All posts filed under: Littérature étrangère

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, un livre de croissance personnelle déguisé

Les dernières semaines ont apporté leur lot de hauts et de bas. J’ai décidé de quitter un emploi qui me rendait malheureuse et de prendre du temps pour moi, ce qui n’est presque jamais arrivé auparavant. À l’approche du temps des fêtes et de toute la tornade qu’il apporte, je me sentais étouffée et dépassée par bien des événements. J’ai même arrêté de lire! Dans cette remise en question personnelle et ces périodes de doute, j’ai cherché des ouvrages qui auraient pu m’aider et éclairer ma route. En fouillant dans la bibliothèque virtuelle de la BanQ, je suis tombée sur Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, de Raphaëlle Giordano, auteure française. Il s’agit d’un roman de 182 pages, publié aux éditions Édito en octobre 2015. Raphaëlle Giordano est écrivaine, coach en créativité et en développement personnel, elle utilise ses expériences de travail pour aider les gens à transformer leur vie et les aider à atteindre le bonheur. Elle travaille sur sa propre méthode, la routinologie, et base la majorité …

Patti Smith et Mapplethorpe: deux grands enfants

Si on m’avait demandé il y a 2 mois dans quel univers littéraire je voudrais habiter, j’aurais sans doute répondu celui de Paris est une fête, pour être entourée de Gertrude Stein et Zelda Fitzgerald. Si on me le demandait maintenant, je répondrais le New York de Patti Smith et Robert Mapplethorpe. Même après avoir fini ma lecture, j’ai l’impression d’y habiter encore. C’est une amie qui m’a refilé le livre autobiographique Just Kids, ça avait été sa lecture marquante de l’année. Pendant plusieurs semaines, il est resté sagement sur ma table de chevet, bien en vue. Je l’ouvrais pour contempler les photos, ou bien pour lire quelques extraits au hasard, sans vraiment m’investir. Un soir, je me suis installée, j’étais prête. J’ai mis le CD Horses de Patti Smith et j’ai plongé. Dès les premières pages, j’étais déjà attachée à cette enfant portée vers l’art, qui invente d’interminables histoires pour ses frères et sœurs. J’aurais aimé la connaître à l’adolescence pour passer des nuits entières à écouter ses albums préférés, à parler de ses poètes qui la …

Virginie Despentes et la catharsis littéraire

Récemment, j’ai lu presque d’un seul coup toute la bibliographie de Virginie Despentes, sans aucun doute mon écrivaine française préférée. En lisant Baise-Moi, Apocalypse bébé, les tomes de Vernon Subutex, Les Jolies Choses, King Kong Théorie, je me sentais littéralement exaltée, submergée par un sentiment puissant et libérateur. C’était un véritable sentiment cathartique. Cathar-quoi? La catharsis, selon le Petit Robert, est une « réaction de libération ou de liquidation d’affects longtemps refoulés dans le subconscient ». Chez les Grecs anciens, la catharsis était le plus souvent véhiculée par le théâtre : les spectateurs se purgeaient de leurs pulsions en voyant les héros tragiques, Œdipe, Antigone, Électre et compagnie, se perdre eux-mêmes dans la libération de leurs affects. À voir les héros tragiques suivre jusqu’au bout leurs passions les plus inavouables et, par le fait même, connaître une fin terrible, les spectateurs n’avaient plus besoin de vivre eux-mêmes ces ardeurs. Ils n’avaient pas besoin de défier l’autorité du roi, de sombrer dans la folie meurtrière — les personnages l’avaient fait à leur place et avaient payé le prix fort …

Espièglerie et sensualité : découvrir Colette un siècle plus tard

Jean Cocteau, célèbre dramaturge et grand ami de Colette, a affirmé que cette dernière était inapte à distinguer le bien du mal. L’œuvre de Colette (1873-1954) s’intéresse au bon, au tangible, et surtout, au sensuel. Célèbre pour ses écrits controverses et sulfureux comme Le blé en herbe (1923), un roman sur une relation incestueuse entre un jeune garçon et sa belle-mère, et Le Pur et l’Impur (1932), sur l’homosexualité, Colette étonne toujours, un siècle plus tard. Mais c’est depuis la parution de son tout premier roman, Claudine à l’école (1903), que la romancière a cette réputation. Ainsi, « plusieurs ligues pour la défense de la morale publique ne cessent de dénoncer Claudine à l’école » (d’après la biographie de Colette par Francis Gonthier) à la suite de sa parution. Claudine est plus dangereuse que les suffragettes, selon certains, puisqu’elle revendique le droit au plaisir. Par sa représentation positive de plusieurs formes de désir jugées immorales à l’époque (l’homosexualité, l’attirance pour un homme d’âge mûr, etc.), Colette choquait plusieurs de ses concitoyens. Femme à la vie rocambolesque pour l’époque …

Voici venir les rêveurs : un autre roman à lire sur les promesses brisées du rêve américain

Dernièrement, j’ai lu plusieurs romans d’auteurs d’origine africaine qui abordent le sujet de l’immigration. Pour faire changement, j’avais décidé que les prochains romans d’auteurs africains que je lirais se dérouleraient en Afrique. Pour cette raison, j’ai longuement hésité avant d’entamer la lecture de Voici venir les rêveurs, le premier roman de l’auteure d’origine camerounaise vivant aux États-Unis, Imbolo Mbue. Puis, je me suis laissée convaincre par les critiques élogieuses qui m’ont été rapportées. Oui, les thèmes du déracinement et de la fragilité du rêve américain sont vieux comme le monde, mais somme toute, je trouve qu’Imbolo Mbue a su les revisiter à sa manière et j’ai bien apprécié ma lecture. L’histoire du roman se déroule au cours des années 2007 et 2008 alors que la crise des subprimes éclate et que Barack Obama est élu président des États-Unis. Jende Jango, un camerounais, a quitté son pays natal pour vivre aux États-Unis et y faire venir sa femme et son fils. Lorsque ceux-ci arrivent à New-York et se joignent à lui, ils sont remplis d’espoir quant à leur …

De l’effet pénible de la répétition: « Une femme à Berlin » de Marta Hillers… et Brigitte Haentjens

C’est la fin de la Deuxième guerre mondiale, à Berlin, en 1945. La guerre est remportée par les Alliés. Les Soviétiques ont la tâche, alors, de libérer Berlin de la dictature nazie. La ville est envahie par les soldats de Staline et le corps féminin est lui aussi un territoire à occuper. Les femmes doivent dès lors inventer leur résistance, et pour éviter le pire, elles choisissent de « coucher pour manger ». C’est ce que raconte le texte de Marta Hillers, Une femme à Berlin. Ce qui se passe dans la cave où elles se réfugiaient. Dans leur monde, les viols sont répétés, routiniers, habituels. Lors de la publication du texte, l’auteure est anonyme. Il faut repenser à l’Allemagne post-nazie : le peuple traumatisé tait toute l’ampleur des crimes commis, se cache derrière la honte, refoule toute la douleur des conséquences de cette guerre. Ce n’est qu’à sa mort, en 2001, que l’identité de Marta Hillers est révélée, celle qui a écrit cette « autre » guerre, celle des femmes. Les femmes ayant vécu ces atrocités peuvent désormais cesser de …

La femme rompue de Turin

Elena Ferrante, cette auteure italienne a été une véritable découverte pour moi en 2016. L’amie prodigieuse est une lecture marquante à laquelle je repense souvent et je ne suis pas la seule. Elle est devenue une célébrité en littérature internationale. Et ce, même si ce n’était pas toujours pour les bonnes raisons…  L’été dernier, j’ai passé quelques heures à Naples et je n’ai pu faire autrement que d’imaginer Lila et Elena dans les rues, à courir et à rigoler. Leurs personnages, leurs personnalités sont vraiment venues se forger dans ma tête et dans mon coeur… j’attend patiemment la sortie en format poche du deuxième tome de la série. D’ici là, j’ai décidé de me plonger dans un autre de ses romans traduit en français, Les jours de mon abandon. Ce roman raconte l’histoire d’Olga, une femme de trente-huit ans, mère de deux enfants, qui a consacré sa vie à sa famille et qui s’est ainsi mise de côté. Un beau midi, son mari lui annonce qu’il la quitte. Rien de plus classique, voire banal et, disons-le, …

Mon top 5 de romans policiers

Il y a quelques mois, ma collègue fileuse Marjorie écrivait un article sur la snoblitt, et nous demandait de lui faire une confession littéraire. Je me suis donc avouée fan de littérature policière, non sans gêne. J’ai toujours cette impression que ce type de littérature est boudé par les grands Littéraires de ce monde, par ses lois, qui, je l’avoue, me gossent pas mal. La honte, de lire de la littérature jeunesse, toi, étudiante en littérature! Quelle abomination de lire des romans fantastiques, ô toi, futur.e grand.e philosophe! *Soupir* On oublie souvent ce que signifie le plaisir de lire : tant mieux si certain.e.s sont heureux.euses de passer la nuit à lire Madame Bovary, mais personnellement, ce sont les romans policiers qui me tiennent éveillée. Non, pas seulement parce qu’ils sont apeurants, mais aussi parce que ces auteur.e.s maîtrisent à la perfection le jeu du cliffhanger, cet art qui nous force à tourner la page, même quand on se dit qu’on se lève à 6 h le lendemain matin. Je me fais toujours un immense …

Une chanson douce en cadeau

Quel plaisir de trouver un livre en cadeau dans sa boite aux lettres ! Il y a quelques semaines, je broyais du noir, en revenant chez moi par un temps froid et morose de fin novembre, épuisée par une journée de travail infructueuse. Le sourire m’est vite revenu lorsque j’ai découvert dans ma boite aux lettres un présent que mon père, qui habite en France, m’envoyait pour mon anniversaire, avec quelques jours de retard : Chanson douce de Leïla Slimani. Je ne m’attendais pas à grand-chose de ce livre, tout simplement car je ne connaissais rien ni de lui ni de son auteure, mis à part le fait que c’était le dernier roman ayant remporté le prix Goncourt. J’ai été agréablement surprise et dévoré ce thriller en quelques jours. J’ai détesté arriver au mot FIN, j’en voulais plus de cet univers inédit et noir. Pourtant, remporter le prix Goncourt n’est pas forcément gage de qualité. D’ailleurs, les résultats de ce prix ont souvent été teintés de controverse. On dit parfois qu’il est uniquement un gros combat entre …

Les sorcières de la république : Le délire littéraire de Chloé Delaume

Mon premier contact avec Chloé Delaume se fit dans un cours de littérature et psychanalyse avec son livre Le cri du sablier. Un autofiction propre à l’auteure, au style singulier, à la symbolique forte. L’autofiction, c’est vraiment la niche dans laquelle c’est posée Delaume, ayant même écrit des essais sur le sujet. C’est pourquoi plusieurs furent peut-être surpris à la sortie de son tout dernier roman, Les sorcières de la république. Roman qu’elle appelle son premier, puisque, pour la première fois, elle s’extirpe du soi pour plonger tête première dans la fiction. Avec Les sorcières de la république, Delaume n’a pas fait les choses à moitié. C’est la France entière qu’elle a mise en fiction dans cet ovni littéraire. Pour faire une histoire courte, on y raconte le procès de la Sybille, conseillère des déesses grecques, une cinquantaine d’années après qu’elles aient pris le contrôle de la France. Après une fin du monde qui n’eut jamais lieu (en 2012), les déesses décidèrent de reprendre le pouvoir en créant le parti du cercle, un parti politique …