Month: janvier 2017

Autour des livres : rencontre avec Marie-Claire de chez Les libraires

Pour notre questionnaire Autour des livres, nous avons eu envie de jaser à quelqu’un qui travaille dans le milieu des livres et qui y fait bien sa place. C’est pourquoi nous avons décidé de nous entretenir avec Marie-Claire, coordonnatrice aux communications et au marketing chez Les libraires depuis un peu plus d’un an. Elle a d’ailleurs célébré son premier anniversaire au Salon du livre, là où nous avons eu la chance de lui parler, entre deux stands. Chez les libraires, Marie-Claire est responsable de « tout ce qui touche à la promotion de la coopérative Les libraires, qui regroupe plus de 100 librairies indépendantes au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Ça passe par la gestion des réseaux sociaux, les partenariats (notamment avec la Fabrique culturelle, l’émission Web Lire et le club de lecture de l’Émission Marina Orsini et des festivals, comme Métropolis Bleu et le FBDM), l’organisation de la Journée des librairies indépendantes. » En plus, elle tient aussi son propre blogue, Le guide pour la survie de la jeune adulte responsable  en plus de collaborer au …

Nos suggestions d’autofiction/biographie pour le mois de janvier du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

Pourquoi ai-je choisi l’autofiction ou la biographie comme premier genre? Simplement parce que je crois c’est un des moyens de se rapprocher de l’auteur-e. C’est une lecture très personnelle qui nous permet de faire une introspection sur soi-même (bonjour bibliothérapie!). Souvent, les « histoires » racontées dans ces livres nous touchent encore plus, car nous les savons vraies, permettant alors de se reconnaître plus facilement. Les lectures ou suggestions des fileuses : Je compte lire Borderline de Marie-Sissi Labrèche. Laurence Lacroix : « J’avais bien aimé Le feu de mon père de Michael Delisle. » Marie-Lou Beaudin : « J’ai bien aimé Qui de nous deux de Gilles Archambault, un récit sur les mois entourant le décès de sa conjointe de longue date. Le avant et le après. Touchant et inspirant. » Amélie Panneton : « Ma suggestion, un livre que j’aime d’amour : Journal de Julie Delporte, qui est (comme son nom l’indique) un journal illustré, très doux-amer et très beau. Et j’aimerais beaucoup lire Prague de Maude Veilleux ce mois-ci (à peu près dix-huit mois après tout le …

Ce qui se passe dans la forêt : adolescence et petites violences

Ce qui se passe dans la forêt, en Suède, n’est pas bien différent de ce qui pourrait se passer en forêt ici au Québec. Dans ce roman graphique aux magnifiques images au plomb, on retrouve trois adolescentes suédoises qui explorent les relations avec les garçons, expérimentent avec l’alcool et doivent faire face aux changements qu’apporte l’adolescence. «Aida Karlsson, une jeune suédoise de quatorze ans, vit à proximité d’une petite ville dans la région du Småland. Elle et ses amies, Tess et Marlène, sont en classe de cinquième et se retrouvent confrontées à de nombreux changements dans leurs relations avec les garçons ; nouvelles règles du jeu, nouveaux comportements, attouchements qui dégénèrent en agressions, relations amour/haine et cette frontière parfois ténue entre les simples jeux d’enfants et la violence… Les trois amies réalisent qu’elles vont devoir s’endurcir pour ne pas perdre leur place dans la nouvelle hiérarchie qui s’instaure dans ce monde où les adultes sont presque perçus comme une menace, un monde où elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes.» Sous ces allures de récit …

Une curieuse histoire d’amitié : L’homme blanc de Perrine Leblanc

Kolia n’est pas un enfant de cœur. Il vole, se bat et boit. Mais il est très attachant. Ayant grandi dans les goulags de Staline, c’est par chance qu’il apprend à lire. Iossif, un prisonnier d’origine suisse, lui apprend à lire le russe et le français. Il lui apprend surtout le goût des mots. Un jour, Iossif disparaît. On ne lui dit pas pourquoi, ni où il est allé. Lorsqu’il est finalement relâché du goulag, Kolia est presque un adulte. Il se rend à Moscou où la soeur d’Iossif l’aide à s’établir. Il devient clown. Il devient l’homme blanc, le mime silencieux, le clown muet. « Dans la Zona il dirait aux autres prisonniers : J’ai volé pour la première fois à l’âge où les enfants apprennent à lire. C’était sa façon de résumer les premiers temps de son art. Il s’appelait Nicolas mais tout le monde le surnommait Kolia. En prison, après l’implosion de l’Union, il découvrirait la pérennité de certaines conditions d’existence dans les enclos, où les hommes devenaient des bêtes marquées. Il …

Passer par le cœur pour soigner l’âme

Je dois le dire d’entrée de jeu, ce livre est mon gros coup de cœur littéraire de l’année 2016. On y voit des termes avec lesquels je jongle à longueur de semaine : Seroquel, lorazepam, dopamine, rispéridone, psychose, délire et j’en passe. Ce sont des éléments qui viennent avec le fait d’évoluer en psychiatrie, la médecine de l’esprit. Cette spécialité qui porte ses stigmates comme l’abîmé et qui se penche sur les blessures invisibles à l’œil nu. Elles ravagent l’intérieur, mais avec la science et le cœur on arrive à bien panser les maux de l’âme. Ouanessa Younsi, poète et médecin psychiatre née en 1984, vient donc de publier, sous les éditions Mémoire d’encrier, son tout dernier livre Soigner, aimer que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt, jusqu’à la toute dernière page. Elle traite de cas vécus lors de sa pratique, principalement à Sept-Îles, mais aussi à Kuujjuak et au Guatemala. Elle s’interroge sur des questions éthiques, soigne avec empathie et toujours persiste en filigrane un bout d’elle en introspection. Dans ce domaine, on avance avec …

Liberté et poésie du présent, entretien avec Louise Warren finaliste au G.G. de l’essai

Louise Warren est poète et essayiste depuis plus de trente ans. Sa plus récente parution, La vie flottante. Une pensée de la création, a été publiée aux Éditions du Noroît. Finaliste au prix du Gouverneur Général dans la catégorie Essais, elle a reçu le prix Littérature et le prix Ambassadeur Télé-Québec des Grands Prix Desjardins de Lanaudière. Cet essai s’articule sous diverses formes d’écriture : récit, vers, prose, fragments. Une structure hybride qui constitue un tout cohérent où se dévoile une poésie à l’écoute du présent. C’est aussi une écriture intime imageant sensations, flottements, souvenirs lointains ou récents, le thème du voyage et le déploiement du temps. Louise, au début de votre essai, vous posez la question « comment un lieu de création agit-il comme matière d’écriture ? » Qu’est-ce que les lieux vous permettent d’explorer, de trouver? D’un festival de poésie à Grenade j’ai rapporté deux textes, le long poème « El Paseo de Los Tristes » et une réflexion sur le poème et sur le deuil de ma mère. Le lieu de cette rue étroite m’a donné la …

Regard sur une librairie d’ici: Drawn and Quaterly

En temps normal, mes visites chez Drawn and Quaterly sont synonyme d’après-midi chaleureux où, des heures durant, je me plais à parcourir ce joyeux fouillis composé d’ouvrages aux couleurs vives, à effleurer pour la énième fois ce cahier de notes tant convoité dont les pages ne demandent qu’à être noircies. Nous pouvons toujours trouver un coin où l’on peut bouquiner discrètement, tendant l’oreille à ce merveilleux silence, teinté par le doux crissement des pages qui se tournent et de conversations chuchotées à mi-voix. Les vieilles tables en bois, les étagères vacillantes, les nombreuses illustrations collées par-ci par-là sur les murs, ainsi que la fusée rouge (recueillant les albums de Tintin) posée tout au fond rendent l’espace encore plus charmant. Afin d’égayer ces premiers jours de décembre, ternis par le temps gris et la morosité de l’hiver, j’ai déposé l’espace d’un instant crayons de plomb, surligneurs et manuels scolaires pour me rendre dans l’une des plus jolies librairies montréalaises. (crédit photo: artreport.com) La bande dessinée à l’honneur  La maison  Drawn and Quaterly, fondée en 1989 par …

L’un comme l’autre, vous n’êtes probablement personne de Marie-Jeanne Bérard

C’est sur la route entre Montréal et Québec à 7 h le matin un samedi que j’ai ouvert Vous n’êtes probablement personne, premier roman de Marie-Jeanne Bérard (Leméac, 2016). L’esprit fatigué, j’allais assister à un enterrement. La neige s’est mise à tomber à la hauteur de Drummond. À Québec, c’était l’hiver. Au retour, j’ai terminé ma lecture. L’espace d’une journée, le texte de Bérard m’a accompagnée dans cet étrange rituel que l’on tend comme un pont entre la vie et la mort. Vous n’êtes probablement personne cadre les liens énigmatiques, à la fois distants et étrangement intimes, entre une jeune Montréalaise du nom d’Espérance et son maître de peinture japonaise, Toshio Ohta, de quarante ans son aîné. C’est avec une élégance singulière et un phrasé délicieusement fluide que se déplie le court roman de l’auteure québécoise. Par touches impressionnistes, celle-ci dépeindra l’univers épuré et infiniment silencieux du duo de personnages qui composent les tableaux en forme de vanité, semés de fleurs et d’instants diaphanes à peine chuchotés. Les chapitres se consomment à petites doses afin de se …

887 et la mémoire de Lepage

Paru le 16 novembre dernier, ce volume illustré de la dernière pièce de Robert Lepage, 887, réussit à immortaliser le brio de l’auteur. (Laurence a d’ailleurs parlé de ses impressions de la pièce ici.) Le défi, en portant le théâtre sur papier, était de ne pas dénaturer la mise en scène magistrale de Lepage ainsi que de réussir à conserver cette unicité si caractéristique de l’auteur : l’utilisation de la technologie. Savamment illustré par Steve Blanchet, 887 plonge dans les méandres de la pensée du Robert Lepage d’aujourd’hui, entrelacée de celle du petit Robert des années 60-70. Pour moi, le théâtre, ça commence ici: dans un lit à deux étages avec ma soeur Lynda dans une chambre d’enfant de l’appartement 5 du 887 de l’avenue Murray, dans le quartier Montcalm à Québec. […] Quand, tout à coup, l’un deux eut l’idée d’utiliser son ombre pour illustrer son histoire. À l’aide de la lumière des flammes, il fit apparaître sur les murs de la carrière des créatures plus grandes que nature. Les autres, ébahis, y reconnurent tour à tour …

Mieux se comprendre la peau, du dehors par dedans

Si vous avez un humain à découvrir cette semaine, c’est David LeBreton ! Coup de cœur assuré ! Anthropologue et sociologue français, LeBreton analyse, dissèque, cherche, propose tout et plus encore autour de l’être humain, sa mécanique et ses composantes. Dans « La peau et la trace, sur les blessures de Soi », il propose le corps comme une matière d’identité. Avec plus de quatre cent entretiens auprès de jeunes adultes, il nous propose diverses raisons de mise en jeu de notre peau et ce qu’on en fait. Ok, c’est flou pis un peu weirdo… j’arrive, j’arrive ! Roméo Castellucci (oh, tellement le 2e humain que tu devrais découvrir cette semaine !) disait qu’un stigmate que l’on porte devient plus fort encore que soi. Il finit par nous définir tout entier, il prend le premier pas sur l’être que nous sommes. Ce livre suit le même train de pensées. Est-ce que choisir de s’exprimer avec sa peau, son corps est signe d’un manque de langage? D’un manque de désir de langage? Altérer son propre corps, ne serait-ce …