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Russie — Introduction à Tolstoï

Ce que j’aime de la littérature étrangère, c’est qu’elle permet de voyager à travers ses mots. De « voir » et de découvrir un bout de pays autre que notre Québec éternellement froid. La littérature étrangère offre un registre ahurissant de différents livres de différents pays; il est donc permis de se sentir confus dans cet amas de bouquins et de se demander : « Je commence par quoi? » J’ai donc décidé de me concentrer sur la Russie pour cet article, en me consacrant à l’auteur célèbre Léon Tolstoï. Ce romancier du XIXe siècle dépeint la vie du peuple russe à l’époque tsarique à travers ses créations, parfois en la critiquant et en exposant les enjeux de la civilisation. Je vous offre donc un petit guide pour vous introduire à sa littérature en vous présentant quelques romans populaires pour plonger dans ses créations. Anna Karénine (1877) Probablement son livre le plus connu. Pour moi, un livre peut nous séduire dès les premières lignes, avec Anna Karénine : « Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune …

Apprivoiser la science-fiction avec Isaac Asimov

Les gens sont souvent surpris lorsqu’ils apprennent que je lis de la science-fiction. Non seulement ce n’est pas considéré comme une lecture pour les filles, mais en plus je n’ai pas l’allure stéréotypée associée à ce genre littéraire; je ne suis pas une geek cachée derrière mon écran et j’ai toujours détesté les matières scientifiques. Mais dans mes lectures, je recherche toujours deux choses : mieux comprendre les autres et rêver ou voyager. Alors je ne vais pas bouder un livre qui m’offre ce que je veux, sous prétexte qu’il fasse partie d’un genre moins apprécié. Or, au début de ma vie d’adulte, en fouillant dans la bibliothèque municipale de mon quartier, je suis tombée sur mon premier roman d’Isaac Asimov, L’homme bicentenaire, et mon histoire d’amour pour l’œuvre phénoménale de ce dieu de la science-fiction a commencé. Pourquoi Isaac Asimov m’a accrochée? Tout simplement parce qu’en créant pourtant un monde de toute pièce dans le futur, il réussit toujours à rester crédible et garder un pied dans la vraisemblance. Pas d’extraterrestre. Pas de théorie loufoque. On …

Imre Kertész, l’être sans destin

C’était il y a quelques années déjà. C’était à l’époque où j’étudiais la littérature à l’Université de Sherbrooke. C’était dans un cours qu’offrait Patrick Nicol. C’était un cours sur la littérature du monde. C’était la première fois que j’entendais parler d’Imre Kertész. Imre Kertész est né le 9 novembre 1929 à Budapest, dans une famille juive. 1944 il fut déporté au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Il fut libéré à Buchenwald en 1945. […] Après deux ans passés sous les drapeaux, il mène depuis une vie d’écrivain indépendant et de traducteur d’auteurs de langue allemande tel que Nietzsche, Hofmannsthal, Schnitzler, Freud, Roth, Wittgenstein et Canetti qui tous ont eu une influence sur sa création littéraire. Encore trop habituée à la littérature dite classique, je dois avouer que j’ai ressenti un certain malaise au début du cours, tous les romans au programme étaient plutôt de la vague actuelle. Mon malaise s’est rapidement transformé en curiosité et finalement en fascination pour ce type de littérature. Au programme, il y avait Foe de J.M. Coetzee, La lenteur de Milan …

« J’ai trop peur de glisser sur mes larmes, de m’étaler dans la tristesse et de ne plus pouvoir me relever »

Lorsque j’ai partagé sur Instagram une photo de ma lecture, La gaieté de Justine Lévy, plusieurs m’ont dit n’avoir pas aimé. Comme je suis courageuse, j’ai quand même décidé de me lancer dans ma lecture, malgré tout. Et heureusement, parce que j’ai été obnubilée par l’écriture de Justine Lévy. Ce dernier livre écrit par la Française Justine Lévy, qui, je ne le savais pas, est quand même une figure connue en France, s’attarde à sa vision de la maternité et à ce qu’elle veut léguer à ses enfants. Son titre Rien de grave s’intéressait à une rupture avec son amant et surtout à Carla Bruni, celle avec qui son ex l’a trompée. Profondément ancrée dans le réel, l’œuvre de Lévy puise dans ses expériences intimes. La base du bouquin résulte d’une promesse qu’elle se fait : arrêter d’être triste le jour où elle aura des enfants : « C’est quand je suis tombée enceinte que j’ai décidé d’arrêter d’être triste, définitivement, et par tous les moyens. »  Dans ses tourments d’enfance qui reviennent tranquillement faire surface, …

Les heures souterraines

« Elle fait chaque jour ce trajet depuis huit ans, chaque jour les mêmes marches, les mêmes tourniquets, les mêmes souterrains, les mêmes regards jetés aux horloges, chaque jour sa main se tend au même endroit pour tenir ou pousser les mêmes portes, se pose sur les mêmes rampes. » Il existe des livres qui vous accrochent de leurs griffes et qui prennent le contrôle de vous. Vous n’avez plus le choix de continuer à lire et vous n’êtes plus capables de refermer le livre avant d’avoir atteint la dernière ligne. Les heures souterraines de Delphine de Vigan m’a prise dans son emprise et ne m’a plus lâchée jusqu’à ce que je le referme. Cela tombait bien : j’avais plusieurs heures d’avion devant moi. Mais, une fois achevé, le roman a continué à m’habiter, me donnant l’impression que je pouvais en discuter le sens pendant des heures. Un livre profond et marquant. Il raconte en premier lieu une histoire de harcèlement psychologique au travail. Mathilde travaille dans le département marketing, pour la même entreprise depuis …

Americanah ou Comprendre l’Amérique pour les Noirs non américains

D’accord, ça craint d’être pauvre et blanc, mais essayez d’être pauvre et de couleur. […] « Pourquoi faut-il que nous parlions toujours de race? Ne pouvons-nous pas simplement être des êtres humains? » […] « C’est exactement le privilège des Blancs, que vous puissiez faire ce genre de réflexion. » La race n’existe pas véritablement pour vous parce qu’elle n’a jamais été une barrière. Les Noirs n’ont pas le choix. (p. 384-385) Je suis tombée sur Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie lors d’un salon du livre, par hasard. Voyant que je scrutais le livre avec attention, une libraire est venue me voir et ce qu’elle m’a dit m’a donné immédiatement envie de le lire. C’était l’histoire, disait-elle, d’une Nigérienne qui arrive aux États-Unis et qui découvre alors que la couleur de sa peau a une importance qu’elle ne lui avait jamais accordée jusqu’alors. Le livre racontait l’expérience que cette femme a vécue, confrontée à une réalité et à des situations nouvelles qui ont fait naître chez elle des réflexions sur la race et le racisme. Bref, je suis enjouée, je note …

L’angoisse chez Baby Jane

Sur ma PAL, il y a Purge de Sofi Oksanen depuis presque deux ans. Un jour je vais m’y plonger. D’ici là, j’ai aperçu le court roman, Baby Jane et je n’ai pas pu faire autrement que de l’acheter et ce, à cause du quatrième de couverture qui m’a intriguée. Qu’est-il arrivé à Pikki, la fille la plus cool d’Helsinki, qui vit désormais recluse dans son appartement ? Submergée par de terribles crises d’angoisse, elle ne parvient plus à faire face au quotidien. Sans compter les problèmes financiers. Comment gagner sa vie lorsqu’on refuse d’interagir avec le monde ? La narratrice, son grand amour, tente de l’aider comme elle peut. Ensemble, elles vont monter une entreprise d’un goût douteux pour exploiter la faiblesse des hommes. Au mépris d’elle-même, elle va essayer de sauver Pikki. Dans ce bouquin, la finlandaise Sofi Oksanen nous entraine dans une passion dévorante entre deux femmes, mais surtout dans une réflexion sans merci et incroyablement franche envers la maladie mentale. Le personnage principal tombe amoureuse d’une femme de 10 ans son …

Apocalypse bébé de Virginie Despentes : filature, sexe et explosions

Je ne suis vraiment pas le public cible des romans policiers. J’ai plutôt ouvert Apocalypse bébé parce que c’était de Virginie Despentes, enfant terrible de la littérature française, et non pas pour l’appartenance générique du roman. Eh bien, j’ai été servie ! Apocalypse bébé raconte l’histoire de deux détectives privées, Lucie et « L’Hyène », à la recherche de Valentine, adolescente parisienne en fugue. On se retrouve dans une dynamique « Sherlock/Watson », où La Hyène éblouit Lucie par ses qualités d’enquêtrice. Les deux femmes partent en mission à Barcelone pour mettre la main sur Valentine et la ramener à sa famille. Bien qu’écrit il y a presque 6 ans, le roman de Despentes est patent d’actualité : il s’y produit un attentat terroriste en plein cœur de Paris qui fait des centaines de victimes. C’est un attentat « juste parce que », semble dire Valentine, juste parce que la société fait chier. Dans Apocalypse bébé, on fait sauter le patriarcat blanc et raciste, l’institution élitiste et bourgeoise, la religion comme la surconsommation. C’est une colère violente qui anime la jeunesse française et …

American (dream) Psycho

Je vais vous parler d’un roman que j’adore et qui mérite d’être lu, malgré le fait que son épaisseur (assez) imposante a tendance à en rebuter certains.es : American Psycho, de l’américain Bret Easton Ellis. La littérature des années quatre-vingt-dix a été fortement marquée par la curieuse fascination des Américains pour les meurtriers psychopathes tels qu’Ed Gein, Ted Bundy, ou encore le fameux Charles Manson. De célèbres auteurs – il suffit de penser à Joyce Carol Oates avec son Zombi et à Thomas Harris avec Hannibal (Lecter), pour n’en nommer que deux – se sont fortement inspirés de ces personnages afin de créer les leurs. D’ailleurs, Bret Easton Ellis lui-même s’est fait verser par son éditeur, Simon & Schuster, une avance de 200 000 dollars (rien de moins!) pour qu’il élabore son prochain récit autour d’un de ces monstres contemporains qui réjouissaient tant les lecteurs de cette époque. C’est comme cela que le personnage de Patrick Bateman, d’American Psycho, est né. Le nom du protagoniste seulement fait tout de suite penser à Norman Bates, du …

Baise-moi

J’ai découvert Virginie Despentes dans un de mes cours à l’université. Je termine présentement un certificat en études féministes et j’ai eu la chance de le terminer avec un cours de littérature. J’ai rapidement constaté que Despentes est tout un personnage ! Dans King Kong theory, elle nous raconte son histoire. Nous faisons ainsi face à son statut de femme violée, de prostituée et de punk. Virginie Despentes semble avoir tout un caractère et elle ne s’en cache pas. Elle discute de sujets actuels, dont la condition des femmes dans la société et particulièrement sur les stéréotypes et les conditionnements genrés que peuvent vivre les femmes (bonjour Butler!). Despentes a également un point de vue très clair sur les féministes qui sont contre (abolition de) la prostitution. Elle est devenue prostituée aux suites de son viol et elle ne culpabilise pas face à celui-ci et elle ne semble pas en colère contre les hommes, mais plutôt contre la société. Cette société qui crée la culture du viol, qui apprend aux hommes à ne pouvoir contrer …