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Reconstitution de mon âme rapaillée

À Marie-Andrée Beaudet

À lire en écoutant le son de la musique à bouche

La venue du printemps et de son compagnon le beau temps me ramène toujours à lui.

«Tu as les yeux pers des champs de rosées

tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière

la douceur du fond des brises au mois de mai» (p.59)

L’épanouissement de cette saison en fleur et l’éclosion de toutes ces passions ont fait renaître en moi ce besoin de m’évader à travers la poésie: eau-de-vie, source de bien-être, nectar de béatitude.

«tu viendras toute ensoleillée d’existence

la bouche envahie par la fraîcheur des herbes

le corps mûri par les jardins oubliés

où tes seins sont devenus des envoûtements

tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras

où tu changes comme les saisons

je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine

à bout de misères et à bout de démesures

je veux te faire aimer la vie, notre vie

t’aimer fou de racines à feuilles et grave

de jour en jour à travers nuits et gués

de moellons nos vertus silencieuses» (p.59)

J’ai découvert ces vers et toute l’immensité qui peut habiter un être tel que Gaston Miron dans le fond d’une classe du cégep à la fin d’un hiver particulièrement ardu. Dès les premiers mots, il m’a heurtée. Il venait d’éparpiller mon âme en mille morceaux.

«La pluie bafouille aux vitres

et soudain ça te prend

de courir dans tes pas plus loin

pour fuir la main sur nous» (p.27)

J’avais l’étrange impression de tout comprendre et de tout ressentir. Par moment, j’ai même eu peur de l’avoir moi-même écrit. J’ai alors saisi que tout ce que je cherchais à faire depuis toujours c’était de m’enfuir et ce poète rendait mon désir possible. Auparavant, Baudelaire m’avait permis une introspection grâce à ses écrits glauques, introvertis et intimes. J’avais alors vécu le spleen, les fleurs du mal et les paradis artificiels au rythme de mon adolescence complexe et déjantée. Mon poète national est venu me recueillir au fond du puits. Je me suis lentement vue agoniser dans la déclaration dédiée à la dérision pour mieux renaître de mes cendres.

«Je suis seul comme le vert des collines au loin

je suis crotté et dégoûtant devant les portes

les yeux crevés comme des œufs pas beaux à voir

et le corps écumant et fétide de souffrance

je n’ai pas eu de chance dans la baraque de vie

je n’ai connu que de faux aveux de biais le pire

je veux abdiquer jusqu’à la corde usée de l’âme

je veux perdre la mémoire à fond d’écrou

l’automne est venu je me souviens presque encore

on a préparé les niches pour les chiens pas vrai

mais à moi, à mon amour, à mon mal gênant,

on ouvrit toutes grandes les portes pour dehors

or dans ce monde d’où je ne sortirai bondieu

que pour payer mon dû, et où je suis gigué déjà

fait comme un rat par toutes les raisons de vivre

hommes, chers hommes, je vous remets volontiers

1-ma condition d’homme

2-je m’étends par terre

dans ce monde où il semble meilleur

être chien qu’être homme» (p. 52)

Et ma condition de femme anéantie, je lui ai remise avec la plus grande confiance. Après le constat de ma déchéance, Miron, lui, me donnait une sortie de secours à ce monde sans issue. Parce que les mots de Miron c’est l’espoir.

«le monde est agrandi de nos espoirs de nos paroles» (p.108)

Parce que la poésie de Miron, c’est des possibilités infinies d’univers verdoyants, d’amour éternel et de désarroi collectif. En fait, il fut autant un homme de lettres que de pays. Ce Québécanthrope a fait naître en moi un nouveau Québec, plus reluisant et plus honorable.

«L’homme de ce temps porte le visage de la

Flagellation

et toi, Terre de Québec, Mère Courage

dans ta Longue Marche, tu es grosse

de nos rêves charbonneux, douloureux

de l’innombrable épuisement des corps et des âmes» (p.103)

Et lire ses révolutions intérieures n’a pas été suffisant. Il faut l’entendre. De cette voix profonde, frappante, mais réfléchie, les déclamations de Miron sont empreintes de pureté, de sincérité, mais également de rudesse. Et toujours cette marque laissée par un mal national qui l’appelle aux armes: ses mots.

«Compagnons des Amériques

Québec ma terre amère ma terre amande

ma patrie d’haleine dans la touffe des vents

j’ai de toi la difficile et poignante présence

avec une large blessure d’espace au front

dans une vivante agonie de roseaux au visage» (p.101)

Acclamation de déclamation: La nuit de la poésie 1980

 Avant la lecture de L’homme rapaillé, j’étais souverainiste. Après l’écoute de ses déclarations, j’étais devenue fleur de lys.  Merci pour ce don d’identité qui cadre si bien avec la carrure des femmes d’antan qui représente à merveille mon anatomie, descendante des Premières Nations. C’est d’ailleurs principalement pour cette raison que je lègue toute mon admiration à cet homme en perpétuel questionnement sur la profondeur de la condition humaine. Forgée grâce aux outils du poète, je suis devenue un pays, son pays.

Et si jamais… Documentaire sur Gaston Miron Les outils du poète

L’homme rapaillé, Gaston Miron. Typo, Décembre 1998. 203 pages.

Un loup dans la bergerie

Lorsqu’une amie m’a prêté le livre Acheter, c’est voter de Laure Waridel il y a quelques annés, je dois avouer que ça a grandement changé ma vision de notre société capitaliste. Bien sûr, je connaissais et comprenais le principe du commerce équitable, mais je me figurais mal comment moi, simple consommatrice d’Amérique du Nord, je pouvais réellement faire une différence. Mais Laure Waridel m’a convaincue que «consommer a trop d’impact pour que cela soit considéré comme un geste strictement individuel». Evidemment, je ne suis pas parfaite, je n’adhère pas à un mode de consommation totalement équitable et biologique, ni même l’un d’eux, en tout temps. Par contre, je réfléchie plus lors de mes achats. Je pense à l’impact de ma consommation personnelle, tant au niveau social qu’environnemental. J’adore acheter local et j’encourage le commerce équitable, lorsque le choix se présente. J’ai également un regard plus critique face à ce que les commerces nous offrent. «Au quotidien, faire des choix de consommation responsable est aussi un moyen de passer à l’action et de contribuer à un nouveau genre de « révolution tranquille ».»

C’est donc dans cet esprit de vouloir encourager les petits producteurs, québécois ou d’ailleurs, que je me promenais au Marché Jean-Talon, par l’une des premières belles journées de ce printemps, quand soudainement j’ai eu un haut-le-coeur sociétaire. Je voulais pleurer, mais je voulais aussi croire que c’était une blague. Ce n’en était pas une. Starbucks, géant de la vente de boissons à base de sucre et de ce que j’aime appeler l’unfair trade, allait ouvrir une nouvelle succursale à l’entrée du périmètre du Marché. Cette nouvelle m’a plutôt ébranlée et j’avais envie de partager mon avis avec vous.

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Le problème se situe surtout au niveau des valeurs véhiculées par les deux entreprises. La multinationale américaine suit une démarche visant le profit économique avant tout, alors que le Marché Jean-Talon propose des produits bios, locaux, des aliments fins, des produits d’exportation de qualité, etc. De mon point de vue, le Marché s’intéresse aux besoins de sa clientèle alors que Starbucks regarde plutôt leur porte-feuille. Je ne suis pas la seule à voir ce nouveau venu d’un mauvais oeil: une pétition envoyée à la mairie de Rosemont-la-Petite-Patrie a été signée par plus de 8 000 citoyens révoltés par la nouvelle. Malheureusement, la Ville ne peut rien y changer, pour la simple raison que le local maintenant occupé par Starbucks ne fait pas partie de l’espace du Marché Jean-Talon. Les délimitations du Marché s’arrêtent derrière les commerces occupant la façade de la rue Jean-Talon. Mais le Starbucks est tout de même la première chose que l’on aperçoit lorsqu’on arrive par l’ouest. De plus, selon les règlements de zonage, le bâtiment est destiné à la restauration. On ne peut donc refuser l’installation d’une entreprise si ce qu’elle offre est de l’ordre de la restauration, un café par exemple.

Lors de mes recherches pour trouver quelques réponses à mon questionnement quant à l’ouverture de cette succursale, j’ai trouvé sur les zinternets, ce merveilleux endroit où les gens ne se gènent pas pour étaler au grand jour leur manque de jugement, des commentaires concernant le «ridicule» d’une pétition contre Starbucks. Ma réplique préférée, qui revient à quelques reprises, est celle-ci : «Le café c’est pas un produit local, lol». En effet. Très bon argumentaire, bien étayé. À cela je répondrai que le Marché vend des oranges, des ananas, des bananes et de kakis. Le problème ne vient pas du fait qu’il s’agit d’une compagnie américaine (quoi que…), mais plutôt de sa vision économique qui va à l’encontre des valeurs que les marchés publics véhiculent. Encourager la production locale ne veut pas dire acheter uniquement des produits qui poussent ou sont fabriqués au Québec. Ça veut seulement dire qu’au lieu de donner notre argent à un multimillionaire qui sous-paie des employés pour nous vendre un produit dont on ignore réellement la provenance, on encourage une famille à continuer de nous offrir des produits par lesquels ils sont passionnés, sont prêts à répondre à nos questions et ont besoin de cet argent pour vivre et pour garder leur commerce. Même chose avec les produits issus du commerce équitable, nous aidons des familles qui n’ont d’autres choix que de travailler sur leurs terres et essayer d’en retirer un peu d’argent pour se nourir. Les valeurs d’entraide, de partage et d’encouragement ne font pas partie du plan d’affaire de Starbucks.

«Chacun de nos choix a un effet sur la vie d’autrui et sur l’environnement. Nous sommes continuellement en lien avec des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont cultivé la nourriture que nous mangeons, ont cousu les vêtements que nous portons et ont fabriqué les produits qui nous entourent. Si les étiquettes apposées sur ces objets nous permettaient de voir ces gens, nous ferions saus doute nos achats bien autrement.» Les marchés publics (et nous en avons plusieurs à Montréal, nous sommes chanceux) permettent de rencontrer les fermiers qui font pousser les légumes que nous achetons. Pour les produits d’importation, les propriétaires des kiosques de petites entreprises répondent à nos questions et veulent simplement nous offrir la meilleure qualité possible à un prix raisonnable. L’ouverture d’une chaîne telle que Starbucks contrevient au plaisir d’avoir le sentiment d’aider autrui par un simple achat. Dans une plus grande périphérie, la Petite-Italie dont fait partie le Marché Jean-Talon regorge de petits cafés italiens chaleureux et de restaurants locaux accueillants. Ces petits entrepreneurs seront vraisemblablement touchés par ce nouveau compétiteur. Le logo et le nom sont reconnus mondialement, bien sûr que certaines personnes peuvent le voir comme une «valeur sûre», mais si l’on regarde un peu autour de soi, on peut trouver de merveilleux établissements qui offrent du café de meilleure qualité pour possiblement un prix moindre. Starbucks utilise les tendances pour garder sa clientèle. Oui, il offre du café équitable, du lait de soya, des options végés ou sans gluten. Parce que l’image véhiculée est plus importante pour ces méga-entreprises que la qualité réelle de ce qu’elles représentent. En résumé, je crois que Starbucks considère sa clientèle comme un porte-feuille, rien de plus. Un simple objet qui ne réfléchi pas aux conséquences de ses achats. Et il a peut-être raison.

Mon but n’est pas de vous convaincre de boycotter Starbucks, vous faites bien ce que vous voulez de votre argent. Mais j’espère que la prochaine fois que vous y mettrez les pieds, vous penserez un peu à moi. Ainsi qu’au petit café de l’autre côté de la rue où vous n’êtes pas allés parce que le nom ne vous disait rien. J’aimerais aussi que vous vous posiez quelques questions sur votre santé. Je ne vous ai pas parlé de cet aspect, mais demandez-vous si votre latté grandé skim milk aux épices était vraiment un choix sensé. Je ne dis pas que Starbucks offre uniquement des boissons bourrées de sucre (je n’en sais rien, au fond), mais disons qu’ils sont plus aptes à vous donner des informations sur ce que ça goûte que sur le nombre de calories que vous allez ingérer… Avant d’être des consommateurs, nous sommes des personnes, des citoyens, et nous sommes capables de réfléchir. Il ne faudrait pas perdre cette capacité au profit d’un PDG qui se moque bien de nous dans son bureau de New York. «Nous formons le marché mondial. Il est temps de montrer que nous voulons autre chose que des produits bon marché. Nos choix peuvent contribuer à édifier un système économique au service des gens, plutôt que le contraire.»

N.B. Le starbucks de la rue Jean-Talon Est est maintenant ouvert et j’ai déjà pu y observer quelques clients déguster de grands Frappuccinos extra crème fouettée et petits sparklings de chocolat. 

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Citations et références :

Acheter, c’est voter (Le cas du café), Laure Waridel, Les Éditions Écosociété, 2005.

Ce zèbre qui a changé ma vie

Vous m’avez un tantinet manqué.

Ne vous méprenez pas , c’est pas un retour de l’impostrice qui lit pas de livres qui lui sont pas imposés par l’école, c’est pas non plus mon retour dans la psycho pop. Non, je passais juste par là après une (1e) relecture du livre qui a marqué ma vie à tout jamais, le zèbre d’Alexandre Jardin.

Je lis souvent les critiques de mes ex collègues sur ce blogue, combien elles ont apprécié un moment passé sur le coin d’une table à se transporter dans un autre univers. Bien sûr, ça me donne envie de faire pareil, mais j’ai pas ce besoin-là de découvrir tout plein d’autres univers. Je l’ai fait, à l’occasion. Mais je retourne toujours à cet univers crée à merveille par Jardin, où l’amour est encore possible, où on a érigé un temple à la folie.

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J’avais treize ans la première fois que j’ai lu le livre.

Je le trouvais fou le monsieur. Fou, parce que tout ce qu’il faisait fittait pas dans les standards de l’idée que je m’étais faite de l’amour. Dans ma tête, c’était Lucas pis Peyton pis ça devenait compliqué durant 8 saisons ou bien on devenait vieux et plates pis c’était correct de même. J’avais jamais anticipé qu’on pouvait vouloir sauver son couple, qu’on avait besoin de le renouveler à un moment donné. Gaspard aimait Camille depuis quinze ans et la routine avait pris le dessus. Je comprenais pas qu’on se donne pour mission de récupérer quelqu’un qui n’était pas parti, quelqu’un avec qui on se lève encore tous les matins.

Mais Gaspard croyait à plus.

C’est normal qu’ils disent. C’est normal de tomber dans la routine et de s’y conforter. C’est normal de se contenter de peu. Je me suis aperçue que le zèbre en moi était bien réel et que moi aussi j’aspirais à plus. Pas juste dans l’amour que je recevais, dans la vie tout court. Je me suis rendue compte que je voulais moi aussi reconquérir mon quotidien et en faire quelque chose de significatif. J’allais aimer de tout mon coeur et j’allais tenter de réparer ce que j’avais déjà. Je n’allais plus consommer des quantités de moments sans saveurs, mais j’allais plutôt tenter de revivre en écho chaque parcelle de petit bonheur. J’allais devenir un zèbre.

Même si Jardin a « démenti » avoir lui-même cette vision de l’amour fougueuse et dérangeante, qui démolit et bâtit tout à la fois, je ne peux qu’espérer qu’au fond, ce roman ne soit qu’une pure vérité à laquelle on a encore besoin de croire.

«Oui, il avait eu raison de faire feu de tout bois pour réchauffer leur passion. Oui, il y avait urgence. Oui, la mort était pour demain; car elle est toujours en avance. Oui, il faut cesser de ne pas s’aimer à la folie. Oui, les lunes de miel sont un rêve trop fugace; chaque jour doit en être une, oublions l’infect conditionnel. Impossible? Oui, et alors? Oui, il est raisonnable de ne pas l’être ; les ténèbres nous talonnent de trop près.»

– Alexandre Jardin, Le zèbre

Ces romans qui forgent l’adolescence

Se reconnaître en l’autre. Sentir qu’on n’est pas tout seul. Avoir l’impression d’être accompagné, le temps de quelques pages. Voici l’effet que font ces lectures de l’adolescence. Elles sont marquantes, non seulement vis-à-vis notre relation avec la lecture en général, avec nous-mêmes. Les personnages, les auteur-es, les mots, les mondes imaginaires, ils peuvent tous nous aider et nous en apprendre davantage sur ce que c’est de vieillir et de traverser l’adolescence.

Voilà pourquoi j’ai voulu vous présenter ces quelques romans qui ont forgé mon adolescence. J’espère que certaines lectures vous feront ressentir un peu de nostalgie face à cette période de bouleversements, d’apprentissages et de questionnements. Je suis aussi curieuse d’en apprendre davantage sur vos romans d’adolescence. Parfois, il ne s’agit pas des livres les mieux écrits ou des plus littéraires, mais de ceux qui ont le plus résonné en vous. Ou qui vous ont le plus marqués…

Voici ma petite liste personnelle. Amusez-vous à créer la vôtre dans les commentaires!

L’attrape-coeurs, JD Salinger

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J’en ai déjà parlé dans un de mes premiers articles pour le blogue, L’attrape-coeurs de JD Salinger, c’est mon livre. Celui qui m’a le plus marquée. Vous connaissez sans doute l’histoire, un jeune garçon est renvoyé de son école et décide de passer le week-end à New-York. Il ne se passe pas tant de choses, mais ce qui m’a réellement charmée est le personnage principal, Holden Caulfield. Cet antihéros de la littérature américaine m’a déculpabilisée de bien des imperfections et m’a fait accepter mes émotions d’être différente en ne sachant pas ce que je voulais faire de ma vie. Je voyais en Holden un incroyable ami et c’est encore le cas. Écrit dans une langue très parlée, le ton et l’attitude d’Holden ressortent et donnent un air de nonchalance au récit, ce qui me plaît beaucoup.

En lisant L’attrape-coeurs la première fois, je ne savais pas que ce roman deviendrait mon préféré et surtout qu’il forgerait l’entièreté de mon existence. L’amour que je porte aux personnages, aux récits, aux mots, à ces anti-héros de la littérature, mes études en lettres, tout cela, je le dois à JD Salinger et à son fascinant Holden.

Quatre filles et un jean, Ann Brashares

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La série des Quatre filles et un jean de l’auteure Ann Brashares a été un réel coup de coeur littéraire dans ma jeune adolescence. Je me suis reconnue dans les quatre personnes et les péripéties m’ont suivie longtemps dans mes propres histoires avec mes amies. Je rêvais moi aussi d’avoir trois amies éternelles avec qui partager le pantalon magique. Elles m’ont donné envie de visiter la Grèce et de croire à la force de l’amitié.

Pour ceux et celles qui ont été des fans de la série, je vous conseille de replonger dans le monde de Lena, Bridget, Tibby et Carmen le temps d’une dernière lecture. Effectivement, Ann Brashares a eu la gentillesse d’offrir à ses lectrices qui vieillissaient un retour à l’écriture avec le dernier tome de la série Pour toujours qui retrouve les quatre filles dix années après la dernier tome. Préparez vos mouchoirs, c’est tout ce que je dirai.

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Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée…

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Mes deux prochains choix sont clairement similaires, ce sont des témoignages d’adolescentes auxquelles il ne faut pas ressembler. Et pourtant, c’est si intéressant à lire. Comme Catherine dans La déesse des mouches à feu, j’aimais lire ces histoires de drogues, de sexe et de déchéance. Je ne voulais pas devenir comme elles, mais il y avait une satisfaction de connaître ces autres mondes. Dans Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée, j’étais fascinée par la descente du personnage et par la folie de ses pensées. Écrit au Je, je me sentais comme une confidente privilégiée. Ces livres sont sensés nous faire peur et je dois avouer qu’avec moi, ça a fonctionné. La vie de Christiane me fascinait par sa noirceur, mais ne m’attirait pas réellement, même si je lisais ses mots avec curiosité et voyeurisme.

L’herbe bleue, Anonyme

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C’est un peu la même chose avec L’herbe bleue qui est aussi un roman traitant de la drogue. Le personnage principal commence à consommer et rapidement sa vie change du tout au tout. J’avoue que très jeune j’avais un intérêt pour les histoires vraies et les faits vécus, alors L’herbe bleue ou Go ask Alice ne m’avait pas laissée indifférente. J’explique mal en vieillissant cette fascination pour les récits plus noirs, mais je pense que cela entre dans la catégorie des récits initiatiques qui viennent à leurs manières forger notre façon de grandir et de penser.

Casiopée, Michèle Marineau

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Mes trois prochains choix sont québécois et se ressemblent en partie. Casiopée de Michèle Marineau est un récit du passage à l’âge adulte chez le personnage principal qui porte le nom de la série. On suit ce personnage dans sa vie personnelle avec ses amis, sa famille et ses amours. Voilà ce qui m’intéressait le plus, je pense: l’amour. Casiopée est l’exemple parfait de la jeune fille pas tout à fait à l’aise dans son corps mais qui apprend par essais et erreurs à devenir tranquillement une adulte. Je me souviens avoir trouvé chez elle une réelle amie, le temps de ma lecture.

Marie-Tempête, Dominique Demers

Probablement le livre que j’ai le plus lu de ma vie et qui m’a le plus fait pleurer. Marie-Tempête, comme je l’aimais. Il y a tout dans ce roman; le premier amour, le premier deuil, les premières épreuves, les premières remises en question. Marie-Tempête n’est pas épargnée dans la vie dans cette série, mais elle apprend tout de même à se relever et à devenir une adulte. Le premier tome de la série, Un hiver de tourmente, m’a tellement chamboulée lorsque j’étais jeune, je me souviens encore de mes yeux qui s’embrumaient quand j’essayais de lire et de moi qui combattait mes pleurs, car je voulais plus que tout continuer à faire partie du monde de Marie-Tempête.

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Le roman de Sara, Anique Poitras

Le dernier et non le moindre, Le roman de Sara. J’avais fait un travail scolaire sur ce roman au secondaire. Ce roman ressemble un peu aux deux derniers dans le sens qu’il s’agit d’un récit initiatique au féminin. Sara vit une peine d’amour et est amenée à devoir prendre des décisions sur son existence. Elle tente avec détermination et force de devenir actrice et met toute son énergie sur ce rêve. Derrière sa quête identitaire setrouve une jeune fille blessée qui arrive à réaliser ses rêves.

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Je pourrais continuer encore et encore à vous parler de ces livres qui ont su avoir un impact sur ma vie. Je vous avais parlé des livres de mon enfance et aujourd’hui de ceux de mon adolescence. Toutefois, il en a tellement d’autres. Je pense à Harry Potter, Ani Croche, Mariloup Polaire, les Noémie et même les Aurélie Laflamme.

Et vous, quels sont ces romans d’adolescence qui ont forgé vos vies?

«The girls’ guide to hunting and fishing» : Guide de survie à la vingtaine

«There’s a passageway connecting Port Authority to Times Square – the Eight Avenue subways to the Seventh- and one morning when I looked up I saw a poem up in the eaves, sequential like the Burma Shave billboards :

Overslept.
So tired.
It late,
Get fired.
Why bother?
Why the pain?
Just go home.
Do it again.

Something change then. I saw my life in scale : it was just my life. It was not momentous, and only now did I recognize that it had once seemed so to me; that was while my father was watching. I saw myself the way I’d seen the cleaning women in the building across the street. I was just one person in one window.

Nobody was watching, except me. »

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Manuel de chasse et de pêche à l’usage des filles est un des livres dont je regrette le plus d’en avoir fait la lecture… si tard dans la vingtaine. Ce recueil de nouvelles de Melissa Bank, paru il y a déjà plusieurs années, raconte l’histoire d’une fille, puis d’une femme, toujours la même, qui tout d’abord se cherche et s’interroge sur la vie. C’est plutôt un recueil de nouvelles qui se lit comme un roman, et c’est sûrement pourquoi j’ai autant accroché à cette lecture, n’étant pas habituellement une fan de ce genre littéraire à priori. Le genre de la nouvelle donne la possibilité à Bank de faire des bonds dans le temps sans se soucier des transitions et lui donne une liberté plus grande que l’aurait fait le roman. Parfois, Jane, le personnage principale, n’est pas dans le texte, mais on y fait allusion, donc elle n’est jamais bien loin et on finit toujours par en apprendre un peu plus sur elle.

Je ne suis pas la première à faire le rapprochement, mais on pourrait comparer Jane au Holden Caulfield de The Catcher in the rye de J.D. Salinger, en un peu moins révoltée. Le regard qu’ils posent sur le monde qui les entoure est semblable, mais Jane tente jusqu’à un certain point d’en faire partie en voulant se changer elle-même, au lieu de trouver une place bien à elle, en restant elle-même. Certains reprochent à Bank d’avoir voulu tomber dans la psycho-pop par moments, ce que je ne n’ai pas ressenti, le titre étant d’ailleurs un clin d’oeil assez mesquin à un livre imaginé de «self-help» How to meet and marry Mr. Right, un guide qui s’avère un mode d’emploi de manipulation pour les femmes.

Exit la chick-lit avec Melissa Bank, c’est tout autre chose à quoi nous avons droit. Jane est dépeinte comme une femme assez insécure, mais qui finalement ne sait pas comment se voir à sa juste valeur et qui tente de se voir à travers le regard des autres: son frère, sa mère, son père, ses amoureux, sa patronne… La clé ici du «roman» d’apprentissage, vous la devinez, mais n’inquiétez-vous pas, le plaisir de lecture restera entier.

The girls’ guide to hunting and fishing de Melissa Bank, Penguin Book, 1999.
Paru en juin 2014 chez Rivages sous une nouvelle édition : Manuel de chasse et de pêche à l’usage des filles.

Ce n’est pas toi que j’attendais

Il m’arrive souvent de me promener dans les rayons des bandes dessinées de mes librairies préférées. À chaque fois que j’arrive dans ces rangées, je sais que je vais faire une petite folie. Ma cousine m’avait déjà glissé un mot sur ce roman graphique, «Ce n’est pas toi que j’attendais». Lorsqu’elle m’apprit que l’histoire parlait d’une enfant ayant la trisomie 21, j’ai su que c’était une lecture pour moi. Au cours de mes nombreuses expériences de travail, j’ai eu la chance de côtoyer des enfants trisomiques. Pour moi, ce sont des enfants bonbons, toujours présents pour vous donner de l’amour. Il ne faut pas oublier qu’ils ont chacun leur personnalité et outre leur maladie et leurs traits physiques, ils sont comme vous et moi. Je peux vous dire que j’en ai connu une qui était bien ratoureuse et mesquine. Ah!… que de bons souvenirs tout de même.

L’attrait de cette BD est l’envers de la médaille. C’est de faire la rencontre de ces parents qui vont accueillir l’enfant dans leur famille. Ce fut le cas du bédéiste Fabien Toulmé qui nous raconte son histoire et le deuil qu’il a dû faire. Déjà père d’une petite fille, lui et sa femme attendent une deuxième fille. Cependant, il vit avec la peur que sa deuxième soit trisomique. Tout au long de la grossesse, rien ne semble alarmant et les examens de révèlent rien de particulier. L’auteur reste tout de même dans le doute.

Voilà que la petite Julia fait son apparition. Ce fut un choc pour Fabien. Refusant de la prendre dans ses bras, d’annoncer la nouvelle à ses collègues, la seule chose qu’il réussit à faire est de pleurer. Il doit vivre plusieurs deuils, celui de ne pas avoir la petite fille qu’il attendait, mais aussi celui où il se voyait encore déménager, parce qu’il est un oiseau migrateur. Dès les premiers jours de Julia, Fabien et sa femme seront accompagnés, leur expliquant ce qui va arriver avec Julia. Les médecins et leurs proches tenteront de les rassurer. Mine de rien, ce fut très informatif.

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Photo : Karina

Chacun des chapitres est accompagné d’une couleur différente, ce qui donne un certain ton à l’histoire. Les couleurs chaudes lors de moments joyeux et les tons froids pour les moments plus tristes.

Au cours de ma lecture, j’ai pu constater la tristesse du parent, plus précisément du père, face à sa nouvelle réalité. Et ensemble nous apprenons à aimer sa fille. Tout comme le père, nous sommes heureux des réussites de sa fille, la première fois qu’elle se tient debout, ses premiers pas, etc. Julia semble être l’une des merveilles du monde. Je fus particulièrement touchée lorsque j’ai constaté qu’à la fin de la BD nous pouvons voir des photos de la vraie Julia et comme elle est mignonne !

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Photo : Karina

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Photo : Karina

Ce qui m’a le plus émue dans l’histoire, c’est le moment où ils vont dans un groupe de soutient de parents. Dans ce groupe, il y a des familles de d’autres nationalités et je trouve cela pertinent (et triste) de constater leur perception de la maladie.

Je vous conseille cette BD parce qu’elle est tout simplement touchante et que nous retrouvons une belle histoire d’amour.

Je vous invite également à lire ces deux articles de Marjorie qui parle de son expérience avec sa grande sœur trisomique. ICI et ICI

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Photo : Karina

Les muets de Monet

Il y a deux ans, presque jour pour jour, je me suis promise à l’homme que j’attendais depuis toujours. Notre amour a pris forme dans l’ombre d’un arbre. Il en a fait son modèle et depuis, il ne cesse de croître. Dans ce moment d’épanouissement, je nous ai imaginés flottants dans un tableau de Monet et j’ai donné naissance à ce texte:

Les muets de Monet

Nous avions arrêté le temps un dimanche après-midi. L’union de nos deux êtres permettait un souffle plus long. Nos vies avaient soudainement droit à un temps mort.

Même les nuages étaient partis en vacances.

Nous découvrions notre univers au même rythme, sur la même note, un toucher à la fois. La synchronisation de cet instant n’avait pas été établie de prime abord.

La mélodie de la béatitude était son guide.

Seule la timidité gardait nos doigts loin de ceux de l’autre. À plusieurs reprises, ils se sont frôlés, nos corps furent alors parcourus de frissons. Deux gamins qui partagent la même envie sous une pluie de fébrilité.

Puis, tu m’as fixée. J’ai rougi.

Il en avait été ainsi. Nous étions couchés côte à côte sous la lumière d’un soleil brûlant. Nous avions parlé des fourmis sous l’arbre au milieu du parc. Mes petites mains fines faisaient l’amour à l’herbe verte.

Nous étions les personnages d’une toile de Monet.

Peu de mouvement, peu de bruit, c’est dans notre immobilité que nous vivons réellement. Les silences qui nous séparaient ne faisaient que rapprocher nos respirations. Nous étions ensemble dans l’air. La capacité de vagabonder jusqu’à l’autre sans un geste ni une parole, seulement l’envie de le faire, nous émoustillait.

Tu es mon lieu d’ancrage, l’endroit où je dépose mes bagages.

Ton long corps étendu était invitant. Il m’appelait, un peu comme le phare alerte le navire dans une nuit brumeuse. Elle tirait à sa fin, celle-là. Dans ma robe tachée d’ancres, je ne voyais que tes yeux dans l’immensité de leur bleu qui chassait mon noir d’antan. Le peintre avait utilisé ses plus belles couleurs pour nous créer. La lumière que nous projetions devait marquer le monde à jamais. Nous étions ici pour y rester.

Personnages réels d’un univers inventé.

Je ne voulais pas que tu me laisses partir. Je voulais me faire un nid dans ton esprit. Nous avons commencé par nous loger dans les mains de l’autre. Les petites voyageuses t’ont parcouru avec curiosité et plaisir.

Sous tes doigts, je suis fragile, une plume sur le vent.

Je ne voulais pas te laisser t’envoler. L’heure d’or nous rappelait que tout n’est pas éternel, même ces moments où vous avez arrêté le pendule. Le voyage terminé, j’ai voulu tout fixer, question de ne pas oublier.

Nous sommes des personnages d’une toile de Monet jusqu’au prochain après-midi d’été où à nouveau nous pourrons reprendre vie.

 

Chronique « Écrire l’indicible »: Les Sangs d’Audrée Wilhelmy, le conte de Barbe Bleue revisité

Cette chronique vous présente des récits qui traitent de sujets difficiles, mais qui se doivent d’être partagés, que ça nous touche de près ou de loin. Parce que l’écriture permet de tout dire.

On connaît toutes, du moins presque, le conte de Barbe Bleue. Cette histoire de Charles Perreault est assez lugubre si l’on considère que les contes s’adressaient souvent aux enfants, à cette époque. L’homme, d’une laideur horrible, est voué à l’échec auprès des dames et on sait ce qui est arrivé à celles qui ont osé se lier à lui… Audrée Wilhelmy, dans sa réécriture du conte de Perreault, offre une version toute aussi sinistre. C’est la réédition de son roman Les Sangs (initialement publié chez Leméac en 2013) aux éditions Grasset en mars 2015 qui m’a invitée à lire cette œuvre.

Comme il s’agit d’une adaptation, je qualifierais son roman de «Barbe Bleue nouveau genre»; tous les éléments du conte de Perreault sont présents, mais modifiés. Nous retrouvons des femmes, sept femmes, desquelles nous connaîtrons l’histoire à travers leur propre écriture. En effet, Wilhemy réécrit le conte de Barbe Bleue sous la forme d’un journal personnel, dans lequel les voix des sept femmes se font entendre. Car chacune des femmes de Barbe Bleue, renommé Féléor Barthélémy Rü, laissera un carnet derrière elle. Chacun des chapitres est donc nourri d’une écriture différente, laissant la lectrice découvrir le récit des femmes, mais aussi le talent de Wilhelmy, qui maîtrise chacune des plumes de ses personnages fictifs. Puis, après chacune des histoires, l’auteure présente la vision de Barbe Bleue. Celui-ci présente sa version des faits, mais précisément les circonstances de la mort de chacune de ses sept épouses, à qui il consacrera par ailleurs une pièce dans son château. Dans la version de Wilhelmy, donc, la pièce où se retrouvent les femmes de Barbe Bleue se transforme en plusieurs pièces, chacune enfermant des souvenirs de la défunte.

dark-nature-night-1404-525x350Je mentionnais donc, que nous apprenons les circonstances de la mort de chacune des femmes. Et c’est là où ça choque. Une femme est tuée, mais derrière sa mort se cache une histoire sordide: d’une femme qui se gave jusqu’à en mourir à la femme que Féléor ordonnera à des chiens de manger, en passant par une femme qui s’empoisonne pour faire des «expériences», ce récit est traversé par un questionnement sur les fantasmes de l’humain, sur le désir sexuel, animal. J’ai dû longuement m’interroger, après avoir refermé le livre, sur ce que signifiait toute cette violence. J’ai été heurtée: chaque femme est tuée par un homme qui les domine, qui a le pouvoir sur elle. J’ai dû en faire une deuxième lecture pour y chercher un sens nouveau, pour comprendre pourquoi cette œuvre m’avait bouleversée, mais surtout était-ce positivement ou négativement.

D’abord, j’ai réalisé un aspect majeur de l’œuvre: si chacun des personnages féminins est tué, il a tout de même le pouvoir de d’abord prendre la parole. Puis, il faut voir dans l’écriture de Wilhelmy, un profond questionnement sur la violence des rapports amoureux. Cette écriture graphique de la violence n’est pas gratuite; elle choque, mais elle choque pour les bonnes raisons. Finalement, la femme n’est pas soumise à la domination masculine, mais soumise à son propre désir. Ainsi, d’une certaine façon, elle reprend le contrôle de son corps. Abigaëlle écrit, en parlant de l’ancienne amante de Féléor:

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«Il a aimé prendre son corps comme il prend le mien, des corps qui lui appartiennent vraiment parce nous sommes d’accord pour qu’il les traite comme il le fait ». 

Féléor apparaît plutôt comme un guide, comme celui qui portera ces femmes jusqu’au bout de leurs désirs, soit dans la mort, car c’est bel et bien elles qui lui demandent de les tuer. Il n’est plus le Barbe Bleue meurtrier, mais un catalyseur de fantasmes cruels.

Il y a quelque chose de dérangeant, bien sûr. Mais là n’est-il pas le propre de la littérature? La lectrice et le lecteur sont confrontés à des fantasmes tordus, mais non pas interdits. Il y a beaucoup à voir avec l’instinct, dans ce roman, que l’auteure cache sous une écriture des sentiments: elle traduit ceux de ces femmes qui nous parlent, sublimant ainsi l’horreur de ces images par une magnifique écriture du cœur, et légitimant toutes les formes de désir.

 

Critique du documentaire – « The power of the heart » / « L’infinie puissance du cœur »

Dernièrement, j’ai vu « The Power of the heart » / « L’infinie puissance du cœur » et j’ai trouvé que c’était particulièrement touchant et magnifique comme documentaire, basé sur le livre du même nom. Avant de vous en parler davantage et de vous raconter ce dont j’en ai pensé, je dois vous parler de moi rapidement. Ça vous aidera à comprendre ma vision, j’en suis certaine.

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Je suis vraiment une fille de cœur, c’est-à-dire que je prends (très) souvent mes décisions importantes en fonction de ce que mon cœur me dicte de faire. D’ailleurs, je ne devais pas vous parler de ce documentaire, car c’était d’un autre dont je devais vous faire la critique cette semaine et je me plais à penser que c’est mon cœur qui l’a choisi. Je suis vraiment une personne intuitive et je ressens beaucoup les vibrations et émotions des autres. Je crois tellement que le cœur a toujours raison qu’un de mes tatouages me le rappelle constamment avec la phrase suivante « You must follow your heart » et j’y crois dur comme fer. Récemment, j’étais dans une période assez difficile de ma vie (crise existentielle de la vingtaine, allô!) , alors disons que ce documentaire est arrivé juste à point pour me rappeler l’importance d’écouter son cœur qui est beaucoup plus qu’un simple organe.

Il y a une quinzaine d’icônes et artistes qui ont participé à ce film, dont Paulo Coelho (que j’aime d’amour!), feu Maya Angelou (qui est si mignonne et drôle dans le documentaire), Jane Goodall, Eckart Tolle, Isabel Allende… pour ne nommer que ceux-là. Devinez quoi ? Et oui, encore une fois, j’ai pleuré solide en l’écoutant, c’est vraiment l’histoire de ma vie ! Vous allez finir par croire que je pleure tout le temps ! 😉

Bref, dans le film on nous parle d’une expérience étonnante qui a été effectuée sur plusieurs personnes à travers le monde, la « heartmath experience ». Reliés à divers détecteurs, les gens étaient exposés à des images (belles et horribles) de façon totalement aléatoire pendant une certaine période de temps. Par la suite, les gens devaient appuyer sur un bouton pour faire défiler les images avec un écran noir en intervalle. Étonnamment, sans savoir quelle était l’image qui sortirait ensuite, leur cœur savait d’avance si l’image serait belle ou horrible et réagissait avant même que leur cerveau ne leur signale. Résultat, notre cœur nous connaît mieux que nous-même. Ce qui m’amène à vous parler d’intuition profonde, ce dont traite réellement ce documentaire.

Paulo Coelho, auteur de roman à succès, explique qu’il a toujours voulu être écrivain mais que ses parents trouvaient qu’il ne s’agissait pas d’un (vrai) métier payant. Alors il a fait ses études en droit pour finalement tout lâcher et écrire son premier roman à l’âge de 40 ans. Il explique que profondément, il a toujours su que c’était ce qu’il voulait faire. Il nous rappelle également de laisser une chance à nos rêves d’enfants , même ceux qui nous semblaient complètement fous (voir l‘article excellent de Raphaëlle à ce sujet). Selon lui, pour connecter avec son cœur, il suffit de reconnecter avec l’enfant en soi. Aujourd’hui, son seul désir est de réussir à partager son âme à ses lecteurs et de l’argent il n’en manque pas du tout ! Dans les dents, les parents !

Une des parties les plus touchantes de ce documentaire, c’est l’histoire de Kristina Chesterman, étudiante en soin infirmier et donneuse de sang invétérée. Décédée beaucoup trop rapidement d’une mort tragique (un jeune homme saoul l’a happée alors qu’elle était à vélo à quelques mètres de chez elle et abandonnée sur le bord de la route), ses parents ont décidé de raconter son histoire dans le film. Kristina était une jeune fille pleine d’ambition et évidemment pour qui le don d’organe était primordial. Après sa mort, alors que sa mère fouillait son appartement, elle est tombée sur une trousse de maquillage contenant uniquement des feuilles de papier. Il s’agissait de sa « Bucket list » du même type dont je vous parlais dans cet article. Sur sa liste, le point numéro 1 était d’être à 4 endroits en même temps. Un endroit aux Etats-Unis permet de réaliser cet exploit, il s’agit d’un endroit où 4 états se chevauchent à un point précis. Kristina n’aura jamais pu réaliser son premier point mais elle aura réalisé quelque chose de plus formidable encore. Celui d’être à 6 endroits en même temps grâce aux dons de ses organes ! Là je sens que vous voyez où je vais en venir, évidemment la mère de Kristina souhaitait retrouver le cœur de sa fille. Que fût sa surprise lorsqu’elle apprit que le cœur de celle-ci se trouvait dans le corps d’une infirmière retraitée de 64 ans et dont le curriculum de sa vie s’apparentait énormément (trop) à l’ensemble de la bucket list de sa fille décédée. Une rencontre fut organisée entre elles et évidemment c’était très touchant (préparez les mouchoirs!). C’était tout simplement, selon sa mère, comme si le cœur de sa fille l’avait choisie. La dame en question s’est engagée à réaliser les points de la bucket list de Kristina qu’elle n’avait elle-même jamais réalisés. D’ailleurs, elle en réalisera un au cours du documentaire et c’est vraiment magnifique comme scène. Je sais, c’est vraiment beau et totalement vrai en plus! D’autres anecdotes sont vraiment fortes dans ce documentaire, dont celle d’un groupe de femme ayant vécu le génocide… assez terrifiant et troublant. Il vous sera impossible de rester de glace en écoutant et en voyant la reconstitution de leur histoire et la force de leur intuition et de leur cœur.

En finissant, je vous laisse sur ces 2 magnifiques phrases à méditer qui me sont restées longtemps en tête après le visionnement du documentaire :

  • Si on ne fait pas confiance à notre propre cœur, à qui peut-on faire confiance?
  • La force se trouve en chacun de nous, il faut seulement avoir confiance en son instinct.

Et vous, êtes-vous du type cœur ou tête ? Est-ce que votre cœur ou votre intuition vous ont déjà sauvé de certaines situations ?

Noé: De la Genèse au grand écran

Par Kimberley Ryan et Valérie Valois

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Chez le fil rouge, nous sommes encouragées à partager nos idées d’articles, à communiquer, à discuter et à collaborer. Étant toutes les deux passionnées de bandes-dessinées et de romans graphiques, l’idée d’écrire un article sur un de ces livres nous semblait une idée à explorer. Alors, par le froid intense du mois de février, on s’est planifié une rencontre en plein centre-ville de Montréal pour aller bouquiner. Au tout début, notre objectif était de cibler une bande dessinée américaine, un bon vieux ‘comic’ de super héros tel que Batman ou Superman. Nous nous sommes toutefois rendues compte que ce n’était pas trop évident de choisir, tant il y avait de bons titres à notre portée. De plus, nous voulions une oeuvre qui allait nous donner du matériel pour mener une discussion animée et intéressante qui nous permettrait une comparaison livre/production cinématographique. Finalement, notre choix s’est arrêté sur la bande dessinée Noah de Darren Aronofsky, récemment adaptée au grand écran (2014) et dont le sujet est tiré de la Genèse. Afin de concrétiser notre article comparatif, nous avons même été jusqu’au visionnement du film et la lecture de la Genèse elle-même.
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