Year: 2017

Coffret de mai : Entrevue avec Valérie Forgues

Voici l’entrevue que nous avons réalisée avec Valérie Forgues, auteure de Janvier tous les jours, notre livre du mois de mai. Janvier est malade, depuis toujours. Depuis aussi longtemps qu’il est ami avec Anaïs. Anaïs qui lui survivra, tant bien que mal, après sa mort. Janvier tous les jours est un roman qui nous hante, une fois refermé. Dont la poésie et la beauté nous happent, dont l’histoire meurt à petit feu en soi, un peu comme Janvier, mais ne cesse de nous rester en tête, longtemps après avoir terminé la dernière page. C’est d’une douceur dont il n’y a d’équivalent que sa tristesse. L’écriture joue un rôle salvateur dans le deuil d’Anaïs. De quelle façon l’art, l’écriture et la création en général, sont des façons de se guérir ou du moins d’apposer un baume sur une douleur qui semble insurmontable? C’est vrai que pour Anaïs, écrire est un geste qui la sauve. C’est là qu’elle trouve de quoi supporter l’idée de ne plus revoir Janvier et le courage d’apprendre à vivre sans lui. Anaïs …

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J’aurais voulu qu’on me parle de maternité multiple, dans Les Tranchées de Fanny Britt

Les tranchées évoquent la guerre, les combats, les bons et les mauvais jours, les victoires et les défaites. Quand j’ai commencé ce livre de Fanny Britt (autrice très appréciée chez Le Fil Rouge!), j’avais très hâte d’apprendre ce qu’elle avait à me dire sur la maternité. Honnêtement, mes attentes étaient très élevées, ce qui explique peut-être pourquoi j’ai fini ma lecture avec un fort sentiment d’insatisfaction. J’avais l’impression d’être devant quelque chose de partiel, comme s’il manquait l’autre côté de la médaille. Je n’ai pas été déçue par la qualité de l’écriture de Fanny Britt ou par les idées qu’elle élabore au travers des histoires, témoignages et discussions. L’angle d’approche qu’elle aborde est généralement bien développé et défendu. Mais voilà, pour moi, le problème résidait justement dans le fait qu’il y a seulement une partie de l’expérience de la maternité, plutôt sombre d’ailleurs, qui était présentée. Elle voulait parler d’ambiguïté dans la maternité, tenter de décloisonner le rôle de mère et de rejeter les étiquettes qui sont parfois contraignantes et angoissantes. C’est une démarche qui …

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La nécessité des petites tempêtes

Après Tu peux toujours courir et La théorie du drap contour, Valérie Chevalier nous sert avec brio un road novel fragmenté. Les petites tempêtes nous fait découvrir l’univers de Raphaëlle et celui de toutes les personnes qui croisent son chemin dans de courts chapitres de quelques pages. Son père, sa meilleure amie Chanterelle et des hommes de tout type (un ancien amoureux, un mannequin, un amant, une relation stable, un amour d’été, etc.) C’est l’histoire de l’amour qui va et qui vient, comme une ballade où l’on regarde défiler le paysage. Raphaëlle est une âme en construction, une identité en quête de soi: les hommes qu’elle rencontre la forgeront et ils lui rappelleront également la place de l’art dans sa vie. L’artiste Ce que Valérie Chevalier fait de façon sublime: intégrer l’art à son oeuvre. L’art, c’est comme l’amour: il n’a de valeur que dans les yeux de celui qui le regarde. (p.165) Peu importe où dans le monde se situe notre narratrice, Paris, Vermont, Montréal, l’art la suit et reflète son état d’esprit. Les petites tempêtes …

Cartographies II : Couronne Nord

Couronne Nord : cartographie de la périphérie

J’ai grandi dans un des creux de la Baie des Chaleurs, près de l’embouchure de la rivière Restigouche. Ma maison n’était pas située dans une municipalité mais dans une uncharted community, un bout de territoire en périphérie d’une petite ville dont la population, encore aujourd’hui, dégringole inexorablement en-dessous de la barre des 10 000 habitants. En se forçant un peu, on pourrait presque dire que c’était une banlieue. Les nouvelles de Cartographies II : Couronne Nord ont ce don de nous ramener à nos recoins de mythes fondateurs, ceux qui dorment dans les lieux où on n’a pas choisi de grandir. Le recueil se pose sur la rive nord de Montréal, mais le projet est porté par une préoccupation pour les territoires oubliés, aplanis parce que traversés trop vite ou quittés à la hâte. Il ne s’agit pas ici d’idéaliser les municipalités mises en scène (les pamphlets touristiques des Basses-Laurentides et de Lanaudière peuvent dormir tranquilles), mais bien de les investir d’un sens et d’y déterrer des récits. Six nouvelles se déploient ainsi en bordure de …

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« Des images aussi minces que du papier » et tirées par les cheveux

Publié en 2004 aux Éditions de l’Effet pourpre, Ataraxie, de l’artiste Karoline Georges, ne ressemble à rien que vous connaissez déjà. Elle nous entraîne dans une histoire totalement fascinante où la quête du sublime et de la perfection est au centre du récit. Les Éditions Alto le rééditent dans une couverture des plus justes ce printemps (en librairie depuis le 13 juin). La couverture ne peut sembler être qu’un simple fer à lisser sous un fond rose, mais il s’agit de la source même du roman qui se déroule dans un salon de coiffure bas de gamme. Le roman raconte l’histoire d’une fille qui rêve d’atteindre le sublime, une pureté idéalisée. Elle met toute son énergie, physique comme intellectuelle, à atteindre cet objectif. Avec son amant parfait, rêvé et idéalisé, elle se retrouve dans un salon de coiffure où celui-ci travaille et c’est là-bas que l’histoire nous entraîne aux antipodes de ce qu’on aurait pu croire au départ. « Jamais il n’était question de nos passés, de notre devenir, du quotidien. Nous avions choisi la …

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Découvertes littéraires: plongez dans le merveilleux monde des fleurs!

Si je devais choisir une sorte de « deuxième » métier que j’aimerais bien exercer, je choisirais sans hésiter celui de fleuriste (ce qui ne surprend guère personne, il suffit de jeter un coup d’oeil à mon compte instagram pour comprendre pourquoi!). Par ailleurs,  mes propos peuvent sembler niais, mais j’ai toujours trouvé qu’il s’agissait de l’un des plus beaux métiers au monde: encerclée de pivoines, d’iris, de renoncules, de tulipes ou de plantes parfois bien plus hautes que moi, je me plais toujours à participer à des ateliers de création où j’assemble de jolis bouquets. Sinon, il n’est pas rare de me voir entassée dans le métro aux heures de pointe, tenant en main un immense bouquet de fleurs, que ce soit pour enjoliver ma table de cuisine ou les rebords de mes fenêtres, ou bien simplement pour offrir à une personne de mon entourage lors d’une occasion toute spéciale. Et sinon? Je détiens probablement le record de celle qui possède le plus de robes d’été à motifs floraux et visiter les jardins botaniques est l’une …

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Le phénomène du « rush » de lecture

Lorsque j’étais jeune, je pouvais passer des heures à m’adonner au plaisir de la lecture. Et quand je dis des heures, j’entends six à huit heures, voire dix, dans une seule et même journée. J’appréciais particulièrement les vacances de Noël et d’été pour cette raison. Je dois avouer qu’à l’époque je n’avais pas les internets, un cellulaire et Netflix, responsable numéro un de ma procrastination depuis 2014, pour dérober mon temps précieux. Bref, les livres représentaient mon unique bien. Depuis, les choses ont bien changé. Déjà, impossible pour moi de rester devant un livre pendant plus de trois heures et là, je suis généreuse. Quand ce ne sont pas mes pensées qui quittent le livre pour aller voir ailleurs si j’y suis, c’est mon cellulaire qui me rappelle que j’ai une notification Facebook. Il demeure que j’aime encore lire. En fait, j’oserais affirmer que j’aime toujours autant lire, mais évidemment, le mode de vie adulte ne nous donne pas toujours autant d’opportunités, et ce, bien que mon emploi en enseignement et mes études en littérature …

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Les signets, gardiens silencieux de nos lectures

Il y a quelques temps, une amie m’a ramené un souvenir de son voyage au Portugal:  un très joli signet en forme de sardine, fait en liège. Il s’agit du premier signet ayant une signification importante pour moi, non seulement provient-il de l’autre côté de la mer, mais il me vient d’une personne qui m’est chère. Depuis, j’ai cessé de plier le coin de mes pages, car je l’avoue, c’était l’une de mes habitudes! Enfant, j’accumulais des dizaines de signets (souvent autographiés) amassés lors des Salons du livre ou foires littéraires de l’école. Malheureusement, cette boîte de souvenirs s’est perdue avec le temps et je n’ai jamais cherché à rebâtir une telle collection. Je me suis donc questionnée par rapport à l’importance que l’on accorde aux signets et les divers moyens que l’on prend pour garder le fil de notre lecture. J’ai demandé aux Fileuses quel est leur moyen de prédilection pour garder leur page! Voici quelques-unes de leurs réponses : Roxanne : J’utilise des cartes postales, cartes d’affaires, vieilles enveloppes, bout de papier coloré, …

Sophie Labelle : dans le tumulte, rejoindre son public

Sophie Labelle et son travail ont été l’objet d’attaques incessantes de la part de groupes néonazis. Comme nombre de fans de sa BD Facebook pro-trans assignée garçon, je souhaite souligner l’importance de la prise de parole de cette auteure montréalaise. Cette chronique s’intéressera à la toute dernière publication « papier » de la bédéiste, Comment sortir avec quelqu’un quand on est trans et queer. Une histoire intriguante dans un format appétissant Ce qui saute aux yeux, c’est la qualité de l’objet-livre : en couleur à l’extérieur comme à l’intérieur, avec des dessins comportant tous une composition simple, mais truffée de détails judicieux. Pour une publication « maison », la finition n’est pas balayée du revers de la main. Analyser les vêtements des personnages est d’ailleurs en soi un plaisir de lecture. Dans les premières pages, on nous présente les personnages avec de courtes descriptions amusantes, d’une façon qui m’a donné un baume sur le cœur en me rappelant les BDs d’Astérix et Obélix que je lisais, enfant. Pour cette publication, l’histoire ne tourne pas autour de Stéphie, jeune fille trans …