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La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert

On dit souvent qu’il ne faut pas juger un livre d’après sa couverture. Dans la vie de tous les jours, je m’efforce d’appliquer ce principe de non-jugement, surtout en ce qui concerne les gens que je rencontre. Mais, il y a environ deux ans, j’ai littéralement jugé un livre d’après sa couverture… et on ne m’y reprendra plus!

À la librairie où je travaillais, on recevait à l’occasion des services de presse, livres qui nous étaient offerts gratuitement (et parfois avant leur sortie officielle) afin de permettre aux libraires de découvrir les nouveautés et de mieux conseiller les clients. Ce jour-là, mon assistant gérant m’avait tendu un livre blanc, simple, avec comme illustration de couverture une peinture montrant une rue de village au style vieillot. Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, roman. J’avais examiné le livre dont l’esthétique ne me plaisait pas, parcouru en diagonale la quatrième de couverture… et je l’avais laissé sur le bureau, disant que je n’en voulais pas. (Je sais, il faut être folle pour refuser un livre gratuit. Je ne sais pas ce qui m’a pris!)

Quelques semaines plus tard, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert trônait à la tête de tous les palmarès littéraires, remportait le Goncourt des lycéens, le Grand prix du roman de l’Académie française et les médias ne tarissaient pas d’éloges à l’endroit de ce livre au physique ingrat. Rongée par la curiosité (je suis une vraie fouine), je m’étais empressée de retourner fouiller dans le bureau, voir si le service de presse s’y trouvait toujours: il y était! Personne dans l’équipe n’avait voulu de lui! Trop heureuse de ma chance, je l’avais rapporté chez moi et en avais amorcé la lecture quelques jours plus tard.

Ce livre, je l’ai dévoré jusqu’à la dernière virgule.
Moi qui suis devenue une lectrice exigeante, je l’ai lu avec avidité, ne me souvenant pas de la dernière fois où je m’étais trouvée face à un tel page-turner. Et j’ai failli rater ça! Parce que je trouvais la couverture « drabe »!
Pas croyable.

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En gros, le roman de Dicker raconte l’histoire de Marcus Goldman, un jeune auteur venant de connaître un immense succès avec son premier livre. Cependant, les premières heures de célébrité s’estompant peu à peu, Marcus se retrouve dans l’embarras: il doit rapidement remettre un nouveau manuscrit à son éditeur… mais n’a absolument aucune inspiration. Il décide donc d’aller rendre visite à son vieil ami et ancien professeur Harry Quebert, dans l’espoir que les bons conseils de ce dernier ainsi qu’une retraite dans la petite ville d’Aurora sauront lui redonner l’inspiration nécessaire pour rédiger son roman. Mais, peu après, tout bascule: le cadavre d’une adolescente disparue depuis 1975, Nola Kellergan, est découvert sur le terrain de Quebert. Et cette adolescente avait jadis eu une liaison avec le respectable professeur d’université… Devant les accusations qui pèsent sur son ami, Marcus décide de mener l’enquête… et, au passage, de se mettre en quête de son prochain succès littéraire. Ouf!

Ce roman se lit comme un roman policier, mais ce n’en est pas un. Bien qu’il nous tienne en haleine jusqu’à la fin (je n’ai jamais deviné le dénouement, soit dit en passant), ce livre parle surtout de grandes valeurs que nous partageons tous: l’amitié, l’amour qui défie le temps, la justice, le respect. Parce que quand un scandale survient dans une petite ville, l’appât du gain et la méchanceté tendent à faire ressortir le pire de l’Homme, et les valeurs solides sont les seules choses sur lesquelles on peut se reposer.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, c’est aussi (et cela constitue un point qui m’a particulièrement plu) un livre qui parle d’écriture. Au commencement de chaque chapitre, un paragraphe relate les propos tenus à Marcus par Quebert, qui lui fait part de leçons de vie concernant l’écriture, le métier d’écrivain, la passion de l’artiste à l’œuvre. En tant qu’auteure en plein développement, j’ai aimé ces petits clins d’œil, ces anecdotes qui me donnaient l’impression de me lier davantage avec les personnages. Ces personnages qui sont, d’ailleurs, bien construits et réalistes. On s’attache à eux, on découvre avec un serrement de cœur leurs histoires, souvent tristes, toujours touchantes. Le tout dans un style simple, mais efficace (et ce n’est pas une traduction! On aime!) Du bonbon.

Évidemment, ce livre ne plaira pas à tout le monde; cependant, je peux vous dire qu’en librairie, tous mes collègues qui l’ont lu n’hésitent pas à le recommander sans retenue, moi la première. Donnez-lui une petite chance, et vous verrez bien. Surtout, ne commettez pas la même erreur que moi: ne vous laissez pas berner par la couverture…

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La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Joël Dicker

Éditions de Fallois

ISBN: 9782877068161

L’homme poème

Critique du roman Des lames de pierre de Maxime Raymond Bock

Chercher Sam (Sophie Bienvenu) et Les filles bleues de l’été (Mikella Nicol) m’ont tous deux complètement séduite et percutée. Alors lorsque j’ai vu que Cheval d’août proposait une troisième et nouvelle publication, je ne me suis posée aucune question et j’ai sauté tout droit sur le livre, Roaarrr !

cheval d'août

Sublime roman qu’est Des lames de pierre de Maxime Raymond Bock. Si beau dans chacune de ses phrases, dans chacun de ses mots, que j’ai voulu prendre tout mon temps pour lire le texte de 104 pages. J’ai pris des liasses de notes de phrases que je veux lire et relire et de réflexions personnelles qui me sont venues durant la lecture.

Dès les premières lignes, je sais que j’ai affaire à une écriture encrée, franche, mature, brillante et magnifique, de la veine de ces grands auteurs que j’ai lus à travers les années et qui ont marqué le Québec. Et cette idée m’est restée jusqu’à ce que je referme le livre et même après.

Il y a plusieurs années, j’ai rencontré la poétesse Marina Tsvetaeva à travers ses correspondances avec Boris Pasternack et Rainer Maria Rilke. Ce que je retiens de cette femme, c’est son incapacité à diviser la femme de la poétesse. Elle était femme poète, dans toutes les parcelles de son être et dans tous les pans de sa vie. La poésie la traversait dans chaque geste, dans chaque décision et dans chaque action de sa vie.

Robert est un poète. Même avant de savoir ce qu’était la poésie, il était poète.

Le narrateur, jeune père, conjoint et écrivain cherche sa voix. Il va à la rencontre de Robert, un vieil homme dont la fin de vie s’installe dans une mare immense de poèmes éparpillés, sur des feuilles, qui ont traversé les années avec lui. «Dans la chambre éclairée par la lumière du corridor, sa décennie en prose avait chu en un monticule duquel émergeait un pied nu.» Le récit se déroule entre aujourd’hui et plusieurs moments saillants de la vie de Robert.

La poésie pour exister ou exister pour la poésie. Être poésie.

Sa vie, comme un poème : «Il sondait son passé, se rappelait un événement, une journée, parfois même une saison entière, puis c’était le vide jusqu’à un autre souvenir où les gens ressurgissaient vieillis, les lieux changés de formes et de couleurs après s’être désagrégés dans le noir. Il m’a dit un jour que c’était la raison pour laquelle il écrivait, pour allonger le temps où il existait, pour réduire les instants de néants.»

Avec Robert, on est amenés à comprendre les fondements de la poésie, les premières assises, la feuille blanche, les vides entre les petits groupes de mots et de phrases, l’incohérence parfois, mais la beauté aussi. «Les premiers vers qu’il a lus en ouvrant Alain Grandbois lui ont paru à la fois évidents et vides, une suite de mots qu’on avait plaqués bout à bout. Il n’y avait rien à y comprendre. C’était parfait.» On remonte à la genèse de l’art, comme on ouvre pour la première fois nos yeux sur cette forme littéraire si puissante. Quand la poésie est entrée dans la vie de Robert, un peu par hasard, elle est venue marquer le temps de sa vie. «Un nouveau rythme s’est instauré, une déviation. Les jours ont allongé imperceptiblement, mais le froid n’avait aucune raison de se retirer.»

Le poète, comme l’homme, dans sa différence, dans sa complexité, se fraie un chemin identitaire dans la société, cherchant cette place qu’il ne trouve jamais tout à fait. «Il faisait pitié à Robert, qui lui-même se sentait violemment dénudé, le livre qu’il serrait contre son bas-ventre ne le protégeant en rien.» La société repousse le poète en grande partie parce qu’elle ne le comprend pas et préfère le ridiculiser, jusqu’à ce que la poésie parle d’elle et pour elle. Jusqu’à ce que la société s’y reconnaisse. «Obnubilé, Robert n’a pu remarquer l’ahurissement des hommes désormais à l’écoute, le bref silence après le frottement d’une page tournée.»

Le narrateur croit, au départ, repérer en Robert le grand maître qui l’aidera à débloquer son écriture, mais c’est un personnage qu’il a découvert. Ce personnage qui a su le toucher et probablement l’inspirer. «Ce ne serait pas un parrain d’écriture. Mais c’était un conteur prolixe, et fort en invention, et enclin au mensonge certainement, ça se percevait dans la nitescence de son petit œil latéral, fermé à demi quand il expirait longuement la fumée de sa poffe. J’avais trouvé un clown. Un personnage. Un sujet dont j’ai voulu faire un objet.» Mais une fois de plus, le narrateur se trompe, il n’est pas qu’un simple spectateur face à Robert, il devient son ami, la seule personne qui l’accompagne jusqu’à la toute fin. De leur rencontre égoïste naît une amitié probable.

Sans sa rencontre avec le narrateur, Robert serait resté ce poète des ténèbres; avec le narrateur, il devient plus qu’un simple personnage, il devient une histoire, l’histoire d’un homme qui a écrit toute sa vie pour exister. «Il n’avait jamais qu’emprunté, qu’imité, n’avait jamais pu que se faufiler parmi les interstices et prétendre; et encore, ne prétendre que pour lui-même. C’est ce qui l’avait tenu en vie. C’était affreux. C’était magnifique.»

Comme le narrateur est tombé sur Robert, je suis tombée sur une artiste peintre. Je ne nommerai pas son nom ici, mais nos relations sont comparables et c’est probablement pour ça, aussi, que je suis si touchée par ce récit. Mon amie est beaucoup plus âgée que moi et elle est très malade. Je risque de la perdre très bientôt. Entre nous, il n’y a pas d’âge ni de corps, il n’y a que l’imaginaire, le plaisir de partager et toute cette poésie dont sont forgées nos vies. Cette amitié me fait grandir et m’amène à comprendre des choses qui parfois me dépassent. Ça me permet d’affronter la vie avec des outils de plus. Ces rencontres improbables dont sont parfois foudroyées nos vies valent la peine d’être marquées. Un jour, peut-être que je vous parlerai d’elle, mais ce n’est pas encore le bon moment. Laissez-vous toucher par les gens, laissez-vous émouvoir par ceux qui font de vous des meilleures personnes seulement parce que vous avez osé entrer dans leur vie.

Je ne saurais dire toute la beauté de ce roman et tout ce qu’il m’a fait traverser. Je ne peux que m’éparpiller un peu ici et vous implorez de vous laisser charmer vous aussi par les mots de l’auteur, par sa grande poésie narrative et par ses personnages-poèmes.

Harry Potter à l’école de la philosophie

Après presque deux mois d’absence du blogue (ah! les obligations de la vie!), je reviens en force pour vous parler d’un de mes sujets préférés de tous les temps : l’univers d’Harry Potter.

J’entends déjà les moldus se plaindre : « Pas encore! Heille, fille, vas-tu en revenir, de Harry Potter? ». Eh bien, non. Je serai une représentante de Poufsouffle jusqu’à la fin de mon existence!

Toutefois, je ne suis pas ici aujourd’hui pour vous parler de la meilleure maison de Poudlard, mais bien pour vous faire découvrir un texte formidable : Harry Potter à l’école de la philosophie de Marianne Chaillan, publié aux éditions Ellipses. Après la lecture de son ouvrage, vous pourrez convaincre les puristes littéraires que les ouvrages de fantasy (de fantastique, de science-fiction ou de tout autre genre considéré par certains comme « moins littéraires ») ne sont pas débiles, et même qu’il y a une certaine profondeur à la série de J.K. Rowling, aussi profonde que l’analogie de la caverne de Platon! (Dans vos dents, les puristes!)

Une petite partie de ma collection d'objets reliés à Harry Potter. J'aime chacun de ces livres d'amour.

Une petite partie de ma collection d’objets reliés à l’univers d’Harry Potter. J’aime chacun de ces livres d’amour.

L’hypothèse que pose Marianne Chaillan, chargée de cours en philosophie à l’université d’Aix-Marseille, est que la saga Harry Potter constitue un objet philosophique. Elle la vérifie en posant deux questions : quels éléments de philosophie externe (les philosophies existantes, les écoles platonicienne, stoïcienne, sartrienne, etc.) sont présents dans la saga, et quelle est la philosophie en œuvre dans la saga? Plus simplement, elle divise son ouvrage en deux parties : la philosophie dans Harry Potter et la philosophie de Harry Potter.

Dans la première partie, elle prend le temps d’observer comment certains préceptes philosophiques se déploient dans la série. Elle analyse les différentes philosophies incarnées par le personnage de Dumbledore (c’est facile : elles y sont presque toutes!), mais également par Voldemort, Sirius Black et même la détestable Ombrage! La seconde partie, qui décrit la philosophie propre de la saga, se concentre surtout sur le personnage principal de la série. Chaillan montre l’évolution d’Harry, ses difficultés, les façons dont il a su combattre lesdites difficultés tout en déployant la philosophie sous-jacente de l’œuvre.

Pour tous les fans de la série, Harry Potter à l’école de la philosophie permet de revisiter les livres pour la 42e fois avec une perspective nouvelle : celle de la philosophie. Et en plus, on peut ajouter un onzième titre aux dix déjà parus : les sept de la série originale, mais également Les Animaux fantastiques de Newt Scamender, Le Quidditch à travers les âges de Kennilworthy Whisp , sans oublier Les Contes de Beedle le Barde, bien entendu.

La force principale de cet ouvrage, c’est l’excellente capacité de vulgarisation de l’auteure. Elle sait, en quelques paragraphes, nous rappeler (ou bien nous apprendre) les grandes lignes d’une école de philosophie, pour ensuite illustrer la manière dont ces préceptes se retrouvent dans les livres et les films qui constituent la série.

Un seul bémol : je déteste lorsque les auteurs d’essais se mettent à dire des choses comme « l’auteur voulait montrer que… » ou bien n’importe quelle expression pour parler des intentions de l’auteur. Pour l’analyste, l’auteur ne devrait pas, à mon humble avis, se manifester comme une entité supérieure qui saisit toutes les nuances de son œuvre. Même si elle est ma reine, je ne crois pas que J.K. Rowling avait pensé à toutes les références que Chaillan relève dans son œuvre. Du moins, je ne crois pas qu’elle ait réfléchi de la manière suivante : « ah, tiens, il existe un lien entre ma représentation de l’âme chez les fantômes de Poudlard et la vision platonicienne du dualisme entre le corps et l’âme ». Ce lien existe, l’auteure de l’essai le relève tout à fait pertinemment, mais ce sont les expressions comme « J.K. Rowling place Dumbledore du côté de Platon/Épictète/n’importe-quel-autre-philosophe-antique-ou-contemporain » qui me dérangent. Ce doit être mon côté puriste. (Dans tes dents, côté-puriste-de-Catherine!)

Malgré ces petits accrochages, l’ouvrage est un incontournable pour les fans d’Harry Potter, mais ce qui le rend encore plus merveilleux à mes yeux, c’est qu’il me permet de vous faire découvrir (ou vous rappeler l’existence de) mes deux webcomics préférés, Hark! A Vagrant et Existential Comics!

Hark! A Vagrant

Kate Beaton, c’est ma préf. Elle vulgarise des situations littéraires, historiques et fictionnelles d’un point de vue contemporain. C’est magique. Vous cherchez des moines qui écrivent des fanfictions de l’Évangile selon Saint-Marc? Vous en aurez. Des blagues sur la sœur Brontë la moins populaire? Go. Des parodies de personnages historiques? À la pelle. Elle publiera bientôt un livre pour enfants, intitulé La Pricesse et le poney, et j’ai très très TRÈS hâte. Et en plus, il est maintenant possible de se procurer ses webcomics en français! Je l’aime d’amour.

Existential Comics

L’auteur de ce webcomic est aussi merveilleux que Kate Beaton. Il place les philosophes dans toutes sortes de situations : des parties de Monopoly ou de Donjon Dragon, un match de soccer entre la Grèce et l’Allemagne (en référence à un excellent sketch de Monty Python), ou des débats entre différents philosophes. Je suis les mises à jour (les lundis!) aussi passionnément que les épisodes de Game of Thrones et de Doctor Who. C’est bon à ce point-là!

Dans le fond, j’ai écrit ce petit article pour remercier les vulgarisateurs de ce monde, qui nous expliquent patiemment et souvent avec humour les multiples façons d’envisager le monde. S’il existe de nombreux scientifiques qui font bien ce travail, j’ai parfois l’impression que la littérature, l’histoire, la philosophie et les autres humanités passent parfois sous le radar. Elles sont pourtant primordiales. Bref, merci à tous ceux et celles qui prennent les sciences humaines à cœur. Je vous aime, les gens. Autant que j’aime J.K. Rowling. (C’est beaucoup, ça.)

Crédit photo : Francis B. Perron

Musique d’ici : Rosie Valland

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Pour ceux qui ont manqué ma découverte musicale du mois d’avril, c’est par ici.

En Mai, on écoute Rosie Valland.

C’est par le biais d’une amie Facebook que j’ai eu la chance de découvrir cette artiste (merci, amie Facebook aux goûts musicaux pareils aux miens).

Auteure-compositrice-interprète de Montréal, Rosie décrit sa musique comme étant de la «pop alternative avec une p’tite touche d’indie». Moi, j’ai ben d’la misère à différencier tous les styles musicaux, alors j’la décris comme étant «vraiment bonne».

Elle a lancé son premier EP en avril 2014, deux ans après avoir été finaliste du Festival international de la chanson de Granby, en 2012.

Cette année, on a pu voir Rosie Valland pendant les Francouvertes, événement lors duquel elle s’est rendue en demi-finale. On a également pu l’entendre dans la populaire série québécoise Nouvelle Adresse, diffusée à Radio-Canada.

En janvier, elle a lancé son single Rebound sur Bandcamp, chanson qui vaut définitivement la peine d’être écoutée.

rosie-valland-le-fil-rouge-01Je suis une fan du timbre de sa voix, un peu rauque et doux à la fois, et de sa plume. Chacun de ses textes est riche et poétique. Dans un entretien avec BRBR, elle dit beaucoup s’inspirer du corps pour écrire ses paroles: ce qu’elle voit, ce qu’elle touche, ce qu’elle ressent. Elle nous promet également la sortie d’un album dans un avenir rapproché ()! Par contre, elle ne mentionne aucune date parce qu’elle travaille encore sur ses prochaines chansons.

Je suis certaine qu’on n’a pas fini de voir le nom de Rosie Valland un peu partout. Ce n’est que le début, alors restez à l’affût! Dans quelques années, vous pourrez vous vanter de l’avoir connue avant tout l’monde.

Pour en entendre davantage, je vous conseille de vous rendre sur sa page Bandcamp. Vous trouverez le lien plus bas.

Bonne écoute!

Top 3 de mes chansons préférées de Rosie Valland :

1 – Mon parfum

2 – Rebound

3 – Demande-moi pas


Bandcamp : http://rosievalland.bandcamp.com

Facebook : http://www.facebook.com/rosievalland

Twitter : http://twitter.com/RosieValland

15 ans d’amitié: ma plus grande certitude

Il y a quinze ans presque jour pour jour, j’allais acheter du lait avec ma mère et mon schnauzer Picasso, à mon camping. Arrivées au dépanneur, un garçon demanda à ma mère si mon chien était un mâle, car il avait une femelle et qu’il voulait la faire accoupler. Ma mère lui avait donné notre numéro de terrain et, quelques heures plus tard, une famille, qui sans le savoir allait devenir ma deuxième famille débarquait chez moi. (Pour la petite histoire, l’accouplement n’a jamais fonctionné…)

C’est comme ça qu’a commencé une des plus belles histoires de ma vie.

Sophie portait un imperméable violet, moi rose. Sa mère m’a invitée à aller jouer au parc et j’ai eu peur dans la voiture parce qu’ils avaient laissé la valise ouverte. On s’est à peine dit un mot, en se balançant. Toutes les deux gênées, toutes les deux pareilles.

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Je ne sais plus comment on s’est revues, reparlées, rappelées, mais ça n’a jamais arrêté (sauf la fois où j’avais peur de la magie blanche).

Depuis quinze ans, tu m’écoutes, me consoles, me faire rire, surtout me fait rire. Tu es là, simplement, sans jugement et ce, même quand je dis et fais des choses horribles. Je peux tout te dire, même ce qui peut faire mal. On s’est sauvées la vie plusieurs fois.

Je ne compte plus les souvenirs que j’ai avec toi, mais j’en garde des parcelles dans ma mémoire pour les moments où ça va moins bien. J’ai mes préférés: la ride en bus pour aller en Californie, la fois que je t’ai abandonnée dans la balançoire, notre tattoo commun, nos concours de faces laides et les innombrables soirées à discuter.

La valeur de l’amitié me vient de ma mère. Ma mère redevient une gamine avec sa meilleure amie, sa best comme elles disent. Sa best, c’est aussi ma marraine et elles sont le plus bel exemple d’amitié. Amies depuis le double de temps que nous, elles travaillent quotidiennement ensemble et continuent de s’appeler les soirs pour se dire tout et rien. Elles continuent de s’écouter, s’épauler, se faire rire et surtout, elles gardent leur coeur d’enfant, ensemble. C’est à elles que je dois mon sens de la loyauté et mon éperdue croyance en notre éternelle amitié.

On se l’est souvent dit et répété, quand ça allait mal, quand ça allait bien, tu es la plus grande certitude de ma vie; Imagineàladeux.

La fille d’Ulysse et l’idéalisation du voyage

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La fille d’Ulysse, de Marie-Pascale Huglo, est un récit de voyage qui n’en est pas un. C’est plus une fuite qu’un voyage, c’est un empressement, un étouffement qui conduit nulle part. Dans ce récit écrit à la première personne, on ne connaît pas le nom du personnage principal, une jeune femme de 17 ans qui vit sur une petite île du sud. Blasée par un milieu isolé elle part, laissant derrière elle sa soeur jumelle. Clandestine, elle est loin d’avoir le choix de sa destination et se retrouve sur ce que Huglo appelle le neuvième continent.

À travers le périple de la «fille d’Ulysse», on se retrouve donc sur le neuvième continent, une île formée par l’agglutination de tonnes de déchets. La tentation d’un nouveau départ est forte pour les volontaires sur ce nouveau continent, mais la réalité rattrape bien vite cette jeune voyageuse qui apprend petit à petit que changer d’endroit ne change pas toujours le mal de place.

Quand je dis que La fille d’Ulysse est un récit de voyage qui n’en est pas un, c’est bien parce que c’est plus un récit du retour que du voyage. La jeune femme fantasme le voyage comme solution à son mal être sur l’île, mais ne se retrouve pas en bien meilleur état durant son périple. Ce n’est qu’en choisissant de retourner et de faire elle-même sa place qu’elle se trouvera elle-même.

 La fille d’Ulysse réalise la plus haute ambition du roman: explorer le monde en traversant les apparences, raconter comment on passe d’une prison à l’autre, d’un rêve à l’autre, d’un rêve qui devient une prison dont on s’évade par un autre rêve. Fable futuriste et voyage initiatique, cette odyssée oscille entre le lyrisme et la satire, entre la beauté des lieux et des êtres et la bêtise. – Quatrième de couverture.

C’est vraiment en lisant le quatrième de couverture que j’ai été intriguée par ce roman et je n’ai pas été déçue. L’utilisation du je pour narrer le récit donne un caractère intimiste à l’oeuvre.  Il nous permet de mieux comprendre la jeune protagoniste, personnage tout en nuances qui est minutieusement construit et élaboré.  C’est à travers les livres que la fille d’Ulysse vit vraiment ses plus grands voyages, mais il lui faudrait vivre un premier voyage initiatique pour se rendre compte que parfois, prendre le temps, comme on le fait pour lire un livre, en vaut la peine.

À travers la voix de la narratrice, on retrouve ce que je crois être des extraits de journal, possédant une touche plus philosophique et réflective. Ce jeu entre les deux casse bien les dialogues et les descriptions en jouant sur l’introspection de la jeune femme.

J’ai déserté l’île natale dans l’espoir que voyager me métamorphoserait en flèche incandescente, toujours en mouvement, femme aux mille et un visages modelés par l’occasion, insaisissable fille du vent. Voyager, c’était sortir de ma prison, tous les moyens seraient bons pour filer à travers l’existence comme une queue de comète. C’était fuir l’abomination d’une vie condamnée à se morde la queue.

La fille d’Ulysse est une lecture que j’ai grandement appréciée, d’une belle finesse, qui se laisse si bien lire et qui aborde le voyage et le retour d’une manière différente, ce qui m’a bien plu. Les lieux sont  embrumés d’incertitude, tout comme les désirs et rêves de la jeune femme. Ce n’est qu’en retournant à la case départ qu’elle comprendra vraiment ce qu’elle cherche, comme quoi vouloir aller trop vite est rarement la bonne solution.

Le retour au bercail est un retour à la case départ car, à voyager à la sauvette comme je l’ai fait, je n’ai guère amélioré mon sort. J’ai changé, mais je ne suis pas plus avancée qu’au premier jour.

 

Lord of the Rings V.S. Game of Thrones

Bon, je dois d’abord avouer que je suis vendue à Tolkien. Une vraie de vraie fan. Je crois avoir tout lu ce qui était possible de trouver, signé de sa main ou recomposé par son fils Christopher. Contrairement aux engouements contemporains, ce que je préfère n’est pas sa trilogie Lord of the Rings, mais ses Unfinished Tales, aux accents encore plus poétiques et mythiques. À découvrir absolument si vous êtes rêveur de la Terre-du-Milieu. Tout ça pour dire que Tolkien, indétrônable, partait déjà avec une longueur d’avance dans mon cœur. De plus, je suis une passionnée notoire du Moyen-Âge, et ce depuis des lustres. Ado, j’étais celle qui arrivait avec une cape sur le dos à l’école et qui s’était donné pour mission existentielle de mémoriser l’Encyclopédie médiévale de Viollet-le-Duc. Tu connais l’Auberge du Dragon Rouge, le restaurant à thématique médiévale à Montréal? Eh bien, moi, je le connais un peu trop.

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Bag End, Lord of the Rings

En 2011, nous avons la série Game of Thrones qui commence à jouer sur HBO. 1+1 = 2. Bien entendu, les gens se sont mis à me dire d’écouter ça, me répétant sans cesse: «Toi qui aime le Seigneur des Anneaux, check Game of Thrones! C’est pareil. »

J’ai résisté pendant quatre ans. Parce que je flairais quelque chose de pas clair chez ces bonshommes aux cheveux bleachés et ces costumes new age. À G.R.R. Martin, je répétai, mentalement: «Vous ne passerez pas! »

Puis, j’ai écouté le premier épisode, bourré d’hémoglobine et de femmes nues. La voix de ma conscience féministe s’emballait: «Non, non, NON!» J’ai compris ce que les gens voulaient dire par leur comparaison avec Tolkien, mais non. Aucun rapport. Non seulement je trouvais cet univers foncièrement dissemblable, voire antagoniste au travail de Tolkien, mais ce premier épisode me resta coincé au travers de la gorge durant de longs mois. Vague nausée de ressentiment suite aux scènes de nudité et de sexualité pour le moins sexistes. Bref, j’étais malaisée. J’ai boudé la série pendant des mois.

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Cersei et Jaime Lannister, Game of Thrones

Puis j’en suis revenue. Je lui ai laissé une chance, à Game of Thrones; j’ai finalement écouté les quatre premières saisons en un mois. Un SEUL mois. Comme quoi y’a seulement les fous qui ne changent jamais d’idée, ou je suis complètement fêlée. Oui, il y a des femmes nues en masse, de la violence gratuite et les costumes sont parfois limite. Mais j’ai aimé ça pareil et j’ai super hâte de voir le reste des épisodes de la saison 4. Les personnages de la guerrière Brienne of Tarth et de la jeune Arya y sont pour beaucoup dans cette montée d’estime, je dois dire. Je suis même présentement en train de me taper la série des cinq livres! (Merci à mon directeur de recherche de me faire travailler là-dessus!) Mais, je le soutiens, rien à voir avec Tolkien. Et je continue de préférer Tolkien à Martin, y’a rien à faire.

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Brienne of Tarh, Game of Thrones

Voilà pour mon petit préambule love and hate relationship avec Game of Thrones. Maintenant, d’un regard plus analytique, les deux univers sont effectivement situés dans un monde médiéval-fantastique et mettent en scène le destin crépusculaire d’une ère, mais de mon point de vue, là s’arrêtent leur ressemblance. D’abord, le retranchement entre bons et méchants, et même le concept de bien et de mal, est assez net chez Tolkien; là-dessus, on ne se pose pas trop de questions, sauf à savoir si tu es du côté de Sauron ou non. Le professeur et philologue catholique d’Oxford développe un système assez manichéen, gorgé de valeurs chrétiennes mais aussi d’influences littéraires médiévales dont il était passionné et qui, à la base, proposaient des schémas actantiels assez noirs et blancs. Du côté de G.R.R Martin, ceux qui connaissent le cycle romanesque ou télévisé s’entendent tous sur un point, soit qu’il est impossible de déterminer qui est bon et qui est mauvais. Conception infiniment réversible au gré des actions et des revirements de situation, les personnages de Game of Thrones sont extrêmement complexes. Cet effet de brouillage moral découle en grande partie de la démultiplication des points de vue de la narration, car chaque chapitre ou scène est campée selon la focalisation interne d’un personnage différent. Innovation technique de la part de Martin renouvelant le genre de la fantasy et qui pimente d’autant plus son récit.

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Joffrey Baratheon, Game of Thrones

En lien avec cette première dissemblance, on remarque aussi qu’il existe chez Tolkien une sorte de «bien» fondamental, que l’on pourrait grossièrement résumer comme étant la vie, ou même simplement la nature, qui serait placée en opposition à la machine, faisant référence à l’industrialisation, et donc du côté de l’anéantissement du vivant. Tandis que chez Martin, ce «bien» n’existe tout simplement pas, car cette vie ou nature étant en elle-même menaçante et source de souffrance, voire cataclysmique (pensons à l’interminable hiver qui s’en vient). Martin fait éclater la dichotomie entre moralité ou immoralité, car il insère d’entrée de jeu la cruauté et la violence dans ce qui serait considéré comme essentiellement sain. Contrairement à Tolkien, le vice et la corruption sont disséminés une peu partout et par seulement chez les bad guys.

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Le dieu Ulmo apparaissant à Tuor, Silmarillion

Finalement, la dissemblance que je considère comme étant la plus importante (à mon goût, bien entendu) et qui me fait sentir  la lecture de Martin aride par rapport à Tolkien est la représentation et la place qu’occupe l’environnement dans le récit. Environnement à entendre au sens premier du terme, soit le cosmos. Quiconque a lu Tolkien se souvient des interminables et magnifiques descriptions des paysages et de la nature que traversent les personnages, portraits bucoliques ou sublimes qui jalonnent ses histoires empreints d’une spiritualité écologique, si je puis dire. Si on faisait un tableau de chaque scène tolkienienne, on verrait un immense décor naturel, avec en tout petit, en bas, les personnages. Tolkien lui-même, agile dessinateur, n’illustrait pratiquement que les paysages naturels de ses histoires. C’était là, je crois, l’effet recherché par l’équipe de Peter Jackson à travers la réalisation des longs métrages qui usent fréquemment de plans d’ensembles et mettent en valeur l’immensité de la nature, films qui sont sur ce point admirablement réussis. Chez Tolkien, la relation à la nature est primordiale et omniprésente, le personnage est donc décentré et montré en intégration avec cette nature qui l’englobe, ce pourquoi on pourrait parler de récit cosmomorphique pour cet auteur, d’autant plus que celui-ci retrace en long et en large la création de ce monde qu’est la Terre-du-Milieu, entre autres dans le Silmarillion. Du côté de Martin, il s’agirait plutôt d’anthropocentrisme tant l’histoire, à l’échelle humaine, se constitue comme une succession de gros plans sur les personnages. La nature est certes présente, mais plutôt recalée au second plan, à titre de décor pour les incessants jeux de pouvoirs qui se déroulent. La quantité et la qualité des descriptions de l’environnement en témoignent, Martin serait moins en mode contemplatif que son prédécesseur anglais.

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Rivendell (Lord of the Rings) illustré par Tolkien

De manière générale, je trouve largement plus intéressante et poétique l’approche cosmomorphique dans toute production fictive ou culturelle, mais cela, comme tout ce que je viens de mentionner, n’est purement qu’une question de goût et puis des goûts, ça évolue comme on dit. Amateur de Tolkien et/ou de Martin, manifeste-toi et dis-moi, qu’en penses-tu? Que ressens-tu face à ces deux univers que l’on tend à joindre en package deal? Tsé que t’es pas obligé de me répondre, mais ça serait vraiment l’fun que tu le fasses pareil 🙂 Sinon, répond au moins juste à celle-ci, toute simple qu’elle est: si tu avais à choisir entre vivre à a)Westeros ou en b)Terre-du-Milieu, que choisirais-tu?

Un voyage où absolument tout était prévu

Il y a de cela plusieurs mois, j’ai fait la lecture de mon premier Jules Verne, «Le tour du monde en 80 jours», qui fut pour moi un vrai coup de cœur. Ayant eu comme cadeau de Noël des billets pour aller voir la pièce au Théâtre du Nouveau Monde, j’étais impatiente de rencontrer ces célèbres aventuriers, Phileas Fogg, Passepartout et la Princesse Aouda. Ils ont chacun un caractère et une personnalité différente. Il faut déjà savoir qu’ils sont tous d’origine différente et cela semble avoir un impact sur leur personnalité. Fogg étant un anglais, il est gentleman, rationnel et minutieux surtout en ce qui concerne le temps. Tandis que Passepartout, étant français, sera peut-être un peu plus libertin, attachant et maladroit. Tous les deux se feront poursuivre par un policier, Fix (également anglais), suite au cambriolage d’une grande banque anglaise. Fogg est soupçonné. Ensemble, ils feront la rencontre avec différentes cultures, dont celle de la Princesse Aouda. La vision de l’Orient et de l’Occident seront confrontées, ainsi que les valeurs de Fogg. Finalement, au cours de notre lecture, Fogg nous énerve parce que son personnage ressemble à la mécanique d’un cadran. Tout est routinier et il est détestable par ses raisonnements sans émotion.

Puis, suite à ma lecture, j’ai constaté que Disney m’a encore menti. Je ne sais pas si tout comme moi vous avez vu la version de Disney du «Tour du monde en 80 jours». Passepartout se trouve à être joué par nul autre que Jackie Chan. Oui oui. Un chinois qui personnifie un français. Il y a également Aouda qui n’est pas Aouda… Il n’y a aucune montgolfière dans l’histoire. Il est vrai que Jules Verne avait tendance à présenter de nouvelles inventions en ce qui concerne les moyens de transports, cependant la montgolfière n’en fait pas partie dans ce roman. C’est plutôt en train, en bateau ou à dos d’éléphant que j’ai voyagé au cour de ma lecture. Tout au long, j’espère que Fix ne réussira pas à capturer Fogg et que celui-ci réussira son pari, mais après tout «absolument tout était prévu».

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Photo : Karina

Au théâtre… Telle une gamine, je suis excitée de rencontrer ces personnages que j’aime tant. Je suis curieuse de savoir comment ils vont représenter l’Inde, la Chine, le Japon, les États-Unis, etc. Sur le haut de la scène nous retrouvons le mécanisme d’une horloge, tout en ayant en bruit de fond le tic-tac de celle-ci. La scène est en mouvement. On débute le spectacle dans le célèbre Club des gentlemen de Fogg pour ensuite se retrouver dans un bateau en direction de l’Inde. Grâce au décor, mais surtout à la participation des acteurs, nous croyons au mouvement des transports. Qui se soit de bouger de haut en bas pour démontrer le mouvement régulier du train ou de se balancer de gauche à droite pour représenter le mouvement des vagues sur un bateau. Mais le plus impressionnant, c’est le moment où les acteurs se transforment en éléphants !

Les changements de pays sont démarqués par un petit quelque chose de très typique au pays, que ce soit les ombres chinoises pour représenter la Chine ou encore des vendeurs de rue qui nous arnaquent en Inde. La pièce est construite avec humour et est fidèle au roman, sauf pour la montgolfière.

Les acteurs jouent parfaitement leur rôle. Fogg (Benoît Gouin) est détestable, Passepartout (Stéphane Breton) adorable, Fix (Carl Béchard) est… comique dans son ambition de tant vouloir attraper son criminel. Mon personnage préféré reste la Princesse Aouda (Tania Kontoyanni), puisqu’elle sait comment confronter les valeurs masculinistes et occidentales de ce cher Fogg. J’ai passé un excellent moment en compagnie de ces quatre aventuriers. Si vous n’avez pas la chance d’aller voir la pièce, je vous conseille sa lecture.

LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS

au Théâtre du Nouveau monde

(Une création du Théâtre Tout à trac)

du 28 avril au 23 mai 2015

adaptation et mise en scène HUGO BÉLANGER

«Mettre la hache» : Saisir l’inceste…

 

«LE VIOL EST UN INTERMINABLE SILENCE DUQUEL IL NE RESTE QUE DE LA CHAIR QUI CRIE.»

Vous avez peut-être vu ce petit livre dernièrement. Il est assez dur à manquer avec sa couverture jaune highlighter et son titre intriguant: «Mettre la hache: Slam western sur l’inceste». Pattie O’Green: retenez ce nom et espérez en entendre parler encore longtemps. 
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Les Éditions Remue-Ménage m’étonnent de plus en plus avec leurs dernières publications qui s’inscrivent fortement dans le paysage féministe québécois et soulèvent des questions nécessaires sous des témoignages parfois douloureux. Pattie O’Green a été victime d’inceste, tout comme sa soeur, et tente maintenant de panser les blessures et d’exorciser tout ce qui a pu être engendré par ces actes destructeurs. Comment se définir maintenant à l’âge adulte, quand notre corps ne nous a jamais appartenu et avec un choc post-traumatique? La jeune femme l’a d’abord fait sur un blogue (attention un peu à vos yeux!), en empruntant ce pseudonyme de Pattie O’Green, pour ensuite refondre le tout dans ce petit livre grand comme l’univers.

Y’a un (genre de) problème par contre avec Mettre la hache. J’ai vraiment envie de vous citer l’entièreté de tout ce qui se passe là-dedans pour que vous puissiez saisir. Saisir que c’est bien écrit, que c’est fort, que c’est ironique par moments, qu’on rit (jaune) un peu, qu’on sacre beaucoup. Saisir que l’acte d’inceste est avant-tout un acte de manipulation, de là son expression «violeur doux» tant utilisée, surtout pour montrer à quel point ça ne fait aucun sens, un «viol doux».

Alors qu’est-ce qui reste à cette petite ? Saisir la hache.

Saisir la hache pour la mettre dans le doute: ce doute dont sont victimes tant de VICTIMES d’inceste qui n’osent pas dénoncer, de peur de ne pas être prises au sérieux, de peur de regretter de l’avoir fait par la suite. «Il faut mettre la hache dans le doute parce qu’on pense que le fait de croire les victimes, ça compromet notre belle justice, comme si on allait conséquemment user de malice.»

Saisir la hache pour la mettre dans la prudence: «Si l’on veut que les histoires sortent des cercles d’initiées, que les fillettes cessent de se faire violer et que l’inceste arrête de «couler dans le sang de l’humanité» (Jacob Burckhardt), il faut nous laisser parler sans nous mettre sur le banc des accusées.» Ça dit tout.

Saisir la hache pour la mettre dans la convenance: parce que la convenance n’a pas sa place dans les témoignages de ce type. «[…] parce que l’humain peut exprimer l’indicible de toutes les manières possibles.»

Aujourd’hui, j’avais envie de mettre en avant les mots de Pattie O’Green parce que ce sont les seuls qui valent la peine d’être lus. Alors, la prochaine fois que vous verrez le petit livre jaune, achetez-le. Lisez-le. Faites-en un film. Brodez des mouchoirs avec de petites haches dessus. Peu importe, mais surtout ne restez pas indifférents.


 Mettre la hache : Slam western sur l’inceste, Pattie O’Green. Les Éditions du Remue-Ménage, 2015. 125 pages. Dessins de Delphine Delas.

Le pouvoir de l’amour

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photo:Marjorie

Au primaire, j’avais un dédain (et le mot n’est pas léger) pour les BD. Je ne sais pas d’où ça me vient, mais dans ma tête il n’existait que Calvin et Hobb, TinTin, Lucky Luke et les Archie, rien pour me faire aimer cet univers. J’ai passé mon secondaire et mon cégep sans vraiment m’intéresser au genre, dans un mélange d’indifférence et de méconnaissance. Vient l’université, dans un cours, lors de la session que j’ai passée à l’UdeM, notre prof nous fait lire deux romans graphiques que j’avais bien aimés. Sans pour autant être devenue une fan du genre, j’ai commencé à regarder un peu plus ce qui se fait dans le milieu, au Québec.

C’est comme ça que j’ai découvert Le pouvoir de l’amour et autres vaines romances de  Yves Pelletier et Iris. Cette BD est sur mon tableau pinterest «Je veux tout, tout de suite et ici» (Shoutout à Ariane Moffat) depuis au moins un an et ce n’est que tout récemment que j’ai enfin mis la main dessus, grâce aux éditions La pastèque.

Si vous cherchez ou vous vous attendez à lire des histoires de romances à la «il se marièrent et eurent beaucoup d’enfants» et bien n’y pensez même pas. Dans Le pouvoir de l’amour… on se trouve devant un tout autre registre que je ne pourrais nommer autrement que par absurde ou bien humour noir. Chacune des histoires est plus absurde que les autres, débutant de manière tout à fait normale, il n’en faut pas long pour que les récits prennent un tournant pour le moins inattendu.

J’ai été agréablement surprise par l’ingéniosité de chacune des histoires et les tournants parfois plutôt «noirs». Bien sûr, quelques-uns des récits tombaient un peu moins dans mes cordes, mais de façon générale, j’ai vraiment apprécié ma lecture. J’ai trouvé que l’imagination derrière chacune des tournures absurdes était bien pensée et que les illustrations collaient bien à «l’ambiance » de l’oeuvre.

À travers l’absurde, on retrouve aussi le quotidien, la réalité et des comportements auxquels on est familier, de près ou de loin. En amalgamant ces deux esprits dans une même oeuvre, on obtient des récits qui font sourire en entremêlant les «Bin voyons donc» et les «Ha, c’est tellement vrai !»

Je vous le conseille si vous cherchez une légère lecture à lire au parc ou bien sur votre balcon, question de prendre une petite pause d’une heure pour réaliser qu’il y a bien pire que vous.

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Photo: Marjorie

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Photo : Marjorie