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Du livre au film: The silver lining playbook

C’est l’été, et c’est le moment où enfin on peut concentrer beaucoup plus de temps à s’occuper de nos passions favorites. Les miennes sont la littérature et le cinéma. J’adore lire un livre et dès que je le termine regarder le film que l’œuvre écrite a inspiré, parfois pour un plaisir, parfois pour une déception, mais toujours pour satisfaire une curiosité vivifiante et réaliser une nouvelle découverte. Laissez-moi donc vous parler de l’œuvre, The silver lining playbook ou Happiness Therapy, autant littéraire que cinématographique, et ma grande satisfaction quant à l’adaptation au grand écran de celle-ci.

 Écrite au ‘’je’’ par Matthew Quick, l’œuvre The silver lining playbook raconte l’histoire de Pat qui sort de l’hôpital psychiatrique après quelques mois pour soigner une dépression et un trouble bipolaire suite à l’infidélité de sa femme. Ayant tout perdu (femme, emploi, maison, etc.) il s’installe chez ses parents (un père inconditionnel fan des Eagles de Philadelphie et une mère trop gentille qui excelle en cuisine) afin de reprendre sa vie en main. Il rencontre Tiffany par le biais d’un ami et, quoiqu’ils semblent se détester au début, ils développeront une complicité. Pat veut se réconcilier avec Nikki (sa femme) et Tiffany veut gagner une compétition de danse, l’unisson des deux buts bien distincts des personnages développeront de nouveaux défis, envies, et émotions pour les protagonistes de l’histoire.

Adapté au cinéma par David O. Russell avec Bradley Cooper et Jennifer Lawrence en tête d’affiche, le réalisateur a su adapter le livre avec beaucoup d’honnêteté au grand écran. À ma grande surprise, le film est une copie presque conforme du livre, c’est bien évidemment rare de voir se produire un tel exploit. J’admire que le réalisateur ait su garder la simplicité de l’histoire et non d’amplifier certaines scènes, de les dramatiser pour plaire à l’univers d’Hollywood et le besoin de toujours beurrer épais pour créer le ‘’meilleur’’ blockbuster de l’année. Les émotions des personnages sont vraies et elles sont autant ressenties à travers les lignes du livre que les dialogues des acteurs. On rit, on pleure, on déteste, on aime, l’histoire est vraie et le choix des acteurs pour l’interprétation des personnages est parfaite (l’Académie pense aussi comme moi, ayant décernée l’Oscar de la meilleure actrice à Jennifer Lawrence pour son rôle de Tiffany).

C’est une lecture légère, parfaite pour l’été et l’histoire plaira à n’importe qui, car les personnages sont attachants, réconfortants, et vivifiants. Lisez le livre et ensuite écoutez le film, pour le plaisir de comparer et de reconnaître un bon travail d’adaptation cinématographique en plus de passer une belle soirée. Ce livre et ce film sont aussi un petit réconfort pour tous ceux qui l’ont difficile.

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Capture d’écran

Commando culotte : à la rescousse de la diversité

Pour mes 25 ans, ma cousine Karina, qui me connait définitivement trop bien, m’a offert une bande dessinée qui a fait battre mon coeur. Commando culotte, les dessous du genre et de la pop-culture écrit et illustré par Mirion Malle m’a plu, et ce, pour différentes raisons. Tout d’abord, j’adore le fait qu’elle utilise la pop culture pour parler de féminisme, non seulement parce que je crois que l’égalité passe beaucoup par la diversité qu’on montre à l’écran, mais aussi parce que son approche est originale et incroyablement aisée à saisir. Mirion Malle s’intéresse aux places des femmes dans les blockbusters et les télés séries populaires et sur l’impact de ces images dans notre société comme dans le mouvement féministe.

En citant des exemples dès plus contemporains tels que Game of Thrones, Malle offre des exemples concrets de la place des femmes dans la pop culture. Toujours écrite avec humour, la BD est loin d’être condescendante ou moralisatrice, Malle démontre le sexisme ordinaire qui est véhiculé dans de nombreux grands films à succès et réussit à nous faire sourire tout en nous faisant réfléchir à ces problématiques. Elle nous montre aussi des exemples positifs de personnages et fait preuve d’une grande justesse en dévoilant réellement les points positifs comme négatifs des productions. Toujours justifiée et nuancée, elle explique avec humour pourquoi certains archétypes du cinéma américain sont sexistes et surtout elle nomme ce qui semble être la norme au cinéma : la blonde futile, le garçon coureur de jupon, la fille sage et réservée et j’en passe.

Le but ultime de cette bande dessinée est, comme le nomme le premier chapitre, « L’importance de la représentation dans les médias : moins d’hommes blancs svp. » Mirion Malle revendique tout au long de cet ouvrage une plus grande diversité et ouverture dans la construction des scénarios comme des personnages. J’ai beaucoup apprécié aussi qu’au début elle fasse un manifeste pour que l’humour ne soit pas que masculin. Elle démontre avec brio et ferveur que l’humour n’a pas de sexe, quoi qu’on en croit.

Lecture qui somme toute peut sembler facile, mais qui n’en est pas moins sensée et nécessaire. J’ai rigolé à certains moments, sans jamais oublier la nécessité de cette BD, j’étais déjà sensibilisée et je choisis souvent mes films et mes séries en fonction de leur côté inclusifs et féministes, mais Commando culotte m’a donné envie d’être plus critique et de faire des choix plus judicieux.

Commando culotte, c’est aussi un blogue du même nom qui présente aussi, sous forme de billets, des critiques de films, de série-télés, toujours d’un point de vue féministe.. Sans toujours être d’accord avec ses observations, je trouve que c’est un format intéressant et une bonne façon de rester critique face aux nouvelles ou plus vieilles séries populaires tels que Love ou Degrassi.

Une lecture coup de coeur que je conseille aux féministes qui aiment les BD !

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Les méduses ont-elles sommeil?

Hélène est sous l’emprise d’une ennuyante solitude et, égarée au cœur de sa propre personne, elle ne sait mettre des mots sur son identité à l’exception de transparente ou bien de celles que l’on oublie dans un supermarché. À 18 ans, elle quitte Trapellun — anagramme de nulle part — pour la capitale française, en quête de devenir quelqu’un, d’exister. À Paris, elle fait des rencontres qui lui donnent enfin le sentiment d’être vivante : Marie et Coco.

MDMA et cocaïne.

Elle qui caressait le rêve d’être actrice ne se rend pas jusqu’à l’école de théâtre avant de goûter au plaisir instantané, mais éphémère de la drogue. Marie lui donne l’impression d’être fantastique, belle et intelligente. Alors, à quoi bon travailler?

Les méduses ont-elles sommeil? est le récit d’une jeune femme qui se cherche et qui bifurque dans un paradis artificiel, dans les bas-fonds de la vie nocturne parisienne.

C’est aussi le récit semi-autobiographique de sa jeune auteure, Louisiane C. Dor, qui a écrit un roman inspiré d’une partie difficile de sa vie afin de sensibiliser les gens à la consommation de psychotropes.

L’auteure exploite les thèmes des limbes de la dépendance, du bonheur superficiel, de l’adolescence et de la quête d’identité.

J’ai été émue par ce récit, mais je n’ai pas aimé le côté moralisateur de certains passages, quand elle démontre ce qu’elle a vécu et suggère de l’éviter. Le lecteur n’est pas stupide, certaines explications sont superflues. Reste que ce petit roman m’a assez touchée pour que j’aie envie de vous en parler. Certaines phrases donnant une impression de déjà lu m’ont ennuyée :

Ma vie est devenue un film dont je ne suis que spectatrice.

C’est un livre imparfait, mais ses imperfections m’ont touchée, car elles ont été écrites par quelqu’un qui a souffert et qui a ensuite utilisé l’écriture comme exutoire. Les autres personnages sont secondaires, manquent de densité et sont accessoires au récit. On ne s’y attache pas. Tout est centré sur Hélène. C’est un récit égocentrique, mais cet égocentrisme représente bien le monde de la dépendance. Les effets des drogues et les modes de pensée des toxicomanes sont bien représentés. L’auteure nous transporte efficacement dans la tête d’une dépendante.

Nous ne sommes pas des dépendants. Nous ne sommes pas des consommateurs. Nous prenons simplement de la MDMA quatre fois par semaine. Rien de plus.

C’est une lecture facile, dotée d’une certaine poésie, de phrases qui nous transportent. On peut bien sûr faire un rapprochement avec Christiane F., mais ce roman est plus actuel et il est plus qu’une histoire de drogue : son style imagé est intéressant.

J’aime Marie et Marie m’aime.

Le meilleur reste à venir; l’éveil d’une militante

Enitan et Sheri sont deux jeunes filles en rupture contre l’ordre et le désordre d’un Nigeria à peine sorti de la guerre du Biafra, un pays où se succèdent coups d’Etat militaires et régimes dictatoriaux. Deux jeunes filles puis deux femmes qui, du début des années 1970 au milieu des années 1990, veulent échapper à l’enfermement d’une société oppressive et machiste. Sheri, belle et effrontée mais blessée à jamais, choisira l’exubérance et la provocation. Enitan tentera de trouver son chemin entre la dérive mystique de sa mère, l’emprisonnement de son père, sa carrière de juriste et le mariage lui imposant, en tant que femme, contraintes et contradictions.

J’ai entamé Le meilleur reste à venir de Sefi Atta parce que j’avais envie de découvrir de nouveaux auteurs et que la littérature de l’Afrique de l’Ouest me semblait riche et vaste. Je n’avais jamais vraiment lu de littérature nigériane, si ce n’est de Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie. Martine a lu Autour de ton cou, alors que Marion a lu Americanah et toutes deux ont piqué ma curiosité envers ce pays, sa littérature ainsi que la force des femmes qui semble émaner de leurs écrits.

Dans ce roman, on suit donc Enitan, jeune Nigérienne vivant à Lagos, de l’enfance à l’âge adulte. À travers son histoire, c’est aussi celle d’un pays déchiré par la guerre civile qu’on découvre. Il n’est pas que trame de fond, mais bien partie prenante de l’histoire de cette jeune femme. Bien que l’histoire soit présentée comme celle d’Enitan et de Sheri, c’est vraiment le parcours d’Enitan qui constitue la grande majorité de l’histoire. L’amitié entre les deux femmes est tout de même primordiale, ne serait-ce que par les marquants contrastes qu’elle dévoile. Cette amitié est l’exemple parfait de celle qui passe le test du temps, envers et contre tous, malgré ces fois où l’on semble se perdre, pour mieux se retrouver.

Le monde reste à venir est un roman d’apprentissage, de prise de conscience, de découverte de soi. C’est une histoire où s’entremêlent politique, féminisme, corruption et questionnements identitaires, le tout de manière subtile et prenante à la fois. Le parcours d’Enitan, son éveil, la pousse petit à petit vers le militantisme, vers la cause des femmes emprisonnées. Il est intéressant de voir comment, au fil des pages, les deux amies se révoltent intérieurement et extérieurement contre la société dans laquelle elles vivent, contre certaines moeurs, coutumes et, surtout, contre les étiquettes et rôles desquels devraient s’acquitter les femmes du pays.

Bien qu’on y trouve quelques longueurs, il n’en reste pas moins que ce roman de Sefi Atta est un grand roman du quotidien qui raconte une femme, un pays et les accords et désaccords entre les deux.

Cliquez ici pour voir ce livre directement sur

Apprendre à se retrouver grâce aux bouquins

Sur Le fil rouge, le mot d’ordre et la raison d’être du blogue c’est que nous voulons vous partager des livres qui nous font du bien. Ça tombe bien car c’est de 2 livres qui m’ont fait du bien à leur manière que je vais vous parler aujourd’hui. Avant de commencer, je vais être bien honnête avec vous, dernièrement et encore aujourd’hui ma tête part un peu dans tous les sens et ce depuis quelques semaines. Je suis comme dirait l’autre… en grosse remise en question ! Ça fait peur ça, non ? J’imagine que c’est normal et que l’ensemble des jeunes adultes de ma génération de 25-30 ans comprendront bien cet état d’esprit. Je ne sais plus trop où j’en suis par rapport à mes objectifs personnels, mes aspirations, mes rêves, et j’ajouterais même mes émotions, bref tout y passe et je suis toujours en constante ébullition. C’est pas mêlant, je me sens comme un petit volcan. J’imagine que c’est ce que les psychologues nomme le bilan du quart du siècle, le blues du 25 ans, la crise du quart de vie ou bien d’autres noms du style. Bref, je dirais que je suis pas mal en plein dedans et que je me reconnais dans bons nombres d’articles sur ce sujet dont celui-ci..

Alors pour m’aider dans mon cheminement et car je suis une mordue de livres de croissance personnelle et que je ne m’en cache pas, j’ai plongé tête première dans 2 livres qui me promettaient d’y voir plus clair. Résultats après la lecture de ceux-ci : soulagement de ne pas être la seule au monde à me poser des questions, réaliser qu’il y a toujours des solutions, mais surtout réaliser que je dois prendre du temps pour moi, pour ne penser qu’à moi et que c’est vraiment humain et normal d’avoir à le faire par moments. Un jour à la fois, c’est pas mal mon mantra présentement.

Ma première lecture ce mois-ci était donc Le petit traité de vie intérieure de Frédéric Lenoir. 

Ce livre m’a paru par instant comme un condensé d’un cours de philosophie, d’ailleurs, si on pouvait choisir le type de professeur qu’on aimerait, je suis certaine que c’est un Frédéric Lenoir FullSizeRender (3)qu’on voudrait tous avoir. Le petit traité de vie intérieure est un livre de psychologie accessible très axé sur les différentes religions et les pensées philosophiques de différents philosophes connus tel que Socrate, Freud, Platon, Aurèle, Montaigne, le Dalaï-lama, Bouddha et bien d’autres qui, l’espace d’un instant, grâce à la plume de Lenoir, se retrouvent tous ensemble pour nous livrer des perles de sagesse. J’ai trouvé cependant que ce livre manquait de légèreté, voire d’humour, je trouvais ça plutôt lourd par moments et j’ai trouvé aussi que l’auteur manquait parfois de distance face à ses expériences personnelles. J’ajouterais par contre que c’est le livre parfait quand nous en avons marre des livres de psycho bonbon du type « Le secret » pour ne nommer que lui! On dira ce qu’on voudra, à la fin de ce livre j’avais l’impression d’avoir réellement appris quelque chose de nouveau et de plus profond qu’il suffit de penser positif pour être heureux, et je me sentais déjà plus brillante d’appliquer certains principes des plus grands philosophes de ce monde dans ma vie. À lire selon votre humeur du moment, mais clairement pas pour la légèreté ou l’humour dans celui-ci.

Ma deuxième lecture ce mois-ci fût Le principe du petit pingouin de Denis Doucet

Ok, premièrement j’avoue que j’ai choisi le livre car le pingouin est mon animal préféré, c’est aussi simple que ça. Parfois c’est le titre qui gagne et surtout quand on a le sentiment d’avoir la tête comme un gros bol de bonbons mélangés. Ma tête   Par contre, je fais partie des gens qui pensent qu’aucun livre ne nous tombe dans les mains par hasard et c’est exactement le cas avec celui-ci. Le principe du petit pingouin est un livre pour apprendre à lâcher prise, il est lui aussi rempli de perles de sagesse, mais à sa façon bien à lui évidemment. Il m’a rappelé le Why café (un livre que j’adore) et le livre Qui a piqué mon fromage que j’avais bien aimé. Définitivement plus léger que ma lecture précédente, j’ai lu celui-ci beaucoup plus avec coeur, mais sans le sentiment d’apprendre grand chose au final. J’ai cependant adoré la simplicité de celui-ci qui commence FullSizeRender (4)avec un petit pingouin  » Little boy »  qui fait le choix de partir vivre au Mexique pour plaire à son grand patron « Big Mouth » et qui finalement se rend bien compte de l’ampleur de son geste dans bon nombre des sphères de sa vie. Un pingouin au Mexique, pensez-y 2 secondes ? Bref, certainement une lecture parfaite quand on a besoin de faire une pause de cerveau et qu’on a un gros besoin de lâcher prise, comme le dit si bien son titre.

Vous aimez les livres de psychologie, de croissance personnelle et autres de ce genre ? Quelle est votre dernière découverte ? Mon cheminement commence à peine et je suis bien curieuse de savoir quels sont les livres qui vont ont permis d’avancer de votre côté.

Éloge de la lecture légère

Le fait que je sois étudiante en études littéraires ne signifie pas seulement que j’adore les livres, que j’aime les étudier, les analyser, les décortiquer, etc. Ça signifie surtout que je lis tout le temps, parfois un peu trop tout le temps, même. Je me souviens de ma première fin de session universitaire, j’avais eu très peur que les trente livres que j’avais dû lire dans un temps record tuent ma passion et mon désir de lire pour le plaisir. Heureusement, cela n’est jamais arrivé. Et la première chose que je fais quand la session est terminée, c’est de me faire plaisir avec quelques livres plus légers.

Les livres d’été, ou les livres « de métro » comme je les appelle, ne sont pas, pour moi, moins bons ou dans une catégorie à part de la « vraie » littérature. Pour être honnête, je suis profondément allergique à tout phénomène qui s’amuse à classer les livres en les étiquetant en catégories. Littérature? Pas-vraiment-de-la-littérature? L’élitisme, dans mon domaine d’étude, me tombe sur les nerfs. Pour moi, le plaisir de lire prime avant tout. Bien sûr, il y a des bons livres et de très mauvais livres. Et il y a ce que tu as envie de lire, quand et pourquoi. Ça compte, ça aussi. Envie de t’arracher les yeux dans une brique en découvrant le style de James Joyce ou de Proust? Envie de te délecter lentement des mots d’un recueil poésie? Ou au contraire, envie que ça se lise tout seul, comme le dernier roman pour ado d’Ann Brashares (voir nos Confessions littéraires) ou la saga de Ken Follet, pourquoi y aurait-il un problème? Personnellement, je lis de tout, et je dis surtout oui à la variété littéraire. On n’est pas tous capables de lire du Tolstoï debout tout-collés dans le métro quand il y a des gens qui discutent super fort autour de nous. Et la production regorge de littératures de tout genre à découvrir.

Cela dit, je suis beaucoup en mode « lectures d’été » en ce moment. Et j’en profite pour vous faire découvrir deux titres qui sont, à mon avis, à découvrir et à lire sur votre balcon ou bien installé dans un parc.

De l’utilité de voyager léger (Catherine Lefebvre)

Dans le premier roman de Catherine Lefebvre, on suit la jeune et aventurière Elsie dans sa recherche de l’âme soeur. Ses relations amoureuses s’entremêlent avec ses voyages et escapades, dans lesquelles elle découvre tout autant le monde qu’elle-même. À la fois spontanée et naïve, Elsie est réputée pour voyager léger, être débrouillarde et ne pouvoir résister à l’attrait d’une nouvelle destination (et d’un nouveau garçon).

C’est un roman qui se lit presque d’un coup. Et au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture, on découvre une grande profondeur, une prise de conscience et une évolution chez le personnage d’Elsie. Et c’est ce qui rend ce roman, drôle et léger, terriblement intéressant et vrai.

« Dans mon baluchon, je n’ai qu’une paire de gougounes, trois camisoles, deux pantalons de lin et un seul et unique bikini. Il va devoir s’y faire ».

Tu peux toujours courir (Valérie Chevalier)

Le premier roman de Valérie Chevalier, avec sa couverture TRÈS rose, m’a charmée tout d’abord à cause des personnages. Alice et Maude, deux jeunes filles dynamiques et bien esquissées, se partagent la narration et racontent leurs déboires autant au niveau amoureux, professionnel,  qu’amical. Alice, nouvellement intégrée dans un groupe de musique qui fait des contrats de mariage, tombera amoureuse du batteur (malheureusement déjà en couple). Maude, entraîneuse dans un centre de conditionnement physique, sort à peine d’une rupture et tente de voir clair dans la relation qui la lie à un homme beau, mais « player ». Bref, dans une écriture sympathique et drôle, ce livre nous propose une histoire étoffée et profonde qui nous fait réfléchir tout en nous berçant dans les bras d’une vie active et jeune dans la métropole montréalaise.

« Peut-être que c’est aussi simple que ça, qu’un jour ou l’autre, tout le monde trouve chaussure à son pied. Quand on est plus jeune, on se laisse tenter par les aubaines, la quantité ou les modèles qui brillent. Puis, en vieillissant, parce qu’on a bien besoin d’un peu de confort et de stabilité, on analyse davantage les options et on choisit mieux. Gougounes, souliers de course, talons aiguilles ou bottes de marche, ça en prend bien de toutes les sortes pour faire des paires, qui feront des petits bouts de chemin ou un grand voyage ensemble. »

Que vous soyez en vacances, en voyage, à travailler ou à étudier, je vous souhaite un bel été accompagné de belles lectures!

Une bande dessinée peu conventionnelle : Body World

J’ai découvert très récemment que j’aimais bien la bande dessinée. Pas que je n’avais quelconques préjugés sur le genre, simplement qu’il y avait trop de livres auxquels m’attarder. Mon copain est très fan et m’a fait découvrir le bédéiste québécois Samuel Cantin, que j’ai a-d-o-r-é-! Je suis ensuite tombée dans les œuvres de Zviane, et j’ai tout de suite été charmée. J’ai donc pris un cours de bande dessinée à l’automne 2015 et j’ai fait de bien belles découvertes.

Dont Body World, du bédéiste américain Dash Shaw. L’artiste possède un style tout à fait survolté qui colle parfaitement à sa diégèse. Body World, c’est l’histoire de Paulie Panther, professeur de botanique expert en psychotropes. Ce personnage est suicidaire, déjanté et vit avec un trouble de personnalité limite. Déjà, uniquement avec le personnage, nous avons affaire à quelque chose de particulièrement original. Paulie est l’auteur derrière L’Encyclopédie des hallucinogènes américains et il ne cesse de parcourir le sol états-unien à la recherche de nouvelles plantes aux effets délirants. Ses recherches l’ont fait atterrir à Boney Borough, une petite ville des États-Unis, où ses habitants vivent dans un monde quadrillé, sorte de huit clos paisible. Cependant, l’arrivée du professeur Panther vient chambouler le quotidien des personnages : ce dernier découvre une plante aux capacités extra-sensorielles qui amène ceux qui la consomment à entrer en liaison directe avec autrui, dans un singulier échange d’émotions, de souvenirs et de sensations. Body World est un pur délire psychédélique qui entraîne son lecteur dans un véritable voyage (trip) visuel.

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Les illustrations de l’auteur sont parfaitement adaptées à l’histoire : les couleurs sont punchées, les textures se mélangent et la confusion y règne. Autant le récit emporte le lecteur dans l’univers sauté du botaniste, autant les dessins rendent parfaitement hommage à son voyage psychédélique. Le premier élément notable – et surprenant – de l’œuvre Body World est dans sa prise en main particulière : son format est vertical. En tant que lecteur habitué à faire défiler les pages de droite à gauche, l’expérience de les tourner de bas en haut est en soi une action particulièrement incommodante. En tant que lecteur, nous devenons parfaitement aptes à saisir l’inconfort des personnages au travers de l’objet physique qu’est le livre lui-même. J’aime particulièrement cet effet relationnel entre le lecteur et l’œuvre. L’expérience de lecture y est renforcée de façon subtile, ce que j’apprécie particulièrement.

Afin de mieux cerner l’essence complexe de cette œuvre, je vous invite fortement à le feuilleter dans une bibliothèque près de chez vous. Peut-être que cette critique s’approchait de l’analyse littéraire plus qu’autre chose, mais je crois qu’il est difficile de faire autrement avec une œuvre aussi riche en illustrations et en textes.

Pour ne pas faire trop lourde, je vous laisse sur deux émoticônes qui se font un câlin.

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Pourquoi j’ai pleuré en lisant Je suis là

Mon avion décolle pour Calgary. Je bénéficie d’un luxe extraordinaire : deux sièges à moi seule. J’étends sans gêne mes affaires, m’étale confortablement. Quatre heures de lecture en perspective.

Avant de monter, j’ai glissé un tout petit livre dans mon bagage à mains. Un roman dont la couverture remarquable me rappelait un rêve récurrent. Le dernier Christine Eddie, Je suis là (2016), paru chez Alto (merci Tania!). Québécoise d’origine française, Eddie est l’auteure des romans acclamés Carnet de Douglas (Alto, 2007) ainsi que Parapluies (2011).

Davantage qu’une fiction, Je suis là est un livre comme un témoignage de cette vie qui tient bon, de cette lueur qui perturbe malgré l’apparente noirceur. Celle qui est là, entre ces pages, est bien réelle. Angèle. Sa vie de nomade tumultueuse s’arrête brusquement peu de temps après la naissance de ses jumelles, lorsqu’elle est victime d’un tir groupé. Sous la violence de l’assaut, les connexions entre le cerveau et le corps de la jeune mère s’interrompent, peut-être définitivement. Enfermée à l’intérieur, seuls ses yeux peuvent désormais parler.

Porté par la grâce des mots d’Eddie, ce qui semblait être la fin n’est que la continuité d’un quotidien nourri d’humour et d’imaginaire. Une autre forme de vie à s’approprier. Les années passent à la résidence pour aînés de Shédiac, où on se relaie au chevet d’une Angèle toujours passionnée, qui voit ses filles grandir d’une semaine à l’autre. Eddie parvient à faire ressentir une telle légèreté à partir de l’état d’enfermement le plus total.

Le cœur déjà en larmes, j’ai pleuré au moment où Angèle s’imagine s’envoler par la fenêtre, au son du concert donné en l’honneur de son anniversaire.

Une grâce inattendue me tire de mon siège et me fait tourbillonner sur le plancher, m’entraîne au-dessus des tables, m’attire vers la première fenêtre entrouverte. Mon imagination est capable de tout. Je soulève mes paupières pour ne pas tomber de trop haut. (p. 86)

J’ai pleuré d’admiration devant sa force et sa résilience surhumaines. Ce qui m’a émue par-dessous tout est peut-être cette liaison entre l’auteure et son sujet, grandes amies, conférant au récit, à cette écriture même, une affection immanente. Un livre comme acte d’amour, « parce que c’est ce que les auteures ont de mieux à offrir au malheur pour amortir son gâchis. » (p. 139)

J’étais assise seule dans l’avion, j’ai pleuré en masse. Je ne pleure jamais en lisant. J’ai terminé ma lecture beaucoup trop longtemps avant la fin de mon vol. Mes autres livres étaient dans mes bagages, hors de portée. Je suis là est resté longtemps en moi, à me hanter de son spectre lumineux, à me parler d’espoir.

Un texte d’une beauté exceptionnelle et d’une rare douceur au sein d’un horizon romanesque contemporain aux contours plutôt sombre. Pour moi, c’est une étoile (acadienne) au firmament de la littérature québécoise et une source d’inspiration à s’offrir absolument.

Eddie, Christine. Je suis là. Québec: Alto, 2016, 142 p.

Soirée illimitée pour vingt et une nouvelles

Titres de transport est le premier livre d’Alice Michaud-Lapointe, c’est aussi vingt et une nouvelles, dont le thème principal est le métro de Montréal. C’est la rencontre de plusieurs personnages, tous plus différents les uns des autres et un petit morceau de leur quotidien. Divisé en stations, l’auteure nous fait découvrir des personnages originaux ainsi que certaines stations de métro méconnues.

Je vous en avais déjà parlé, Alice Michaud-Lapointe est venue faire un tour dans ma classe la session passée, dans le cadre de mon cours de littérature québécoise, pour nous lire un extrait de son premier roman, ainsi que pour discuter avec les étudiants de son processus d’écriture, son inspiration, ses projets futurs, etc. L’auteure voulait s’inspirer d’un lieu banal; une partie de notre quotidien. Quoi de mieux que le métro de Montréal, que des milliers de personnes empruntent chaque jour. Pour ce faire, Alice Michaud-Lapointe a décidé d’explorer les nombreuses stations du populaire transport en commun, allant des stations les plus connues comme Berri-UQAM aux stations randoms comme Assomption. Les vingt et une nouvelles sont vingt et une stations différentes, passant aux histoires drôles, joyeuses, et même dramatiques.

J’ai choisi ce livre suite à cette rencontre, mais je ne l’ai lu que plusieurs semaines après l’avoir acheté, en voyage, par peur d’avoir le mal du pays. Lire sur ma ville m’a beaucoup détendue et amusée. L’écriture de l’auteure est de qualité et permet une insertion dans l’histoire qu’on est en train de lire. J’ai tout aimé de ce livre, le seul point faible est que le livre n’est pas assez long, on en voudrait toujours plus.

Titres de transport, c’est se promener à travers la ville, directement de chez soi, à travers les lignes de l’auteure. On va au cabaret Mado et on y découvre quelque chose qui changera notre perception à tout jamais; on se promène dans le chic quartier d’Outremont, mais on mange dans un resto cheap en first date; on manque le dernier bus, alors on prend le taxi; on aide des touristes, on écrit dans le métro flirt, etc. Tous les personnages du roman, ce sont nous. Il est facile de s’identifier à plusieurs personnages, car même si certaines histoires sont rares au sein du quotidien de Monsieur et Madame tout le monde, la plupart on les a vécues plus d’une fois, et on les revivra encore. Alice Michaud-Lapointe a su distinguer une vérité propre et la rendre moins banale.

Titres de transport est un livre léger, parfait pour l’été à lire au parc, chez soi ou bien entendu dans les transports en commun.

Cette tristesse qui ne te quitte plus

Dans ce premier roman de l’auteure et mannequin française Loulou Robert, on y découvre de la pure et vraie tristesse. La jeune Bianca a été retrouvée les poignets ouverts dans la salle de bain de ses parents, et depuis se trouve à Primivères, un hôpital psychiatrique pour enfants. Elle y croise des cas d’inceste, de dépression ou comme le sien, d’anorexie mentale.

Bianca pourrait facilement tomber dans les clichés noirs de l’adolescence, mais c’est vraiment plus que ça. La construction du personnage est profonde et nous entraîne dans des sentiers noirs, quoique maintes fois écrits et lus, d’une façon juste et incroyablement sensible. Le personnage de Bianca, la jeune adolescente mal dans sa tête et dans sa peau, qui voit tout en noir trouvera tout de même un certain réconfort dans cet hôpital qui deviendra tout doucement sa deuxième maison. Avec un père distant et une mère alcoolique, elle souffre d’anorexie mentale depuis assez longtemps. Elle est entraînée dans un cercle vicieux où la mort n’est plus si inaccessible que cela. Il y aura aussi l’amour qui traversera ce roman. La magie des premières fois, des premiers élans amoureux, des regards qui changent tout. L’histoire met bien en scène toute la fragilité des premiers amours et des premiers désirs. J’avoue avoir moins aimé ces passages amoureux, mais ils font partie de l’intensité de l’adolescence, ces passions ardentes qui révolutionnent tout.

J’ai bien aimé le fait que même s’il s’agit d’un roman qui parle de maux d’adolescents, on ne dévalorise pas cette douleur, qu’on ne la confine pas à « ces tourments adolescents ». Ces derniers sont réels et surviennent à des moments charnières de nos existences. Bianca, c’est tant de jeunes filles qui ne savent tout simplement pas comment faire autrement pour rester en vie. C’est noir, c’est lourd, mais ça mérite d’être entendu et nommé. Je suis persuadée que cette lecture saura mettre des mots sur des émotions très souvent difficilement nommées.

De plus, Bianca se liera d’amitié avec Jeff, un homme âgé qui pourrait très bien être son grand-père. Ce dernier est mourant et ainsi, il lui donne par sa sagesse et son humour, une raison de regarder l’avenir et de ne pas le craindre. Bianca, cette jeune fille fondamentalement triste en vient à évoluer durant son séjour à Primivères et c’est, je le pense, grandement grâce à cette relation amicale. J’ai été touchée par les quelques pages où par ces deux personnages, la jeunesse et la sagesse se croisaient. Tout en non-dits, en retenue et en humour, ils s’échangeaient mutuellement du courage. Une pour vivre et l’autre pour partir.

Finalement, Bianca est une fervente lectrice et même si cela lui est parfois reproché par le personnel médical, il n’en reste pas moins que les mots l’aident véritablement à aller mieux, à guérir, à trouver un sens à son mal. Ça m’a bien plu que l’auteure démontre sans trop de pression l’effet de la lecture.

Un très beau premier roman.

— Oui, j’aime les livres. Il n’y a pas de mal à ça, pas vrai?
— Non, il n’y a aucun mal à aimer quelque chose. Et je pense qu’aimer lire en est une bonne mais un livre par jour, c’est trop Bianca.
— Il n’y a rien à faire ici. En général, on reproche aux gens de ne pas assez lire, pas l’inverse. Avec vous, quoiqu’on fasse, c’est toujours mal.
— Ton cas relève de l’obsession. Tu lis pour ne pas penser. Tu te réfugies dans les livres, ce qui t’empêche d’avancer et de te concentrer sur toi.


Le fil rouge tient à remercier les Éditions Robert Laffont pour le service de presse