All posts tagged: littérature québécoise

Géolocaliser l’amour : chroniques de l’étendue des possibles amoureux

Au début de l’automne, Simon Boulerice, véritable Xavier Dolan du monde littéraire, lançait Géolocaliser l’amour aux Éditions de ta Mère, un «roman en poèmes» ayant pour thème la quête de l’amour, version moderne.  Car si trouver l’âme soeur a toujours été un casse-tête, ce n’est pas plus facile à l’ère des réseaux sociaux et des applications de rencontres, peu importe ce que nos parents en pensent. 

Dans l’oeil du soleil: au coeur des motivations de chacun.

Dans l’oeil du soleil nous transporte au coeur de Kaboul, sous la plume d’une journaliste tentant de comprendre les motifs derrière un attentat qui tua trois de ses connaissances. S’ensuit un récit de filiation dans lequel, en jouant avec des retours en arrière et une multiplicité des voix, Deni Ellis Béchard dresse le portrait de Clay, Justin et Alexandra venus à Kaboul pour différentes raisons et qui n’en repartiront jamais : tous les trois morts dans une explosion de voiture. Qu’est-ce que ces trois personnes, dont les liens semblent être de surface, faisaient dans cette voiture? Où est passé le conducteur, la quatrième personne? Qui sont Clay, Justin et Alexandra? Qu’est-ce qui les a poussés à venir en Afghanistan? Voilà quelques-unes des questions qui poussent le personnage principal, jeune journaliste dont le nom est si peu mentionné, à enquêter. Alors que son but premier est de faire un article, c’est plutôt l’envie de faire un roman qui la pousse à continuer, en se rapprochant petit à petit de ces gens qu’elle a à peine connus. « Mon roman serait différent : …

Un peu de plomberie, de salon du livre et beaucoup d’amour..

La tendresse attendra de Matthieu Simard, c’est le genre de roman qu’on oublie difficilement. Le genre de roman touchant, mais en même temps juste assez brutal, qui donne des frissons. C’est aussi le genre de roman qui nous garde un petit sourire au visage tout le long de notre lecture et qui nous surprend en nous faisant verser quelques larmes au passage. J’ai d’ailleurs écrit récemment sur celui-ci, au moment de ma lecture, que du Matthieu Simard c’était doux, triste mais  »mauditement » beau et c’est exactement ce que je pense de ce roman. J’ai toujours adoré ce livre qui, à la minute où je l’ai fini la première fois il y a près de 5 ans, a fait automatiquement partie de mon top 10 de livres à lire dans une vie. D’ailleurs, je l’avais même écrit au moment de poser ma candidature pour devenir une collaboratrice du Fil Rouge pour les convaincre de me choisir. La tendresse attendra fait définitivement partie des romans que j’ai le plus conseillés autour de moi dans les dernières années …

L’un comme l’autre, vous n’êtes probablement personne de Marie-Jeanne Bérard

C’est sur la route entre Montréal et Québec à 7 h le matin un samedi que j’ai ouvert Vous n’êtes probablement personne, premier roman de Marie-Jeanne Bérard (Leméac, 2016). L’esprit fatigué, j’allais assister à un enterrement. La neige s’est mise à tomber à la hauteur de Drummond. À Québec, c’était l’hiver. Au retour, j’ai terminé ma lecture. L’espace d’une journée, le texte de Bérard m’a accompagnée dans cet étrange rituel que l’on tend comme un pont entre la vie et la mort. Vous n’êtes probablement personne cadre les liens énigmatiques, à la fois distants et étrangement intimes, entre une jeune Montréalaise du nom d’Espérance et son maître de peinture japonaise, Toshio Ohta, de quarante ans son aîné. C’est avec une élégance singulière et un phrasé délicieusement fluide que se déplie le court roman de l’auteure québécoise. Par touches impressionnistes, celle-ci dépeindra l’univers épuré et infiniment silencieux du duo de personnages qui composent les tableaux en forme de vanité, semés de fleurs et d’instants diaphanes à peine chuchotés. Les chapitres se consomment à petites doses afin de se …

Voyage sur le rythme des reels du rire

Mon copain en avait entendu parler à la première chaîne. Évidemment, tout commence souvent avec Plus on est de fous, plus on lit. La troupe du Théâtre du futur allait présenter au Théâtre d’Aujourd’hui le troisième volet de la Trilogie du Québec intitulé Épopée Nord. Olivier Morin, metteur en scène et comédien, ainsi que Guillaume Tremblay, auteur et comédien,  étaient invités à l’émission en janvier 2015 pour lire des extraits de la pièce. Vous pouvez d’ailleurs entendre le tout ici. Dès la première seconde, il est tombé sous le charme et m’a transmis la bonne nouvelle. Le Québec de 2036, le clonage de Fred Pellerin, le soulèvement des Premières Nations, des chansons à répondre et de la satire à souhait, il n’en fallait pas plus pour nous emballer. Nous nous sommes donc acheté des billets pour assister à l’une des représentations. Et je vous jure que nous n’avons pas été déçus. Nous sommes sortis avec un mal de ventre d’avoir trop ri et un sourire placardé au visage. Tout y était. Les performances, le texte, …

Nos suggestions de romans québécois publiés en 2016 #Jelisunlivrequébécoisparmois

Martine Le livre que j’ai envie de vous proposer pour ce dernier mois de l’année est Okanagan de Sara Lazarroni. Publié cet automne, ce troisième roman de la jeune auteure a su me toucher et me faire voyager dans l’Ouest Canadien. Sara Lazarroni est une auteure que j’aime beaucoup, l’année dernière lors du défi, j’avais eu la chance de la découvrir par son deuxième roman Veiller la braise. D’emblée, sa plume tendre, poétique et incroyablement maitrisée m’avait touchée. Or, ce qui me fascine le plus chez Lazarroni est sa façon bien à elle de parler d’amour et de notre génération. J’ai souvent l’impression de me retrouver dans ses mots, dans ses pensées. Okanagan raconte l’histoire de Léa, une jeune fille perdue et à la recherche d’elle-même qui quitte son quotidien pour partir avec ses amis à Okanagan, cueillir des cerises. Le coeur brisé, mais habité d’un désir plus grand de vivre, ce roman a été notre choix du mois d’octobre pour nos coffrets littéraires et je dois dire que je le recommande vraiment à tout le …

Les murmurantes; Découvrir la Mauricie en 6 novellas fantastiques

  Le collectif de novellas LES MURMURANTES, paru aux éditions Les six brumes, vous entraînera dans l’atmosphère mystérieuse de la Mauricie et vous fera découvrir les lieux de la région sous leurs aspects les plus sombres et surréels. Laissez-vous ensorceler par la plume envoûtante des Mauriciens : LES HEURES INDOLENTES, Ariane Gélinas Damiane, une adepte de l’exploration urbaine et rurale, s’intéresse au village fantôme de Clova. À son arrivée, elle rencontre un des rares habitants de l’endroit qui lui intime de partir et de revenir quelques mois plus tard puisque le village est fermé à cette période de l’année. Refusant de rebrousser chemin, elle décide obstinément de passer la nuit dans sa tente. N’ayant pas écouté la mise en garde, elle découvre peu à peu quel événement dramatique a poussé les gens à fuir le village et pourquoi, étrangement, 36 résidents n’ont pas quitté l’endroit… Le contexte d’un village fantôme est assurément un terrain fertile pour la littérature fantastique et l’auteure l’exploite à merveille. L’écriture d’Ariane Gélinas a eu le pouvoir de stimuler mon imagination; j’ai …

Des papillons pis du grand cinéma : l’art de retomber en amour

L’an passé, à pareille date, ou presque, je suis tombée sous le charme du roman Des papillons pis de la gravité, d’Alexandra Larochelle. Un an plus tard, je suis retombée en amour avec son second roman, Des papillons pis du grand cinéma. Comme le titre l’insinue, l’un est la suite de l’autre. On y retrouve Frédégonde dans de nouvelles aventures, à la croisée des chemins entre Christophe et Kendrix, entre Lyon et Varsovie. Je savais qu’y en aurait pas de facile, mais je pensais jamais me retrouver à l’aéroport avec pas de billet pour me demander qui choisir entre les deux gars de mes rêves. La stabilité à Lyon ou l’aventure à Varsovie? C’est pas dilemmable, un dilemme de même, fait que ça serait sûrement beaucoup plus sage de choker pis d’aller genre… à Londres. Comme le dit le vieil adage que je viens d’inventer : tous les chemins mènent à l’amour, pis toutes les réponses se trouvent à Londres. T’as-tu envie d’une histoire de voyage à l’eau de rose? Ben, t’en auras pas. Mon …

Owen Hopkins, Esquire : Les cicatrices qui blessent ne partent jamais

Avec Owen Hopkins, Esquire, Simon Roy signe un deuxième roman d’une plume habile et magnifique où chaque phrase devient un bijou littéraire qu’on pourrait lire et relire pour le simple plaisir du beau. Au-delà de ces mots qui s’agencent avec fluidité les uns aux autres, l’auteur propose le récit d’un drame familial, d’une filiation brisée et d’une trainée de blessures qui restent à jamais. Il s’agit de l’histoire d’une relation en péril, entre un père et un fils, qui s’effiloche jusqu’à n’être que poussières vides. L’atmosphère est douloureuse et lourde, mais d’une belle lourdeur, angoissante et intrigante, qui pousse à tourner frénétiquement les pages à la recherche de ce qui a bien pu décomposer la famille de Jarvis, personnage principal. Roy présente ce récit qui semble trouver écho dans Ma vie rouge Kubrick, son premier roman paru en 2014 et lauréat du Prix des libraires du Québec en 2015, où il est question également d’un passé familial dont les cicatrices sont indélébiles. Jarvis vient tout juste d’apprendre que son père est mourant. Celui qui, précisément, a …

Tout ce qui se cache derrière… Nos regards traîtres

Il faut le reconnaître, Jason Roy a le vent dans les voiles. L’an dernier, l’auteur sherbrookois lançait un premier recueil de nouvelles et un premier roman (dont j’ai d’ailleurs fait la critique ici), et force est de constater qu’il n’a pas chômé depuis! En plus de compléter son mémoire de maîtrise en création littéraire, il a pondu le recueil de nouvelles Nos regards traîtres, dont le lancement a eu lieu à la mi-octobre. Nos regards traîtres, ce sont vingt-cinq nouvelles, tantôt longues, tantôt très courtes, qui entraînent le lecteur dans l’univers du point de vue et de la perception (du regard, quoi.) En effet, chaque récit met de l’avant une forme de regard, que ce soit celui du personnage lui-même, celui des autres qui l’épient, un regard inventé, qui n’existe que dans l’imagination, ou, encore, notre propre regard de lecteur. Ces nouvelles aux accents souvent fantastiques sont divisées en cinq sections, qui permettent ainsi au lecteur de se faire une petite idée des thématiques qui y seront abordées, ou du ton emprunté. Avec Nos regards …