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Nos coeurs déconfits

Garder les yeux fermés, les mains posées sur les oreilles. Avoir le souffle court. Ne pas savoir où se diriger ni comment ouvrir la bouche pour crier. Et pourtant, avoir l’ultime certitude que la personne à nos côtés saura nous guider et aura la capacité de faire taire le bruit assourdissant des confettis. Certains nommeront ce sentiment amour, d’autres l’attribueront au destin. Mais il s’agit avant tout d’un récit d’appartenance et d’abandon, car dans le partage réside la plus grande des forces : faire face à nos peurs.

Intriguée par le flot de commentaires admiratifs, je me suis lancée dans la lecture du plus récent livre de la jeune autrice irlandaise Sally Rooney, intitulé Normal People. Bien que le roman ne soit pas encore traduit en français, le travail de Sally Rooney, quant à lui, commence à faire certaines vagues au Québec. Normal People est une œuvre qui illustre bien les maux d’une génération en quête d’amour-propre et qui tente de donner du sens à une vie marquée par l’excès et la violence. Retour sur une lecture de journée pluvieuse. 

Vie et mort de l’innocence

Normal People explore la relation complexe entre Connell et Marianne, deux adolescents fréquentant la même école secondaire, puis la même université à Dublin. Située sur plusieurs années, l’action se déroule au courant des années 2000 et s’intéresse aux différences entre les classes sociales, à l’amitié et à l’amour, tout en abordant le mythe des âmes sœurs. Sommes-nous vraiment dépendants d’une seule personne au courant de notre vie? Est-il vraiment possible de se débarrasser du passé pour avancer? 

Le livre se divise principalement en deux parties, soit l’adolescence et le jeune âge adulte. On y découvre deux jeunes gens en mouvement, marqués par les maux de leur propre génération. Mais malgré les années qui passent, les deux personnages sont marqués par des traumatismes et des insécurités qui ne sont apaisés que par la présence de l’autre. Normal People est donc le récit de la relation entre ces deux personnages, qu’elle soit de nature sexuelle, amicale, amoureuse ou haineuse.

D’emblée, il faut l’admettre, Normal People ne se démarque pas par son sujet, mais bien par l’audace de la plume de Sally Rooney. Bien que j’étais craintive à l’idée de m’aventurer dans un sujet aussi souvent exploité dans la littérature, je reste marquée par l’empreinte de l’autrice, qui dépeint une génération trouble, sincère et nostalgique. Même si l’action est ancrée dans la relation tumultueuse des deux jeunes protagonistes, on ne tombe jamais dans le cliché. Bien au contraire, la force qui les unit et qui les éloigne démontre la splendeur et la complexité qu’ont les jeunes gens à créer des liens honnêtes.

Si Normal People s’apparente à un récit d’amour, le lecteur comprend vite qu’il s’agit plutôt d’un récit sur la solitude et sur la difficulté à se conformer à un mode de vie imposé par des générations antérieures. C’est d’ailleurs pour cette raison que le livre ne peut être classé dans une catégorie en particulier. C’est un récit d’amour, de mouvance, d’appartenance et d’amitié. En choisissant d’illustrer le parcours de ses deux protagonistes sur une dizaine d’années, Rooney s’engage dans un long processus de dialogues et d’espace-temps. Le tout est assez bien maîtrisé, nous permettant de suivre l’évolution des peurs et des aspirations de Connell et Marianne. On y découvre ce moment de grâce qu’est le passage entre l’adolescence et l’âge adulte, sans oublier ses inclassables souvenirs et ses petits moments d’entre-deux, l’autrice préférant ne pas se limiter à ces deux espaces-temps.

Malgré certains moments de vertiges et de violences, on assiste à la prolongation de la maîtrise de Rooney. Et c’est probablement la plus grande réussite de cette œuvre. Qu’on soit dans la lourdeur ou dans la légèreté du récit, l’autrice reste toujours en parfait contrôle de ses personnages et de son récit. Le tout est marqué par une plume légère, sensible et parfois poétique. Jamais d’élan, jamais d’extase. On y livre un portrait sincère et cruel de ce que représente le passage à la vie d’adulte.

No one can be independent of other people completely, so why not give up the attempt, she thought, go running in the other direction, depend on people for everything, allow them to depend on you, why not.

S’aimer les yeux fermés

Les thèmes abordés par l’œuvre sont d’autant plus déstabilisants par leur sincérité et leur justesse. Faisant bien plus qu’élaborer les mœurs d’une génération, l’autrice aborde des sujets sensibles, telles la violence, l’autodestruction et l’anxiété. Sans verser dans le mélodrame, on suit le changement qui s’opère dans la vie de Marianne et Connell tout en observant leurs peurs et leurs angoisses se matérialiser. Si l’une n’a jamais réussi à se libérer de la violence psychologique et physique exercée par sa famille, l’autre n’arrive pas à se définir en dehors du regard de l’autre. C’est ce qui nous pousse à comprendre la force de ce qui les relie; le mal de vivre qui les habite ne peut être apaisé que par la présence de l’autre. C’est un long procédé qui plonge le lecteur dans l’attente, la curiosité.

Dès les premières lignes, on sent que cet objet littéraire sera beaucoup plus complexe qu’une simple histoire d’amour, de perte et de retrouvailles. C’est plutôt une manière pour l’autrice d’aborder le sujet de la solitude et de la dépression. Comment arriver à rentrer dans le moule imposé par la société? Comment devenir une vraie personne? Et surtout, comment y trouver le bonheur?

Normal People, c’est cette quête de normalité et de banalité. Tout au long de l’œuvre, on sent les deux protagonistes au bord du gouffre, comme si chacun d’entre eux repoussait la théorie du bonheur en se perdant dans des plaisirs futiles, tels la consommation, le sexe, voire l’éducation. Si bien que, plus les années avancent, plus les personnages voient leurs peurs prendre vie. Qu’est-ce qui fait de nous une personne heureuse, bien dans sa génération et dans son habitat?

Ce mal de vivre si puissant, qui traverse l’œuvre au complet, n’est atténué que lorsque Marianne et Connell se retrouvent ensemble, peu importe la nature de leur relation. Selon moi, c’est ce qui rend cette œuvre aussi unique. Ce n’est pas qu’une histoire d’amour, c’est une histoire sur le bruit ambiant qui assourdit tout, jusqu’à nous rendre aveugles. C’est l’histoire de deux personnes qui se comprennent et qui partagent les mêmes peurs, sans honte. C’est une manière de pousser le lecteur à accepter son identité et à faire valoir des questionnements logiques qui nous hantent dans une période aussi intense de nos vies.

If people appeared to behave pointlessly in grief, it was only because human life was pointless, and this was the truth that grief revealed.

Bien que troublée par la lecture de ce récit, je me sens en paix avec les propos recueillis, car rares sont les œuvres qui abordent la peur avec autant de sincérité et de délicatesse et qui, surtout, réussissent à la rendre tolérable. Normal People est de ces livres nostalgiques qui nous obligent à faire un travail d’introspection et qui, lors des jours pluvieux dans nos cœurs, nous donne la force de voir les choses sous un angle différent. C’est un livre doux, sincère, triste, et pourtant rempli de quiétude.

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The Dispossessed d’Ursula K. Le Guin, pour réfléchir

La science-fiction, comme la plupart des littératures de l’imaginaire, est souvent considérée comme de la « sous-littérature ». À mon avis, ça tend tranquillement à changer dans la représentation contemporaine, mais il y a encore du travail à faire. Si vous avez encore des préjugés sur la science-fiction, je crois qu’une bonne façon de vous faire l’envisager autrement est de lire une (ou des!) œuvre(s) de l’autrice américaine Ursula K. Le Guin.

L’autrice

Ursula K. Le Guin est une écrivaine de science-fiction et de fantasy dont le décès en 2018 a mis en évidence sa contribution littéraire. Ayant fait des études en littérature et en ethnologie, en plus d’être fille d’anthropologues, elle s’intéresse entre autres, dans ses écrits, à des thèmes anarchistes, psychologiques et sociologiques. Bien qu’elle se soit défendue de l’avoir fait consciemment, elle a écrit des romans qui proposent une réflexion féministe sur le genre, sur le pouvoir et sur l’organisation des sociétés contemporaines. Bref, son œuvre tombe plutôt bien dans les intérêts de plusieurs lectrices chez Le fil rouge! De plus, le domaine de la science-fiction a reconnu la contribution de Mme K. Le Guin assez rapidement et elle a remporté au cours de sa carrière de nombreux prix qui soulignent l’excellence de son œuvre. Ça fait vraiment plusieurs raisons de s’intéresser à elle.

Une œuvre à lire? The Dispossessed

Je suis encore loin d’avoir fait le tour de l’œuvre de Mme K. Le Guin, mais j’ai lu cet été le roman The Dispossessed (en français, Les Dépossédés) et je crois que c’est vraiment une bonne introduction à son œuvre. J’avais déjà lu The Left Hand of Darkness (en français, La main gauche de la nuit) il y a quelques années et, bien que ce soit flou dans ma mémoire, j’en garde le souvenir d’une lecture beaucoup plus difficile. Voici donc quelques raisons pour vous suggérer de lire The Dispossessed :

  • Pour sa position dans l’œuvre de l’autrice. Bien qu’il ait été écrit plus tard, c’est chronologiquement le premier roman du Hainish Cycle (en français, Cycle de l’Ekumen), qui est son cycle le plus connu, et c’est donc une bonne introduction aux mondes que vous explorerez plus en détails si vous continuez à lire la série. De façon générale, le roman introduit aussi des thèmes chers à l’autrice. De plus, The Dispossessed a remporté trois des prix majeurs internationaux dans le domaine de la science-fiction à la suite de sa parution dans les années 1970.
  • Pour son récit. Pour ma part, j’avoue avoir été d’emblée intriguée par le sous-titre, puis ensuite happée par le récit. Franchement, c’est parmi les romans de science-fiction que j’ai lus qui sont le mieux écrits. C’est fluide, l’écriture coule, c’est relativement simple à comprendre (pas de surabondance de jargon technique ici) et les chapitres, une alternance entre le récit et les souvenirs du personnage central, donnent toujours envie de continuer à lire. 
  • Pour ses thèmes, évidemment. Le roman porte le sous-titre An Ambiguous Utopia et, pour ma part, c’est vraiment une œuvre qui m’a fait réfléchir. Nous suivons le personnage principal dans une quête existentielle et il en ressort finalement avec une absence de réponse tout faite. Ce qu’il s’attendait à découvrir sur une autre planète est finalement bien différent de ce qu’il prévoyait, mais ça ne lui donne pas nécessairement tort ni raison dans ses croyances initiales. C’est une belle réflexion sur l’individualisme versus la collectivité et, de façon générale, sur l’exploration de la différence et de l’ouverture à l’autre. En bonus : la réflexion se fait simplement au fil de la lecture, sans avoir l’impression de lire une œuvre académique ou didactique.

En somme, j’espère vous avoir convaincus que ça vaut la peine de s’intéresser à l’œuvre de science-fiction d’Ursula K. Le Guin. Et vous, avez-vous déjà lu un livre qui vous a aidés à apprécier un genre parfois mal-aimé?

 

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L’amour est un cirque!

« Le cirque arrive sans crier gare. »

– Le cirque des rêves, Erin Morgenstern

Approchez, mesdames et messieurs!

Le spectacle va commencer!

L’univers du cirque m’a toujours attirée. Les décors, les costumes : tout y est plus grand que nature! Le cirque nous fait pénétrer dans un monde merveilleux… et laisse un peu de merveilleux entrer dans notre monde! Le spectacle crée l’illusion de la magie et du rêve, mais qu’est-ce qui se cache derrière le rideau?

Il semblerait, en tout cas, qu’on y trouve de l’amour! Les histoires où se marient romance et monde de la scène sont surprenamment nombreuses. C’est comme si le spandex et les paillettes avaient la propriété magique de stimuler la fibre romantique!

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Brad Pitt, shooting « Dresses To Kill » pour le Rolling Stones Magazine, 1999. (crédit photo : Mark Seliger)

Hum! C’est peut-être le cas, finalement… Mais je crois plutôt que, tout comme les arts circassiens, les sentiments amoureux font appel à notre envie de croire en quelque chose de mystérieux, de fabuleux et de complètement fou! En général, je ne suis pas une grande lectrice de romance, mais la magie de ces trois romans a très bien opéré sur moi.

Que le spectacle commence!

Hôtel Lonely Hearts, de Heather O’Neill

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Hôtel Lonely Hearts de Heather O’Neill, aux Éditions Alto

Deux orphelins grandissent pendant la Grande Dépression pour devenir, lui, un pianiste candide, elle, une danseuse rebelle. Ensemble, ils doivent affronter leur plus terrible ennemie : la dure réalité! De Montréal à New York, la pauvreté, le froid et la violence font la vie dure aux artistes. It’s a hard knock life for us!

Le roman se construit sur le contraste entre la naïveté des enfants, des amoureux et des rêveurs, et la cruauté de la « vraie » vie. Pour Heather O’Neill, le monde est un cirque plein de clowns tristes, mais… the show must go on! Ce roman est un véritable conte pour adulte teinté de mélancolie et de fantaisie. C’est le last call au cabaret des mal-aimés. C’est une tempête dans une boule à neige secouée par la malchance.

Si vous aimez les comédies musicales ou le vieux cinéma noir, ce roman saura vous charmer.

De l’eau pour les éléphants, de Sara Gruen

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De l’eau pour les éléphants de Sara Gruen, aux éditions Le Livre de Poche

Dans les années 30 (encore!), alors que son univers s’écroule autour de lui, un jeune homme perdu saute dans un train et devient, par la magie du hasard, vétérinaire dans un cirque ambulant. Il y découvre l’amour – mais aussi l’injustice et la violence; la vie, bref! –, et son destin sera étrangement scellé par… un éléphant!

La jeunesse tumultueuse du personnage nous est racontée sous la forme de remembrances nostalgiques qui refont surface et interrompent la monotonie solitaire de ses vieux jours. Les deux récits entremêlés traitent de sujets complètement différents, mais sont aussi passionnants l’un que l’autre. J’ai lu les 400 pages en deux shots!

Ce livre raconte avec justesse le déclin du cirque américain et les tristes réalités d’une fin de vie en résidence pour aînés… Mais il reste encore le temps pour un dernier tour de piste!

Le cirque des rêves, d’Erin Morgenstern

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Le cirque des rêves d’Erin Morgenstern, aux éditions Pocket

Un cirque noctambule surgi de nulle part, où le temps est réglé par une horloge énigmatique, est le théâtre d’un duel magique et d’un amour impossible tragique, le tout planté dans un décor gothico-victorien sombre et nimbé de mystères.

Si vous pouviez mettre Harry Potter, Roméo et Juliette et Tim Burton dans un blender, ça ne ferait pas un très bon smoothie, mais vous obtiendriez un très bon livre! Erin Morgenstern est indéniablement une démiurge de talent. C’est également une artiste géniale, qui sait peindre des tableaux avec ses mots. J’ai adoré laisser mon imagination s’égarer dans cette fresque fantaisiste, à la fois sombre et lumineuse, et réellement magique. Ce livre unique contient tout un monde à lui seul.

Le cirque est un rêve envoûtant, tout de rouge, de noir et de blanc…

La morale de l’histoire

Quelle leçon peut-on bien tirer de ces trois lectures à la fois semblables et si différentes? Eh bien, celle-ci : dans la littérature, comme dans la vraie vie, les amoureux doivent apprendre à jongler avec les aléas du destin, car l’amour est un véritable cirque!

Et vous, connaissez-vous d’autres romans qui allient romance et arts du cirque?

 

Feel Free de Zadie Smith

Feel Free de Zadie Smith, plonger dans la pensée d’une de mes autrices préférées

24Zadie Smith est sans contredit une écrivaine que j’admire énormément. Née d’une mère d’origine jamaïcaine et d’un père anglais dans un milieu modeste du nord-ouest de Londres (ce qui a plus ou moins inspiré l’un de ses romans, NW), elle est maintenant une intellectuelle respectée et une autrice à succès. J’ai lu presque toutes ses œuvres de fiction et je suis une grande admiratrice de sa façon de faire une littérature engagée, qui s’intéresse à des enjeux sociaux importants comme les questions de race et de classe, tout en présentant des personnages exceptionnels avec un style littéraire accrocheur. J’avais donc vraiment hâte de m’attaquer à son recueil d’essais, Feel Free, pour plonger plus profondément dans sa pensée et ses idées.

Ce que j’ai aimé

Parmi les points forts du recueil, il y a définitivement son éclectisme. Smith touche à beaucoup de sujets dans ses essais. S’il y a un fil conducteur, je dirais que la vaste majorité des textes parle d’un aspect ou d’un autre du monde culturel, fréquemment de littérature et d’histoire de l’art, mais comme nous l’indique le titre, c’est un recueil qui se sent libre d’aller où il le veut. J’ai particulièrement aimé l’essai sur le Brexit, qui présente un point de vue plus personnel sur un événement dont je saisis difficilement la teneur au quotidien. J’ai aussi beaucoup aimé qu’elle s’intéresse à la culture dite populaire (quelques essais sur le rap, un essai sur le film The Get Out, quelques mentions d’œuvres de science-fiction, par exemple) sans se poser de questions sur sa valeur, simplement en en parlant comme d’un élément culturel comme un autre, qui mérite que nous nous y attardions. Coup de cœur aussi pour ses essais plus personnels à la toute fin du recueil, qui regorgent de petits détails sensibles et dans lesquels il m’est arrivé de me reconnaître :

« I have the kind of brain that erases everything that passes, almost immediately, like that dustpan-and-brush dog in Disney’s Alice in Wonderland sweeping up the past as he progresses along it. I never know what I was doing on what date, or how old I was when this or that happened – and I like it that way. » (p. 352, tiré de l’essai Life-Writing sur son rapport à l’écriture)

Ce que j’ai moins aimé

J’ai moins aimé certains essais qui, à mon avis, péchaient par « excès d’intellectualisme ». Ça devenait parfois difficile à suivre quand on n’avait pas tous les référents culturels en tête ni Google ou Wikipédia au bout des doigts pour vérifier de quoi elle parlait. C’est correct de ne pas tout comprendre, mais je dois avouer en avoir sauté des petits bouts, dont la majeure partie des Harper’s Columns. Ces essais initialement publiés dans le Harper’s Magazine ont un style particulièrement difficile à suivre. Il y a aussi, éparpillés dans le recueil, quelques textes que j’ai trouvé un peu plus convenus, qui avaient probablement été super intéressants au moment de leur publication initiale, mais qui avaient perdu de leur fraîcheur une fois réédités dans le recueil Feel Free. Cela dit, j’avais aussi une contrainte de temps, car je voulais terminer le recueil pendant l’été. Je crois que j’aurais peut-être moins ressenti ces deux enjeux si j’avais un peu plus étalé ma lecture. Ça m’aurait donné le temps de faire des recherches au fil des essais et de digérer le tout à plus petites doses.

En conclusion

En somme, si vous ne connaissez pas déjà Zadie Smith, je crois qu’il est préférable que vous abordiez son oeuvre par la fiction d’abord. Commencez avec NW ou White Teeth, qui vous donneront une bonne idée des thèmes qui lui sont chers, mais avec la fluidité de lecture qui vient avec la forme romanesque. Mais si vous connaissez déjà cette autrice et aimez son style et ses intérêts, n’hésitez pas à vous lancer dans la lecture de ce recueil et prenez (contrairement à moi!) tout le temps nécessaire pour plonger dans la pensée de cette écrivaine brillante.

Et vous, lisez-vous parfois des recueils d’essais par des autrices ou auteurs dont vous connaissez surtout les œuvres de fiction?

 

 

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À bâbord! Revue des possibles

J’adore éplucher les articles de revues indépendantes qui abordent de front des enjeux sociaux d’actualité et qui osent l’éditorial. Cela permet sans aucun doute de se faire une tête politisée et aide à prendre position sur des sujets parfois lourds. Avec hâte et ravissement, j’ai donc lu la revue sociale et politique À bâbord! dont le plus récent numéro porte le thème « Abitibi : territoire des possibles ».

Revue des possibles

À bâbord! est une revue indépendante sans but lucratif qui vise entre autres à informer, à développer la pensée critique et à valoriser les rebelles et les rébellions partout au Québec et à travers le monde, sur des enjeux qui concernent l’organisation de la société. Les valeurs défendues par le collectif d’écrivains et écrivaines sont l’égalité, la liberté, le respect de l’environnement et la justice. Cela donne un bref portrait, et si dans le langage maritime, « à bâbord » signifie « à gauche » lorsqu’on regarde vers l’avant du bateau, ce n’est sûrement pas un hasard.

Abitibi, tu donnes le goût

IMG_0033Le thème spécial de ce numéro donne lieu à une série d’articles passionnants, remplis d’émotions, de vécu et d’une volonté palpable de faire connaître la beauté du territoire abitibien ainsi que sa vie culturelle, sociale et économique. Lorsqu’on parle du monde rural québécois, l’Abitibi ressort assez vite dans les discours… mais la connaît-on vraiment, cette Abitibi? À travers des articles à saveur historique sur les Fros, ces migrants d’Europe de l’Est venus s’installer à Rouyn-Noranda, ou des articles allant de l’industrie minière et ses secrets à l’art autochtone, en passant par l’amour des grands espaces, les pages qui se succèdent ont réussi à susciter mon intérêt et mon admiration pour les Abitibiens et Abitibiennes.

« L’autre moitié du show, c’est d’être assis la nuit, dans la neige, en regardant la lune danser à travers les silhouettes noires des conifères; c’est regarder un ciel étoilé qui n’est troublé par aucune pollution lumineuse. »

La seconde mine d’or, Guillaume Rivest

En Abitibi, on s’en doute, beaucoup d’enjeux sont teintés de la grandeur du territoire et du lien étroit entre l’Abitibi et la production minière. La lecture de ce dossier spécial est donc l’occasion rêvée de réfléchir aux points de contact entre enjeux sociaux et géographie.

À bâbord! : politique et revendicatrice

À l’aube de l’élection fédérale (j’ai reçu la revue au mois de septembre!), deux articles au début de la revue permettent de faire un rapide tour de l’ambiance populaire qui règne autour de chacun des partis, de la montée du conservatisme provincial et fédéral et, en bref, du peu d’engouement qui règne chez les progressistes à l’approche de cette journée d’élections. Toujours dans la politique, un article qui dénonce vivement le projet de loi 21 sur la laïcité permet de voir l’ampleur des conséquences de ce projet sur certains groupes trop souvent ciblés et exclus au Québec. 

Malgré ces portraits un peu déprimants, la voix prise par les militantes et les militants au Québec – mais à travers le monde également, notamment en Algérie et en Colombie – permet de ne pas dissoudre complètement l’espoir d’un changement vers l’égalité de tous et de toutes.

Coup de cœur

Dans cette lecture par article, j’ai flanché, sans surprise, pour un article de Martine Delvaux, autrice féministe bien connue, sur les adolescentes et l’anxiété. Pendant cette période de la vie, l’anxiété est commune, mais selon l’autrice, elle serait amplifiée par les conditions sociales et environnementales actuelles.

Je pense qu’il existe un intérêt pour les points de vue élaborés à partir de l’expérience personnelle, qui ont leur importance, et Delvaux, dont la fille a 16 ans, le met en valeur. En effet, elle observe des parallèles entre son propre passage à l’adolescence et celui de sa fille (plusieurs interrogations, remises en question, discussions, inquiétudes…), mais repère aussi la grande différence entre leurs parcours, qu’elle situe dans un manque d’espoir pour sa fille en regard du futur : à quoi s’attendre de mieux pour la suite des choses lorsqu’on analyse la crise environnementale? Sans tomber dans le cynisme, Delvaux valorise les initiatives diversifiées pour se relever devant la peur :

« « Nous » sommes aussi des déesses, des amazones, des sorcières. Fortes de ce qu’elles ont à perdre, les adolescentes sont prêtes à tout pour gagner un tant soit peu d’espoir, d’avenir et de vérité. »

Adolescentes, Martine Delvaux 

Je pourrais m’étendre encore, mais à vous de découvrir le reste. Pour ses articles en dehors des sentiers battus, pour la valorisation du savoir dans l’expérience, pour les points de vue féministes et engagés et pour les prises de position ouvertes, j’ai adoré À bâbord!

Et vous, quelle revue a su faire sa place sur votre table de chevet?

Le fil rouge tient à remercier chaleureusement le service de presse de l’équipe d’À babord! pour le numéro 80 de sa revue.

 

Le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie, les livres qui font du bien; livres; littérature; lecture; 11 brefs essais pour l'égalité des sexes; Éditions Somme toute; Noémie Désilets-Courteau; Raphaëlle Corbeil; Rachel Chagnon; Manal Drissi; Steve Gagnon; Marilyse Hamelin; Bochra Manaï; Jennifer O'Bomsawin; Simon Painchaud-Chartrand; Chiara Piazzesi; Chloé Savoie-Bernard; féminisme; essai féministe; égalité

Rêver d’une réelle égalité

«De toute façon, le féminisme ne sert plus à rien; l’égalité est déjà atteinte au Québec.» Combien de fois ai-je entendu cette affirmation, dont l’immense fausseté me fait immanquablement grincer des dents. Oui, les avancées féministes du dernier siècle ont été remarquables. Oui, les femmes québécoises vivent aujourd’hui dans une société beaucoup plus juste qu’il y a vingt, trente ou quarante ans. Il n’en demeure pas moins qu’il reste du chemin à faire, beaucoup de chemin à faire, pour atteindre l’égalité absolue entre les sexes.

Et c’est en imaginant un monde réellement égalitaire qu’on prend conscience des inégalités qui subsistent aujourd’hui et qu’on peut alors amorcer une réflexion sur les façons de les effacer. C’est ce que propose l’ouvrage collectif 11 brefs essais pour l’égalité des sexes: horizons féministes émergents, publié sous la direction de Noémie Désilets-Courteau en avril dernier aux éditions Somme toute. L’originalité de ce livre repose justement sur l’élaboration d’un monde égalitaire. En onze courtes chroniques, autrices et auteurs exposent leurs réflexions et avancent des pistes de solution pour atteindre l’égalité dans différentes sphères de la société.

Ce collectif m’a fait rêver à une société plus juste, en abordant une grande variété de sujets, tout en prenant diverses formes littéraires.

Une multitude d’inégalités à éliminer

À l’image de la pluralité des inégalités qui accablent le genre féminin, les chroniques de ce livre portent sur une grande diversité de sujets. De la place des femmes en politique aux inégalités raciales, en passant par le partage des tâches domestiques, l’existence numérique, la sexualité et l’urbanisme, toutes et tous devraient trouver leur compte dans ces onze essais. 

Qui plus est, la variété du contenu s’accompagne d’une multiplicité de genres littéraires explorés par les autrices et les auteurs du recueil. L’essai classique appuyé sur des sources et des statistiques fréquente ainsi le récit basé sur l’expérience personnelle. La poésie est également au rendez-vous, tout comme la science-fiction (!) grâce au texte de Marilyse Hamelin, qui met en scène les réflexions d’une jeune adolescente de l’an 2319 sur les inégalités de notre époque. Un coup de cœur personnel: la lettre de Manal Drissi à son fils, dépouillée de virgules afin qu’il se souvienne que «l’égalité n’a rien de grandiose que son plus grand obstacle est le fardeau quotidien et incalculable du tout petit et du tout doucement et que l’essence de qui nous sommes repose sur le travail invisible de toutes les virgules du monde».

Et si l’égalité devenait réelle?

Évidemment, cet ouvrage n’a pas la prétention de recenser rigoureusement l’entièreté des injustices subies par les femmes qui persistent dans la société québécoise. Il a néanmoins le mérite de susciter des réflexions sur les améliorations à apporter pour que l’égalité de genre devienne réalité. J’ai, par exemple, bien apprécié la chronique de Rachel Chagnon, avocate et professeure en droit à l’UQAM, qui décrit, dans ce qu’elle désigne comme une «utopie égalitariste», l’accompagnement juridique d’une victime d’agression sexuelle dans un système où enquêteurs, procureurs et juges auraient conscience des enjeux de genre et où les ressources pour aider convenablement les victimes ne manqueraient pas. 

Sur la place des femmes en politique, le texte L’égalité est un chemin qui passe par le pouvoir, de Noémie Désilets-Courteau, m’a également beaucoup plu. Je me suis reconnue dans son analyse du syndrome de l’imposteur, un important obstacle à l’ascension des femmes vers les postes décisionnels: 

«On peut croire que dans un monde où on n’associerait plus d’emblée le pouvoir à la masculinité, les femmes seraient moins portées à douter de leur potentiel. Justement, quand on parle de pouvoir, la question de la confiance est primordiale; il est démontré que les femmes manquent de confiance en leurs capacités, alors que les hommes tendent à surestimer les leurs. […] Or, pour réussir, la confiance est aussi importante que la compétence. Ce syndrome de l’imposteur, qui contribue à freiner l’élan des femmes dans leur ascension professionnelle, peut disparaître avec un changement de valeurs; en élevant des générations de garçons et de filles auxquelles on montrerait à évoluer en marge des stéréotypes de genre, en leur présentant des modèles de succès (et de pouvoir) variés.»

En somme, 11 brefs essais pour l’égalité des sexes est une lecture accessible qui éveillera réflexions et questionnements chez quiconque s’intéresse aux inégalités de genre.  Par la diversité des thèmes abordés, cet ouvrage aide à prendre conscience du long chemin qu’il reste à parcourir et confirme une fois de plus que le féminisme a toujours autant de pertinence aujourd’hui. 

Et vous, quel essai féministe vous a inspiré des réflexions pour atteindre l’égalité entre les sexes?  

Merci aux éditions Somme toute pour le service de presse. 

 

Soif, Amélie Nothomb, Albin Michel, Divinité, Jésus, Littérature étrangère, Critique, Le Fil Rouge, Le Fil Rouge lit, Rentrée littéraire,

La divine Nothomb

Je n’ai pas été surprise et vous non plus, j’en suis certaine. La tradition nothombienne n’allait pas faire exception à la règle; pour une énième fois, l’autrice belge allait être de la rentrée littéraire. Pour l’année 2019, Amélie Nothomb nous offre Soif, l’enfant qu’elle a choisi de ne pas cacher dans un tiroir. Car vous savez que l’écrivaine écrit en moyenne trois romans en 365 jours et qu’elle sélectionne celui qu’elle considère le plus présentable alors qu’elle dissimule à jamais les avortons rejetés. Radicale, la Nothomb? C’est peu dire puisqu’elle a même pris la peine de mentionner dans son testament que ces manuscrits bannis ne doivent jamais être publiés posthume.

Résumé

Les quatrièmes de couverture de Nothomb ne sont jamais bien loquaces. On n’y trouve souvent qu’une seule phrase pour décrire ce qui nous attend entre les habituelles 150 pages du livre. Cette fois-ci: «Pour éprouver la soif il faut être vivant.» L’anticipation peut commencer, car cette courte affirmation ne nous en dévoile pas tellement sur le contenu du roman.

Bref, personne ne nous avait préparés à la réécriture de la passion du Christ. En effet, c’est bien de cela qu’il s’agit. Le récit est repris à partir du moment où Jésus est condamné à la crucifixion par Pilate et se poursuit jusqu’à sa mort. Bien que la plupart connaissent l’histoire de la fin du Messie, Nothomb se réapproprie le tout en y ajoutant sa touche personnelle, amalgame de philosophie et d’humanité.

Le divin comme de vieilles chaussures

Ce n’est pas la première fois que Nothomb s’attaque au divin. Rien de surprenant ici. La dualité qui oppose la divinité et l’humanité est omniprésente dans l’œuvre nothombienne. Dans Soif, elle s’inscrit dans un unique être: Jésus. De cette façon, l’autrice s’amuse, une fois de plus, à jouer à Dieu, autant de manière extradiégétique qu’intradiégétique. Après tout, la fonction d’écrivain implique presque toujours de créer des univers et d’y intervenir, un peu comme le ferait un Dieu, en tirant toutes les ficelles.

La question de la divinité entretient également un rapport étroit avec l’ascèse dans le travail de l’autrice, d’où l’importance de la soif, qui occupe une place cruciale dans le récit réinventé de la mort du Christ. Parce qu’on y met en scène un être à part, un être plus qu’humain, un être qui flirte avec la mort, on parle du fait de s’abreuver comme d’un véritable délice, mais encore, on s’extasie surtout de l’effet de la soif, qu’on néglige bien trop souvent au goût du Jésus nothombien:

«Personne n’apprend à différer le moment d’étancher sa soif. Quand celle-ci surgit, on l’invoque comme l’urgence indiscutable. On interrompt son activité quelle qu’elle soit, on cherche de quoi boire.

Je ne critique pas, boire est si délicieux. Je regrette néanmoins que nul n’explore l’infini de la soif, la pureté de cet élan, l’âpre noblesse qui est la nôtre à l’instant où nous l’éprouvons.

[…]

Faites l’expérience. Quelle que soit votre préoccupation physique ou mentale, couplez-la avec une vraie soif. Votre quête s’en trouvera aiguisée, précisée, magnifiée. Je ne demande pas de ne jamais boire, je suggère d’attendre un peu. Il y a tant à découvrir dans la soif.» (p. 116-117)

Somme toute, ce n’est pas le meilleur de Nothomb. Je dois vous avouer que les derniers bébés de l’autrice ne font pas partie de mes préférés. Peut-être que l’audace dont elle faisait preuve durant ses premières années ne me marque plus autant après 27 romans et une pièce de théâtre. Une chose est certaine, ce petit dernier ne laissera personne indifférent. Amélie Nothomb excelle dans l’art de provoquer, et l’on entend déjà les catholiques pratiquants de ce monde s’insurger devant le récit d’un Jésus amoureux, d’un Jésus imparfait, d’un Jésus écrit par une femme. En ce sens, l’écrivaine peut déjà affirmer: «Mission accomplie!».

Quelle est votre œuvre préférée d’Amélie Nothomb?

crédit photo : Michaël Corbeil

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Stalkeuses : Ode au voyeurisme et à l’indiscrétion

Guerrière emblématique de l’ère de l’Internet, la « stalkeuse » est cette créature qui traque, espionne et fouine de manière obsessionnelle. Sa forme la plus connue est sans aucun doute la stalkeuse des réseaux sociaux, celle qui passe à la loupe ton compte Facebook avant une date, qui part à la chasse de tes anciennes conquêtes parmi tes vieilles photos ou qui surveille un peu trop en direct ce que font tes amis et ta famille. Mais la stalkeuse est loin d’être une invention de la modernité numérique, ni d’être uniquement féminine : n’avons-nous pas toutes et tous déjà eu un père fouineur, une patronne indiscrète, un professeur envahissant, une voisine voyeuse, un chien curieux? Que ce soit par le trou d’une serrure, à travers la fenêtre de la cuisine ou avec une caméra de surveillance, la stalkeuse s’accapare le champ du regard et fait régner l’indiscrétion – amenant parfois à la révélation de quelque obsession originale.

Fanie Demeule et Joyce Baker, directrices du recueil de nouvelles Stalkeuses, publié chez Québec Amérique, ont invité quatorze de leurs collègues (treize autrices et un auteur) à se joindre à elles pour déplier les possibilités de cette figure mystérieuse qu’est la voyeuse et explorer son imaginaire. Le résultat est saisissant : seize nouvelles originales et accrocheuses où l’obsession, la compulsion et l’étrangeté sont au rendez-vous.

Critique enthousiaste d’une lectrice comblée

La publication d’un recueil de nouvelles collectif présente toujours, selon moi, un grand risque éditorial et littéraire. De la réunion de seize voix de styles et de backgrounds différents peut résulter une œuvre inégale et boîteuse, morcelée de toute part. Personnellement, je suis la première à trouver difficile l’ajustement rapide qui est demandé au lecteur dans ce genre de recueil, alors que l’on doit plonger spontanément dans l’univers d’un.e auteur.trice, en comprendre les codes et intégrer le style, pour ensuite en ressortir tout aussi rapidement.

À ce niveau, le recueil Stalkeuses est vraiment réussi. J’ai lu les seize nouvelles les unes après les autres, sans m’arrêter et sans ressentir d’essoufflement. À aucun moment je n’ai trouvé qu’une nouvelle était moins bien écrite ou moins punchée qu’une autre. Au contraire, les quinze autrices et l’auteur tiennent toutes et tous une idée singulière et audacieuse qu’ils exploitent magnifiquement, dans un style personnel et avec une approche réussie. Le résultat est un riche éclatement de propositions narratives, et nous est révélé un éventail étonnant de ces figures qui se dissimulent habilement dans notre entourage. Bref, le recueil se déploie comme une œuvre diversifiée qui ne perd pas pour autant son unité fondamentale.

Ma lecture m’a permis de retrouver avec plaisir des plumes connues (Fanie Demeule, Catherine Côté, Maude Veilleux, Ariane Gélinas), mais surtout de découvrir d’autres voix tout aussi talentueuses et prometteuses (Vanessa Courville, Virginie Blanchette-Doucet, Joyce Baker, Catherine Lavarenne, Marie-Claude Lapalme, Ariane Lessard, Krystel Bertrand, Gabrielle Lessard, Loic Bourdeau, Christina Brassard, Sarah Desrosiers, Marie-Hélène Larochelle). Ça m’a donné grande envie d’aller fouiner (hi hi!) du côté de leurs autres publications, la plupart ayant déjà des romans, des nouvelles et d’autres œuvres à leur actif.

Bref, de concert avec les narrateurs.trices, on observe, zieute, scrute et fouille, (presque) toujours avec discrétion. Avec Stalkeuses, on assouvit même certaines de nos obsessions coupables… ou pas! Alors plongez et… stalkez!

 

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Des frissons « sang pour sang québécois »

Si tu es né dans les années ’80 et que tu étais adepte d’histoires d’horreur étant jeune, il y a de fortes chances pour qu’un ou plusieurs livres de la collection Frissons te soient déjà tombés entre les mains. Et que, comme moi, tu en aies fait la lecture en cachette sous tes draps jusque tard dans la nuit.

Avec plus d’un million d’exemplaires vendus seulement au Québec, c’est toute une génération qui a été marquée par cette collection aux histoires captivantes. Il y a deux ans, les éditions Héritage ont décidé de faire revivre les romans Frissons en rééditant certains de leurs classiques comme La gardienne de R. L. Stine. Les nouveaux Frissons sont publiés en grand format et les couvertures sont sublimes; les couleurs sombres et froides, celles de la nuit, sont à l’honneur et donnent un beau visuel.

De nouvelles histoires… à saveur locale!

J’étais fébrile de redécouvrir ces livres qui m’ont valu maintes nuits blanches. Mais ce qui m’a le plus allumée dans le retour de la collection, c’est la participation d’écrivains québécois pour y ajouter de nouvelles histoires. J’ai l’impression que, si j’ai arrêté de lire des romans québécois vers la 4e année du primaire, c’est un peu à cause des Chair de poule et Frissons qui faisaient fureur à l’époque. C’était la mode et aussitôt, les livres qu’on nous proposait à l’école devenaient moins intéressants. Heureusement, avec les Passepeur et les Zone Frousse d’aujourd’hui, la donne a bien changé. En revenant sur les tablettes des librairies, les romans Frissons leur ont emboîté le pas.

Ces Frissons portent la mention « Sang pour sang québécois » et se divisent en plusieurs séries, dont les grands formats pour les 9-12 ans et les Mini-Frissons pour les plus jeunes. La même recette que dans les années 90 est appliquée; des chapitres courts avec de nombreuses intrigues et revirements de situation. Tout ce qu’il faut pour en faire de véritables page turner. Comme dans le temps, ils peuvent se lire facilement en une ou deux soirées.

Les histoires ont évolué depuis le temps. Elles ont été écrites pour rejoindre les nouvelles générations. Par contre, l’ambiance demeure la même. Les jeunes et leur mode de vie ont peut-être changé, mais les messages menaçants, les ombres inquiétantes et l’impression d’être observé ou suivi persistent toujours. Bref, tout ce qui peut inciter à poursuivre sa lecture jusque très tard le soir, quitte à manquer quelques heures de sommeil et se réveiller avec des yeux de raton le lendemain!

Nostalgie ou transmission d’un souvenir

Les romans Frissons réapparaissent à un moment opportun. En effet, la plupart des lecteurs d’origine ont maintenant des enfants qui ont le même âge qu’ils avaient à l’époque où ils dévoraient les Frissons les uns après les autres. Leur public cible s’en retrouve élargi. Ces livres s’adressent d’abord aux jeunes, mais ils vont certainement rejoindre les nostalgiques.

Je ne sais pas si la collection va gagner autant d’importance que dans les années 90, mais je trouve ça très plaisant que les parents puissent la faire découvrir à leur progéniture. Personnellement, je suis retombée en enfance en lisant ces livres. Je suis pas mal certaine que les nouveaux Frissons vous rappelleront de bons souvenirs… et peut-être quelques frayeurs!

Et vous, avez-vous passé des nuits blanches à lire des Frissons ou des Chair de poule?

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Le livre qui va te donner envie de partir en van dès demain

Cet été, moi qui n’ai jamais vraiment aimé conduire, je suis partie en road trip jusqu’en Gaspésie pendant une dizaine de jours avec mon chum et j’ai ADORÉ ça! Mais plus que la route 132, les magnifiques bords de mer, les haltes municipales et les petits villages, c’est la liberté offerte par la voiture que j’ai le plus appréciée. Normalement, je voyage toujours en bus, en train ou en covoiturage – ou bien à pied! –, notamment lorsque je vais en Europe. Mais j’ai découvert que la voiture, parce qu’elle offre beaucoup de liberté, m’ouvre un éventail de possibilités.

Quand je suis revenue à Montréal, je me suis empressée de me plonger dans le magnifique livre Vie de van, de Julien Roussin Côté, que j’avais reçu plusieurs mois plus tôt. Et soudainement, je me suis mise à rêver. J’envisageais de peut-être partir en van, un jour, bientôt, pourquoi pas? La van, c’est la liberté offerte par la voiture, mais en mieux. Et la vie de van telle qu’elle est décrite par Julien dans son livre apparaît comme étant accessible et vraiment palpitante.

Julien Roussin Côté et la nature du projet Go-Van

L’histoire de Julien est celle de plusieurs autres. C’est celle d’un gars qui troque la sécurité d’un quotidien sédentaire pour une vie nomade remplie d’aventures. Au début de la trentaine, il laisse derrière lui une carrière florissante et un condo tout neuf pour vivre à temps plein dans une van.

À la suite d’un voyage déterminant où il parcourt 4 000 km de Montréal jusqu’au Mexique, Julien met officiellement en place le site web Go-Van, plateforme sur laquelle il publie du contenu sur la vie en van : des conseils, des films et des itinéraires. Peu à peu, le site prend le rôle de port d’attache et de lieu de rencontres pour les différents adeptes du van lifeparticipant de manière importante à la consolidation de la communauté. Julien est aussi à l’origine du rassemblement El Campo, qui a lieu chaque année dans un endroit déterminé.

« Depuis quatre ans, les projets de Go-Van ont donné aux vanlifers une tribune pour partager les hauts et les bas de leur vie non conventionnelle, et leur ont permis de se rencontrer et de créer une communauté unique d’aventuriers. » (p. 7)

Julien n’a plus signé de bail ni d’hypothèque. Depuis, il poursuit les vagues pour surfer, nourrit son site web, partage sa passion du voyage en van et ne regrette pas d’avoir choisi de vivre sur la route.

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Le livre Vie de van 

J’avais l’impression, avant de lire le livre Vie de van, que ce genre de voyage n’était pas pour moi, et je ne sais pas exactement pourquoi. Mon opinion a changé du tout au tout au fil de ma lecture. Il faut dire que ceux et celles qui choisissent une vie sur la route tournent le dos à un mode de vie conventionnel : ils recherchent la simplicité et la liberté, et au cœur de leur démarche, se trouvent des valeurs comme l’exploration, l’aventure et la spontanéité. Cette vision du voyage est la même que celle qui est à l’origine de mes nombreuses escapades européennes et donc, d’emblée, je m’y suis retrouvée facilement dès les premières pages du livre.

De plus, parce qu’il présente des portraits de personnes vivant sur la route, le livre met des visages sur ce type de voyageur et désamorce les idées reçues. Ainsi, j’ai pu voir que des jeunes, des vieux, des couples, des ami.e.s, des femmes seules et des familles vivent de manière nomade, et que chacun.e adapte sa van ou son voyage à ses envies et à ses besoins. La vie de van m’est alors apparue comme beaucoup plus accessible et comme pouvant s’adapter à une pluralité de situations différentes.

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Le livre propose également des conseils et des renseignements pertinents qui sauront servir à toute personne désirant réaliser concrètement un tel projet. Que ce soit le coût des véhicules, la préparation ou le matériel à prévoir, tout y est, et il est rassurant de lire les remarques d’un habitué de la route.

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Et, finalement, le livre propose un vaste panorama d’itinéraires, autant au Québec et aux États-Unis qu’en Europe (et même plus loin!). Ces itinéraires remplis de renseignements et de photos extraordinaires nous donnent l’eau à la bouche et nous invitent à nous lancer dès que possible dans un projet de voyage.

En fait, la lecture même de ce livre est une expérience : il est totalement magnifique et fait rêver. C’est une belle célébration de la vie nomade et des aventures qu’elle engendre. Il donne envie de partir et de vivre, que ce soit pour un petit moment ou pour une vie entière, une vie de van. Quelle sera ma prochaine destination? La route de la Baie James? Les 500 miles à travers les Highlands en Écosse? L’exploration de la Floride? Je ne sais pas, mais avec ce livre, j’ai définitivement de quoi m’inspirer pour une nouvelle aventure.

Et vous? Avez-vous déjà pensé partir en van?

Je tiens à remercier les éditions Parfum d’encre pour le service de presse.