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Survivre à la grossesse : un guide positif pour les nouveaux parents!

En février dernier, lorsque j’ai vu le petit + sur le bâton, je savais que ma vie venait d’être chamboulée.

Je ne savais pas à quel point.

Aujourd’hui, mon fils de trois semaines endormi à mes côtés, je peux dire que ce fut des mois précieux, des mois d’apprentissage, de lecture, de hâte, de questionnements, de doute, mais surtout des mois d’attente, des mois avant de faire la rencontre, le blind date, le plus important de ma vie. Personnellement, j’ai adoré être enceinte et sentir un petit être pousser en moi. Comme chacune, j’ai eu mon lot d’inconforts, mais ce qui en ressort, c’est la magie d’avoir mis au monde mon petit Florent.

Il m’arrive encore d’être étonnée en voyant les dernières photos de ma grossesse. Comment mon fils pouvait-il être là-dedans, dans mon bedon? Je suis impressionnée et fascinée quand je pense que c’était lui tout le long.

Curiosité et nerf sciatique

Tout au long de ma grossesse, je me suis renseignée; je sentais que j’avais tant à apprendre. J’ai beaucoup lu et écouté des vidéos, en lien avec la grossesse, la parentalité, la grossesse, l’accouchement. J’étais tellement heureuse lorsque j’ai su qu’un guide québécois écrit par Julie Champagne et illustré par Ana Roy (que j’aime beaucoup) paraîtrait début automne aux éditions Parfum d’encre. Enfin une référence québécoise qui aborde avec humour, simplicité et désinvolture la grossesse!

J’ai beaucoup apprécié l’humour qui traverse ce guide, cela rendait la lecture moins ardue et le sujet, un peu plus accessible. J’ai beaucoup aimé le survol culturel qui permettait de voir comment la grossesse était perçue et traitée selon les époques ainsi que les régions du monde. Les illustrations d’Ana Roy sont drôles, à l’image de son style, et m’ont permis de me reconnaître à plusieurs reprises.

C’est un guide positif qui aborde la grossesse avec humour, simplicité et intelligence. J’ai appris de nombreuses choses et je ne peux que le conseiller à tous les jeunes parents.

Et vous, avez-vous fait des lectures marquantes pendant votre grossesse?

Les résolutions littéraires des fileuses en 2020

Voici les résolutions littéraires des membres de notre équipe pour 2020. N’hésitez pas à nous partager les vôtres dans les commentaires!

Roxanne Pichette

Je n’ai pas encore de résolutions littéraires en tant que telles. Je veux juste que cette année littéraire 2020 soit une belle année de découvertes, d’aventures et de réflexions pour moi et les lecteurs/lectrices du Fil rouge.

Virginie Paquet

Comme chaque année, mon objectif Goodreads est de lire 52 livres par année (environ un par semaine). Je veux aussi continuer la lecture du cycle Soifs et des Rougon-Macquart. Je dois dire qu’avec ces deux grands projets en cours, j’essaie de ne plus en commencer d’autres…! Je souhaite aussi lire autre chose que des romans, une fois de temps à autre, même si j’aime habituellement vraiment moins ça.

Marion Gingras-Gagné

Ma principale résolution littéraire de 2020 est de… lire. De lire pour le plaisir, le soir, avant de me coucher, plutôt que de succomber à la facilité des plateformes numériques et des réseaux sociaux qui ne me donnent qu’un contentement éphémère. Comme tous les humains, j’opte souvent pour la facilité à l’approche du dodo et j’en profite pour avancer mes leçons d’italien sur Duolingo ou scroller Instagram de haut en bas.

Même si je m’améliore et fais de la lecture une de mes activités quotidiennes, je souhaite décidément réserver ma période prédodo pour de la lecture pour le plaisir, d’autant plus que ça m’assure un sommeil plus réparateur, loin des écrans. Avec cela, je souhaite augmenter ma lecture d’essais et d’ouvrages généraux et pouvoir lire encore plus de nouvelles plumes québécoises.

Charlotte Moreau de la Fuente

Cette année a été fructueuse en lectures et je compte continuer sur ma lancée en 2020. Je veux cependant m’aménager plus de temps de lecture et commencer à répertorier les livres que j’ai lus, car chaque année, je commence une liste puis je laisse tomber au bout de quelques mois… Après, je ne me souviens plus de tout ce que j’ai lu et ça me frustre! J’aimerais aussi ajouter de plus en plus d’autrices à ma pile à lire, des livres québécois, mais aussi quelques mangas, un genre que j’avais laissé de côté depuis quelques années sans trop savoir pourquoi.

Camille Beauchamp

J’ai vraiment délaissé la lecture en 2019; je lisais à peine, je dois l’avouer! En 2020, j’aimerais lire au moins deux à trois romans ou bandes dessinées par mois et recommencer à écrire mes articles pour Le fil rouge de manière régulière. J’aimerais ajouter plus de textes provenant de personnes racisées dans ma pile à lire et découvrir des auteurs et autrices de partout à travers le globe!

Marjorie Rhéaume

En 2020, je veux continuer à lire pour le plaisir ! Sans attentes, sans chercher à atteindre un nombre de lectures sur Goodreads, par exemple. Je veux continuer à écouter des livres audio, à m’instruire par la lecture en lisant toujours plus d’essais. Par contre, j’ai aussi le goût de me plonger dans de longues fictions, dans de grandes histoires.

Il faut que je me l’avoue, en 2019, j’ai perdu l’envie d’écrire. J’ai essayé à maintes reprises, mais c’est comme si je n’arrivais plus à structurer des articles, à construire un texte convenable. En 2020, je veux y revenir, retrouver le plaisir, le temps et la discipline nécessaire pour pondre de bons articles ici.

Laurence Lacroix

En 2020, je veux lire encore plus. Je veux lire ce que j’ai le goût de lire sans jugement et sans pression. Je veux découvrir de nouveaux genres, toucher à ce que je ne connais pas encore. Je veux également lire encore plus et toujours plus d’autrices. Je vise particulièrement les essais pour la prochaine année, un type de livres que j’ai à peine lu et qui, pourtant, m’intéresse énormément.

Frédérique Lévesque

Ma résolution littéraire de 2020 est d’aller vers la qualité plutôt que la quantité. J’aimerais donc approfondir chacune de mes lectures (celles qui m’auront touchée en tout cas) avec des discussions, pour faire des liens avec ma vie personnelle, celle de mon entourage et l’actualité sociale et politique, par exemple. J’aimerais aussi continuer à découvrir des auteurs et autrices qui sauront me toucher.

Martine Latendresse Charron

En 2020, je souhaite lire et écrire davantage. L’année 2019 a été une grande année de changements qui m’aura éloignée de mes deux grandes passions : lire et écrire. Je me suis aussi beaucoup moins impliquée pour Le fil rouge et je souhaite sincèrement m’investir davantage dans ce si beau projet. Disons que ma résolution est de revenir davantage à moi-même et de prendre plus de temps, au quotidien, pour faire ce qui m’épanouit vraiment. Espérons que les siestes seront nombreuses cette année pour m’aider dans ce défi!

Les coups de cœur littéraires des fileuses en 2019

Les choix de Camille Morin

1- Le livre d’un été, de Tove Jansson
Mon coup de cœur de l’année! C’est le premier ouvrage de cette autrice que j’ai lu et je suis désormais fascinée par le personnage. Le livre d’un été parle d’enfance et de liberté, mais aussi de deuil et de sagesse. En 2020, je veux lire davantage de littérature scandinave. Ça fait partie de mes résolutions littéraires.

2- Chauffer le dehors, de Marie-Andrée Gill
J’ai tellement pleuré en lisant sa poésie. Pleuré de joie, de nostalgie, d’admiration devant la beauté. Tout ce qu’elle écrit me va droit au cœur.

3- Les merveilleux nuages, de Françoise Sagan
Une amie m’a fait découvrir cette autrice et nous avons lu ce livre en même temps, pour ensuite en discuter autour d’une bière… Ça parle d’une relation de couple toxique et de la difficulté de s’en sortir. Un sujet lourd, mais fascinant en raison de tous les mécanismes de défense présents chez l’un et chez l’autre.

4- Kuessipan, de Naomi Fontaine
Je vais la citer : « J’ai inventé des vies. L’homme au tambour ne m’a jamais parlé de lui. J’ai tissé d’après ses mains usées, d’après son dos courbé. Il marmonnait une langue vieille, éloignée. J’ai prétendu tout connaître de lui. L’homme que j’ai inventé, je l’aimais. Et ces autres vies, je les ai embellies. Je voulais voir la beauté, je voulais la faire. Dénaturer les choses […] »

5- La détresse et l’enchantement, de Gabrielle Roy
Je l’ai lu encore cette année et j’y ai souligné, au crayon de plomb, des dizaines de passages sur le sens de la vie et du bonheur qui m’inspirent au quotidien.


Les choix de Roxanne Pichette

1- La tendresse attendra, de Matthieu Simard
Cet auteur fut une découverte. C’est une amie qui me l’a recommandé. Coup de foudre. Son style et le don qu’il a de faire défiler l’histoire m’ont tout simplement fait tomber en amour!

2- La douleur du verre d’eau, de Jean-Christophe Réhel
Une belle réconciliation avec la poésie. Moi qui l’avais en horreur au cégep, me voilà en amour; surtout avec notre belle poésie québécoise.

3- Miley Cyrus et les malheureux du siècle, de Thomas O. St-Pierre
Un essai qui porte sur notre époque et sur notre génération, et qui apporte de belles réflexions.

4- Notre-Dame-des-Anges, d’Émilie Rivard
Une littérature dite plus chick lit, mais de la bonne chick lit! En fait, selon moi, c’est beaucoup plus de la « feel good lit ». Un livre qui te donne envie de t’enrouler dans une couverte chaude avec un chocolat chaud et de regarder la neige qui tombe.

5- À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, de Michel Tremblay
On a tous, ou presque, lu du Tremblay dans notre vie. J’ai dû relire cette pièce pour un cours et j’ai été touchée comme la première fois. Des dialogues riches en émotions, qui rappellent également des conversations que l’on pourrait encore entendre de nos jours. C’est une pièce qui est, selon moi, intemporelle.


Les choix de Virginie Paquet

(sans ordre de préférence… et je réalise que seulement deux sont parus en 2019!)

1- The Late Show (en français : En attendant le jour), de Michael Connelly
Je lis beaucoup de romans policiers et j’avais toujours trouvé Connelly plutôt moyen. Sa nouvelle enquêtrice m’a vraiment plu et ça a été une belle surprise que ce personnage de femme pas (trop) stéréotypé écrit par un homme (C’est quand même un policier!).

2- Le projet Shiatsung, de Brigitte Archambault
Je l’ai obtenu en service de presse et ce fut une belle surprise. Des thèmes vraiment d’actualité et des dessins juste assez glauques. Je l’ai tellement aimé que je l’ai lu deux fois!

3- Les retranchées : échecs et ravissement de la famille, en milieu de course, de Fanny Britt
Tellement senti! Je n’ai pas d’enfants et je ne sais pas si j’en aurai, mais je me suis reconnue quand même. J’ai trouvé l’œuvre beaucoup plus personnelle que Les tranchées.

4- Soifs, de Marie-Claire Blais
Un de mes projets de l’année était de m’attaquer au cycle Soifs et à l’œuvre immense de Marie-Claire Blais (c’était d’actualité, avec l’adaptation théâtrale). J’ai trouvé ça plutôt difficile au début, puis en avançant, ça s’est placé. C’est une lecture dont je suis fière et de laquelle j’ai vraiment l’impression de sortir changée. Je continue d’ailleurs tranquillement la lecture du cycle.

5- Half of a Yellow Sun, de Chimamanda Ngozi Adichie
Comme toujours avec l’œuvre de cette autrice, j’ai été transportée ailleurs et j’ai énormément appris, le tout en ayant un grand plaisir de lecture.


Les choix de Marion Gingras-Gagné

(sans ordre de préférence!)

1- Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
J’avais emprunté ce livre sous le conseil d’un ami il y a de ça plusieurs années et il ne m’avait alors que très peu accrochée (je l’avais mis de côté après une cinquantaine de pages). Mais lorsque j’ai vu l’annonce de l’adaptation cinématographique, j’ai tout de suite eu envie de m’y replonger et j’ai, cette fois-ci, terminé ma lecture en un temps record! La forme épistolaire fait tout le charme du livre et l’intrigue est vraiment bien ficelée, si bien que je n’ai absolument pas vu venir le dénouement. J’ai aussi été extrêmement touchée, voire particulièrement attristée, par la réalité de la guerre qui y est décrite. C’est un livre que je conseille sans hésiter (mais je ne peux encore rien dire du film, que je n’ai toujours pas vu!).

2- Stalkeuses, sous la direction de Fanie Demeule et de Joyce Baker
J’ai eu un coup de cœur pour ce recueil de nouvelles qui m’a accrochée du début à la fin! L’originalité du sujet et de son traitement par les autrices (et l’auteur!) en fait un livre passionnant.

3- Voyage d’une femme indépendante, de Alice Steinbach
C’est un roman que j’ai découvert par hasard il y a peu de temps et dans lequel je me suis fortement retrouvée. Les réflexions sur le voyage que propose l’autrice sont profondes et justes, et j’ai adoré la description qu’elle fait des lieux qu’elle visite (Paris, Rome). Une excellente lecture pour voyager sans bouger de chez soi.

4- Paul à la maison, de Michel Rabagliati
Parce que je l’attendais avec impatience et qu’il m’a procuré un beau moment de lecture, je mets le dernier Paul sur ma liste de coups de cœur et invite tout le monde à s’y plonger.

5- Les limbes, de Jean-Simon Desrochers
Je dirais que cette œuvre s’approche littéralement de la perfection. J’ai suivi avec délice le développement du personnage de T-Best et j’ai particulièrement raffolé du portrait que fait l’auteur des années du Red Light à Montréal. Je le recommande chaudement.


Les choix de Marie-Laurence Boulet

1- Le lambeau, de Philippe Lançon
Œuvre magistrale sur l’avant et l’après Charlie Hebdo, vu par le journaliste et écrivain Philippe Lançon. Un livre poignant, poétique et envoûtant. J’y pense encore des mois après ma lecture.

2- Catch and Kill, de Ronan Farrow
Travail gargantuesque du journaliste américain sur le scandale Harvey Weinstein. Son enquête lui a d’ailleurs valu le prix Pulitzer. Un livre qui se lit comme un thriller criminel. À glacer le sang!

3- Comme des animaux, d’Eve Lemieux
Premier roman de la jeune comédienne, il nous offre un portrait cru et violent du jeune âge adulte. Un roman qui nous émeut par sa forme, par son audace et par la plume de l’autrice.

4- Normal People, de Sally Rooney
Récit de deux jeunes âmes dans l’Irlande moderne, ce roman troublant s’attaque au mythe de l’âme sœur et nous transperce par sa violence. Rooney est la reine des dialogues et elle le prouve encore une fois avec ce deuxième roman.

5- Les chants du large, d’Emma Hooper
Quand les poissons disparaissent, nul n’a de raison de rester dans la petite communauté vivant au large de Terre-Neuve. Un choix s’impose : l’exode vers la grande ville ou la résistance pour honorer le passé? Un hymne au mal du pays, traversé par des élans poétiques qui vous restent en tête bien des mois après votre lecture.


Les choix de Christine Comeau

1- Annihilation, de Jeff Vandermeer
Un court roman de science-fiction étrange et très mystérieux. Le suspense est captivant, les images évoquées sont fascinantes, si bien que je ne sais plus lequel de nous deux a dévoré l’autre!

2- La bête : intégrale, de David Goudreault
Une trilogie déjantée qui n’a plus besoin de présentation. Même quand on touche le fond, on peut toujours tomber plus bas… C’est documenté!

3- Dans la forêt, de Jean Hegland
Un roman d’anticipation qui sort des sentiers battus, portant sur la résilience, la sororité, la nature et notre rapport au monde. Girl power et patchouli contre la fin du monde!

4- Noirceur et autres couleurs, de Mireille Gagné
Un recueil de nouvelles métaphoriques qui s’adresse aux adolescents – mais peut très bien plaire aux adultes – et qui nous apprend que la poésie peut fleurir dans les endroits les plus sombres.

5- Anne et la maison aux pignons verts, de Lucy Maud Montgomery
Le plus grand classique jeunesse canadien de tous les temps! Anne a été, pour moi, la compagne idéale pour meubler les longues heures de route qui m’ont menée jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard.


Les choix de Charlotte Moreau de la Fuente

1- Sorcières, la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet
J’ai eu un coup de cœur pour cet essai féministe qui m’a ouvert les yeux puis m’a fait (et me fait toujours) réfléchir, et que je trouve très accessible.

2- La tempête des échos, de Christelle Dabos
Ce roman est le 4e et dernier tome de la série La Passe-miroir. Je l’attendais avec impatience et j’ai vraiment passé un chouette moment de lecture. L’histoire, l’univers et la fin imprévisible, tout m’a accrochée, à tel point que je conseille cette série à tout le monde!

3- La série Le journal intime de Cléopâtre Wellington, de Maureen Wingrove (alias Diglee)
Découverte il y a peu. C’est plein d’humour, c’est féministe. Les personnages sont un peu dérangés, mais tellement attachants. En un mot, j’ai adoré!

4- Tulipe et Les voyages de Tulipe, de Sophie Guerrive
Ces albums ont fait l’objet de mon premier article sur le blogue. J’aime le trait, les personnages, les dialogues et l’humour de l’autrice. Les réflexions philosophiques sont profondes et très justes. En vrai, j’aimerais vivre avec Tulipe, Violette, Crocus et les autres.

5- Blanc mortel, de Robert Galbraith (alias J.K. Rowling)
Je viens de le terminer en livre audio. C’est non seulement très bien écrit, plein de petits détails comme J.K. Rowling sait le faire, mais l’intrigue m’a aussi tenue en haleine tout du long.


Les choix de Camille Beauchamp

1- Paul à la maison, de Michel Rabagliati
Pour la qualité du texte, la puissance des images ainsi que la sensibilité et la délicatesse avec lesquelles l’auteur aborde certains thèmes. Il parvient toujours à émerveiller et à faire apparaître une lueur d’espoir dans la mélancolie. C’est un magnifique album, touchant et sensible. À lire!

2- N’essuie jamais de larmes sans gant, de Jonas Gardell
J’ai très rarement pleuré en lisant un livre, mais celui-là est venu me transpercer le cœur. Il m’a percutée comme un coup de poing en plein ventre et je me suis sentie transformée par ma lecture. Un texte puissant, touchant et émouvant. On ne peut pas rester insensible face à ce livre.

3- Chanson douce, de Leïla Slimani
L’écriture est enlevante, on retient son souffle jusqu’à la fin. Les personnages sont tous nuancés, humains et pratiquement réels. On se reconnaît dans leurs passions, leurs rêves et leurs pulsions, et cela peut faire peur et déstabiliser. Une histoire en apparence toute simple, mais qui cache plusieurs secrets.

4- Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier
J’ai toujours aimé les livres qui traitent de personnes âgées et celui-là m’est allé droit au cœur. Les personnages sont touchants et on y décrit divers types de vieillissements dans lesquels on peut retrouver l’amour, la tendresse, la joie, la découverte et, surtout, la paix. C’est un roman tout doux, une ode au temps qui passe et à la vie.

5- Le seigneur des anneaux, de J.R.R. Tolkien
Je me suis replongée dans les classiques et je dois avouer que je ne m’étais jamais attaquée à celui-ci! Je me suis laissé emporter dans les espaces verdoyants de la Comté en compagnie des Hobbits. J’ai rarement eu autant envie de lire sans m’arrêter, même si je connaissais déjà l’histoire!


Les choix de Marjorie Rhéaume

1- Educated, de Tara Westover
Educated est le premier livre que j’ai lu en 2019, et c’était définitivement un bon livre pour commencer l’année en force. C’est un mémoire poignant, souvent difficile à lire, mais qui marque vraiment les esprits et qui prouve que tout est possible.

2- Daisy Jones and the Six, de Taylor Jenkins Reid
Un livre que j’ai écouté et dans lequel j’ai été complètement absorbée. La version audio est simplement phénoménale. Je ne sais pas s’il aurait été dans cette liste si je l’avais lu, mais je ne pouvais pas passer à côté de la puissance qu’ont apportée les voix à cette production audio et à cette histoire librement inspirée de la vie de Stevie Nicks.

3- More Than Enough, de Elaine Welteroth
Un autre livre que j’ai écouté (les livres audio sont définitivement ma découverte de l’année!). Ce récit, narré par l’autrice, est à mi-chemin entre le livre de croissance personnelle et la biographie. Elle y raconte son parcours jusqu’à la tête de la rédaction de Teen Vogue, à l’âge de 29 ans.
L’un de mes rêves d’enfance était de travailler dans un magazine et, à l’adolescence, je dévorais les magazines de mode américains. J’avais donc hâte d’en apprendre plus sur cet univers. Au final, c’est plutôt un récit sur l’inclusion et l’importance de croire en soi, auquel je repense souvent depuis.

4- Pour nous libérer des rivières, de Hugo Latulippe
À l’image de Véronique Côté dans son essai La vie habitable, Hugo Latulippe s’intéresse à l’importance de l’art dans nos vies. C’est simplement magnifique. J’aurais voulu en souligner tous les passages, les mémoriser pour pouvoir les réciter et me rappeler tout le beau du monde. Je le relirai certainement.

5- Pour mémoire : petits miracles et cailloux blancs, de Dominique Fortier et de Rafaële Germain, et Habiller le cœur, de Michèle Plomer
Bien que ces deux livres soient différents, je les mets ensemble puisque je les ai lus l’un après l’autre et qu’ils m’ont tous deux laissé un sentiment d’apaisement et de bien-être. Il y a une douceur bien particulière qui émane de ces deux livres et je n’aurais pas pu mieux choisir pour combattre la grisaille du début de l’hiver.


Les choix de Laurence Lacroix

1- Roux clair naturel, de Fanie Demeule
Un roman écrit dans une écriture douce qui m’a comblée en s’intéressant au mythe de la rousseur et en m’aidant à comprendre ma propre obsession pour cette couleur. Fanie sait comment traiter d’un sujet plus difficile avec légèreté. On ne veut pas détourner le regard une seconde!

2- Chanson douce, de Leïla Slimani
Un roman intense sur une nounou qui passe de l’adoration à la haine des enfants placés sous sa garde. Une intrigue complexe bien ficelée où l’on comprend les différents points de vue. C’est un excellent roman pour vivre un bon suspense.

3- Educated, de Tara Westover
Cette autobiographie raconte la vie d’une jeune femme qui n’a pas eu une enfance facile dans sa famille mormone survivaliste. Ce qui est intéressant avec ce livre, c’est qu’on oublie parfois que nous ne lisons pas de la fiction, mais bien une histoire réelle. C’est un livre qui marque l’esprit pendant longtemps.

4- Manam, de Rima Elkouri
C’est l’histoire de Léa, qui retrace le parcours de sa grand-mère, survivante du génocide arménien, à la suite de son décès. Léa se rend dans la ville natale de cette dernière pour mieux comprendre son passé douloureux. Traité avec une délicatesse impressionnante, ce roman offre une perspective toute en pudeur sur la tragédie arménienne.

5- J’aime Hydro, de Christine Beaulieu
Dans un contexte écopolitique comme le nôtre, la lecture de cette pièce s’imposait. On y apprend certaines vérités pas toujours heureuses cachées derrière notre soi-disant source d’énergie propre. Hydro-Québec est traité, cette fois-ci, sans pudeur.


Les choix de Frédérique Lévesque

1- La conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole
Ce roman, c’est mon père qui l’a acheté et qui m’en a parlé. Comme à l’habitude, je le lui ai volé avant que lui-même n’ait pu le lire. L’écriture de John Kennedy Toole est complètement envoûtante dans sa densité et son originalité sans pareil. Jamais rien lu comme ça!

2- Travesties-kamikaze, de Josée Yvon
Les premières pages (et les autres!) m’ont tellement déboussolée que j’ai d’abord voulu reporter la lecture du roman à plus tard. Pourtant, impossible. Un genre de trash qui nous donne envie d’engloutir le roman.

3- Désert, de J.M.G Le Clézio
Une collègue de travail me l’a prêté. Ça m’a enfin permis de lire ce roman, dont j’avais entendu parler lors d’une entrevue avec l’auteur à l’émission littéraire Apostrophes il y a plusieurs années de cela. Écriture magnifique et sensible, personnages touchants et paysages finement décrits : je n’ai pas été déçue!

4- De préférence la nuit, de Stanley Péan
Cette référence de la radio a su raconter la place que le jazz occupe dans ma vie dans ce livre. L’animateur et écrivain sait (re)déclencher un intérêt pour les racines des pièces musicales et de leurs auteurs, ainsi que pour leurs répercussions dans la culture populaire ou underground. Et tout cela au profit de la musique jazz elle-même.

5- Chroniques de mon crématorium, de Caitlin Doughty
Récits troublants de détails et de vérités sur le processus quasi industriel entourant la mort en occident aujourd’hui. Ce livre infusé d’un humour noir m’a réconciliée avec ma propre mort (j’viens-tu d’écrire ça?)!


Les choix de Martine Latendresse Charron

1- La vie magique, de Natalie Jean
Un roman qui raconte les beautés de l’enfance. Grâce au regard aimant de sa mère, la narratrice Miranda revient sur des souvenirs qui ont forgé la personne qu’elle est devenue. J’ai aimé le réalisme de la narration ainsi que le choix de l’autrice de s’appuyer sur les petites choses qui rendent la vie magique. Ça fait du bien à lire et j’ai été émue par la relation mère-fille.

2- Pour mémoire : petits miracles et cailloux blancs, de Dominique Fortier et Rafaële Germain
Une œuvre singulière par deux grandes autrices de la littérature québécoise. Elles donnent envie de se poser et d’admirer les oiseaux. J’ai particulièrement aimé les anecdotes concernant leurs filles : elles m’ont beaucoup émue – moi et mon nouveau cœur de mère.

3- Shuni, de Naomi Fontaine
Dans cette lettre rédigée pour son amie Julie, Naomi Fontaine raconte sa propre vision du Nord sans gants blancs, mais avec tout son cœur. Je suis une grande admiratrice de la plume de cette autrice qui m’avait plus que charmé avec Manikanetish. Elle m’a fait pleurer, à nouveau, avec sa vision de la maternité, du passage du temps et du sens de la communauté. C’est clair que je vais relire ce livre!

4- La plupart du temps je m’appelle Gabrielle, de Stefanie Meunier
J’ai découvert ce livre lors d’une séance de club de lecture que j’anime pour Le fil rouge. Les participantes et moi avons adoré unanimement ce roman. Il avait tout pour être mélodramatique et finalement, nous avons trouvé que l’histoire était racontée avec finesse, sensibilité et intelligence. Gros coup de cœur aussi pour la relation père-fille du roman. J’en ai d’ailleurs parlé plus amplement ici.

5- Les retranchées : échecs et ravissement de la famille, en milieu de course, de Fanny Britt
Après avoir lu Les tranchées il y a déjà quelques années, j’étais heureuse de me plonger dans la suite de la réflexion de Fanny Britt concernant la maternité et le féminisme. J’ai lu ce livre enceinte et je dois dire que j’ai été franchement touchée par les questionnements suscités par l’autrice. Elle m’a donné envie de faire du mieux possible pour ne pas « performer » ma maternité, un défi constant dans notre société « Pinterest et pyjama en lin éthique et bio ». À lire, maman ou pas.

Et vous, quels sont vos cinq lectures coups de cœur de l’année?

La douleur du verre d’eau : une tempête dans un océan

Avant la tempête: 

Je dois faire un mea culpa : je n’ai jamais été une grande fan de poésie. Peut-être que je n’avais simplement pas trouvé celle qui me parlait ou qui provoquait une émotion assez forte en moi pour me la faire savourer comme on déguste un bon vin. J’avais une appréhension envers ce genre jusqu’à ce que je découvre la poésie moderne québécoise. De la poésie qui me parle vraiment.

C’est sa beauté, je trouve, car elle peut être appréciée par plein de gens différents selon ce qu’ils en comprennent. La première fois que la poésie a eu un sens pour moi est lors de ma lecture de Shenley, d’Alexandre Dostie. C’est avec ce recueil que j’ai renoué avec les non-vers, mais c’est avec La douleur du verre d’eau de Jean-Christophe Réhel que j’ai vraiment ressenti une émotion. 

Pendant la tempête: 

Le poète transpose un mal qui affecte plusieurs d’entre nous : l’anxiété. En souffrant moi-même, j’ai été transpercée par ses mots. Des mots qui racontaient ce que, souvent, je ne suis pas capable de dire. Cette impression qu’on ne reviendra jamais à la surface et que l’orgueil brisé et la honte accompagneront une rechute. La peur de ne jamais s’en sortir. 

« je n’ai pas de souffle
je fais de l’arythmie
je ne le dis à personne
j’ai toujours peur de me noyer
j’ai toujours peur de ne plus comment nager
j’ai un fil de pêche dans la tête et je veux vivre» 

J’ai dévoré ce recueil des éditions de L’écrou parce qu’il venait chercher en moi des émotions qui sont souvent inexplicables. Ces poèmes dévoilent aussi au grand jour des parcelles de pensées.

« je suis encore fatigué
c’est toujours la même chose
c’est toujours les jours des autres jours
je deviens minuscule
je tricote des endroits
des sentiers que je connais par coeur
je sais comment boxer contre le séchoir à linge
mais je ne sais plus comment vivre» 

Après la tempête: 

Après avoir lu des poètes québécois contemporains comme Dostie et Réhel, ma vision de la poésie a complètement changé. J’ai trouvé des poètes qui me parlent, qui me font vivre des émotions. C’est aussi la grande force de la poésie, selon moi. Chaque vers fait ressentir quelque chose d’unique à la personne qui le lit. 

Et vous, qui est votre poète préféré?

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De la lecture pour le temps des Fêtes

Cet automne, lors de l’anniversaire d’une de mes amies, qui est aussi une grande lectrice, je lui ai offert un livre en cadeau. Pas très original ni surprenant, si c’est une grande lectrice, me direz-vous. Eh bien oui! Mon amie était vraiment surprise car, comme elle lit beaucoup, son entourage évite habituellement de lui offrir un livre en cadeau, au cas où elle l’aurait déjà acheté ou lu. Elle était franchement ravie! Alors, je me suis dit qu’à l’approche du temps des Fêtes, je ferais un tour d’horizon auprès des autres fileuses pour avoir leur avis sur le sujet, et aussi pour vous proposer quelques idées ou quelques recommandations de livres à offrir autour de vous.

Est-ce que même les grandes lectrices aiment recevoir des livres en cadeau?

Chez les fileuses, c’est unanime, la réponse est « OUI!!! ».

Vicky nous dit :  « Pour ma part, j’ai toujours aimé recevoir de la lecture en cadeau sous quelque forme que ce soit. Enfant, on m’offrait souvent un abonnement (ou plusieurs haha) à une revue. Je trouve que c’est un beau cadeau pour un enfant qui apprécie lire. »  

Christine, de son côté, a une liste de suggestions qu’elle tient à jour en temps réel pour permettre à ses proches d’y piger des idées quand ils souhaitent lui offrir un livre. Elle raconte que, l’an dernier, ses beaux-parents ont choisi le livre avec le titre le plus funky : La vie rêvée des grilles-pain, et que, finalement, grâce à eux, elle a découvert Heather O’Neill, qui est devenue son autrice préférée.

Marion a partagé une idée pour les familles dont plusieurs membres aiment la lecture : « Avec ma mère, mes tantes et ma grand-mère, pendant longtemps, chacune de nous achetait un livre neuf pour Noël, une nouveauté de l’année, qu’on lisait et qu’on prêtait ensuite aux autres. Les livres finissaient par circuler toute l’année et on avait moins l’impression de devoir acheter tout nous-mêmes!»  

Bref, oui, les grandes lectrices aiment recevoir de la lecture en cadeau. Et pas juste des livres neufs ou des nouveautés! Un abonnement à une revue, un livre usagé, une soirée « club de lecture » impromptue pour discuter de coups de cœur littéraires ou même une simple suggestion personnalisée écrite dans une carte: c’est vraiment apprécié, sans avoir besoin de casser sa tirelire!

Quelques suggestions…

(Les suggestions proviennent de Vicky, de Christine, de Marion et de moi-même.)

Pour les enfants

  • Soleil, de Hubert Reeves : si vous avez des enfants qui s’intéressent à l’astronomie, c’est un superbe livre!
  • La série des Contes culottés : pour les 8-12 ans.

Pour tout le monde

  • Tous les livres de Heather O’Neill : c’est presque impossible de ne pas aimer. C’est passe-partout et il y a plein de niveaux de lecture, pour ceux qui aiment creuser un peu plus. 
  • Les bandes dessinées des éditions Pow-Pow : elles sont tellement belles!
  • Le dernier Paul, Paul à la maison de Michel Rabagliati
  • Les recueils de nouvelles Stalkeuses et Folles Frues Fortes.
  • Des livres de cuisine québécois : il y en a plein! On vous suggère La cuisine de Jean-Philippe : mes grands classiques véganes ou Loonie cuisine pour s’initier à la cuisine végane, avec un discours accessible et sans jugement.
  • Les livres dystopiques de Karoline Georges, l’autrice des romans Sous béton et De synthèse.
  • Les quatre filles du Docteur March de Louisa May Alcott : un classique du temps des fêtes.
  • Par les routes de Sylvain Prudhomme : chaudement recommandé par mon libraire préféré et récipiendaire du Prix Fémina.
  • N’importe lequel de vos livres préférés qui vous fait penser à un.e de vos proches!

Pour grandes lectrices et grands lecteurs

Christine recommande d’offrir un livre qui pourra les faire sortir de leur zone de confort. « C’est facile de toujours rester dans le même genre littéraire, mais c’est vraiment rafraîchissant de recevoir un livre qui nous fait sortir de notre zone habituelle! » Je suis vraiment d’accord avec elle. Par exemple, je lis beaucoup de romans, mais presque pas de poésie. Ça me ferait tellement plaisir qu’une.e ami.e qui en lit m’en offre. J’ajouterais, de façon générale, que si un livre que vous avez lu vous a fait penser à votre amie lectrice ou votre ami lecteur, c’est sûrement une bonne idée de le lui recommander ou de le lui offrir. Les suggestions personnelles sont toujours touchantes.

En somme, du côté des fileuses, c’est avec grand enthousiasme qu’on aime offrir ou recevoir de la lecture en cadeau. Et nous vous recommandons d’oser en offrir également, même aux grandes lectrices et aux grands lecteurs, car si votre suggestion vient du cœur, elle sera certainement appréciée!

Et vous, aimez-vous recevoir des suggestions de lectures ou des livres en cadeau? Avez-vous des suggestions de lectures à offrir pour le temps des Fêtes?

Note : Les propos des fileuses ont été légèrement édités pour faciliter la lecture de cet article.

Partir sans destination

Partir sans destination, ou voyager dans le confort de son salon

Il y a parfois de ces livres qu’on a l’impression de ne pas choisir, un peu comme si c’était eux qui nous choisissaient. J’accompagnais une amie dans une librairie, quand le livre de Guillaume Duranceau-Thibert m’a comme… interpellée! Partir sans destination. Depuis que je suis toute petite et que j’ai vu le film Yes Man, et par la suite, depuis que j’ai commencé à voyager seule ou avec des amis, j’ai le rêve un peu fou de faire mes valises à l’improviste, de débarquer à l’aéroport et de prendre le billet d’avion le moins cher, comme ça, sans destination précise. J’ai donc acheté le livre sans me poser plus de question, sans savoir de quoi il s’agissait. Juste parce qu’il y avait comme une force divine qui m’encourageait à le faire.

Voyager dans le confort de son salon

Le livre de Guillaume est composé de courtes tranches de voyage, récoltées au fil de ses périples et entrecoupées de petits moments plus philosophiques sur la vie, le voyage en tant que tel et… les toilettes (je ne vous en dirai pas plus, mais ça m’a rappelé d’agréables (not) souvenirs de toilettes turc de mon voyage en Azerbaïdjan de l’an dernier!). Un beau melting pot de récits et de réflexions qui tissent une véritable aventure de lecture, et qui permettent de voyager à travers le monde dans le confort de son salon. Disons que ça m’a vraiment donné envie de repartir!

L’irréalisable à portée de main

Dans une critique précédente, je parlais de la façon dont Frédéric Dion humanise l’aventure, et nous fait réaliser que n’importe qui (bon, avec de la volonté et beaucoup de préparation) pourrait décider d’aller explorer solo un glacier, ou de vivre une aventure du genre. Le livre de Guillaume, dans la même foulée, vient démocratiser le voyage. Guillaume n’est pas un surhomme, ce n’est pas une personne avec des parents riches qui financent ses voyages : c’est un homme-tout-le-monde, qui revient travailler pour se permettre de mieux repartir, qui vit des aventures pas croyables simplement parce qu’il a choisi de voir et de vivre la vie comme il le désirait réellement. Bon, peut-être qu’en soi, ce simple exploit fait de lui un surhomme… Mais lire son livre m’a rappelé à quel point notre génération est chanceuse, parce que le voyage est réellement à portée de main. Pour tout le monde. Et qu’il n’en tient qu’à nous d’exploiter cette occasion, de ne pas avoir peur et d’accepter de vivre le moment présent comme il se présente pour simplement en tirer le meilleur!

Le besoin inhérent de voyager

Je me rappelle, lorsque j’étais dans le début de la vingtaine, d’avoir maladivement été jalouse d’une amie qui voyageait régulièrement. Je la trouvais donc chanceuse! Puis un jour, j’ai réalisé qu’il n’y avait absolument rien, à part moi-même, qui m’empêchait de voyager. J’ai eu la piqûre, j’ai acheté un billet d’avion sur un coup de tête et je suis allée vivre mon premier voyage solo en Australie. Depuis, les aventures s’enchaînent : un par année, c’est ma règle! 

« Aujourd’hui, en regardant le fleuve et les immortelles montagnes derrière, je réalise le pouvoir que procure le voyage en solitaire. Il permet de débroussailler chaque aspect de sa vie, comme si nous avions la capacité et le temps de régler chaque image, chaque parcelle qui habite notre être. Un par un, j’analyse les moindres recoins : amis, amours, famille, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. […] Une fois satisfait de cette introspection, nous voyons plus clair, habités par une sérénité difficilement explicable. » (p. 143)

Je me suis reconnue dans Partir sans destination comme je me suis rarement reconnue dans un livre. L’envie, presque le besoin, de voyager : de partir non seulement explorer de nouveaux pays, mais surtout de partir à la découverte de l’autre; le besoin de sortir de sa zone de confort et d’expérimenter des choses diamétralement opposées à la vie concrète… Tout ça est merveilleusement bien exploité dans ce livre, enchaînant photos, récits, anecdotes et réflexions, le tout lié par une très belle plume extrêmement imagée. La combinaison parfaite pour un récit de voyage! 

Le body language des mots

« En pleine fusion d’arc-en-ciel, les deux astres célestes, en pleine motion de révolution, vont éventuellement entrer en collision à l’endroit même où nous pouvons imaginer la ligne d’horizon. C’est nucléaire. 

Deux soleils qui se fondent dans une parfaite synergie, laissant dans leur traînée magistrale une orgie pastel d’émotions et mon cœur en émoi. » (p. 190)

Je ne pouvais pas ne pas glisser un mot sur le style d’écriture de Guillaume. Plus d’une fois j’ai été émue par ses mots : c’est tout simplement incroyable comment ses mots palpitent et font vivre un tumulte d’émotions. J’ai été touchée par la façon dont son attitude, sa philosophie et ses perceptions transcendent ses mots : il m’était facile de savoir les moments où il a été le plus ému et remué dans son voyage, parce que ses mots étaient différents. Je ne sais pas comment l’expliquer autrement : son écriture parlait d’elle-même. Ses mots ont une une sorte de « body language » que, même avec mes études de littérature, je ne pourrais parvenir à décrire. La combinaison de son écriture, de ses photos et de ses émotions font de ce livre un véritable billet d’avion, à destination directe du voyage avec un grand V. 

Le retour

Lorsque j’ai terminé le livre, je me suis sentie exactement comme Guillaume. Un peu triste d’avoir terminé une aventure, repassant tous les beaux moments dans ma mémoire, mais excitée par la suite. On va s’entendre : ça ne m’en a jamais pris beaucoup pour me donner envie de voyager! Mais une fois le livre refermé, tout ce dont j’avais envie, c’était de repartir. Vivre ma propre aventure, cette fois-ci. Les fourmis dans le cœur et la tête à des milliers de kilomètres : comme Guillaume, j’ai déjà hâte à la prochaine aventure!

« L’ivresse de voyager est alors devenue une raison de me réveiller, une mission. En mettant la main à la pâte dans le but d’atteindre mes objectifs, j’allais prendre plaisir à vivre chaque jour qui me rapprocherait de mon saint Graal. […] Une flamme qui brûle éperdument, avec plus d’intensité encore et qui maintenant me fait savourer les retours en justifiant la phrase suivante : « Il faut revenir pour mieux repartir. » » (p. 212)

Il ne parle peut-être que de lui, mais je trouve que le message est tellement beau : il faut s’impliquer pour réaliser ses rêves. La nuance est de ne pas attendre que la vie nous offre ce qu’on veut sur un plateau d’argent : l’audace d’oser, le courage de travailler pour atteindre ses buts. Pour ensuite vivre l’ivresse d’être exactement là où on veut. 

*

Chaque année, mon copain et moi nous relayons pour déterminer la prochaine destination voyage. Après avoir refermé le livre Partir sans destination, je crois bien m’enligner pour les Philippines… Bon, peut-être pas sur une île déserte, par contre! Quoi que… pourquoi pas?

Et vous, quels sont les livres qui vous ont immédiatement donné envie de repartir?

 

Mon plan machiavélique pour changer le monde ou comment faire lire les enfants

On entend souvent que le plus beau cadeau que l’on puisse faire à un enfant pour sa vie future, c’est de lui apprendre à aimer la lecture. C’est, certes, un cliché, mais tout de même une idée pleine de bon sens! Il semblerait – et je n’en suis pas peu fière! – que je sois parvenue avec un certain succès à transmettre mon goût des livres à ma progéniture. Et comme j’ai la conviction que la littérature peut rendre les gens meilleurs, je partage avec vous mes astuces pour que vous puissiez à votre tour faire de vos enfants des lecteurs aussi assidus que Matilda afin qu’ensemble, nous créions une génération de book nerds qui régnera sur le monde de demain!

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Matilda, un film de Danny DeVito, tiré du roman du même titre de Roald Dahl (TriStar Pictures)

AVERTISSEMENT :

Je ne suis ni éducatrice ni pédopsychiatre. Mon expérience parentale personnelle ne constitue pas une méthode approuvée par des spécialistes, et si un jour vos enfants vous reprochent amèrement d’avoir gâché leur enfance, sachez que je me dégage de toute responsabilité!

Prenez-les au berceau

Tous les gourous vous le diront : le plus tôt est le mieux!

1- Lisez des histoires à vos tout-petits même s’ils ne les comprennent pas. La lecture est une excellente façon de passer du temps de qualité avec les plus jeunes. Vous pouvez même ajouter cette activité à leur routine du dodo.

2- Vous pouvez aussi lire votre propre livre pendant que votre apprenti regarde les images dans les siens. Les petits adorent nous imiter et apprennent le plus souvent en copiant nos comportements. Montrez l’exemple!

3- Laissez-les manipuler les livres, même s’ils les abîment – ça fait mal, je sais! Si les livres sont rangés hors de leur portée, ils ne pourront pas développer le réflexe de les prendre lorsqu’ils ont envie de s’amuser. Achetez des livres usagés au besoin : ce sera moins douloureux.

Si vos enfants sont déjà un peu plus âgés, ne désespérez pas : il n’est jamais trop tard pour entreprendre un lavage de cerveau!

Joignez le livre à l’agréable

Si Pavlov était ici, il vous le confirmerait : le meilleur moyen de faire lire les enfants, c’est de convaincre leur cerveau que livres et plaisir vont de pair! Usez de psychologie!

1- Faites de la lecture une récompense. Par exemple, si vous voulez qu’ils se couchent à 19 h 30, couchez-les plutôt à 19 h 15 tous les soirs avec la possibilité d’obtenir le « privilège » de lire 15 minutes s’ils ont eu un bon comportement durant la journée. Ils n’y verront que du feu! Ils prendront la bonne habitude de lire tous les jours – ou presque! – et seront même très contents de le faire!

2- Offrez-leur des livres à leur anniversaire ou à Noël. Une bibliothèque bien garnie leur donnera davantage envie de lire et, en plus, la lecture sera associée à des événements heureux. N’oubliez pas, par contre, de leur donner aussi les jeux qu’ils désirent pour ne pas que le livre offert soit perçu comme « l’horrible-chose-qui-les-a-empêchés-de-recevoir-le-kit-de-Lego-Batman-qu’ils-voulaient ».

3- Faites des sorties familiales à la bibliothèque municipale. Les bibliothèques offrent généralement toute une programmation d’activités : spectacles, expositions, conférences, lectures publiques, etc. Créer des souvenirs heureux à la bibli est une autre bonne façon de convaincre vos enfants que les livres, c’est le fun!

Mais que faire si on n’obtient pas les résultats escomptés?

Ramenez les brebis égarées

Certains lecteurs plus récalcitrants ont besoin d’un petit coup de pouce pour développer leur plein potentiel…

1- Aidez-les à choisir un livre qui leur convient. Un livre trop long ou trop difficile peut être rebutant pour un jeune lecteur néophyte. À l’inverse, n’hésitez pas à proposer des lectures plus avancées aux plus doués. Un enfant qui aime la lecture peut rapidement s’en désintéresser si ce qu’on lui propose ne le « nourrit » pas suffisamment.

2- Il existe des livres sur tout! Suggérez-leur des lectures qui portent sur des sujets qui les intéressent et qui correspondent à leur personnalité (des romans fantastiques pour les rêveurs, des documentaires scientifiques pour les curieux, etc.). Proposez des BD, des livres-jeux ou des livres humoristiques aux moins enthousiastes : ce sera tout de même un bon début!

3- Éliminez les tentations! Les écrans sont réellement « addictifs » et détournent les enfants des autres activités. Limitez leurs options lors des longs trajets en voiture ou dans la salle d’attente du médecin : laissez la tablette à la maison et apportez des livres! Instaurez des journées sans écran pour les sevrer au besoin!

Les écueils à éviter

1- Peu importe ce que vous faites, la lecture ne doit jamais être perçue comme une punition! Par exemple, ne les envoyez pas « lire pour se calmer » lorsqu’ils sont trop bruyants. Les livres ne doivent pas leur paraître ennuyeux.

2- La lecture devrait être un loisir et non une forme de torture mentale! Lire ne devrait pas être obligatoire (sauf peut-être en ce qui concerne les devoirs et les leçons, mais ça, c’est un autre combat!). Forcer un enfant à lire risque plutôt de le faire se rebiffer.

3- Bien entendu, certains enfants ont des besoins particuliers que des astuces comme celles que je vous propose ne peuvent combler. N’hésitez pas à consulter un professionnel si vous pensez que cela pourrait aider votre enfant dans son apprentissage de la lecture.

Malgré tous vos efforts, il se peut que certains enfants n’aiment tout simplement pas la lecture, et c’est très bien ainsi! Tout le monde est différent et il faut aussi savoir l’accepter et respecter les limites de chacun. Mais ne perdez pas espoir : pour certains, l’amour des livres arrive simplement plus tard dans la vie!

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Avez-vous d’autres trucs pour faire lire les plus jeunes?

(image d’en-tête : typographie de Serene Leung)

 

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Combats de soi à soi, avec Les guerres intérieures

Le roman de Valérie Tong Cuong commence avec la citation suivante :

« Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous y. »

– Victor Hugo, Les Contemplations, préface

J’ai trouvé bon d’y revenir à la fin du roman, puisqu’il s’agit de la fatalité sous-jacente à la lecture, selon mon impression. Les guerres intérieures est en effet un roman à la fois très personnel et universel, puisque les souffrances nommées sont partagées par chacun.e de nous.

Fil narratif troublant

Le roman nous fait rencontrer deux personnages, deux adultes fragilisés par la vie pour des raisons parfois connues du lecteur, parfois sous-entendues par l’autrice.

D’abord, il y a Pax, un acteur hors circuit depuis un bon moment déjà, qui se retrouve devant l’opportunité de sa vie : se refaire au grand écran. Un appel auquel il répond avec un enthousiasme grisant, qui le plongera aussi dans des tourments impensables. Puis il y a Emi, une femme touchante, intérieurement défaite et instable, mais dont l’attitude froide et la carrière solide n’en laissent rien paraître. On s’en doute, une histoire d’amour aura tôt fait de se dessiner entre eux, mais cette relation les dépassera assez vite : Pax a une fille, et Emi, un fils.

Le roman prend racine dans l’agression du fils d’Emi, la jeune vingtaine, qui se fait violemment attaquer sans motif dans son appartement. Il perdra la vue d’un œil, devra passer par un processus éprouvant de réhabilitation, et portera un lourd traumatisme et la peur tout au long des pages du roman. Cette agression a lieu au-dessus de l’appartement de Pax, alors qu’Emi et lui sont encore étrangers l’un à l’autre; il n’interviendra pas.

Relations complexes et profondes

Les points forts du roman sont nombreux. D’abord, chacune des relations interpersonnelles et intrapersonnelles (de soi à soi) est complexe et profonde, à commencer par celle entre Pax et Emi.

D’un côté, cet amour est attendrissant, puisqu’il est sincère et passionné, et qu’à travers lui, les personnages retrouvent l’envie de la spontanéité. De l’autre côté, ceux-ci sont conscients de leur passé respectif, qui fait d’ailleurs des allers-retours dans cette relation naissante.

« Ses lèvres pâles se contractent tandis qu’elle replace sa veste et noue son foulard.

– Ce n’est pas si grave, glisse Pax. Cela finira par disparaître.

– Je ne crois pas, murmure Emi. Certaines traces ne disparaissent jamais tout à fait.

Ils se taisent, chacun colonisé par ses propres enjeux. » 

 

La relation père-fille de Pax et de Cassandre, et la relation mère-fils d’Emi et d’Alexis sont tout aussi fascinantes. Les non-dits et la distance marquent celle de Pax et de Cassandre, qui finissent pourtant par se rapprocher à travers l’ouverture de leurs échanges. Les mystères et les sous-entendus font partie de celle d’Emi et d’Alexis, dont les rôles s’inversent parfois quand Alexis doit porter Emi jusqu’à son lit, alors qu’elle s’est effondrée de fatigue au sol.

Ensuite, j’ai trouvé intéressants les paradoxes présents dans le roman. Ainsi, le hasard de la vie qui fera se rencontrer Pax et Emi, c’est le métier de Pax. Il sera embauché par Emi pour un service de théâtre assez marginal dans son entreprise, dans le but de sensibiliser les travailleurs à la sécurité physique et mentale, alors qu’eux-mêmes sont incapables de trouver un équilibre mental satisfaisant.

De plus, j’adore lorsqu’il y a de multiples facettes aux personnalités des protagonistes : c’est le cas ici. Des scènes clés dans le roman, ou encore des images fortes, permettent de plonger dans un autre univers, le leur, comme la photo vintage accrochée dans l’appartement d’Alexis, une photo de la mère d’Emi : une femme d’origine vietnamienne, très certainement badass qui, vêtue de cuir, chevauche une vieille moto.

Intimidante intimité

Les sursauts de lecture sont peu présents dans le roman; on est plutôt en terrain d’énigme sentimentale. Face à des conflits d’intérêts dans leur relation amoureuse ou leur relation familiale, les personnages doivent réagir… mais quel choix faire lorsque l’honnêteté signifie aussi la fin d’une histoire d’amour improbable et attendue depuis longtemps?

Chacun des personnages possède son propre parcours, ses propres dilemmes sentimentaux torturants, qui interpelleront certainement chacun.e des lecteur.trice.s qui oseront se plonger dans Les guerres intérieures.

Belle et accessible, l’écriture du roman est envoûtante. Les thèmes abordés par Valérie Tong Cuong ne nous ménagent pas et nous encouragent à nous regarder nous-mêmes à travers les personnages dépeints dans le roman.

Et vous, quel roman vous a servi de miroir?

Le fil rouge tient à remercier chaleureusement les éditions JC Lattès pour le service de presse.

 

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Grandeur et misère d’un enfant du Red Light

La première fois que j’ai lu un livre de Jean-Simon Desrochers, j’étais au cégep et je participais au Prix littéraire des collégiens. L’un de ses romans était en lice : Le sablier des solitudes, une œuvre trash à treize personnages dont les destins entrent en collision lors d’un carambolage. Je ne connaissais absolument pas l’auteur au moment de commencer ma lecture, mais une fois le livre refermé, j’avais un nouvel auteur préféré. Depuis, je lis presque tout ce qu’il publie, bien qu’à travers son œuvre extrêmement variée – il écrit aussi de la poésie et des essais – c’est surtout ses romans qui m’intéressent. Son dernier, Les limbes, est une brique massive, mais délicieuse qui, sur plus de trois cent pages, relate l’élévation puis l’effondrement d’un personnage singulier, sur fond discordant de tumulte montréalais. Je vous livre ici mes impressions.

Une étonnante fresque sociale

La première partie du roman se passe pendant l’âge d’or du Red Light, à Montréal. Michel Best, surnommé Ti-Best, naît dans les toilettes d’un bordel, d’une mère prostituée qui meurt en couches. Recueilli par deux femmes qui travaillent dans la business, Ti-Best grandit au cœur de ce milieu peu conventionnel, côtoyant le sexe et l’illicite alors qu’il prononce à peine ses premiers mots.

Ti-Best est un personnage que j’ai tout de suite trouvé fascinant et amusant. Enfant, il espionne les clients du bordel par les trous dans les murs, puis vend des dessins et des photos de scènes qu’il épie pour se faire de l’argent de poche. Au fil du temps, il s’instruit et devient un « leader » qui sait manier le verbe et les codes de la société. Malgré son développement en marge des autres enfants de son âge, Ti-Best se forge une personnalité particulièrement articulée et dégourdie.

Cette première partie, de la naissance de Ti-Best jusqu’à ses dix-huit ans, est un pur bijou d’écriture. Je n’ai presque pas réussi à arrêter ma lecture tant l’univers mis en place par Jean-Simon Desrochers est passionnant. J’ai aussi été captivée par le portrait que l’auteur fait de l’époque du Red Light et de la manière dont les personnages y évoluent. Mélange de fresque sociale et de roman d’apprentissage, les ingrédients sont dosés avec précision et justesse pour un résultat que j’ai trouvé saisissant.

Une lente et longue déchéance

Si le personnage de Ti-Best est alors promis à un avenir des plus glorieux – il entre dans la police comme taupe pour la mafia et devient le meilleur enquêteur criminel de Montréal – il s’enfonce tranquillement dans la misère et dépérit cruellement. Selon moi, il perd du même coup de son relief en tant que personnage littéraire. Cette deuxième partie, qui bifurque un peu trop drastiquement vers le roman policier, m’a semblé plus longue et moins accrocheuse que la première.

Ti-Best, dans la police criminelle, développe une obsession pour « la guêpe noire », une meurtrière en série dont il n’arrive pas à découvrir l’identité. Dans ces « limbes » où il patauge pendant des années, il se fait prendre à son propre jeu et devient fou. Si la solitude et l’impuissance du personnage sont très bien rendues par l’auteur, j’ai trouvé ces passages moins captivants. J’étais aussi déçue de voir disparaître toute allusion au Red Light, dont la place est prise par un mouvement indépendantiste plutôt redondant et peu original. Et la fin m’a surprise autant qu’elle m’a déçue, je ne l’ai pas trouvée à la hauteur du personnage qui avait été créé et que j’avais vu évoluer tout au long du roman.

Malgré cela, Les limbes demeure un roman incroyable que je vous incite à découvrir. Jean-Simon Desrochers sait comment mener habilement une histoire et accrocher ses lecteurs. Ses univers sont uniques et je m’en délecte à chaque fois. Aussi, je n’ai plus qu’à attendre avec impatience son prochain roman, en espérant qu’il fasse encore plusieurs centaines de page.

Et vous, aimez-vous les fictions historiques?

Je souhaite remercier les éditions Les Herbes rouges pour le service de presse.

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Frida Kahlo sous la loupe

Frida Kahlo est probablement la femme qui m’inspire le plus. J’admire le courage de ses convictions, le déploiement de son intimité à travers son art, sa résilience inépuisable et son engagement politique. Dès que j’ai la chance d’en apprendre un peu plus sur elle, je plonge sans hésitation. Évidemment, j’ai vu le film relatant sa vie et j’ai lu quelques-unes de ses biographies. Il y a quelques années, j’ai même eu la chance de voir certaines de ses toiles au Museum of Modern Art à New York. D’ailleurs, nous pourrons profiter d’une exposition mettant en vedette le couple Kahlo-Rivera au Musée national des beaux-arts du Québec, du 13 février au 18 mai 2020.

Je ne m’attendais pas à ce que l’automne 2019 me ramène à nouveau à cette artiste avec la parution de deux livres portant sur elle, à savoir le roman Rien n’est noir, de Claire Berest, et l’album jeunesse Petite Frida, d’Anthony Browne. J’ai donc profité de mes premières semaines de maternité pour me retrouver au lit avec ces deux œuvres, afin de vous laisser entrevoir les trésors que nous pouvons y déceler.

Petite Frida

Je me disais qu’en tant qu’admiratrice incontestée de Frida Kahlo, il était de mon devoir de partager ma passion pour cette femme avec mon enfant à naître, d’où mon fort désir de me procurer Petite Frida. J’étais bien curieuse de découvrir comment l’album jeunesse allait aborder le sujet puisque, pour les plus férus, vous savez que les écrits portant sur l’artiste mexicaine sont quasiment toujours empreints d’une grande douleur, d’un chagrin constant. D’une certaine façon, Browne ne passe pas à côté de ces émotions dans son récit entièrement ancré dans l’enfance de Frida, notamment en soulignant la solitude dont elle souffrait par moments. En fait, il s’agit principalement des prémices de son livre.

En effet, c’est parce qu’elle se sent seule que Frida décide de s’inventer une amie imaginaire, un double d’elle-même. Une « alter » qui pourrait faire ce qu’elle-même ne peut accomplir, plus spécifiquement, danser. Atteinte de polio à l’âge de six ans, Frida devient fragile et se met à boiter. À travers le voyage dans l’imaginaire et les images symboliques, Browne parvient à traiter de thèmes profonds qu’il rend accessibles pour les plus petits. Et tout cela en s’inspirant de faits réels, comme nous l’apprendra Rien n’est noir, mais aussi du fameux tableau Les deux Fridas.

Rien n’est noir

Je ne savais pas du tout à quoi j’allais faire face en ouvrant le roman de Claire Berest. Serait-ce une autre biographie sur Frida? Serait-ce une histoire complètement romancée la mettant en scène? Il faut croire que nous sommes à la frontière entre les deux. Il est clair que Berest s’appuie sur certains écrits de Kahlo et de Rivera pour relater les événements marquants de leur existence sur Terre, citant même quelques passages en italique ici et là, mais elle se permet aussi de se glisser dans la peau de l’artiste en lui prêtant des comportements et des émotions desquels il serait bien difficile de prouver l’entière véracité. Or cela a très peu d’importance, puisqu’avec Frida, nous sommes toujours positionnés entre deux chaises, entre deux Frida.

« Deux Frida, un seul cœur.

Fabriquer son propre double, quand Frida ne peut plus être le double de Diego.

Las dos Fridas sont assises, aussi raides et hiératiques que si elles étaient figées sur des trônes. Elles regardent dans la même direction, qui semble pour le spectateur être exactement le point convergent de son propre regard, insinuant un vague malaise comme si ces jumelles inquiétantes appelaient à l’aide, muettes, avec l’intensité troublante de leurs yeux tristes. Dans leur dos, nul horizon, mais un ciel d’orage bleu nuit repose sur leurs épaules comme un étouffant manteau. » (p. 257-258)

Il y a la Frida très féminine avec ses robes indiennes et la Frida masculine, aux cheveux courts et aux complets d’homme. Il y a l’artiste et l’amoureuse, les deux étant aussi importantes l’une que l’autre dans Rien n’est noir, qui met en perspective la relation unifiant Kahlo et Rivera. Après tout, le couple est devenu une sorte de mythe à travers le temps et les mondes.

« Tu le sais, toi aussi, que tout ce que voient mes yeux et que mon moi touche, quelle que soit la distance qui nous sépare, c’est Diego. La caresse des toiles, la couleur de la couleur, les fils de fer, les nerfs, les crayons, les feuilles, la poussière, les cellules, la guerre et le soleil, tout ce qui se vit dans les minutes hors cadrans hors calendriers et hors regards vides, c’est lui. » (p. 263, passage d’une lettre que Frida écrit à Jacqueline Lamba)

La fin de cette lettre, Frida l’a cousue dans un de ses corsages, comme une deuxième peau. Dans le même ordre d’idées, elle écrira à son éléphant de mari : « Je t’aime plus que ma propre peau. » Il est vrai de dire que l’artiste vivait pour et par Diego Rivera, mais c’est l’art qui lui permettait de s’affirmer pleinement, et ce, même si les pinceaux et les couleurs la ramenaient constamment à son Diego. Ce dernier était d’ailleurs un grand admirateur du travail de sa femme, « de son talent inouï à dire en images le déchirement de l’intime » (p. 151). Cette femme, il la considérait comme son égale en ce qui a trait à l’art, ce qui n’est pas banal venant d’un homme faisant preuve d’autant d’orgueil.

Malgré que je n’en aie pas appris beaucoup plus sur l’existence de Frida à travers l’œuvre de Berest, l’autrice rend le récit de sa vie très poétique. Je me suis arrêtée à maintes reprises sur plusieurs phrases dans le but de mieux les assimiler, de mieux les vivre, de prendre le temps de bien les ressentir; preuve d’une lecture poignante et saisissante, dans mon cas. Elle a une manière bien à elle de s’approprier la vision de l’artiste et de rendre le tout grâce aux mots, autres outils qui donnent à voir l’art :

« Elle observe sa peinture comme on cherche chez son enfant à démêler la part de soi de celle qui nous échappe, sans savoir laquelle des deux effraie le plus. » (p. 91)

crédit photo : Michaël Corbeil