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Certains aiment les monstres. Moi, ce que j’aime, c’est les découvertes!

Sortir de ma zone de confort littéraire est la ligne directrice que je me suis donnée pour guider le choix des lectures que je partage ici sur Le fil rouge, et je suis rarement déçue des découvertes qui en résultent. Ma plus récente, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres ou My Favorite Thing Is Monster dans sa version originale, a justement été toute une découverte!

Je n’ai pas l’habitude des romans graphiques et je n’avais aucune idée dans quoi je me lançais. Les critiques étaient dithyrambiques et le livre a été qualifié de chef-d’œuvre dès sa sortie en 2017. C’était en soi très intrigant, mais ce qui m’a réellement poussée à le lire, c’est l’histoire peu commune de l’autrice Emil Ferris.

Réapprendre à dessiner

Illustratrice de métier, Emil Ferris s’est retrouvée, après une piqûre de moustique, dans un lit d’hôpital, partiellement paralysée. La forme la plus grave du virus du Nil menaçait de la priver de sa mobilité et de sa motricité. Les médecins redoutaient qu’elle ne puisse marcher et encore moins dessiner de nouveau.

Pourtant, avec beaucoup de détermination et de courage, elle a retrouvé l’usage de ses jambes et de ses mains, et a réappris à dessiner. Avec un diplôme de l’Art Institute de Chicago obtenu après sa réadaptation, elle publie sa première œuvre Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, à l’âge de cinquante-cinq ans. Un âge vénérable pour une première publication dans le milieu du roman graphique, ce qui suscite la surprise et le questionnement. Mais d’où sort cette femme avec ce talent et cette proposition si fascinants?

Il faut dire que Moi, ce que j’aime, c’est les monstres a bien failli ne pas connaître le succès et chambouler le milieu du roman graphique. L’autrice a essuyé près de 50 refus avant que Fantagraphics ne publie le projet. Au Québec, ce sont les éditions Alto qui nous ont permis de découvrir cette œuvre colossale.

Le monstre

Moi, ce que j’aime, c’est les montres est un véritable monstre de roman graphique avec ses 800 pages. Réalisé exclusivement au stylo, le dessin est tout simplement sublime. Je vous invite d’ailleurs à visionner ce court vidéo (Moi, ce que j’aime, c’est les monstres par les éditions Alto) qui vous donnera un aperçu de ce qui vous attend.

L’histoire, comme le dessin, est dense, fouillée. Elle raconte les tribulations de Karen, une jeune fille de 10 ans, qui cherche à élucider le meurtre de sa voisine. Plus qu’une enquête, le roman est le témoin de l’époque effervescente des années 60 à Chicago et nous entraîne dans une part sombre de notre histoire, la Deuxième Guerre mondiale. Le récit est incroyablement riche et audacieux. Et les monstres dans tout ça? Ils occupent une place prépondérante dans le roman. Qu’ils soient fictifs ou réels, ils peuplent l’univers de Karen et ajoutent une dimension unique aux dessins et à l’histoire.

Mon impression

J’ai été complètement soufflée par ce roman graphique. Les dessins sont incroyables, la forme complètement éclatée, l’histoire intrigante. J’ai réellement vécu une expérience nouvelle de lecture . Mon attention balançait constamment entre le récit et le dessin. Il y a eu des moments où je ne savais plus où donner de la tête! C’est sans doute dû à mon inexpérience du roman graphique, mais je m’attendais à parcourir cette œuvre rapidement, facilement, ce qui n’a pas été le cas. J’ai trouvé ma lecture un peu ardue, mais c’est là que réside ma plus belle découverte. Le roman graphique a tellement plus de choses à offrir que je ne le pensais.

Cette lecture m’a permis de faire tomber un préjugé que j’entretenais sans trop le savoir et elle a confirmé l’importance d’ouvrir ses horizons et d’oser des genres littéraires qui nous sont peu familiers. Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est le premier tome d’une série que je vous invite grandement à découvrir, que vous soyez fan du genre ou non.

Et vous, quelle est la dernière œuvre qui vous a soufflé?

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La balle jaune,

Mais où est passée la balle jaune

Et si on jouait une partie de tennis et que tout d’un coup la balle disparaissait entre les pages du livre de notre histoire? C’est ce qui arrive à Louis et Louise (merci pour le jeu de mots!) qui ont égaré leur balle de tennis. Ils partent donc à l’aventure pour chercher cette balle à travers différentes pages et différents univers étrangers au leur.

Si vous aimez les livres colorés, vous allez être servis avec La balle jaune de Daniel Fehr et Bernardo P. Carvalho! Tellement que parfois, j’avais de la difficulté à bien me situer dans l’image. J’ai parfois eu quelques difficultés à rester concentrée parce que les dessins vont dans tous les sens. Cependant, je crois que cela peut être très stimulant pour les jeunes enfants; toutes ces couleurs et le mystère qui rôde.

Mais comment fait-elle pour disparaître comme ça, cette balle!?

L’histoire et les dessins sont très simplistes, ce qui fait en sorte que l’album est accrocheur. Les couleurs et les illustrations utilisées dans les différentes pages sont, je crois, une manière très intéressante d’attirer l’attention des enfants. Le livre sort du lot par ses arrière-plans différents et originaux. On sent que les auteurs se sont amusés à trouver des images rigolotes connues des enfants pour attirer leur regard. Par exemple, un monde pixellisé qui m’a fait penser au jeu Minecraft, les animaux de la ferme, etc.

La balle jaune

Le petit album est également très court, ce qui permet à l’enfant de ne pas être trop surchargé par l’histoire et toutes ses images. Je crois que c’est parfois une erreur qui arrive dans certains albums jeunesse. Trop de mots, trop d’images. Avec La balle jaune, on va droit au but et à la distraction. Je crois que c’est une réussite.

La balle jaune est un petit livre rempli d’humour. J’ai pris un malin plaisir à suivre les péripéties de Louis et Louise. On s’amuse à les voir se chicaner, mais tout en continuant à garder une franche camaraderie et à s’entraider jusqu’à la fin… même s’ils finissent par perdre autre chose qui les force alors à repartir à l’aventure.

Connaissez-vous d’autres albums jeunesse d’aventure?

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Merci à la maison d’édition La Pastèque pour cette drôle d’aventure!

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À la quête du visage originel, avec Guillaume Morissette.

Lorsque j’ai reçu le dernier roman de Guillaume Morissette, Le visage originel, j’avais très hâte de le commencer, ayant adoré son premier roman, Nouvel onglet (dont Alexandra a déjà parlé ici). Je suis contente de vous dire que je n’ai pas été déçue par ce livre qui aborde une nouvelle fois la quête d’un jeune homme dont la vie est intrinsèquement liée à l’Internet, mais d’une manière tout à fait différente que dans son dernier roman.

Daniel est un artiste de la génération post-Internet, ce qui veut dire, dans son cas, que le médium qu’il se plaît à exploiter est lié aux bogues et aux gifs animés. Comme beaucoup d’artistes, il peine à joindre les deux bouts et est constamment pris dans un dilemme opposant son art à l’idée d’un boulot alimentaire.

Changer d’air, changer le mal de place?

Par contre, Daniel manque d’inspiration depuis quelques mois, et passe plutôt ses journées à errer sans but sur le Web. Introverti, il trouve sa vie en ligne plus réconfortante que la socialisation réelle. Cela dit, sa vie amoureuse avec Grace, qui est plus extravertie, l’aide parfois à sortir de sa coquille en faisant des compromis sociaux, comme celui d’aller (souvent) dans des partys.

Mais un jour, Daniel en a marre d’avoir l’impression de stagner artistiquement et de faire la fête par défaut et décide d’arrêter de boire et de quitter Montréal pour Toronto… même si cela signifie laisser Grace derrière. Il se rend bien vite compte que nos problèmes ont malheureusement tendance à nous suivre d’une ville à une autre, surtout s’il s’agit de problèmes d’argent. On suit donc le protagoniste de ville en ville, en même temps que l’on suit sa quête artistique et humaine. Récemment trentenaire, Daniel s’interroge sur le chemin que prendra sa vie : veut-il une famille? un emploi stable? où veut-il résider?

Réflexions pertinentes

Plusieurs réflexions du personnage principal venaient me chercher, connaissant bon nombre de personnes vivant les mêmes questionnements que Daniel. D’abord, jusqu’à quel point doit-on passer par-dessus nos convictions, artistiques ou autres, lorsque vient le temps de trouver un emploi pour subsister? Est-ce vraiment possible d’avoir une personnalité « en deux parties », soit celle au boulot et celle au sein de notre vie privée? Et quand il s’agit de relations de couple, jusqu’où pouvons-nous suivre nos rêves sans empiéter sur ceux de notre douce moitié ou sans faire preuve d’égoïsme?

Ce qui me ramène au titre du roman. Le « visage originel », selon la philosophie zen, est le visage que nous avions avant notre naissance. Dans le livre, il est souvent question de l’image que Daniel veut transmettre, celle de qui il est et de ce qu’il fait sur les réseaux sociaux. J’en ai d’ailleurs déjà parlé, mais il me semble que l’on vit dans une époque où les gens se sentent constamment morcelés et cette impression semble partagée, car l’on retrouve de plus en plus d’allusions du genre au sein de la littérature.

Doit-on transcender l’Internet ou doit-on accepter de nous y fondre? Je n’ai malheureusement pas la réponse, mais j’ai bien apprécié y réfléchir tout au long de ma lecture du Visage originel de Guillaume Morissette. L’auteur m’a fait découvrir des personnages attachants auxquels je pouvais facilement m’identifier et surtout, il m’a fait sentir moins seule avec mes questionnements « existentiels » et mes éternelles remises en question.

Et vous, avez-vous l’impression de devoir diviser votre personnalité pour arriver à mieux cadrer au travail, en ligne ou parmi les gens de votre milieu artistique?

Le fil rouge remercie les éditions Boréal pour le service de presse.

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Cuisinons ensemble

Je cuisine avec toi est un livre de cuisine destiné aux enfants. Mais ce n’est pas un livre de cuisine à proprement parler : il ne contient aucune mesure, aucune recette, aucune photo ; pas de gâteau au yogourt, pas d’omelette aux herbes, rien qui se mange en fait.

Un livre de cuisine inhabituel

Le loulou ne cuisine pas. Il est intimidé par la quantité de choses à savoir : les recettes, les ustensiles, les ingrédients, les préparations, les consignes de sécurité… ça n’en finit jamais! En plus, il se passe tant de choses qu’il ne comprend pas dans les casseroles; parfois, ça prend plein de temps, parfois pas, et en tout cas, à chaque fois, ça fait beaucoup de vaisselle (je suis du genre qui s’étale, ça ne m’étonne pas que ça l’impressionne).

Du coup, c’est pile-poil le livre qu’il lui faut, parce que les autrices s’intéressent au comportement à avoir en cuisine plutôt qu’aux recettes qui pourraient facilement faire peur aux enfants. Au lieu d’apprendre à faire une quantité très limitée de choses et se créer une zone de confort restreinte avec 3 recettes et 5 ingrédients, ils apprennent à aborder l’acte de cuisiner  ̶  et de se nourrir  ̶  comme un moment de plaisir et d’expérimentation, un savoir-être. En sortant de ce livre, le loulou s’est senti armé pour aborder les fourneaux.

Valoriser l’enfant avant tout

Les autrices ont découpé en étapes très précises tout ce qui tourne autour de l’acte de cuisiner : ça passe évidemment par le choix de la recette, sa lecture intégrale, la préparation des ustensiles et des ingrédients, mais aussi par le lavage des mains, la mesure des ingrédients et la vaisselle. Cela va jusqu’à la façon d’aborder le résultat final qui n’est malheureusement pas toujours à la hauteur de nos espérances. Les autrices font ça avec beaucoup d’humour et d’optimisme, ce qui est très rafraîchissant, même pour un adulte.

Mais ce qui a le plus séduit le loulou, c’est le passage où il lui est conseillé d’avoir pitié des pauvres adultes qui l’assistent, parce que ces derniers ne voient pas les choses comme lui et anticipent toujours le pire. Il ne se lasse pas de relire ces pages, et est même arrivé dans la cuisine hier soir avec le livre sous le bras en me disant : « Je veux faire les œufs. Je vais faire ça, mais toi, tu vas voir ça. »

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Tellement drôle de se rendre compte que les adultes ont peur de tout !

Pari gagné 

Honnêtement, j’ai un peu douté du livre au début. En effet, après sa première lecture, le loulou disait que c’était vraiment drôle, que ça lui plaisait bien. Il m’a montré ses pages préférées, mais est resté impressionné par l’acte de cuisiner. Il reprenait les mots du livre en disant : « Il y a trop de magie dans la cuisine, je m’en sens pas capable. » L’intérêt, c’est que ça nous a permis d’en parler, en relisant le livre ensemble.

Je me suis alors rendu compte que, grâce au travail graphique remarquable de Stéphanie Aubin (certaines pages sont du pur génie!), il n’y a pas du tout besoin de lire dans le détail pour comprendre de quoi il est question, le message passe instinctivement. Par contre, le loulou a trouvé que cela l’a justement un peu gêné dans sa lecture.

L’objectif du livre est de dédramatiser, de rendre abordable, drôle et intéressant l’acte de cuisiner qui, soyons honnêtes, n’est pas toujours très valorisé dans nos vies de famille très occupées. Franchement, ça amuse autant les parents que les enfants, c’est pile dans le mille, réalisé à merveille.

Et vous, quel livre vous a donné envie de cuisiner avec vos enfants ?

 

 

Le fil rouge remercie les éditions Édito Jeunesse pour le service de presse.

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Cœurs Molotov, cœurs rebelles

Coeurs Molotov joue sur les cordes sensibles. En abordant des thèmes comme le polyamour, la jalousie, l’homosexualité, le féminisme et le début de l’âge adulte, le roman de la Canadienne Zoe Whittall publié en 2009 traite de sujets très actuels, mais encore marginaux.

Alors que la campagne référendaire sur l’indépendance du Québec bat son plein en 1995 à Montréal, les idées d’Ève, 18 ans, se bousculent dans sa tête. Étudiante en Arts visuels à l’université Concordia, elle est en amour avec Della, une tomboy tatouée et bardasseuse qui ne veut pas de relation exclusive. Dans cette période où elle tente encore de se définir comme jeune adulte, elle essaie de contrôler sa jalousie et d’assumer pleinement ses ambitions, ses valeurs. Malgré tout, elle vit des montagnes russes émotionnelles. Alors qu’elle manque encore un peu d’assurance, elle apprend à s’affirmer et à aimer la personne qu’elle devient. Militante pour la cause des homosexuels et des femmes, elle se bat pour les causes qui lui tiennent à cœur et apprend à lâcher prise sur les choses qu’elle ne peut contrôler.

Audacieux et très actuel, le roman de cette jeune autrice canadienne aborde des thèmes marginaux, des thèmes qui, je trouve, ne sont pas assez abordés en littérature. Zoe Whittall remet en question les normes de la société monogame, hétérosexuelle et patriarcale.

Relation amoureuse nouveau genre

« C’est ce qu’on appelle une relation révolutionnaire:  selon nos propres conventions, hors des pièges liés aux attentes, à la dépendance et au romantisme déraisonnable. Sans définition. » 

Une relation ultra postmoderne, non traditionnelle, le genre de relation qui ferait beaucoup jaser dans les soupers de famille, mettons. « On est responsable de nos propres corps, de ce qu’on fait avec. Chacune d’entre nous s’appartient », voilà leur manière de penser. La jeune protagoniste est très allumée, ouverte d’esprit. La polygamie fait du sens selon elle, mais au niveau sentimental, c’est une autre histoire. Bonjour la jalousie!

Ce serait si simple si elle pouvait tomber en amour avec un garçon beau et intelligent avec qui elle pourrait avoir une relation monogame et qui ne la tromperait jamais. Sauf qu’elle finirait inévitablement par trouver ça plate, c’est évident.

Célibataire ou en couple

Un questionnement qu’Ève se pose au courant de son épopée sentimentale m’a beaucoup marquée, soit celui du besoin d’être comblé par une présence à ses côtés, le besoin d’être en couple. Un peu déçue de voir sa relation battre de l’aile, elle se demande si elle pourrait être bien seule, indépendante. J’ai l’impression que la société valorise beaucoup le fait d’être en couple alors qu’on ne se pose pas souvent la question: est-ce que j’ai besoin d’être en couple, de me sentir comblé, complet à travers la présence de quelqu’un d’autre?

Proximité et authenticité

J’ai bien aimé que l’histoire se déroule à Montréal, ça la rend plus touchante. Même si c’est un roman de fiction, j’ai vraiment été captivée par l’histoire que j’ai trouvée très réaliste, sans pudeur et remplie d’authenticité, qui s’inscrit très bien dans le contexte social de l’époque.

Non seulement le roman est une ode au féminisme et à l’homosexualité, mais il dénonce également les injustices auxquelles font face les personnes gaies en les montrant sous leur vrai visage. Le meurtre de Rachel, amie féministe et homosexuelle d’Ève, est un moment puissant dans le livre. Victime d’homophobie, elle se fait tuer froidement dans la rue par deux jeunes adolescents anti-gais après qu’elle a embrassé sa copine.

Un livre qui m’a bouleversée, qui m’a fait beaucoup réfléchir et que je recommande certainement.

Et vous, quels sont les livres qui ont touché des cordes sensibles chez vous?

 

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Découvrez la Finlande et le Sisu!

Depuis mes débuts sur Le fil rouge, j’ai mentionné par ci par là ma passion envers les pays nordiques et scandinaves: en lisant plusieurs ouvrages sur le sujet, je me suis rendue compte qu’il y’avait bien peu d’ouvrages sur la Finlande, à l’exception bien sûr des guides de voyages classiques. En peaufinant donc un peu plus mes recherches, je suis finalement tombée sur Sisu: l’art finlandais du courage de la journaliste Joanna Nylund: ce petit guide définit et explique ce qu’est précisément le sisu, un élément culturel très ancré dans la société finlandaise. Bien sûr, à travers ce concept, il est presque impossible de ne pas mentionner plusieurs informations relatives à ce grand pays nordique. Bref, c’est également une belle manière de le découvrir davantage!

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(source: les éditions de l’Homme)

Qu’est-ce que le Sisu?

Selon la définition offerte par Nylund, le sisu est un mot regroupant plusieurs qualitatifs:

Il n’est pas facile de définir exactement ce qu’est le sisu (…) même en finois, ce mot englobe plusieurs traits de caractère, notamment le stoïcisme, la résistance, le courage, la bravoure, la volonté, la ténacité et la résilience. Le Sisu est un état d’esprit axé sur l’action. Il intervient quand nous sommes confrontés à un défi apparemment insurmontable, quand l’adversité et l’opposition nous feraient capituler et que notre seule courage nous permet d’aller de l’avant

En somme, le sisu constitue cette grande force que nous pouvons posséder à l’intérieur de nous-même, qui nous permet de passer au travers d’épreuves difficiles, de «nouveaux» évènements auxquels nous n’avons jamais été confrontés auparavant, etc.  Au sein du livre, le concept du sisu est donc représenté et expliqué à travers certaines «sphères» de la vie quotidienne (comment peut-on utiliser ou comprendre le sisu au travail, à l’école etc.), de certaines situations interpersonnelles (le sisu et les relations de couple), etc. Enfin, l’autrice mentionne son origine historique, ce qu’il est devenu ou représente aujourd’hui et comment il a forgé les comportements, attitudes, les systèmes politique et social et cetera du peuple finlandais.

On en pense quoi?

  • Les références culturelles et historiques: il s’agit peut-être d’un point plus personnel, mais m’intéressant à la Finlande, je fus évidemment ravie de découvrir certains faits culturels, politiques et sociaux présents au sein de cette dernière. Intéressant, bien vulgarisé, sans jamais tomber dans les clichés ou stéréotypes, il s’agit, à mon sens, du petit guide d’introduction parfait pour tous ceux et celles s’intéressant au sisu et/ou à la culture finlandaise: je suis toutefois restée sur ma faim sur certains éléments (j’en aurais pris bien plus sur le système d’éducation, par exemple!). Certes, il ne s’agissait pas d’un ouvrage général sur la Finlande, pousser trop loin sur certains sujets aurait peut-être été moins pertinent pour l’explication du sisu, mais j’aurais quand même préféré d’autres petits chapitres ou détails sur la culture finlandaise.
  • La découverte du sisu lui-même, et la philosophie du livre. Je n’étais pas du tout familière avec le terme, donc il fut intéressant de le découvrir… Bien que le concept est difficile à définir précisément, l’autrice (sans simplifier à outrance non plus) le définit et l’explique adéquatement: cette dernière ne rentre jamais dans ce que l’on surnomme «la psycho-pop»: les propos sont pertinents, concis et les conseils concrets et utiles. Bref, une très grande majorité de lecteurs peuvent facilement les appliquer au sein de leur vie quotidienne. Le sisu est un concept abstrait, toutefois Nylund réussit à bien le concrétiser et l’illustrer!
  • L’esthétisme du livre est un pur bijou:  si vous désirez découvrir de nouveaux illustrateurs, le livre vous en donne sur un plateau d’argent (les références figurent à la toute fin du livre) . Bref, c’est un «plus» qui rend la lecture du livre encore plus agréable.
  • Un point négatif: tout comme dans tous les ouvrages portant sur les pays scandinaves ou nordiques, l’insertion de recettes ou de bricoles à faire soi-même à la maison ne m’intéresse pas (et pourquoi sont-ils toujours présents d’ailleurs?): en lien avec le point 1, j’aurais préféré d’avantages d’infos sur la Finlande ou le sisu, plutôt que de lire des instructions sur la fabrication d’un terrarium.
  • Autre petit point négatif: il y avait un peu de répétition dans certains chapitres: celui portant sur le monde des affaires ainsi que les derniers sur le bonheur comportaient un peu de redondance.

Intéressés par les pays scandinaves/nordiques? Voici une petit liste de lecture: 

  • Le livre du Hygge: mieux vivre la méthode danoise de Meik Wiking. (Un article paru sur le blog est disponible ici).
  • Lagom (not too little, not too much): the Swedish art of living a balanced, happy life, de Nikki Brantmark.
  • North: how to live Scandinavian de Brontë Aurell. (Un article que j’ai écrit l’an dernier est disponible ici).

Connaissez-vous des livres sur les pays nordiques ou sur le sisu qui vous ont plu? Si oui, quels sont vos coups de coeur (question de bonifier la liste ci-dessus)?

Petite note: L’illustration est une réalisation de Camille Vaillancourt, étudiante au baccalauréat en arts visuels à l’université Concordia.

 

 

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L’amitié éphémère dans Robot dreams

Robot dreams est une courte bande dessinée sans dialogue qui raconte le récit d’un chien anthropomorphe et de son robot. Victime de solitude, le chien commande un robot par la poste et ce dernier devient son meilleur ami. Ensemble, ils font tout. Ils cohabitent, ils empruntent des livres à la bibliothèque, ils regardent des films avec du pop-corn. Cette idylle amicale s’interrompt, cependant, après une journée à la plage. D’abord méfiant face à l’eau, le robot se baigne tout de même avec son ami. En se séchant au soleil, il rouille et paralyse. Impossible de bouger. Le chien, honteux, finit par l’abandonner sur la plage. Seul dans le sable, prisonnier dans son corps métallique, le robot se met à rêver. Pendant une année, le chien, qui tente désespérément de retrouver un ami à l’image du robot, et le robot, condamné à la solitude, doivent affronter cette douloureuse rupture.

Une fable sur l’amitié

Les deux amis pensent souvent l’un à l’autre. Le chien imagine le robot au détour d’une rue, comme le robot imagine le chien venir héroïquement le sauver. L’album présente une vision de  l’amitié, sa quête et sa précarité. Le chien cherche d’ailleurs à se faire d’autres amis, pour combler le vide qu’a créé l’absence du robot, mais ses nouveaux amis viennent et passent et il ne réussit pas à recréer l’amitié fusionnelle qu’il entretenait avec le robot. Le destin du chien et celui du robot contrastent. Le chien se lance dans une quête effrénée d’amitié et multiplie les rencontres, alors que le robot, paralysé, n’a d’autre choix que d’affronter sa solitude.

Au fil des saisons

Les chapitres suivent les mois de l’année. Pendant presque toute la bande dessinée, le robot est immobile, enseveli même, prisonnier, tandis que l’environnement autour de lui se transforme au gré des saisons. Il ne peut s’évader qu’à travers le rêve et le souvenir présentés dans des vignettes à la bordure ondulée. Le désir de s’évader et d’être libre succède au désir de retrouver son ami.

Le lecteur devient rapidement empathique avec ce robot qui connait un bien triste sort. Pourtant, à la fin de cette histoire, on a l’impression que c’est le robot qui a évolué. Le chien dans sa quête insatiable d’amis a moins évolué que le robot qui, finalement, a réussi à s’évader à travers le rêve et la contemplation. Cette bande dessinée toute simple m’a touchée par sa vision poétique sur l’amitié, à la fois triste et pleine d’espoir. Je me suis identifiée au robot: j’ai partagé sa solitude, je me suis sentie ensevelie et j’ai rêvé qu’on me délivre. Ce sont des sentiments qu’on ressent tous un jour ou l’autre dans notre vie. La beauté de cette bande dessinée, c’est qu’elle se passe de paroles. Le message se transmet seulement à travers les images. Et de temps en temps, ça fait du bien de pouvoir lire autre chose que des mots.

Et vous, avez-vous déjà lu une bande dessinée sans paroles dont le message vous a particulièrement touché?

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Quand Pierre Lapointe devient conteur

J’ai depuis toujours un amour inconditionnel pour tout ce que crée Pierre Lapointe. Les paroles de ses chansons ainsi que sa musique, réussissent toujours à venir chercher en moi des émotions que j’essaie tant bien que mal de refouler. Je vous laisse ici un petit extrait de ma chanson préférée, Pointant le Nord, question de vous donner un peu l’eau à la bouche pour ceux d’entre vous qui ne le connaitraient pas.

« Car il y a une rivière, qui a poussé entre nous

Même si la terre toute entière ferme les yeux et s’en fout

Et si un jour tu y plonges, moi j’y plongerais avec toi

Pour noyer dans la pénombre la grandeur de nos ébats

 Et si la terre toute entière se met à rire de nous

Nous leur balancerons des pierres pour grafigner nos genoux

Mais non jamais, mais oui je sais que je ne parlerais pas

Bouche gelée jusqu’à ce que nos deux corps soient enterrés »

Le conte réinventé

Le tragique destin de Pépito, publié en 2016, m’a tout de suite attirée. En plus d’être beau avec sa couverture bleu marine et ses pages rouges, il était le parfait mélange de deux de mes artistes préférés : Pierre Lapointe et Catherine Lepage, l’illustratrice de Fines tranches d’angoisse, un roman graphique absolument parfait. (Voir Traduire l’angoisse en images)

Pépito est un petit garçon rempli de surprises. De sa forme particulière – il ressemble un peu à une cacahuète – jusqu’à son nom hors du commun et en passant par son interdiction d’aller dans l’eau, Pépito est tout sauf ordinaire. Mais comme dans bien des cas, un enfant différent est souvent victime d’intimidation. Notre personnage principal n’en fait pas exception. Sa seule amie, Margot, est la seule qui l’accepte, qui reste ouverte d’esprit et qui voit au-delà leurs différences. Pépito, reconnaissant et en amour, lui amène chaque jour de nouveaux délicieux bonbons. Il essaie tant bien que mal de faire sa place dans ce monde qui n’a pas été construit pour lui.

Sans vouloir tomber dans le mélodrame, Le tragique destin de Pépito m’a particulièrement touchée. J’étudie présentement pour devenir enseignante au secondaire; l’intimidation est omniprésente dans le milieu scolaire et peut vraiment détruire des vies. Des oeuvres comme celle-ci sont importantes et nécessaires pour lever le voile sur un sujet que plusieurs pensent réglé. Les déboires de Pépito sont des exemples, parmi tant d’autres, des conséquences de l’intimidation sur quelqu’un. Son histoire, désolante, est abordée avec douceur et tout en métaphores.

Une histoire au deuxième degré

C’est d’ailleurs l’aspect que j’ai préféré de ce livre. Un enfant le lisant ne verrait que le premier degré, ce qui rend justement le sujet plus doux, plus facile à encaisser. En tant qu’adulte, la chute est un peu plus difficile puisque le deuxième degré de ce livre est poignant, déchirant. Le tragique destin de Pépito m’a enchantée, du début à la fin. Catherine Lepage a su illustrer avec justesse et délicatesse l’histoire de Pierre Lapointe.

Et vous, avez-vous déjà lu une des oeuvres de Catherine Lepage?

La peur qui m’habite

Distinguer le vrai du faux nous donne parfois l’impression d’établir une justice et un équilibre dans une société aussi désaxée que la nôtre. C’est un sentiment paisible qui nous murmure à l’oreille que nous sommes bons, justes et honnêtes. La vérité nous procure une certaine confiance ainsi qu’un sentiment de contrôle total alors que le mensonge se caractérise plutôt par ce qui est mauvais et honteux. Pourtant, l’un et l’autre ne s’éloignent jamais bien longtemps. Et même si nous avons la profonde conviction que la vérité doit toujours avoir le dessus, elle ne donne pas toujours pour autant la réponse à certaines de nos questions. La vie, la mort et tout ce qui se trouve entre les deux ne sont qu’une suite d’évènements dont nous sommes le héros, ou bien la victime. Et dans ce dernier cas, le faux est peut-être plus facile à accepter. Car la vérité n’existe pas toujours. Il y a ces zones grises, ces choses odieuses qu’on ne peut expliquer et qui, parfois, nous obligent à nous reconstruire dans le silence. 

Depuis quelques mois, je me découvre une vraie passion pour les romans graphiques et je crois pouvoir maintenant avouer que les oeuvres d’images et de paroles sont celles que je préfère. Elles se complètent par leur complexité et par leur degré d’exposition. Ce sont des oeuvres qui se savourent et qui se démarquent par l’infinie possibilité qu’elles ont de s’approprier des thèmes et certaines paroles. Elles sont audacieuses, drôles, touchantes et bouleversantes. C’est d’ailleurs le cas de Sabrina, de Nick Drnaso. Finaliste au prestigieux Man Booker Prize, cette oeuvre marque un tournant dans l’univers littéraire puisqu’il s’agit du premier roman graphique à être mis en nomination. Encensée par la critique internationale, cette deuxième oeuvre du jeune auteur ébranle par son engagement social et politique. Mené à terme après plusieurs mois de hauts et de bas personnels, Drnaso nous offre une oeuvre graphique puissante, probablement une des plus importantes de notre époque. 

Fille et femme d’Amérique

Sabrina, c’est cette jeune femme qu’on découvre le temps de quelques dessins. Mais avant tout, c’est celle qui hantera les personnages tout au long du récit. Disparue depuis quelques semaines dans une petite ville près de Chicago, Sabrina est retrouvée à la suite de l’envoi d’une vidéocassette à différentes chaînes d’informations et de journaux. Mettant en scène un homme tuant sauvagement une femme avant de s’enlever la vie, la police parvient à localiser le corps démembrer de la jeune femme pour finalement l’identifier comme Sabrina, cette jeune femme disparue quelques semaines plus tôt. Rapidement, elle devient un enjeu important de l’actualité américaine et la vidéo de son meurtre devient à son tour un vidéo virale. 

Sabrina, c’est un meurtre sordide, mais c’est surtout le récit de trois protagonistes reliés à la jeune femme et l’impact qu’une telle exposition journalistique peut avoir sur la vie personnelle. C’est un roman graphique d’une grande qualité qui nous percute et nous inquiète tout au long de notre lecture. On est hypnotisé, voir même hanté par l’oeuvre et ce, même plusieurs semaines avoir après avoir terminé cette lecture. Comme si Nick Drnaso s’était adressé à notre personne et nous demandait quel était notre rôle dans toute cette histoire. C’est un roman renversant qui nous pousse à nous questionner sur notre rapport face à la société et sur la soif de justice qui anime l’état dans lequel nous évoluons. Guidé par des dessins neutres avec des visages peu expressifs, des couleurs pastels et des dialogues somme toute assez simples, Sabrina réussit à nous communiquer de façon subtile des enjeux propres à notre génération. Le langage corporel des personnages nous engage dans le récit dès les premières pages et nous captive par ce halo de mystère qui s’installe tout au long de la bande dessinée. Bien que la première impression de l’oeuvre nous semble se rapprocher d’un TRUE CRIME, il n’en est pas de la sorte. C’est un roman sombre, dramatique et revendicateur. 

Reconstruire après la tempête 

Les trois personnages qui viennent meubler le récit sont très bien construits. À commencer par Sandra, la soeur de Sabrina. C’est d’ailleurs une discussion entre les deux soeurs qui inaugure le roman. Parlant de tout et de rien, on assiste à une discussion franche du quotidien entre deux soeurs qui mentionnent la peur qui habite Sandra de sortir seule le soir après avoir été traqué par une bande d’hommes quelques mois auparavant. Ironiquement, Sabrina sera kidnappée le soir même. Il y a aussi Teddy, personnage phare du récit et peu expressif qui ne s’exprime que lors de ses terreurs nocturnes.

L’histoire commence alors que celui-ci déménage chez Caddy, son vieil ami du secondaire. Habité par une profonde dépression, il passe ses journées à écouter les opinions de tous et les théories sur la possibilité que sa conjointe soit encore en vie. C’est un personnage en quête de n’importe quoi qui pourrait lui permettre de s’accrocher à l’espoir. Si on s’en méfie au début du récit, on finit par être émue par cette sensibilité et cette fragilité humaine. C’est un personnage extrêmement important qui comble le récit par ses silences et son visage neutre du début à la fin. Finalement Caddy, personnage ‘’principal’’ du récit. On le découvre confiant, bientôt promu à son job de technicien sur une base militaire et sur le point de retourner vivre avec sa femme et sa fille qui l’ont quitté plusieurs mois auparavant. L’arrivée de Teddy aura un impact complètement différent sur sa vie. Puisque le personnage de Caddy se conforme à un certain programme professionnel/vie de soldat, ses propos sont plus rationnels. Même chose pour sa relation avec ses propres émotions et sa perception de la réalité. Ainsi, la bande dessinée est parsemée de feuilles d’évaluation psychiatriques suivant le récit de Caddy tout au long des mois bouleversants qu’il vivra. Et c’est très intéressant de voir le cheminement schématique du personnage le plus en possession de ses moyens. On y découvre un Caddy anxieux et dépressif suivant les mois de la mort de Sabrina, cette femme qu’il ne connaissait que par l’entremise de Teddy. C’est un personnage fort intéressant puisque sa perception de Sabrina est la même que celle de ‘’monsieur/madame tout le monde’’. Si le peuple aime s’approprier cette jeune femme et la tragédie qu’est sa mort, Caddy, lui, éprouve un certain malaise à trouver les réponses nécessaires et relatives à la mort de la conjointe de son ami. Et pourtant, à la toute fin de notre lecture, c’est le personnage qui semble le plus marqué par la tournure des derniers mois. 

Raconte-moi une histoire (ou trouve les mots pour me réconforter)

L’oeuvre de Nick Drnaso explore principalement le phénomène des fakes news ainsi que celles des théories de complots menées par la masse. Elle critique ainsi l’impact que celles-ci ont sur une société entière. C’est un livre nécessaire à l’ère TRUMP, qui se démarque par son engagement social et sa réflexion complètement surprenante, voire nécessaire à quiconque. Bien que le livre ne parle en aucun cas de politique, on sent la peur constante habiter les quelque deux cents pages. Et c’est là où Sabrina marque un tournant important. Rarement une oeuvre pourra se vanter de réussir à décrire avec autant de subtilité et de vérité un enjeu important de la société à l’époque dans laquelle l’oeuvre a été créée.  La peur et la haine sont évoquées sous différentes facettes certes, mais principalement par le biais des réseaux sociaux et des médias. Les mots fakes news, fakes news résonnent à nos oreilles comme une menace et nous impose une certaine forme d’interrogation face à ce que nous digérons au quotidien comme informations, mais surtout sur la liberté d’expression de chaque être humain. Avec la montée du trollisme, on en vient à se demander si nous avons franchi la ligne de la liberté d’expression et si nous nous devons vraiment d’avoir réponse à tout. Que ce soit les vêtements de Safia Nolin ou les tueries de masse perpétuées aux quatre coins de la planète, sommes-nous vraiment en droit de dire et d’écrire tout ce que l’on pense?

Tout au long de l’histoire, on assiste à la montée de l’implication du peuple et de ses théories. Si le personnage de Calvin est de type plutôt joyeux, la pression médiatique et sociale feront de lui un homme complètement différent. Écoutant la radio et la télévision pour se rendre au bureau ou bien avant de se coucher, il verra ce divertissement se transformer en son pire ennemi. Aux yeux du peuple, il deviendra la cible des radios poubelles, le suspect numéro un des lignes ouvertes et le tueur présumé de Sabrina. Même chose pour la soeur de Sabrina qui reçoit des lettres de condoléances pour finalement recevoir des menaces et des requêtes pour savoir où est cachée Sabrina, des remarques comme quoi il n’y a pas de lien physique entre elles et que par conséquent, elles ne doivent pas être soeurs.

Il y a aussi cette fascination collective pour la violence. Si les gens consomment l’actualité mettant en vedette des tueurs en série, leur curiosité face aux passions et passe-temps de ces criminels est d’autant plus fascinante. Visionnement de vidéos troublantes en croissance, consommation d’oeuvres citées par le meurtrier ou analyse complète de l’entourage du coupable et de son éducation, chacun y met son grain de sel afin d’avoir les réponses nécessaires. Mais si tout semble possible à acquérir, certaines questions resteront à jamais sans réponse. Et c’est le cas de la violence. Pourquoi assassiner sauvagement? Pourquoi se mettre en scène? Pourquoi anéantir une race? La peur. Enfin, oui, je crois. Et si la question semble trop large pour être répondue, je crois que le poids exercé sur la société est trop énorme pour tenter une quelconque réponse. Parfois la vérité est trop difficile à accepter qu’elle nous oblige à se créer un sentiment de justice pour se réconforter. Il en va de soi avec les théories de masse, les idées de conspirations et les accusations fanatiques. Alors que malheureusement, la vérité est là, devant nous. Elle est simplement horrible à accepter. 

Quelques semaines après ma lecture, je reste encore bouleversée par ce roman de Nick Drnaso. C’est une oeuvre subtilement ficelée et racontée avec délicatesse malgré la lourdeur du propos. C’est en quelque sorte une analyse de nos temps modernes et de nos rapports avec la réalité et la fiction. C’est une bande dessinée à glacer le sang par sa violence principalement psychologique. Sabrina est une oeuvre qui marque un tournant dans l’univers littéraire pour plusieurs raisons, mais surtout pour la qualité et la finesse du travail graphique et dramaturgique de Drnaso. Une oeuvre à lire, à propager et à réfléchir avec ses pairs qui nous repositionne sur la présence médiatique et sur la liberté d’expression sur certaines tribunes. 

Hantée par ces propos, je me questionne sur le nombre de fois où je me suis permis de juger sans connaître et sans vouloir savoir non plus. Il y a tellement de vérités justes à soi-même qu’on oublie souvent celles qui sont collectives, qui font de nous un ensemble. Ce n’est pas en se permettant de rabaisser quiconque ou en exposant nos convictions personnelles sur chaque petite parcelle insipide de l’actualité que nous trouverons justice et vérité. Certes, il faut s’engager, s’unir et rugir face à l’adversité. Mais lorsque l’horreur s’impose devant nous, il faut simplement accepter qu’il n’y pas toujours de logique, et que la vérité n’est pas toujours bonne à savoir. 

Et vous, quelles oeuvres vous ont fait vous questionner sur vos rapports en société?

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Le cabaret désobéissant de Québec en toutes lettres

Encore une fois cette année, le festival de littérature Québec en toutes lettres a réussi à proposer aux habitants de la ville de Québec une programmation diversifiée et originale. Animations pour enfants, conférences, animations de rue, performances théâtrales, poésie, arts visuels et plusieurs autres choses étaient au menu. Bref, il y en avait pour tous les goûts.

L’expérience du Cabaret désobéissant

Pour ma part, j’ai décidé d’assister au spectacle intitulé Cabaret désobéissant qui était présenté dans la programmation comme «une soirée irrévérencieuse réunissant une brochette d’artistes littéraires et musicaux autour du thème de la désobéissance». Cette phrase était suffisante pour piquer ma curiosité. En fait, le thème avait été inspiré par la désobéissance des signataires du Refus global, en cette année où l’on souligne les 50 ans de ce manifeste.

Nadia Morin

Nadia Morin

Ce soir-là, la scène de l’Impérial avait pris des allures de salon habité par des artistes et des musiciens. Les deux animatrices, Frédérique Bradet et Sophie Thibeault, veillaient à la présentation des artistes et à l’enchaînement des numéros. En tout, ce sont dix artistes qui ont performé à tour de rôle au devant de la scène pour nous livrer un numéro représentant leur conception de la désobéissance. Nous avons eu droit à des performances variées dont un slam, des lectures, de la poésie et des chansons. Les artistes présents étaient dans l’ordre Mathieu Arseneault (écrivain), Catherine Lalonde (poète), Gabrielle Boulianne-Tremblay (actrice et écrivaine), Anatole (compositeur, interprète), Thomas Langlois (slammeur), Hélène Matte (poète), Maxime-Olivier Moutier (écrivain et psychanalyste), Érika Hagen-Veilleux (artiste multidisciplinaire), Gab Paquet (chanteur de charmes) accompagné de Claudia Gagné et Marc-Antoine K. Phaneuf (artiste et auteur).

Performer autour du thème de la désobéissance

À chaque numéro, j’étais curieuse de découvrir de quelle manière chacun des artistes allait interpréter le thème de la désobéissance. Alors que certains semblaient vouloir dénoncer des situations dérangeantes, d’autres ont plutôt opté pour un numéro comportant un peu de provocation.

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé, en première partie, le numéro de Gabrielle Boulianne-Tremblay qui abordait la réalité des trans. Un peu plus classique dans sa forme, j’ai trouvé que le numéro faisait bien ressortir la résistance dont doivent faire preuve les personnes trans.

En deuxième partie, j’ai surtout aimé le numéro de Marc-Antoine K. Phaneuf qui a énoncé une succession de phrases débutant par «Va falloir…» abordant surtout des thèmes d’actualité. Son texte a su capter mon attention par son mélange d’humour et d’indignation.

Il y aurait beaucoup à dire sur chacun des numéros et, une chose est sure, il s’agit d’un spectacle représentatif de l’audace dont fait preuve le festival Québec en toutes lettres. Chaque année, le festival réussit à sortir des sentiers battus pour promouvoir la littérature autrement que dans ses formes traditionnelles. Je souhaite une longue vie à ce festival qui, depuis 2010, célèbre la littérature avec originalité dans la ville de Québec.

Et d’ici l’an prochain, n’oubliez pas de consulter la programmation de la Maison de la littérature. Voici quelques idées d’événements auxquels assister :

Merci au festival Québec en toutes lettres pour l’invitation!