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Café au lait de Sara Pruneau

Café au lait, à emporter s’il vous plaît

Habituellement, je ne suis pas vraiment forte sur les livres auto-édité. Dans ma tête, il y avait toujours une bonne raison pour qu’une maison d’édition ne veuille pas publier un auteur. Avec Café au lait, ça a été différent. Je crois que Sara Pruneau Bélanger m’a eue… à l’usure. 

Je ne sais pas où ni quand ni comment, mais elle s’est faufilée dans mon feed instagram (@sarapruneauyo). Et à force de voir ses petits textes passer… Elle s’est frayée un chemin jusque dans mon cœur. Quand j’ai su que son petit dernier, Café au lait, était disponible à la librairie l’Échange, à deux pas du métro où je passe tous les jours en allant au travail, ça a donc été plus fort que moi. Il a fallu que j’aille me le procurer.

« Sara Pruneau Bélanger joue au pool et elle boit du Toro Loco tablette. Elle a écrit J’te prendrais take out en 2012 et l’a publié en 2016. Depuis, elle a écrit Café au lait, a gribouillé pas mal partout et a un concours de taco.

Ce livre est son premier roman écrit à la main. Achète-le, elle a mal en osti. »

Café au lait, quatrième de couverture.

Briser les standards

Je suis donc allée acheter le plus petit livre du monde. Rapport quantité-prix, j’ai tiqué : il faut dire que je l’ai lu en quinze minutes. 

Sauf qu’après, ça m’est resté en tête.

Alors je l’ai relu.

Et encore.

Et encore.

Et encore aujourd’hui, je me demande comment si peu de pages ont pu me fesser autant dedans. Peut-être parce j’ai eu l’impression de voir tous les standards exploser à chaque mot que je lisais. Peut-être parce qu’il y avait une telle absence de flafla littéraire que j’ai eu l’impression d’être mise à découvert. Sincèrement, je ne pourrais pas dire. J’ai énormément de misère à faire une critique constructive de ce micro roman, parce qu’en fait, tout est dans le ressenti. C’est de la pure magie avec les mots…

Café au lait

Ce roman, c’est exactement comme un café au lait le matin où tu t’es levé(e) du mauvais pied, où tout va déjà mal et où tout ce que tu veux, c’est retourner te cacher sous la couette. Ça vient te chatouiller les papilles, te réchauffer un peu l’intérieur et, tout à coup, tout devient un peu plus supportable.

C’est doux et chaud et tendre.

C’est en soi extrêmement paradoxal, parce que ces mots, c’est pourtant un gros coup de poing sur la gueule. Du genre qui te fait voir des étoiles et avoir la tête qui tourne parce que tu peux juste en avoir le souffle coupé. 

La combinaison du texte et des images (dessinées à la main!) est absolument parfaite. Le minimalisme n’en fait que plus ressortir la cruauté de la réalité qu’on y lit. Une rupture. Un cœur brisé. Des émotions mises à nu. De tout petits mots qui explosent comme des obus à l’intérieur de la tête.

Café au lait de Sara Pruneau Bélanger
Café au lait, Sara Pruneau Bélanger

Je suis absolument sans mots pour décrire ceux de Sara.

Si tu as envie de te faire smacher les émotions, je te recommande un million de fois ce roman de Sara Pruneau Bélanger. 

Et si tu n’en as pas envie… 

                                                  Je te le recommande quand même.  

Est-ce qu’il y a des livres qui vous ont laissé(e) sans mots?

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Nonobstant et en revanche, le Meurtre du Commandeur en livre audio

C’est avec Kafka sur le rivage que j’ai découvert, il y a longtemps, la plume de Haruki Murakami, auteur japonais dont je suis irrémédiablement tombée sous le charme. Je viens tout juste de terminer son dernier roman en deux tomes, Le Meurtre du Commandeur, et j’en suis ressortie enchantée, comme d’habitude!

Une idée apparaît, tome 1

Après plusieurs années de mariage, la femme du narrateur, un portraitiste renommé, quitte celui-ci sans explication. Il se lance alors sur les routes, avant d’emménager dans la demeure vide et isolée d’un très grand peintre japonais nihonga, Tomohiko Amada. Un jour, le narrateur reçoit une proposition : peindre le portrait de son riche et insondable voisin, Wataru Menshiki. Dans le même temps, il découvre un tableau caché dans le grenier, le Meurtre du Commandeur, un chef d’œuvre inconnu de Tomohiko Amada qui semble tiré du Don Giovanni de Mozart. Enfin, le bruit d’une mystérieuse clochette se fait entendre à heure fixe toutes les nuits…

Tout y est. Très lent, ce premier tome très descriptif dépeint les tâches du quotidien, la préparation du thé ou des repas, et fait peu à peu surgir l’étrangeté au fil de ses pages. Et comme Murakami est un maître dans cet art, nous sommes, tout comme le narrateur, entièrement disposés à accepter les événements irrationnels qui s’enchaînent. La clochette enfermée dans une fosse semble teinter par elle-même? Une entité surnaturelle, ou plutôt une Idée, prend l’apparence du Commandeur et discute avec le narrateur? Tout cela nous semble parfaitement normal. Et plus l’intrigue avance, plus le mystère grandit : qui sont ces personnages (ou ces objets) et quel est leur rôle dans cette histoire? Enfin, comme à l’habitude, ce tome est rempli de références à l’œuvre de Murakami et d’éléments qui en sont indissociables : la musique, le rêve, l’absence, les personnages solitaires, etc. L’auteur nous offre aussi une très belle réflexion sur la pratique artistique et la création.

La métaphore se déplace, tome 2

Alors que le narrateur se pose de plus en plus de questions sur son mystérieux voisin et sur le passé de Tomohiko Amada, et que le Commandeur apparaît aléatoirement dans son quotidien, une jeune fille dont il tentait de faire le portrait disparaît. Afin de la sauver, il accepte de poignarder le Commandeur pour rejouer le drame du tableau. Une trappe s’ouvre, la frontière entre le réel et l’irréel se brouille, et le narrateur s’embarque alors dans un long voyage souterrain…

Dans ce second tome, où l’histoire devient de plus en plus complexe, le lecteur fait une réelle plongée dans l’étrange. Impossible de discerner si ce qui arrive se joue dans l’imagination des personnages ou si une entité surnaturelle est effectivement en train de tirer les ficelles. Les événements s’enchaînent et se multiplient, l’intrigue est maîtrisée, et chaque nouvel élément peut potentiellement la faire basculer ou la résoudre. Le mystère, qui a peu à peu été dévoilé par l’auteur, ne trouvera cependant pas sa solution à la fin de l’ouvrage. Pas plus que nous ne saurons si tout ceci est bien réel. La frontière entre le quotidien et le surnaturel, le réel et l’irréel, est très mince, et c’est à nous de tirer nos propres conclusions. Car, comme toujours avec Murakami, la fin ne clôt pas l’histoire.

Le Meurtre du Commandeur lu par Christophe Brault

Je suis tombée dans les livres audio l’année dernière et je ne m’en passe plus depuis! S’ils ne remplacent pas pour moi les livres papier, ils me permettent de lire partout, que ce soit dans les transports ou en faisant la cuisine. C’est cependant la première fois que je lisais un roman aussi long (16 h de lecture, environ, pour chaque tome) et, si j’ai eu un peu peur de perdre le fil à cause de la densité du texte, mes craintes se sont vite dissipées. L’intrigue, bien que multiple, se suit facilement. Christophe Brault est aussi un très bon narrateur, et c’est grâce à son ton et à sa douceur qui collent parfaitement à l’œuvre de Murakami que je me suis laissée emporter.

Et vous, quel livre audio recommandez-vous?

Je suis abonnée chez Audible, mais vous pouvez acheter directement vos livres audio chez Archambault, Les Libraires, etc. Radio Canada a aussi une chouette collection gratuite!

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Parce qu’on est toutes un peu folles, frues et fortes

J’aime toujours garnir ma bibliothèque d’œuvres féministes. C’est tout simple : j’en veux toujours plus! Marie Demers dirige le recueil Folles Frues Fortes, publié aux éditions Tête Première dans la collection Tête dure, tout en y signant deux textes puissants. Cette maison d’édition publie des textes incisifs et des récits intimistes, toujours touchants et percutants, portés par des voix singulières, des textes dont la lecture, comme on peut le lire sur son site web, ne devrait laisser personne, qui que ce soit, tout à fait indemne.

Un autre collectif féministe 

Certains peuvent se demander : mais pourquoi encore un collectif féministe? Par « certains », j’entends : probablement ceux qui ne lisent pas ces collectifs. Les textes comme Folles Frues Fortes sont toujours pertinents et de plus en plus importants, puisqu’à chaque fois qu’on pense voir du progrès, un événement nous ramène en arrière. Dans les années soixante, on disait : « le privé est politique ». Eh bien! en 2019, le privé est toujours politique! Écrire des textes comme celui-ci, c’est se révolter encore une fois, dénoncer encore une fois et se fâcher encore plusieurs fois. Les textes de ces autrices sont toujours nécessaires et vont continuer d’être pertinents tant que la situation dans laquelle nous nous trouvons n’aura pas changé. Ma lecture de Folle Frues Fortes m’a permis de me sentir accompagnée dans ma révolte et de partager ce que des milliers de femmes ressentent chaque jour.

« Je suis une femme forte et je vais le crier. Nous le crierons toutes. Sur le toit de L. A. et du monde entier. » (p. 193, Marie Demers)

Des thèmes encore trop d’actualité

Divisé en trois sections : folles, frues et fortes, le collectif regroupe des textes de Marjolaine Beauchamp, Martine Delvaux, Marie Demers, Fanie Demeule, Marie-Sissi Labrèche, Maude Lafleur, Catherine Mavrikakis, Katherine Raymond et Marie-Ève Sévigny, tout en présentant des illustrations, sur la première de couverture, signées Les folies passagères, artiste reconnue au Québec et en France pour son contenu féministe et queer. Il va sans dire que ce combo de militantes donne juste envie de plonger dans le livre.

Dans les nouvelles, on parle du viol, de la culture du viol, de femmes fortes, de milieux de travail sexistes, de la peur qui habite celles qui s’identifient comme femmes. Dans ce collectif, les autrices brisent la solitude face à ce combat. Elles s’unissent pour faire comprendre une peur, pour unir celles qui ont peur. Ce sont des histoires difficiles à lire avec des trigger warning à profusion, mais il s’agit malheureusement d’une réalité qui existe. Ces voix donnent un ton uni aux guerrières de ce monde, et il est facile de lire le collectif d’un bout à l’autre sans s’arrêter. Le style propre à chacune des autrices fonctionne très bien, et il est facile de passer d’un texte à l’autre, en plongeant dans une nouvelle réalité de ce que c’est d’être femme.

Ce que je retiens de ma lecture, c’est de ne jamais baisser les bras dans cette lutte féministe, de rester frue et, même si on me traite de folle, de rester forte.

« Ni marionnette ni pion, encore moins princesse ou fée, j’étais destinée à devenir autre. Et s’il fallait que j’accepte de devenir une grosse criss de folle pour que je commence à régner sur moi, alors je ne regrette rien ». (p. 136, Maude Lafleur)

Quel est votre collectif féministe préféré?

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Explorer la famille dans ses derniers retranchements

Six ans après la publication de son essai Les tranchées, Fanny Britt poursuit ses réflexions entourant la maternité et la famille avec Les retranchées: échecs et ravissements de la famille, en milieu de course. Si le premier document de l’autrice m’avait laissée quelque peu indifférente, je dois avouer que son dernier pamphlet m’a plu davantage.

Le propos des Retranchées m’a paru plus politique et revendicateur que le précédent, tout en offrant un portrait plus imparfait et moins homogène de la famille. C’est une réflexion davantage critique que Fanny Britt nous offre ici sur les structures restrictives et oppressives qui se révèlent dans le modèle familial, et sur les moyens de s’en libérer pour faire de la famille une cellule où tous et toutes peuvent s’épanouir.

Refuser l’intrusion du néolibéralisme 

J’ai beaucoup apprécié la critique de l’autrice à l’égard de l’intrusion des impératifs néolibéraux dans la vie familiale. Selon elle, les modèles de la famille parfaite qui prolifèrent sur les médias sociaux et qui servent à vendre différents objets en les associant à des aspects intimes de la vie privée suivent les mêmes règles qu’une entreprise dont le principal objectif est de faire du profit. L’autrice dénonce cette «exploitation de l’intime à des fins commerciales» dans laquelle les femmes sont souvent instrumentalisées. Sans condamner les femmes qui s’adonnent à des pratiques de vente basées sur leur vie familiale et leur vie intime, elle souligne à quel point cette «mode» est pernicieuse.

Dans la même optique, Britt insiste sur l’importance de délaisser la mentalité productive dans un contexte familial et de savoir reconnaître ses limites personnelles:

«La famille telle qu’elle se présente actuellement me semble se prêter au jeu dangereux de la performance, dans tous les sens du terme (au sens économique et au sens spectaculaire). Comment en sortir? Une intimité repensée des liens filiaux peut-elle devenir une alliée de la décroissance? Je veux disséquer ici certains des effets pervers de la famille performante et tenter d’explorer d’autres moyens, plus complexes, volontairement fragiles, de se mettre en lien avec les autres.»  

Accepter l’imperfection

L’autrice aborde également l’imperfection à travers plusieurs chapitres de son essai. Elle parle, entre autres, du sentiment de ne pas être assez et de l’impression de ne jamais faire correctement ce qu’il faut faire – un sentiment dont toute femme connaît le poids, qu’elle ait ou non des enfants.

Paradoxalement, j’ai eu l’impression que l’autrice abordait davantage les modèles atypiques de maternité dans ce livre-ci que dans son précédent document. Par exemple, dans un chapitre des Retranchées, Fanny Britt se questionne à savoir si les mères biologiques sont les «hommes blancs» de la maternité et si les femmes sans enfants – ou les femmes dont l’expérience de la maternité n’est pas conventionnelle – ne sont pas laissées pour compte dans les manières dont est définie la maternité dans notre société. S’en suit un plaidoyer pour une reconnaissance de la pluralité des expériences de la maternité.

Fanny Britt s’en prend aussi à la vision du «père idéal», qui est aussi toxique que celle de la «mère idéale». Alors que les pères étaient plutôt absents dans Les tranchées, l’autrice se permet, dans son deuxième document, quelques réflexions sur la gent masculine, notamment sur les défis d’élever deux garçons en étant une mère féministe.

Bref, Fanny Britt nous livre ici un témoignage qui révèle la complexité des enjeux socio-économiques et des enjeux de pouvoir qui se camoufle dans le quotidien de la vie familiale. Il s’agit d’une lecture intéressante qui enrichit notre compréhension de la maternité et de la famille, tout en suscitant moult questionnements sur les manières de s’épanouir dans cette structure.

Et vous, quelles seraient vos suggestions d’essais portant sur la maternité et la famille?

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Le projet Shiatsung de Brigitte Archambault, une fable dystopique entre humour et malaises

Cet automne, j’ai lu Le projet Shiatsung, de Brigitte Archambault. En fait, je l’ai lu deux fois tellement j’ai été agréablement surprise! Je l’ai dévoré une première fois, sans me poser de questions, puis je l’ai relu plus lentement pour pouvoir mieux en discuter. Je commence d’abord par vous présenter un extrait de la présentation de l’éditeur, qui résume bien l’oeuvre:

«Dans un bungalow dont la cour est ceinte par une muraille infranchissable, une femme a été élevée, seule, par un écran parlant omniscient, mais qui ne dit pas tout. Sans autre connaissance du monde extérieur ni encadrement que ce que lui a appris ce dernier, elle ignore tout des causes de son existence. Et si cette femme tentait d’échapper à la surveillance constante de cet écran qui épie ses gestes? Que pourrait-elle trouver de l’autre côté du mur?»

Évidemment, comme j’ai lu le livre deux fois, il va sans dire que je vous le recommande chaudement, mais voici deux éléments auxquels vous pourriez porter attention lors de votre lecture.

Le dessin

Les dessins de Brigitte Archambault ont un style épuré qui rappelle un peu ceux de Nick Drnaso, qui a écrit Sabrina et Beverly (d’ailleurs, il y a aussi quelques thèmes qui se rejoignent, entre ses œuvres et celle d’Archambault). Dans Le projet Shiatsung, j’ai aussi remarqué que les couleurs sont sombres, le plus souvent dans des teintes de gris, de brun et de vert, et représentent bien l’espèce de mornitude anxiogène dans laquelle le personnage évolue.

De plus, la plupart des cases sont remplies presque au complet par une seule image, parfois un détail du décor et le plus souvent un plan rapproché du visage de la femme qui fait la narration. Ces cases bien pleines, presque étouffantes, contribuent à l’impression d’enfermement du personnage. Bref, seulement par l’entremise des images, on sent bien l’ennui et la solitude qui font son quotidien.

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Extrait de Le projet Shiatsung

Entre humour et malaises

Comme elle l’a mentionné dans cet article du Devoir, l’autrice aime bien utiliser l’humour et jouer avec la sensation de malaise que pourrait susciter son œuvre. J’ai choisi l’image ci-haut pour montrer le style du dessin, mais aussi parce qu’elle illustre vraiment bien le type d’humour et le genre de malaise que suscite la lecture du Le projet Shiatsung. On voit le personnage manger un homard après une journée difficile, car c’est «ce qu’il y [a] de meilleur» au menu. C’est plutôt rigolo dit comme ça, mais le fait qu’elle mange le homard pour se consoler est en fait plutôt triste et nous ramène à l’ampleur de sa solitude. Sans compter que la dernière case où on voit la femme manger est un peu dégoûtante et peut certainement mettre mal à l’aise.

J’aurais pu choisir différentes images ou situations, tout au long de l’histoire, qui ont le même effet, et parfois de façon encore plus marquée, mais je préfère vous en laisser la surprise. Cette valse entre humour et malaises m’a vraiment séduite et servait bien, à mon avis, le propos du livre. En effet, celui-ci réussit à déranger le lecteur et à l’amener à se questionner, tant par la bizarrerie de l’histoire (qui n’est quand même pas si éloignée de notre réalité, ce qui la rend encore plus troublante!), que par la façon dont elle est racontée.

Et vous, avez-vous déjà apprécié une œuvre dont certains passages vous mettaient pourtant très mal à l’aise lors de sa lecture?

Le fil rouge remercie Mécanique générale pour le service de presse.

Crevette : l’apprentie sorcière

Les Éditions de la Pastèque ont toujours su me plaire, et c’est encore chose faite avec l’une de leurs dernières bandes dessinées : Crevette. En plus d’avoir découvert une petite sorcière, je suis tombée sous le charme de son autrice, Elodie Shanta. Cette jeune illustratrice, autrice et blogueuse est originaire de France. Son style de dessin est qualifié de kawaï (de dessins à la Hello Kitty, japonais et cute).

C’est ainsi qu’Elodie m’a amenée dans un monde magique. Tous les petits détails y étaient. On y retrouve des runes, des reliques, une écriture magique, des grimoires, des chaudrons, un petit chapeau pointu, mais surtout des amis-animaux magiques. Crevette est le seul personnage que nous rencontrons qui a la forme d’un humain. Ses amis qui l’accompagnent ont plutôt la forme d’un chat, d’un démon ou encore mieux, d’un chat-chauve-souris.

Le seul désir de Crevette est d’être admise à la grande école de magie. Mais, malheur pour elle, elle n’y arrive pas par manque de compétence. Pourtant, elle voudrait tant faire honneur à sa mère décédée! C’est elle qui lui avait tout appris pour qu’elle puisse devenir une excellente sorcière, mais sans elle, Crevette manque de confiance. C’est en larme, à la suite d’un nouveau refus, que son voisin le petit démon la retrouve. Il décide alors de la prendre sous son aile. Pour cela, Crevette quitte sa maison pour vivre chez ses deux voisins, le p’tit démon et le chat. Ensemble, ils étudient et font tout pour qu’elle réussisse ses examens d’admission. La cohabitation ne sera pas toujours facile, surtout quand Crevette se fera un nouvel ami qui rendra jaloux l’un de ses colocataires! Réussiront-ils à faire la paix?

Crevette est un vrai plaisir pour les yeux. En tant qu’admiratrice de l’univers des sorcières, je suis sous le charme. Je ne peux que vous conseiller cette lecture. Je suis déjà impatiente de découvrir d’autres albums de cette autrice.

Et vous, quelle est votre dernière bande dessinée coup de coeur?

Je remercie la maison d’édition La Pastèque pour cette charmante lecture.

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Rencontre avec Catherine Côté, autrice du recueil de poésie Dans ta grande peau

Après ma lecture du recueil de poésie Dans ta grande peau de Catherine Côté, publié récemment aux éditions de l’Hexagone, j’ai eu envie de la rencontrer autour d’un café pour jaser avec elle de son livre, que j’ai beaucoup aimé.

Avec Dans ta grande peau, l’autrice nous invite à la suivre lors d’une de ses déambulations dans Montréal la nuit. Le titre, déjà, m’attirait. C’est énigmatique et poétique en même temps, ça évoque la caresse, l’étreinte, les bras enveloppants. Cette peau semble d’ailleurs être celle de la ville, mais une Montréal à la fois tendre et engloutissante. On voit rapidement que la narratrice se berce dans les bras de la ville autant qu’elle s’y noie.

L’écriture est pleine d’images évocatrices. Parfois, on est plus dans un registre familier, terre-à-terre, et d’autres fois, on saute dans un style plus poétique. Le résultat est toujours une écriture douce et évocatrice qui fait un peu mal au ventre, mais qui réconforte aussi. Il y a toujours ce double pôle dans la poésie de Catherine, des mots qui tranchent tout comme d’autres qui apaisent et qui parfois se suivent dans la même phrase.

Catherine est une collègue et amie, c’est donc dans un climat décontracté et personnel que nous avons discuté autofiction, mémoire et espace.

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Tu es à la fois poétesse, nouvelliste et autrice pour la jeunesse et pour adultes. Tu écris des romans policiers, tu aimes l’horreur, mais tu fais aussi de l’écriture réaliste. Quel est ton genre préféré?

C’est assez surprenant, parce que je pensais être vraiment à l’aise pour écrire de l’horreur, mais j’ai l’impression d’en arracher un peu. Contrairement à ça, je pensais trouver ça vraiment difficile de faire du policier, mais c’est ce que j’ai trouvé le plus facile et le plus plaisant à écrire jusqu’à date. L’horreur, j’ai réalisé que c’était beaucoup plus subtil. Ça prend de la subtilité, du temps, ça prend des détails et de l’ambiance. En somme, c’est une démarche d’humilité. Tu penses que t’es capable d’écrire quelque chose, t’en as lu beaucoup dans ta vie, mais non. C’est un apprentissage.

En quoi l’écriture poétique est différente?

C’est beaucoup plus intime, je dirais, plus proche de l’autofiction. Il y a quelque chose de plus vulnérabilisant dans la poésie. C’est là-dedans que je mets mes expériences vécues et mes traumas. La catharsis passe par la poésie. Je m’en sers pour faire mémoire, parce que la mémoire et le témoignage sont très importants pour moi. J’ai un rapport assez difficile et paradoxal avec la mémoire, surtout parce que ma grand-mère souffrait d’Alzheimer et que j’ai peur de l’oubli. Alors, la poésie et l’écriture de soi, ça devient de la documentation, de l’archivage du réel.

Écris-tu un journal intime?

Le journal intime, ça va être un exutoire pour les choses laides que je n’ai pas envie de partager. Ça me permet de clearer ma tête et de faire le ménage, et après, il reste les choses dont j’ai envie de parler. Parce que j’essaie quand même d’approcher le réel et que je veux le documenter, mais je ne veux pas nécessairement documenter le trauma, la tristesse. Je veux documenter l’amour, alors ça me permet de faire le ménage que de faire mon journal, de faire la paix avec certaines choses. Et après, s’il y a des choses que j’aime, je peux en parler pour m’en rappeler.

Quand as-tu commencé à écrire de la poésie?

Je sais qu’au secondaire je tripais sur Nelligan – parce que tout le monde tripait sur Nelligan. Après ça, avec le Cégep, je suis entrée dans la modernité poétique avec Saint-Denys Garneau, Godin, etc. J’ai compris c’était quoi la déconstruction du rythme et que ce n’était pas nécessaire d’avoir des rimes. Il y avait quelque chose dans ça qui me parlait beaucoup et qui me parle encore beaucoup aujourd’hui. Je lis aussi de la poésie contemporaine. Il y a beaucoup de choses qui se font aujourd’hui que je n’aime pas, et inversement, il y a sûrement beaucoup de gens qui n’aiment pas ce que je fais. Parce que c’est une sensibilité particulière et un rapport à l’intime qui est particulier. Il y a beaucoup de poésie contemporaine qui se veut très trash et confrontante. C’est peut-être pour ça que je lis encore beaucoup du Miron et du Anne Hébert. Parce que ça reste quand même doux.

Avec tout ça, j’ai commencé à écrire des poèmes au Cégep. Quand je suis rentrée à l’université, j’ai commencé à suivre des ateliers parce que j’ai fait mon baccalauréat avec un profil en création. Puis, j’ai commencé à publier dans les revues universitaires. Et au final, ça s’est un peu imposé à moi. Pour Outardes, mon projet de maîtrise, je voulais à la base écrire un roman. Je voulais parler de l’Abitibi, je voulais parler de mes ancêtres, faire mémoire, justement. René Lapierre, mon directeur de maîtrise, m’a dit qu’il fallait que je me demande comment ça s’écrit, cette mémoire-là. Et c’est ça qui m’a poussé vers la poésie et qui a donné à ma poésie quelque chose de plus authentique qu’auparavant. Avant, j’avais compris c’était quoi un poème, mais je n’avais pas compris comment l’écrire.

As-tu des auteurs ou des autrices fétiches?

J’adore Marie Uguay. J’ai fait tellement de travaux au bac sur Marie Uguay: je la pluggais dans tout! J’aime aussi beaucoup Paul-Marie Lapointe, il y a quelque chose de très doux et de très violent dans ce qu’il fait et ça, ça me parle. Ça n’a pas besoin d’être trash pour être violent, c’est ça que j’ai appris en le lisant. Et j’aime aussi beaucoup Godin, donc finalement, je crois que j’aime bien la Révolution tranquille! Il y a quelque chose dans la modernité au Québec qui m’a beaucoup parlé, une sorte de libération et de prise de parole, de rapport à l’amour et de rapport aux autres. Et aussi Saint-Denys Garneau. Ça vieillit bien.

Comment s’est déclenchée l’écriture de Dans ta grande peau? Qu’est-ce qui t’a inspiré?

C’est encore la question de la mémoire. J’ai écrit ce recueil juste avant de déménager en Angleterre, parce que je m’en allais et qu’il fallait que je documente la ville avant de partir. Et c’est devenu, par la force des choses, un livre quelque peu hybride, parce qu’il y a des morceaux de ma vie qui sont ceux d’avant mon départ et d’autres d’après; justement parce que le re-travail s’est passé après. Il y a quelque chose de la documentation du territoire qui s’est imposé, par la force des choses. Je ne voulais pas partir sans avoir dit adieu à Montréal. Je dirais que c’est quelque chose qui m’intéressait depuis longtemps, mais que je ne savais pas comment l’approcher. Je vois ça comme une sorte de lettre d’amour. C’est triste et pitoyable par moment, mais c’est une lettre d’amour quand même!

Peux-tu me parler du titre?

Mon titre, à la base, c’était Irish Goodbyes, qui est le fait de juste partir sans dire au revoir aux gens, ce que j’avais l’impression de faire à ce moment-là. Parce que je n’étais pas capable de faire la paix avec l’idée que j’allais quitter la ville pour longtemps, que je ne comprenais pas comment dire adieu. Et je me suis dit que ce n’était pas grave, ça allait juste être un Irish goodbye. Donc, c’était ça que c’était, mais mon éditeur ne voulait pas un titre en anglais et il m’a proposé Dans ta grande peau. Il y a quelque chose du rapport au corps qui est très présent dans ce que je fais, et de ramener ça dans le titre, je trouvais ça super intéressant. Et oui, ça rejoint la question de l’enveloppe, du froid; il y a une espèce d’inquiétude qui plane, on veut se réchauffer, on veut trouver du réconfort… Et pendant que moi, je pensais que je ne pouvais pas changer le titre, j’ai trouvé que finalement, ça s’imprégnait totalement dans ce que je voulais faire.

Le recueil amène le lecteur à déambuler dans Montréal pendant la nuit. Quel est ton rapport à l’espace dans ta démarche de création? Comment le travailles-tu?

J’ai travaillé beaucoup sur la question de l’espace dans le cadre de ma maîtrise, la manière dont on s’identifie aux lieux qui nous entourent, aux lieux d’où on vient, à ceux où on s’en va. À comment on crée des liens avec le territoire, finalement. Ma poésie, en ce sens-là, essaie de tisser des liens avec l’espace. Ça devient une recherche formelle, parce que j’ai l’impression que tu ne peux pas écrire tous les lieux de la même façon, parce que les lieux n’ont pas la même essence et qu’ils ne convoquent pas le même rythme ou le même type de mots.

C’est aussi dans le fait d’essayer d’appartenir à un lieu et que le lieu nous appartienne, mais sans essayer de voler l’espace, de le violer. C’est Merleau-Ponty qui disait qu’il y a une différence entre vivre et habiter, entre le lieu et l’espace. Les lieux, ce sont des choses froides et impénétrables, alors que l’espace est dynamique et habité, il y a des gens qui vivent, qui aiment, qui souffrent. Tout ce qui nous entoure est modelé par tous ces sentiments-là et, en retour, les gens sont modelés par l’espace. C’était donc une volonté dans ma poésie de transformer des endroits que je considérais comme des lieux, en espaces.

Ton écriture s’attache souvent à décrire les petites choses banales, qui deviennent des catalyseurs d’émotion et de souvenirs. Tu les convoques, mais c’est plus pour parler de ce qui est fort, important, déstabilisant, comme si ces choses étaient beaucoup plus que des objets, qu’elles étaient très signifiantes. Peux-tu nous parler de ton attachement aux choses du quotidien?

Je dirais que, à part le territoire, je m’intéresse beaucoup à la question du rituel, parce que le rituel, c’est à la base, du mouvement magique, du geste performatif. C’est dire des choses qui s’incarnent, faire des choses qui modifient le rapport au vivant. Les petits objets, les petits rituels, comme prendre le temps de se faire un café le matin, c’est des choses qui m’ancrent dans ma vie, qui m’ancrent dans le réel autour. J’ai besoin de ces petites choses banales, mais qui deviennent importantes parce que ça m’aide à créer du sens et à comprendre le sens de tout ce qui est autour de moi.

On sent que la narratrice est souvent effacée, absente, transparente, que personne ne la voit parmi la foule. Elle habite l’espace tout comme elle semble le fuir, en être absente.

Je pense que c’est une narratrice qui se cherche beaucoup et qui n’arrive jamais à se trouver. Et la conclusion pour ça, c’est la fuite, parce que c’est dur d’appartenir à quelqu’un ou à quelque chose quand tu ne t’appartiens même pas à toi-même. Justement, si elle donne l’impression d’investir l’espace, c’est juste en apparences. C’est essayer trop fort, mais ce n’est pas vrai. Il y a une recherche de la manière dont je pourrais me sentir bien dans ces situations-là et la réponse c’est: «en faisant semblant».

J’aimais bien les poèmes qui se passaient spécifiquement dans les bars pour ça, parce que je voulais justement aller dans la démesure au lieu d’aller dans la subtilité. Parce que ces affaires-là, c’est ce qui est le plus déstabilisant, où elle essaie plus fort d’avoir l’air d’avoir sa place, dans ces milieux-là. Et au lieu de se rattacher aux petites choses, qui sont vraiment des ancrages, elle se concentre sur les grosses affaires, la musique, le vent, les spotlights. Ces choses-là, on ne peut pas s’y rattacher. Elle cherche désespérément à trouver sa place dans ce monde-là, dans l’excès, dans la démesure. C’est une recherche de soi, mais elle ne se trouve pas, malheureusement.

Il y a beaucoup d’effets sonores dans ta poésie. On est capable de ressentir cette ville bruyante, vivante, sonore. Et au contraire, il y a cette solitude, ce silence que ressent la narratrice.

Je pense que ce n’est pas nécessairement le silence. Il y a beaucoup de bruits dans la ville, même quand tu es toute seule parce que le bruit de dehors entre en dedans. Et il y a la proximité, les maisons sont proches, les rues sont bruyantes, il y a du bruit tout le temps. Je mentionne aussi beaucoup de musique, alors quand ce n’est pas le bruit de la ville qui grouille sans arrêt, c’est la musique! Ce sont vraiment des chansons qui parlent du rapport à l’autre de la même manière que moi, j’en parle. Ce sont des tounes qui parlent de la difficulté d’être avec les autres, mais de l’envie d’être avec les autres en même temps.

Le recueil est rempli d’allusions à des regrets, à des restes de peines d’amour. Quel est ton rapport à la nostalgie, au passé?

L’écriture me sert justement à ne pas être trop nostalgique. C’est aussi une façon de pouvoir fixer ces souvenirs-là, puis pas nécessairement d’avoir à les garder en tête. Pour les peines d’amour, ce sont des choses dont j’avais besoin de parler. Il n’y avait pas du tout ça dans Outardes, mais les relations de couple, ça prend beaucoup de place dans la vie d’une personne, et ce sont, entre guillemets, de gros traumatismes qu’on traîne, même si on ne le veut pas, et des choses qui complexifient le rapport aux autres. Ce n’est pas non plus le genre de choses auxquelles je réfléchis dans ma vie de tous les jours. Je suis plutôt dans le moment présent: ma vie se crée au fur et à mesure. Mais, une fois de temps en temps, je me dis qu’il y a des souvenirs qui me restent en tête et que je veux les sortir de moi, alors ça va faire un projet d’écriture. La nostalgie elle s’en va là, elle s’évacue comme ça.

Finalement, quels sont tes prochains projets?

J’ai un roman policier qui, si tout va bien, devrait sortir à l’automne prochain. Et si je réussis à réécrire mon maudit roman d’horreur, il va sortir l’hiver d’après (rires)! Sinon, je continue à écrire des livres jeunesse. J’ai une nouvelle qui va paraître dans un recueil à l’automne prochain et je codirige actuellement un collectif sur le thème des salons funéraires. J’ai aussi appliqué pour une résidence de création en Argentine. J’aimerais aller là-bas pour écrire un recueil de poésie sur le pays et aborder le choc culturel, l’autre avec un grand A.

Catherine Côté est une autrice et poétesse montréalaise aux racines abitibiennes. Elle écrit presque de tout. Pour ses nouvelles, voir mon article sur Les choses brisées ici et sur Stalkeuses ici. Une autre collaboratrice a également commenté Monstres et Fantômes ici.

Je souhaite remercier les éditions de l’Hexagone pour le service de presses.

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Retour sur le Pumpkin Autumn Challenge

Retour sur ma participation au Pumpkin Autumn Challenge, qui s’est déroulé à l’automne passé (oui, déjà!)… Je suis plutôt fière de moi, puisque j’ai terminé mon défi en validant l’option «Un appétit de Goule», comme je l’avais prévu au départ. À part une petite déception, La recluse de Wildfell Hall, d’Anne Brontë, j’ai passé de très bons moments livresques grâce à ce challenge. Un petit retour sur mes lectures les plus chouettes, ça vous dit?

Pour celleux qui ne connaissent pas ce défi littéraire ou ne s’en souviennent pas, vous pouvez retrouver mon article précédent ici.

Magic Charly d’Audrey Alwett

Dans ce premier tome de la série, on rencontre Charly, un garçon en apparence normal, mais accompagné d’un chat aux étranges capacités, dont la vie va être bouleversée lorsque sa grand-mère, Dame Mélisse, réapparaît après plusieurs années d’absence. Cette dernière, aujourd’hui amnésique, était une grande magicière. Lorsqu’il l’apprend, et pour l’aider à recouvrer la mémoire, Charly commence lui aussi son apprentissage en tant que magicier. Cependant, il est loin de se douter du complot sur lequel il va tomber…

Coup de cœur de mon challenge, Magic Charly est un parfait récit à la Harry Potter où l’intrigue passionnante et parfaitement maîtrisée nous ensorcelle! Les personnages sont réussis (à noter que l’autrice nous offre des personnages féminins forts qui jouent un rôle de premier plan); l’univers se démarque par ses créatures et sa gourmandise; le propos donne à réfléchir puisque dans le monde des magiciers, où le pouvoir politique est très fort, la magie est une ressource rare qu’il faut économiser. Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre le tome 2 en reprenant quelques apocachips au passage!

Le château de Hurle de Diana Wynne Jones

Ce roman jeunesse a inspiré Miyazaki pour son film d’animation Le château ambulant. Même si je garde une préférence pour ce dernier (si vous ne l’avez pas vu, allez-y, le visuel est époustouflant), j’ai apprécié cette lecture dont l’intrigue diffère légèrement de celle du film. On y retrouve presque les mêmes personnages plus approfondis et avec plus d’humour, et les événements, tous plus abracadabrants les uns que les autres, s’enchaînent à un rythme effréné. J’ai lu ce petit livre avant de revoir le film et je le considère un peu comme un bonus à cette histoire que je connaissais déjà.

Monstres et fantômes

Ce recueil, écrit par 15 autrices québécoises, rassemble 15 nouvelles d’horreur. Pour bien faire, je l’ai lu à l’Halloween et ça a été une très belle surprise. Je m’y suis plongée sans trop savoir à quoi m’attendre, mais une chose est sûre, je n’en suis pas ressortie indemne. Certaines histoires font peur, d’autres sont dérangeantes et font monter la tension, mais toutes nous poussent, en filigrane, à réfléchir et à nous questionner sur la place des femmes dans la société.

Le nom des étoiles de Pete Fromm

De cet auteur, j’avais lu Indian Creek, roman autobiographique d’un homme seul en forêt en plein hiver à surveiller des œufs de saumon dont je garde un très bon souvenir alors que je ne suis pas particulièrement fan du nature writing. Dans Le nom des étoiles, on suit la vie de l’auteur vingt ans après son départ d’Indian Creek, alors qu’il est amené à participer au même genre de projet, mais cette fois-ci, dans le Montana, au printemps. Le récit, très immersif et où fusent les traits d’humour, est parsemé de retours en arrière et de réflexions sur l’amour de la montagne et la parentalité.

La malédiction des sœurs Swan de Shea Ernshaw

J’ai intégré ce roman à ma pile à lire du challenge pour deux raisons: d’abord, parce que je l’ai vu passer chez beaucoup de participant.e.s et ensuite parce que la couverture collait parfaitement au menu «Automne astral», pour lequel je n’avais pas trop d’idées. Dans cette histoire de vengeance et de fantômes, trois sœurs exécutées pour sorcellerie reviennent chaque été hanter la petite ville de Sparrow, provoquant plusieurs décès dans la population masculine. L’intrigue est, certes, prévisible et les procédés littéraires usés jusqu’à la moelle, mais impossible de s’arrêter! J’ai vraiment passé un très bon moment avec cette lecture palpitante qu’on lit comme on regarde un film.

Et vous, à quel(s) challenge(s) souhaitez-vous participer cette année?

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Dans la solitude de Paul

J’attends la sortie des nouveaux tomes de la bande dessinée Paul comme j’attendais jadis celle des livres de Harry Potter, c’est-à-dire en usant d’énormément de patience et avec beaucoup, beaucoup d’enthousiasme! Au fil des années, Michel Rabagliati, l’auteur de la série, est devenu une des figures de proue de la bande dessinée québécoise et, de fait, un de mes auteurs préférés. Quatre ans après Paul dans le Nord, dans lequel son personnage était un jeune adulte, il nous offre enfin Paul à la maison.

Dans ce nouvel opus, notre personnage préféré a 51 ans et il a un peu changé. Il est barbu, a pris du ventre et a l’air fatigué; bref, on sent qu’il n’est pas au meilleur de sa forme. Il faut dire qu’il vit seul depuis qu’il s’est séparé, que sa fille unique lui annonce qu’elle part vivre en Angleterre et que sa mère vieillit drôlement vite. Sa maison dans Ahuntsic est vide et il a du mal à s’y faire. D’autant plus que la vieillesse se fait tranquillement sentir : des petits bobos apparaissent, son corps ne suit plus, il a des douleurs musculaires et des ennuis de dent. Il devient plus grognon et s’adapte moins vite à son environnement.

D’ailleurs, tout autour de lui se déglingue. C’est dans une des belles planches du début qu’est dévoilée une cour arrière à l’abandon, occupée par une piscine à l’eau trouble et beaucoup de végétation envahissante. On ne peut s’empêcher d’y voir le reflet de ce que le personnage vit à l’intérieur. Et le pommier malade, que nous retrouvons tout au long du récit, se fait couper à moitié, puis entièrement, rappelant sa mère qui est en fin de vie.

Bref, Paul est triste et seul, et le neuvième tome de la série est à cette image. Il est plus sombre mais, de ce fait, plus chargé d’émotions. On y mesure la solitude et le deuil, autour d’intrigues qui sont surtout celles d’un quotidien lourd et nostalgique. Mais malgré cela, Paul à la maison est une œuvre puissante et plutôt divertissante.

Une œuvre magistrale

En plus de l’incontestable qualité graphique de la bande dessinée ainsi que de la beauté toute particulière des grandes planches, on retrouve dans ce neuvième Paul toutes les choses qui font de la série un véritable chef-d’œuvre.

Michel Rabagliati donne toujours une place importante à la ville de Montréal. Ici, c’est le quartier d’Ahuntsic qui est représenté avec beaucoup de détails et avec un incroyable souci référentiel. Nous reconnaissons parfaitement les magasins, les rues et les enseignes du quartier, ce qui nous fait sourire. Paul est une belle ode à Montréal, ce qui alimente nécessairement l’amour que nous portons à l’œuvre ainsi que notre nostalgie – comme celle du personnage.

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Les connaissances de l’auteur sur la typographie sont au rendez-vous et ce qu’il nous révèle sur les pancartes de signalisation routière, notamment, est passionnant! On retrouve aussi le ton d’autodérision du personnage, ainsi que plusieurs cases très humoristiques. À d’autres moments, Paul est à nouveau un observateur et raconte la vie de ceux qui l’entourent, comme c’est le cas, dans ce tome, pour sa mère.

La solitude douloureuse

Ce neuvième tome de la série est sans contredit le plus sombre. Il est aussi le plus autobiographique, comme le précise ouvertement son auteur. À sa lecture, je l’avoue, j’ai eu le cœur gros. Je dois dire que je suis sensible à la nostalgie et à la tristesse des autres, sentiments que j’incorpore et qui me rendent aussi triste. En plus, je ne pouvais m’empêcher d’y reconnaître mon père, qui vieillit. J’ai vu les bobos et le corps qui lâche tranquillement. J’y ai reconnu la mort des êtres chers, comme celle de ma grand-mère.

Paul à la maison est une lecture émouvante et touchante que j’ai trouvée difficile par moments. Mais il n’en demeure pas moins un ouvrage d’une grande authenticité et d’une qualité si incroyable qu’il serait dommage de ne pas s’y plonger. C’est avec une larme à l’œil, mais le cœur au chaud, que vous refermerez la dernière page.

Je souhaite remercier chaleureusement les édition de La Pastèque pour le service de presse.

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L’essai de Léa Stréliski sur notre vie effrénée

Y a-t-il un sujet plus actuel que celui de la vitesse? De la performance et de notre travail toujours plus acharné? Dans le livre La vie n’est pas une course, Léa Stréliski, humoriste et mère de famille, souhaite remettre en question les valeurs d’ultraperformance et de vitesse de la société. Comme elle le dit mot à mot, elle « aimerait savoir pourquoi tout le monde court ».

C’est décidément un sujet qui m’intéresse, et c’est la raison pour laquelle je souhaitais lire ce livre à tout prix. Je suis une fille qui court (au propre comme au figuré, je dois le préciser). Je m’améliore, mais je cours quand même pas mal, dans ma vie.

Malheureusement, je n’ai pas du tout été satisfaite de ma lecture. En fait, je vais vous le dire, j’ai été vraiment déçue. Car, si Léa Stréliski aborde certains enjeux cruciaux de notre société d’aujourd’hui, elle tombe malheureusement dans les idées reçues et les discours figés, en plus de ne pas vraiment offrir d’idées nouvelles sur la question – ce qui est dommage, quand même! Par exemple, je pense pour ma part que j’ai quand même de bonnes raisons de courir. Je ne dis pas que c’est sain, mais que c’est justifié par des envies, des objectifs, des contraintes, etc. En ce sens, je pense que la question à poser ne serait pas « pourquoi court-on? », mais plutôt « qu’est-ce qui nous fait courir? » ou « comment la société est-elle faite pour qu’on coure autant? ». Voilà! Je trouve que Léa Stréliski ne pose pas la bonne question et qu’elle ne donne pas les bonnes réponses.

Ce livre s’adresse à… ?

D’abord, je n’ai pas trop su à qui s’adressait ce livre. À des mamans comme elle? Elles la trouveront clichée et infantilisante. À des étudiant.es sans enfants? Aux autres humoristes en formation? Ils seront probablement les « petits » qu’elle pointe du doigt en disant qu’ils n’ont pas la vie aussi dure qu’elle. À monsieur-madame-tout-le-monde? La plupart des choses racontées dans ce livre sont des choses que nous savons déjà, voire qui sont de l’ordre de l’évidence.

Ensuite, Léa Stréliski est visiblement très éparpillée. En voulant parler de la vitesse de notre société, elle parle aussi de la société de consommation, de la publicité, des antidépresseurs, du syndrôme de l’imposteur, de l’inadéquation, de l’accouchement et de l’acceptation de la douleur, de l’apprentissage de la solitude, du stress, du trac de la scène, de la pression de performance, de l’alcoolisme, de la drogue, de la dépendance au virtuel, de la compétition, de la tyrannie de l’apparence, de l’anxiété, de la conciliation famille/carrière, etc. Elle saute d’un sujet à l’autre, mais ne prend jamais vraiment la peine d’en approfondir un. Et ce qui m’a agacée, c’est que ce sont des sujets complexes qui demanderaient des explications ou des mises en contexte, mais ils sont à peine esquissés et souvent associés à des idées reçues ou bien à des généralités qui manquent sérieusement de nuances. Et si on essayait plus de comprendre ce qui se cache derrière « toutes ces filles qui se construisent une identité inventée pour qu’on les aime » plutôt que d’en reconduire le stéréotype?

Aussi, Léa Stréliski, j’en suis sûre, n’a pas passé les dix dernières années coincée sur une île déserte, alors pourquoi aborde-t-elle les choses comme si personne n’en avait jamais parlé? Elle aborde le dilemme carrière-famille comme si elle était la première à le vivre et hurle qu’il n’y a pas de modèles de femmes de carrière qui sont aussi mères. Pourquoi ai-je l’impression qu’il y en a quand même quelques-unes? Que, tranquillement, nous les reconnaissons et les valorisons? Je ne dis pas que les classes de l’École nationale de l’humour regorgent de mères en formation, mais je suis pourtant entourée, au doctorat, d’étudiantes et d’étudiants qui ont aussi de jeunes enfants. Et est-ce que je me trompe en pensant que nous avons avancé dans le dilemme carrière-famille, que nous n’en sommes plus à devoir absolument choisir entre deux choses définitivement irréconciliables, mais que nous sommes plutôt en train de nous questionner sur les modalités de la conciliation?

Je dois dire que j’ai aussi été agacée par les titres des chapitres, qui se veulent humoristiques mais qui sont parfois de mauvais goût. Et quoi dire des dessins de style vintage insérés à chaque chapitre? Insupportables? Je me questionne encore sur leur pertinence. Pourquoi les mettre, si ça ne sert absolument pas le propos? Et le ton? Est-ce que c’est un essai humoristique, un monologue, une thérapie personnelle?

À la défense de l’autrice et des lecteurs et lectrices qui ont adoré le livre et qui en ont fait des éloges sur les blogues et dans les journaux (il y en a plein, je suis allée vérifier), je dois dire que j’ai lu, récemment, certains ouvrages sur le sujet, comme L’éloge de la lenteur de Carl Honoré (que je vous recommande chaudement, d’ailleurs!), qui sont à la fois pertinents, informatifs, nuancés, remplis d’anecdotes intéressantes, générateurs de remise en question… et que peut-être que j’avais des belles grosses attentes. Que j’espérais tenir dans mes mains un livre qui m’apprendrait quelque chose. Peut-être aussi que je suis exigeante. Mais il n’en demeure pas moins que j’ai l’impression que l’autrice est un peu passée à côté de son affaire.

Et la vitesse, elle? Va-t-on finalement en parler?

Merci aux éditions Québec Amérique pour le service de presse.