui parait secondaire face à des baisers et des nuits à se caresser sans fin. Le désir fait mal.

Murphy et Blériot désirent passionnément une femme qui refuse d’être possédée et qui fuit constamment.

Alors que Blériot pourrait travailler sur la relation avec sa femme qui lui donne tout ce qu’il faut, il préfère prendre le risque de tout perdre pour courir après une autre insaisissable. De son côté, Murphy, dont la personnalité est aux antipodes de celle de Nora, ne saisit pas qu’il serait plus adéquat de se chercher une femme qui lui ressemblerait, une femme plus terre-à-terre et qui le ferait moins souffrir.

J’ai été bouleversée par ce roman, non pas seulement par l’histoire qu’il véhicule, mais aussi par la forme et l’écriture.

 J’adore les récits qui mettent en parallèle plusieurs points de vue parce que je trouve que cela permet de mieux présenter la profondeur de la vie; chacun peut vivre et ressentir un même événement d’une manière tellement différente. Lorsqu’on décrit uniquement une scène selon le regard omniscient du narrateur ou celui d’un seul personnage, on n’optimise pas assez la compréhension de ce qui passe et on perd le ressenti multiple des hommes et femmes.

Puis, l’écriture de Patrick Lapeyre me donne des frissons. Il écrit comme je voudrais toujours chercher à le faire : des phrases courtes mais qui percutent. Il dit lui-même « J’essaie de dire des choses simples et de trouver une forme forte. ».

Plusieurs fois pendant ma lecture, j’ai dû m’arrêter et reprendre mon souffle tant des passages me paraissaient criants de vérité et me faisaient réfléchir sur mes propres expériences même si on y relate avant tout un point de vue très masculin des relations amoureuses.

« Il redescend donc la rue en suivant sa pente, sans se soucier de savoir où il va, parce qu’il y a des circonstances où quoi qu’on fasse on va toujours nulle part. »

« En même temps, alors qu’ils marchent tous les deux dans la rue, il se doute bien qu’il ne peut pas continuer à balancer ainsi pendant des mois entre l’angoisse de l’infidélité et la dépression de la fidélité – puisque dans ce genre de situation, il n’y a pas de normalité. »

Les mots sont simples mais décrivent pourtant merveilleusement bien la passion et le désir; des sentiments si complexes. D’ailleurs, alors que c’est souvent difficile de décrire la sexualité, Patrick Lapeyre parvient à décrire avec beaucoup de sensualité et à ne rien cacher sans trop dire.

« Mon rêve est de rendre à mon lecteur la vie transparente, comme si j’étais un souffleur de verre – et qu’à travers mon verre, la qualité poétique de la vie devienne évidente. »

Et justement, on est prêt à mieux ressentir et écouter ce que les personnages vivent puisque l’intensité n’est pas cachée par des termes trop recherchés. Surtout qu’ils restent tous des gens ordinaires qui deviennent malgré eux des héros de leur histoire passionnelle.

« Bref, rien qui puisse le préparer à devenir un jour le héros romantique d’un drame amoureux. Ce rôle que le destin lui attribue tout à coup s’apparente tellement à un contre-emploi qu’il préfère faire celui qui n’a rien vu. »

Belva Plain et ses incontournables

Depuis mon enfance, j’ai la chance d’être entourée de livres, constamment. Chaque pièce de la maison, outre les toilettes, a des nombres incalculables de livres. J’enviais les romans de ma mère puisqu’ils étaient ceux de « grandes personnes ». Il n’y avait pas d’illustrations et ils contenaient plusieurs centaines de pages.

À l’âge de huit ou neuf ans, j’ai décidé de faire la lecture d’un des romans de ma mère. Le roman que j’avais choisi m’attirait énormément, car il était uniquement vert foncé. Il n’y avait pas d’images sur la couverture ni aucune inscription sur la quatrième de couverture. Tout ce qu’on pouvait lire sur le rebord du livre était « Belva Plain », c’est-à-dire le nom de l’auteure. J’ai commencé à feuilleter quelques pages quand ma mère m’a surprise avec le bouquin. Elle m’avait dit qu’il n’était pas de mon âge. Elle m’a réprimandée de ne pas toucher à ses bouquins et m’a promis qu’un jour les portes de ses bibliothèques maison me seraient ouvertes. J’étais assez déçue, car en faisant le survol de Plain, j’ai pu découvrir que le titre du livre était Le Secret Magnifique. Pendant plusieurs années, la question qui me hantait était : « quel était ce secret? »

Quand j’eus atteint l’adolescence, je demandais à ma mère si je pouvais enfin lire le roman et elle me répondit avec un sourire que je pouvais. Je courus dans ma chambre et le dévorai en quelques heures. L’intrigue m’avait captivée au plus haut point. Il s’agit de l’histoire de deux jeunes soeurs, Lore et Caroline, qui doivent fuir leur pays en raison de la guerre. Elles laissent leur famille. En plus, Caroline doit laisser derrière son amoureux et le père de son futur enfant. Les deux jeunes femmes partent en Amérique et se créent une nouvelle vie. Au fil des décennies, ces femmes sont hantées, surtout Caroline, par le fardeau de leur passé. La fille de Caroline finira par découvrir la vérité sur le passé de sa famille. Tout ce que je peux vous dire c’est que le secret est vraiment magnifique. Il est triste, mais il est rassurant. C’est une belle surprise qui vous fera verser plusieurs larmes.

Il n’y a aucun doute que ce roman a changé ma vie. Pour la simple raison que je n’aurais jamais voulu écrire sans cette lecture. En effet, j’adorais écrire avant, mais ce roman m’a donné le goût d’avoir un impact positif sur les gens. Je veux les faire rêver les gens, les mettre en haleine, les faire pleurer et les faire réfléchir à leur mission dans la vie. Belva Plain est ainsi devenue ma romancière préférée. Pendant plus d’une décennie, j’ai été à la recherche de tous ses livres et je me suis donné la mission de dévorer tout ce qu’elle a écrit. J’ignorais qu’elle était une figure importante de la littérature féminine mondiale jusqu’à il y a quelques années. Plain a écrit des best-sellers de 1978 à 2011. En d’autres mots, elle a eu une carrière tout à fait impressionnante avec vingt-trois oeuvres publiées. Ses romans sont en anglais, mais j’ai toujours lu la traduction en français.

Un autre de ses livres que j’ai adoré fut Le plus beau des mensonges. Cela raconte le lien fort entre un père, Donald, et sa fille. Celui-ci enlève son enfant et prend une fausse identité pour s’assurer que son ex-femme ne peut pas prendre la garde de son enfant. Elle n’a jamais été la meilleure des femmes, car elle fût toujours attirée par les billets verts et la luxure. Donald veut le meilleur pour sa fille, son bien le plus précieux, et ce, même s’il doit mentir et vivre illégalement. Cette histoire est vraiment touchante et comme d’habitude avec Plain, tu ne pourras pas t’empêcher de verser des larmes.

L’auteure est surnommée la « reine des sagas familiales » et je ne pourrais pas le nier. Selon moi, sa grande force est de créer des personnages à fort caractère et qui ont beaucoup de convictions. Ils font parfois de mauvaises choses pour de bonnes raisons et l’on peut toujours s’identifier à eux. On croit qu’ils sont de véritables personnes qui racontent leur mémoire. Effectivement, certains types de personnages se répètent dans quelques oeuvres comme l’aristocrate avare ou les personnages envieux, mais l’auteure trouve sans cesse une façon de rendre leur point de vue ou leur environnement différent.

Belva Plain est un incontournable. Il faut tenter de lire une ou deux de ses oeuvres, elle ne plaît pas à tout le monde sauf qu’elle est impressionnante en tant qu’écrivaine. J’ose espérer avoir une aussi belle carrière dans le monde de la publication que cette remarquable femme.