Year: 2016

Ce qu’on a pensé de nos lectures classiques québécois #jelisunlivrequébécoisparmois

En octobre, nous lisions des classiques québécois. Voici ce qu’on a pensé de nos lectures! Vanessa « J’ai relu Le libraire de Gérard Bessette. Publié en 1960, Le libraire raconte l’histoire d’Hervé Jodoin qui exerce le métier de commis-libraire à la librairie Léon à St-Joachim, petite ville ennuyante de province. Le roman fait le portrait de la société québécoise d’avant la Révolution tranquille : « C’est pas bon pour la santé icitte de contrer les curés. Les ficelles, c’est eux autres qui les ont. » Une société soumise et dépossédée de toute forme de liberté, censurée, tournée vers le passé, dominée par le clergé qui considère les livres mis à l’Index dangereux. Une lecture rafraîchissante grâce au cynisme du personnage (qui n’est pas sans rappeler Meursault de Camus), qui nous fait se questionner sur l’évolution de la place des livres dans notre société. » Karine « Pour le défi du mois d’octobre, j’ai lu Une Saison dans la vie d’Emmanuel de Marie-Claire Blais. Au départ, j’ai trouvé cette lecture assez sombre, mais dans la mesure où l’auteure dépeint la pauvreté et …

Marie Curie : une femme de science, mais aussi une femme de cœur

Les livres qui, à partir de notes, de correspondances, de photos ou encore de lieux, nous racontent la vie d’une personnalité d’une autre époque me fascinent. Je les apprécie encore plus lorsqu’ils portent sur des femmes qui ont eu à défoncer des portes qui leurs étaient fermées du fait qu’elles n’étaient pas des hommes. C’est pour cette raison que le livre d’Irene Frain, Marie Curie prend un amant, m’a interpellée. Non seulement pour son titre qui pique la curiosité, mais aussi parce que j’avais envie d’en savoir plus sur Marie Curie, une pionnière qui est devenue une figure importante de la science à une époque où il était très difficile pour une femme de faire sa place dans ce domaine. Au début du livre, Irène Frain explique avoir trouvé dans une librairie un ouvrage comportant des coupures d’un journal d’extrême-droite de 1911 qui dénonçaient la relation adultère de Marie Curie, veuve depuis 5 ans, avec Paul Langevin, un homme marié, lui aussi scientifique de renom. De cette trouvaille a émergé l’idée d’écrire un livre relatant cette période de la vie de la scientifique. …

Le livre où tous se noient

J’ai déniché ce petit roman entre deux plus gros dans une grande bibliothèque de bois franc dans une librairie usagée. Le titre, Concerto pour petite noyée, m’a rapidement interpellée et la couverture représentant un beau poisson blanc crée un paradoxe entre le titre et la pureté que dégage cet animal de la mer. Et que dire de la poésie qui naît du titre, elle donne juste envie de lire tout le reste et de s’envelopper de ses mots. Concerto pour petite noyée est le cinquième roman d’Annie Loiselle, il est sorti en 2015 aux éditions Stanké. Le roman est une mosaïque de personnages, on y rencontre différents personnages colorés, mais qui partagent tous quelque chose de commun, le désespoir. Ce sont différents récits qui s’emboîtent merveilleusement, partageant les différents tracas des personnages, tout en laissant reposer l’histoire, passant d’un récit à l’autre. Malgré le désespoir des histoires, on s’attache aux personnages qui sont tous reliés, rendant la création d’une mosaïque encore plus puissante et on espère le mieux pour ceux-ci. Les personnages Agnès est une …

L’album jeunesse Mazort Fugus. Pour l’amour de la musique

L’amour et la pratique de la musique étant au coeur de ma famille depuis mon enfance, j’ai offert à ma mère pianiste et professeure le magnifique album pour la jeunesse Mazort Fugus, écrit par Perrine Joe et illustré par Élice. Il s’agissait d’un cadeau pour son anniversaire, mais il s’est avéré être un cadeau pour tous les petits pianistes qui l’ont lu par la suite, découvrant le superbe univers musical proposé par Mazort et sa musique enchantée. L’histoire commence alors que le grand Mazort Fugus doit donner un concert. Il est en retard, toujours en train de perfectionner sa dernière composition quelques minutes avant sa prestation, mais doit se préparer hâtivement. Les notes voltigent devant lui. Il observe leur chorégraphie. C’est que les concerts du célèbre Mazort Fugus sont loin d’être ordinaires. Sa musique, fantastique, transporte les spectateurs ailleurs… mais vraiment «ailleurs». Elle fait voyager… mais vraiment «voyager». C’est ainsi que lors de son dernier concert, une partie du public avait disparu, entraîné dans un autre univers, accessible par la musique elle-même. Mais où étaient-ils? Ce soir, le …

Autour des livres: Rencontre avec Antoine Charbonneau-Demers, récipiendaire du prix Robert-Cliche 2016 pour son roman Coco

Jeune prodige de la plume ayant vu le jour à Rouyn-Noranda en 1994, Antoine Charbonneau-Demers voit son premier roman, Coco, se faire publier sous les éditions VLB en septembre 2016. L’auteur se voit aussi décerner par la même occasion le prix Robert-Cliche du premier roman paru. Lorsqu’on sait que Robert Lalonde et Chrystine Brouillet ont eu ces mêmes honneurs en début de carrière, on a de quoi vouloir porter une curiosité à ce nouvel auteur. 1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture ? Je pense que c’est un livre qui s’appelait Pourquoi les gens sont-ils tous différents ? C’était un livre vraiment pas très excitant et surtout long, mais je voulais seulement repousser l’heure du coucher, alors quand mes parents me demandaient ce que je voulais qu’ils me lisent, je choisissais toujours celui-là. C’est devenu un running gag parce qu’on se faisait chier, mais on le lisait tout le temps quand même. C’était une lecture ironique, j’ai d’ailleurs appris l’ironie très tôt grâce à mes parents. 2. Avais-tu un rituel de lecture enfant …

Le féminisme canadien, de A à Z

Abécédaire du féminisme était, à la base, une chronique radiophonique à Plus on est de fous, plus on lit! sur la première chaîne. Ce n’est que trois ans après le début des chroniques qu’a été mis sur pied ce livre, publié aux éditions Somme toute. Au tout début, j’ai trouvé curieux le choix de ne pas mettre de « L » apostrophe. Ça me semblait plus beau, ne serait-ce que pour une question de liaison. Par contre, j’ai vite compris pourquoi. Il n’y a clairement pas que 26 mots et noms qui s’attardent au féminisme, il n’y a pas que 26 choix. Cet abécédaire n’est donc pas L’abécédaire, seul de sa gang, mais bien un parmi d’autres, et c’est bien mieux ainsi. On y parcourt donc l’alphabet, à travers 221 pages. On y retrouve des textes écrits par la recherchiste de Plus on est de fous, plus on lit!, Noémie Désilets-Courteau, ainsi que l’intervention, sous forme de citations, de plusieurs figures publiques telles que Aurélie Lanctôt, Mélissa Verreault, Judith Lussier, Martine Delvaux, Louise Dupré et plusieurs autres. …

Pleurer à la fin d’un Hemingway

Quand j’étais plus jeune, je pensais que la qualité d’un livre se mesurait par le nombre de larmes que je versais. Plus je pleurais, meilleur le livre était. J’avais un faible particulier pour les histoires d’amour où le gars meurt à la fin, ce qui inquiétait beaucoup ma mère. Avec le temps, mes critères ont changé et je n’ai plus eu besoin de pleurer toutes les larmes de mon corps pour donner le titre de chef-d’oeuvre à un roman, mais il reste toujours une partie de moi qui est profondément satisfaite lorsqu’un livre me fait monter les larmes aux yeux. Voilà ce à quoi je pensais lorsque j’ai tourné la dernière page de Pour qui sonne le glas, des larmes brûlantes roulant sur mes joues. Ernest Hemingway est l’auteur qui m’a fait comprendre que le simple peut être beau, profondément touchant et même grandiose. « Dans une tempête de neige, le vent peut souffler en rafales; mais il souffle une pureté blanche et l’air est plein de courants de blancheurs : tout est transfiguré et, quand …

Manœuvre délicate : relire Du bon usage des étoiles

C’est de plus en plus difficile pour moi de me donner le droit de relire un roman, même un roman aimé. Je me laisse prendre. Je me laisse happée par les piles de livres qui attendent, fébriles, dans les recoins de mon appartement. Par les listes que j’écris dans ma tête, après chaque rentrée littéraire. Par la nébuleuse de noms d’auteurs qui agacent le coin de l’œil, tout le temps, en périphérie des titres prioritaires – qu’est-ce que je lirai quand j’aurai lu ce qu’il faut absolument lire cette année, qu’est-ce que je lirai quand la pile du salon aura diminué de moitié, qu’est-ce que je lirai quand j’aurai vraiment le temps? Et il y a aussi que la relecture est une manœuvre délicate, plus hasardeuse qu’une première lecture : ce qu’on y retrouve parle du passage du temps, le long de nos os et jusque dans nos méninges. Elle révèle l’écart entre ce qu’on était et ce qu’on est arrivé à devenir entre deux lectures – et ça, c’est épeurant. Quand j’ai lu Du bon …

Ouvrir un nouvel onglet dans sa vie

Thomas est perdu. Il ne voit plus l’utilité de son travail comme concepteur de jeux vidéo. Il ne sait plus à quoi il sert. Il fait un retour aux études à temps partiel en littérature et vit en colocation avec des jeunes très fêtards et fuyant la vie rangée. Il ne comprend pas vraiment où il s’en va. Il est en transition, mais ne sait pas comment embrayer vers la prochaine étape. Alors, il ne fait que sortir constamment et boire trop de bières avec ses nouveaux colocs. J’ai pensé « Ma gueule de bois est la seule chose qui me tient en vie. » J’ai tout de suite connecté avec son spleen, vivant moi-même une période de transition. Mais je ne pense pas être la seule. J’ai l’impression qu’on est tous un peu comme ça autour de moi. En tout cas, beaucoup d’entre nous. Nous nous cherchons. Nous avons, pour la plupart, étudié dans le domaine de notre choix (contrairement à des générations antérieures qui se voyaient imposer des choix d’études par leurs parents). …

Autour d’elle : ces instants qui forgent la vie

Les admirateurs de Sophie Bienvenu ont été conquis cet automne, car l’auteure publiait un roman, Autour d’elle, chez Cheval d’août, mais aussi son premier recueil de poésie chez les Éditions Poètes de brousse sous le titre Ceci n’est pas de l’amour. D’emblée, je dois le mentionner, je suis une adoratrice de Sophie Bienvenu, c’est une de mes auteures contemporaines préférées. Son premier roman, Au pire on se mariera, m’avait fouettée de plein fouet et m’avait sidérée. Rares avaient été les premiers romans qui m’avaient autant frappée et émue. J’en avais même parlé ici. Son deuxième roman m’a fait le même effet, dans Chercher Sam Sophie Bienvenu réussissait à démontrer toute l’humanité de son oeuvre, et surtout, elle avait un talent fou pour donner des voix si singulières à ses personnages. Elle maitrise l’art du dialogue à merveille, en lisant ses romans, je me surprends à entendre ses personnages dans ma tête, tellement les dialogues sont empreints d’authenticité et de réalisme. J’avais parlé de Chercher Sam juste ici, aussi. Alors lorsque j’apprenais que Sophie Bienvenu préparait un nouveau …