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L’univers des podcasts: quelques découvertes littéraires

Les podcasts – baladodiffusions, pour utiliser le terme français – sont en plein essor. Dans les dernières années, il me semble en entendre de plus en plus parler. Il y a l’immense succès des séries sur le crime, les grands journaux qui utilisent ce médium pour approfondir un sujet d’actualité et les histoires et séries de fiction qui se font aussi une place non négligeable sur le marché.

Ça ne fait pas si longtemps que la baladodiffusion fait partie de mon quotidien, mais depuis que j’ai découvert ce médium, j’ai trouvé mon fidèle compagnon pour me rendre au boulot le matin quand je trouve le nouvel album de Safia Nolin trop triste pour mon «mood» du jour.  Évidemment, je me suis vite mise à la recherche de podcasts qui parlent de livres ! Mis à part mes émissions de radio favorites comme Plus on est de fou, plus on lit et Les Herbes Folles, qu’on peut aussi retrouver en balado, je cherchais à découvrir de nouveaux univers, à me laisser surprendre par des sujets que je connaissais moins, des livres que je ne connaissais pas du tout et des histoires qui me donneraient  le goût d’accourir à la librairie.

Voici quelques-unes de mes découvertes:

Semi-Prose 

Semi-Prose est un podcast canadien qui met de l’avant la littérature canadienne à travers diverses discussions sur le roman choisi, le ressenti des animateurs et animatrices, la culture populaire entourant l’histoire, etc. Ensuite, ils reçoivent l’auteur ou l’autrice pour l’entendre parler de son livre. C’est franchement bien fait, personne ne se prend trop au sérieux et les discussions, bien qu’elles prennent parfois une tangente plus personnelle, sont toujours intéressantes.

Pourquoi l’écouter :

  • Pour faire un peu de place à la littérature canadienne contemporaine;
  • Pour des entrevues intéressantes;
  • Pour une approche personnelle et drôle dans laquelle personne ne se prend trop au sérieux.

Ma suggestion: 

Scarborough fare – un épisode sur le roman Scarborough de Catherine Hernandez. Je dois dire que je suis un peu biaisé puisque j’ai travaillé à la promotion de ce livre qui vient tout juste de paraître en traduction française, mais, en toute objectivité, l’autrice est formidable en entrevue et elle vous donnera certainement envie de jeter un coup d’œil à son roman.

La poudre 

Au moins trois personnes dans mon entourage m’ont parlé de La poudre, ce podcast français qui propose des entrevues entre femmes, dans une chambre d’hôtel. Parmi celles-ci, on retrouve souvent des autrices tel que Mona Chollet, Sophie Fontanel, Pénélope Bagieu, Leïla Slimani, bref une foule de femmes plus inspirantes les unes que les autres. Bien qu’on ne parle pas que de littérature, je ne pouvais m’empêcher de le mettre dans cette liste et vous comprendrez pourquoi en l’écoutant.

Pourquoi l’écouter 

  • Pour passer un moment intime et complice avec des femmes tellement inspirantes;
  • Pour entendre parler de littérature, mais aussi de féminisme, d’art, de corps, de femmes;
  • Pour découvrir des femmes qui ne vous laisseront certainement pas indifférentes.

Ma suggestion: Épisode sorcière #1 – Monat Chollet 

Cette rencontre avec Monat Chollet est fascinante. Elle y parle de son tout nouvel essai : Sorcières, la puissance invaincue des femmes et aborde, par le fait même, l’image de la femme et celle des «sorcières» ainsi que le féminisme – et tellement d’autres sujets captivants qui valent vraiment l’écoute.

What should I read next 

What should I read next est un podcast américain qui s’intéresse à une multitude de sujets connexe au livre. Ne soyez pas surpris d’y retrouver un épisode sur la beauté d’une biblio bien rangé, sur l’importance des mauvaises lectures, le secret d’un bon livre de psycho-pop, etc.  C’est un podcast que j’adore écouter parce que je m’y retrouve, parce que mes «problèmes» de lectrice y sont abordés, que mes envies d’entendre parler de livres sont comblées et que les listes de suggestions y sont toujours intéressantes.

Pourquoi l’écouter :

  • Pour entendre parler de l’univers d’une lectrice;
  • Pour se sentir un peu moins seule avec ses petits problèmes de grande lectrice;
  • Pour des conversations entre lectrices qui pourraient ressembler à celle que vous auriez avec une amie.

Ma suggestion: The life changing magic of clearing your undead bookshelf 

On sait comment la pile-à-lire peut parfois poser problème ! Si c’est aussi votre cas, cet épisode est fait pour vous ! Il saura vous réconcilier avec le concept et la pile elle-même.

Et vous, avez-vous des suggestions de podcast sur les livres ? 

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Suggestions express: des livres pour enfants à offrir à Noël

Le temps des fêtes approche à grands pas! Pour éviter d’être engloutie par une horde de gens en train de dévaliser les boutiques, j’ai déjà ma liste en main et la majorité de mes présents sont déjà prêts à être emballés (j’apprends de mes expériences « d’achats de cadeaux à la dernière minute » des années précédentes, qui, en somme, furent plutôt désagréables merci!). Une seconde particularité cette année? Une personne de plus s’ajoute au sein de ma petite liste, ma nièce et filleule Zoé, qui célébrera son tout premier Noël cette année. Inutile de vous dire qu’une partie de ses présents contiendra des livres que ses parents  pourront lui lire dans quelques mois ou quand elle sera plus grande. Voici donc la sélection que je lui ai choisie!

  1. ALBAN- LE COURAGE 

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Décidément, l’autrice Marilou a plus d’une corde à son arc! Cofondatrice du blogue, des magazines périodiques, des livres de recettes Trois fois par jour et de l’entreprise de vêtements et accessoires pour enfant Petite Lou & Co, cette dernière a publié cette année son tout premier album jeunesse, intitulé Alban, Le Courage. Alban, un petit lapin gourmand, s’empare de quelques carottes du jardin de Madame Pomerleau. Face à sa bêtise, celui-ci doit réparer son erreur, tout en apprenant ce qu’est véritablement le courage…

2. PRIDE AND PREJUDICE & THE NUTRACKER 

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L’autrice américaine Jennifer Adams adapte des classiques de la littérature pour les tout-petits! Charmants, rigolos et super jolis, mes choix se sont arrêtés sur le classique du temps des fêtes The Nutcracker (je voulais également rester un peu dans la thématique « Noël ») et l’un de mes romans préférés Pride and Prejudice. Dans ce dernier, le jeune lecteur apprend les chiffres par l’entremise d’éléments reliés à l’univers du célèbre roman de Jane Austen (comme l’exemple ci-dessous):

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Dans le cas de The Nutracker, Adams laisse de côté les nombres  de 1 à 20 et raconte l’histoire du ballet!

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Bref, ils sont vraiment mignons!

D’autres classiques sont également disponibles, tels que Jane Eyre, Emma, et Little Princess (publiés par l’édition  Gibbs M. Smith).

4. JE T’AIMERAI TOUJOURS 

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32 ans après sa publication, Je t’aimerais toujours de Robert Munsch demeure un classique incontournable en littérature jeunesse. Le livre dépeint l’évolution d’un jeune garçon, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. À travers le temps qui passe, les étapes de la vie qui filent à grande vitesse, une chose demeure toutefois intacte: l’amour inconditionnel que lui porte sa mère, malgré toutes ses petites bêtises et vilains tours. Bouleversant du début à la fin (mais particulièrement la fin qui m’a fait verser quelques larmes), il s’agit d’un livre qui doit être offert, lu et relu, transmis de génération en génération, pour la beauté, l’intemporalité et l’universalité de son message. Un grand coup de cœur.

5- LES CONTES DE NOËL DE PIERRE LAPIN

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Retrouvez le plus célèbre des petits lapins au sein de cet album regroupant huit de ces aventures se déroulant pendant le temps des fêtes! Étant l’un de mes personnages littéraires préférés lorsque j’étais enfant, je ne pouvais passer à côté de ce magnifique album (en espérant que ma nièce l’appréciera tout autant que moi!).

Et voilà mes suggestions!

Avez-vous des albums jeunesse de « Noël » que vous (ou vos tout-petits) affectionnez tout particulièrement?

 

 

 

 

 

 

 

 

Cry, baby, cry

Ces routes qui nous font perdre le nord et qui nous obligent à foncer. Celles qui ne figurent sur aucune carte et aucun itinéraire, celles qui s’inventent dans nos têtes et se matérialisent au fil des kilomètres. Ce sont ces chemins-là qui nous définissent entièrement et qui nous révèlent à notre vraie nature. Bien qu’ils soient le fruit du hasard ou de la malchance, la plupart du temps ce sont ceux qu’on rencontre à la croisée des âges. Ce sont les routes non définies qui finissent par tracer un nouveau sens à notre vie, elles font de nous les propres clandestins de notre histoire. J’admire les auteurs qui s’offrent la chance de recréer un second souffle à une œuvre et qui trouvent le courage de transposer leur propre vie dans celle imaginée par d’autres. Ce fût le cas du bouleversant Ma vie Rouge Kubrick de Simon Roy (comparaison inévitable, mille excuses) paru il y a quelques années. Mélanger réalité, fiction et enjeux sociaux relève du génie et j’éprouve énormément de respect pour quiconque tentant cette expérience vertigineuse.

C’est d’ailleurs le dernier pari de Martine Delvaux qui nous propose un essai tout aussi vertigineux nommé Thelma, Louise & moi. Paru plus tôt, cet automne, chez Héliotrope, Delvaux nous offre une œuvre intrigante qui se démarque du lot par sa forme unique, à mi-chemin entre l’analyse du film et un journal intime.

Retour sur un livre qui fait déjà énormément parler de lui.

On the road again 

 Thelma, Louise & moi se consomme comme un bon road tripau fur et à mesure. D’abord, une analyse de l’œuvre oscarisée de Ridley Scott, mettant en vedette Susan Sarandon et Geena Davis. C’est aussi un retour sur la vie de l’autrice, sur la route qui s’est tracée depuis le premier visionnement d’un film clé de 1991 qui marquera son existence à tout jamais. Offert sous forme de songes, de retranscription du scénario de Callie Khouri et de mise en contexte sociale, Thelma, Louise & moi s’expose à nous comme un carnet de voyage, avec tous ses hauts et ses bas. 

Bien qu’on tombe sous le charme de la forme de l’essai avant même d’avoir commencé la lecture, on est rapidement refroidi par son manque de clarté et de direction. Si on se perd souvent au détour des idées, c’est qu’on ne sait pas trop où l’autrice veut en venir avec son sujet. Pourtant, on sent que la piste est lancée par la variété des thèmes abordés par Delvaux. D’emblée, elle nous explique que le film de Ridley Scott la fait pleurer à tout coup et qu’elle se reconnaît en ces deux héroïnes. Et il faut l’admettre, je crois que Thelma et Louise sont deux personnages clés de l’univers cinématographique américain et j’ai la conviction qu’en chacune de nous, il y a beaucoup de ses deux fugitives. Ce sont deux femmes si riches en complexité et en émotions, qu’il est impossible de ne pas être happé par elles.

L’idée d’adapter un livre sur ses deux héroïnes est brillante et surtout, très actuelle. Ayant réécouté le film il y a quelques semaines, j’ai été happée par le modernisme des sujets, du propos encore actuel, et ce, même vingt-sept ans plus tard, comme si Thelma et Louise existaient toujours et qu’elles étaient au premier front du mouvement #metoo qui ravage l’Amérique et le monde entier. Ce sont des femmes fortes, en quête de justice et de liberté. Et on comprend pourquoi Delvaux a voulu s’attaquer à un aussi gros sujet ; il fait écho à son œuvre entière. 

Valsant entre le dialogue, les rêves et la réalité d’une époque encore toute jeune, l’autrice n’est pas à court d’idées pour nous faire comprendre l’incidence que peut avoir une telle œuvre sur une société tout entière. Simplement, le chemin pour nous amener là où elle le voudrait est bien sinueux. On se perd dans ces choses non dites, dans ce surplus d’informations ou dans ses souvenirs de voyages qui sont partagés par la plupart des jeunes gens que nous sommes et qui eux aussi ont déjà arpenté le Nouveau Monde pour la première fois à l’aube de l’âge adulte.

Pourtant, on apprécie quand même certains détails. À commencer par les rêves la mettant en scène avec ces femmes qui ont hanté sa vie ou celles qu’elles aimeraient rencontrer. Ce sont de beaux extraits qui nous éloignent du tourment qui habite l’autrice. De plus, les rappels de certains films de l’époque ou certains éléments clés de l’actualité américaine sont des propositions fortes intéressantes. Elles nous permettent de mieux comprendre le contexte dans lequel le film a été créé et son impact immédiat sur la société américaine et québécoise. Ainsi, ces clins d’œil à la politique et aux films de l’époque nous rappellent à quel point le rôle de la femme a été trop longtemps celui de victime et de martyr. 

Fuir pour mieux se trouver

Malgré ses points faibles, Thelma, Louise & moi demeure une œuvre puissante. Même s’il est difficile d’embarquer dans la première partie du livre, on finit par être envoûté par ce mystère entourant le lien unissant les trois femmes. Ainsi, la dernière partie de l’essai nous livre l’information nécessaire à la compréhension du propos de Delvaux. On touche enfin à ce parallèle qui les relie, cette pression sociale exercée sur les femmes et sur cette nécessité de mettre des mots sur des choses qui nous appartiennent entièrement. C’est enfin affronter la peur, celle des hommes certes, mais celles des zones grises avant tout.

Delvaux s’ouvre à nous avec une sensibilité sincère et un phrasé concis. Parfois, il est inutile de mettre des mots sur ce qu’on sait déjà, car certaines douleurs appartiennent aux femmes du monde entier. Mais c’est tout de même grâce à la délicatesse de Delvaux qu’on finit par tomber sous le charme de cet essai qui, ma foi, est nécessaire pour chacune d’entre nous. Ce que j’apprécie le plus de ce projet, c’est l’authenticité de la plume de Martine Delvaux. Tout au long des 230 pages, elle se questionne sur le processus d’écriture et de création, n’hésitant pas à se demander pourquoi écrire cet essai, pourquoi plonger dans ce sujet qui lui tient tant à cœur. Ici, aucune honte et aucune pudeur. On clame haut et fort qu’on cherche au fur et à mesure, qu’on cherche le sens, la raison et le pourquoi.  

« J’écris pour comprendre pourquoi j’écris »

D’une certaine façon, on pourrait comparer l’hésitation d’écrire Thelma, Louise & moi à l’hésitation qui nous vient de foncer et de tout braquer pour se rebeller contre les normes que nous connaissons. Et c’est pour cette raison qu’on est happé par l’idée de Delvaux. Il ne s’agit plus simplement d’écrire sur la fuite de deux femmes, il s’agit aussi de mettre sa propre fuite en scène. Thelma, Louise & moi nous oblige à nous arrêter pour prendre conscience de l’évolution des femmes depuis les dernières années. C’est de mettre en mots et en images cette pression qui s’exerce sur nous, cette peur de dénoncer, d’être libre. Mais c’est avant tout une façon de nous obliger à saisir cette liberté et de foncer droit vers elle. 

Encore quelques semaines après ma lecture, je suis encore émue par la générosité de Martine Delvaux. Et malgré certaines critiques assassines, j’ai la conviction que Thelma, Louise & moi mérite qu’on lui accorde une attention particulière. Rares sont les livres qui abordent la question de la création littéraire avec autant de fragilité et de sincérité. Et pour cette raison, je crois que Delvaux gagne haut la main son pari. Pour avoir eu le courage de s’attaquer à un classique aussi fort que Thelma et Louise et pour avoir réussi à y transposer sa propre vie, elle nous prouve que l’entièreté de son œuvre est nécessaire. Car le temps d’une lecture, j’ai vu cette image fixe, au-dessus du Canyon, et j’ai senti pour la première fois que ces femmes sont belles et bien immortelles.

Et vous, quels films sont à l’image de vos vies?

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LIL : ligue d’improvisation littéraire

Avez-vous déjà assisté à un match d’improvisation ? Personnellement, c’est une branche du théâtre qui me plaît : le rythme, la répartie des comédiens, les tournures inattendues que peuvent prendre les différents sketchs… Il y a quelque chose d’impressionnant, du moins pour la non-comédienne que je suis, à être témoin de cette forme de jeu. Bien qu’il existe des règlements et des contraintes en impro, ces joutes oratoires où tous se répondent du tac au tac, me semblent libératrices. Au théâtre, les textes sont étudiés, appris, pratiqués… En impro, les comédiens se livrent spontanément, en suivant leur inspiration du moment.

Chose certaine, c’est une démarche très différente de celle des auteurs lorsqu’ils écrivent un roman. Ces derniers brouillonnent, écrivent, effacent, réécrivent, corrigent, peaufinent – et j’en passe – leurs textes avant d’éventuellement, en arriver à la publication de leur travail. Dans le cadre du Festival international de littérature, en septembre dernier, j’ai assisté à une soirée d’improvisation particulière: celle de la ligue d’improvisation littéraire, qui m’a amenée à faire cette comparaison. Le concept était le suivant : quatre auteurs (Claudia Larochelle, Yves Beauchemin, India Desjardins et Simon Boulerice) devaient choisir des extraits de leurs propres romans qui allaient servir de base à quatre acteurs (Réal Bossé, Diane Lefrançois, Simon Boudreault et Marie Michaud) pour que ceux-ci en improvisent la suite. Les artistes étaient accompagnés d’un pianiste, Yves Morin, qui improvisait lui aussi des airs en fonction des sketchs des comédiens.

Un contact privilégié avec les auteurs

En arrivant à la Place-des-Arts le soir du spectacle, je m’attendais à ce que les textes des auteurs choisis soient lus par les comédiens. Lorsque les lumières de la salle se sont tamisées et que les auteurs sont montés sur scène en personne, j’ai été agréablement surprise. Cet aspect de la mise en scène m’a plu parce que j’avais l’impression que les auteurs nous disaient : « Allez-y, chers comédiens, cher public ; appropriez-vous nos œuvres! » Un peu comme s’ils nous invitaient personnellement. En plus, le fait qu’ils aient eux-mêmes sélectionné les extraits à exploiter était intéressant parce qu’on avait ainsi accès à des passages qu’eux, en tant qu’auteurs, considéraient touchants.

Des comédiens de talent

Les performances des quatre comédiens m’ont franchement impressionnée. Tout d’abord, chacun prenait équitablement sa place dans les sketchs, tout en apportant sa couleur. Selon les extraits choisis, ils nous ont fait passer par plusieurs émotions : j’ai ri presque tout le long, j’ai réfléchi, j’ai même eu les larmes aux yeux à un moment donné, lorsqu’ils ont improvisé à partir d’un extrait de « Une histoire de cancer qui finit bien » de India Desjardins. Ce que j’ai apprécié, aussi, c’est que les comédiens restaient très proches des œuvres. Ils pouvaient s’en éloigner, parfois, en interprétant les personnages à leur manière ou en exagérant certains traits, mais l’improvisation ne débordait jamais dans le « n’importe quoi » et on revenait toujours aux mots qui avaient été prononcés par les auteurs, en introduction.

Improvisation musicale

Si les comédiens improvisaient à partir des mots des auteurs, le pianiste, Yves Morin, gardait un œil  et portait une oreille attentive au jeu des comédiens et sa musique s’insérait à merveille dans les différents sketchs. Plus d’une fois, on surprenait même des petits regards de connivence entre lui et les comédiens et on sentait qu’ils étaient au diapason. Sans musique, le spectacle aurait été réussi. Avec la musique, c’était carrément bon. Je remercie grandement le festival pour l’invitation. J’ai passé une très bonne soirée.

Et vous, avez-vous assisté à un événement dans le cadre de ce festival cette année ?

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La triste histoire de la Corriveau

La légende raconte qu’elle aurait tué jusqu’à sept maris. Coup de hache, empoisonnement, plomb fondu dans l’oreille… L’histoire de la Corriveau a évolué à travers les siècles et les soirées de contes au bord du feu. Chaque conteur en rajoutait un peu afin de rendre son histoire plus croustillante. On alla même jusqu’à la décrire comme une sorcière. Il était grand temps que quelqu’un remette les pendules à l’heure. Monique Pariseau a réussi ce tour de force avec son roman La Fiancée du vent.

Quand l’histoire prend vie

J’ai vécu à travers les pages de ce livre le quotidien des habitants de la Nouvelle-France et la conquête britannique. Monique Pariseau ne se contente pas de nous dérouler une liste de noms, de lieux et de dates. Elle nous offre une immersion dans ce conflit qui a marqué notre passé et qui a fait de nous le peuple que nous sommes aujourd’hui. J’ai assimilé des informations qui ne m’étaient jamais rentrées dans la tête pendant mes cours au secondaire. J’ai d’ailleurs pris connaissance d’événements dont on évitait de nous parler dans les cours d’histoire.

En s’inspirant des faits et des témoignages de l’époque, Monique Pariseau a su cerner et forger la personnalité de cette légende québécoise. Les pensées et les émotions des personnages sont transmises avec un réalisme saisissant. Les descriptions teintées de poésie mettent comme un baume sur ce récit tragique. Sa plume est très sensible et nous garde accrochés à l’histoire.

Un récit encore plus marquant que la légende

La Fiancée du vent est un récit qui m’a profondément marquée. Au début, j’étais très intéressée d’en apprendre plus sur la façon dont vivaient nos ancêtres. Mais plus l’histoire avançait, plus j’étais peinée et fâchée de découvrir le sort injuste qui s’acharnait sur l’héroïne. Marie-Josephte était une femme moderne née à la mauvaise époque. Son comportement l’ostracisait. Elle voulait être libre comme le vent et se permettait des libertés mal vues pour les femmes. Les habitants la trouvaient étrange, la jalousaient, la détestaient. La machine à ragots fit des ravages.

L’histoire prend une tournure désastreuse lorsqu’elle épouse son deuxième mari, Louis Dodier. Je me suis mise à détester cet être vil et manipulateur. Je l’ai haï, je souhaitais que Marie-Josephte s’enfuie, que Dodier disparaisse de sa vie. Je savais bien que ça viendrait. Car je ne lisais pas ce livre par hasard. Je connaissais déjà l’histoire de la Corriveau. La vraie. Pas celle qu’on racontait jadis pour faire peur aux enfants.

Je savais que ce que je lisais s’était réellement produit. Même si la conclusion était inévitable, je ne pouvais m’y résoudre. Après avoir terminé ma lecture, je ne me sentais pas prête à embarquer dans un autre roman. J’étais dans cet état qu’on appelle le book hangover. La Fiancée du vent avait marqué mon esprit.

Ce qu’il me reste en bout de compte

À la fin du récit, je me sentais tellement choquée et envahie d’un sentiment d’injustice, que j’étais exténuée, troublée même. Mais étrangement, derrière la colère et la tristesse, je ressentais également un bien-être. De la reconnaissance, surtout. Je me considérais chanceuse de vivre à notre époque où, même si nos libertés peuvent encore être limitées, j’ai le loisir d’aller où je veux et d’agir comme il me plaît. Le mouvement féministe rappelle souvent les injustices et tout le travail qu’il nous reste à accomplir. Mais moi, je contemple tout le chemin que nous avons parcouru et j’en suis reconnaissante.

Vous est-il déjà arrivé de lire un livre qui vous fait prendre conscience de cette chance que nous avons dans la vie?

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Un novembre moins gris avec Andrus Kivirähk

Novembre : la pluie, la grisaille, les arbres nus qui ont perdu toutes leurs couleurs, l’obscurité de plus en plus envahissante. Voilà l’ambiance de ce mois mal-aimé, dans laquelle nous plonge parfaitement le livre Les groseilles de novembre d’Andrus Kivirähk.

« Peu avant midi, le soleil se montra un instant. Cela faisait plusieurs semaines que l’on n’avait plus vu un tel prodige : depuis le début d’octobre, le temps était resté gris et pluvieux. L’astre du jour épia une dizaine de minutes entre les nuages, puis le vent se leva, reboucha le mince interstice qui s’était ouvert brièvement, et le soleil disparut. De la neige fondue se mit à tomber. » (p.9)

Cet incipit n’est qu’un exemple de ces passages décrivant le climat morose de novembre. Le livre contient 30 chapitres comme les 30 jours du mois. Ainsi chaque chapitre décrit une journée de novembre du matin au soir, en commençant par une description de la météo. Mais malgré la neige fondante, le vent humide et la « bouillie liquide » (slush) qui nous ramènent facilement à notre quotidien gris, ce roman éclaté nous fait voyager dans un univers complètement décalé.

Estonie d’un autre monde

Le roman se déroule dans un village estonien dans lequel les paysans tentent d’alléger leur quotidien et d’échapper à leurs conditions en pactisant avec le diable. En échange de leur âme, ils obtiennent un kratt, serviteur formé par un amas de vieux objets à qui le diable donne vie pour qu’il puisse voler ou travailler pour leur maître. Pour concrétiser le pacte, les paysans doivent donner de leur sang. Mais ils ont une astuce. Plutôt que leur sang, ils utilisent des groseilles pour flouer le diable et obtenir un kratt sans vendre leur âme. C’est à partir de cette tromperie que se dessinent certaines intrigues.

Ce roman foisonne en personnages, en intrigues, en créatures surprenantes. Il nous transporte dans un univers merveilleux et magique qui étonne constamment.

« Dehors, un démon fit le tour de la niche et essaya d’y entrer pour se mettre au chaud, mais le chien l’en empêcha : il se mit à gronder furieusement en montrant les dents. Le démon soupira et retourna dans la forêt d’où il était venu. »p.35

Lire Les Groseilles de novembre est un drôle de voyage. Les genres s’entremêlent et le livre allie poésie, humour et grotesque. Par exemple, le passage sur un kratt bonhomme de neige, éphémère dans un mois de novembre qui hésite encore entre la pluie et la neige, qui initie son maître à l’amour courtois fait partie des plus poétiques. Mais on retrouve aussi des scènes scatologiques, comme celle où un gâteau est fourré de caca pour conquérir le cœur d’une femme.  On s’initie aussi un peu à l’histoire et à la culture de l’Estonie. Le récit pourrait se situer au Moyen âge, période pendant laquelle, à la suite de campagnes d’évangélisation tardives, le régime féodal est instauré, une élite allemande domine et les paysans estoniens sont réduits au servage. L’amour fait aussi partie des thématiques du livre. Un triangle amoureux ajoute une dimension dramatique à l’œuvre. Liina, une jeune paysanne, est amoureuse de Hans, qui lui n’a d’yeux que pour la jeune baronne de la seigneurie, qui évidemment ne le connait pas et ne l’a jamais remarquée.

Du film au livre

C’est grâce au festival Fantasia que j’ai découvert Les Groseilles de novembre. En 2017, j’ai eu un coup de cœur pour November, un film estonien en noir et blanc, à la photographie magnifique. Ce film poétique et déroutant m’a donné envie de lire le roman qui m’a tout autant charmé.

La lecture de ce livre fascinant m’a donné envie de voyager en Estonie, d’en découvrir davantage sur son histoire, sa mythologie et sa culture. J’ai aimé être complètement dépaysée dans cet univers singulier, chercher les démons au détour d’un mur et empiler les objets inutilisés dans l’espoir qu’ils s’animent.

Quel est le dernier roman qui vous a transporté dans un univers complètement décalé?

On vous donne enfin des nouvelles !

Il me semble que ça fait des vies qu’on n’a pas pris le temps de vous écrire, ce qui n’est pas faux, car en vérifiant, j’ai vu que la dernière infolettre avait été envoyée le 6 mai dernier. Il s’en est passé des choses depuis et on avait envie de vous écrire pour vous tenir au courant et parce que ça nous avait manqué de vous écrire ainsi.

La plupart d’entre vous le savent peut-être, mais nous animons depuis janvier dernier des clubs d’écriture, nous avons eu déjà 4 beaux groupes de 8 femmes créatives et allumées. C’est incroyablement beau ce qui se passe lors de ces séances, on tente du mieux qu’on peut de redonner l’envie d’écrire aux participantes. Et on tente de les accompagner le mieux qu’on peut là-dedans.

Et bien, cordonnier mal chaussé, comme on dit, nous avons mis un peu de côté l’écriture… Peut-être l’avez-vous remarqué, mais sur le blogue, il y a de moins en moins d’articles écrits par nous deux. Bref, on en discutait cette semaine justement et on se disait qu’il fallait renouer avec ce bonheur de vous écrire ici, sur Instagram, sur Facebook et via le blogue. Ça nous fait tellement de bien, pourtant! Alors voilà, nous sommes heureuses de prendre le temps de vous écrire ces quelques lignes, là. De se poser un peu. Enfin 🙂

Alors que s’est-il passé dans les derniers mois?

Tout d’abord, nous avons repris les clubs de lecture avec nos deux groupes à Montréal. Camille a repris le groupe de la Rive-Sud et Karine de la ville de Québec! Nous avons lu de merveilleuses oeuvres et d’autres moins belles, mais chacune de ces lectures a suscité de pertinentes discussions autour de cafés. D’ailleurs, on va essayer de recommencer les articles de suivi de rencontre de clubs de lecture sur le blogue, on aimait beaucoup vous amener avec nous dans ces réunions d’amoureuses de livres. Et pour décembre, nous lisons Je t’aime beaucoup cependant de Simon Boulerice et Les villes de papier de Dominique Fortier, ça promet!

Nous avons aussi lancé pour la toute première fois un club d’écriture, avec projet. Les participantes ont suivi la première session avec nous et elles ont toutes des projets d’écriture personnels. À la fin de la session, nous découvrirons ensemble ces projets. C’est sincèrement magique de voir à quel point elles sont talentueuses et à quel point l’écriture est thérapeutique, de réaliser combien ça fait du bien de se livrer un peu par l’écriture. Et puis nous, ça nous rend tellement fières de les voir s’épanouir devant nos yeux!

Nous les forçons un peu à sortir de leur zone de confort en les « obligeant » par exemple à lire des extraits à haute voix devant le groupe. C’est beau beau beau, on vous le dit! Et on reçoit Rosalie Roy-Boucher, l’autrice de Alice marche sur Fabrice lors de la prochaine rencontre, on a hâte. Ce sera sans aucun doute inspirant comme rencontre, les participantes et nous avons beaucoup aimé la franchise et l’authenticité de cette oeuvre!

Et en 2019, c’est au tour de Mikella Nicol de venir nous rencontrer. C’est vraiment précieux ces clubs d’écriture et on est très reconnaissantes d’avoir la chance de vivre ces beaux projets-là. D’ailleurs, si vous êtes à l’extérieur de Montréal et que  vous rêviez d’y participer, et bien, continuez à lire, on vous réserve une surprise, pour vivre votre propre club d’écriture à la maison 😉

Ensuite, il y a eu l’approche du temps des fêtes et notre questionnement à savoir si nous allions proposer ou pas des coffrets mensuels à nouveau. Après multitudes réflexions, nous avons décidé de ne pas recommencer. Pourquoi ?

C’est tout simple et compliqué à la fois. Tout d’abord, il y a bien sûr qu’avec nos autres projets et emplois, cela devient plus difficile pour nous de tout faire. Et il y a aussi le fait qu’on préfère mettre notre énergie et notre temps sur nos clubs de lecture comme d’écriture et des projets connexes. Mais ce n’est pas pour autant qu’on arrête à 100% les coffrets. Au contraire, nous avons décidé de confectionner deux beaux coffrets parfaits pour le temps des Fêtes 2018!

Et pour celles et ceux qui désiraient s’abonner à des coffrets, sachez que nous avons rendu possible l’abonnement aux coffrets personnalisés (cela vous garantit donc de recevoir un coffret qui VOUS ressemble! Ou qui fait réellement plaisir à la personne à qui vous l’offrez!). Écrivez-nous si cela vous intéresse, on pourra vous fournir des bons-cadeaux à offrir.

Alors, on vous présente nos deux coffrets thématiques du temps des Fêtes 2018.

Un moment pour moi avant 2019

Mon club d’écriture à la maison

Si vous désirez connaître le contenu de ceux-ci, cliquez sur les liens ci-haut. Il faut faire vite parce que les quantités sont très limitées et que la date limite pour commander est le 1er décembre 2018, de cette manière, on vous assure que le coffret sera entre vos mains pour le réveillon!

On se retrouve dans quelques jours pour vous dévoiler quelques détails secrets sur les coffrets et leur contenu.

Alors, vous, comment se sont passés les derniers mois? Qu’avez-vous lu ? Écrivez-nous au lefilrouge3@gmail.com si vous avez envie de discuter, ça nous fera grand plaisir de connaître vos plus récents coups de coeur. Qui sait, cela nous redonnera peut-être envie d’en parler sur le blogue par la suite?

Martine & Marjorie

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Chroniques d’une anxieuse : la fois où on m’a pogné le cul

Perdue dans la brume et la slush brune de Saint-Jérôme, j’habitais une ville que je n’aimais pas vraiment. Une erreur de jugement, peut-être. Parce que de l’amour vaporeux était venu restreindre mes idées claires. Une erreur tout court, sûrement.

J’avais quand même décidé de garder un pied à terre à Montréal. J’avais pas le choix de toute façon avec la maîtrise que j’avais entamée, je devais m’y rendre assez souvent. Mes journées étaient longues, presque trop. J’arrivais tard le soir dans la neige et le frette de l’hiver. Ma musique triste dans les oreilles, je descendais du train pendant que le sommeil m’emportait. Je traversais les rues sombres et vidées de toute action. À chaque fois, confiante, en route vers chenous.

À chaque fois, confiante. Mais cette fois-là fut différente.

Je marche. Je suis fatiguée. J’ai tellement d’angoisses que ça me sort par le nez avec les guédilles du froid. J’ai de la misère à voir où ma vie s’en va. Je la trouve ordinaire ces temps-ci. L’école, c’correct, je pense être dans la bonne voie. Mais, ici, à Saint-Jérôme, je me sens étrangère, pas à ma place. Ma maison, c’est Montréal et je le sais depuis longtemps. C’est ben rare que je coure avec hâte jusqu’à mon petit appartement avec des trous din’ fenêtres parce qu’un douchebag savait pas viser avec son gun à plomb. Ça va pas vraiment bien. Mon couple bat de l’aile. Ma job tire à sa fin comme ben d’autres choses : le JACOB où je travaille prévoit fermer ses portes pis toute la compagnie va faire faillite. Je perds mes repères de façon glorieuse.

Faque je marche. Pis je pense à ça. À comment je perds mes repères pis à la manière dont j’ai ignoré la p’tite voix de mon instinct trop de fois. Genre, wow. J’ai fait la sourde oreille à mon dedans en esti. Faque je marche et je vois deux gars en sens inverse qui s’avancent vers moi. Ils prennent toute la place les maudits. Je me sens comme obligée de descendre du trottoir. Ma p’tite voix me dit d’aller de l’autre côté de la rue. Mais encore une fois, je l’écoute pas. Je continue. Je descends du trottoir. Je dépasse les deux gars. Je sens leur aura de personnes pas fines-fines pis je me dis ben coudonc sont weird mais moi j’ai hâte de manger ma pizz congelée aux épinards pour faire santé. Je continue de marcher tranquillement avec Tom Yorke dans mes écouteurs qui m’émeut les yeux et qui me dit que je suis creep pis que c’correct.

C’est à ce moment que je sens deux mains m’agripper solidement le popotin. Sur le coup, je souris, je pense que c’est mon copain qui est venu me surprendre pour m’accompagner sur le chemin du retour. L’impensable que d’autres personnes que lui puissent me toucher est là. Impossible.

Quand je me tourne pour découvrir c’est qui, je vois les deux tatas de seize ans qui rient de moi à pleine-bouche-de-morons-pas-d’classe. J’enlève mes écouteurs. Pis j’écoute.

«CRISS DE CONNE! SALOPE! C’EST JUSS’ ÇA QU’TU MÉRITAIS CÂLISS!»

Dois-je préciser que je suis en manteau d’hiver ridiculement long, genre super long, pis ben puffy. Un manteau Michelin parce que les degrés étaient ben en dessous de zéro. J’aimerais ne pas avoir à le préciser mais tsé.

Je comprends rien. Je commence à pleurer fort. Je comprends pas toute cette haine. Pourquoi ils me détestent à ce point? Pourquoi ils se permettent de me toucher comme si c’était correct de balader leurs mains sur mon corps qui ne leur avait rien demandé? Mon cœur palpite. C’est trop. J’en peux pus. Je me mets à crier à mon tour qu’ils sont caves, qu’ils ont pas le droit de me traiter comme ça et qu’ils vont pas s’en sortir aussi facilement. Ils rient. Ils partent à courir.

Je réfléchis pas. Je les poursuis. «MA VOUS POGNER MES OSTI». Pas très sécuritaire, j’le sais. Mais dans ma tête j’avais pas l’choix : fallait pas qu’ils s’en sortent de même, sans conséquences, comme tellement d’hommes qui ont fait des gestes semblables ou pire.

Fallait pas. Fallait juste pas.

Faque je cours après eux. Longtemps. Je m’essouffle. Je croise une auto de police. Je lève les mains, le policier s’arrête et, pendant un instant, je crains sa réaction. Il descend la fenêtre de sa voiture : «est-ce que ça va mademoiselle?»

Y’A DEUX GARS QUI M’ONT POGNÉ LE CUL DANS RUE, dis-je en pleurant, beaucoup.

Le policier ouvre la porte : «embarque».

Je savais pas trop ce qui m’attendait. Je défilais dans ma tête toutes les fois où on m’avait dit que les policiers comprenaient pas ce genre d’affaires là. Que pour eux c’était pas grand-chose une fille qui se faisait agripper les fesses fortement par des inconnus. Que ça arrivait souvent de toute façon. Je pensais qu’on allait rire de moi. Qu’on allait me dire que se faire toucher sans qu’on le veuille vraiment ça faisait partie de la vie des femmes. J’étais prête à me défendre. Malgré mes tremblements du dedans, j’étais prête. La soundtrack de Lord of the rings résonnait dans mes tympans.

J’embarque dans l’auto, prête à toutes éventualités.

«Je pense savoir qui t’a fait ça. Attache-toi, je pars les gyrophares». Les gyrophares se laissent aller au-dessus de nous. C’est powerful. On va les pogner, on va les pogner, on va les pogner! L’auto va vite. On fait le tour d’un parc. La soundtrack de Lord of the rings continue dans ma tête (tsé le bout avec les orques, là). J’ai espoir : on va les pogner! On tourne un coin brusquement et deux gars-un-peu-tarlas-qui-auraient-clairement-aimé-conduire-un-pickup se trouvent devant nous, la gueule ahurie. J’ai comme l’impression d’être dans un film d’action américain pis que les explosions sont à veille d’arriver. «Peux-tu me confirmer à 100% que c’est eux qui t’ont agrippé les fesses? Oui, c’est eux».

Le policier sort de l’auto, la main sur son pistolet, juste pour leur faire peur un peu. J’ai un sourire qui ne peut plus être décroché. Ce moment je le vis pour moi et pour toutes les femmes. Quatre autres chars de police arrivent à cet instant. Les deux gars pleurent, s’écroulent à genoux et essaient de déblatérer des excuses qui ne font aucun sens. C’est glorieux. C’est comme le plus grand fantasme de tous les temps. J’exagère, mais c’est ça pareil. J’ose croire qu’ils ne toucheront plus à une femme sans son consentement. Qu’ils ne verront plus le corps des filles comme un terrain de jeux où tout leur est permis. Qu’une brèche de respect saura faire son chemin dans leur cervelle. Qu’ils se souviendront de ce moment longtemps. Parce que moi, oui.

Je me souviendrai qu’un policier m’a cru, que des alliés précieux m’ont aidée et que ceux qui m’ont écoutée ont trouvé inacceptable qu’on balade des mains sur mon corps sans que je le veuille. On était tous en colère. On a partagé nos tremblements, notre besoin de changer les choses et de changer les mentalités. On y a cru, ensemble. Ça faisait du bien.

Les deux tatas, eux, ont été fichés délinquants sexuels à risque. C’était une petite victoire pour moi et, je l’espérais, une grande leçon pour eux.

Même si encore aujourd’hui j’ai peur de me promener seule la nuit, mon cœur explose d’étincelles de joie de savoir que des alliés on en a, que des pas vers l’avant on en fait et que les choses changent – peut-être pas assez vite – mais elles changent pareil.

C’est doux quand même, doux-beaucoup.

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La spirale de l’emploi qui paie bien

Subordonnée d’Isabelle Gaumont, c’est un roman qui raconte l’histoire de Simone Beaubien, une Montréalaise bien ordinaire. Ce dernier mot fait pourtant toute la différence. En effet, cette jeune femme dans la vingtaine expérimente une vie ordinaire. Elle occupe un emploi ordinaire, a une relation amoureuse ordinaire et répète une routine hebdomadaire des plus ordinaires. Dans toute cette banalité, elle n’est pas heureuse, car tous les aspects de sa vie sont bien médiocres.

Quand les choses clochent

Simone est une femme vaillante. Elle travaille à un rythme effréné, et surtout constant, en plus de cumuler les heures supplémentaires, afin d’être une employée modèle et de rapporter le plus d’argent possible à la compagnie pour laquelle elle travaille. Pourtant, personne ne lui reconnaît le moindre mérite. L’immeuble de bureaux où elle travaille est un lieu hostile où la compétition entre les employés et l’obsession des patrons pour les rendements rendent l’atmosphère très difficile à vivre.

Les choses ne s’améliorent pas lorsqu’elle est à la maison. Les rares moments où elle peut prendre un peu de répit, elle les passe avec un homme qui ne s’investit pas dans leur relation et qui a un fort penchant pour l’alcool.

Finalement, le personnage principal qui est également la narratrice a une piètre opinion d’elle-même. Bien qu’elle réussisse très bien au niveau professionnel, elle a tout de même l’impression qu’elle est mal informée sur tout le reste, que ce soit sur l’actualité ou les arts. Elle passe donc tous ses temps libres à essayer d’accéder à toujours plus de connaissances, afin de ne pas être prise au dépourvu si une personne lui posait un jour une question sur un sujet précis.

Bref, cette femme n’est pas heureuse.

Quand les choses explosent

Les journées passent donc, identiques les unes aux autres, mais paraissant toujours plus longues et désagréables. Par contre, Simone devient légèrement impatiente devant tous ces clients mécontents et ces collègues aussi désagréables les uns que les autres. Malgré tout, rien ne semble freiner Simone qui est plus productive que jamais, jusqu’à ce qu’un superviseur l’oblige à profiter de l’un des services offerts par la compagnie, c’est-à-dire cinq séances gratuites chez un psychologue. Peu convaincue de l’idée, puis du psychologue lui-même, elle se présente tout de même à ses cinq rendez-vous et finit par les apprécier.

Quand les choses se rétablissent

C’est finalement par le biais de plusieurs changements drastiques et d’un arrêt de travail de trois mois que les choses finissent par s’améliorer pour Simone Beaubien. Bien que ce livre ait été écrit sur un ton badin, il traite tout de même d’un sujet important. Simone représente malheureusement un trop grand nombre de personnes qui choisissent, comme elle, un emploi sérieux, stable et qui paie bien, mais pour lequel ils n’ont que peu, voire pas d’intérêt.

«Je déteste mon emploi, mais je ne peux pas démissionner. Sinon, adieu mon ancienneté. Cela m’obligerait à accepter des horaires dont personne ne veut et ferait fondre le peu d’avantages sociaux gagnés à perdurer. Je déteste mon emploi. Et je déteste le désigner avec un pronom possessif. […] J’ai la forte impression qu’en disant « mon » emploi, je me l’approprie et que je n’en sortirai jamais. […] Par contre, « mon » petit chèque de paye, c’est « mon » petit chèque de paye.»

De nos jours, plusieurs semblent oublier que le travail est une chose à laquelle nous consacrons d’innombrables heures, tout au long de notre vie. Si le travail en question paie bien, mais n’apporte aucun plaisir, aucune satisfaction et aucun sentiment du devoir accompli, est-ce réellement un bon emploi? Se baser sur le salaire lorsqu’il est question de choisir une profession est aberrant. Ce livre rappelle de manière assez cynique ce qui se passe dans une telle situation. Bien que les phrases soient écrites de manière à faire sourire, en comparant chaque chose à son équivalent monstrueux, on se rend compte à la fin du roman qu’un message est passé.

Bref, ce livre d’Isabelle Gaumont est léger, facile à lire, mais également très sérieux au bout du compte; j’ai bien aimé cet équilibre. Je l’ai lu à petites doses, sur une longue période, mais je reprenais facilement la lecture là où je l’avais laissée. C’est une chose assez rare dans mon cas. Lorsque je délaisse un livre durant un bout de temps, j’ai souvent besoin de beaucoup de motivation pour le reprendre. Pourtant, cela a été facile avec Subordonnée.

Il s’agit donc d’un roman que je conseillerais, surtout aux jeunes qui hésitent à se lancer dans un domaine qui les passionne, mais où il est difficile de percer. Subordonnée pourrait bien les influencer à choisir de se lancer dans ce qui les captive, car il montre bien – ceux qui le liront comprendront – qu’on a qu’une seule vie à vivre.

 Connaissez-vous d’autres titres de livre qui sont, comme celui-ci, un peu moralisateurs?

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Le Messager ou la quête d’un antihéros

Markus Zusak signe un roman d’une grande sensibilité dans Le Messager. Mettant de l’avant un antihéros par excellence, l’auteur orchestre avec finesse un ensemble de péripéties touchantes transfigurant le personnage principal. Récit empli d’espoir et d’humanité, le roman met en scène des personnages authentiques ancrés dans la réalité, à l’image du commun des mortels.  L’histoire nous envoûte, un as à la fois.

La quête des quatre as (♣ ♦ ♥ ♠)

«1. À l’âge de dix-neuf ans, Bob Dylan était un interprète aguerri de Greenwich Village, à New York.

2. Salvador Dalí avait déjà produit plusieurs œuvres exceptionnelles, picturales et révolutionnaires, à l’âge de dix-neuf-ans.

3. Jeanne d’Arc était la femme la plus recherchée du monde à l’âge de dix-neuf ans, parce qu’elle avait déclenché une révolution.

Et puis il y a Ed Kennedy, également âgé de dix-neuf ans… […]  Je me demande sans arrêt: «Voyons, Ed, qu’est-ce que tu as fait de beau au cours de tes dix-neuf années d’existence?» La réponse est simple: Que dalle.» (Zusak, 2002, p. 25-26).

Le Messager, c’est l’histoire d’Ed Kennedy, jeune chauffeur de taxi de dix-neuf ans en Australie. Vivant seul dans sa petite maison d’un quartier pauvre, il mène une vie routinière et morne, agrémentée à l’occasion de parties de cartes avec ses amis Marv, Ritchie et Audrey.  Jeune homme cultivé, grand lecteur, mais ayant renoncé à poursuivre ses études, il se complaît dans une vie qu’il trouve pathétique jusqu’au jour où il se trouve pris au cœur d’un braquage de banque.  Agissant de manière héroïque, il est alors plongé dans un quotidien brusquement complexifié.  En effet, quelques jours plus tard, le nouveau héros reçoit par la poste une carte avec un as où sont inscrites des adresses.  Comprenant qu’il s’agit alors de missions, Ed Kennedy se dépêtre de son immobilité pour mener à bien chacune d’elles, jusqu’à ce que tous les as y soient passés: trèfle, carreau, cœur, pique…  Par des rencontres inspirantes avec de complets inconnus et des proches où les non-dits ont assez duré, il se construit jusqu’à devenir quelqu’un dont il est fier, jusqu’à se trouver, à découvrir qui il est, au fond.

«Douze messages ont été transmis.  Quatre as, complétés.  C’est le jour le plus important de ma vie.» (Zusak, 2002, p. 390).

Éloge de l’extraordinaire dans l’ordinaire

Avec son roman à la narration captivante menée par le personnage principal, Markus Zusak propose un récit à cheval entre l’improbable et le réalisme, alors qu’une quête hors du commun prend place dans une ville que tout le monde peut reconnaître. À travers les yeux d’Ed Kennedy, qui prend forme pour nous d’une ligne à l’autre, on découvre une vie rude, parfois même sans pitié, mais où la beauté et la bonté finissent toujours par fleurir. Alors que cette fiction mélange quête, amour, policier et humour, elle nous envoûte par son ton, voguant entre gravité et légèreté.  Le personnage principal habite entièrement les pages, s’adressant parfois au lecteur, en aparté, se rendant ainsi d’autant plus tangible et touchant. Ce héros, si ordinaire, devient, un mot à la fois, celui que l’on attendait dès les premières lignes: un personnage fondamentalement bon. Le tout se veut une sorte de fable sur l’espoir où on souligne que tout est possible, que l’héroïsme est en chacun de nous et qu’il suffit d’une étincelle pour le raviver.

«[…] tu es l’incarnation de l’ordinaire, Ed. […] Si un type comme toi peut se réveiller et faire ce que tu as fait pour tous ces gens, alors tout le monde le peut sans doute.  Peut-être que tout le monde peut vivre au-delà de ses capacités.» (Zusak, 2002, p. 408).

Totalement fascinant, Le Messager de Markus Zusak est à lire, tout simplement pour la beauté de son propos qui se veut un message de bonté et de courage menant tout un chacun à la réalisation de soi. Ancré dans un décor pouvant être universalisé, le roman émeut par sa capacité à dépeindre l’humanité dans des personnages contemporains.  Ed Kennedy marque en étant cette incarnation de la métamorphose d’un héros, faisant de ce récit celui non seulement d’une rencontre avec l’autre, mais aussi d’une rencontre avec soi. L’œuvre nous subjugue puisqu’elle illustre avec acuité le fait que l’avenir est empli de possibilités qui peuvent tous nous surprendre et nous faire grandir.

Et vous, quel est le dernier récit mettant en scène un antihéros qui vous a touché?