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Les mille soleils de l’entraide féministe

milles-soleils-splendidesKhaled Hosseini est né en 1965 à Kaboul en Afghanistan, mais vit maintenant en Californie. Son excellente oeuvre Les cerfs-volants de Kaboul publiée en 2005 lui a valu le Prix des libraires du Québec en 2006 et lui a permis de se faire connaître mondialement.

Mille soleils splendides, publié en 2007, est son deuxième roman. Il raconte l’histoire de deux femmes totalement différentes et éloignées qui deviendront une entité d’espoir et d’humanité. Tout d’abord, il y a Mariam qui sera obligée d’épouser un homme de trente ans son ainé et qui vivra pendant des années avec cet homme sans réussir à lui offrir un fils. Cette relation sera empreinte d’injustice, de maltraitance, de manipulation et de violence. Elle sera par la suite confrontée à l’arrivée de Leila, une jeune fille de 14 ans, dans sa propre maison. Le mari des deux femmes fera preuve d’une extrême misogynie envers ces dernières, qui passeront d’une relation conflictuelle à une relation basée sur la compassion et l’envie de s’aider mutuellement. Elles décideront donc ensemble de fuir leur mari et leur maison pour se libérer des injustices de leurs vies.

« Je sais que tu es encore jeune, (…), mais je veux que tu comprennes une chose dès maintenant: le mariage peut attendre. Pas l’éducation. Tu es une fille très, très intelligente. Vraiment. Tu pourras faire ce que tu veux plus tard, Laila. Je le sais. Et je sais aussi que lorsque cette guerre sera terminée l’Afghanistan aura besoin de toi autant que de ses hommes, et peut-être même davantage. Parce qu’une société n’a aucune chance de prospérer si ses femmes ne sont pas instruites, Laila. Aucune chance. »

« Elle est sidérée de voir combien le destin de chaque Afghan est marqué par la mort, force lui est de constater que les gens réussissent à survivre. Elle songe soudain à sa propre vie, à tout ce qui lui est arrivé, et elle s’étonne d’avoir survécu elle aussi, d’être encore vivante et assise dans cette voiture, à écouter le récit de ce chauffeur de taxi. »

Ce sera sans aucun doute une lecture ardue, non par la difficulté de la langue, mais du propos. Les thèmes abordés sont crus, quoi que totalement réalistes. La vie quotidienne des femmes décrite dans le roman est en tout point révoltante. Elles sont complètement menées par les hommes et n’ont pas la possibilité de devenir ce qu’elles veulent. Or, Mariam et Leila sont des personnages féminins qui représentent plus que tout l’espoir, l’entraide et l’humanité. Ces deux femmes s’uniront et montreront le pouvoir de leurs convictions. C’est donc évident que cette lecture sera enrichissante malgré la douleur et la souffrance qu’elle peut procurer. Néanmoins, la réflexion féministe et sociologique que soulève cette oeuvre ne peut qu’enrichir le lecteur.

Il est toujours difficile pour moi de prendre conscience des inégalités sociales dont les femmes sont victimes. Or, le roman n’est pas en soi pessimiste ou négatif, il renvoie une réalité et une problématique d’une société. Les personnages féminins de Mariam et de Leila sont, par contre, si vrais et si forts que l’on ne peut faire autrement que de s’attacher à leur parcours. C’est une lecture qui a provoqué chez moi un inconfort, mais surtout qui m’a fait prendre conscience d’une autre réalité et du pouvoir de l’entraide et de la force féminine.

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Mille soleils splendides, Khaled Hosseini, Belfond, 2007

« Ce livre-là n’est pas pour toi! »

Quand j’étais ado, j’aimais me rendre à la bibliothèque de mon école secondaire pour y emprunter des romans, souvent plusieurs par semaine. Ayant toujours eu un faible pour les littératures de l’imaginaire et plus particulièrement les romans de fantasie (c’est-à-dire les histoires se déroulant dans des univers moyenâgeux remplis de magie, de guerres et de créatures mythologiques), j’aimais bien me gâter un peu et emprunter des livres de la collection « Les Royaumes oubliés », regroupant des récits inspirés d’un univers conçu à l’origine pour le jeu Donjons et Dragons.

Malgré ce que vous pensez peut-être, je ne ressentais absolument aucune honte à aller emprunter ce genre de livres, même si être geek n’a pas trop la cote à l’adolescence. Ce qui me mettait hors de moi, c’est que chaque fois que je passais au comptoir de prêts pour faire enregistrer mon emprunt, la bibliothécaire (qui me connaissait bien et savait que j’empruntais des livres de cette collection de façon régulière) ne manquait pas de m’adresser le commentaire suivant: «Ça m’étonne que tu lises ça, c’est des livres de gars!»

À. Chaque. Fois.

À chaque fois, je lui répondais que ça m’était égal, que c’était ce que j’avais envie de lire. Et je repartais de la bibliothèque en pestant contre les stéréotypes de genre, même si à l’époque je ne les considérais pas encore comme un enjeu de société, et même si je n’avais aucune idée que ça portait vraiment un nom. Ça m’enrageait, et ça me suffisait.

Aujourd’hui encore, je deviens verte quand j’entends, à la librairie, une mère dire à sa petite fille qui choisit un roman d’action : «Ah, non Léa, je t’achèterai pas ça, c’est un livre de gars!» ou, encore, un parent dire à son garçon qui choisit un roman avec du rose sur la couverture : «Ben non, Simon, ça c’est un livre de filles, t’as pas envie de lire ça, quand même?» Parce que ça arrive.

Même en 2015, ça arrive encore.

Instinctivement, l’enfant est attiré par un livre pour une raison. Peut-être que c’est la couverture qui lui plaît, peut-être que le résumé lui parle. Peut-être qu’il va lire le livre et détester l’histoire, finalement; peut-être qu’il va découvrir que l’histoire est encore meilleure que ce qu’il s’imaginait. En réalité, ça importe peu. Ce qui importe, c’est que l’enfant a choisi ce qu’il voulait lire, et que ça a contribué à améliorer son autonomie et sa capacité à faire des choix (rien que ça!)

Malgré cela, des clients qui me demandent des conseils émettent trop souvent des jugements terribles à l’égard de leurs enfants, petits-enfants ou neveux, sans se douter que leurs commentaires gratuits me rendent passablement agressive :

«Vous voulez dire que le livre qu’elle a écrit sur sa liste, c’est une affaire avec des combats pis des monstres dedans? Ah ben non là, le cadeau c’est pour ma petite-fille, fait que j’veux rien choisir qui parle d’affaires de même… ça fait ben trop tomboy pis j’veux pas encourager ça!»

«Il est tellement fragile, tellement sensible… en plus, y’aime les histoires d’amour, pour un p’tit gars, ça fait dur! Le dernier livre qui lisait, c’était lui là, avec les paillettes… pis y’avait l’air d’aimer ça, en plus! Pouvez-vous croire!»

«Ils m’ont demandé des bandes dessinées… mais y’en est pas question. C’est pour les bébés, ça, pis y’ont presque douze ans! Y savent lire assez bien pour pas choisir des livres pleins d’images, franchement!»

Les commentaires précédents, je les ai tous déjà entendus. Plus d’une fois. Et ça me fâche, en même temps que ça me désole.

Je suis tout à fait d’accord qu’un enfant de huit ans ne devrait pas lire un roman adressé à un public adolescent; je peux entièrement comprendre les parents qui sont réticents à acheter certains livres en raison du contenu violent, de la sexualité plus explicite ou du niveau de maturité qui n’est pas adéquat pour leur enfant. Cependant, je ne comprendrai jamais les parents qui interdisent à leur enfant d’accéder à un livre conçu pour son âge et dont le contenu n’a rien de traumatisant, simplement parce qu’ils estiment que ça ne convient pas à l’image idéalisée qu’ils se font de leur fille ou de leur garçon. Bon, j’exagère peut-être un peu, mais je crois qu’il y a un fond de vérité là-dedans.

Heureusement, tous les parents ne sont pas comme ça: plusieurs d’entre eux sont ouverts d’esprit, comme l’ont été les miens, à l’époque (merci maman, merci papa!) Au travail, encore une fois, je me souviens avoir vu des parents qui, après avoir dirigé leur enfant dans la section adéquate pour son niveau de maturité, lui ont permis de choisir ce qui lui faisait envie. Sans passer de commentaires négatifs ou moqueurs. Sans juger.

Seulement en affichant un sourire, parce qu’ils étaient heureux d’avoir un enfant qui aime lire, tout simplement.

Dans ma bibliothèque

Dans ma bibliothèque, il y a de ces mots qui vous parlent, qui font rêver et qui font du bien. Des lectures légères et des folies lyriques, une passion et un cœur d’enfant avec la soif d’aventures, soif de mots.  Au travers de cet article donc, cinq livres au style diversifié, qui me tiennent à cœur et que je vous propose pour votre liste de livres à lire. Lire la Suite

Ma vie, ta violence, notre Kubrick

C’est étrange comment certaines œuvres littéraires, cinématographiques, picturales, etc., peuvent laisser une trace indélébile, quasi inaltérable, en nous et comment d’autres nous effleurent sans jamais faire mouche. Je me souviens encore de la fois où un de mes professeurs avait exigé le visionnement du Shining de Stanley Kubrick. Et moi, en parfaite inculte, je n’avais, à vrai dire, jamais entendu parler ni du film ni du réalisateur. Je suis donc allée au club vidéo (ben oui, ça existait encore dans l’temps!) chercher le DVD sans trop savoir à quoi m’attendre. Et, quand les premières images du film sont parvenues jusqu’à mes yeux éblouis, un monde venait de s’ouvrir.

C’était plus qu’un film d’horreur, plus qu’une adaptation du roman du même titre de Stephen King (et, en passant, reniée par celui-ci), c’était plutôt le film qui allait me faire découvrir le cinéma sous un nouveau jour, qui allait me pousser à poursuivre des études universitaires dans le domaine du septième art.

Simon Roy, professeur au Collège Lionel-Groulx, raconte en fait dans son tout premier roman, Ma vie rouge Kubrick, paru en 2014 sous les Éditions du Boréal, comment le Shining (L’Enfant lumière en version française) a su s’inscrire en lui par un troublant écho avec son histoire familiale. C’est à l’âge de dix ou onze ans, une soirée d’été, seul à la maison, qu’il a eu son premier contact avec l’œuvre cinématographique qui passait à la télé. Une réplique, une seule, proférée par le chef cuisinier Dick Hallorann, le hante depuis ce jour : « Tu aimes les glaces, canard? ».

C’est, à vrai dire, dans le cadre du défi « En 2015, je lis un livre québécois par mois », amorcé par Le fil rouge, que le roman de Roy m’est apparu comme un choix obligé. Un livre qui parle d’un de mes films favoris s’entremêlant au récit d’un héritage bouleversant? C’était parfait, juste parfait.

Roy, à travers une structure épisodique judicieuse, fusionne toutes sortes de choses et c’est là, en fait, que se trouve la beauté de son roman. D’un chapitre à l’autre, d’un épisode même à l’autre, on saute d’éléments presque documentaires sur le tournage du Shining, sur les acteurs (Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd), sur la vie du grandiose et perfectionniste Kubrick qui entretenait l’obsédante obsession du nombre quarante-deux.

Puis, s’ajoute des faits historiques de tueries aux États-Unis, au Québec, jeunes adultes troublés, maladies mentales, mais également un trop plein de fictions violentes qui affectent et qui poussent (peut-être?) certaines personnes à passer à l’acte ultime de détruire la vie d’un autre…On pense notamment à la fusillade de Columbine, Polytechnique et le cas de James Holmes qui a tiré à bout portant dans une salle de cinéma dans l’état du Colorado projetant le Batman de Christopher Nolan. La fiction peut-elle nous influencer en mal?

À tout cela s’entremêle la vie de l’auteur, ses tragédies, la mort d’une mère, une filiation violente et meurtrière. Une sorte de journal intime où l’auteur donne l’impression de chercher des réponses à travers l’écriture même de son roman, à travers sa plume d’une très grande (et belle) sensibilité. Un récit d’intériorité qui livre l’incompréhension d’un drame survenu en 1942 et qui se répercute encore et encore sur l’héritage familial. Parce qu’on hérite tous, sans exception, d’une histoire qu’on n’a malheureusement pas choisie. Une histoire qui, parfois, est laide, très laide.

Peut-être qu’on éprouve quelques difficultés, dès les premières pages, à saisir cet assortiment hétéroclite de faits, de tranches de vie, d’analyses pointues du chef-d’œuvre de Kubrick. Mais tout finit par s’assembler. Petit à petit. De façon magistrale. Comme un puzzle où chaque pièce a son importance. Et, à la fin, le tableau est simplement magnifique.

Et de toute évidence, le livre de Roy s’apparente également à la structure essayiste. L’auteur cherche, essaie de trouver, d’ébaucher des réponses à certaines grandes questions existentielles. Pourquoi la violence humaine? Pourquoi enlever la vie à un autre ou se priver soi-même d’exister? C’est le récit de l’incompréhension d’une existence parfois trop dure parce que, tout au long de notre vie, «le soleil s’évertue à essayer de déjouer les nuages».

C’est le récit aussi du vide quand on perd un être cher. Quand on perd notre mère. Parce que, peu importe l’âge, une mère, c’est supposé être éternelle. Une mère, c’est supposé vouloir vivre, mais ça «ne se transmet pas par injections ou par comprimés cette étincelle qui nous encourage à continuer. Oubliez les solutés et les seringues, on ne gave pas quelqu’un du désir de vivre». L’histoire de notre famille nous suit, nous accable, peut-être parfois ou pour toujours, elle nous détermine aussi quelquefois. Mais elle n’est pas forcée de se répéter encore et encore. Il y a toujours espoir. Quelque part.

Une grande réflexion sur la violence d’une intériorité modeste et sans superflu. Les mots de Roy sont percutants, imagés, empreints d’une beauté infinie. Ça frappe comme un boulet de canon.

Et j’entends encore les chants célestes de Sigur Rós emporter avec eux, d’une chambre d’hôpital, une vie.

Mes Comics: Batman – Earth One

Compulsive. Je pense que je suis obsédée au sujet de Batman ces temps-ci. Grâce à cette obsession, j’ai découvert l’univers de Earth One. Il s’agit de nouveaux récits redéfinissant l’origine de nos personnages préférés de DC. Pour l’instant, nous avons Superman, Batman, et Teen Titans avec une bande dessinée fort anticipée de Grant Morrison sur Wonder Woman (qui a l’air EXTRAORDINAIRE). Je vais certaiment lire tous les numéros, toutefois, dans l’immédiat, je n’ai lu que le premier tome de Batman: Earth One et c’était rien de moins que fantastique.

Dans Batman: Earth One, la mythologie de Batman est redéfinie, et ce, avec brio. Geoff Johns est le directeur de la créativité chez DC (oui, c’est son poste officiel), il est le génie derrière une multitude de bandes dessinées et a travaillé en étroite collaboration sur différents projets pour la télévision, notamment Smallville, Arrow et The Flash. Il est également l’auteur responsable de l’histoire géniale qu’est Batman: Earth One. En plus de Geoff Johns, vous avez droit aux illustrations sublimes de Gary Frank, un artiste britannique plus que talentueux.

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Comme je vous l’ai élaboré précédemment, le bestseller Batman: Earth One redéfinit l’histoire et l’origine de Batman. Pour certains, changer le mythe de Batman peut être un blasphème, toutefois je trouve que pour une personne qui commence tout juste dans ce milieu, de lire une oeuvre qui t’introduit au personnage peut être fabuleux et bénéfique. Par ailleurs, pour ma part j’ai trouvé qu’ils conservaient très bien l’essence du personnage de Batman.

Le tome 2 tarde puisqu’il était dû pour 2014, mais devrait paraître maintenant en mai 2015. Étant complètement charmée par le tome 1, il est certain que dès la parution du tome 2, je me le procurerai. Le premier tome nous introduit aux personnages importants du monde de Batman, dont le jeune Bruce Wayne et ses parents tués par un malfaiteur dans une allée derrière un théâtre. De plus, il est question des origines du butler de Bruce Wayne/Batman, Alfred Pennyworth, un ancien vétérant, et du Commissionaire Gordon. Le vilain principal de l’histoire est le Maire Oswald Cobblepot, ou le Penguin qui, dans Earth One, est à l’origine du meurtre de Martha et Thomas Wayne qui posaient une menace à son règne en tant que maire de Gotham et chef d’un réseau de crime organisé.

J’ai particulièrement trouvé intéressant de voir la création des motivations du personnage de Batman et, plus précisément de Bruce Wayne. Il est vrai que le personnage semble être imbattable et motivé simplement par la justice, toutefois à son origine il était définitivement motivé par la vengeance et le désir de connaître la vérité. Aussi, j’ai particulièrement aimé la réalisation que la police de Gotham est complètement paralysée par la peur du règne de Cobblepot et ses henchmen. Ils craignent pour leurs vies, ainsi que pour celles de leur famille.

J’ai aussi beaucoup aimé le petit teaser de la fin qui laissait croire que dans le prochain tome, le vilain protagoniste sera The riddler, un personnage qui me fascine. Aussi, à la fin on comprend que Barbara Gordon entretien une fascination pour le Batman et on la voit dessiner une esquisse de Batgirl. J’ai bien hâte de voir les prochains tomes, je trouve que Geoff Johns et Gary Frank on commencé cette série avec un tome spectaculaire et qui augmente les attentes envers les tomes subséquents.

**Salut, petit apparté pour dire que ma série sur les bandes dessinées de super héros sera maintenant identifiée par le sous titre: Mes Comics. Ainsi, si cette série vous intéresse, c’est le titre que je lui donne. Les publications seront toutefois sporadiques puisque je lis des comics seulement de temps à autres et je tiens à vous parler seulement de ceux qui sont, pour moi, des coups de coeur.

Entre un corps cactus et la peur de vieillir

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Crédit photo : Jérémie Bertrand

Demoiselles-Cactus, c’est avant tout l’histoire de Mélisse, une femme (fille?) qui est continuellement en refus de grandir, de vieillir, d’accepter le temps qui passe. Atteinte de troubles alimentaires tels que l’anorexie et la boulimie, on l’a suit dans ses pensées chaotiques, son mal être et sa grande solitude.

Melisse est complexe, froide, instable, oserais-je dire, folle. Elle traverse la vie en ayant en tête des pensées confuses, enfantines et blessantes, surtout envers elle-même. Ses troubles alimentaires l’amènent à avoir un regard ultra noir sur le monde médical et un ton vraiment méprisant. C’est un peu la complexité du personnage qui vient retarder le déroulement de l’histoire… J’avoue que je n’ai pas été entièrement charmée par ce premier roman de l’auteure Clara B.Turcotte. J’ai trouvé qu’il y avait trop de thèmes dans le roman et qu’ils étaient souvent trop en surface.

Je m’explique: Mélisse vit avec l’autre, son « chum », même s’ils ne partagent aucune intimité ensemble. Elle se doute clairement qu’il consomme de la pornographie juvénile, mais prend lentement conscience du besoin d’éclaircir cela. Déjà là, on tient un roman tout entier, mais on laisse trop souvent de côté ce mystère. La vie de Mélisse tellement empreinte de solitude l’amène à consommer et à rester figée dans ses rêveries. Elle reste là à regarder la vie des autres en attendant de vivre la sienne. Figée dans son corps dont elle est prisonnière, on la voit divaguer dans ses pensées chaotiques. Incapable d’avoir une relation saine avec son corps, autant au niveau de l’alimentation que de la sexualité.

Cet autre dans la vie de Mélisse vient complexifier encore le personnage, est-ce qu’il avait un rapport de domination avec elle? On n’en dit pas trop… Compte tenu de son corps filiforme et de son envie de rester une jeune fille, j’étais coincée à essayer de définir cette relation si profondément malsaine. Par la suite, elle reprend contact avec un ancien voisin, Charlot, tout autant brisé et mal dans sa peau. Je n’arrivais pas à comprendre le chemin de Mélisse… Cependant, c’était peut-être le but? Nous plonger dans le quotidien illogique, tragique et malade de Mélissa. Si oui, bien joué, je me suis sentie dénuée de pouvoir pour aider cette jeune fille qui en a tellement besoin.

Toutefois, le trouble alimentaire de Mélisse m’a semblé extrêmement bien amené. L’écriture de Clara B.-Turcotte nous amène vraiment à comprendre les illogiques pensées de Mélisse et sa douleur profondément ancrée d’être si mal dans sa peau. Le langage cru, l’humour noir, le ton amer de Mélisse, tout fonctionne. La laideur de ses pensées et de ses gestes font en sorte qu’on y croit à la douleur du personnage.

Bref, je ne regrette pas ma lecture, ne serait-ce que par l’écriture qui m’a conquise et m’a guidée tout au long de l’histoire. Néanmoins, cette histoire est trop chargée d’éléments et je trouve parfois que ceux-ci ont été mal exploités. Je suis toutefois curieuse de suivre Clara B.-Turcotte dans ses prochains écrits, car ses thèmes de prédilection me touche: le rapport au corps, les troubles alimentaires et aussi, cette peur de vieillir et de devenir une femme.

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Demoiselles-Cactus, Clara Brunet-Turcotte, Léméac, 2015
9782760947030

Le vendeur de goyaves ou la neuvième incarnation de Vishnu

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On connait tous l’Inde en tant que pays, bien entendu, mais les particularités de sa culture et de ses religions restent un peu moins connues. Au moment même où j’ai eu ce livre entre les mains, j’avais un cours à l’université où on parlait de l’hindouisme. Belle coïncidence qui m’a permise de ne pas trop être perdue dans ma lecture. Ce n’est pas que c’est mêlant, c’est plutôt que j’aime comprendre ce que je lis au-delà du mot lui-même. Lire la Suite

La fabuleuse métamorphose de Josh Tillman

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Lors de la première écoute… je me suis imaginée arborant une longue jupe de gitane, le sourire aux lèvres et les doigts levés en signe de peace (je passerai la couronne de fleurs, trop cliché) courant dans un champ sous un soleil brûlant.

Lors de la deuxième écoute… les ombres de mon copain et moi qui valsons sur la piste de danse lors du grand jour prennent vie dans mon esprit . Particulièrement, lors de When You’re Smiling And Astride Me. Sachez qu’il en faut beaucoup pour déloger Tom Waits de ma tête lorsque je pense mariage.

Lors de la troisième écoute… le fantôme de mes pensées a finalement vu le jour puisque nous avons uni nos corps pour accompagner les délicieuses mélodies de cet homme si chaleureux. Il tombait juste à point en cette soirée de St-Valentin.

Lors de la quatrième écoute…du nouvel album de Father John Misty, I Love You, Honeybear, j’assistais à la performance en direct de celui-ci. C’est beau quand les rêves se réalisent.

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Il faut avouer que c’était la troisième fois que mes désirs fantasmagoriques prenaient forme. Mais bon, il paraît qu’on ne se lasse pas des bonnes choses. Nous avons donc bravé les -30 degrés celsius qu’affichait le thermomètre pour aller se réchauffer le coeur et le corps auprès du talentueux et sensuel artiste. En prime, nous avons même eu droit à l’enregistrement d’un son de pluie d’été en première partie. À propos, mes félicitations particulières à Guy Blakeslee, qui, même en solitaire, a réussi à projeter une voix puissante qui nous a percuté dès le début du concert.

Sans plus attendre, celui tant désiré est monté sur la scène, bien attriqué d’un complet noir et de sa démarche désinvolte. Il a empoigné le pied de son micro et a lancé les premières notes de I Love You, Honeybear. Il n’a pas perdu une seconde en se jetant corps et âme dans la foule. La scène lui appartenait après seulement quelques minutes de familiarisation. Nous avons assisté à la transformation de Josh Tillman en son alter-ego, ce fameux Father John Misty. Il ne fait aucun doute que cet énergumène est un personnage haut en couleurs, un brin imbu de lui-même et ô combien prêt à dialoguer avec son public.

On ne pourrait négliger que l’homme est très séduisant et que l’attention qui lui est portée l’importe grandement. Il joue donc le jeu à la perfection en se déhanchant de façon démesurée pour le plaisir des spectateurs, mais surtout des spectatrices. Je soupçonne que True affection ait été écrite simplement pour satisfaire ce besoin qu’il a de se trémousser. Au moment où ils ont entamé ce morceau, il s’est élevé vers le ciel un peu comme Notre Père (analogie à faire?) sur la batterie et nous a offert une performance dansée digne des Dieux.

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La foule a répondu avec enthousiasme à l’appel à la fête de l’artiste. C’est alors qu’il s’est adressé à elle:

Montréal, vous êtes ce que j’espérais de New-York.

Il n’en fallu pas plus pour enflammer le Théâtre Corona. Il est revenu à ses sources, par la suite, en interprétant une pièce de son premier album, Fear Fun, au grand plaisir du public.

L’apogée de mon extase est arrivée alors qu’il demandait le silence dans la salle. Il allait entamer LA chanson de son dernier opus, When You’re Smiling And Astride Me. Dès la première écoute, cette chanson m’a heurtée par la sincérité de l’homme qui se met à nu en assumant qu’il croit avoir trouvé le grand amour et qu’il est effrayé par cela

D’ailleurs, il a souligné que nous tombions bien vite dans l’intimité. Il nous a demandé alors de ralentir la cadence dans notre relation amour-musique. Pour ce faire, il a enfourné sa guitare et présenté son fil d’amplificateur comme le St-Graal. Il a fait s’unir l’instrument et son acolyte avec puissance avant d’improviser un solo enivrant, mais silencieux. Comme quoi la force de la musique est parfois dans la présence sur scène de l’artiste. C’est donc dans une ambiance beaucoup plus festive que Father John Misty a interprété plusieurs titres plus mouvementés tels que This Is a Sally Hachet, I’m Writing a Novel et The Ideal Husband. 

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Après s’être déchaîné sur les dernières pièces, il ne s’est pas arrêté là en faisant à nouveau honneur à son premier album grâce à deux de ses classiques, Hollywood Forever Cemetery sings et Funtimes in Babylon. Il était déjà l’heure qu’il nous prévienne de son faux départ:

You know what I mean?, nous a-t-il lancé, appuyé d’un clin d’oeil complice.

Avant de revenir avec Bored In the U.S.A pour un rappel. Et quel rappel ce fût! Celui qui s’ennuie parfois un peu aux États-Unis a avoué avoir toujours rêvé d’un état où vivraient de belles femmes francophones. C’est probablement à celles-ci qu’il a offert, par la suite, sa propre interprétation de I’m Your Man, d’un artiste bien de chez-nous, Leonard Cohen. Il n’y avait pas le moindre soupçon à se faire, il était bien l’homme de la place. Comme à son habitude, il a finalement achevé son ascension fulgurante avec sa pièce Everyman Needs a Companion. 

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Je n’ai qu’un regret au cours de cette soirée et c’est de n’avoir pas conservé ma place en première rangée du parterre. En montant au balcon, je n’ai pas pu faire partie du câlin collectif orchestré par Father John Misty. J’en suis venue à me dire que mon copain devait être arrangé avec le gars des vues. En faisant ce choix de monter, il savait qu’il m’aurait toute pour lui. Après tout, bien des hommes avaient quelque chose à envier à la bête de scène de ce soir du 16 février (pas le mien bien entendu). Si ce fameux Father John Misty s’ennuie tant chez nos voisins les Américains, je suis certaine que bien des Montréalais seraient prêts à l’accueillir à bras ouverts.

Naomi Fontaine et Virginia Pésémapéo Bordeleau : la pluralité des voix autochtones en littérature

Site des éditions Mémoire d'encrier

« J’ignore si demain me gardera intacte

Je dis que l’espoir de se laisser être

Éloigne le désespoir »

(Joséphine Bacon, Un thé dans la toundra, Montréal,Mémoire d’encrier, 2013.)

La vie sur la réserve. La vie dans la nature. L’espoir des enfants. Le désespoir des parents. Les blessures, la déception du réel, mais aussi le rire, l’humilité, le besoin de continuer. L’érotisme qui, au fond, n’est qu’une partie intégrante d’un temps cyclique.

À ma première lecture de Kuessipan de Naomi Fontaine et de L’amant du lac de Virginia Pésémapéo Bordeleau, ce sont notamment ces mots qui me sont venus en tête. Toutes deux publiées chez Mémoire d’encrier, maison d’édition qui se définit par le seul critère de l’authenticité des voix, ces deux auteures ayant des origines autochtones ont su aiguiser ma curiosité et me faire plonger davantage dans l’univers des littératures des Premières nations. L’emploi du pluriel n’est pas une erreur, il représente la polyphonie des mondes littéraires autochtones.

Quand sexualité et nature s’entremêlent

L’amant du lac, premier roman érotique écrit par une Autochtone du Québec, met en scène comme protagoniste nul autre que le lac Abitibi. C’est à travers lui que vivent les personnages et c’est dans son sillage qu’on retrouve la sexualité, la célébration de l’amour, mais aussi le viol et les cassures : « Les légendes naissent ainsi, dans le giron des histoires inventées pour raconter ce qui ne devrait pas exister. Des gestes dont même l’origine devrait être effacée » (Virginia Pésémapéo Bordeleau, L’amant du lac, Montréal, Mémoire d’encrier, 2013, p.25). L’histoire se situe d’ailleurs dans une époque antérieure au traumatisme des pensionnats, avant la négation forcée de l’identité et le pillage du patrimoine culturel.

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Site des éditions Mémoire d’encrier

Au fil des pages, c’est la rencontre de Gabriel, jeune Métis de passage au lac Abitibi, et de Wabougouni, habitante de l’endroit, qui constitue la trame principale. Il sillonne la vie de la jeune femme, s’éloigne d’elle, et dans un mouvement de ressac, revient l’abreuver. Entre temps, c’est la violence d’un départ et l’absurdité de la guerre qui nous sont données à voir. Mais une chose est claire dans ce récit, c’est qu’il se situe du côté de la vie.

Dans le roman, l’oralité et l’écrit se côtoient allégrement tout comme le font la mobilité et le mouvement. Les images et les bribes de poèmes parsèment et métissent le texte, qui l’est déjà d’ailleurs sur plusieurs plans. Sous la plume de Pésémapéo Bordeleau, ce sont diverses façons d’habiter et d’incarner le territoire qui se déclinent. Les personnages ne sont, à plusieurs égards, pas si différents du paysage qui les cerne.

L’avenir des ventres ronds

Premier roman de Naomi Fontaine, Kuessipan est un récit fragmenté qui relate la vie sur la réserve. Ce sont, sans contredit, des phrases courtes qui tombent juste. Dans l’univers de ce roman nourri par le jeu des contraires, ce sont les filles-mères et les grand-mères, les grossesses porteuses d’espoir et celles qui présagent un avenir triste, les hommes bénéficiaires d’aide sociale et ceux qui allaient chasser autrefois, qui se regardent, se confrontent et s’acceptent.

Site des éditions Mémoire d'encrier

Site des éditions Mémoire d’encrier

Aux récits des mères d’antan se joignent ceux des mères contemporaines et des filles qui en veulent à leurs aînées de donner la vie alors qu’elles en sont incapables. La maternité unit et parcourt le texte, elle symbolise un futur meilleur pour la communauté qui espère «faire grandir le peuple que l’on a tant voulu décimer» (Naomi Fontaine, Kuesspian, Montréal, Mémoire d’encrier, 2011, p. 85.) Entre le désir de tout dire et celui de ne rien dire, l’auteure trace un roman fort et bouleversant: «Bien sûr que j’ai menti, que j’ai mis un voile blanc sur ce qui est sale» (p. 11).

Kuessipan, Appittipi saghigan…

Qu’il s’agisse des thèmes, du style ou de l’époque, les deux œuvres sont distinctes sur plusieurs points. Soit. Toutefois, la présence commune de mots autochtones dans ces œuvres donne accès à une autre dimension. Par l’entremise de ces passages, c’est une culture qui se profile, mais aussi une autre façon de concevoir le monde qui ne peut se traduire. Entre le Français et les langues autochtones, ce sont les peuples qui se racontent et se réinventent et qui, au final, se permettent de regarder au loin.

Autres lectures dans la même veine :

Bernard Assiniwi, La Saga des Béothuks, Montréal, Leméac, coll. Babel, 1996.

Joséphine Bacon, Bâtons à message/Tshissinuashitakana, Montréal, Mémoire d’encrier, 2009.

Virginia Pésémapéo Bordeleau, Ourse bleue, Montréal, Pleine lune, coll. Plume, 2007.

À visionner :

Le documentaire L’empreinte qui met en vedette Roy Dupuis et qui nous plonge au coeur de réflexions à propos de l’héritage et des influences autochtones au Québec.

Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers? Car moi, j’embarque

Critique du recueil Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers ? de Joanie Lemieux 

Tryptique

Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers? de Joanie Lemieux, est un recueil de nouvelles contemporaines. Dix nouvelles, dix histoires, dix femmes qui se frottent aux mondes invisibles.

Je dois en premier lieu vous avouer que l’auteure dont il sera question ici est une grande amie à moi. J’ai choisi de critiquer son premier ouvrage Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers ? paru chez Lévesque éditeur le 17 février dernier, pour vous permettre de la découvrir. Mais je n’imaginais pas l’angoisse que ça m’occasionnerait d’émettre un point de vue objectif sur son travail. Lorsque j’ai tenu pour la première fois son livre entre mes mains, ça m’a émue. Au lieu d’un concept, d’une idée ou du souvenir des longues conversations que nous avions eues à ce sujet, j’avais devant moi un objet concret. Je me suis plongée dans son recueil comme dans les mots d’une étrangère. J’ai réussi le défi que je m’étais lancé. J’ai dissocié l’amie de l’auteure et j’ai refermé l’ouvrage complètement bousculée et ébahie.

Joanie Lemieux dédie son recueil «Aux passagers», saluant ainsi les dix femmes contenues dans les dix nouvelles constituant le recueil et par la même occasion, tous ceux et celles qui voudront prendre le train avec elle.

Ce qui compose l’univers de chacune des nouvelles c’est la cohabitation d’un quotidien où la réalité, obstruée de vérité, écrase le personnage qui cherche une issue, une manière de fuir, et d’un monde imaginaire et onirique. Plusieurs nouvelles sont en grandes parties constituées de longues descriptions détaillées pour donner naissance à des atmosphères de suffocation et d’enfermement. Avec le personnage, on cherche une porte de secours où reprendre notre souffle. Chaque nouvelle me donne l’impression d’être écrasée et de chercher par n’importe quel moyen à m’agripper à quelque chose. Ces femmes s’accrochent aux mondes invisibles, certains plus accessibles que d’autres, l’absence d’un être cher, les objets empreints de souvenirs, les rêves, ceux de la nuit et ceux du jour, les désirs et les fantasmes, les visions, la création ou la lecture. Toutes trouvent une solution, parfois fataliste, pour passer la frontière entre cette vie où elles ne trouvent plus de repères, vers celle qui les accueillera dans leurs imperfections.

«Les gens analysent parfois si longtemps qu’ils en viennent à oublier les évidences. Une moto peut briser ton corps, mais elle ne touche à rien d’autre. Ton souvenir est intact. Tes photos sont encore sur les murs. Ta voix d’enfant existe encore sur une vieille vidéocassette, elle tourne et répète les mêmes paroles […].» Extrait Sous le grand X

«Parfois, pour se distraire, elle s’imagine traverser dans une seconde ligne de vie. Une autre existence, avec un double d’elle-même aux choix et aux expériences différentes.» Extrait Itinéraires

«Marie-Ève hésite à chaque embranchement. Cette fois-ci, elle choisit la gauche.» Extrait Miroirs

«On conserve le passé en soi comme des photographies dans un album. Des moments figés. Quand on s’y replonge, tout apparaît avec une netteté troublante de réalité. On voit de nouveau, on sent, on touche.» Extrait Écume

«Une photo cornée peut-elle s’imbiber du contenu de ce qui l’entoure? » Extrait Huitième voyage

La première fois où je suis passée à travers les textes de Joanie, à l’époque encore en construction, j’ai senti la soumission des femmes à cette vie qui les retenait. Peut-être étais-je à l’époque une femme ainsi soumise à sa vie. Aujourd’hui, je suis plus libre et ces femmes, je les sens libres. Libres de partir. Je crois qu’on lit en grande partie avec ce que nous sommes au moment de la lecture. Nous nous projetons dans ces personnages. Ici, dix femmes, de tous âges, de tous lieux, de toutes situations et de toutes vies. Elles sont un peu celle que j’ai été, celle que je suis et celle que je deviendrai peut-être. Elles vivent des deuils, des histoires d’amour, une recherche de soi et de grands rêves en souhaitant dépasser le mur de l’acceptable, du convenable ou du correct. Ces femmes portent des ailes que je sens pousser dans mon dos depuis l’enfance.

Je suis de celles qui ont souvent émis le souhait de prendre le train, celui qu’on entend souffler en sourdine au creux de son oreille, qui donne le goût de courir jusqu’à ne plus avoir de souffle, jusqu’à ne plus pouvoir tenir sur ses jambes, jusqu’à délirer, jusqu’au moment où on s’affronte dans le miroir et qu’on traverse ce mur de plus. Je suis rêveuse et je traverse souvent dans une autre dimension. J’en ai besoin pour survivre dans la réalité. Je suis ces femmes.

À travers ma lecture, j’ai senti un léger décalage entre certaines nouvelles du recueil. Certaines sont nées d’une admirable naïveté que j’envie et d’autres d’une grande maturité. Cette maturité, je l’explique par le calme et l’aisance dans le fait de mettre temps et finesse pour poser un espace, créer un univers et développer une atmosphère. Dans certaines nouvelles, j’avais le temps de m’asseoir dans le texte et d’être totalement enveloppée. Alors qu’avec d’autres, je sentais cette envie pressante de vivre, de découvrir, de bouger et de crier, à bout de souffle. Je sens le passage entre la jeune femme et l’adulte. Bien qu’il y ait des personnages de tous âges.

Dans le même sens, une grande intelligence se dégage des textes de Joanie Lemieux. Je sens ici une femme de tête, mais aussi une auteure de cœur. Dont l’imaginaire est confronté à l’observation franche et singulière de la réalité parfois impalpable.

Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers ? devient à ce jour un recueil de nouvelles coup de poing. Je me suis laissée prendre par ce profond parallèle entre la vraie vie et toutes ces vies possibles qui gisent quelque part en moi et autour de moi, ne serait-ce que dans ma manière de voir, d’entendre et de comprendre le monde. Je reste subjuguée, littéralement, par la richesse de cette lecture. Je suis transportée. Je souhaite une longue vie à ces textes et surtout, qu’il y ait plusieurs passagers à bord des trains. Je découvre une auteure que j’ai le goût de continuer à suivre.

Suivez le parcours de l’auteure sur : joanielemieuxecrivaine.wordpress.com

Je vous invite aussi à découvrir l’œuvre d’Aude, auteure québécoise de nouvelles contemporaines, pour ces mondes oniriques et improbables.

Crédit photo : Jacques Gratton